{"id":16094,"date":"2026-11-04T09:43:54","date_gmt":"2026-11-04T08:43:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=16094"},"modified":"2026-11-04T12:08:03","modified_gmt":"2026-11-04T11:08:03","slug":"jerome-meizoz-gaston-lagaffe-en-refusant-detre-un-robot-nous-aide-a-integrer-lhumour-a-la-severe-theorie-litteraire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/jerome-meizoz-gaston-lagaffe-en-refusant-detre-un-robot-nous-aide-a-integrer-lhumour-a-la-severe-theorie-litteraire\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Gaston Lagaffe, en refusant d\u2019\u00eatre un robot, nous aide \u00e0 int\u00e9grer l\u2019humour \u00e0 la s\u00e9v\u00e8re th\u00e9orie litt\u00e9raire\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019enseignant et chercheur en litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;Unil, J\u00e9r\u00f4me Meizoz<\/strong>,<strong> publie <em>Questions profanes de litt\u00e9rature,<\/em> recueil d\u2019essais passionnants qui poursuit son approche historique et sociologique de l\u2019activit\u00e9 litt\u00e9raire. Il y est notamment question de l\u2019humour dans la critique litt\u00e9raire, des vertus que nous attribuons \u00e0 la lecture et du statut juridique de l\u2019autofiction<em>.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis 30 ans, J\u00e9r\u00f4me Meizoz m\u00e8ne en pionnier en Suisse romande une recherche passionnante autour des pratiques, usages et postures litt\u00e9raires. Faisant suite \u00e0 des ouvrages majeurs tels <em>L\u2019\u0152il sociologue et la litt\u00e9rature<\/em> (2004), <em>Postures litt\u00e9raires. Mises en sc\u00e8ne modernes de l\u2019auteur<\/em> (2007), <em>La Litt\u00e9rature \u00ab&nbsp;en personne&nbsp;\u00bb. Sc\u00e8ne m\u00e9diatique et formes d&rsquo;incarnation<\/em> (2016) ou <em>Faire l\u2019auteur en r\u00e9gime n\u00e9o-lib\u00e9ral. Rudiments de marketing litt\u00e9raire<\/em> (2020), tous parus dans la collection Slatkine \u00c9rudition. <em><a href=\"https:\/\/www.slatkine.com\/fr\/slatkine-reprints-erudition\/77001-book-07103969-9782051029698.html\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.slatkine.com\/fr\/slatkine-reprints-erudition\/77001-book-07103969-9782051029698.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Questions profanes de litt\u00e9rature<\/a><\/em> r\u00e9unit une vingtaine d\u2019essais, conf\u00e9rences ou articles \u00e9crits ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es par l\u2019enseignant en Facult\u00e9 des lettres de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, chercheur, th\u00e9oricien de la litt\u00e9rature et lui-m\u00eame \u00e9crivain. Interview.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Votre nouvel ouvrage <em><strong>\u00ab<\/strong><\/em><\/em><\/strong> <strong><em>Questions profanes de litt\u00e9rature<strong><em>&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong> fait suite \u00e0 de nombreuses publications dans le domaine de la sociologie de la litt\u00e9rature, domaine au c\u0153ur de votre recherche universitaire, que vous avez par ailleurs grandement contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper. Pourquoi est-ce une porte d\u2019entr\u00e9e particuli\u00e8rement pertinente pour penser le champ litt\u00e9raire en ce d\u00e9but de XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>J\u00e9r\u00f4me Meizoz&nbsp;: <\/strong>L\u2019\u00e9tude de la vie litt\u00e9raire, structur\u00e9e comme un champ de relations et de positions, r\u00e9clame une description sociologique, car ce sont des r\u00e8gles sociales qui pr\u00e9sident aux statuts d\u2019auteur, aux normes d\u2019\u00e9critures, aux formes de cons\u00e9cration et aux fa\u00e7ons de lire transmises par l\u2019\u00e9cole. Cela ne nie en rien la sp\u00e9cificit\u00e9 litt\u00e9raire de certains textes, mais celle-ci gagne \u00e0 \u00eatre d\u00e9crite dans le cadre institutionnel plus vaste qui pr\u00e9formate les pratiques, les valeurs et les identit\u00e9s professionnelles. Cela est d\u2019autant plus important que la litt\u00e9rature contemporaine rel\u00e8ve d\u2019un march\u00e9 qui \u00e9volue \u00e0 une tr\u00e8s grande vitesse, au rythme de regroupements \u00e9ditoriaux et de pressions id\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Le titre de votre ouvrage, Questions profanes de litt\u00e9rature, s\u2019oppose en creux \u00e0 une vision qui serait, elle, sacr\u00e9e, voire religieuse et mystique, de la litt\u00e9rature. Quel sens donner ainsi au terme \u00ab&nbsp;profane&nbsp;\u00bb figurant dans votre titre&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019entends par profane une mani\u00e8re de poser des questions qui ne bute pas sur un interdit sacr\u00e9, au nom de l\u2019ineffable, du myst\u00e8re de la cr\u00e9ation. Cet interdit s\u2019adosse \u00e0 un culte de type religieux ou \u00e0 une id\u00e9alisation de la vie litt\u00e9raire. Or, depuis le romantisme au moins, la mythologie du grand \u00e9crivain ou de la grande \u00e9crivaine, celle du g\u00e9nie, repose en partie sur ces biais. Une enqu\u00eate profane pose toutes les questions, y compris celle des int\u00e9r\u00eats financiers des auteurs et autrices, celle de leur capital culturel ou \u00e9conomique h\u00e9rit\u00e9 et de son impact sur leur carri\u00e8re, etc. Je revendique, avec d\u2019autres chercheurs, une approche historique et mat\u00e9rialiste de l\u2019activit\u00e9 litt\u00e9raire, envisag\u00e9e comme une pratique humaine parmi d\u2019autres, d\u00e9crite dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La pratique de la lecture se visibilise et se met en sc\u00e8ne aujourd\u2019hui, s\u2019empare de tous les codes de la communication contemporaine, restant ainsi \u00ab&nbsp;dans le coup&nbsp;\u00bb, \u00e9vitant apparemment de se d\u00e9moder. Pourtant, la pratique globale de la lecture semble inexorablement diminuer. Comment expliquer cet apparent paradoxe&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde lit sur \u00e9crans, tablettes, livres, etc. Ce n\u2019est pas l\u2019acte de lire qui reflue, mais la lecture dense ou lente (on parle aussi de lecture \u00ab&nbsp;profonde&nbsp;\u00bb) comme geste venu de la culture litt\u00e9raire et pass\u00e9 dans la transmission scolaire des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques. Cette lecture r\u00e9gresse, remplac\u00e9e par d\u2019autres modes de lecture, plus ax\u00e9s sur le divertissement, l\u2019information rapide et fragment\u00e9e. Ces fa\u00e7ons de lire sont perm\u00e9ables aux <em>fake news,<\/em> aux courts-circuits argumentatifs, aux ruses des tribuns autoritaires. Les mondes culturel et scolaire ont pris la mesure de ce reflux et encouragent d\u00e9sormais la lecture sous une forme plus ludique, plus sociable, plus joyeuse. Pour lui redonner une force civique dans le d\u00e9bat d\u00e9mocratique, il s\u2019agit de faire oublier les mauvaises exp\u00e9riences v\u00e9cues autour de la lecture obligatoire \u00e0 l\u2019\u00e9cole, dans les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes\u2026 La litt\u00e9rature reste un marqueur social distinctif valoris\u00e9, appr\u00e9ci\u00e9. Le fait que malgr\u00e9 ces incitations diverses, venues tant des milieux institutionnels que d\u2019influenceuses et influenceurs tr\u00e8s suivis, la pratique r\u00e9elle de la lecture d\u00e9cline et les ventes de livres chutent est un paradoxe troublant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Notre soci\u00e9t\u00e9 attribue \u00e0 ce qu\u2019elle nomme \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb toutes sortes de vertus et de pouvoirs, \u00e0 commencer par celle de <strong>\u00ab<\/strong><\/strong> <strong>R\u00e9parer le monde <strong>\u00bb<\/strong>, pour reprendre le titre d\u2019un ouvrage d\u2019Alexandre Gefen paru en 2017. Quels sont les \u00ab&nbsp;pouvoirs&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;vertus&nbsp;\u00bb que nous attribuons \u00e0 la litt\u00e9rature, parfois avec un certain \u00ab&nbsp;ang\u00e9lisme&nbsp;\u00bb selon vous&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai rien, en soi, contre l\u2019optimisme culturel qui s\u2019exprime dans ces formules sur les vertus de \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb. Moi aussi, je souhaite un monde o\u00f9 on lirait mieux, en profondeur, et o\u00f9 nos exp\u00e9riences de lecture apporteraient sans \u00e9quivoque une contribution favorable \u00e0 la vie personnelle et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Mais dire \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature r\u00e9pare le lien social&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature nous soulage de nos angoisses&nbsp;\u00bb, cela ne suffit pas, c\u2019est un v\u0153u pieux, une id\u00e9alisation. La notion de \u00ab&nbsp;litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb est trop vague pour accueillir ce discours de bonne volont\u00e9. De quelle \u00ab&nbsp;litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb parle-t-on&nbsp;? Personne ne d\u00e9finit ce terme, et chacun le taille \u00e0 sa guise. Terme trop vaste et vague, il ne d\u00e9signe pas une r\u00e9alit\u00e9 stable. Quels genres litt\u00e9raires ont des effets vertueux&nbsp;? Les best-sellers, le roman feel good, le rap, le roman historique, la dark romance, la litt\u00e9rature jeunesse&nbsp;? Dans les faits, il y a une diversit\u00e9 immense de textes, de toutes cat\u00e9gories, et rien ne permet de dire qu\u2019ils propagent tous ces vertus. On peut faire de \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb des usages pervers (tous les r\u00e9gimes autoritaires le savent bien), on peut la r\u00e9duire \u00e0 un pur march\u00e9, sans aucune pr\u00e9occupation soci\u00e9tale, etc. Je me m\u00e9fie de ces g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s qui ne correspondent pas aux \u00e9tudes fouill\u00e9es sur la diversit\u00e9 des modes de lecture et des usages de \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb. J\u2019ai personnellement une vision tr\u00e8s optimiste des vertus de la lecture, qui enrichit le monde commun autant que les \u00e9changes entre lecteurs et lectrices. La lecture apporte au public un enrichissement int\u00e9rieur et des ressources symboliques puissantes qui peuvent \u00eatre partag\u00e9es et renforcent l\u2019espace d\u00e9mocratique commun. C\u2019\u00e9tait le grand id\u00e9al des Lumi\u00e8res, auquel je crois toujours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Quelles sont \u00e0 vos yeux de chercheur les nouvelles formes de sociabilit\u00e9 de la lecture les plus int\u00e9ressantes&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pense aux nombreux festivals litt\u00e9raires, au slam, mais aussi aux <em>book clubs,<\/em> sur lesquels travaille ma coll\u00e8gue de l&rsquo;Unil Mathilde Zbaeren, ces lieux de sociabilit\u00e9 autour de la lecture, tr\u00e8s horizontaux, ouverts aux exp\u00e9riences de lecture ordinaire\u2026 Et il y a aussi la bo\u00eete \u00e0 livres, un objet tr\u00e8s singulier qui a \u00e9merg\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990. On commence \u00e0 mieux en conna\u00eetre les pratiques et les effets. Deux \u00e9l\u00e9ments communs \u00e0 ces sociabilit\u00e9s sont particuli\u00e8rement notables&nbsp;: d\u2019abord, ils valorisent tous les acteurs de la cha\u00eene du livre et en font conna\u00eetre les activit\u00e9s et les m\u00e9tiers&nbsp;; ensuite, leur aspect horizontal met en \u00e9vidence les avis de tous types de lecteurs et lectrices, sur un mode d\u00e9mocratique. On a quitt\u00e9 le rapport \u00e9litaire \u00e0 la lecture litt\u00e9raire qui a pr\u00e9valu jusqu\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><b>Vous racontez, dans un chapitre de votre ouvrage intitul\u00e9 <\/b><strong style=\"font-weight: bold;font-style: italic\">\u00ab<\/strong>&nbsp;<strong>Conversation sur les romans <strong>\u00bb<\/strong>, comment vous avez men\u00e9 pendant cinq ans des conversations avec H\u00e9l\u00e8ne, nonag\u00e9naire habitant un village des Alpes suisses. Que vous ont amen\u00e9 ces \u00e9changes, en tant que chercheur et sur un plan plus personnel&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme dans toute enqu\u00eate ethnographique, on doit prendre du recul sur sa formation et ses pr\u00e9jug\u00e9s sociaux, et cette recherche de cinq ans m\u2019a fait beaucoup \u00e9voluer. H\u00e9l\u00e8ne m\u2019a v\u00e9ritablement enseign\u00e9 une fa\u00e7on de lire et un usage des <a><\/a>livres dans la vie quotidienne que toute ma formation me faisait tenir pour ill\u00e9gitime et n\u00e9gligeable. Je n\u2019ai pas r\u00e9duit H\u00e9l\u00e8ne \u00e0 un objet d\u2019\u00e9tude inerte. Je me suis remis en question. L\u2019enqu\u00eateur est parfois transform\u00e9 par sa recherche&nbsp;! C\u2019est le cas ici, o\u00f9 j\u2019ai pris au s\u00e9rieux une tout autre mani\u00e8re de lire, celle d\u2019une femme non lettr\u00e9e, d\u2019\u00e2ge avanc\u00e9, qui n\u2019acc\u00e8de aux livres que par les bo\u00eetes \u00e0 livres. Et qui t\u00e9moigne d\u2019une grande passion de la lecture, transformatrice de sa propre existence. Je d\u00e9cris en d\u00e9tail toutes les ressources d\u2019H\u00e9l\u00e8ne pour faire entrer les romans dans sa vie quotidienne et le bilan qu\u2019elle dresse de sa longue vie. On est loin de la lecture savante, telle qu\u2019on l\u2019enseigne \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Mais ces deux formes de lecture cohabitent, elles s\u2019\u00e9clairent l\u2019une l\u2019autre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une \u00ab&nbsp;Introduction \u00e0 la m\u00e9thode de Gaston Lagaffe&nbsp;\u00bb propose un angle de lecture original. Vous faites usage de Lagaffe pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019humour et le voyez comme une \u00ab&nbsp;incarnation de la critique&nbsp;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un article un peu amusant (je voudrais int\u00e9grer l\u2019humour \u00e0 la s\u00e9v\u00e8re th\u00e9orie litt\u00e9raire) o\u00f9 je m\u2019efforce de montrer comment ce c\u00e9l\u00e8bre personnage de BD, Gaston Lagaffe, apporte sa contribution \u00e0 la critique sociale, celle des ann\u00e9es 60-70 notamment, par son attitude tr\u00e8s particuli\u00e8re, nonchalante, r\u00eaveuse ou per\u00e7ue comme paresseuse. Il est le grain de sable qui enraye la machine de production. Il nous parle d\u2019une vie improvis\u00e9e, joueuse, bricoleuse, ludique, celle justement que les rythmes du travail tayloris\u00e9 voudraient supprimer. Gaston refuse d\u2019\u00eatre un robot, il tente de sauver une part d\u2019humanit\u00e9 ni mesurable, ni profitable au sens du marketing.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Vous posez la question du statut juridique de la fiction, y consacrant un chapitre entier. Cette question est-elle appel\u00e9e \u00e0 prendre une place forc\u00e9ment grandissante dans le domaine de la fiction francophone, au vu de la place tout aussi grandissante de l\u2019autofiction et autres \u00ab&nbsp;romans vrais&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, avec la vogue de l\u2019autofiction, le nombre de proc\u00e8s intent\u00e9s pour calomnie ou atteinte \u00e0 la vie priv\u00e9e a explos\u00e9. J\u2019essaie de parcourir ces proc\u00e8s pour savoir ce qu\u2019ils disent du r\u00f4le des romans dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Sur ce plan, la justice a des r\u00e8gles assez pr\u00e9cises, mais qui retardent sur les pratiques (notamment celles des r\u00e9seaux sociaux). L\u2019enjeu est \u00e0 la fois celui de la libert\u00e9 de cr\u00e9ation, \u00e0 laquelle nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques sont tr\u00e8s attach\u00e9es, et celui du droit au respect de la vie priv\u00e9e, notamment quand elle est expos\u00e9e dans un roman. Ce qui est rassurant sur ce plan, c\u2019est que la justice, le plus souvent, d\u00e9fend le droit du simple citoyen et ne se laisse pas impressionner par la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 d\u2019un \u00e9crivain ou d&rsquo;une \u00e9crivaine. Ainsi, Christine Angot a perdu un proc\u00e8s en diffamation, pour son roman <em>Les Petits,<\/em> au nom du fait que son statut d\u2019\u00e9crivaine ayant pignon sur rue, et tirant des profits substantiels de ses livres, ne lui donne nullement le droit d\u2019exposer publiquement (et de mani\u00e8re calomnieuse) la vie d\u2019un citoyen ordinaire\u2026 Il ne s\u2019agit pas dans ce cas d\u2019une restriction de la libert\u00e9 d\u2019artiste, mais d\u2019une limite mise au pouvoir social d\u2019une autrice tr\u00e8s en vue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-headings-color has-light-background-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-1 wp-block-paragraph\"><strong><em>Questions profanes de litt\u00e9rature,<\/em> <\/strong>J\u00e9r\u00f4me Meizoz, Slatkine \u00c9rudition, 2026, 394 pages<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u00e9r\u00f4me Meizoz publie \u00ab\u00a0Questions profanes de litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, un recueil d\u2019essais, o\u00f9 il est question d&rsquo;humour et des vertus de la lecture.<\/p>\n","protected":false},"author":1003093,"featured_media":16099,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[160,101,120,106],"tags":[199,358,84],"class_list":["post-16094","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-aussi-dans-lactu","category-culture","category-le-coin-des-livres","category-lettres","tag-essai","tag-francais","tag-litterature"],"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",1200,700,false],"thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882-150x150.jpg",150,150,true],"medium":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882-300x175.jpg",300,175,true],"medium_large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882-768x448.jpg",580,338,true],"large":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882-1024x597.jpg",580,338,true],"1536x1536":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",1200,700,false],"2048x2048":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",1200,700,false],"post-thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",1200,700,false],"chaplin_preview_image_low_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882-540x315.jpg",540,315,true],"chaplin_preview_image_high_resolution":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882-1080x630.jpg",1080,630,true],"chaplin_fullscreen":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",1200,700,false],"gform-image-choice-sm":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",300,175,false],"gform-image-choice-md":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",400,233,false],"gform-image-choice-lg":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",600,350,false],"mailpoet_newsletter_max":["https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/files\/2026\/11\/jerome_meizoz-4882.jpg",1200,700,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"Isabelle Falconnier","author_link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/author\/ifalconn\/"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"J\u00e9r\u00f4me Meizoz publie \"Questions profanes de litt\u00e9rature\", un recueil d\u2019essais, o\u00f9 il est question d'humour et des vertus de la lecture.","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16094","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003093"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16094"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16094\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16406,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16094\/revisions\/16406"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16099"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16094"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16094"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16094"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}