L’impact économique de la pandémie de Covid-19 sur les Petites et Moyennes Entreprises (PME) / Projet EcoCov

Par Nathalie Brender, David Maradan, et Christina Nicolas

La pandémie de Covid-19 continue de produire des effets néfastes sur la société et l’économie. Au niveau économique, les PME sont parmi les acteurs qui ont souffert et qui continuent à souffrir le plus des effets de cette pandémie (Bartik et al. 2020). Une étude réalisée par economiessuisse[1] montre que les PME suisse continuent à faire face à une situation difficile un an après le début de la crise sanitaire. Nombreuses sont celles qui doivent suspendre et/ou réorganiser leurs activités, faire face à des nouvelles pratiques du travail, assurer un soutien plus important à leurs collaborateurs et développer dans l’urgence de nouveaux produits/services et canaux de distribution. 

Notre projet de recherche vise à identifier les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les PME en Suisse. Plus spécifiquement, il examine l’impact des mesures de santé publique prises par les autorités suisses[2] pour faire face à la pandémie de Covid-19 ainsi que les mesures de soutien accordées pour faciliter la poursuite des activités et maintenir la performance des PME suisses.  Dans le cadre de ce projet, nous déployons une approche par étude de cas et appliquons des techniques économiques et de gestion pour évaluer cet impact.

Notre étude comporte deux dimensions essentielles. Dans un premier temps, nous analysons l’effet des mesures de santé publique prises par les autorités suisses[3] sur le comportement et la gestion de crise des dirigeants de PME tout en distinguant les différentes phases de la pandémie (confinement, réouverture, restrictions, etc.). Pour ce faire, nous récoltons des informations qualitatives auprès des dirigeants de PME sur les stratégies de gestion qu’ils ont adoptées pour faire face aux contraintes résultant de la pandémie de Covid-19. Dans un second temps, nous prévoyons une analyse financière de ces PME ex-ante et pendant la pandémie de Covid-19. Nous souhaitons mettre en lumière notamment les coûts ou les gains générés par cette pandémie, ainsi que les éventuels problèmes de trésorerie encourus par les PME.

Pour le premier volet, notre étude qualitative s’appuie sur des entretiens semi-directifs de dirigeants d’entreprises et porte sur six entreprises représentatives de la diversité du tissu économique suisse (Yin 2014). Ces entreprises sont actives dans les secteurs économiques de la restauration, construction, comptabilité, distribution et du spectacle, ainsi que dans l’industrie avec une forte orientation à l’exportation. Notre analyse repose sur des critères prédéfinis qui tiennent compte du fait que les entreprises ont dû arrêter leurs activités pendant une période donnée, continuer à fournir un service essentiel ou poursuivre leurs activités en s’adaptant régulièrement aux mesures sanitaires en vigueur. Au cours des entretiens, nous enquêtons sur toute la chaîne des événements et leurs conséquences sur les activités et la performance de ces entreprises depuis l’annonce des premières mesures le 13 mars 2020 jusqu’au 31 décembre 2021. 

Les mesures de santé publique prises par le Conseil Fédéral ont affecté (et continent d’affecter) les activités des entreprises, la capacité de travail de leurs employés et les performances financières à des degrés divers. Certaines entreprises sont fermées, d’autres travaillent à vitesse et volumes réduits, et d’autres encore développent de nouveaux services et produits ou doivent intensifier et diversifier leurs opérations pour satisfaire la demande croissante ou différente de leurs clients. Les PME inventent de nouvelles façons de travailler et de communiquer, en s’appuyant notamment sur les possibilités technologiques dans le but de préserver autant de valeur économique que possible et maintenir autant que possible la motivation, la collaboration et l’esprit d’équipe.

« Il faut être créatif. », répond le propriétaire d’un restaurant-traiteur genevois lorsqu’il est interrogé sur sa stratégie de gestion de crise. « Ça fait plus de 25 ans que je travaille à Genève et nous avions une base de clientèle fidèle qui venait chez nous. Maintenant, c’est à nous d’aller aussi chez eux. ». Les PME doivent anticiper, innover et s’adapter aux mesures sanitaires successives tout en évaluant leur impact en termes humains, techniques et financiers au sein de leurs propres structures et dans leur secteur d’activité. Cela nécessite évidemment une agilité et une autonomie accrue de leur part. 

Le deuxième volet de l’étude porte sur une analyse chiffrée d’informations financières fournies par les PME ex-ante et pendant la pandémie de Covid-19. Plus spécifiquement, nous analysons les données 2020 et 2021 (périodes de crise) par rapport aux données 2019 (avant la crise) afin de le mettre en perspective avec les prévisions de leurs dirigeants.

Les crédits Covid (et le fait que les PME participant au projet en aient bénéficié ou pas) seront aussi abordés avec les dirigeants des PME étudiées. Pour quelles raisons ont-ils eu recours ou non à ces crédits ? Dans quelle mesure les aides de l’Etat ont-elles été disponibles et adaptées à leurs besoins ? Ces soutiens étaient-ils inévitables pour préserver l’activité et minimiser le risque de faillite ? Ont-ils au contraire été perçus comme une opportunité supplémentaire de faire face à une incertitude croissante sans qu’ils ne soient jugés décisifs pour l’avenir de l’entreprise ? Nous souhaitons ainsi pouvoir donner une perspective sur l’impact de la crise sur la capacité de financement des PME et les éventuels changements structurels qui pourraient advenir à plus long terme. 

En définitive, notre étude produira une connaissance concrète et approfondie des conséquences économiques et financière de la pandémie de Covid-19 sur ces entreprises ainsi que sur les pratiques de gestion de crise, notamment à travers les études de cas combinant une analyse qualitative des stratégies mises en place et quantitative des effets sur la performance de ces entreprises. Alors que la situation de la pandémie de Covid-19 et les mesures dévolues à en limiter les risques sanitaires évoluent constamment, l’opposition entre les arguments économiques et financiers et les priorités de santé publique alimente de manière croissante les controverses tant dans les médias que dans le public. Des preuves empiriques de l’impact de ces mesures sanitaires ainsi que des compromis effectués pourraient fournir des informations supplémentaires pertinentes et fiables aux décideurs face à des risques de pandémie. Elles offriraient aussi une base solide de planification pour les dirigeants d’entreprise afin d’envisager la sortie de cette pandémie et d’améliorer les stratégies destinées à répondre à la survenue de nouvelles pandémies ou d’autres événements disruptifs majeurs et imprévisibles. 


[1] Enquête Economiesuisse. 2020. Conséquences du coronavirus: l’hiver s’annonce difficile,  available at : https://www.economiesuisse.ch/fr/articles/consequences-du-coronavirus-lhiver-sannonce-difficile

[2] Confédération suisse. Les communiqués du Conseil fédéral 2020-2021,  https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques/communiques-conseil-federal.html?dyn_startDate=01.01.2015

Références

Confédération suisse. Les communiqués du Conseil fédéral 2020-2021, available at : https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques/communiques-conseil-federal.html?dyn_startDate=01.01.2015

Bartik, A.W., Bertrand, M., Cullen, Z., Glaeser, E.L., Luca, M., Stanton, C., 2020. The impact of COVID-19 on small business outcomes and expectations. Pnas July 2020, available at : https://doi.org/10.1073/pnas.2006991117 

Enquête Economiesuisse. 2020. Conséquences du coronavirus: l’hiver s’annonce difficile,  available at : https://www.economiesuisse.ch/fr/articles/consequences-du-coronavirus-lhiver-sannonce-difficile

Yin, Robert K. 2014, Case Study Research: Design and Methods (Applied Social Research Methods), 5th Edition, Sage Publications, 312 p.

Nathalie Brender est professeure associée à la Haute école de gestion de Genève (HEG). Elle est titulaire d’un diplôme de CPA (Certified Public Accountant United States) et d’un doctorat en gouvernance des risques de l’Université de Genève / Institut universitaire de hautes études internationales et du développement. Elle enseigne la comptabilité, l’analyse financière, l’audit et la gestion des risques, et effectue des recherches et des mandats dans ces domaines. Auparavant, elle a été Senior Manager en audit interne et audit financier chez Andersen/EY et Financial Reporting Expert chez STMicroelectronics.  

David Maradan est chargé de cours et de recherche auprès de la Haute école de gestion de Genève ainsi que des Universités de Genève et de Fribourg. Il est également directeur d’ecosys SA. David Maradan a participé et dirigé plusieurs travaux de recherche et mandats dans le domaine de l’économie de l’environnement, de l’économie publique et de l’économie de la santé.  Il est titulaire d’un doctorat en économie politique, obtenu en 2005 à L’Université de Genève. Il a auparavant obtenu une licence en relations internationales (IUHEI, Genève) en 1998 et un diplôme d’études avancées en management et analyse des politiques publiques (MAP, Genève) en 2001. 

Christina Nicolas est collaboratrice scientifique à la Haute école de gestion de Genève (HEG). Elle est titulaire d’un doctorat en économie financière de l’Université de Limoges. Christina a enseigné des cours et dirigé des travaux pratiques de finance et d’économie dans plusieurs universités dont Paris Nanterre et la HEG. Ses intérêts de recherche comprennent l’économie financière, la finance comportementale, et l’économie institutionnelle. Elle s’intéresse également à l’économie de la confiance et à l’économie de la santé. Ses travaux ont été publiés dans des revues telles que le Journal of Financial Stability et le Journal of Risk and Insurance. 

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