Swiss Corona Stress Study

Par Dominique de Quervain et Aurélie Lattion

La pandémie entraîne une augmentation du niveau de stress et des symptômes dépressifs, même après l’allègement des restrictions.

L’Université de Bâle, par le biais du Prof. Dominique de Quervain, a lancé une enquête nationale quelque temps après le début de la crise sanitaire. Son but : identifier les facteurs de risque et de résilience et tester l’efficacité des mesures existantes dans le cadre de la santé mentale. Les premiers résultats se rapportent à la période du 6 au 8 avril 2020, soit pendant le premier confinement, tandis que le deuxième volet de l’étude a eu lieu du 11 mai au 1er juin, après l’assouplissement des restrictions. Chacune de ces enquêtes a réuni plus de 10’000 participants, qui ont répondu à un questionnaire anonyme sur coronastress.ch. En raison de la nature de la collecte de données sous la forme d’une enquête en ligne ouverte, il ne s’agit pas, par définition, d’une enquête représentative. Toutefois, en termes de caractéristiques sociodémographiques, la population des personnes interrogées représente un large spectre de la population suisse. 

Différentes réactions au stress

La crise du coronavirus provoque des réactions de stress bien différentes d’un individu à l’autre.

  • Lors du confinement, près de la moitié des personnes interrogées ont déclaré être plus stressées qu’avant le début de la pandémie. Les principaux facteurs d’augmentation du stress concernent les changements intervenus dans le travail ou les études, les restrictions en matière de vie sociale ainsi que la garde des enfants. Après l’assouplissement des mesures, ils sont encore 40% à se sentir plus stressés qu’avant la crise sanitaire.
  • 26% des personnes (32% après la période d’assouplissement) se sentent moins stressées qu’avant la crise. La diminution du stress est liée au temps gagné pour la détente et au soulagement apporté par la réduction des obligations professionnelles ou scolaires, mais aussi privées.
  • 24% des personnes interrogées n’ont signalé aucun changement dans leur perception du stress. Après la fin du confinement, ce chiffre était de 28%. 

Figure 1. Comparaison du niveau de stress entre le 1er et le 2e volet (wave) de l’étude. Proportion = proportion de participants dans une catégorie en fonction du nombre total de participants dans le volet. 

Les symptômes dépressifs graves restent élevés

L’augmentation du niveau de stress en raison de la crise du coronavirus s’accompagne d’une augmentation des symptômes dépressifs. Près de 57% des participants ont un score de dépression plus haut qu’avant le début de la pandémie. Ils sont encore 49.5% à avoir un score élevé après l’allègement des mesures. De plus, la fréquence des symptômes dépressifs graves est accrue pendant le confinement (près de 9%), mais également pendant la période d’assouplissement (12%). 

Les problèmes d’ordre psychologique présents dans le passé (avant la crise du coronavirus) augmentent le risque de développer des symptômes dépressifs graves lors de la pandémie. Les chercheurs ont établi cette corrélation au cours des deux volets de l’enquête. Cependant, près de 20% des personnes touchées ne présentaient aucun symptôme dépressif significatif avant la crise. 

Figure 2. Comparaison des symptômes dépressifs entre le 1er et le 2e volet (wave) de l’étude. Proportion = proportion de participants dans une catégorie en fonction du nombre total de participants dans le volet.

La peur du virus s’est quelque peu estompée

Alors que 57% des personnes interrogées pendant le confinement ont généralement ressenti plus d’anxiété qu’avant la crise, ce chiffre n’était que de 41% pendant la période d’assouplissement. La peur d’une grave maladie virale et la peur d’une pénurie d’approvisionnement ont notamment diminué. 

Le deuxième volet de l’enquête a également confirmé que les personnes qui se sont davantage consacrées à leur hobby ou à un nouveau projet et qui étaient physiquement actives pendant la crise du coronavirus ont subi en moyenne une moindre augmentation du stress pendant la crise. 

Figure 3. Comparaison du niveau d’anxiété entre le 1er et le 2e volet (wave) de l’étude. Proportion = proportion de participants dans une catégorie en fonction du nombre total de participants dans le volet. 

Les personnes de plus de 55 ans et les hommes sont plus résilients

Les personnes qui se sont avérées particulièrement résistantes aux symptômes dépressifs ont été examinées. Ces personnes – qui représentaient environ un tiers des personnes interrogées lors des deux volets de l’enquête – n’ont pas développé de symptômes dépressifs significatifs pendant la crise du coronavirus et n’en présentaient pas non plus avant la crise. 

Dans ce groupe, les personnes d’âge moyen et avancé (55 ans et plus) et les hommes étaient surreprésentés. Cela est surprenant dans la mesure où ce sont les personnes âgées et les hommes qui sont particulièrement menacés par une grave maladie virale. 

Conclusion

En résumé, bien que la peur de la population face au coronavirus ait diminué après le premier confinement, le niveau de stress et les symptômes dépressifs graves restent élevés, même après l’assouplissement des restrictions. Les antécédents de problème d’ordre psychologiques sont des facteurs de risque importants dans le développement de symptômes dépressifs graves. De façon intéressante, les personnes âgées et les hommes semblent moins sujets aux symptômes dépressifs pendant la pandémie. Finalement, certains facteurs déjà connus pour avoir un effet protecteur en ce qui concerne le stress et la dépression, telles que l’activité physique ou la pratique d’un hobby, peuvent être bénéfiques pour la santé mentale lors de cette crise sanitaire. 

Les résultats complets de l’étude sont disponibles à l’adresse : https://osf.io/jqw6a/

Dominique de Quervain est professeur de neurosciences et directeur de la division des neurosciences cognitives à l’Université de Bâle. Il s’intéresse aux effets du stress et hormones de stress sur la mémoire et à l’identification des gènes liés à la mémoire chez les humains en utilisant des approches comportementales et des techniques de neuro-imagerie. Récemment, il a ouvert dans sa division un laboratoire utilisant la réalité virtuelle pour tenter de traiter les phobies. Dominique de Quervain est également co-fondateur et co-président de stressnetwork.ch, une association regroupant les chercheurs travaillant dans le domaine du stress en Suisse et ayant pour but de promouvoir la recherche dans ce domaine. Depuis le début de la pandémie, il est l’un des experts pour la santé mentale dans la Task Force scientifique suisse Covid-19. 

Aurélie Lattion est coordinatrice de stressnetwork.ch et responsable du projet « Stress » initié par l’association et financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) via sa bourse Agora. Docteure en neurosciences, elle travaille actuellement à faire connaître le stress et ses conséquences, les contre-mesures existantes ainsi que la recherche dans ce domaine à un large public. 

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