{"id":3766,"date":"2021-11-01T14:56:54","date_gmt":"2021-11-01T13:56:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=3766"},"modified":"2024-04-15T15:20:53","modified_gmt":"2024-04-15T13:20:53","slug":"dormir-ce-doux-peche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/dormir-ce-doux-peche\/","title":{"rendered":"Dormir, ce doux p\u00e9ch\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"810\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2022\/03\/Sommeil-810x1024.jpg\" alt=\"Dans une chambre \u00e0 coucher, un musicien joue de la vi\u00e8le \u00e0 un seigneur assoupi sur le c\u00f4t\u00e9 droit. Image tir\u00e9e d\u2019un manuel sur la sant\u00e9 (Tacuinum sanitatis) du XIVe si\u00e8cle. \u00a9 Alamy\" class=\"wp-image-4634\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2022\/03\/Sommeil-810x1024.jpg 810w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2022\/03\/Sommeil-237x300.jpg 237w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2022\/03\/Sommeil-768x971.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2022\/03\/Sommeil-540x683.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2022\/03\/Sommeil.jpg 949w\" sizes=\"auto, (max-width: 810px) 100vw, 810px\" \/><figcaption>Dans une chambre \u00e0 coucher, un musicien joue de la vi\u00e8le \u00e0 un seigneur assoupi sur le c\u00f4t\u00e9 droit. Image tir\u00e9e d\u2019un manuel sur la sant\u00e9 (Tacuinum sanitatis) du XIVe si\u00e8cle. \u00a9 Alamy<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><strong>\u00c0 la fois plaisir n\u00e9cessaire \u00e0 la vie et signe de notre condition mortelle, le myst\u00e8re du sommeil a suscit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019histoire de multiples interpr\u00e9tations. \u00c0 l\u2019UNIL, un nouveau champ d\u2019\u00e9tude se dessine.<\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut se coucher sur le c\u00f4t\u00e9 droit, conseillaient les m\u00e9decins de l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale. De cette fa\u00e7on, la chaleur du foie plac\u00e9 au-dessous de l\u2019estomac favorise la digestion. Sur le dos (position des morts) on risque des cauchemars. Et pas question de faire la grasse matin\u00e9e, puisque le sommeil excessif est n\u00e9faste pour la sant\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ces curieuses prescriptions \u2013 aujourd\u2019hui d\u00e9pass\u00e9es \u2013 figurent dans des r\u00e9gimes de sant\u00e9 compos\u00e9s pour des princes par des m\u00e9decins durant le Moyen \u00c2ge. Pr\u00e9sent\u00e9es lors d\u2019un <a href=\"https:\/\/agenda.unil.ch\/display\/1631275983816\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">colloque international qui s\u2019est tenu du 20 au 22 octobre \u00e0 l\u2019UNIL<\/a>, elles ont retenu l\u2019attention des nombreux historiens suisses, fran\u00e7ais, anglais ou encore italiens venus \u00e9changer \u00e0 propos d\u2019un champ d\u2019\u00e9tude encore tr\u00e8s peu explor\u00e9&nbsp;: l\u2019histoire du sommeil, au Moyen \u00c2ge et \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne. <\/p>\n\n\n\n<p>Karine Crousaz, qui a coorganis\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement avec deux de ses coll\u00e8gues de la section d\u2019histoire de l\u2019UNIL, le professeur ordinaire m\u00e9di\u00e9viste Bernard Andenmatten et le professeur honoraire Agostino Paravicini Bagliani, commente&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Nous savons peu de choses sur les pratiques et les repr\u00e9sentations du sommeil du pass\u00e9 \u2013 contrairement au sujet des r\u00eaves, qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9. C\u2019est une vraie lacune de l\u2019historiographie&nbsp;! Ce colloque nous a notamment permis de r\u00e9futer quelques lieux communs qui circulent dans la litt\u00e9rature et aupr\u00e8s du grand public. Mais il reste encore beaucoup \u00e0 d\u00e9couvrir&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"799\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK.jpg\" alt=\"Karine Crousaz, ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche, a fait de l\u2019histoire du sommeil l\u2019un de ses axes de recherche principaux. \u00a9 F\u00e9lix Imhof \/ UNIL\" class=\"wp-image-3770\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK-540x360.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/CROU-OK-1080x719.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption>Karine Crousaz, ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche, a fait de l\u2019histoire du sommeil l\u2019un de ses axes de recherche principaux. \u00a9 F\u00e9lix Imhof \/ UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Quels lieux communs&nbsp;? Par exemple, l\u2019id\u00e9e qu\u2019au Moyen \u00c2ge on dormait assis ou nu dans son lit. Ce qui est largement faux&nbsp;: \u00ab&nbsp;La position assise \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e pour la sieste et il fallait s\u2019habiller pour prot\u00e9ger la pudeur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Outre les r\u00e9gimes de sant\u00e9 m\u00e9di\u00e9vaux, une grande diversit\u00e9 de th\u00e8mes a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e, tels que l\u2019insomnie et ses rem\u00e8des, le somnambulisme, les veilles monastiques ou encore la chambre \u00e0 coucher du pape. Plusieurs chiffres ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s sur le temps pass\u00e9 sous la couette. L\u2019historienne r\u00e9sume&nbsp;: \u00ab&nbsp;Globalement entre 6 et 9 heures par nuit, soit \u00e0 peu pr\u00e8s comme nous, mais plus t\u00f4t le matin et le soir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les invit\u00e9s, trois chercheurs de l\u2019UNIL ont pr\u00e9sent\u00e9 leurs travaux sur le sommeil lors de ces rencontres, dont les actes seront prochainement publi\u00e9s dans la collection <a href=\"https:\/\/www.sismel.it\/catalogo\/collane\/ml-micrologus-library\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Micrologus&rsquo; Library<\/a> de la Soci\u00e9t\u00e9 internationale pour l&rsquo;\u00e9tude du Moyen \u00c2ge latin (Sismel): le professeur Vincent Barras de l\u2019Institut des humanit\u00e9s en m\u00e9decine, ainsi que les doctorants en histoire Ian Novotny et Caleb Abraham. Un programme de recherche soutenu par le Fonds national suisse devrait voir le jour d\u2019ici 2023.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>Une \u00ab&nbsp;perte de temps&nbsp;\u00bb<\/strong><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi s\u2019int\u00e9resser aux nuits de nos anc\u00eatres&nbsp;? Karine Crousaz r\u00e9pond&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Les neurologues commencent \u00e0 le dire&nbsp;: dormir est essentiel pour la sant\u00e9. Mais dans notre soci\u00e9t\u00e9, cela est souvent vu comme une perte de temps. Un \u00ab&nbsp;bon&nbsp;\u00bb chef d\u2019entreprise par exemple est celui qui se couche tard et qui se l\u00e8ve avant les autres. Nous avons voulu voir si cette d\u00e9valorisation avait une histoire. Et c\u2019est le cas. On en trouve des traces depuis l\u2019Antiquit\u00e9 pa\u00efenne&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quelles repr\u00e9sentations \u00e9taient donc \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les temps anciens&nbsp;? Des veilles asc\u00e9tiques extr\u00eames aux exp\u00e9riences sur les \u00ab contractions \u00bb du cerveau, l\u2019Histoire du sommeil aux \u00e9poques m\u00e9di\u00e9vale et moderne regorge de d\u00e9tails \u00e9tonnants.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>Tentation diabolique<\/strong><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Chez Platon d\u00e9j\u00e0, le bon citoyen est celui qui dort tr\u00e8s peu. La mythologie grecque pr\u00e9sente, elle, le Sommeil et la Mort comme des dieux jumeaux, enfants des T\u00e9n\u00e8bres et de la Nuit. Cette vision macabre va influencer fortement la chr\u00e9tient\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Au Moyen \u00c2ge en effet, sombrer dans les bras de Morph\u00e9e rime avec paresse et tentation. Dans la tradition monastique, la veille perp\u00e9tuelle est pratiqu\u00e9e telle une arme contre \u00ab&nbsp;les attaques nocturnes du d\u00e9mon&nbsp;\u00bb. Ce fut le cas \u00e0 l\u2019abbaye de Saint-Maurice \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa fondation. Un sujet \u00e9tudi\u00e9 par le professeur Bernard Andenmatten, sp\u00e9cialiste du quotidien des communaut\u00e9s monastiques. Il d\u00e9taille&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le moine ne doit pas dormir car il est consid\u00e9r\u00e9 comme un soldat qui lutte contre le mal. Bien s\u00fbr, dans la pratique, c\u2019est impossible. Alors ils se relaient. Un monast\u00e8re est comme une forteresse avec des d\u00e9fenseurs qui montent la garde, veillant chacun son tour.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Macaire d\u2019Alexandrie, moine \u00e9gyptien, avait, lui, tent\u00e9 environ 200 ans plus t\u00f4t de rester toujours \u00e9veill\u00e9. Mais il a c\u00e9d\u00e9 apr\u00e8s 20 jours, raconte l\u2019\u00e9v\u00eaque Pallade dans ses \u00e9crits. Le m\u00e9di\u00e9viste pr\u00e9cise&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Le but ici n\u2019\u00e9tait pas la sant\u00e9, ni la long\u00e9vit\u00e9. L\u2019essentiel, c\u2019\u00e9tait l\u2019esprit, l\u2019au-del\u00e0. Ils infligeaient une \u00e9preuve \u00e0 leur corps, comme le fait de manger tr\u00e8s peu.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"799\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK.jpg\" alt=\"Le professeur Bernard Andenmatten \u00e9tudie le quotidien des communaut\u00e9s monastiques. \u00a9 F\u00e9lix Imhof \/ UNIL\" class=\"wp-image-3769\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK-540x360.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/AND-OK-1080x719.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption>Le professeur Bernard Andenmatten \u00e9tudie le quotidien des communaut\u00e9s monastiques. \u00a9 F\u00e9lix Imhof \/ UNIL<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>R\u00e9veils nocturnes<\/strong><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019ils s\u2019autorisent un petit somme, les religieux s\u2019installent \u00ab&nbsp;\u00e0 la dure&nbsp;\u00bb pour ne pas \u00ab&nbsp;ronfler&nbsp;\u00bb trop profond\u00e9ment. Dans cet esprit, au V<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, l\u2019abb\u00e9 Lupicin du Jura dormait, lui, toujours assis sur un banc, entre deux pri\u00e8res. Des r\u00e9veils \u00e9taient \u00e9galement impos\u00e9s la nuit pour aller chanter.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que volontaires, ces privations (rapport\u00e9es durant le colloque par Laurent Ripart de l\u2019Universit\u00e9 Savoie Mont Blanc) rendaient la vie de ces fid\u00e8les extr\u00eamement rude. \u00ab&nbsp;Les textes font \u00e9tat de nombreux moines en retard \u00e0 l\u2019office de nuit&nbsp;\u00bb, remarque Bernard Andenmatten.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00c9rasme, qui souffrait beaucoup de cette obligation nocturne, \u00ab&nbsp;a d\u2019ailleurs fait du rejet de cette pratique une partie de sa r\u00e9volte religieuse&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise Karine Crousaz.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab&nbsp;Pire que l\u2019ivrognerie&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette p\u00e9riode, en Angleterre, les th\u00e9ologiens puritains jugeaient eux l\u2019exc\u00e8s de sommeil \u00ab&nbsp;pire que l\u2019ivrognerie&nbsp;\u00bb puisque \u00ab&nbsp;le dormeur se prive totalement de ses capacit\u00e9s, alors que l\u2019ivrogne n\u2019y renonce que partiellement&nbsp;\u00bb ! Aussi, seules sept heures de repos par nuit \u00e9taient pr\u00e9conis\u00e9es en moyenne, voire cinq lorsque c\u2019\u00e9tait possible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Contrairement aux privations asc\u00e9tiques pratiqu\u00e9es par les moines, ces recommandations ne s\u2019adressaient pas \u00e0 des ordres religieux mais \u00e0 des \u00e9tudiants, des familles&nbsp;\u00bb, explique Caleb Abraham, doctorant \u00e0 la section d\u2019histoire, qui a \u00e9tudi\u00e9 ce sujet en parall\u00e8le de sa th\u00e8se. Il poursuit&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Des \u00e9tudes bas\u00e9es sur des journaux intimes notamment montrent qu\u2019en Angleterre de nombreuses personnes ont tent\u00e9 d\u2019appliquer les conseils des puritains.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>Calvin r\u00eave de bien dormir<\/strong><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Au tournant de l\u2019\u00e9poque moderne, une conception plus positive du sommeil se met en place. Karine Crousaz a trouv\u00e9 des traces de ce revirement dans les \u00e9crits de Jean Calvin, pour qui \u00ab&nbsp;bien dormir \u00e9tait un signe de la vraie foi&nbsp;\u00bb, un don de Dieu \u00e0 qui se confie en lui. Le r\u00e9formateur avouait lui-m\u00eame dans ses correspondances ne pas se lever trop t\u00f4t ni travailler le soir pour pr\u00e9server sa sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que cela ait suscit\u00e9 des critiques, la posture assum\u00e9e de Calvin t\u00e9moigne pour la moderniste d\u2019une conscience de l\u2019importance d\u2019un repos de qualit\u00e9, partag\u00e9e alors par les m\u00e9decins&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019\u00e9poque moderne, tous les trait\u00e9s m\u00e9dicaux avaient une section d\u00e9di\u00e9e au sommeil. Il \u00e9tait \u00e9vident que, pour conserver la sant\u00e9, il fallait y faire attention. Au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il faudra pourtant attendre les toutes derni\u00e8res d\u00e9cennies avant que les neurologues ne rappellent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 l\u2019importance du sommeil pour la conservation de la sant\u00e9 physique et mentale.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au terme de sa vie, le pasteur est finalement harass\u00e9 par la maladie et des douleurs qui le rendent insomniaque. Un portrait de lui mettant en avant sa fatigue et sa maigreur, publi\u00e9 apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s par Th\u00e9odore de B\u00e8ze (son successeur \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9glise de Gen\u00e8ve), contribuera \u00e0 former de lui une image asc\u00e9tique pour les g\u00e9n\u00e9rations suivantes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"466\" height=\"590\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Jean-Calvin.jpg\" alt=\"Jean Calvin, repr\u00e9sent\u00e9 ici tout rid\u00e9 et plein de cernes, souffrait d\u2019insomnies (\u00ab Ioannes Calvinus \u00bb, Th\u00e9odore de B\u00e8ze, Icones, 1580.) \u00a9 DR\" class=\"wp-image-3771\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Jean-Calvin.jpg 466w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Jean-Calvin-237x300.jpg 237w\" sizes=\"auto, (max-width: 466px) 100vw, 466px\" \/><figcaption>Jean Calvin, ici tout rid\u00e9 et plein de cernes, souffrait d\u2019insomnies \u00e0 la fin de sa vie (\u00ab Ioannes Calvinus \u00bb, Th\u00e9odore de B\u00e8ze, <em>Icones<\/em>, 1580.) \u00a9 DR<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sieste \u00ab&nbsp;tol\u00e9r\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Condamn\u00e9e par les m\u00e9decins durant l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, la sieste devient de mieux en mieux tol\u00e9r\u00e9e d\u00e8s le XVI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Elle se pratiquait la t\u00eate relev\u00e9e et les jambes allong\u00e9es. Une position qu\u2019\u00e9pouse parfaitement la m\u00e9ridienne, sorte de sofa qui se d\u00e9veloppe justement \u00e0 la Renaissance.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce cerveau qui \u00ab&nbsp;bat&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Il faut attendre la fin du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle pour que le fait de dormir soit compris comme un ph\u00e9nom\u00e8ne fonctionnel biologique et actif, \u00ab&nbsp;laissant ainsi \u00e9merger la possibilit\u00e9 de penser l\u2019existence d\u2019une conscience qui serait inconsciente d\u2019elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb, a expliqu\u00e9, lors du colloque, le professeur \u00e0 l\u2019Institut des humanit\u00e9s en m\u00e9decine Vincent Barras.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette p\u00e9riode, certains sp\u00e9cialistes ont \u00e9galement estim\u00e9 que les rythmes du sommeil \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 des contractions et dilatations du cerveau. \u00ab&nbsp;Pour Pierre Jean Georges Cabanis, m\u00e9decin et physiologiste n\u00e9 en 1757, le fait de dormir \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9 par le reflux des puissances nerveuses vers leur source, le cerveau. Cette hypoth\u00e8se a ouvert la voie \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences men\u00e9es tout au long du si\u00e8cle suivant sur les contractions qu\u2019on croyait observer sur cet organe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-light-background-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h5 class=\"has-accent-color has-text-color wp-block-heading\"><strong>R\u00e9volte dans le dortoir<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>En 817, l\u2019usage du dortoir est impos\u00e9 dans presque tous les monast\u00e8res d\u2019Europe occidentale. Quatre si\u00e8cles plus tard, contre cette r\u00e8gle, des moines \u00ab&nbsp;rebelles&nbsp;\u00bb commencent \u00e0 construire, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces espaces collectifs, des cellules \u00ab&nbsp;priv\u00e9es&nbsp;\u00bb faites de cloisons de bois ou de tentures, voire de pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation devient \u00e0 ce point hors de contr\u00f4le qu\u2019en 1336 le pape Beno\u00eet XII interdit la construction de chambres, sous peine d\u2019excommunication, et ordonne de d\u00e9truire celles existantes, indiquent des sources relatives \u00e0 l\u2019ordre clunisien \u00e9tudi\u00e9es par le doctorant en histoire m\u00e9di\u00e9vale Ian Novotny. Mais la tendance ne faiblit pas. Les cellules deviennent de plus en plus confortables, malgr\u00e9 une menace de privation de v\u00eatements et de nourriture. Le dortoir sera finalement abandonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Bernard Andenmatten, l\u2019espace personnel d\u00e9di\u00e9 au sommeil appara\u00eet tardivement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y avait aux \u00e9poques m\u00e9di\u00e9vale et moderne une promiscuit\u00e9 physique qui n\u2019est pas la n\u00f4tre. Quand vous preniez une chambre dans une auberge, il y avait parfois d\u00e9j\u00e0 quelqu\u2019un dans le lit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour aller plus loin\u2026<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La collection <a href=\"https:\/\/www.sismel.it\/catalogo\/collane\/ml-micrologus-library\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Micrologus&rsquo; Library<\/a>, publi\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9 internationale pour l&rsquo;\u00e9tude du Moyen \u00c2ge latin (Sismel)<\/li><li>Le <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/hist\/fr\/home.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">site de la section d\u2019histoire<\/a> de l\u2019UNIL<\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plaisir n\u00e9cessaire \u00e0 la vie et signe de notre condition mortelle, le sommeil a suscit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019histoire de multiples interpr\u00e9tations.<\/p>\n","protected":false},"author":1001932,"featured_media":3881,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[101,163,9],"tags":[181],"class_list":{"0":"post-3766","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-culture","8":"category-histoire","9":"category-recherche","10":"tag-moyen-age"},"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",1200,700,false],"thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700-150x150.jpg",150,150,true],"medium":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700-300x175.jpg",300,175,true],"medium_large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700-768x448.jpg",580,338,true],"large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700-1024x597.jpg",580,338,true],"1536x1536":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",1200,700,false],"2048x2048":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",1200,700,false],"post-thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",1200,700,false],"chaplin_preview_image_low_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700-540x315.jpg",540,315,true],"chaplin_preview_image_high_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700-1080x630.jpg",1080,630,true],"chaplin_fullscreen":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",1200,700,false],"gform-image-choice-sm":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",300,175,false],"gform-image-choice-md":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",400,233,false],"gform-image-choice-lg":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",600,350,false],"mailpoet_newsletter_max":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/11\/sommeil2_1200x700.jpg",1200,700,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"","author_link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/author\/"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"Plaisir n\u00e9cessaire \u00e0 la vie et signe de notre condition mortelle, le sommeil a suscit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019histoire de multiples interpr\u00e9tations.","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3766","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001932"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3766"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3766\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9639,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3766\/revisions\/9639"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3881"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3766"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3766"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3766"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}