{"id":349,"date":"2023-02-10T13:46:48","date_gmt":"2023-02-10T12:46:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/?page_id=349"},"modified":"2023-04-04T10:33:52","modified_gmt":"2023-04-04T08:33:52","slug":"photographie-du-futur","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/gafsou\/photographie-du-futur\/","title":{"rendered":"La s\u00e9rie Chim\u00e8res de Matthieu Gafsou\u00a0: photographie du futur"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-buttons-text-color has-accent-background-color has-text-color has-background\"><em><strong>Rebecca Onesti, Master en histoire de l\u2019art et en sciences historiques de la culture, UNIL<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans son projet pour l\u2019exposition <em>Techno-mondes<\/em> \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne en 2023, Matthieu Gafsou projette le public dans un monde fictif. La s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em> (2023) invite le spectateur \u00e0 s\u2019arr\u00eater et \u00e0 regarder de plus pr\u00e8s pour essayer de comprendre le caract\u00e8re singulier des images qui composent la s\u00e9rie. L\u2019artiste fait le choix de travailler avec l\u2019intelligence artificielle et d\u2019utiliser un programme de g\u00e9n\u00e9ration d\u2019images. Il se sert d\u2019un syst\u00e8me qui donne comme r\u00e9sultat une \u0153uvre d\u2019art achev\u00e9e (GALANTER, 2019, p.&nbsp;112). Matthieu Gafsou utilise un algorithme d\u2019intelligence artificielle (IA) appel\u00e9 Dall-e. Ce dernier fonctionne gr\u00e2ce \u00e0 un <em>prompt<\/em>&nbsp;: une requ\u00eate sous forme textuelle est soumise \u00e0 l\u2019intelligence artificielle qui, \u00e0 partir de celle-ci, va produire une image. Il exp\u00e9rimente en donnant \u00e0 l\u2019IA des instructions pr\u00e9cises, souvent accompagn\u00e9es par des fragments de textes d\u2019\u00e9crivains, notamment par des \u00e9crits dystopiques caract\u00e9ris\u00e9s par leur \u00e9vocation de futurs possibles tels que Antonio Damasio, William Ford Gibson, ou la Bible (CUENOT, ONESTI, HAVRILOVA 2023). Ce processus n\u2019est pas aussi simple, ainsi qu\u2019il l\u2019explique&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai d\u00fb explorer des centaines, voire des milliers de <em>prompts<\/em> pour finalement arriver \u00e0 quelques images que je juge comme correctes&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). Il a aussi fait appel au moteur de traduction Deepl afin de traduire ces textes du fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019anglais. Enfin, lorsque Dall-e produit des images en noir et blanc, il a utilis\u00e9 une autre IA pr\u00e9sente dans Photoshop pour les coloriser automatiquement. Gafsou a ainsi d\u00e9ploy\u00e9 divers programmes utilisant une intelligence artificielle pour r\u00e9aliser les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En consid\u00e9rant la pratique artistique de Gafsou, le fait que ce dernier pr\u00e9sente la s\u00e9rie comme \u00e9tant un projet <em>photographique<\/em> pourrait nous surprendre et m\u00eame para\u00eetre incoh\u00e9rent. Effectivement, nous ne sommes pas face \u00e0 des \u0153uvres cr\u00e9\u00e9es \u00e0 l\u2019aide d\u2019un appareil photo. Les imperfections que nous pouvons remarquer sont li\u00e9es aux limites de la machine, \u00e9l\u00e9ments \u00e9tranges qui permettent de comprendre qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une photographie, mais d\u2019une image cr\u00e9\u00e9e par un algorithme. Toutefois, ces images ressemblent \u00e0 des photographies, en ont les traits caract\u00e9ristiques. Et Gafsou lui-m\u00eame envisage ce projet comme une s\u00e9rie photographique. Quels rapports peut-on tisser entre photographie et image g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par une IA&nbsp;? Ces images sont-elles photographiques&nbsp;? Qu\u2019est-ce qu\u2019un choix comme de d\u00e9finir ce projet comme photographique trahit en termes d\u2019impact et de message transmis au public&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, nous consid\u00e8rerons certaines valeurs traditionnellement associ\u00e9es au m\u00e9dium photographique nous permettant comparer images photographiques et images produites par l\u2019intelligence artificielle. Ensuite, l\u2019analyse de deux images en particulier nous permettra d\u2019\u00e9tudier comment l\u2019usage du terme photographique et la recherche de la vraisemblance donnent de la puissance au message que l\u2019artiste souhaite transmettre. Nous conclurons que la s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em> de Gafsou incarne la photographie du futur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-buttons-text-color has-accent-background-color has-text-color has-background\"><strong>L\u2019indice face \u00e0 l\u2019intelligence artificielle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Matthieu Gafsou motive le choix de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 sa s\u00e9rie en parlant de projet photographique comme suit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab&nbsp;La photographie a \u00e9volu\u00e9 au fil des ans. Elle n\u2019est plus simplement consid\u00e9r\u00e9e comme une empreinte ou une image captur\u00e9e par une cam\u00e9ra. Dans ce sens, les images g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par IA peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme une forme de photographie, car elles imitent l\u2019apparence d\u2019images photographiques. En cons\u00e9quence, le fait de consid\u00e9rer ces images comme des photographies peut susciter des questionnements et des d\u00e9bats sur ce qui constitue r\u00e9ellement une photographie&nbsp;\u00bb. (CUENOT, ONESTI, HAVRILOVA 2023)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9ponse nous offre plusieurs pistes de r\u00e9flexion. L\u2019artiste \u00e9voque des th\u00e9matiques constituant les d\u00e9bats qui accompagnent le m\u00e9dium photographique depuis ses d\u00e9buts. En qualifiant son projet de photographique, il conteste le fait que la photographie soit per\u00e7ue comme une sorte de preuve attestant l\u2019existence r\u00e9elle de ce qu\u2019elle montre. Il s\u2019agit d\u2019un questionnement complexe qui, au fil des ann\u00e9es, a conduit \u00e0 la formulation de th\u00e9ories et de positions diverses, souvent en d\u00e9saccord les unes avec les autres (DUBOIS 1990). Certaines recherches post-structuralistes se sont appuy\u00e9es sur la notion d\u2019<em>index <\/em>(ou indice), c\u2019est-\u00e0-dire, la \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation par contigu\u00eft\u00e9 physique du signe avec son r\u00e9f\u00e9rent&nbsp;\u00bb (DUBOIS 1990, p.&nbsp;41). La valeur singuli\u00e8re de l\u2019image photographique est d\u00e9termin\u00e9e par son rapport direct au r\u00e9f\u00e9rent, ce qui en fait la trace d\u2019un r\u00e9el (<em>Ibid.<\/em>). Cependant, comme Gafsou le dit \u00e0 juste titre, le m\u00e9dium photographique continue d\u2019\u00e9voluer en fonction des d\u00e9veloppements technologiques qui remettent en question l\u2019approche indicielle de la photographie. Dans le cas de la s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em>, la pr\u00e9tention de v\u00e9rit\u00e9 photographique est absente. Ces images ne repr\u00e9sentent pas des lieux, des objets ou des personnes qui existent r\u00e9ellement. L\u2019id\u00e9e de trace qui domine l\u2019histoire des m\u00e9dias modernes \u2013 comme la photographie ou le cin\u00e9ma, m\u00e9dias avec lesquels l\u2019image \u00e9lectronique est toujours compar\u00e9e \u2013 ne peut pas \u00eatre appliqu\u00e9e (SVEN 2006, p.&nbsp;35). Pourquoi alors consid\u00e9rer ces \u0153uvres comme des photographies ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son article \u00ab&nbsp;La retouche num\u00e9rique \u00e0 l\u2019index \u00bb, Tom Gunning traite de la relation entre la photographie argentique et la photographie num\u00e9rique, en proposant une critique de la valeur de l\u2019index\/indice (GUNNING 2006). Il commence par expliquer que la r\u00e9volution num\u00e9rique a permis aux artistes d\u2019avoir la libert\u00e9 de transformer l\u2019image photographique. Cette nouvelle possibilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par certains comme responsable d\u2019un effet d\u00e9vastateur sur la v\u00e9rit\u00e9 photographique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Signe et r\u00e9f\u00e9rent, nature et culture, homme et machine, toutes ces entit\u00e9s jusqu&rsquo;ici fiables semblent s&rsquo;effondrer l&rsquo;une sur l&rsquo;autre au point de devenir indivisibles. Bient\u00f4t, le monde entier sera transform\u00e9 en une \u00ab\u00a0nature artificielle\u00a0\u00bb indiff\u00e9renci\u00e9e&nbsp;\u00bb. (BATCHEN 1994, p.&nbsp;46). Gunning s\u2019oppose \u00e0 cette approche en arguant que le pouvoir du num\u00e9rique sur l\u2019image d\u00e9pend de ce qui est toujours reconnaissable, de l\u2019exactitude visuelle provenant de l\u2019image originale (GUNNING 2006)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab&nbsp;[\u2026] il me semble que le pouvoir de la plupart des manipulations num\u00e9riques repose sur la parfaite reconnaissance des photographies comme manipul\u00e9es, en toute conscience du substrat indiciel (ou, mieux, reconnaissable visuellement) qui sous-tend la manipulation&nbsp;\u00bb. (GUNNING 2008, p. 97).<\/p>\n\n\n\n<p>Reconna\u00eetre les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019image qui ont \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9s signifie les distinguer de ceux qui ne le sont pas. Dans le cas de la s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res,<\/em> les images propos\u00e9es sont totalement irr\u00e9elles, cela implique donc un processus mental de reconnaissance et de distinction des \u00e9l\u00e9ments issus du monde r\u00e9el. Gafsou affirme que la volont\u00e9 de cr\u00e9er des images vraisemblables a guid\u00e9 son travail (CUENOT, ONESTI, HAVRILOVA 2023). Par la pr\u00e9sentation d\u2019une image fictive qui mime le r\u00e9alisme photographique, l\u2019artiste invoque la question du r\u00e9f\u00e9rent du m\u00e9dium photographique tout en le contredisant. En observant les photographies de la s\u00e9rie, une impression de r\u00e9alit\u00e9 subsiste. Cette sensation est aliment\u00e9e notamment par le choix de l\u2019artiste de parler de projet photographique et par la tentative de <em>mim\u00e8sis<\/em>. Gunning soutient que le \u00ab&nbsp;sentiment d\u2019exactitude de la photographie persiste m\u00eame s\u2019il est contredit par une photo trafiqu\u00e9e&nbsp;\u00bb (GUNNING 2006, p.&nbsp;8), ou, dans notre cas, par une photographie produite enti\u00e8rement par l\u2019intelligence artificielle. Quels sont les effets d\u2019un tel choix terminologique et esth\u00e9tique sur le public&nbsp;? Analysons le cas de deux images que nous estimons \u00eatre les plus pertinentes sur ces questions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-buttons-text-color has-accent-background-color has-text-color has-background\"><strong>Portraits fictifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-1024x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-752\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-1024x1024.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-300x300.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-150x150.png 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-768x768.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-540x540.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03-1080x1080.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/2.chimeres_03.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig.&nbsp;1. Matthieu Gafsou, <em>Chim\u00e8res n\u00b003<\/em>, s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em>, 2023<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Au sein de la s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em>, parmi des photographies des paysages d\u00e9sol\u00e9s, d\u2019animaux d\u00e9form\u00e9s et mourants, des images qui \u00e9voquent la puissance de la nature et de la technologie, deux portraits se distinguent et marquent le spectateur. Matthieu Gafsou explique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab&nbsp;Cr\u00e9er le portrait d\u2019une personne inexistante c\u2019est un aspect qui m\u2019a initialement beaucoup fascin\u00e9. Exp\u00e9rimenter avec l\u2019IA m\u2019a permis de cr\u00e9er des personnes int\u00e9ressantes. (\u2026) C\u2019est ais\u00e9 de demander \u00e0 l\u2019Intelligence artificielle un portrait, il suffit de d\u00e9crire la personne, ses caract\u00e9ristiques, et la lumi\u00e8re que tu souhaites&nbsp;\u00bb. (CUENOT, ONESTI, HAVRILOVA 2023)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Chim\u00e8res n\u00b003<\/em>, nous sommes face \u00e0 un visage d\u00e9figur\u00e9 et noy\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 (fig.&nbsp;1). Il est le r\u00e9sultat d\u2019une requ\u00eate particuli\u00e8re faite \u00e0 l\u2019algorithme d\u2019intelligence artificielle Dall-e. Gafsou a pr\u00e9cis\u00e9 les caract\u00e9ristiques physiques de l\u2019homme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je voulais un corps imparfait, qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Dans la phrase donn\u00e9e \u00e0 l\u2019IA pour la g\u00e9n\u00e9ration de cette photographie, j\u2019ai donc ins\u00e9r\u00e9 le mot cancer. Le r\u00e9sultat a donn\u00e9 ces cicatrices plut\u00f4t belles&nbsp;\u00bb (<em>Ibid<\/em>.).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p><em>Chim\u00e8res n\u00b011<\/em>, image jug\u00e9e par l\u2019artiste comme \u00e9tant la plus narrative de la s\u00e9rie et \u00e0 la fois tr\u00e8s diff\u00e9rente visuellement, est le second portrait de la s\u00e9rie pr\u00e9sent\u00e9e lors de l\u2019exposition <em>Techno-mondes<\/em> en 2023 (fig.&nbsp;2). L\u2019intelligence artificielle a essay\u00e9 ici de mimer un flou de profondeur de champ sur cette jeune femme. Le r\u00e9sultat n\u2019est pas optimal, car la mise au point est faite au niveau de la bouche, ce qui cr\u00e9e un probl\u00e8me de nettet\u00e9 sur le reste du visage. Ce flou ajoute en revanche une aura fantomatique autour du portrait, provoquant un sentiment de myst\u00e8re.<br><br>Dans ces deux images, Matthieu Gafsou revisite le genre du portrait photographique. Nous sommes face \u00e0 deux personnes qui n\u2019existent pas dans la r\u00e9alit\u00e9. Toutefois, en regardant ces photographies, on per\u00e7oit quelque chose de profond\u00e9ment humain, l\u2019\u00e9vocation d\u2019une souffrance. \u00c0 travers les diff\u00e9rents m\u00e9dias de repr\u00e9sentation, le visage acquiert la valeur d\u2019un embl\u00e8me de l\u2019humain dot\u00e9 d\u2019une histoire, il \u00ab&nbsp;est devenu, \u00e0 l\u2019\u00e8re de sa repr\u00e9sentabilit\u00e9, le lieu visible de fonctions, sociales, interpersonnelles puis intersubjectives, le lieu de la communication, puis le lieu de l\u2019expression.&nbsp;\u00bb (AUMONT 1990, p.&nbsp;64). <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-1024x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-749\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-1024x1024.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-300x300.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-150x150.png 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-768x768.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-540x540.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11-1080x1080.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/10.chimeres_11.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig.&nbsp;2. Matthieu Gafsou, <em>Chim\u00e8res n\u00b011<\/em>, s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em>, 2023<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>En consid\u00e9rant la circulation vertigineuse dans les m\u00e9dias d\u2019images li\u00e9es aux \u00e9v\u00e9nements catastrophiques, nous remarquons comment, au sein de cette prolif\u00e9ration, le portrait photographique conserve sa force \u00e9vocatrice. Ce dernier, en tant que repr\u00e9sentation d\u2019un individu particulier, se lie en effet \u00e0 un besoin social fondamental (NAIRNE 2006, p.&nbsp;7). Le portrait a la capacit\u00e9 de constituer l\u2019embl\u00e8me d\u2019une vie, d\u2019une situation pr\u00e9cise, ce qui en fait sa puissance de communication. Pensons par exemple aux c\u00e9l\u00e8bres portraits qui ont fait l\u2019histoire de la photographie documentaire comme <em>Migrant Mother <\/em>(Dorothea Lange, 1936) ou encore aux photographies de Walker Evans. Est-il possible de tirer des parall\u00e8les entre ces photographies qui ont marqu\u00e9 la m\u00e9moire collective d\u2019une \u00e9poque et les portraits de Matthieu Gafsou&nbsp;? Malgr\u00e9 le fait que le titre de la s\u00e9rie, <em>Chim\u00e8res<\/em>, sugg\u00e8re l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde fantastique et que toutes les images sont fictives, la question de savoir si ces sc\u00e9narios pourraient se produire dans un avenir proche se pose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-buttons-text-color has-accent-background-color has-text-color has-background\"><strong>Transposer l\u2019urgence climatique en image<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Dans ces deux images, comme dans l\u2019ensemble de la s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em>, Matthieu Gafsou propose un r\u00e9cit effrayant nous projetant dans un futur sombre. L\u2019environnement et l\u2019\u00e9cologie font partie des th\u00e8mes qui l\u2019ont guid\u00e9 dans la r\u00e9alisation de ces photographies (fig.&nbsp;3). L\u2019\u00eatre humain se retrouve impuissant face \u00e0 la destruction et \u00e0 la d\u00e9solation du monde provoqu\u00e9e par lui-m\u00eame. Aujourd\u2019hui, l\u2019urgence climatique est \u00e0 la premi\u00e8re place dans les pr\u00e9occupations qui affectent nos soci\u00e9t\u00e9s. Les pr\u00e9visions faites par les expert\u00b7e\u00b7s nous projettent dans un avenir catastrophique o\u00f9 la survie du genre humain est loin d\u2019\u00eatre assur\u00e9e. Gafsou pr\u00e9sente un monde angoissant afin de favoriser la r\u00e9flexion et nous questionner, voire nous inqui\u00e9ter. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le choix de mimer le rendu du m\u00e9dium photographique qui, \u00e0 mon sens, encourage encore plus ce type de r\u00e9flexion. La force de ses portraits a, \u00e0 certains \u00e9gards, des affinit\u00e9s avec la tradition de la photographie documentaire. Nous sommes conscient\u00b7e\u00b7s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une image cr\u00e9\u00e9e par l\u2019intelligence artificielle, mais l\u2019aspect de vraisemblance rend l\u2019image puissante, ind\u00e9pendamment des limites du logiciel.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-1024x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-753\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-1024x1024.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-300x300.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-150x150.png 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-768x768.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-540x540.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10-1080x1080.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/files\/2023\/03\/8.chimeres_10.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig.&nbsp;3. Matthieu Gafsou, <em>Chim\u00e8res n\u00b010<\/em>, s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em>, 2023<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions nous am\u00e8nent \u00e0 consid\u00e9rer un second aspect qui lie la s\u00e9rie <em>Chim\u00e8res<\/em> \u00e0 la photographie, celui du rapport au temps. Roland Barthes d\u00e9crit la photographie comme \u00ab&nbsp;une <em>magie<\/em>, non un art&nbsp;\u00bb, dans sa capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019\u00e9manation d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e (BARTHES 1980, p.&nbsp;138). L\u2019instant retenu par la photographie est soustrait \u00e0 la dur\u00e9e, l\u2019image pr\u00e9l\u00e8ve un instant qu\u2019elle fait continuellement ressurgir (M\u00c9AUX 1997, p.&nbsp;24). Mathieu Gafsou, \u00e0 travers l\u2019utilisation de l\u2019IA, nous met en pr\u00e9sence non pas de quelque chose qui s\u2019est produit dans le pass\u00e9, d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e7a a \u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb barth\u00e9sien, mais nous projette dans le futur. Sa pratique pourrait alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une nouvelle \u00e9volution de la valeur temporelle associ\u00e9e \u00e0 la photographie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-buttons-text-color has-accent-background-color has-text-color has-background\"><strong>Une photographie du futur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers l\u2019usage du terme \u00ab&nbsp;photographie&nbsp;\u00bb et la cr\u00e9ation d\u2019images qui imitent le m\u00e9dium photographique tout en gardant des indices d\u2019une cr\u00e9ation machinique, l\u2019artiste parvient \u00e0 susciter la r\u00e9flexion. Il nous montre des visages et des sc\u00e9narios fictifs, des images produites par l\u2019intelligence artificielle qui, toutefois, sont \u00e9vocatrices d\u2019angoisse du pr\u00e9sent de l\u2019avenir de notre plan\u00e8te. Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un futur qui pourrait \u00eatre le n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche de Matthieu Gafsou d\u00e9montre que des pratiques artistiques innovantes permettent de traiter et de th\u00e9matiser des questions fondamentales de notre temps. Il s\u2019agit d\u2019approches qui remettent en question les pratiques artistiques connues jusqu\u2019ici en encourageant d\u2019autres formes de compr\u00e9hension (SHANKEN 2016, p.&nbsp;477). Ces pratiques r\u00e9volutionnaires r\u00e9pondent \u00e0 de nouveaux besoins culturels en accord avec les transformations sociales. Dans le cas de <em>Chim\u00e8res<\/em>, l\u2019utilisation de l\u2019intelligence artificielle permet \u00e0 l\u2019artiste de traiter d\u2019une th\u00e9matique br\u00fblante, celle de la crise climatique. Gafsou r\u00e9fl\u00e9chit aux transformations actuelles et \u00e0 venir en recourant aux nouveaux instruments offerts par la technologie&nbsp;: une photographie du futur.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group biblio\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-small-font-size\">AUMONT Jacques, \u00ab&nbsp;Image, visage, passage&nbsp;\u00bb, dans BELLOUR Raymond (\u00e9d.), <em>Passages de l\u2019image<\/em>, Paris, Centre Georges Pompidou, 1990, pp.&nbsp;61-70.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BARTHES Roland, <em>La Chambre claire&nbsp;: note sur la photographie<\/em>, Paris : Gallimard, 1980.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BATCHEN Geoffrey, \u00ab&nbsp;Phantasm&nbsp;: Digital Imaging and the Death of Photography&nbsp;\u00bb, <em>Aperture<\/em>, n\u00b0136, 1994, pp.&nbsp;45-51.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">CUENOT Valentine, ONESTI Rebecca, HAVRILOVA Marcela, <em>Entretien avec Matthieu Gafsou<\/em>, 26 janvier 2023.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">DUBOIS Philippe, \u00ab&nbsp;De la verisimilitude \u00e0 l\u2019index&nbsp;\u00bb, dans <em>L\u2019acte photographique et autres essais<\/em>, Bruxelles&nbsp;: Nathan, 1990,pp.&nbsp;19-53.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">GALANTER Philip, \u00ab&nbsp;Artificial Intelligence and Problems in Generative Art Theory&nbsp;\u00bb, <em>Proceedings of EVA London 2019<\/em>, 2019, pp.&nbsp;112-118.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">GUNNING Tom, \u00ab La retouche num\u00e9rique \u00e0 l\u2019index \u00bb, <em>\u00c9tudes photographiques<\/em>, d\u00e9cembre 2006, pp.&nbsp;96-119.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group biblio\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-small-font-size\">GUNNING Tom, \u00ab What\u2019s the Point of an Index ? Or, Faking photographs\u00bb, dans BECKMAN Karen, MA Jean (\u00e9d.), <em>Still Moving. Between Cinema and Photography<\/em>, Durham&nbsp;: Duke University Press, 2008, pp. 23-40.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">M\u00c9AUX Dani\u00e8le, <em>La photographie et le temps. Le d\u00e9roulement temporel dans l\u2019image photographique<\/em>, Aix-en-Provence, Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Provence, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">NAIRNE Sandy, <em>The Portrait Now<\/em>, Londres, &nbsp;National Portrait Gallery, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">SHANKEN Edward, \u00ab&nbsp;Contemporary Art and New Media&nbsp;: Digital Divide or Hybrid Discourse&nbsp;?&nbsp;\u00bb, dans PAUL Christiane (\u00e9d.), <em>A Companion to Digital Art<\/em>, Hoboken, John Wiley &amp; Sons Inc, 2016, pp.&nbsp;465-481.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">SVEN Spieker, \u00ab&nbsp;L\u2019image \u00e9lectronique dans l\u2019espace&nbsp;\u00bb, dans BALBE Jean-Pierre, DE BARROS Manuela (\u00e9d.), <em>L\u2019art a-t-il besoin du num\u00e9rique&nbsp;?<\/em>, Paris, La Voisier, 2006, pp.&nbsp;35-55.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Rebecca Onesti<\/p>\n","protected":false},"author":108,"featured_media":749,"parent":312,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-full-width.php","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"class_list":["post-349","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/108"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/349\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/312"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/media\/749"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/techno-mondes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}