{"id":7406,"date":"2023-06-28T13:06:20","date_gmt":"2023-06-28T11:06:20","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=7406"},"modified":"2024-04-15T15:17:58","modified_gmt":"2024-04-15T13:17:58","slug":"une-lecture-au-parfum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/une-lecture-au-parfum\/","title":{"rendered":"Une lecture au parfum"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Rencontre en douceur avec Sophie-Valentine Borloz, notre guide \u00e0 travers une litt\u00e9rature qui fait la part belle (et inqui\u00e9tante) aux odeurs, jusqu\u2019\u00e0 encapsuler,&nbsp;parfois,&nbsp;des senteurs bien r\u00e9elles susceptibles d\u2019enrichir l\u2019exp\u00e9rience de lecture.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit textuel le plus transgressif demeure tr\u00e8s sage tant qu\u2019il reste enferm\u00e9 dans les pages d\u2019un livre qui demande \u00e0 \u00eatre lu. L\u2019odeur poss\u00e8de en revanche une vie propre qui transgresse les fronti\u00e8res physiques de l\u2019objet&nbsp;livre. La senteur voyage et interpelle le lecteur d\u2019une mani\u00e8re imm\u00e9diate qui, comme l\u2019\u00e9crit Sophie-Valentine Borloz, \u00ab&nbsp;\u00e9carte la lecture du domaine de l\u2019intellectif pour la rapprocher du sensitif&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Des mots et des mol\u00e9cules<\/h5>\n\n\n\n<p>La chercheuse r\u00e9cuse une hi\u00e9rarchie qui mettrait l\u2019odeur en situation d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 par rapport au texte. Le jeu entre les mots et les mol\u00e9cules encapsul\u00e9es (disponibles sur le mode&nbsp;<em>scratch and sniff<\/em>) renvoie non \u00e0 une quelconque rivalit\u00e9 parfois crainte, mais \u00e0 un va-et-vient cr\u00e9atif, une sorte de variation sur le m\u00eame th\u00e8me (ou transcr\u00e9ation du texte initial), en l\u2019occurrence via un autre medium (transm\u00e9dialit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet, on le sent, est complexe, voire vertigineux tant il conjugue des dimensions \u00e0 premi\u00e8re vue antagonistes&nbsp;: le visible et l\u2019invisible, la mat\u00e9rialit\u00e9 et l\u2019impalpable, le processus de r\u00e9flexion et la sensation imm\u00e9diate, la stabilit\u00e9 (relative) du texte imprim\u00e9 et l\u2019instabilit\u00e9 consubstantielle aux senteurs forc\u00e9ment \u00e9vanescentes\u2026<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00c9liminer&#8230; ou conserver<\/h5>\n\n\n\n<p>Heureusement, Sophie-Valentine Borloz est ici notre guide, elle qui explore ces domaines depuis plusieurs ann\u00e9es, comme postdoctorante \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres \u2013 notamment sur un projet soutenu par le FNS et dirig\u00e9 par la professeure Marta Caraion \u2013 ou encore \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.osmotheque.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l\u2019Osmoth\u00e8que<\/a>, biblioth\u00e8que olfactive bas\u00e9e \u00e0 Versailles, dont elle fait partie du comit\u00e9 scientifique. \u00ab&nbsp;Dans le cadre du projet&nbsp;<em><a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/fra\/home\/menuinst\/recherche\/poles-de-recherche\/litterature-et-culture-materielle\/page.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Litt\u00e9rature et culture mat\u00e9rielle<\/a>,<\/em>&nbsp;je travaille plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur la question sociale et olfactive des d\u00e9chets, et \u00e0 l\u2019Osmoth\u00e8que je peux m\u2019impr\u00e9gner de senteurs cr\u00e9\u00e9es au fil du temps et parfois disparues, mais dont on ne veut pr\u00e9cis\u00e9ment pas se d\u00e9barrasser&nbsp;\u00bb, r\u00e9sume-t-elle, soucieuse \u00e9galement de \u00ab&nbsp;tisser des ponts entre les parfumeurs et les chercheurs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Les odeurs d&rsquo;un amour<\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur rassemble en effet des comp\u00e9tences diverses, comme lors du colloque forc\u00e9ment interdisciplinaire qu\u2019elle vient d\u2019organiser \u00e0 l\u2019UNIL, r\u00e9unissant l\u2019autrice d\u2019un roman parsem\u00e9 de fragrances (cr\u00e9\u00e9es par une ma\u00eetre parfumeuse pour ponctuer cinq \u00e9tapes d\u2019une histoire amoureuse), deux neuroscientifiques du CNRS, un artiste olfactif belge et d\u2019autres sp\u00e9cialistes,&nbsp;dont Isabelle Larignon, parfumeur cr\u00e9ateur qui ne veut pas f\u00e9miniser son titre, mais donne pleinement de sa personne dans ses r\u00e9alisations. Un exemple&nbsp;: son deuxi\u00e8me parfum s\u2019accompagne d\u2019un petit conte sur le mode chinois qu\u2019elle a r\u00e9dig\u00e9 elle-m\u00eame et qu\u2019elle offre aux acheteurs de cette fragrance\u2026<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Les senteurs d&rsquo;un mur blanc<\/h5>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il de l\u2019artiste Peter De Cupere, dont l\u2019\u0153uvre semble rencontrer un int\u00e9r\u00eat contemporain&nbsp;? Ce plasticien nous place par exemple face \u00e0 un mur blanc qu\u2019il faut humer pour vivre une exp\u00e9rience esth\u00e9tique et sensorielle individuelle. <\/p>\n\n\n\n<p>Moins abstraitement, les livres pour enfants int\u00e9grant l\u2019odorat peuvent renvoyer \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s bien concr\u00e8tes comme celle d\u2019un fruit. Il semble que l\u2019odeur aide \u00e0 ancrer le mot et la chose dans le cerveau des petits. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les sensations olfactives parviennent directement au sein du syst\u00e8me limbique, qui int\u00e8gre l\u2019amygdale et l\u2019hippocampe, lesquels jouent un r\u00f4le respectivement dans les \u00e9motions et la m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise Sophie-Valentine Borloz, qui attire notre attention sur la fameuse madeleine de Proust, dont la simple odeur restitue tout un univers au narrateur ainsi projet\u00e9 dans le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Un bouquet d\u2019autrefois<\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur comme \u00ab&nbsp;machine&nbsp;\u00bb \u00e0 remonter le temps tire sa puissance de son caract\u00e8re imm\u00e9diat et subreptice. Mais on peut aussi chercher un lien avec le pass\u00e9 d\u2019autres que soi-m\u00eame, \u00e0 travers des fragrances inconnues&nbsp;; l\u2019\u00e9motion provient alors, comme le relate la chercheuse, d\u2019une mise en contact avec un auteur disparu gr\u00e2ce \u00e0 des senteurs en vogue \u00e0 son \u00e9poque. <\/p>\n\n\n\n<p>Sp\u00e9cialiste de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise de la fin du&nbsp;XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Sophie-Valentine Borloz s\u2019est ainsi sentie transport\u00e9e dans les univers de Maupassant, de Zola, de Huysmans ou de Jean Lorrain (un dandy \u00e9crivain et chroniqueur) via des effluves conserv\u00e9s (gr\u00e2ce \u00e0 leurs pr\u00e9cieuses formules) \u00e0 l\u2019Osmoth\u00e8que.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait l\u2019\u00e9couter des heures mais il faut terminer ce texte, non sans \u00e9voquer le \u00ab&nbsp;code olfactif&nbsp;\u00bb propre \u00e0 cette \u00e9poque, en lien avec \u00abl\u2019explosion du march\u00e9 de la parfumerie\u00bb, qui vit s\u2019\u00e9panouir des \u00e9crivains inspir\u00e9s ou hant\u00e9s par des odeurs colorant leurs mots et leurs personnages. \u00ab&nbsp;Je me suis int\u00e9ress\u00e9e dans ma th\u00e8se aux relations entre l\u2019olfaction et la perversion&nbsp;\u00bb, d\u00e9crit-elle. <\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Sage violette, chypre sulfureux<\/h5>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer ce code en quelques mots&nbsp;: la violette convient aux jeunes filles sages et le chypre\u2026 aux autres. \u00ab&nbsp;On assistait alors \u00e0 un engouement pour les parfums en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 une m\u00e9fiance envers les odeurs, toujours associ\u00e9es \u00e0 une forme d\u2019animalit\u00e9 et \u00e0 un potentiel de d\u00e9viances et de transgressions&nbsp;\u00bb, esquisse-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs pr\u00e9cit\u00e9s font de la \u00ab&nbsp;litt\u00e9rature olfactive&nbsp;\u00bb et non des livres proprement parfum\u00e9s, qui restent des objets hybrides peu courants. Le roman de Laure Margerand&nbsp;<em>Les 5 parfums de notre histoire<\/em> (2020),&nbsp;mentionn\u00e9 plus haut, ne contient d\u2019ailleurs pas de signets odorants dans sa version livre de poche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parfum reste un luxe qui, parfois, ne se refuse pas.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre livre parfum\u00e9 et simple \u00e9vocation litt\u00e9raire olfactive, voici un sujet qui r\u00e9veille la m\u00e9moire et fleure bon le luxe.<\/p>\n","protected":false},"author":1002082,"featured_media":7485,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[101,163,120,9,110],"tags":[],"class_list":{"0":"post-7406","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-culture","8":"category-histoire","9":"category-le-coin-des-livres","10":"category-recherche","11":"category-societe"},"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",1200,700,false],"thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188-150x150.jpg",150,150,true],"medium":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188-300x175.jpg",300,175,true],"medium_large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188-768x448.jpg",580,338,true],"large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188-1024x597.jpg",580,338,true],"1536x1536":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",1200,700,false],"2048x2048":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",1200,700,false],"post-thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",1200,700,false],"chaplin_preview_image_low_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188-540x315.jpg",540,315,true],"chaplin_preview_image_high_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188-1080x630.jpg",1080,630,true],"chaplin_fullscreen":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",1200,700,false],"gform-image-choice-sm":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",300,175,false],"gform-image-choice-md":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",400,233,false],"gform-image-choice-lg":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",600,350,false],"mailpoet_newsletter_max":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2023\/06\/sophie-valentine_borloz-3188.jpg",1200,700,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"Nadine Richon Salzmann","author_link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/author\/nrichon\/"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"Entre livre parfum\u00e9 et simple \u00e9vocation litt\u00e9raire olfactive, voici un sujet qui r\u00e9veille la m\u00e9moire et fleure bon le luxe.","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7406","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002082"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7406"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7406\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9552,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7406\/revisions\/9552"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7485"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7406"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7406"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7406"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}