Pourquoi la Suisse s’en tire mieux que les autres

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Selon le Financial Times, la Suisse est tout simplement la plus grande réussite de la planète. Mais peut-on prendre ce compliment au sérieux? Les participants de Forum des 100 de L’Hebdo, organisé à l’UNIL, ainsi que les jubilaires de la Faculté des HEC, qui a 100 ans cette année, auront de quoi y réfléchir.

La Suisse est le pays le plus compétitif au monde selon le World Economic Forum (le 4ème selon le classement de l’IMD), elle a très bien résisté à la crise et elle présente un taux de chômage que tous ses voisins lui envient. Une réussite qui ne passe pas inaperçue et qui ne se limite pas à l’économie. Marine Le Pen nous cite en exemple pour notre système démocratique. Le chercheur franco-suisse François Garçon a publié coup sur coup deux ouvrages où il explique aux Français pourquoi ils feraient bien de nous imiter, et le Financial Times a publié un article expliquant, tout simplement, que la Suisse serait « la plus grande réussite de la planète ».

Regarder le monde qui nous jette des fleurs, et comprendre la Suisse

Quelles sont les clés de ce succès? La Suisse mérite-t-elle ces lauriers? Les participants au prochain Forum des 100, une manifestation du magazine L’Hebdo dont la prochaine édition (12 mai) aura lieu à l’Université de Lausanne, auront l’occasion d’en discuter lors d’une journée de réflexion et de débats placés sous le thème « Regarder le monde, comprendre la Suisse ».

Le monde, justement, ne cesse de nous jeter des fleurs ces temps-ci. C’est vrai pour notre démocratie: « Nous avons beaucoup à envier au système politique helvétique », a-t-on par exemple entendu. Ce plaidoyer pour les institutions suisses, c’est Marine Le Pen qui le fait – elle s’exprime beaucoup sur ce thème depuis quelques mois.

L’hommage inattendu de Marine Le Pen

En Suisse, comme dans ces propos recueillis par 24 Heures, à qui elle a encore dit plus clairement: « Le référendum et l’initiative populaire tels qu’ils existent en Suisse permettent au peuple d’exercer son droit souverain à décider de son avenir politique. Ce système participatif redonne à la démocratie toute sa signification, qui est et doit rester le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. » Mais aussi en France, où elle n’a pas manqué de vanter les mérites de la démocratie directe helvétique, quand il s’est agi des votes sur l’interdiction des minarets, du renvoi des étrangers criminels, ou, moins récemment, de la non-adhésion à l’Union européenne.

Même la façon dont les Suisses ont intégré sans heurts les 22% d’étrangers qui composent sa population, en faisant « respecter ses codes et ses traditions », lui semble exemplaire.

Un best-seller pour expliquer les vertus suisses aux Français

Evidemment, l’enthousiasme de la présidente du Front national embarrasse – d’aucuns préféreraient qu’elle ne l’exprime pas lors de ce type de scrutins. Marine Le Pen n’est pourtant pas la seule personne à faire preuve d’une admiration sans bornes pour les institutions suisses.

Pas du tout stigmatisé pour son idéologie, le chercheur franco-suisse François Garçon s’est penché dans deux livres, « Le modèle suisse » (2008) et « La formation des élites » (2011), sur le fonctionnement du pays. Du fédéralisme à la concurrence fiscale cantonale en passant par le parlement de milice, la paix sociale ou le système éducatif, le chercheur ne tarit pas d’éloges sur nos mérites. C’est surtout la façon dont le pouvoir est décentralisé qui le convainc, un point forcément sensible pour qui vit à Paris.

4% de chômage en Suisse, 10% aux Etats-Unis, 20% en Espagne…

Mais le domaine dans lequel le succès du pays fait le plus d’envieux est l’économie. Le pays a très bien résisté à la crise. Comme le relève François Garçon, son taux de chômage en 2009 n’a guère dépassé les 4%, alors que les Etats-Unis en étaient à 10% et des pays européens, l’Espagne ou l’Irlande par exemple, en étaient respectivement à… 20% et 11,7%.

Ce succès est établi aux yeux de la communauté internationale par les deux rankings sur la compétitivité économique qui font référence: le « Global Competitiveness Report » du WEF (World Economic Forum), dans la dernière édition duquel la Suisse a été classée première, et l' »IMD World Competitiveness Yearbook », où elle est 4e.

La Suisse, ce n’est pas que des banques

Stéphane Garelli est professeur à la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne et à l’IMD, où il dirige le Centre de la compétitivité mondiale qui publie chaque année ce « Yearbook ». Il a développé son explication sur ce succès économique qui fait des envieux. « A l’étranger, on a souvent l’impression que la Suisse, c’est des banques. Mais c’est avant tout un tissu industriel composé d’entreprises actives dans des domaines très variés. Economiquement, c’est l’atout majeur du pays ».

Avec Nestlé, Novartis, les innombrables grandes marques de montres, et bien sûr les banques, notamment UBS et Credit Suisse, l’économie nationale est en effet très bien représentée dans l’agroalimentaire, la pharma, l’horlogerie de qualité, la finance ou d’autres secteurs encore.

Notre économie est aussi diversifiée qu’excellente

Si le pays a mieux résisté que nombre de ses voisins durant la crise, c’est pour une grande part grâce à cette particularité: quand un pan de l’économie rencontre des problèmes – l’horlogerie, par exemple, a connu une phase difficile et a dû avoir recours au chômage partiel – les autres peuvent prendre la relève pour malgré tout produire de la croissance.

En outre, ces multinationales ou entreprises actives dans des industries diverses jouent très souvent les premiers rôles à l’échelle de la planète. « Notre économie se caractérise donc par sa diversification, mais aussi son excellence dans ces différents secteurs, précise Stéphane Garelli. Il existe dans le monde très peu d’économies qui peuvent s’appuyer sur des compagnies très compétitives dans autant de champs différents, et c’est donc un avantage concurrentiel certain ».

« Un pays, c’est aussi ce qu’il fabrique »

Comme la forte dimension « de production qu’a su garder le pays, contrairement par exemple à la Grande-Bretagne, qui a tout démantelé de ses manufactures historiques. Qui peut dire aujourd’hui ce que produit l’Angleterre? Or, le «made in», ça n’est pas anodin, comme terminologie: un pays, c’est aussi ce qu’il fabrique », estime Stéphane Garelli.

Forcément, avec la grande vague de l’outsourcing vers la Chine ou d’autres pays émergents, la production industrielle en Suisse a changé – « elle est de type 2.0, pour faire une analogie avec le web ». Elle a donc su se réinventer.

Et dans cette production dont la Suisse a su garder le contrôle, les PME jouent un très grand rôle. « Dans tous les pays du monde, vous avez une, deux ou trois grandes entreprises industrielles fortes qui tirent la nation et créent sa richesse, analyse Stéphane Garelli. Or en Suisse, vous avez un tissu industriel composé de milliers de PME, en outre très compétitives. »

Plus que les autres, la Suisse recherche l’innovation

Un des grands atouts des entreprises suisses, c’est qu’elles développent énormément à l’interne le secteur « recherche et développement », ce qui place le pays en tête des nations pour ce qui est de l’innovation technique et technologique.

Un aspect que relève aussi René Levy, professeur honoraire de sociologie de l’Université de Lausanne, dans son ouvrage « La structure sociale de la Suisse »: « La Suisse compte la proportion la plus élevée par habitant de requêtes de brevets auprès de l’Office européen des brevets, devant l’Allemagne, la Finlande et la Suède; même d’après le nombre absolu de nouveaux brevets, elle détient la 9e position ».

Les innovations dont ces PME font preuve sont des gages de succès pour le futur, d’autant plus qu’elles sont actives, comme les grandes multinationales, dans une multitude de domaines. Les pays européens qui s’en sont bien sortis durant la crise, comme l’Allemagne, la Suède ou le Danemark, ont aussi ce profil « d’atomisation de l’économie, qui vous protège en période de récession – tous vos œufs ne sont pas dans le même panier. A titre de comparaison, les Etats-Unis, qui peinent eux à sortir de la crise, tiraient en 2008 41% de leurs profits du même secteur, la finance… »

La balance commerciale est l’une des plus positives au monde

Enfin, dernier point fort de l’économie suisse aux yeux du professeur, elle est très tournée vers l’extérieur. René Levy souligne également dans son ouvrage l’importance de « l’insertion économique de la Suisse dans l’espace international », notant que la part des exportations dans le PIB national est passée de 25% en 1950 à 40% en 2008.

« La balance commerciale est l’une des plus positives au monde, explique ainsi Stéphane Garelli. En outre, les entreprises et PME suisses ont su se tourner rapidement vers les pays qui ont continué à produire de la croissance durant la crise, l’Asie notamment, et plus particulièrement la Chine ».

Mais si la Suisse réussit si bien économiquement, c’est aussi grâce au contexte et aux conditions-cadres garanties par l’Etat. « Les infrastructures, les systèmes d’éducation et de santé sont d’excellente qualité et participent évidemment de la compétitivité du pays, analyse le professeur. Je citerai aussi les mesures de frein à l’endettement comme élément majeur ».

En un siècle, la richesse du pays a quadruplé

Dans une conférence donnée à l’occasion des 100 ans de la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne, Jean-Pierre Danthine, qui y fut professeur (1980-2009) avant de devenir membre de la direction de la Banque nationale suisse, a projeté en guise d’introduction un graphique qui montre l’évolution du PIB par habitant depuis 1911, année donc de création de l’école. En un siècle, il est passé, à franc constant, de 17 000 francs à 70 000 francs – la richesse par habitant produite dans le pays a donc quadruplé…

Ce n’est pas innocemment que Jean-Pierre Danthine a mis en parallèle ce développement spectaculaire et la naissance des HEC: sous forme de boutade, il a évidemment lié les deux événements par un lien de causalité, expliquant le succès économique de la Suisse par la qualité de la formation des gradués en commerce de l’Université de Lausanne.

La Suisse ne connaît pas de désamour de la technologie et de l’ingénierie

Reste que le point soulevé par Jean-Pierre Danthine fait sens. L’une des forces de la Suisse, c’est la qualité de sa formation et donc de la main-d’œuvre. Proportionnellement à d’autres pays européens, le pays produit pourtant une quantité encore relativement faible d’universitaires. « En 1960, on ne relevait que 402 étudiants pour 100’000 habitants, en 2006 ce taux s’est élevé à 1531; néanmoins, il demeure assez bas en comparaison internationale. Une véritable démocratisation – c’est-à-dire un élargissement des possibilités d’accès pour les enfants de familles peu favorisées – ne s’est pas produite », relève René Levy.

Mais ces étudiants sont par contre davantage attirés qu’ailleurs par les sciences de l’ingénierie et la technologie. « Les jeunes ici aiment ces matières – un attrait sans doute lié à la réussite et la visibilité des deux Ecoles Polytechniques Fédérales. Or il y a en Occident un désamour de l’ingénierie qui risque de coûter cher en termes de développement économique. Que la Suisse se distingue par une tendance opposée est très bon pour son futur », note Stéphane Garelli.

Nous sommes bons, c’est entendu, mais oublions-le très vite!

Mais ce qui fait et fera le succès du pays, soit le développement de pôles technologiques de premier plan, porte en germe un vrai risque pour son avenir économique. L’arc lémanique notamment, en passe « de devenir la nouvelle Silicon Valley », pour reprendre les termes de Stéphane Garelli, voit apparaître des congestions au niveau des infrastructures, de transports ou de logements par exemple, qui, si elles ne sont pas résolues, pourraient constituer un frein au développement.

C’est, pour l’économiste de l’UNIL, le risque tangible le plus important. « Pour ce qui est de l’intangible, il ne faudrait pas tomber dans l’autosatisfaction. C’est bien de dire au reste du monde que nous sommes excellents, mais il ne faut pas trop y croire soi-même, au risque sinon de s’endormir sur ses lauriers et de très vite cesser de l’être ».

Sonia Arnal

3 Comments on “Pourquoi la Suisse s’en tire mieux que les autres”

  1. Ouhais, je reste perplexe. Ce que je vois, c’est un pays sans amour, car la famille y est un concept en perte de vitesse. Plus de la moitié de mariage tournent en divorces, 65% des enfants ne vivent pas avec leur père… Alors, que sera l’avenir pour un pays qui renie la nature de l’être humain pour le seul profit de son confort intellectuel ?

  2. vive la démocratie directe, la liberte d expression et la foi en Dieu qui s’occupe de nous et on prie pour notre pays.

  3. LA SUISSE EST LE PAYS QUI S’EN SORT LE MIEUX ACTUELLEMENT ?
    Avant ce n’a pas été toujours le cas. Par périodes : les guerres mondiales nous ont étés épargnées en partie à cause de notre neutralité (ne pas prendre position en cas de conflit) notre pacte solidaire avec les autres (1291) la foi en Dieu (hymne national) mais aussi des citoyens travailleurs (comme en Allemagne) solidaires, avec une éthique chrétienne, nos montagnes qui nous protègent, la Suisse est la château d’eau de l’Europe…. des dons de Dieu.

    AIDE TOI ET LE CIEL T AIDERA. UN POUR TOUS TOUS POUR UN COMME DEVISES. MERCI A LUI.

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