{"id":2588,"date":"2026-03-03T16:21:42","date_gmt":"2026-03-03T15:21:42","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=2588"},"modified":"2026-03-15T17:35:00","modified_gmt":"2026-03-15T16:35:00","slug":"narratologie-feministe-queer-et-trans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2026\/03\/narratologie-feministe-queer-et-trans\/","title":{"rendered":"Narratologie f\u00e9ministe, queer et trans \/ Feminist, Queer and Trans Narratology"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Susan S. Lanser<\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa formulation classique, la narratologie f\u00e9ministe peut \u00eatre d\u00e9finie comme \u00ab l&rsquo;\u00e9tude des structures et des strat\u00e9gies narratives dans le contexte des constructions culturelles du genre \u00bb (Warhol 1992: 5). Si cette d\u00e9finition peut sembler restrictive aujourd&rsquo;hui, il fut un temps o\u00f9 toute conjonction entre f\u00e9minisme et narratologie aurait \u00e9t\u00e9 impensable. Le f\u00e9minisme et la narratologie ont fait leur apparition dans le paysage acad\u00e9mique \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, l&rsquo;un en tant que prolongement intellectuel d&rsquo;un mouvement social et politique, l&rsquo;autre en tant qu&rsquo;\u00e9tude structuraliste du fonctionnement des textes narratifs. Mais si leur association ne surprend plus aujourd&rsquo;hui, dans les ann\u00e9es 1970, ces deux mouvements n&rsquo;auraient pas pu \u00eatre plus \u00e9loign\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes (MLF, en France) se concentrait sur les in\u00e9galit\u00e9s sociales entre les hommes et les femmes et cherchait des actions politiques pour y rem\u00e9dier.\u00a0\u00a0La narratologie, telle que la concevaient les th\u00e9oriciens structuralistes comme Roland Barthes, Claude Bremond, G\u00e9rard Genette et Tzvetan Todorov, visait \u00e0 cr\u00e9er une science du r\u00e9cit qui serait objective, universelle et libre de tout ancrage dans un ordre social sp\u00e9cifique. Ainsi con\u00e7ue, la narratologie ne pouvait imaginer que le genre, ou toute autre cat\u00e9gorie li\u00e9e \u00e0 une identit\u00e9, puisse pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat pour ses objectifs.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Avant que la narratologie f\u00e9ministe n&rsquo;\u00e9merge en tant que telle, les sp\u00e9cialistes en litt\u00e9rature f\u00e9ministe avaient commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser de pr\u00e8s \u00e0 la mani\u00e8re dont les r\u00e9cits \u00e9crits par des femmes s&rsquo;\u00e9cartaient des conventions qu&rsquo;ils avaient appris \u00e0 consid\u00e9rer, en tant que sp\u00e9cialistes en litt\u00e9rature, comme universelles.\u00a0\u00a0La g\u00e9n\u00e9alogie d&rsquo;une narratologie f\u00e9ministe avant la lettre nous fait remonter ainsi quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, avec \u00abEmphasis Added: Plots and Plausibilities in Women&rsquo;s Fiction\u00bb (1981) de Nancy K. Miller,\u00a0<em>The Narrative<\/em>\u00a0<em>Act<\/em> (1981) de Lanser, \u00abA Loosening of Tongues\u00bb (1984) de Maria Minich Brewer,\u00a0<em>Alice Doesn&rsquo;t<\/em>\u00a0(1984) de Teresa de Lauretis et\u00a0<em>Writing Beyond the Ending<\/em>\u00a0(1985) de Rachel Blau DuPessis, tous ces travaux remettant en question certains pr\u00e9jug\u00e9s en reconnaissant l&rsquo;importance du genre de l\u2019autrice ou de l\u2019auteur comme pr\u00e9misse pour comprendre le fonctionnement de la fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Une remise en cause f\u00e9ministe plus explicite de la narratologie structuraliste et de ses pr\u00e9suppos\u00e9s universalistes est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9e \u00e0 deux essais publi\u00e9s presque simultan\u00e9ment en 1986: \u00abToward a Theory of the Engaging Narrator: Earnest Intervention in Gaskell, Stowe, and Eliot\u00bb (Vers une th\u00e9orie du narrateur engageant: intervention sinc\u00e8re chez Gaskell, Stowe et Eliot) de Robyn Warhol et \u00abToward a Feminist Narratology\u00bb (Vers une narrratologie f\u00e9ministe) de Susan S. Lanser. L&rsquo;essai de Warhol, publi\u00e9 dans la revue <em>PMLA<\/em> de la tr\u00e8s influente de la Modern Language Association, explorait les tendances genr\u00e9es chez les narrateurs et soutenait que les romans \u00e9crits par des femmes de l&rsquo;\u00e9poque victorienne, telles qu&rsquo;Elizabeth Gaskell, Harriet Beecher Stowe et George Eliot, \u00e9taient susceptibles de d\u00e9ployer des strat\u00e9gies qui engageaient le narrateur dans une relation intime, sinc\u00e8re et bienveillante, contrairement aux strat\u00e9gies narratives plus \u00ab distanci\u00e9es \u00bb des romans \u00e9crits par des hommes de la m\u00eame \u00e9poque, tels que Charles Dickens et Anthony Trollope. Warhol a \u00e9galement observ\u00e9 qu&rsquo;un pr\u00e9jug\u00e9 sexiste d\u00e9nigrait ces narratrices \u00abengageantes\u00bb en les qualifiant de \u00absentimentales\u00bb et donc d&rsquo;inf\u00e9rieures. L&rsquo;essai de Lanser, qui fut peut-\u00eatre le premier \u00e0 utiliser le terme \u00abnarratologie f\u00e9ministe\u00bb, soulignait l&rsquo;importance potentielle de la dimension genr\u00e9e pour repenser ou affiner toute une s\u00e9rie de cat\u00e9gories narratologiques, du niveau di\u00e9g\u00e9tique au discours indirect en passant par l&rsquo;intrigue. Elle appelait \u00e0 la fois \u00e0 un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la dimension genr\u00e9e dans la narratologie et \u00e0 une nouvelle attention pour la narratologie parmi les critiques litt\u00e9raires f\u00e9ministes. Warhol et Lanser escomptaient toutes deux que la lecture des textes r\u00e9dig\u00e9s par des femmes r\u00e9v\u00e8lerait la n\u00e9cessit\u00e9 de distinctions narratologiques qui n&rsquo;avaient pas encore \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9es. Elles insistaient \u00e9galement sur le fait qu&rsquo;un canon narratologique fond\u00e9 sur des \u0153uvres \u00e9crites presque exclusivement par des hommes avait donn\u00e9 lieu \u00e0 une narratologie inad\u00e9quate. Et elles \u00e9mettaient le souhait que la narratologie devienne accessible au-del\u00e0 d&rsquo;un cercle restreint des sp\u00e9cialistes, m\u00eame si une telle \u00e9volution risquait de rendre ce domaine de recherche plus flou.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers appels en faveur d&rsquo;une narratologie f\u00e9ministe n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 unanimement bien accueillis. L&rsquo;essai de Warhol publi\u00e9 dans\u00a0<em>PMLA<\/em>\u00a0a suscit\u00e9 suffisamment de dissensions pour justifier la publication inhabituelle d&rsquo;un forum de discussion dans un num\u00e9ro ult\u00e9rieur de la revue. Nilli Diengott a publi\u00e9 une r\u00e9ponse \u00e0 Lanser et Warhol dans les pages de\u00a0<em>Style<\/em>, proclamant que les questions f\u00e9ministes n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec la narratologie, car cette derni\u00e8re est un projet scientifique d\u00e9tach\u00e9 de toute pr\u00e9occupation interpr\u00e9tative. R\u00e9concilier le f\u00e9minisme et la narratologie, affirme-t-elle, n&rsquo;est par cons\u00e9quent ni possible ni souhaitable. De mani\u00e8re plus mod\u00e9r\u00e9e, Gerald Prince a reconnu en 1995 l\u2019importance d&rsquo;inclure les femmes dans le canon narratologique, mais \u00e0 cette \u00e9poque, il ne pouvait pas encore consid\u00e9rer la dimension genr\u00e9e comme une cat\u00e9gorie narratologique en tant que telle, bien que la narratologie f\u00e9ministe soit devenue plus tard un mod\u00e8le pour ses propres tentatives de d\u00e9velopper une narratologie postcoloniale [voir <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/narratologie-postcoloniale\/\">narratologie postcoloniale<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1990, cependant, la narratologie f\u00e9ministe ne constituait plus tant un objet de controverse qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 florissante, pratiqu\u00e9e par de nombreux chercheurs \u00e0 partir d&rsquo;une grande diversit\u00e9 de textes. La monographie de Warhol,\u00a0<em>Gendered Interventions<\/em>\u00a0(1989), et celle de Lanser,\u00a0<em>Fictions of Authority<\/em>(1992), se sont toutes deux concentr\u00e9es sur les narrateurs et la narration, tandis d&rsquo;autres narratologues f\u00e9ministes se sont pench\u00e9es sur les questions de la structure narrative et du d\u00e9nouement de l&rsquo;intrigue, de la temporalit\u00e9 et de la narrativit\u00e9, tout en \u00e9largissant \u00e0 la fois le canon narratologique et les termes de la recherche dans ce domaine. Un certain nombre de ces contributions ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9es dans le premier ouvrage collectif consacr\u00e9 \u00e0 ce sujet,\u00a0<em>Ambiguous Discourse and British Women Writers<\/em>\u00a0(1994) de Kathy Mezei. \u00c0 mesure que les \u00e9tudes litt\u00e9raires s&rsquo;int\u00e9ressaient de plus en plus \u00e0 des questions sociales et politiques li\u00e9es aux postcolonialisme, \u00e0 la race, \u00e0 la classe et au genre, et plus largement \u00e0 la pens\u00e9e critique poststructuraliste, la narratologie f\u00e9ministe a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme le fer de lance d&rsquo;un changement de paradigme au sein de la narratologie, que David Hermann, \u00e9diteur de l&rsquo;important ouvrage\u00a0<em>Narratologies<\/em>(1999), a qualifi\u00e9 de \u00abtournant postclassique\u00bb [voir <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2018\/09\/narratologie-postclassique-postclassical-narratology\/\">narratologie postclassique<\/a>]. Sans perdre de vue les aspects formels de la narration, les chercheurs qui s\u2019inscrivaient dans ce courant ont \u00e9largi le champ de la narratologie en s&rsquo;int\u00e9ressant aux contextes sociaux, historiques et culturels des auteurs et des lecteurs, et en envisageant de multiples fa\u00e7ons d\u2019\u00e9tudier les r\u00e9cits.\u00a0Hermann a explicitement attribu\u00e9 \u00e0 la narratologie f\u00e9ministe l\u2019impulsion de ce \u00abtournant postclassique\u00bb et Brian Richardson a affirm\u00e9 pour sa part que la critique f\u00e9ministe a \u00abtransform\u00e9 de mani\u00e8re radicale et fructueuse la th\u00e9orie et l&rsquo;analyse des r\u00e9cits\u00bb en soumettant \u00abpratiquement tous les \u00e9l\u00e9ments ou agents de la transaction narrative\u00bb \u00e0 un \u00abexamen approfondi\u00bb (2000\u00a0:168). La narratologie f\u00e9ministe a remplac\u00e9 le d\u00e9tachement formaliste du texte vis-\u00e0-vis du contexte par ce que Robyn Warhol a appel\u00e9 une approche \u00absitu\u00e9e\u00bb, qui tient compte non seulement du texte, mais aussi de son inscriptions dans un contexte au sens large du terme. Ce concept de\u00a0<em>narratologie situ\u00e9e<\/em>\u00a0domine aujourd&rsquo;hui la plupart des recherches sur les r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, une deuxi\u00e8me vague de chercheuses f\u00e9ministes a \u00e9galement d\u00e9nonc\u00e9 la narratologie f\u00e9ministe comme reposant sur ce que Ruth Page a appel\u00e9 un \u00abmod\u00e8le binaire du genre\u00bb qui aurait tendance \u00e0 \u00ab construire la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un groupe universel\u00bb et \u00e0 supposer \u00abune corr\u00e9lation directe entre le genre et la forme narrative\u00bb, ce qui serait impossible \u00e0 prouver.\u00a0\u00a0Plut\u00f4t que d&rsquo;adopter une approche d\u00e9ductive en partant du principe de la diff\u00e9rence, comme c&rsquo;\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement le cas pour la narratologie f\u00e9ministe dans les ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, une approche intersectionnelle devrait s&rsquo;appuyer sur l&rsquo;\u00e9tude minutieuse de nombreux exemples textuels diversifi\u00e9s pour \u00e9laborer une th\u00e9orie tenant compte de multiples vecteurs d&rsquo;identit\u00e9, notamment la race, le sexe, l&rsquo;ethnicit\u00e9, la classe sociale, l&rsquo;\u00e2ge, le handicap et, comme l&rsquo;a ajout\u00e9 Susan Friedman, la religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque tous les premiers travaux dans le domaine de la narrratologie f\u00e9ministe reposaient sur un canon tir\u00e9 de la litt\u00e9rature anglaise, am\u00e9ricaine et fran\u00e7aise des XIX<sup>e<\/sup>\u00a0et XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles. Au d\u00e9but du nouveau si\u00e8cle, la narrratologie f\u00e9ministe a commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre non seulement \u00e0 une sc\u00e8ne mondiale plus large, mais aussi \u00e0 inclure des domaines tels que les m\u00e9dias, la culture populaire, les sites web et la litt\u00e9rature jeunesse. Page, par exemple, a explor\u00e9 les versions successives d\u2019une m\u00eame histoire dans Wikip\u00e9dia (2014). Dans\u00a0<em>Having a Good Cry<\/em>, Warhol s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e quant \u00e0 elle aux romans-feuilletons et aux s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s. Dans\u00a0<em>Mappings<\/em>, Susan Stanford Friedman s&rsquo;est appuy\u00e9e sur un corpus largement multiculturel pour explorer \u00able r\u00f4le des diff\u00e9rences g\u00e9opolitiques et culturelles la d\u00e9termination de ce qui g\u00e9n\u00e8re, motive et alimente le r\u00e9cit\u00bb (1998\u00a0: 172), jetant ainsi les bases d&rsquo;une po\u00e9tique narrative f\u00e9ministe \u00e0 la fois spatiale et temporelle. Elle a soulign\u00e9 l&rsquo;importance du r\u00e9cit en tant que processus de cr\u00e9ation de sens \u00e0 travers des zones g\u00e9ographiques diff\u00e9renci\u00e9s et les syst\u00e8mes politiques qui leur sont associ\u00e9s. Des anthologies telles que\u00a0<em>Reading Contemporary Black British and African American Women Writers: Race, Ethics, Narrative Form<\/em>\u00a0(2020), \u00e9dit\u00e9es par Jean Wyatt et Sheldon George, ont \u00e9galement vu le jour pour insister sur la pertinence de la narratologie f\u00e9ministe pour l&rsquo;\u00e9tude du pass\u00e9 des communaut\u00e9s originaires d&rsquo;Afrique. Parall\u00e8lement, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat croissant pour les approches f\u00e9ministes dans les pays non europ\u00e9ens a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9centrer l&rsquo;Occident en tant que foyer principalde la narratologie. La c\u00e9l\u00e8bre narratologue Dan Shen a \u00e0 la fois pratiqu\u00e9 et promu les approches f\u00e9ministes en Chine, et l&rsquo;ouvrage de Lanser,\u00a0<em>Fictions of Authority<\/em>, a \u00e9t\u00e9 traduit en chinois. Bien que Tory Young se soit inqui\u00e9t\u00e9e en 2021 du fait que \u00abla narratologie bas\u00e9e sur le genre a connu un tel succ\u00e8s qu&rsquo;elle est devenue en quelque sorte invisible\u00bb, une autre fa\u00e7on d&rsquo;envisager ce succ\u00e8s est de reconna\u00eetre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, rares sont les sp\u00e9cialistes du r\u00e9cit qui n\u00e9gligeraient le genre comme outil d&rsquo;analyse ; plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre absente, \u00abl&rsquo;\u00e9tude des structures et des strat\u00e9gies narratives dans le contexte des constructions culturelles du genre\u00bb est omnipr\u00e9sente (Young 2018\u00a0: 914).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9galement vrai que les narratologies queer et d\u00e9sormais transgenres occupent aujourd&rsquo;hui le devant de la sc\u00e8ne th\u00e9orique. La narratologie queer a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9merger \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, tirant son inspiration de la narratologie f\u00e9ministe tout en s&rsquo;en \u00e9loignant sur des points importants.\u00a0\u00a0Comme on pouvait s&rsquo;y attendre, la narratologie queer critique les syst\u00e8mes et les pratiques h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9es et leurs manifestations dans la litt\u00e9rature.\u00a0\u00a0Une question centrale de la th\u00e9orie narrative queer, qui divise encore les sp\u00e9cialistes entre dystopiques et utopiques, est de savoir si le r\u00e9cit est irr\u00e9m\u00e9diablement h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9 ou, au contraire, susceptible d&rsquo;\u00eatre \u00abqueeris\u00e9\u00bb. Judith Roof et D. A. Miller ont tr\u00e8s t\u00f4t soutenu que le r\u00e9cit \u00e9tait \u00e0 la base h\u00e9t\u00e9ronormatif, totalement \u00abli\u00e9 au mariage et \u00e0 la famille\u00bb, et qu&rsquo;il ne pouvait au mieux qu&rsquo;\u00abinclure\u00bb des personnages queer (1992: 45). Marilyn Farwell, plus optimiste quant au potentiel queer des r\u00e9cits, soutient que le sujet lesbien perturbe les codes de genre asym\u00e9triques propres \u00e0 la narration traditionnelle et redessine les dynamiques de pouvoir. Les implications de la queeritude pour la narrativit\u00e9 continuent d\u2019occuper les chercheurs sp\u00e9cialis\u00e9s dans la sexualit\u00e9 et les r\u00e9cits, et il est juste de dire que pour beaucoup d&rsquo;entre eux, le d\u00e9bat reste ouvert quant \u00e0 la capacit\u00e9 des r\u00e9cits \u00e0 prendre un tournant significativement queer. N\u00e9anmoins, la narratologie queer a abord\u00e9 toute une s\u00e9rie de textes et de sujets, allant des manifestations queer dans les romans japonais aux formations queer dans le cin\u00e9ma hollywoodien, en passant par des textes queer peu connus de la Renaissance de Harlem. Certains de ces nouveaux travaux passionnants se sont concentr\u00e9s sur la temporalit\u00e9 queer, abordant les questions du temps narratif sous de nouveaux angles, en explorant des pratiques allant de la r\u00e9cursivit\u00e9 \u00e0 la temporalit\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en passant par les convergences queer entre les temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les narratologies queer et f\u00e9ministes se recoupent souvent et se d\u00e9veloppent parfois en symbiose, les analyses narratologiques f\u00e9ministes et queer sont parfois en d\u00e9saccord sur le plan th\u00e9orique. Dans\u00a0<em>Queer and Feminist Theories of Narrative<\/em>\u00a0(2021), Tory Young identifie une diff\u00e9rence, voire un conflit, entre les perspectives queer et f\u00e9ministes et, plus largement, entre les diff\u00e9rentes conceptions du r\u00e9cit inh\u00e9rentes \u00e0 ces approches. En tant qu&rsquo;\u00e9ditrices de\u00a0<em>Narrative Theory Unbound: Queer and Feminist Approaches<\/em>\u00a0(2015), Warhol et Lanser ont \u00e9galement reconnu que le fait d&rsquo;adopter une conception large des termes \u00abf\u00e9ministe\u00bb et \u00abqueer\u00bb\u00a0n&rsquo;effa\u00e7ait pas n\u00e9cessairement le foss\u00e9 entre les narratologies f\u00e9ministes et queer, voire entre les approches queer et la narratologie.\u00a0Si cet ouvrage rassemble une riche s\u00e9lection d&rsquo;essais r\u00e9dig\u00e9s par d&rsquo;\u00e9minents chercheurs, refl\u00e9tant un large \u00e9ventail d&rsquo;int\u00e9r\u00eats narratologiques allant des romans afro-am\u00e9ricains et asiatiques-am\u00e9ricains aux \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision, il aborde \u00e9galement avec franchise les d\u00e9fis que pose un tel rapprochement. Dans cet ouvrage, Abby Coykendall remet en question la \u00ab\u00a0primaut\u00e9 tacite\u00a0\u00bb (2015: 326) accord\u00e9e aux termes\u00a0<em>r\u00e9cit<\/em>\u00a0et\u00a0<em>narratologie<\/em>\u00a0en tant qu&rsquo;ancrage nominal simplement modifi\u00e9s par les adjectifs\u00a0<em>f\u00e9ministe<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>queer<\/em>. Elle souligne le fait que \u00abcombiner f\u00e9minisme et queer\u00bb risque \u00e9galement de conduire \u00e0 interpr\u00e9ter le f\u00e9minisme comme non queer et le queer comme non f\u00e9ministe.\u00a0Martin Joseph Ponce formule par ailleurs une critique qu\u2019il qualifie de \u00abqueer-of-color\u00bb, qui remet \u00e9galement en question la possibilit\u00e9 d&rsquo;aboutir \u00e0 des \u00abengagements r\u00e9ciproques entre les th\u00e9ories queer, f\u00e9ministe et narrative\u00bb en raison d\u2019\u00abhistoires intellectuelles et d\u2019engagements politiques incompatibles\u00bb au sein de ces domaines (2015: 336). Il souligne \u00e9galement les tensions au sein de la th\u00e9orie queer, qui ne tient pas suffisamment compte de la diversit\u00e9 raciale et ethnique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les narratologies f\u00e9ministes et parfois aussi queer ont eu tendance, jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment, \u00e0 adopter des sujets et des paradigmes cisgenres. L&rsquo;\u00e9mergence de narratologies transgenres pose de nouveaux d\u00e9fis aux th\u00e9ories narratives f\u00e9ministe et queer, tout en reconnaissant sa dette envers ces deux courants. Dans leur introduction au num\u00e9ro sp\u00e9cial de mai 2024 de la revue <em>Narrative<\/em>, intitul\u00e9 \u00ab Contextualizing Trans Narratologies \u00bb (Contextualiser les narratologies trans), Cody Mejeur et Chiara Pellegrini soulignent la fragilit\u00e9 du moment historique actuel pour la s\u00e9curit\u00e9 des personnes trans et sugg\u00e8rent qu\u2019en explorant les r\u00e9cits trans et en \u00e9tudiant leurs formes, leurs structures et de leurs m\u00e9canismes en constante \u00e9volution, la narratologie peut \u00abaider \u00e0 reprendre le contr\u00f4le des op\u00e9rations narratives utilis\u00e9es pour construire et limiter l&rsquo;identit\u00e9 trans\u00bb (2024: 127). Les essais r\u00e9unis dans ce num\u00e9ro sp\u00e9cial apportent un \u00e9clairage nouveau sur les questions de la voix narrative, de la temporalit\u00e9, de l&rsquo;intrigue, des personnages et de la focalisation, que les narratologues \u00e9tudient depuis plusieurs d\u00e9cennies, tout en mettant en lumi\u00e8re de nouvelles questions soulev\u00e9es par l&rsquo;exp\u00e9rience transgenre. Certaines de ces questions ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 abord\u00e9es dans de nouvelles monographies, comme\u00a0<em>Trans Narrators: First-Person Form and the Gendered Body in Contemporary Literature<\/em>\u00a0de Chiara Pellegrin (2025), qui explore la dynamique complexe de la narration trans autodi\u00e9g\u00e9tique, tandis que\u00a0<em>Queer Forms and Pronouns<\/em>\u00a0de Lena Mattheis (2026) analyse les diff\u00e9rents choix de pronoms dans une s\u00e9rie de romans, explorant par exemple les possibilit\u00e9s offertes par le pronom \u00abthey\u00bb. Comme le soutient Lanser dans sa propre contribution \u00e0 ce num\u00e9ro sp\u00e9cial de\u00a0<em>Narrative<\/em>, le nouveau domaine de la narratologie trans a le potentiel non seulement d&rsquo;\u00e9clairer la litt\u00e9rature trans, mais \u00e9galement de transformer la narratologie elle-m\u00eame. En ce sens, ce mouvement est l&rsquo;h\u00e9ritier des narratologies f\u00e9ministes et queer, m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;en distingue par ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les narratologies f\u00e9ministes, queer et transgenres, tout comme les narratologies postcoloniales et les autres th\u00e9ories du r\u00e9cit \u00absitu\u00e9es\u00bb, sont particuli\u00e8rement fructueuses lorsqu&rsquo;elles dialoguent entre elles de mani\u00e8re critique. Toutes ces orientations continuent de r\u00e9viser et d&rsquo;enrichir la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du r\u00e9cit, tout comme la narratologie a enrichi leurs domaines d&rsquo;\u00e9tude, d&rsquo;une mani\u00e8re que les premi\u00e8res narratologues f\u00e9ministes n&rsquo;auraient pas pu imaginer. C&rsquo;est l\u00e0 le signe d&rsquo;un domaine en plein essor.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>References in English<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Coykendall, Abby (2015),\u00a0\u00bbToward a Queer Feminism; Or, Feminist Theories and\/as Queer Narrative Studies\u00a0\u00bb, in&nbsp;<em>Narrative Theory Unbound: Queer and Feminist Interventions,&nbsp;<\/em>R. Warhol &amp; S. S. Lanser (dir.), Columbus, Ohio State University Press, p. 325-333.<\/p>\n\n\n\n<p>Diengott, Nilli (1988), \u00ab\u00a0Narratology and Feminism\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>Style<\/em>, n\u00b022(1), p. 42-51.<\/p>\n\n\n\n<p>Farwell, Marilyn R. (1996),&nbsp;<em>Heterosexual Plots and Lesbian Narratives<\/em>,&nbsp;New York, New York University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Freeman, Elizabeth (dir.) (2007), \u00ab\u00a0Queer Temporalities\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>GLQ: A Journal of Lesbian and Gay Studies,&nbsp;<\/em>n\u00b015.<\/p>\n\n\n\n<p>Friedman, Susan Stanford (1998),<em>&nbsp;Mappings: Feminism and the Cultural Geographies of Encounter,&nbsp;<\/em>Princeton, Princeton University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan S. (1986),&nbsp;Toward a Feminist Narratology,&nbsp;<em>Style<\/em>, n\u00b020, p. 341-63.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan S. (1992),&nbsp;<em>Fictions of Authority:&nbsp;&nbsp;Women Writers and Narrative Voice,&nbsp;<\/em>Ithaca, Cornell University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan S. (2018), Queering Narrative Voice,&nbsp;<em>Textual Practice<\/em>, n<em>\u00b0<\/em>32, p. 923-37.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan S. (2024), \u00abTrans-forming Narratology\u00bb,&nbsp;<em>Narrative<\/em>, n\u00b032(2), p. 215-24.<\/p>\n\n\n\n<p>Mattheis, Lena (2026),&nbsp;<em>Queer Forms and Pronouns: Gender Nonconformity in Anglophone Literature,&nbsp;<\/em>Oxford, Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Mejeur, Cody &amp; Chiara Pellegrini. (2024), \u00ab\u00a0Introduction: Contextualizing Trans Narratologies\u201d,&nbsp;<em>Narrative<\/em>, n\u00b032(2), p. 125-137.<\/p>\n\n\n\n<p>Mezei, Kathy (dir.) (1996),&nbsp;<em>Ambiguous Discourse: Feminist Narratology and British Women Writers,&nbsp;<\/em>Chapel Hill, University of North Carolina Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Miller, David (1992),&nbsp;<em>Bringing Out Roland Barthes<\/em>. Berkeley, University of Callifornia Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Page, Ruth (2003), \u00ab\u00a0Feminist narratology? 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(1986), \u00ab\u00a0Toward a Theory of the Engaging Narrator: Earnest Interventions in Gaskell, Stowe, and Eliot\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>PMLA,<\/em>&nbsp;n\u00b0101, p. 811-818.<\/p>\n\n\n\n<p>Warhol, Robyn (1989),&nbsp;<em>Gendered Interventions: Narrative discourse in the Victorian Novel,&nbsp;<\/em>New Brunswick (N.J.), Rutgers University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Warhol, Robyn (1992),\u00a0\u00ab\u00a0The Look, the Body, and the Heroine: A Feminist-Narratological Reading of\u00a0<em>Persuasion<\/em>\u201d, <em>NOVEL: A Forum on Fiction<\/em>, n\u00b026(1), p. 5-19.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Warhol, Robyn (2003),&nbsp;<em>Having a Good Cry: Effeminate Feelings and Pop-Culture Forms,&nbsp;<\/em>Columbus, Ohio State University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Warhol, Robyn &amp; Susan S. Lanser (dir.) (2015),&nbsp;<em>Narrative Theory Unbound: Queer and Feminist Interventions,&nbsp;<\/em>Columbus, Ohio State University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Wyatt, Jean, and Sheldon George (dir.) (2020),&nbsp;<em>Reading Contemporary Black British and African American Women Writers: Race, Ethics, Narrative Form,&nbsp;<\/em>London, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Sheldon, George &amp; Jean Wyatt (dir.) (2020),&nbsp;<em>Reading Contemporary Black British and African American Women Writers: Race, Ethics, Narrative Form<\/em>, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Young, Tory (2018).&nbsp;\u00ab\u00a0Futures for Feminist and Queer Narratology\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>Textual Practice&nbsp;<\/em>32:2, p. 913-921.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan S. (2018), \u201cPour plus de narratologie (plus f\u00e9ministe et plus&nbsp;<em>queer<\/em>), in&nbsp;<em>Introduction \u00e0 la narratologie&nbsp;<\/em>postlassique, S. Patron (dir.),&nbsp;Villeneuve-d&rsquo;Ascq,&nbsp;Presses universitaires du Septentrion, p. 21-45. DOI&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.septentrion.19116\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.septentrion.19116<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2025), \u00ab\u00a0Le narrateur ou la narratrice dans la narratologie\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>GLAD<\/em>, n\u00b018. DOI&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/15d7z\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/15d7z<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2025), \u00ab\u00a0Le \u00ab\u00a0narrateur\u00a0\u00bb et aussi une narratrice\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers de narratologie<\/em>, n\u00b047. DOI&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/14g76\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/14g76<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Szcur, Przemyslaw (2016), \u00ab\u00a0La narratrice est-elle une femme? Narration et \u00ab\u00a0langage f\u00e9minin\u00a0\u00bb dans Orlanda de Jacqueline Harpman\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>Studia Litteraria Universitatisw Iagellonicae Cracoviensis<\/em>, n\u00b011, p. 109-117.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Susan S. Lanser (traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni), \u00abNarratologie f\u00e9ministe, queer et trans\u00bb,<em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>&nbsp;mis en ligne le 3 mars 2026, URL:&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2026\/03\/narratologie-feministe-queer-et-trans\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2026\/03\/narratologie-feministe-queer-et-trans\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Susan S. Lanser Traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni Dans sa formulation classique, la narratologie f\u00e9ministe peut \u00eatre d\u00e9finie comme \u00ab l&rsquo;\u00e9tude des structures et des strat\u00e9gies narratives dans le contexte des constructions culturelles du genre \u00bb (Warhol 1992:<\/p>\n","protected":false},"author":1001512,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1,4,3],"tags":[111,107,106,21,112,115,113,114,108,110,109],"class_list":{"0":"post-2588","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-uncategorized","7":"category-actualites-du-natrans","8":"category-glossaire","9":"tag-cultural-studies","10":"tag-etudes-genre","11":"tag-feminisme","12":"tag-narratologie","13":"tag-narratologie-feministe","14":"tag-narratologie-postclassique","15":"tag-narratologie-queer","16":"tag-narratologie-trans","17":"tag-queer","18":"tag-sexualite","19":"tag-trans"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001512"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2588"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2588\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2606,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2588\/revisions\/2606"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}