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Qui habitait les mers avant les poissons ?

Focus sur la vie et la mort des arthropodes au cours de l’évolution, dans une expo conçue par Allison Daley au palais de Rumine, avec un jeune chercheur, Pierre Gueriau, et l’équipe de Gilles Borel, directeur du Département de géologie au Naturéum.

Félix Imhof © UNIL

Allison Daley (Félix Imhof © UNIL)

Qui habitait les mers avant les poissons ?

Focus sur la vie et la mort des arthropodes au cours de l’évolution, dans une expo conçue par Allison Daley au palais de Rumine, avec un jeune chercheur, Pierre Gueriau, et l’équipe de Gilles Borel, directeur du Département de géologie au Naturéum.

On peut voir un de leurs descendants évoluer dans un aquarium de recherche à l’Institut des sciences de la Terre, dirigé par la paléontologue Allison Daley : ce sont des arthropodes rescapés de l’Ordovicien, il y a 480 millions d’années, quand le site de Fezouata, au Maroc, se trouvait sous l’eau… près du pôle Sud. Mais attention : tous les arthropodes n’ont pas survécu jusqu’à nos jours. Dans l’Anti-Atlas, un site a été passé au peigne fin par un homme bien connu de la professeure Daley : Mohammed Ben Moula et ses fils sont des chasseurs de fossiles, et le site de Fezouata en regorge de manière exceptionnelle, au point que les scientifiques soutiennent les autochtones dans leur projet d’obtenir un classement parmi les Géoparcs Unesco.

Hélas terminée, « l’exposition au Naturéum se voulait à la fois scientifique et esthétique », résume Allison Daley. Les fossiles scrutés au microscope ou affichés en grand format sont eux-mêmes de tailles différentes, voire impressionnante comme le regretté radiodonte, dont la progression lente et majestueuse, les multiples nageoires et les deux pattes filtrantes autour de la bouche semblent indiquer son insatiable appétit ; la bête pouvant atteindre deux mètres de long était dotée d’une belle carapace protégeant sa tête, comme on le voit sur divers fossiles et reconstitutions muséales.

Ancêtres des araignées et des crustacés

Pour la paléontologue Allison Daley, qui étudie les roches et les fossiles de Fezouata en offrant régulièrement à ses étudiantes et étudiants la possibilité de se déplacer au Maroc, il s’agissait de « donner à voir au grand public la biologie du développement des arthropodes ». Le radiodonte était un arthropode primitif présent dans toutes les eaux de la Terre et dont l’ultime apparition s’est déroulée à Fezouata, qui fut son tombeau. Allison Daley est la grande spécialiste mondiale du radiodonte, dont elle parle avec affection. Fezouata est également riche en trilobites : ces animaux bien visibles à l’œil nu, atteignant entre 2 et 7 centimètres, sont à carapace dure et offrent des parties molles, plus rarement fossilisées mais présentes lors de l’exposition. Ces arthropodes disparus sont les ancêtres de nos araignées, insectes, scorpions et crustacés marins. Comme d’autres classes d’arthropodes, les trilobites se débarrassent plusieurs fois de leur exosquelette pour permettre à leur corps de s’agrandir, puis se reminéralisent, laissant ainsi à chaque mue des carapaces fossilisées. D’autres spécimens sont les ancêtres des étoiles de mer, des vers marins, des éponges, des pieuvres…

Les survivants et les disparus

Dans l’aquarium de l’Institut des sciences de la Terre, la professeure Daley cultive une espèce de limules, proche des trilobites. Pourquoi cette ténacité alors que tant d’autres arthropodes ont successivement disparu ?

« C’est une bonne question, on ne sait pas pourquoi certains arthropodes ont survécu alors que tant d’autres ont disparu. »

Professeure Allison Daley

En revanche, on sait que la préservation de ces traces de vie fossilisées est due à « l’apparition alors fréquente d’orages apportant des sédiments qui recouvraient ces animaux si divers au fond des mers, les tuant et les préservant à la fois ». Dure loi de la nature, qui nous offre, aujourd’hui encore, la possibilité de voyager avec eux si loin dans le temps. Comment déterminer la période de ces fossiles ? En faisant le lien avec ce que l’on sait des roches et des processus géologiques. À Fezouata on a ainsi trouvé des graptolites, minuscules animaux coloniaux dont l’existence fut brève à l’échelle géologique, d’où la datation il y a 480 millions d’années. – NR