{"id":14047,"date":"2026-02-18T14:28:08","date_gmt":"2026-02-18T13:28:08","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/?p=14047"},"modified":"2026-03-25T10:43:14","modified_gmt":"2026-03-25T09:43:14","slug":"etre-autonome-veritable-liberte-ou-insidieuse-injonction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/uniscope\/etre-autonome-veritable-liberte-ou-insidieuse-injonction\/","title":{"rendered":"\u00catre autonome, v\u00e9ritable libert\u00e9 ou insidieuse injonction\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Ultime but \u00e0 atteindre, \u00e9cho d\u2019une r\u00e9ussite. Et si l\u2019autonomie n\u2019\u00e9tait que mirage&nbsp;? Gaia Barbieri et Georges Gaillard interrogent de mani\u00e8re critique ce mythe contemporain et ses cons\u00e9quences, sous l\u2019angle de la psychosociologie. Interview.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autonomie. Le&nbsp;graal supr\u00eame. Un mot d\u2019apparence simple, omnipr\u00e9sent, devenu, de nos jours, presque sacr\u00e9, car synonyme de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9mancipation. Dans l\u2019\u00e9ducation, l\u2019enfant apprend \u00e0 \u00ab&nbsp;se d\u00e9brouiller seul&nbsp;\u00bb. Dans le travail, chacun est somm\u00e9 d\u2019\u00eatre performant et ind\u00e9pendant. Sur les r\u00e9seaux sociaux, les vid\u00e9os de d\u00e9veloppement pr\u00f4nent toutes l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;s\u2019accomplir&nbsp;\u00bb. L\u2019autonomie s\u2019est impos\u00e9e comme un v\u00e9ritable id\u00e9al de vie, voire un indice silencieux de r\u00e9ussite. Mais si ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un leurre&nbsp;? Et si l\u2019autonomie n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre que le plus grand mensonge auquel nous ayons accept\u00e9 de croire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le postulat d\u00e9fendu par Gaia Barbieri, postdoctorante au\u00a0<a href=\"https:\/\/applicationspub.unil.ch\/interpub\/noauth\/php\/Un\/UnUnite.php?UnId=254&amp;LanCode=37\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Laboratoire de recherche en psychologie dynamiques intra et inter-subjectives (LARPSYDIS)<\/a>\u00a0de l\u2019Unil,\u00a0et Georges Gaillard, psychanalyste et professeur en psychologie et psychopathologie clinique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon 2, dans un article de psychosociologie paru au sein de\u00a0la revue <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-connexions?lang=fr\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-connexions?lang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Connexions<\/em><\/a>. \u00ab\u00a0L\u2019autonomie est devenue un imp\u00e9ratif moral, une norme sociale indiscutable, voire presque une obligation, explique le duo en interview. On ne dit plus seulement aux individus qu\u2019ils peuvent \u00eatre autonomes, mais qu\u2019ils doivent l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En retra\u00e7ant l\u2019histoire de ce concept&nbsp;<em>(cf.&nbsp;encadr\u00e9 en fin d\u2019article),<\/em>&nbsp;de la Gr\u00e8ce antique \u00e0 nos jours, les deux auteur\u00b7es&nbsp;montrent comment la notion d\u2019autonomie est progressivement devenue une injonction sociale, et pointent du doigt les d\u00e9rives que ce glissement a engendr\u00e9es, \u00e0 notre insu. Pour Gaia Barbieri et Georges Gaillard, le constat est sans appel&nbsp;: en 2026 l\u2019autonomie est un leurre.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi est-ce une illusion&nbsp;?<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-light-background-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<!-- iframe plugin v.6.0 wordpress.org\/plugins\/iframe\/ -->\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"171\" height=\"171\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Ojs4KXeW-ZA\" title=\"N\u2019allez pas dans la tendance : allez dans la bonne direction\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" 0=\"allowfullscreen&gt;&lt;\/iframe\" scrolling=\"yes\" class=\"iframe-class\"><\/iframe>\n\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Miroir grossissant de nos tendances soci\u00e9tales, les r\u00e9seaux sociaux grouillent de vid\u00e9os pr\u00f4nant, en filigrane, le m\u00eame genre de messages que celle-ci <em>(ndlr, la vid\u00e9o met en sc\u00e8ne un manchot et non un pingouin)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:14px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans une soci\u00e9t\u00e9 hyperconcurrentielle, chacun doit se faire remarquer, conserver sa place ou progresser, tout en devenant une sorte d\u2019\u00ab&nbsp;entrepreneur de soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb, responsable de ses succ\u00e8s\u2026 et de ses \u00e9checs&nbsp;\u00bb. Pour Gaia Barbieri et Georges Gaillard, notre monde occidental, pleinement centr\u00e9 sur la performance individuelle et l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel, a doucement gliss\u00e9 dans ce que le philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis nommait d\u00e9j\u00e0 au si\u00e8cle dernier une \u00ab&nbsp;culture de l\u2019\u00e9go\u00efsme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, \u00ab&nbsp;l\u2019autonomie moderne est un leurre car elle ne signifie plus vraiment \u00e9mancipation, mais obligation d\u2019\u00eatre autosuffisant, explique Gaia Barbieri. Autrefois, l\u2019autonomie allait avec la responsabilit\u00e9 et le collectif.&nbsp;Aujourd\u2019hui, elle oblige les individus \u00e0 se d\u00e9brouiller seuls, affaiblit les liens et remplace l\u2019engagement humain par des r\u00e8gles et proc\u00e9dures.&nbsp;\u00bb L\u2019autonomie fait donc peser sur chaque individu le poids d\u2019une responsabilit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e. \u00ab&nbsp;On peut d\u2019ailleurs y voir une nouvelle forme de violence sociale invisible&nbsp;\u00bb, note la chercheuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Cet exc\u00e8s d\u2019autonomie conduit \u00e0 ne plus penser le monde qu\u2019\u00e0 partir de son propre nombril, avec pour cons\u00e9quence un seuil de tol\u00e9rance \u00e0 la contrainte tr\u00e8s faible.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<cite>Georges Gaillard, psychanalyste et professeur en psychologie et psychopathologie clinique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon 2<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019individu contemporain semble vouloir se d\u00e9lier&nbsp;de toute contrainte, de toute dette, de tout lien \u00e0 l\u2019autre, ajoute Georges Gaillard. Cet exc\u00e8s d\u2019autonomie conduit \u00e0 ne plus penser le monde qu\u2019\u00e0 partir de son propre nombril, avec pour cons\u00e9quence un seuil de tol\u00e9rance \u00e0 la contrainte tr\u00e8s faible.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre&nbsp;part, si l\u2019autonomie moderne promet la libert\u00e9, \u00ab&nbsp;nos existences n\u2019ont cependant jamais \u00e9t\u00e9 aussi d\u00e9pendantes&nbsp;\u00bb, poursuit le psychanalyste. D\u00e9pendantes d\u2019infrastructures techniques, \u00e9conomiques, sociales. \u00ab&nbsp;L\u2019exemple peut sembler trivial, mais sans GPS, sans r\u00e9seau, combien d\u2019entre nous seraient r\u00e9ellement capables de s\u2019orienter&nbsp;? Si Starlink cesse de fonctionner, nous sommes perdus&nbsp;\u00bb, ajoute-t-il. Ces technologies donnent une impression d\u2019ind\u00e9pendance tout en installant des d\u00e9pendances invisibles et massives, \u00ab&nbsp;vis-\u00e0-vis d\u2019outils technologiques, loin d\u2019\u00eatre politiquement \u00ab&nbsp;neutres&nbsp;\u00bb, qui mat\u00e9rialisent l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9o-lib\u00e9rale&nbsp;\u00bb, compl\u00e8te Gaia Barbieri.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cons\u00e9quences, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019individu<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Lorsque tout devient affaire de choix personnels, la difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir prend la forme d\u2019une faute individuelle.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<cite>Gaia Barbieri et Georges Gaillard<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si l\u2019autonomie est un mirage, ses effets, eux, sont bien r\u00e9els. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019individu \u2013 ou \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb,&nbsp;comme on dirait dans le jargon&nbsp;\u2013&nbsp;nos deux sp\u00e9cialistes expliquent que ce \u00ab&nbsp;leurre&nbsp;\u00bb est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une pression consid\u00e9rable. \u00ab&nbsp;Lorsque tout devient affaire de choix personnels, la difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir prend la forme d\u2019une faute individuelle.&nbsp;\u00bb Fatigue, sentiment d\u2019\u00e9chec, \u00e9puisement, le sujet contemporain doit se d\u00e9finir, se r\u00e9aliser, se distinguer. Seul. \u00ab&nbsp;On fabrique des individus responsables de tout, mais ma\u00eetres de presque rien&nbsp;\u00bb, d\u00e9plore Georges Gaillard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le mal-\u00eatre, l\u2019\u00e9puisement ou encore la m\u00e9lancolie ne sont donc, selon nos psychologues,&nbsp;que&nbsp;les&nbsp;d\u00e9g\u00e2ts collat\u00e9raux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 hyperindividualiste. \u00ab&nbsp;On observe aujourd\u2019hui une forte inflation des pathologies, et notamment des pathologies limites, souligne le psychanalyste, des sujets de plus en plus en situation d\u2019errance. Priv\u00e9s de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un collectif, affranchis de cette dette d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui les inscrivait dans un lien, ils se replient davantage sur une revendication identitaire, et s\u2019y \u00e9puisent. Lorsqu\u2019on passe sa vie \u00e0 tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab&nbsp;qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb dans un monde qui ne propose plus de rep\u00e8res ext\u00e9rieurs, le travail devient non seulement ext\u00e9nuant, mais aussi, oserais-je dire, d\u00e9sesp\u00e9rant. Une dynamique qui finit par m\u00e9lancoliser.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-light-background-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019exemple LGBTQIA+<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Pour Georges Gaillard, certaines revendications LGBTQIA+ illustrent parfois ce ph\u00e9nom\u00e8ne&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chacun va revendiquer un trait de son fonctionnement comme \u00e9tant l\u2019identit\u00e9 \u00e0 laquelle il ne faut surtout pas toucher. Comme si le sujet n\u2019\u00e9tait pas compos\u00e9 d\u2019une pluralit\u00e9 interne, comme si le sujet n\u2019\u00e9tait pas complexe. Et en m\u00eame temps, cela devient la lutte de tous contre tous.&nbsp;Cette focalisation sur le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb transforme parfois la qu\u00eate identitaire en une lutte solitaire, o\u00f9 tout devient rivalit\u00e9 et o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie du sujet s\u2019\u00e9puise.&nbsp;\u00bb&nbsp;Et&nbsp;Gaia Barbieri de nuancer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Certains aspects du mouvement LGBTQIA+ donnent parfois l\u2019impression que l\u2019on peut se construire enti\u00e8rement seul, mais cette \u00ab&nbsp;autonomie&nbsp;\u00bb repose sur un trait minoritaire de l\u2019identit\u00e9, une sexualit\u00e9 qui ne rentre pas dans la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle, et qui est donc depuis longtemps discrimin\u00e9e et stigmatis\u00e9e. Cette mise en avant de cet aspect de soi non h\u00e9t\u00e9ro-norm\u00e9 est en r\u00e9alit\u00e9 une r\u00e9ponse \u00e0 des si\u00e8cles de m\u00e9pris et d\u2019exclusion. Aujourd\u2019hui le&nbsp;<em>pride<\/em>&nbsp;permet de reprendre dignit\u00e9 et visibilit\u00e9 face \u00e0 cette discrimination, c\u2019est un moyen de transformer la honte socialement impos\u00e9e en force.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cons\u00e9quences&nbsp;\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>\u00c0 plus large \u00e9chelle, l\u2019autonomie moderne tend aussi \u00e0 fragiliser les structures interm\u00e9diaires qui faisaient le lien entre individus et soci\u00e9t\u00e9. Syndicats, corps professionnels, institutions de m\u00e9diation&nbsp;: autant de cadres qui organisaient la conflictualit\u00e9 et la solidarit\u00e9. Leur affaiblissement laisse alors place \u00e0 un face-\u00e0-face plus brut entre l\u2019individu et le syst\u00e8me social. L\u2019autonomie, con\u00e7ue comme \u00e9mancipation, se mue alors en isolement et parfois en impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Certains ph\u00e9nom\u00e8nes politiques r\u00e9cents sont une manifestation frappante des d\u00e9rives contemporaines de l\u2019autonomie&nbsp;\u00bb, observent les deux auteur\u00b7es, citant par exemple le mouvement des Gilets jaunes, dont le mot d\u2019ordre embl\u00e9matique \u00ab&nbsp;Nous ne voulons pas de repr\u00e9sentants&nbsp;\u00bb&nbsp;illustre selon eux une forme d\u2019autonomie pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, \u00ab&nbsp;o\u00f9 toute instance interm\u00e9diaire devient suspecte&nbsp;\u00bb. Gaia Barbieri nuance toutefois&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le mouvement des Gilets&nbsp;jaunes a \u00e9merg\u00e9 dans un contexte de grande d\u00e9sillusion des classes moyennes et populaires vis-\u00e0-vis de repr\u00e9sentants politiques ayant syst\u00e9matiquement pill\u00e9 la chose publique&nbsp;et ayant pi\u00e9tin\u00e9 la dignit\u00e9 des travailleuses et travailleurs. Leur refus de se faire repr\u00e9senter est donc, certes, le sympt\u00f4me d\u2019un leurre d\u2019autonomie, mais il s\u2019inscrit aussi dans une d\u00e9marche collective remarquable. La prise en compte des d\u00e9pendances mutuelles et de la responsabilit\u00e9 collective (la solidarit\u00e9, l\u2019entraide&nbsp;et la construction d\u2019une pens\u00e9e commune quant \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9sirable) ont \u00e9t\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments centraux du mouvement des Gilets&nbsp;jaunes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e8re des crises \u00e9cologiques et des interd\u00e9pendances plan\u00e9taires, l\u2019id\u00e9e d\u2019un individu enti\u00e8rement ma\u00eetre de sa trajectoire semble de plus en plus probl\u00e9matique. \u00ab&nbsp;Nous d\u00e9couvrons que nous d\u00e9pendons d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes, de dynamiques collectives, de conditions mat\u00e9rielles qui exc\u00e8dent largement l\u2019\u00e9chelle individuelle,&nbsp;notent les deux coll\u00e8gues.&nbsp;Penser l\u2019existence uniquement en termes d\u2019autonomie personnelle acc\u00e9l\u00e8re alors activement la course \u00e0 la catastrophe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Repenser l\u2019autonomie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Face aux illusions de l\u2019autonomie contemporaine, Gaia Barbieri et Georges Gaillard insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de recr\u00e9er des espaces de responsabilit\u00e9 collective. \u00ab&nbsp;Le sujet tout seul est perdu&nbsp;\u00bb, rappelle le professeur.&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019enjeu n\u2019est pas de supprimer l\u2019autonomie, mais de la resituer, ajoute la chercheuse.&nbsp;Cela passe par des liens concrets, des collectifs r\u00e9els, des \u00ab&nbsp;groupes territorialis\u00e9s&nbsp;\u00bb qui se trouvent souvent \u00ab&nbsp;\u00e0 la marge&nbsp;\u00bb, mais aussi par la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9investir la limite et la contrainte comme conditions m\u00eames de la vie commune.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, m\u00eame si cela peut sembler contre-intuitif, \u00ab&nbsp;on ne devient autonome qu\u2019\u00e0 partir de liens. C\u2019est parce que nous sommes inscrits dans des relations, des r\u00e8gles, des institutions que nous pouvons v\u00e9ritablement exercer une libert\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-light-background-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une br\u00e8ve histoire de l\u2019autonomie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019autonomie n\u2019a pas toujours signifi\u00e9 \u00ab&nbsp;se d\u00e9brouiller seul&nbsp;\u00bb. H\u00e9rit\u00e9e des Lumi\u00e8res, elle d\u00e9signait d\u2019abord l\u2019\u00e9mancipation vis-\u00e0-vis des tutelles religieuses et traditionnelles. Devenir un sujet capable de raison et de jugement, dans un cadre collectif et politique. Dans les ann\u00e9es 1960-1970, le terme prend une dimension critique et lib\u00e9ratrice: s\u2019affranchir des institutions jug\u00e9es oppressives, conqu\u00e9rir des marges de libert\u00e9. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, le sens glisse. L\u2019autonomie devient une norme individuelle&nbsp;: autogestion, performance, responsabilit\u00e9 personnelle. Ce qui relevait d\u2019un projet politique se transforme progressivement en imp\u00e9ratif personnel.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019autonomie est-elle un leurre ? 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