Le projet

FISSURER UN TABOU…

« Sois fort! Il faut rester positif et aller de l’avant! » ; « Elle ne va pas nous plomber encore la soirée avec ses histoires de fin du monde… »

Qui n’a jamais entendu ces phrases qui peuvent paraître anodines mais sont lourdes de conséquences? Il semble exister encore aujourd’hui une sorte de tabou à parler ouvertement de ce que l’on ressent vis-à-vis des enjeux écologiques que nous traversons. On nous enjoint volontiers à « rester positif », à « être fort ». On se retient de partager ce que l’on ressent car ce n’est jamais vraiment « le bon moment », ou le lieu adéquat, ou les bonnes personnes. Les émotions qui nous traversent peuvent alors rester bloquées, n’ayant parfois aucun moyen de s’exprimer. Nous perpétuons ainsi une forme de tabou autour de ces ressentis, que la pudeur nous invite à garder pour nous-mêmes ou dans un cercle très restreint de connaissances.

Ce projet des portraits intérieurs de la transition aimerait participer à fissurer ce tabou. L’enjeu nous semble essentiel: le mot émotion vient de « mouvement ». C’est ce qui nous permet de nous « mouvoir », autrement dit, c’est une force motivationnelle puissante. Imaginons chaque émotion comme un messager qui nous informe sur notre état intérieur. Le message peut être agréable, et c’est tant mieux! Mais aussi désagréable, et c’est tant mieux aussi! C’est alors le signe d’un besoin de changement dans notre vie. Tout l’enjeu consiste alors à reconnaître chaque émotion comme utile, et trouver des moyens de les laisser nous transformer. Sans cela, le moteur même de toute transition semble bloqué.

Matthieu Gafsou est le photographe du projet, découvrez ici son travail: http://www.gafsou.ch/