“La transition juste, c’est assurer le bien-être de toutes les formes de vie” – Aurore Fransolet

Lors de sa conférence à l’Unil le 25 novembre 2025, la chercheuse Aurore Fransolet, titulaire de la chaire « Transition Juste » à l’Université Libre de Bruxelles, a posé une définition ambitieuse et systémique de ce concept : une transformation qui ne se contente pas de compenser les pertes d’emplois ou les coûts de la transition, mais vise à répondre de façon intégrée aux inégalités sociales et aux dégradations écologiques — en incluant les non-humains.

Selon Aurore Fransolet, cette approche repose sur une conception post-croissance : abandonner l’horizon de croissance économique pour construire une économie du bien-être, capable de satisfaire les besoins fondamentaux de tous dans les limites planétaires. Ce modèle exige une réforme profonde de l’État social, capable de penser les politiques sociales et environnementales non plus en silo, mais en synergie.

“Pour assurer cette transition juste, l’État social doit évoluer en un État social-écologique, adapté pour fournir une réponse intégrée aux inégalités sociales et aux dégradations écologiques.”
aurorefransolet 1665992147698 jpg 3474108947Aurore Fransolet
Chercheuse senior en économie écologique et titulaire de la chaire Just Transitions à l’Université Libre de Bruxelles


L’État social-écologique ne se contenterait pas d’ajouter des politiques environnementales à l’existant : il repense les fondements mêmes de la protection sociale, en y intégrant les risques écologiques comme des risques sociaux à part entière.

Fransolet souligne que cette transformation implique de reconnaître les non-humains comme des sujets de droit – non pas pour les “humaniser”, mais pour reconnaître que leur préservation est une condition nécessaire à la survie des sociétés humaines. Dans ce nouveau modèle, les politiques ne visent plus seulement à “compenser” les pertes, mais à “prévenir” les inégalités — en agissant dès l’origine sur les structures économiques, sociales et écologiques qui les produisent.

Pour identifier sur ces structures, elle a présenté un cadre analytique qui réconnait cinq types d’inégalités sociales et écologiques, chacun correspondant à un axe de politique de transition juste :

Type d’inégalitéAxe de politique de transition juste
Contribution aux dégradationsRéguler les pratiques des élites polluantes (consommation, investissements)
Accès aux ressourcesAssurer un accès universel aux ressources essentielles (eau, alimentation, énergie)
Impact des risquesMettre en place une protection sociale écologique universelle
Impact des politiquesGarantir l’accès aux alternatives (logement, mobilité, emploi vert)
ParticipationRééquilibrer les rapports de pouvoir — inclure les vulnérables, limiter le poids des lobbies

Ce cadre, qu’elle a co-développé avec Éloi Laurent, permet d’identifier, pour chaque territoire, les politiques à mettre en œuvre — en fonction de ses spécificités locales. Aurore Fransolet insiste sur la nécessité d’une approche contextuelle, ancrée dans les réalités locales, plutôt que sur des solutions globales et génériques.

les cas d’étude de la transition juste — Bruxelles en tête

Bruxelles est le laboratoire principal des recherches d’Aurore Fransolet. Avec ses collègues, elle a imaginé un scénario de ville post-croissance où :

  • L’État devient employeur de dernier recours, garantissant un revenu de base et un emploi dans des secteurs d’intérêt social et écologique (agriculture urbaine, CAIR).
  • Les services de base (logement, mobilité, alimentation) sont universels et gratuits — ou à très bas coût.
  • Les logements sont régulés en taille (max 80 m² + 20 m²/personne).
  • La voiture est interdite en ville.
  • La régulation des revenus et patrimoines limite les inégalités.

Résultat : une réduction des inégalités sociales et écologiques, une verdissement des centres urbains — mais aussi des tensions avec les quartiers aisés, qui voient leurs libertés individuelles limitées.

Vienne : projet Coolstrass — identification des rues vulnérables (îlots de chaleur, peu d’espaces verts, personnes âgées/enfants) → blocage de la circulation + infrastructures de refroidissement → réduction de 3°C.
Luxembourg : transports publics gratuits → accès universel.
Espagne : permis climatique — 4 jours de congé payé lors de catastrophes naturelles → protection des travailleurs.
Pays-Bas : interdiction de la publicité fossile → réduction des voyages en avion / SUV.

Regardez la conférence d’Aurore Fransolet

Prochaine étape : la conférence inaugurale du cycle

La conférence d’Aurore Fransolet a ouvert la voie à un cycle de conférences qui réunira, tout au long de l’année académique 2026-2027, des expert·es suisses et internationaux·les.

Lors de la première conférence, nous aurons le plaisir d’accueillir Lucas Chancel, professeur à Sciences Po et co-directeur du World Inequality Lab. Spécialiste des liens entre inégalités économiques et transition écologique, il proposera une analyse historique des systèmes énergétiques et des rapports de pouvoir qui les structurent — des clés essentielles pour penser des politiques climatiques justes.

📅 Mercredi 4 mars
⏰ 18h – 20h
📍 Unil, Bâtiment Amphimax, MAX-351

Inscription obligatoire : https://events.unil.ch/register/635/1126

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