{"id":6439,"date":"2023-03-21T15:49:21","date_gmt":"2023-03-21T14:49:21","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=6439"},"modified":"2024-04-15T15:18:11","modified_gmt":"2024-04-15T13:18:11","slug":"le-ghetto-de-varsovie-vu-par-badinter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/le-ghetto-de-varsovie-vu-par-badinter\/","title":{"rendered":"Une soir\u00e9e d\u00e9di\u00e9e au ghetto de Varsovie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Ancien ministre \u00e0 qui la France doit l\u2019abolition de la peine de mort, en 1981, Robert Badinter a r\u00e9dig\u00e9 une pi\u00e8ce \u00e9voquant l\u2019histoire du ghetto de Varsovie, jou\u00e9e \u00e0 Lausanne (31 mars 2023) et suivie d\u2019une discussion avec, notamment, le professeur Jacques Ehrenfreund.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quelques dates pour situer l\u2019action des&nbsp;<em>Briques rouges de Varsovie<\/em>&nbsp;: en novembre 1940, les occupants nazis murent les rues et ferment les issues d\u2019un quartier de Varsovie vid\u00e9 pour y concentrer la plus grande communaut\u00e9 juive d\u2019avant-guerre en Europe (plus de 360&rsquo;000 personnes)&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9t\u00e9 1942 les nazis d\u00e9portent 310&rsquo;000&nbsp;juifs du ghetto vers le camp d\u2019extermination de Treblinka, en s\u2019appuyant sur l\u2019administration du Conseil juif et sa police corrompue&nbsp;; Adam Czerniakow, qui avait veill\u00e9 comme pr\u00e9sident du&nbsp;<em>Judenrat<\/em>&nbsp;sur l\u2019installation et la vie des juifs dans le ghetto, se suicide le 23 juillet&nbsp;; en octobre 1942 une r\u00e9sistance \u00e9merge autour de l\u2019Organisation juive de combat (OJC)&nbsp;; en janvier 1943 Himmler inspecte le ghetto en vue de sa liquidation&nbsp;; les juifs r\u00e9sistent, beaucoup sont tu\u00e9s mais les survivants se r\u00e9organisent en avril autour du chef de l\u2019OJC Mordecha\u00ef Anielewicz et de quatre autres combattants,&nbsp;dont Marek Edelman (l\u2019un des plus vieux, 24 ans)&nbsp;; frein\u00e9s par cette lutte acharn\u00e9e, o\u00f9 s\u2019illustrent aussi des jeunes filles, les nazis br\u00fblent le ghetto,&nbsp;dont il ne restera que quelques briques rouges au milieu du mois de mai 1943\u2026<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00ab Je ne suis pas ici pour vivre mais pour tuer \u00bb<\/h5>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce \u00e9crite par Robert Badinter rassemble, aux derni\u00e8res heures de l\u2019insurrection, quatre personnages du ghetto&nbsp;: un rabbin de 45 ans qui incarne la pieuse acceptation de son sort et le refus de tuer (\u00ab&nbsp;Dieu a donn\u00e9 et Dieu a repris&nbsp;\u00bb), un policier juif de 30 ans, qui n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 s\u2019enrichir aux d\u00e9pens des malheureux conduits \u00e0 la mort et qui cherche \u00e0 fuir par les \u00e9gouts, un ouvrier insurg\u00e9 de 40 ans, membre du&nbsp;<em>Bund<\/em> (organisation socialiste attach\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une vie juive en Europe)&nbsp;et bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 emporter des soldats allemands dans la mort (\u00ab&nbsp;Je ne suis pas ici pour vivre mais pour tuer&nbsp;\u00bb), ainsi qu\u2019une combattante de 20 ans, jeune sioniste qui place tous ses espoirs hors d\u2019Europe, en Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pr\u00e9face de son r\u00e9cit, Robert Badinter signale que la longue histoire d\u2019une survie juive dans l\u2019adversit\u00e9 a pu pousser certains notables \u00e0 obtemp\u00e9rer face \u00e0 la barbarie organis\u00e9e par les nazis, dans l\u2019espoir de prolonger leur vie et de sauver au moins une partie de la communaut\u00e9, alors que d\u2019autres voyaient arriver la pire des trag\u00e9dies, comme&nbsp;Artur&nbsp;Zygielbojm, qui repr\u00e9sentait le&nbsp;<em>Bund<\/em>&nbsp;au sein du&nbsp;<em>Judenrat<\/em>&nbsp;et avait appel\u00e9 la foule \u00e0 ne pas rejoindre le ghetto\u2026<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;La quintessence de la Shoah&nbsp;\u00bb<\/h5>\n\n\n\n<p>Pour le professeur Jacques Ehrenfreund, historien des juifs et du juda\u00efsme \u00e0 l&rsquo;UNIL, \u00ab&nbsp;l\u2019histoire du ghetto de Varsovie incarne la quintessence de la Shoah et en r\u00e9sume les diff\u00e9rentes phases, soit la discrimination, l\u2019enfermement et l\u2019extermination&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit du lieu \u00ab&nbsp;o\u00f9 la r\u00e9sistance juive a \u00e9t\u00e9 la plus h\u00e9ro\u00efque, avec tr\u00e8s peu d\u2019armes face \u00e0 l\u2019arm\u00e9e nazie repouss\u00e9e durant pr\u00e8s de quatre semaines, autour d\u2019une jeune g\u00e9n\u00e9ration qui sait qu\u2019elle n\u2019a aucune chance mais qui ne veut plus se r\u00e9signer et donne tout ce qu\u2019elle a pour mourir debout&nbsp;\u00bb, r\u00e9sume-t-il.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Destin d&rsquo;un r\u00e9sistant<\/h5>\n\n\n\n<p>Il cite le destin caract\u00e9ristique de Marek Edelman, l\u2019un des fondateurs de l\u2019OJC dans le ghetto, \u00e9chapp\u00e9 par les \u00e9gouts \u00e0 la fin du soul\u00e8vement&nbsp;; membre du&nbsp;<em>Bund,<\/em>&nbsp;il n\u2019adh\u00e9rait pas \u00e0 une solution isra\u00e9lienne pour les juifs de la diaspora&nbsp;; en d\u00e9pit de vagues antis\u00e9mites successives, il passera ainsi toute sa vie en Pologne, comme m\u00e9decin cardiologue, actif dans le syndicat&nbsp;<em>Solidarno\u015b\u0107<\/em>&nbsp;et l\u2019opposition d\u00e9mocratique au r\u00e9gime communiste, tandis que sa femme p\u00e9diatre, Alina Margolis, \u00e9galement bundiste, finira par rejoindre la France en 1967 avec leurs deux enfants, pour y poursuivre sa carri\u00e8re et un combat en faveur des droits de l\u2019homme. Edelman, lui, mourra en 2009, en juif obstin\u00e9 \u00e0 vivre dans son pays.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Apr\u00e8s 1967 on peut dire que la Pologne est pratiquement devenue&nbsp;<em>judenrein<\/em>&nbsp;\u00bb, commente le professeur Ehrenfreund. Il souligne que ce pays avait \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;choisi par les nazis comme lieu d\u2019implantation des camps d\u2019extermination&nbsp;\u00bb car les Allemands pouvaient compter sur \u00ab&nbsp;la collaboration d\u2019une partie des Polonais et l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019une majorit\u00e9 de la population au sort des juifs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Tradition politique juive&nbsp;?<\/h5>\n\n\n\n<p>Concernant les&nbsp;<em>Judenr\u00e4te&nbsp;<\/em>et l\u2019hypoth\u00e8se de la passivit\u00e9 et de la contribution des juifs \u00e0 leur propre mort, vision propag\u00e9e \u2013 entre autres \u2013 par Hannah Arendt, l\u2019historien cite son homologue Yosef Yerushalmi (historien juif am\u00e9ricain,&nbsp;1932-2009), oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un juda\u00efsme comme fuite hors de la politique (toujours selon Arendt) et d\u2019un peuple juif qui serait donc incapable de politique. \u00ab&nbsp;Yerushalmi estime que le nazisme est l\u2019irruption d\u2019une nouveaut\u00e9 difficilement imaginable pour beaucoup de responsables juifs dont la tradition politique&nbsp;(celle d\u2019un peuple en exil ne disposant pas de l\u2019usage de la force militaire)&nbsp;consistait \u00e0 passer des alliances verticales en offrant son all\u00e9geance au pouvoir politique r\u00e9gnant, en contrepartie d\u2019une protection des juifs confront\u00e9s \u00e0 la haine et aux exactions de nombreuses populations locales. Le nazisme a renvers\u00e9 la table puisque le danger, soudain, venait du pouvoir politique lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb, r\u00e9sume Jacques Ehrenfreund, pour qui Yerushalmi est \u00ab&nbsp;l\u2019un des plus importants&nbsp;historiens du juda\u00efsme au XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a bien une tradition politique juive, qui a montr\u00e9 son impuissance face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement monstrueux et in\u00e9dit de la Shoah, ouvrant alors un boulevard \u00e0 l\u2019id\u00e9e sioniste qui couvait depuis la fin du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Cette tradition n\u2019est pas perdue mais elle doit faire face \u00e0 la r\u00e9surgence des antis\u00e9mitismes ici ou l\u00e0 en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-accent-color has-text-color\"><em>Les Briques rouges de Varsovie<\/em>, par Robert Badinter, Le Livre de Poche, 2022.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-light-background-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><em>La <strong>cr\u00e9ation de cette pi\u00e8ce en premi\u00e8re mondiale \u00e0 Lausanne<\/strong> (du 30 mars au 2 avril 2023, Centre culturel des Terreaux) est propos\u00e9e par l\u2019Association pour le d\u00e9veloppement de la culture juive, avec le soutien de la Soci\u00e9t\u00e9 acad\u00e9mique vaudoise, \u00e0 l\u2019occasion de la comm\u00e9moration des 80 ans du soul\u00e8vement du ghetto de Varsovie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La SAV offre 20 places gratuites aux lectrices et lecteurs de&nbsp;<\/em>l\u2019uniscope<em>&nbsp;<\/em><\/strong><em>pour assister \u00e0 la pi\u00e8ce et \u00e0 la table ronde,&nbsp;<a href=\"https:\/\/events.unil.ch\/e-ticket\/register?event=150\">inscrivez-vous ici<\/a><\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Robert Badinter a r\u00e9dig\u00e9 une pi\u00e8ce \u00e9voquant l\u2019histoire du ghetto de Varsovie, jou\u00e9e \u00e0 Lausanne (31 mars 2023) et suivie d\u2019une discussion avec, notamment, le professeur Jacques 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