{"id":2384,"date":"2025-03-14T16:11:52","date_gmt":"2025-03-14T15:11:52","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=2384"},"modified":"2025-03-18T11:12:29","modified_gmt":"2025-03-18T10:12:29","slug":"narratologie-postcoloniale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/narratologie-postcoloniale\/","title":{"rendered":"Narratologie postcoloniale"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Jan Alber<\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni<\/p>\n\n\n\n<p>Les narratologues postcoloniaux s&rsquo;int\u00e9ressent au lien entre les strat\u00e9gies narratives et l&rsquo;id\u00e9ologie du colonialisme et en particulier \u00e0 la question de savoir si les techniques narratives et le r\u00e9cit dans son ensemble reproduisent ou critiquent les postulats de la pens\u00e9e colonialiste, qui fonctionne sur la base d&rsquo;oppositions binaires (telles que civilis\u00e9 vs barbare, sophistiqu\u00e9 vs primitif, culture vs nature, sup\u00e9rieur vs inf\u00e9rieur) pour justifier le fait de prendre le contr\u00f4le d&rsquo;autres pays. Ce domaine de recherche recoupe en partie les travaux men\u00e9s en France dans le domaine de la socio-critique d&rsquo;inspiration marxiste (cf. Duchet 1971), mais il se d\u00e9veloppe dans un contexte diff\u00e9rent, qui est celui de l\u2019essor de la narratologie critique \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980. Dans cette approche, la question de savoir o\u00f9 se situent les r\u00e9cits et quel type de pens\u00e9e ils favorisent est primordiale&nbsp;: un r\u00e9cit colonialiste pr\u00f4ne la domination sur les territoires d&rsquo;autres peuples&nbsp;; dans un r\u00e9cit n\u00e9ocolonialiste, \u00ab&nbsp;les anciens ma\u00eetres continuent d&rsquo;agir de mani\u00e8re colonialiste \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des \u00c9tats anciennement colonis\u00e9s&nbsp;\u00bb (Young 2001&nbsp;: 45)&nbsp;; un r\u00e9cit postcolonial tente au contraire de d\u00e9passer \u00ab&nbsp;les r\u00e9cits et les id\u00e9ologies propres au colonialisme&nbsp;\u00bb (Williams 2005&nbsp;: 451)&nbsp;; et un r\u00e9cit d\u00e9colonial implique \u00ab&nbsp;une lutte actuelle pour combattre l&rsquo;h\u00e9ritage colonial, c&rsquo;est-\u00e0-dire la forme de pens\u00e9e introduite [&#8230;] dans les ann\u00e9es 1500, dans laquelle les identit\u00e9s et les savoirs europ\u00e9ens en sont venus \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme sup\u00e9rieurs \u00e0 tous les autres&nbsp;\u00bb (Arias 2018 : 2).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a \u00e9videmment pas de lien intrins\u00e8que ou permanent entre les strat\u00e9gies narratives et les implications id\u00e9ologiques : on peut toujours utiliser la m\u00eame technique pour faire valoir un point de vue diff\u00e9rent, ou un dispositif diff\u00e9rent pour faire valoir le m\u00eame point de vue. En m\u00eame temps, le lien n&rsquo;est pas purement accidentel : les r\u00e9cits d\u00e9fendent toujours des points de vue en utilisant des strat\u00e9gies sp\u00e9cifiques. Les narratologues postcoloniaux s&rsquo;int\u00e9ressent donc \u00e0 ces choix, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la question de savoir pourquoi tel r\u00e9cit d\u00e9ploie les techniques qu&rsquo;il utilise (plut\u00f4t que d&rsquo;autres).<\/p>\n\n\n\n<p>La narratologie postcoloniale est une manifestation sp\u00e9cifique de la narratologie \u00e9thique critique (c&rsquo;est-\u00e0-dire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie). Qu&rsquo;est-ce que cela signifie exactement et comment ces deux narratologies sont-elles li\u00e9es ? Roy Sommer fait la distinction entre les approches narratives bas\u00e9es sur les corpus et celles orient\u00e9es vers le processus. Les approches bas\u00e9es sur le corpus se concentrent sur des r\u00e9cits choisis sur la base de crit\u00e8res sp\u00e9cifiques (formels, politiques, th\u00e9matiques, etc.). Les approches ax\u00e9es sur les processus, en revanche, \u00e9tudient les \u00ab conditions et processus de compr\u00e9hension des r\u00e9cits \u00bb de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale (Sommer 2012 : 152). En suivant ces d\u00e9finitions, on peut affirmer que la narratologie postcoloniale est une narratologie bas\u00e9e sur des corpus qui utilise les m\u00e9thodologies de la narratologie \u00e9thique (qui est orient\u00e9e vers les processus).<\/p>\n\n\n\n<p>Les narratologues \u00e9thiques s&rsquo;int\u00e9ressent aux implications morales des strat\u00e9gies narratives, ou \u00e0 ce que l&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;\u00e9thique des techniques narratives en g\u00e9n\u00e9ral. Nora Berning, par exemple, \u00e9tudie les incidences \u00e9thiques des situations narratives, des temporalit\u00e9s, des espaces-personnages et des corps. Elle affirme que ces \u00e9l\u00e9ments sont \u00ab interpr\u00e9t\u00e9s, \u00e9valu\u00e9s et appr\u00e9ci\u00e9s en fonction de la mani\u00e8re dont ils th\u00e9matisent, probl\u00e9matisent, mettent en avant\/en arri\u00e8re-plan ou consolident des valeurs sp\u00e9cifiques \u00bb (2013 : 56). De m\u00eame, Liesbeth Korthals Altes cherche \u00e0 relier \u00ab les argumentations interpr\u00e9tatives aux conceptions [de la litt\u00e9rature, par exemple] et aux chemins interpr\u00e9tatifs qui les sous-tendent, eux-m\u00eames charg\u00e9s de valeurs \u00bb (2014&nbsp;: 99). En suivant ce programme de recherche, il est possible de se concentrer sur la relation r\u00e9ciproque entre les strat\u00e9gies narratives utilis\u00e9es et les id\u00e9ologies par lesquelles elles sont influenc\u00e9es et qu&rsquo;elles expriment en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les narratologues postcoloniaux op\u00e8rent de la m\u00eame mani\u00e8re sur la base d&rsquo;un corpus sp\u00e9cifique, \u00e0 savoir les r\u00e9cits qui traitent des cadres id\u00e9ologiques du colonialisme et de l&rsquo;imp\u00e9rialisme ainsi que de la p\u00e9riode qui a suivi la dissolution des empires europ\u00e9ens. Robert Young soutient qu&rsquo;au XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;imp\u00e9rialisme s&rsquo;est progressivement d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du colonialisme. Pour lui, l&rsquo;imp\u00e9rialisme est une version plus tardive et plus syst\u00e9matique du colonialisme. Le colonialisme et l&rsquo;imp\u00e9rialisme impliquent tous deux des formes d&rsquo;assujettissement d&rsquo;un peuple par un autre. Cependant, alors que le colonialisme est principalement motiv\u00e9 par un d\u00e9sir \u00e9conomique d&rsquo;espace vital et de richesse, l&rsquo;imp\u00e9rialisme est motiv\u00e9 par des projets de pouvoir grandioses (comme celui de l&rsquo;Empire britannique) (Young 2015&nbsp;: 52-53).<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9cits n&rsquo;expriment pratiquement jamais une seule id\u00e9ologie. Ils ont plut\u00f4t tendance \u00e0 fusionner diff\u00e9rentes visions du monde de mani\u00e8re souvent complexe, et nous sommes invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9m\u00ealer ces complications id\u00e9ologiques (Dwivedi et al. 2018&nbsp;: 7). Ce m\u00e9lange de points de vue est souvent ce qui complique la t\u00e2che des r\u00e9cepteurs qui souhaitent traiter de mani\u00e8re critique le r\u00e9cit dans son ensemble. Si nous voulons d\u00e9terminer ce qu&rsquo;un r\u00e9cit sp\u00e9cifique fait (ou veut que nous fassions), il est important d&rsquo;examiner les fonctions de chaque technique pour avoir une id\u00e9e de la fa\u00e7on dont ces strat\u00e9gies se combinent pour former un ensemble id\u00e9ologique (Alber 2018&nbsp;: 121&nbsp;; Klein 2022&nbsp;: 9). La vision globale du monde peut \u00eatre coh\u00e9rente ou fragmentaire (et contenir des lignes de faille ou des points de rupture). En effet, les narratologues postcoloniaux \u00ab&nbsp;d\u00e9crivent souvent comment le choix de techniques narratives sp\u00e9cifiques contribue \u00e0 transmettre des structures orientalistes ou patriarcales sous-jacentes et comment le r\u00e9cit, par ses choix de focalisation, de structuration de l&rsquo;intrigue ou d&rsquo;utilisation du discours indirect libre, r\u00e9siste parfois \u00e0 ces structures, les sape ou les d\u00e9construit&nbsp;\u00bb (Fludernik 2005&nbsp;: 45&nbsp;; voir aussi Fludernik 2012&nbsp;: 905).<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une liste des strat\u00e9gies narratives qui peuvent avoir un poids id\u00e9ologique (en fonction des fa\u00e7ons sp\u00e9cifiques dont elles sont utilis\u00e9es dans un contexte donn\u00e9) (voir \u00e9galement Alber 2017c&nbsp;: 8-9 et Fludernik 2018&nbsp;: 200-201) :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les paratextes (c&rsquo;est-\u00e0-dire les \u00e9l\u00e9ments qui encadrent le texte, tels que le titre et la couverture du livre, mais aussi les pr\u00e9faces, les postfaces, les intertitres, etc.)<\/li>\n\n\n\n<li>le support (quels sont les effets de l&rsquo;utilisation d&rsquo;images, de sons, du langage verbal ou d&rsquo;une combinaison de ces \u00e9l\u00e9ments dans un r\u00e9cit ?)<\/li>\n\n\n\n<li>les modes et les genres (quelle est l&rsquo;attitude du r\u00e9cit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des modes ou des conventions g\u00e9n\u00e9riques ?)<\/li>\n\n\n\n<li>les r\u00e9f\u00e9rences intertextuelles (quels sont les sources choisies et comment sont-elles trait\u00e9es ?)<\/li>\n\n\n\n<li>les r\u00e9cits ou discours ench\u00e2ss\u00e9s (comment les ench\u00e2ssements sont-ils li\u00e9s au cadre ?)<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;utilisation de narrateurs ou de sc\u00e9narios narratifs tels que les r\u00e9cits en \u00ab vous \u00bb, \u00ab nous \u00bb ou \u00ab ils \u00bb (\u00e0 quel type de narrateur ou de voix narrative sommes-nous confront\u00e9s et quelle opinion cette instance porte-t-elle sur les personnages ?)<\/li>\n\n\n\n<li>le syst\u00e8me de narration (registre, autorit\u00e9, manque de fiabilit\u00e9) et l&rsquo;utilisation de la langue (par exemple, l&rsquo;anglais par rapport aux langues indig\u00e8nes ou \u00e0 d&rsquo;autres langues)<\/li>\n\n\n\n<li>la focalisation (\u00e0 quel type de restriction de l&rsquo;information sommes-nous confront\u00e9s et quels en sont les effets ?)<\/li>\n\n\n\n<li>les caract\u00e9ristiques des personnages (quelles figures sont plates\/rondes\/statiques\/dynamiques et pourquoi ?)<\/li>\n\n\n\n<li>la mise en avant des composantes mim\u00e9tiques, th\u00e9matiques ou synth\u00e9tiques des personnages<\/li>\n\n\n\n<li>les hi\u00e9rarchies ou les d\u00e9s\u00e9quilibres de pouvoir entre les personnages<\/li>\n\n\n\n<li>la fa\u00e7on dont les perspectives ou les points de vue des personnages sont combin\u00e9s<\/li>\n\n\n\n<li>le comportement des personnages (registre, autorit\u00e9, manque de fiabilit\u00e9) et leur utilisation de la langue<\/li>\n\n\n\n<li>les noms des personnages (nous pr\u00e9sente-t-on des noms \u00e9vocateurs ou portent-ils une signification suppl\u00e9mentaire ?)<\/li>\n\n\n\n<li>la construction de l&rsquo;intrigue (l&rsquo;intrigue est-elle lin\u00e9aire ou fragment\u00e9e, et conduit-elle \u00e0 la surprise, au suspense ou \u00e0 la curiosit\u00e9 ?)<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;utilisation du d\u00e9but, du milieu et de la fin de l&rsquo;histoire&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>la gestion du temps (qu&rsquo;en est-il des prolepses ou des analepses, des diff\u00e9rences entre le temps de l&rsquo;histoire et le temps du discours, ou d&rsquo;autres exp\u00e9riences sur la progression temporelle ?)<\/li>\n\n\n\n<li>les d\u00e9cors et les objets qui font synecdoquement allusion \u00e0 des d\u00e9cors (quand et o\u00f9 se d\u00e9roule le r\u00e9cit, et quelles sont les associations de ces lieux ?)<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;utilisation de m\u00e9taphores, de simulations et d&rsquo;autres figures de rh\u00e9torique<br>l&rsquo;ironie, la satire ou la parodie (qui ou quoi est ridiculis\u00e9 et pour quelle raison ?)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Quels types de r\u00e9cits les narratologues postcoloniaux \u00e9tudient-ils&nbsp;? Comme l&rsquo;ont montr\u00e9 Hanne Birk et Birgit Neumann (2002&nbsp;: 118-119), certains examinent les strat\u00e9gies des r\u00e9cits colonialistes qu&rsquo;ils tentent de r\u00e9interpr\u00e9ter dans une perspective critique (postcoloniale ou d\u00e9coloniale). D&rsquo;autres analysent les techniques des r\u00e9cits \u00e9crits apr\u00e8s avoir obtenu l&rsquo;ind\u00e9pendance des anciens colonisateurs, ou s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 la question du fonctionnement des r\u00e9cits d&rsquo;auteurs indig\u00e8nes. Jan Alber, par exemple, s&rsquo;int\u00e9resse aux implications id\u00e9ologiques \u00e0 la fois des autorepr\u00e9sentations narratives par des auteurs australiens indig\u00e8nes (Alber 2016b, 2017a, 2021&nbsp;; voir aussi Klein 2022) et de la mani\u00e8re dont les identit\u00e9s aborig\u00e8nes sont n\u00e9goci\u00e9es dans les r\u00e9cits d\u2019auteurs non indig\u00e8nes (Alber 2016a et 2017b). Alber montre que les nouvelles autorepr\u00e9sentations autochtones \u00ab&nbsp;impliquent non seulement une r\u00e9surgence de leur agentivit\u00e9, mais aussi un certain degr\u00e9 de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9&nbsp;\u00bb. Dans le m\u00eame temps, il est important de ne pas \u00ab&nbsp;minimiser les m\u00e9rites des r\u00e9cits de vie ant\u00e9rieurs (et plus s\u00e9rieux), qui ont pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs&nbsp;: la r\u00e9appropriation ludique de la capacit\u00e9 \u00e0 agir des Aborig\u00e8nes pr\u00e9suppose une reconstruction honn\u00eate de l&rsquo;histoire australienne \u00e0 partir des perspectives indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb (Alber 2016b&nbsp;: 304). Alber montre \u00e9galement que les n\u00e9gociations de la condition aborig\u00e8ne par des auteurs non indig\u00e8nes \u00ab&nbsp;peuvent encore \u00eatre impr\u00e9gn\u00e9es d&rsquo;un discours n\u00e9ocolonialiste&nbsp;; ou elles peuvent \u00eatre class\u00e9es comme \u00e9tant postcoloniales&nbsp;; ou encore elles peuvent [&#8230;] se situer sur une \u00e9chelle quelque part entre ces deux p\u00f4les&nbsp;\u00bb (2017b : 160).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La narratologie postcoloniale envisag\u00e9e par Gerald Prince privil\u00e9gie des cat\u00e9gories et des concepts abstraits, qu&rsquo;il consid\u00e8re comme \u00ab plus importants du point de vue d&rsquo;un narratologue \u00bb (2005 : 372). Cependant, on pourrait voir dans l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9duire la fiction postcoloniale \u00e0 ce que Prince appelle un \u00ab&nbsp;stimulus pour la mod\u00e9lisation narratologique&nbsp;\u00bb (2005&nbsp;: 380) une forme d&rsquo;appropriation th\u00e9orique que Sommer, pour sa part, critique vivement. Sommer envisage plut\u00f4t une narratologie postcoloniale qui implique \u00ab&nbsp;un dialogue vivant et un \u00e9change mutuel entre [&#8230;] les traditions critiques&nbsp;\u00bb (2007&nbsp;: 71). Du point de vue de Sommer, l&rsquo;objectif premier de la narratologie postcoloniale est l&rsquo;exploration des relations entre les techniques narratives et les concepts fondamentaux des \u00e9tudes postcoloniales (tels que l&rsquo;orientalisme d&rsquo;Edward Said, les notions d&rsquo;hybridit\u00e9 et de \u00ab troisi\u00e8me espace \u00bb de Homi K. Bhabha, ou la subalternit\u00e9 de Gayatri Chakravorty Spivak).<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux futurs en narratologie postcoloniale (voir \u00e9galement Heinen 2021) pourraient se pencher sur la question de savoir comment les r\u00e9cits n\u00e9gocient les concepts suivants&nbsp;: la planification et l&rsquo;id\u00e9e raciste du d\u00e9veloppement (c&rsquo;est-\u00e0-dire le pr\u00e9tendu mouvement du chaos vers l&rsquo;ordre)&nbsp;; l&rsquo;irr\u00e9alisme critique (qui est une esth\u00e9tique bas\u00e9e sur les perturbations, les abstractions surr\u00e9alistes et les temporalit\u00e9s anti-d\u00e9veloppementales)&nbsp;; la catachr\u00e8se (c&rsquo;est-\u00e0-dire, le besoin de prendre position en \u00e9tant conscient du danger de la positionnalit\u00e9)&nbsp;; le non soi (qui s&rsquo;oppose \u00e0 la notion de soi, d&rsquo;identit\u00e9 ou de personne des Lumi\u00e8res)&nbsp;; la souillure (qui est souvent utilis\u00e9e pour marquer les diff\u00e9rences raciales) ainsi que le r\u00f4le de la r\u00e9pulsion&nbsp;; la protection (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;acte de garder quelqu&rsquo;un \u00ab en s\u00e9curit\u00e9 \u00bb) qui s\u2019oppose \u00e0 la notion anticoloniale de libert\u00e9&nbsp;; la d\u00e9pression postcoloniale (lorsque l&rsquo;on se rend compte que le colonialisme a eu lieu et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pratiquement rien que l&rsquo;on puisse faire \u00e0 ce sujet)&nbsp;; l&rsquo;apocalypse postcoloniale li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;imposition colonialiste initiale&nbsp;; l&rsquo;importance de la sensation&nbsp;; et enfin le r\u00f4le ambivalent des cl\u00f4tures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en anglais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2016a), \u201cThe Indigenous Other in Non-Indigenous Travel Narratives: The Case of Bruce Chatwin\u2019s Songlines\u201d, Litteraria Pragensia, n\u00b0 26 (51), p. 97-110.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2016b), \u201cTowards Resilience and Literary Virtuosity: The Negotiation of Indigenous Australian Identities in Twentieth-Century Aboriginal Prose\u201d, European Journal of English, n\u00b0 20 (3), p. 292-309.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2017a), \u201cComparison, Inclusiveness, and Non-Hierarchical Incommensurability: Narrative Strategies in Two New Aboriginal Life Stories\u201d, in<em> Anglistentag 2016 Hamburg: Proceedings<\/em>, U. Berns &amp; J. Mathieson (dir.), Trier, WVT, p. 273-282.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2017b), \u201cIndigeneity and Narrative Strategies: Ideology in Contemporary Non-Indigenous Australian Prose Fiction\u201d, <em>Storyworlds<\/em>, n\u00b0 9 (1-2), p. 159-181.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2017c), \u201cIntroduction: The Ideological Ramifications of Narrative Strategies\u201d, <em>Storyworlds<\/em>, n\u00b0 9 (1-2), p. 3-25.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2018), \u201cIdeological Ambivalence: A Reading of Rushdie\u2019s Midnight\u2019s Children\u201d, in Narratology and Ideology: Negotiating Context, Form, and Theory in Postcolonial Narratives, D. Dwivedi, H. Skov Nielsen &amp; R. Walsh (dir.), Columbus, Ohio State University Press, p. 120-138.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2021), \u201cThe Humorous Negotiation of Aboriginal Poverty: <em>Busted Out Laughing<\/em> by Dot Collard and Alexis Wright\u2019s <em>Carpentaria<\/em>\u201d, in <em>Representing Poverty in the Anglophone Postcolonial World<\/em>, V. Jain-Warden &amp; B. Schmidt-Haberkamp (dir.), Bonn, V&amp;R unipress, p. 145-159.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Arias, Arturo (2018), \u201cDecoloniality and Identity in Central American Latina and Latino Literature\u201d, <em>Oxford Research Encyclopedia of Literature<\/em>,&nbsp; URL: <a href=\"https:\/\/oxfordre.com\/literature\/view\/10.1093\/acrefore\/9780190201098.001.0001\/acrefore-9780190201098-e-450\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/oxfordre.com\/literature\/view\/10.1093\/acrefore\/9780190201098.001.0001\/acrefore-9780190201098-e-450<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Berning, Nora (2013), Towards a Critical Ethical Narratology: Analyzing Value Construction in Literary Non-fiction across Media, Trier, WVT.<\/p>\n\n\n\n<p>Birk, Hanne &amp; Birgit Neumann (2002), \u201cGo-between: Postkoloniale Erz\u00e4hltheorie\u201d, in Neue Ans\u00e4tze in der Erz\u00e4hltheorie, A. N\u00fcnning &amp; V. N\u00fcnning (dir.), Trier, WVT, p. 115-152.<\/p>\n\n\n\n<p>Dwivedi, Divya, Henrik Skov Nielsen &amp; Richard Walsh (2018), \u201cIntroduction\u201d, in Narratology and Ideology: Negotiating Context, Form, and Theory in Postcolonial Narratives, D. Dwivedi, H. Skov Nielsen &amp; R. Walsh (dir.), Columbus, Ohio State University Press, p. 1-33.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2005), \u201cHistories of Narrative Theory (II): From Structuralism to the Present\u201d, in A Companion to Narrative Theory, J. Phelan &amp; P. Rabinowitz (dir.), Malden, Blackwell, p. 36-59.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2012), \u201cThe Narrative Forms of Postcolonial Fiction\u201d, in The Cambridge History of Postcolonial Literature, A. Quayson (dir.), Cambridge, Cambridge University Press, p. 903-937.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2018), \u201cIdeology, Dissidence, Subversion: A Narratological Perspective\u201d, in Narratology and Ideology: Negotiating Context, Form, and Theory in Postcolonial Narratives, D. Dwivedi, H. Skov Nielsen &amp; R. Walsh (dir.), Columbus, Ohio State University Press, p. 193-212.<\/p>\n\n\n\n<p>Friedman, Susan Stanford (2011), \u201cTowards a Transnational Turn in Narrative Theory: Literary Narratives, Traveling Tropes, and the Case of Virginia Woolf and the Tagores\u201d, Narrative, n\u00b0 19 (1), p. 1-32.<\/p>\n\n\n\n<p>Heinen, Sandra (2021), \u201cOn Postcolonial Narratology and Reading Postcolonial Literature Narratologically\u201d, Diegesis, n\u00b0 10 (1), p. 19-30. URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.diegesis.uni-wuppertal.de\/index.php\/diegesis\/article\/view\/416\">https:\/\/www.diegesis.uni-wuppertal.de\/index.php\/diegesis\/article\/view\/416<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Klein, Dorothee (2022), <em>Poetics and Politics of Relationality in Contemporary Australian Aboriginal Fiction<\/em>, London, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Korthals Altes, Liesbeth (2014), Ethos and Narrative Interpretation: The Negotiation of Values in Fiction, Lincoln, University of Nebraska Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Prince, Gerald (2005), \u201cOn a Postcolonial Narratology\u201d, in A Companion to Narrative Theory, J. Phelan &amp; P. Rabinowitz (dir.), Malden, Blackwell, p. 372-381.<\/p>\n\n\n\n<p>Sommer, Roy (2007), \u201c\u2018Contextualism\u2019 Revisited: A Survey (and Defence) of Postcolonial and Intercultural Narratologies\u201d, Journal of Literary Theory, n\u00b0 1 (1), p. 61-79.<\/p>\n\n\n\n<p>Sommer, Roy (2012), \u201cThe Merger of Classical and Postclassical Narratologies and the Consolidated Future of Narrative Theory\u201d, Diegesis, n\u00b0 1 (1), p. 143-157.<\/p>\n\n\n\n<p>Williams, Patrick (2005), \u201cPost-Colonialism and Narrative\u201d, in Routledge Encyclopedia of Narrative Theory, D. Herman, M. Jahn &amp; M. Ryan (dir.), London, Routledge, p. 451.<\/p>\n\n\n\n<p>Young, Robert (2001), Postcolonialism: An Historical Introduction, Malden, Blackwell.<\/p>\n\n\n\n<p>Young, Robert (2015), <em>Empire, Colony, Postcolony<\/em>, Chichester, Miley-Blackwell.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Duchet, Claude (1971), \u00ab\u00a0Pour une socio-critique, ou variation sur un incipit\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9rature<\/em>, \u00b0 1, p. 5-14. URL: <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/litt_0047-4800_1971_num_1_1_2495\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/litt_0047-4800_1971_num_1_1_2495<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni), \u00ab&nbsp; Narratologie postcoloniale&nbsp;\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, mis en ligne le 14 mars 2025, URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/narratologie-postcoloniale\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/narratologie-postcoloniale\/<\/a> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jan Alber Traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni Les narratologues postcoloniaux s&rsquo;int\u00e9ressent au lien entre les strat\u00e9gies narratives et l&rsquo;id\u00e9ologie du colonialisme et en particulier \u00e0 la question de savoir si les techniques narratives et le r\u00e9cit dans son<\/p>\n","protected":false},"author":1001512,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1,4,3],"tags":[70,69,26,21,68],"class_list":{"0":"post-2384","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-uncategorized","7":"category-actualites-du-natrans","8":"category-glossaire","9":"tag-colonialisme","10":"tag-decolonialisme","11":"tag-ethique","12":"tag-narratologie","13":"tag-postcolonialisme"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2384","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001512"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2384"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2384\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2439,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2384\/revisions\/2439"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2384"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2384"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2384"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}