{"id":3703,"date":"2021-10-28T11:05:51","date_gmt":"2021-10-28T09:05:51","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=3703"},"modified":"2024-04-15T15:20:57","modified_gmt":"2024-04-15T13:20:57","slug":"la-figure-de-la-sainte-prostituee-depoussiere-le-moyen-age","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/la-figure-de-la-sainte-prostituee-depoussiere-le-moyen-age\/","title":{"rendered":"La figure de la sainte prostitu\u00e9e d\u00e9poussi\u00e8re le Moyen \u00c2ge"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Juliette Vuille, de la section d\u2019anglais de l\u2019UNIL, a consacr\u00e9 sa th\u00e8se et \u00e9crit un livre sur les p\u00e9cheresses repenties, tr\u00e8s populaires dans l&rsquo;Angleterre m\u00e9di\u00e9vale. Cette premi\u00e8re \u00e9tude de grande envergure sur le sujet met en lumi\u00e8re les repr\u00e9sentations de la f\u00e9minit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetre-assistante en anglais m\u00e9di\u00e9val \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres de l\u2019UNIL, Juliette Vuille aime enqu\u00eater sur ce qui faisait l\u2019essence d\u2019une \u00e8re en tentant de comprendre comment les personnes vivaient et pensaient. La chercheuse s\u2019est pench\u00e9e sur l\u2019hagiographie produite en Angleterre m\u00e9di\u00e9vale (des r\u00e9cits sur la vie de saints et de saintes), litt\u00e9rature la plus populaire entre les Ve et XVe si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;M\u2019int\u00e9ressant aussi aux questions de genre, les \u00e9crits sur les saintes m\u2019ont permis d\u2019analyser les repr\u00e9sentations de la f\u00e9minit\u00e9 au Moyen \u00c2ge, comme on pourrait le faire en \u00e9tudiant les personnages f\u00e9minins de nos s\u00e9ries TV du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, image Juliette Vuille, aussi collaboratrice \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Ces textes populaires \u00e9taient souvent mal \u00e9crits, avec toujours le m\u00eame sc\u00e9nario, mais ils r\u00e9v\u00e8lent l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de l\u2019\u00e9poque.&nbsp;\u00bb L\u2019autrice de <em>Holy Harlots in Medieval English Religious Literature <\/em>(\u00ab&nbsp;Les saintes prostitu\u00e9es dans la litt\u00e9rature religieuse m\u00e9di\u00e9vale anglaise&nbsp;\u00bb) a \u00e9pluch\u00e9 pour son \u00e9tude un large corpus d\u2019hagiographies, d\u2019archives, de repr\u00e9sentations iconographiques.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Purifier son corps, mode d\u2019emploi<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>La ma\u00eetre-assistante s\u2019est d\u2019abord pench\u00e9e sur les saintes vierges martyres, elles aussi populaires. \u00ab&nbsp;Mais c\u2019\u00e9tait un peu d\u00e9primant, elles se faisaient couper la t\u00eate \u00e0 12 ou 13 ans apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9es. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, les prostitu\u00e9es et autres actrices sanctifi\u00e9es menaient une existence plus excitante&nbsp;: elles vivaient parfois 100 ans, pouvaient l\u00e9viter ou parcouraient le monde pour pr\u00eacher.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Marie Madeleine fait figure de t\u00eate de proue de l\u2019arch\u00e9type m\u00e9di\u00e9val des saintes au pass\u00e9 v\u00e9nal. \u00ab&nbsp;D\u00e8s le V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la vision d\u2019une Marie Madeleine en p\u00e9cheresse, repentie et annonciatrice de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus-Christ \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandue&nbsp;\u00bb, indique cette passionn\u00e9e du Moyen \u00c2ge. Autre personnage notoire, Marie d\u2019\u00c9gypte (environ VI<sup>e<\/sup> et VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles). Prostitu\u00e9e dans la ville d\u2019Alexandrie, elle d\u00e9cide de suivre des p\u00e8lerins se rendant \u00e0 J\u00e9rusalem en bateau. Arriv\u00e9e \u00e0 la basilique de la R\u00e9surrection, une force la repousse chaque fois qu\u2019elle essaye d\u2019y entrer. Marie comprend que ce rejet est li\u00e9 \u00e0 son pass\u00e9 de vices. L\u2019ex-fille de joie s\u2019exile dans le d\u00e9sert pendant 47 ans, s\u2019alimentant d\u2019un peu de pain et r\u00e9sistant \u00e0 toutes sortes de tentations. \u00ab&nbsp;Son corps est purifi\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 cette asc\u00e8se&nbsp;\u00bb, commente Juliette Vuille. Le moine saint Zosime la trouve, puis lui donne la communion apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 son r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour refermer symboliquement son corps, retrouver en quelque sorte un hymen intact, l\u2019anachor\u00e8te femme peut aussi se clo\u00eetrer dans une pi\u00e8ce, seule. \u00c0 l\u2019instar de Tha\u00efs (IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), une prostitu\u00e9e, actrice ou danseuse \u00e9gyptienne convertie par le moine Paphnuce&nbsp;: elle s\u2019enferme dans une cellule \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une \u00e9glise, d\u2019o\u00f9 elle peut tout de m\u00eame assister \u00e0 la messe, pendant trois ans. \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s leur repentir, ces femmes pr\u00eachaient en public et on les \u00e9coutait\u2026 alors que saint Paul affirmait que seuls les hommes pouvaient exercer ce droit&nbsp;\u00bb, rel\u00e8ve la sp\u00e9cialiste en anglais m\u00e9di\u00e9val.<\/p>\n\n\n\n<p>Juliette Vuille note que les enluminures repr\u00e9sentant les repenties apr\u00e8s leur asc\u00e8se les montrent le plus souvent jeunes, belles, habill\u00e9es de fa\u00e7on raffin\u00e9e, et non pas en haillons, br\u00fbl\u00e9es par le soleil ou rid\u00e9es apr\u00e8s avoir v\u00e9cu dans le d\u00e9sert ou dans une cellule. \u00ab&nbsp;Dans l\u2019imaginaire, cela illustre leur conversion et leur purification.&nbsp;\u00bb Selon la scientifique, cela expliquerait que ces figures inspiraient les dames nobles et mari\u00e9es, m\u00e8res d\u2019une flop\u00e9e d\u2019enfants. \u00ab&nbsp;Au Moyen \u00c2ge, tout le monde souhaitait acc\u00e9der au paradis&nbsp;! Pour ces femmes ayant perdu leur virginit\u00e9, la figure de la p\u00e9cheresse repentie leur offre une possibilit\u00e9 d\u2019accroche. Apr\u00e8s la mort de leur \u00e9poux, elles s\u2019adonnent \u00e0 Dieu en prenant ces saintes comme mod\u00e8les.&nbsp;\u00bb Certaines, comme Judith de Flandre (1022-1094), ont demand\u00e9 de leur vivant, pour leur testament, \u00e0 se faire repr\u00e9senter en p\u00e9cheresse repentie. Sur l\u2019image ci-dessous (environ 1065), illustrant la crucifixion de J\u00e9sus, on voit aux pieds du Christ une femme peinte en tout petit&nbsp;: il s\u2019agit de Judith sous les traits de Marie Madeleine. \u00ab&nbsp;Souvent, lorsqu\u2019on se faisait repr\u00e9senter en personnage biblique, on apparaissait en format r\u00e9duit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-1_1200-x-800px-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3698\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-1_1200-x-800px-683x1024.jpg 683w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-1_1200-x-800px-200x300.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-1_1200-x-800px-768x1152.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-1_1200-x-800px-540x810.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-1_1200-x-800px.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption>\u00a9 Holy Harlots in Medieval English Religious Literature<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-2_1200-x-800px-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3699\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-2_1200-x-800px-683x1024.jpg 683w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-2_1200-x-800px-200x300.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-2_1200-x-800px-768x1152.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-2_1200-x-800px-540x810.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-2_1200-x-800px.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption>Premi\u00e8re repr\u00e9sentation iconographique de Marie Madeleine pr\u00eachant la R\u00e9surrection aux ap\u00f4tres, dans un manuscrit pour Christina de Markyate (XIIe si\u00e8cle), une mystique anglaise. \u00a9 Holy Harlots in Medieval English Religious Literature.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-3_1200-x-800px-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3700\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-3_1200-x-800px-683x1024.jpg 683w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-3_1200-x-800px-200x300.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-3_1200-x-800px-768x1152.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-3_1200-x-800px-540x810.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/Figure-3_1200-x-800px.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption>Dans ce m\u00eame manuscrit pour Christina de Markyate, on la voit en personne en train d\u2019intervenir pour les moines de saint Alban (derri\u00e8re elle), aupr\u00e8s de Dieu. Dans ces deux images, ces femmes, figures d\u2019autorit\u00e9, transgressent les barri\u00e8res de genre, mais aussi ontologiques entre humain et divin, leurs mains d\u00e9passant les limites du cadre de fa\u00e7on flagrante. \u00a9 Holy Harlots in Medieval English Religious Literature.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019h\u00e9ritage nordique des \u00ab&nbsp;femmes radieuses&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Ces figures de saintes prostitu\u00e9es, qui exer\u00e7aient une grande autorit\u00e9, inspiraient plus les femmes nobles d\u2019Angleterre que du continent. Pourquoi&nbsp;? \u00ab&nbsp;La repr\u00e9sentation de la femme y \u00e9tait un peu diff\u00e9rente. L\u2019\u00eele \u00e9tait influenc\u00e9e par le courant germanique venu du nord, avec ses Walkyries et autres <em>shining women,<\/em> donc \u00ab&nbsp;femmes brillantes&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;radieuses&nbsp;\u00bb. En ancien anglais, ce type de beaut\u00e9 f\u00e9minine d\u00e9signe une radiance int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure, et ces femmes sont consid\u00e9r\u00e9es comme des proph\u00e9tesses qu\u2019il faut \u00e9couter, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019\u00c8ve la tentatrice.&nbsp;\u00bb De plus, en Angleterre il \u00e9tait plus courant que sur le continent de voir appara\u00eetre des femmes d\u2019autorit\u00e9, comme par exemple certaines nobles qui devenaient abbesses de monast\u00e8res doubles (qui regroupaient un monast\u00e8re pour moines et un couvent pour nonnes). Elles aussi avaient beaucoup d\u2019autorit\u00e9, et leur conseil \u00e9tait aussi recherch\u00e9&nbsp;: sainte Hild, par exemple, fut consult\u00e9e sur des sujets importants, comme la date de P\u00e2ques.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Le fait que ces femmes de pouvoir existaient a aussi contribu\u00e9 \u00e0 la popularit\u00e9 des r\u00e9cits sur les prostitu\u00e9es repenties. De la m\u00eame mani\u00e8re, peut-\u00eatre que l\u2019omnipr\u00e9sence de ces d\u00e9bauch\u00e9es sanctifi\u00e9es, dans les r\u00e9cits, aidait \u00e0 l\u2019influence des femmes au sein du clerg\u00e9&nbsp;\u00bb, suppose la chercheuse.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des mod\u00e8les pour les courants marginaux<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>La sainte prostitu\u00e9e inspirait aussi certains hommes. \u00ab&nbsp;Les mystiques, ou encore les h\u00e9r\u00e9tiques, comme les wycliffites, se retrouvaient dans cette marginalit\u00e9.&nbsp;\u00bb Ces protoprotestants de la fin du XIV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle souhaitaient pr\u00eacher sans \u00eatre pr\u00eatres, ainsi qu\u2019acc\u00e9der \u00e0 Dieu sans avoir \u00e0 se confesser. Pour eux, Marie Madeleine appara\u00eet comme la figure de pr\u00e9dication par excellence, \u00e9tant la seule qui, le dimanche de P\u00e2ques, est persuad\u00e9e que J\u00e9sus va ressusciter et qui, sans honte, expose sa d\u00e9votion. \u00ab&nbsp;Par la force de sa foi, elle croit plus que les autres. On disait les femmes plus cr\u00e9dules, notamment parce qu\u2019au Moyen \u00c2ge on pensait qu\u2019elles comportaient plus d\u2019orifices que les hommes, car elles allaitaient, avaient leurs r\u00e8gles, etc., en bref, qu\u2019elles \u00e9taient plus poreuses. Et que par cette porosit\u00e9 elles se montraient plus ouvertes \u00e0 la possession ou \u00e0 la persuasion que les hommes&nbsp;\u00bb, d\u00e9taille la m\u00e9di\u00e9viste. Cela inspirait les wycliffites, pour qui le pr\u00eatre id\u00e9al se comportait comme une prostitu\u00e9e repentie&nbsp;: sans honte d\u2019exposer publiquement sa foi.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Fluidit\u00e9 des genres fa\u00e7on m\u00e9di\u00e9vale<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>La prostitution et la luxure deviennent une m\u00e9tonymie pour tout type de p\u00e9ch\u00e9. \u00ab&nbsp;Par exemple, le p\u00e8re de l\u2019ordre des cisterciens, Bernard de Clairvaux, s\u2019identifie \u00e0 Marie Madeleine. Avant sa conversion, ce jeune noble menait une existence mondaine. En fondant l\u2019ordre, il transforme ses d\u00e9sirs physiques en un d\u00e9sir spirituel pour J\u00e9sus&nbsp;\u00bb, illustre l\u2019universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;historienne note aussi que le travestissement n\u2019\u00e9tait pas mal vu. Dans l\u2019hagiographie de P\u00e9lagie d\u2019Antioche (V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), une frivole jeune fille est boulevers\u00e9e par le sermon du pr\u00eatre Nonnus, alors elle se v\u00eat en homme et s\u2019isole dans une cellule. On la consid\u00e8re comme un saint ermite<strong> <\/strong>du nom de P\u00e9lagius<strong>.<\/strong> \u00c0 sa mort, on d\u00e9couvre qu\u2019il \u00e9tait en fait une femme. \u00ab&nbsp;L\u2019hagiographe de cette histoire est pass\u00e9 d\u2019un coup du pronom \u00ab&nbsp;elle&nbsp;\u00bb au \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb. Cela ne posait pas de probl\u00e8me au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Au Moyen \u00c2ge, les r\u00e9cits sur les saintes travesties \u00e9taient l\u00e9gion&nbsp;\u00bb, rapporte notre interlocutrice.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 la R\u00e9forme, les saintes prostitu\u00e9es au placard&nbsp;!<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle survient le besoin d\u2019\u00e9tiqueter les femmes, explique Juliette Vuille. Le th\u00e9ologien Jacques Lef\u00e8vre d\u2019\u00c9taples (1450-1536) a gomm\u00e9 la vision m\u00e9di\u00e9vale de Marie Madeleine la prostitu\u00e9e repentie&nbsp;: impossible que cette sainte soit la p\u00e9cheresse d\u00e9crite dans l\u2019\u00c9vangile de Luc&nbsp;! Il la \u00ab&nbsp;d\u00e9coupe&nbsp;\u00bb en trois personnes distinctes&nbsp;: la vierge, la m\u00e8re et la veuve.&nbsp;\u00bb Les r\u00e9formateurs font une croix sur la vision de la sainte prostitu\u00e9e m\u00e9taphorisant les \u00e9tapes de la vie d\u2019une femme, du plus gros p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 la puret\u00e9. Censur\u00e9s, ces personnages perdent en popularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9formateurs ont gomm\u00e9 des pans de la vie de certaines femmes, comme Margery Kempe (XIV<sup>e<\/sup> et XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles), une mystique et premi\u00e8re autobiographe anglaise. \u00ab&nbsp;Cette m\u00e8re de 14 enfants, adepte des plaisirs du monde, avait des visions divines qu\u2019elle a finalement choisi d\u2019\u00e9couter. Elle obtient de son mari une relation chaste. Cela lui permet de se concentrer sur sa spiritualit\u00e9 et de voyager vers des lieux saints en vraie pr\u00e9dicatrice itin\u00e9rante. Elle dicte ses aventures \u00e0 un copiste, en suivant le mod\u00e8le des hagiographies de prostitu\u00e9es repenties. \u00c0 la fin du Moyen \u00c2ge, des extraits de son manuscrit sont imprim\u00e9s, mais ses nombreux r\u00e9cits de voyage sont supprim\u00e9s. \u00c0 la place, il est mentionn\u00e9 qu\u2019elle devient une anachor\u00e8te enferm\u00e9e dans une cellule. En 1934, une famille \u00e0 la recherche de balles de ping-pong d\u00e9couvre par hasard son manuscrit dans un placard d\u2019une vieille maison anglaise. La vraie histoire de la pr\u00e9dicatrice Margery Kempe a pu \u00eatre r\u00e9tablie&nbsp;\u00bb, raconte Juliette Vuille.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec son livre, la chercheuse vise \u00e0 changer la vision d\u2019un Moyen \u00c2ge sombre. Au contraire, la popularit\u00e9 de la sainte prostitu\u00e9e illustre les nombreux aspects de la femme en tant que telle&nbsp;: dans une m\u00eame vie il \u00e9tait possible d\u2019\u00eatre vierge, p\u00e9cheresse, sage et pr\u00e9dicatrice, voire un peu animale (comme Marie d\u2019\u00c9gypte apr\u00e8s 47 ans seule dans le d\u00e9sert), ou m\u00eame de franchir les fronti\u00e8res du genre, telle P\u00e9lagie d\u2019Antioche travestie en homme. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;C\u2019est plut\u00f4t la R\u00e9forme qui a assombri la perspective des femmes&nbsp;\u00bb, conclut Juliette Vuille.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-accent-color has-text-color\"><em>Holy Harlots in Medieval English Religious Literature&nbsp;: Authority, Exemplarity, and Femininity<\/em>. Juliette Vuille. Gender in the Middle Ages Series, Cambridge, D.S. Brewer (2021)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juliette Vuille, de la section d\u2019anglais, consacre un livre et une th\u00e8se aux p\u00e9cheresses repenties, populaires dans l&rsquo;Angleterre m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n","protected":false},"author":1001931,"featured_media":3837,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[101,9],"tags":[],"class_list":{"0":"post-3703","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-culture","8":"category-recherche"},"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",1200,700,false],"thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1-150x150.jpg",150,150,true],"medium":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1-300x175.jpg",300,175,true],"medium_large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1-768x448.jpg",580,338,true],"large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1-1024x597.jpg",580,338,true],"1536x1536":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",1200,700,false],"2048x2048":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",1200,700,false],"post-thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",1200,700,false],"chaplin_preview_image_low_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1-540x315.jpg",540,315,true],"chaplin_preview_image_high_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1-1080x630.jpg",1080,630,true],"chaplin_fullscreen":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",1200,700,false],"gform-image-choice-sm":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",300,175,false],"gform-image-choice-md":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",400,233,false],"gform-image-choice-lg":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",600,350,false],"mailpoet_newsletter_max":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2021\/10\/juliette_vuille-1200x700-1.jpg",1200,700,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"","author_link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/author\/"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"Juliette Vuille, de la section d\u2019anglais, consacre un livre et une th\u00e8se aux p\u00e9cheresses repenties, populaires dans l'Angleterre m\u00e9di\u00e9vale.","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001931"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3703"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3703\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9644,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3703\/revisions\/9644"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3837"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}