{"id":3759,"date":"2021-10-29T14:25:09","date_gmt":"2021-10-29T12:25:09","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=3759"},"modified":"2024-04-15T15:20:55","modified_gmt":"2024-04-15T13:20:55","slug":"rire-au-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/rire-au-feminin\/","title":{"rendered":"Rire au f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Dans une soci\u00e9t\u00e9 aux m\u0153urs \u00e9l\u00e9gantes, pas de place pour la haine des femmes. Une feinte misogynie, exprim\u00e9e sur sc\u00e8ne ou \u00e0 l\u2019\u00e9crit, permettait en r\u00e9alit\u00e9 de rire\u2026 des misogynes eux-m\u00eames. Exemples chez Moli\u00e8re et La Fontaine, avec les dix-septi\u00e9mistes Lise Michel et Marc Escola. Lire aussi l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/une-conquete-des-femmes\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/une-conquete-des-femmes\/\">\u00abUne conqu\u00eate des femmes\u00bb<\/a>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pas facile aujourd\u2019hui de mettre en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces de Moli\u00e8re comme&nbsp;<em>Les Femmes savantes<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>Les Pr\u00e9cieuses ridicules<\/em>. Si des raisons diverses peuvent expliquer cette relative absence dans nos th\u00e9\u00e2tres romands, on devine aussi qu\u2019un regard anachronique rend cette t\u00e2che risqu\u00e9e sur le plan non seulement culturel mais encore politique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la Facult\u00e9 des lettres, Lise Michel pointe deux difficult\u00e9s&nbsp;: ces textes sont truff\u00e9s d\u2019allusions \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 et aux d\u00e9bats intellectuels de leur temps, d\u2019une part&nbsp;; et d\u2019autre part, on ne peut pas les lire uniquement sous l\u2019angle du rapport aux femmes car, chez Moli\u00e8re, ce ne sont pas leur curiosit\u00e9 ni leurs fa\u00e7ons d\u2019agir en elles-m\u00eames qui sont r\u00e9prouv\u00e9es; le comique repose sur l\u2019\u00e9talage du savoir ou la caricature des pratiques. \u00abCe qui fait rire, c\u2019est la p\u00e9danterie et l\u2019exag\u00e9ration\u00bb, r\u00e9sume Lise Michel. Comportements attribu\u00e9s \u00e0 des femmes mais, quand on conna\u00eet un peu Moli\u00e8re, on songe immanquablement aussi \u00e0 l\u2019homme Tartuffe, port\u00e9, lui, sur d\u2019autres d\u00e9monstrations d\u00e9vastatrices et ridicules\u2026<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Rire avec Moli\u00e8re<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Avec Danielle Chaperon et Marc Escola, Lise Michel est impliqu\u00e9e dans le projet FNS Agora Rire avec Moli\u00e8re, initi\u00e9 par le Centre d\u2019\u00e9tudes&nbsp;th\u00e9\u00e2trales pour le quatre-centi\u00e8me anniversaire du dramaturge en 2022. Elle pr\u00e9pare ce semestre des \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants \u00e0 une intervention ludique \u00e0 partir des&nbsp;<em>Femmes savantes<\/em>&nbsp;aupr\u00e8s d\u2019un public de th\u00e9\u00e2tre, en collaboration avec la dramaturge Delphine Abrecht, le Service&nbsp;culture et&nbsp;m\u00e9diation scientifique de l\u2019UNIL, La Grange, la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, le Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, le Th\u00e9\u00e2tre des Osses et Vidy-Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>La Grange proposera \u00e9galement en janvier un spectacle de Matthias Urban interrogeant la possibilit\u00e9 du comique \u00e0 partir de quelques variations sur la sc\u00e8ne 5 de l\u2019acte IV du&nbsp;<em>Tartuffe,<\/em>&nbsp;pr\u00e9par\u00e9 en lien avec un s\u00e9minaire de Danielle Chaperon, pendant que Marc Escola animera sur la RTS une s\u00e9rie d\u2019entretiens sur Moli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Humour misogyne ou humour savant&nbsp;?<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Citant&nbsp;<em>L\u2019\u00c9cole des femmes,<\/em>&nbsp;Lise Michel estime que \u00abrire aujourd\u2019hui des exigences rigoristes d\u2019Arnolphe et de son comportement envers Agn\u00e8s ne va pas de soi\u00bb et que \u00abl\u2019erreur serait de ne pas contextualiser, alors que le public de l\u2019\u00e9poque savait bien \u00e0 qui attribuer le ridicule\u00bb. La sp\u00e9cialiste a contribu\u00e9 en 2010 \u00e0 la nouvelle \u00e9dition des \u0153uvres de Moli\u00e8re dans&nbsp;la Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, faisant ressortir \u00abl\u2019ancrage mondain et extr\u00eamement lettr\u00e9\u00bb d\u2019un auteur qui ne s\u2019adressait pas prioritairement au peuple et maniait au plus haut point le second degr\u00e9. \u00abL\u2019humour misogyne avec lequel il joue est en r\u00e9alit\u00e9 un humour savant\u00bb, d\u00e9crit-elle.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le savoir-vivre d&rsquo;hier \u00e0<\/strong> <strong>aujourd&rsquo;hui<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Son coll\u00e8gue Marc Escola rel\u00e8ve l\u2019impossibilit\u00e9 de trouver une version misogyne au premier degr\u00e9 dans les farces et les fac\u00e9ties plus anciennes qui inspiraient les grands auteurs fran\u00e7ais du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Tous deux estiment que les trait\u00e9s de type religieux voulant r\u00e9guler les comportements des femmes,&nbsp;et datant pour certains de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle, \u00ab&nbsp;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 per\u00e7us comme r\u00e9actionnaires dans les ann\u00e9es 1660&nbsp;\u00bb. Lise Michel souligne la parent\u00e9 entre nos aspirations actuelles et celles manifest\u00e9es par le public galant de Moli\u00e8re&nbsp;: \u00abCe savoir-vivre th\u00e9oris\u00e9 \u00e0 la cour a servi de mod\u00e8le culturel transmis jusqu\u2019\u00e0 nos jours.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>La litt\u00e9rature va de pair avec la mixit\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Pour Marc Escola, la litt\u00e9rature postule d\u2019embl\u00e9e la mixit\u00e9 de son lectorat. \u00abJe ne connais pas de texte s\u2019adressant \u00e0 un public exclusivement masculin ou f\u00e9minin\u00bb, dit-il&nbsp;: l\u2019enjeu est de r\u00e9v\u00e9ler qu\u2019hommes et femmes sont capables de rire ensemble des m\u00eames sc\u00e8nes ou ressorts, quoique pour des raisons diff\u00e9rentes. En outre, le comique \u00aba sans doute quelque chose \u00e0 voir avec la diff\u00e9rence sexuelle\u00bb. En t\u00e9moigne par exemple une fable de La Fontaine qui sera l\u2019objet de sa conf\u00e9rence. Dans&nbsp;<em>Les femmes et le secret,<\/em>&nbsp;l\u2019auteur joue non pas contre mais avec le public f\u00e9minin, tout en brodant autour d\u2019un pr\u00e9jug\u00e9 sexiste, d\u2019une mani\u00e8re hautement fac\u00e9tieuse qui met en sc\u00e8ne un homme pondeur d\u2019\u0153ufs\u2026<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le plaisir f\u00e9minin\u2026 de la lecture<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Il y a ainsi chez La Fontaine l\u2019id\u00e9e que les femmes, sans oser le dire, prennent autant de plaisir, voire plus que les hommes, \u00e0 certaines \u00e9vocations sexuelles. Pour explorer plus avant le secret de cette fable, le chercheur nous invite \u00e0 sa conf\u00e9rence. Il rappelle que La Fontaine \u00e9crivit dans un style galant des contes licencieux interdits par l\u2019\u00c9glise, et publi\u00e9s parall\u00e8lement aux fables animali\u00e8res. Madame de S\u00e9vign\u00e9, dans sa fameuse correspondance avec sa fille Fran\u00e7oise, plus prude qu\u2019elle, \u00abmet une sorte de fiert\u00e9 \u00e0 dire qu\u2019elle lit les contes autant que les fables\u00bb. Lui-m\u00eame emporterait les deux sur une \u00eele d\u00e9serte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre rendez-vous est annonc\u00e9 avec Marc Escola pour la prochaine sortie de son livre&nbsp;<em>Le Misanthrope corrig\u00e9,<\/em>&nbsp;qui revisite \u00e0 la lumi\u00e8re actuelle les suites donn\u00e9es au chef-d\u2019\u0153uvre de Moli\u00e8re. Tout comme Rousseau et bien d\u2019autres dans le sillage de sa&nbsp;<em>Lettre&nbsp;\u00e0 D\u2019Alembert,<\/em>&nbsp;Marc Escola a de la sympathie pour le personnage d\u00e9cri\u00e9 du misanthrope car \u00able vrai misanthrope n\u2019est pas Alceste mais son ami Philinte\u00bb, esquisse-t-il.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-border-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Conf\u00e9rence<\/h5>\n\n\n\n<p><em>Peut-on rire des femmes (sous Louis XIV)&nbsp;?<\/em><strong>&nbsp;<\/strong>Par Marc Escola, mercredi 3 novembre \u00e0 18h15, Anthropole 2024, dans le cadre du&nbsp;cours public initi\u00e9 par le Centre&nbsp;interdisciplinaire d\u2019\u00e9tude&nbsp;des litt\u00e9ratures<em>&nbsp;<\/em>\u00ab&nbsp;Femmes et litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Pour aller plus loin&#8230;<\/h5>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a href=\"https:\/\/www.gendercampus.ch\/en\/higher-education\/studies-and-research\/studies\/national-course-directory\/course\/femmes-en-litterature\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Femmes en litt\u00e9rature<\/a><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rire avec les femmes de la p\u00e9danterie et de l&rsquo;exag\u00e9ration, m\u00eame quand ces travers sont port\u00e9s par des femmes, c&rsquo;est l&rsquo;affaire de Moli\u00e8re, qui fustige les misogynes et les hypocrites. 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