{"id":2377,"date":"2025-03-14T12:43:36","date_gmt":"2025-03-14T11:43:36","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=2377"},"modified":"2025-03-14T14:02:22","modified_gmt":"2025-03-14T13:02:22","slug":"experientialite-experientiality","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/experientialite-experientiality\/","title":{"rendered":"Exp\u00e9rientialit\u00e9 \/ Experientiality"},"content":{"rendered":"\n<p>Marco Caracciolo<\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Le terme \u00ab exp\u00e9rientialit\u00e9&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 introduit par Monika Fludernik, qui l&rsquo;a d\u00e9fini comme \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u00e9vocation quasi-mim\u00e9tique de l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie r\u00e9elle \u00bb (1996&nbsp;: 12). L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mani\u00e8re dont la narration exploite la familiarit\u00e9 des lecteurs avec l&rsquo;exp\u00e9rience en activant des param\u00e8tres cognitifs \u00ab&nbsp;naturels&nbsp;\u00bb (voir Fludernik 2003), c\u2019est-\u00e0-dire des structures de base de l&rsquo;engagement humain avec le monde qui comblent le foss\u00e9 entre l&rsquo;exp\u00e9rience r\u00e9elle et les repr\u00e9sentations narratives de l&rsquo;exp\u00e9rience. Nous pouvons regrouper ces param\u00e8tres dans quatre cat\u00e9gories&nbsp;: l&rsquo;incarnation (embodiment), l&rsquo;intentionnalit\u00e9, la temporalit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9valuation. Ces cat\u00e9gories se retrouvent sous une forme de prototypique dans les r\u00e9cits \u00ab&nbsp;naturels&nbsp;\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire conversationnels), o\u00f9 un narrateur ou une narratrice relate une exp\u00e9rience pass\u00e9e en transmettant sa propre mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender corporellement et \u00e9motionnellement les actions qui se d\u00e9roulent dans le temps. Cette situation narrative \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb, o\u00f9 l&rsquo;exp\u00e9rienceur et le narrateur co\u00efncident, constitue le fondement du mod\u00e8le narratologique de Fludernik.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Parmi les param\u00e8tres cognitifs qu\u2019elle a d\u00e9gag\u00e9s, Fludernik accorde une importance particuli\u00e8re au concept d&rsquo;incarnation qui, selon elle, peut subsumer toutes les autres cat\u00e9gories : celui-ci \u00ab&nbsp;renvoie \u00e0 tous les param\u00e8tres d&rsquo;une sch\u00e9matisation de l\u2019existence r\u00e9elle, qui doit toujours \u00eatre situ\u00e9e dans un cadre temporel et spatial sp\u00e9cifique, et les aspects motivationnels et exp\u00e9rientiels de l\u2019action humaine, qui sont \u00e9galement li\u00e9s \u00e0 la connaissance d\u2019une pr\u00e9sence physique dans le monde&nbsp;\u00bb (Fludernik 1996&nbsp;: 30). L&rsquo;intentionnalit\u00e9 renvoie \u00e0 la nature de l&rsquo;action humaine orient\u00e9e vers un but, dont la compr\u00e9hension est implicite dans l&rsquo;engagement des lecteurs envers le r\u00e9cit (Fludernik 1996&nbsp;: 23). Enfin, la narration s&rsquo;appuie sur le mod\u00e8le dynamique de la temporalit\u00e9 humaine, qui s&rsquo;accompagne toujours de processus \u00e9motionnels et \u00e9valuatifs&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 <em>comprend<\/em> ce sentiment de se d\u00e9placer dans le temps, du <em>maintenant<\/em> de l&rsquo;exp\u00e9rience, mais ce niveau presque statique de l&rsquo;exp\u00e9rience temporelle est compl\u00e9t\u00e9 par des facteurs plus dynamiques et \u00e9valuatifs.&nbsp;\u00bb (1996&nbsp;: 29). Ces \u00e9valuations sont d\u00e9crites par Fludernik en termes de pertinence \u00e9motionnelle&nbsp;: \u00ab Toute exp\u00e9rience est donc stock\u00e9e sous la forme d&rsquo;un souvenir charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9motion, et elle est reproduite sous forme de r\u00e9cit parce qu&rsquo;elle \u00e9tait m\u00e9morable, dr\u00f4le, effrayante ou excitante \u00bb (1996 : 29).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les r\u00e9cits conversationnels \u00e9tudi\u00e9s par le sociolinguiste William Labov (1972), les \u00e9valuations imbriqu\u00e9es dans les sch\u00e9mas narratifs sont celles du locuteur et du conteur. En revanche, dans les r\u00e9cits fictifs, ces \u00e9valuations tendent \u00e0 v\u00e9hiculer le point de vue d&rsquo;un personnage ou d&rsquo;un protagoniste, refl\u00e9tant \u00ab&nbsp;son exp\u00e9rience des \u00e9v\u00e9nements tels qu&rsquo;ils affectent sa situation ou ses activit\u00e9s&nbsp;\u00bb (Fludernik 1996 : 30). Par cons\u00e9quent, le mod\u00e8le de Fludernik fonde la narrativit\u00e9 (et l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9) du r\u00e9cit fictionnel sur la repr\u00e9sentation des exp\u00e9riences des personnages&nbsp;: \u00ab&nbsp;La narrativit\u00e9 peut \u00e9merger de la repr\u00e9sentation exp\u00e9rientielle de s\u00e9quences d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements dynamiques qui sont d\u00e9j\u00e0 configur\u00e9es \u00e9motionnellement et de mani\u00e8re \u00e9valuative, mais elle peut aussi consister en la repr\u00e9sentation exp\u00e9rientielle de la conscience humaine tout court&nbsp;\u00bb (1996 : 30). De cette mani\u00e8re, Fludernik dissocie la narrativit\u00e9 des crit\u00e8res de progression temporelle et de connexion causale, auxquels elle est associ\u00e9e dans les d\u00e9finitions de la narration bas\u00e9es sur l&rsquo;intrigue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans mon mod\u00e8le, il peut y avoir des r\u00e9cits sans intrigue, mais il ne peut y avoir de r\u00e9cits sans un exp\u00e9rienceur humain (ou anthropomorphe) qui apparait d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre \u00e0 un certain niveau narratif \u00bb (Fludernik 1996&nbsp;: 13). Pour Fludernik, tout texte qui repr\u00e9sente une exp\u00e9rience est un texte narratif, m\u00eame s&rsquo;il ne s&rsquo;inscrit pas dans une s\u00e9quence bien d\u00e9finie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et d&rsquo;actions reli\u00e9s entre eux par un lien de causalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Histoire du concept et de sa discussion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 est l&rsquo;un des termes cl\u00e9s de la narratologie postclassique (voir Herman 1999), refl\u00e9tant l&rsquo;influence consid\u00e9rable exerc\u00e9e par le mod\u00e8le de Fludernik sur l&rsquo;histoire r\u00e9cente de ce domaine. Cependant, les chercheurs qui travaillent dans le sillage de la narratologie \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/01\/narratologie-naturelle-natural-narratology\/\">naturelle<\/a>&nbsp;\u00bb de Fludernik ont interpr\u00e9t\u00e9 et utilis\u00e9 le concept d&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 de mani\u00e8res sensiblement diff\u00e9rentes. Comme Fludernik accorde une grande importance \u00e0 la figuration narrative des exp\u00e9riences des personnages, certains narratologues ont assimil\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation textuelle des consciences fictives, l&rsquo;un des domaines traditionnels de l&rsquo;investigation narratologique (Hamburger 1957&nbsp;; Cohn 1978&nbsp;; Fludernik 1993). Margolin, par exemple, \u00e9crit que l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 est la \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation de l&rsquo;activit\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb (2000 : 604). De m\u00eame, Palmer utilise l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 de mani\u00e8re interchangeable avec le \u00ab&nbsp;fonctionnement mental fictif&nbsp;\u00bb (2004 : 32). Par ailleurs, Herman a d\u00e9fini l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 (ou le \u00ab&nbsp;consciousness factor&nbsp;\u00bb, selon son expression) plus globalement comme la capacit\u00e9 du r\u00e9cit \u00e0 \u00ab&nbsp;imiter par [sa] configuration temporelle et perspectiviste, la dimension de ce qui s&rsquo;apparente \u00e0 la conscience elle-m\u00eame.&nbsp;\u00bb (2009&nbsp;: 137-60). Caracciolo (2012&nbsp;; 2014) est all\u00e9 plus loin dans cette direction, en soutenant que l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 du r\u00e9cit na\u00eet de la tension et de l&rsquo;interaction entre un texte narratif et les exp\u00e9riences pass\u00e9es de ses destinataires. En somme, apr\u00e8s la publication des travaux de Fludernik, l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendue pour couvrir le continuum entre la repr\u00e9sentation textuelle d&rsquo;exp\u00e9riences fictives (c&rsquo;est-\u00e0-dire des personnages) et la cr\u00e9ation d&rsquo;exp\u00e9riences \u00ab&nbsp;guid\u00e9es par l&rsquo;histoire&nbsp;\u00bb chez les r\u00e9cepteurs des r\u00e9cits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces fluctuations s\u00e9mantiques mettent en \u00e9vidence un certain nombre de questions th\u00e9oriques laiss\u00e9es en suspens par le mod\u00e8le de Fludernik. Nilli Diengott (2010), en particulier, a critiqu\u00e9 les angles morts et les lacunes du mod\u00e8le de Fludernik. Consid\u00e9rons la d\u00e9finition fournie par Fludernik&nbsp;: l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 est \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u00e9vocation quasi-mim\u00e9tique de l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie r\u00e9elle.&nbsp;\u00bb Presque tous les termes utilis\u00e9s dans cette phrase m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre clarifi\u00e9s et renvoient \u00e0 des d\u00e9bats s\u00e9culaires en narratologie et en th\u00e9orie litt\u00e9raire. Premi\u00e8rement, on peut se demander si \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u00e9vocation quasi-mim\u00e9tique de l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie r\u00e9elle&nbsp;\u00bb est une condition n\u00e9cessaire et\/ou suffisante de la narrativit\u00e9. Deuxi\u00e8mement, selon la port\u00e9e que l\u2019on donne aux expressions \u00ab&nbsp;quasi-mim\u00e9tique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;exp\u00e9rience de la vie r\u00e9elle&nbsp;\u00bb, l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 peut occuper des positions tr\u00e8s diff\u00e9rentes vis-\u00e0-vis du concept de mim\u00e8sis. Troisi\u00e8mement, selon la fa\u00e7on dont nous interpr\u00e9tons le terme \u00ab&nbsp;\u00e9vocation&nbsp;\u00bb, la d\u00e9finition de Fludernik semble osciller entre une orientation sur le texte, propre \u00e0 la narratologie structuraliste, et une orientation sur le lecteur, comme dans les mod\u00e8les postclassiques et, plus particuli\u00e8rement, dans les approches cognitives. La perspective textualiste est \u00e0 l&rsquo;origine des interpr\u00e9tations de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 centr\u00e9es sur la repr\u00e9sentation des exp\u00e9riences des personnages (comme celles de Margolin et de Palmer), tandis que la perspective orient\u00e9e sur la r\u00e9ception conduit \u00e0 des interpr\u00e9tations centr\u00e9es sur les exp\u00e9riences des destinataires des r\u00e9cits (cf. Caracciolo 2014).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Exp\u00e9rientialit\u00e9 et narrativit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l&rsquo;avons mentionn\u00e9 plus haut, la narratologie \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb de Fludernik \u00e9tablit un lien \u00e9troit entre l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 et la narrativit\u00e9. Comme l&rsquo;\u00e9crit Fludernik, \u00ab&nbsp;la narrativit\u00e9 [&#8230;] est centr\u00e9e sur une exp\u00e9rientialit\u00e9 de nature anthropomorphe&nbsp;\u00bb (1996&nbsp;: 26). Cependant, certains chercheurs, en particulier Sternberg (2001&nbsp;: 122) et Alber (2002), ont contest\u00e9 cette affirmation de Fludernik, arguant que l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 ne peut \u00eatre directement assimil\u00e9e \u00e0 la narrativit\u00e9 (voir Wolf 2003&nbsp;: 181 ; Ryan 2005&nbsp;: 4 ; Herman 2002&nbsp;: 168-69 ; 2009&nbsp;: 211). Par exemple, Alber (2002&nbsp;: 68-70) souligne que la fusion de la narrativit\u00e9 et de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 entra\u00eene une extension excessive de la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;narrative&nbsp;\u00bb&nbsp;: on peut dire en effet que la po\u00e9sie lyrique d\u00e9peint la conscience humaine (et poss\u00e8de donc une dimension exp\u00e9rientielle) m\u00eame si sa narrativit\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralement assez faible. En effet, si tous les artefacts artistiques sont, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience humaine, ils ne peuvent pas tous \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s en termes narratifs. Il en r\u00e9sulte que la narrativit\u00e9 doit \u00eatre d\u00e9finie sur d&rsquo;autres bases que la seule exp\u00e9rientialit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, le fait que l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 ne puisse pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une condition suffisante pour d\u00e9finir la narrativit\u00e9 ne signifie pas que les histoires puissent \u00eatre d\u00e9pourvues d&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9. Quelle que soit la distance qui les s\u00e9pare des lois et des conventions de ce que nous consid\u00e9rons comme notre monde r\u00e9el, les r\u00e9cits sont toujours li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience humaine&nbsp;: ils parlent de pr\u00e9occupations humaines et nous aident \u00e0 n\u00e9gocier des valeurs qui font partie de notre r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. En d&rsquo;autres termes, les r\u00e9cits sont profond\u00e9ment imbriqu\u00e9s dans ce qui a \u00e9t\u00e9 diversement appel\u00e9 le \u00ab&nbsp;r\u00e9pertoire&nbsp;\u00bb (Iser 1978) ou l&rsquo;\u00ab&nbsp;arri\u00e8re-plan exp\u00e9rientiel&nbsp;\u00bb (Caracciolo 2014) des destinataires. Nous pouvons donc conclure que l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 est une condition n\u00e9cessaire \u2013 mais non suffisante \u2013 de la narrativit\u00e9. C&rsquo;est pourquoi des th\u00e9oriciens tels que Wolf (2003) et Herman (2009) ont inclus l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 parmi leurs \u00ab&nbsp;narrat\u00e8mes&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e9ments de base de la narration&nbsp;\u00bb) sans l&rsquo;assimiler \u00e0 la narrativit\u00e9 elle-m\u00eame. L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 ne serait donc que l&rsquo;un des facteurs de base qui contribuent \u00e0 rendre un artefact s\u00e9miotique intelligible en termes narratifs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 et la mim\u00e8sis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9finition de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 de Fludernik comprend le terme \u00ab&nbsp;quasi-mim\u00e9tique&nbsp;\u00bb, qui doit \u00eatre compris \u00e0 la lumi\u00e8re de la discussion de Fludernik sur la mim\u00e8sis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La mim\u00e8sis ne doit <em>pas<\/em> \u00eatre identifi\u00e9e comme une imitation mais doit \u00eatre trait\u00e9e comme la projection artificielle et imaginaire d&rsquo;une structure s\u00e9miotique que le lecteur r\u00e9cup\u00e8re en termes de r\u00e9alit\u00e9 fictive. Cette r\u00e9cup\u00e9ration, puisqu&rsquo;elle est bas\u00e9e sur des param\u00e8tres cognitifs fond\u00e9s sur l&rsquo;exp\u00e9rience du monde r\u00e9el, aboutit in\u00e9vitablement \u00e0 une assimilation [<em>homologization<\/em> dans la version originale, NdT] implicite, bien qu&rsquo;incompl\u00e8te, entre les mondes fictifs et le monde r\u00e9el (1996 : 35, soulign\u00e9 dans l&rsquo;original).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour paraphraser la proposition de Fludernik, nous donnons un sens aux textes narratifs en projetant leurs \u00e9v\u00e9nements et leurs existences dans un domaine quasi-ontologique, un monde de l&rsquo;histoire (<em>storyworld<\/em>) ou un monde fictif. Un tel processus simulationniste \u2013 et en ce sens \u00ab&nbsp;mim\u00e9tique&nbsp;\u00bb (voir Oatley 1999) \u2013 s&rsquo;appuie fortement sur des param\u00e8tres cognitifs et exp\u00e9rientiels fondamentaux. Cependant, les mondes narratifs de la fiction peuvent s&rsquo;\u00e9carter consid\u00e9rablement de ces param\u00e8tres&nbsp;: ils peuvent contenir des \u00e9tats de fait physiquement ou m\u00eame logiquement impossibles, tels que la m\u00e9tamorphose d&rsquo;un \u00eatre humain en salamandre aquatique (dans la nouvelle de Cort\u00e1zar \u00ab&nbsp;Axolotl&nbsp;\u00bb, 1956) ou un narrateur d\u00e9sincarn\u00e9, qui habite le corps d&rsquo;un autre personnage (dans le roman d&rsquo;Amis \u00ab&nbsp;Time&rsquo;s Arrow&nbsp;\u00bb, 1991). Ces r\u00e9cits sont les objets privil\u00e9gi\u00e9s d&rsquo;une narratologie dite \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2019\/08\/narratologie-non-naturelle-unnatural-narratology\/\">non naturelle<\/a>&nbsp;\u00bb (Alber et al. 2010). En d\u00e9pit de leur bizarrerie, ces histoires maintiennent un lien avec l\u2019exp\u00e9rientialit\u00e9 humaine \u00e0 travers les th\u00e8mes abord\u00e9s (voir Alber 2009). En effet, alors que les d\u00e9fenseurs de la narratologie non naturelle tendent \u00e0 creuser un foss\u00e9 entre les approches naturelles et non naturelles, Fludernik (2012) a elle-m\u00eame soulign\u00e9 comment les \u00e9l\u00e9ments naturels et non naturels sont, dans la mim\u00e8sis litt\u00e9raire, intrins\u00e8quement li\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 en tant que relation mim\u00e9tique du r\u00e9cit avec l&rsquo;exp\u00e9rience humaine ne doit pas \u00eatre conceptualis\u00e9e comme un \u00e9change \u00e0 sens unique, dans lequel le r\u00e9cit ne pourrait s&rsquo;appuyer que sur la familiarit\u00e9 des destinataires avec le monde r\u00e9el (Caracciolo 2014&nbsp;: 67-71). En effet, les r\u00e9cits conversationnels et fictifs peuvent avoir un impact sur l&rsquo;interaction des destinataires avec la r\u00e9alit\u00e9 en laissant une trace sur leurs valeurs et leurs attitudes. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, connu en psychologie sociale sous le nom de \u00ab persuasion narrative&nbsp;\u00bb (Green &amp; Brock 2000), montre que l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 est une relation complexe et dynamique dans laquelle l\u2019exp\u00e9rience du monde r\u00e9el et l\u2019exp\u00e9rience des histoires s&rsquo;entrem\u00ealent (cf. l\u2019assimilation \u00ab&nbsp;incompl\u00e8te&nbsp;\u00bb entre les mondes fictifs et le monde r\u00e9el de Fludernik). Ainsi, le fait de s&rsquo;engager dans un r\u00e9cit ne se limite pas \u00e0 puiser dans le r\u00e9pertoire d&rsquo;exp\u00e9riences pass\u00e9es des destinataires (ou \u00ab bagage exp\u00e9rientiel \u00bb), mais peut \u00e9galement produire des changements et des modifications de ce r\u00e9pertoire. Ce double mouvement entre le r\u00e9cit et l&rsquo;arri\u00e8re-plan est \u2013 selon Caracciolo (2014 : 45-54) \u2013 constitutif de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9. La th\u00e9orie tripartite de la mim\u00e8sis de Ric\u0153ur (1984) faisait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette interaction entre le r\u00e9cit et les exp\u00e9riences pass\u00e9es des destinataires&nbsp;: en organisant ou en \u00ab configurant&nbsp;\u00bb temporellement une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements (\u00ab&nbsp;mim\u00e8sis 2&nbsp;\u00bb), le r\u00e9cit exploite la pr\u00e9compr\u00e9hension du monde des destinataires (\u00ab&nbsp;mim\u00e8sis 1&nbsp;\u00bb) d&rsquo;une mani\u00e8re qui peut restructurer ou \u00ab&nbsp;reconfigurer&nbsp;\u00bb leur perception de la r\u00e9alit\u00e9 (\u00ab&nbsp;mim\u00e8sis 3&nbsp;\u00bb). Dans cette perspective herm\u00e9neutique, l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 narrative est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation en tant que mode fondamental d&rsquo;interaction avec le monde physique, social et culturel. Les limites de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine \u2013 et donc de ce que les humains consid\u00e8rent comme possible ou impossible, naturel ou \u00ab&nbsp;contre nature&nbsp;\u00bb \u2013 sont constamment ren\u00e9goci\u00e9es \u00e0 travers une dynamique culturelle et interpr\u00e9tative qui est, au moins en partie, orient\u00e9e par l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 d\u00e9pendant des pratiques narratives (voir Bernaerts et al. 2014).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 dans un contexte interdisciplinaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Prise dans son sens psychologique, l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la capacit\u00e9 des r\u00e9cits \u00e0 susciter des \u00e9tats et des r\u00e9ponses exp\u00e9rientiels chez les destinataires. L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 s&rsquo;inscrit donc dans un mouvement plus large au sein de la narratologie contemporaine, qui s&rsquo;int\u00e9resse aux processus psychologiques sous-jacents \u00e0 l&rsquo;engagement du public dans les r\u00e9cits. L&rsquo;\u00e9tude de la dimension exp\u00e9rientielle de la narration peut b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat croissant pour l&rsquo;exp\u00e9rience elle-m\u00eame au sein des sciences cognitives contemporaines : le cognitivisme traditionnel, inspir\u00e9 par l&rsquo;IA, a mis de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience, se concentrant plut\u00f4t sur les processus abstraits et inconscients et leur fonction dans la formation du comportement (Chalmers 1996&nbsp;: 15). En revanche, les approches incarn\u00e9es et situ\u00e9es de la cognition mettent l&rsquo;accent sur l&rsquo;histoire exp\u00e9rientielle de l&rsquo;interaction du sujet avec son environnement (Varela, Thompson &amp; Rosch 1991&nbsp;; Lakoff &amp; Johnson 1999). Les psycholinguistes ont montr\u00e9 comment cette histoire joue un r\u00f4le dans la compr\u00e9hension des discours et des r\u00e9cits par l&rsquo;activation de souvenirs d&rsquo;exp\u00e9riences pass\u00e9es (ou \u00ab&nbsp;traces exp\u00e9rientielles&nbsp;\u00bb ; voir Pecher &amp; Zwaan 2005). En r\u00e9sum\u00e9, des approches interdisciplinaires ayant fait de l&rsquo;<em>exp\u00e9rience<\/em> un objet d&rsquo;enqu\u00eate th\u00e9orique et empirique pourraient aider les narratologues \u00e0 appr\u00e9hender deux dimensions fondamentales de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 narrative, toutes deux contenues \u2013 sous une forme inchoative \u2013 dans la discussion de Fludernik sur les param\u00e8tres cognitifs&nbsp;: premi\u00e8rement, les approches n\u00e9o-ph\u00e9nom\u00e9nologiques au sein de la philosophie de l&rsquo;esprit (Gallagher &amp; Zahavi 2008) donnent un aper\u00e7u de la structure temporelle et \u00e9motionnelle des exp\u00e9riences narratives&nbsp;; deuxi\u00e8mement, les recherches en psychologie cognitive peuvent expliquer comment les processus mentaux inconscients interagissent avec les exp\u00e9riences (Gerrig 2011).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Caracciolo et Hurlburt (2016) offrent une discussion approfondie sur les d\u00e9fis impliqu\u00e9s par la transformation de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 narrative en un objet d&rsquo;\u00e9tude interdisciplinaire. D\u00e8s lors que le centre d\u2019int\u00e9r\u00eat passe du p\u00f4le textuel (l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 en tant que repr\u00e9sentation des exp\u00e9riences des personnages) au p\u00f4le lectoral, toute r\u00e9f\u00e9rence au texte et \u00e0 ses structures en tant qu&rsquo;objets autonomes et descriptibles de mani\u00e8re ind\u00e9pendante devient probl\u00e9matique&nbsp;: les propri\u00e9t\u00e9s textuelles n&rsquo;existent qu&rsquo;en tant qu&rsquo;elles sont v\u00e9cues par des destinataires particuliers&nbsp;; or les exp\u00e9riences narratives de chaque destinataire d\u00e9pendent non seulement du texte mais aussi de leur propre bagage exp\u00e9rientiel (pr\u00e9dispositions, centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, comp\u00e9tences, etc.). Par cons\u00e9quent, l&rsquo;interaction texte-lecteur devient une \u00ab bo\u00eete noire \u00bb o\u00f9 il est difficile de dissocier le texte de la construction cognitive et des pr\u00e9suppos\u00e9s (plus ou moins partag\u00e9s) de l&rsquo;auditoire. Il est probable que les propri\u00e9t\u00e9s textuelles soient responsables de certains aspects ou structures des exp\u00e9riences des destinataires. Toutefois, la caract\u00e9risation de ces aspects ou structures est une t\u00e2che ardue, notamment en raison de la grande diversit\u00e9 des r\u00e9actions des destinataires \u00e0 la narration (qui refl\u00e8te la diversit\u00e9 de leur bagage exp\u00e9rientiel). Le projet empirique-ph\u00e9nom\u00e9nologique lanc\u00e9 par le sp\u00e9cialiste de la litt\u00e9rature David S. Miall et le psychologue Don Kuiken (voir, par exemple, Kuiken, Miall &amp; Sikora 2004) semble ouvrir la voie \u00e0 cette enqu\u00eate sur les structures des exp\u00e9riences bas\u00e9es sur des histoires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai soutenu plus haut que le concept d&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 se pr\u00eatait \u00e0 deux interpr\u00e9tations&nbsp;: il peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la repr\u00e9sentation textuelle de l&rsquo;exp\u00e9rience, mais il fait \u00e9galement allusion aux exp\u00e9riences v\u00e9cues par les destinataires du r\u00e9cit. Nous devrions \u00eatre ouverts \u00e0 la possibilit\u00e9 que l&rsquo;\u00e9tude des strat\u00e9gies narratives pour repr\u00e9senter l&rsquo;exp\u00e9rience des personnages et l&rsquo;\u00e9tude des exp\u00e9riences des destinataires de l&rsquo;histoire soient des entreprises essentiellement ind\u00e9pendantes. Mais \u00e0 ce stade, il semble important de suivre Fludernik dans sa tentative de cr\u00e9er une synergie entre l&rsquo;approche de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 centr\u00e9e sur le texte et celle centr\u00e9e sur le destinataire. L&#8217;empathie pour les personnages semble \u00eatre cruciale pour combler ce foss\u00e9 entre le p\u00f4le textuel et le p\u00f4le lectoral de l&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9. Bien que l&#8217;empathie narrative ait d\u00e9j\u00e0 fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention consid\u00e9rable de la part des chercheurs (par exemple, Keen 2007), nous en savons relativement peu sur les strat\u00e9gies textuelles qui peuvent encourager les destinataires \u00e0 \u00e9prouver de l&#8217;empathie pour un personnage. D&rsquo;autres questions pertinentes se posent&nbsp;: comment la narration peut-elle manipuler la \u00ab&nbsp;sensation&nbsp;\u00bb exp\u00e9rientielle des \u00e9motions&nbsp;? Comment peut-elle cr\u00e9er des humeurs et d&rsquo;autres types de \u00ab&nbsp;sentiments existentiels&nbsp;\u00bb (Robinson 2005 ; Ratcliffe 2008) ? Quel est le r\u00f4le de l&rsquo;imagerie mentale dans l&rsquo;exp\u00e9rience de la lecture, et dans quelle mesure d\u00e9pend-elle des indices textuels&nbsp;? Comment les histoires peuvent-elles produire un sentiment de pr\u00e9sence dans le monde de l&rsquo;histoire (\u00ab&nbsp;immersion&nbsp;\u00bb) et d&rsquo;autres r\u00e9actions corporelles telles que la proprioception et la kinesth\u00e9sie&nbsp;? Enfin, comment tous les processus exp\u00e9rientiels que nous venons de mentionner influencent-ils l&rsquo;engagement des destinataires \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des significations th\u00e9matiques et de l&rsquo;interpr\u00e9tation des r\u00e9cits&nbsp;? Toutes ces questions m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre approfondies dans le cadre de futurs travaux de narratologie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence en anglais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2002), \u201cThe \u2018Moreness\u2019 or \u2018Lessness\u2019 of \u2018Natural\u2019 Narratology: Samuel Beckett\u2019s \u2018Lessness\u2019 Reconsidered\u201d, <em>Style<\/em>, n\u00b0 36, p. 54-75.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2009), \u201cImpossible Storyworlds\u2014and What to Do with Them\u201d, <em>Storyworlds<\/em>, n\u00b0 1, p. 79-96.<\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan et al. (2010), \u201cUnnatural Narratives, Unnatural Narratology: Beyond Mimetic Models\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0 18, p. 113-136.<\/p>\n\n\n\n<p>Bernaerts, Lars et al. (2014), \u201cThe Storied Lives of Non-Human Narrators.\u201d <em>Narrative<\/em>, n\u00b0 22, p. 68-93.<\/p>\n\n\n\n<p>Caracciolo, Marco (2012), \u201cNotes for A(nother) Theory of Experientiality\u201d, <em>Journal of Literary Theory, <\/em>n\u00b0&nbsp;6, p. 141-158.<\/p>\n\n\n\n<p>Caracciolo, Marco (2014), <em>The Experientiality of Narrative: An Enactivist Approach<\/em>, Berlin, De Gruyter.<\/p>\n\n\n\n<p>Caracciolo, Marco &amp; Russell T. Hurlburt (2016), <em>A Passion for Specificity: Confronting Inner Experience in Literature and Science<\/em>, Columbus, Ohio State University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Chalmers, David J. (1996), <em>The Conscious Mind: In Search of a Fundamental Theory<\/em>, New York &amp; Oxford, Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Cohn, Dorrit (1978), <em>Transparent Minds: Narrative Modes for Presenting Consciousness in Fiction<\/em>, Princeton, Princeton University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Diengott, Nilli (2010), \u201cFludernik\u2019s Natural Narratological Model: A Reconsideration and Pedagogical Implications\u201d, <em>Journal of Literary Semantics<\/em>, n\u00b0 39, p. 93-101.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (1993), <em>The Fictions of Language and the Languages of Fiction: The Linguistic Representation of Speech and Consciousness<\/em>, London &amp; New York, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (1996), <em>Towards a \u2018Natural\u2019 Narratology<\/em>, London, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2003), \u201cNatural Narratology and Cognitive Parameters\u201d, in <em>Narrative Theory and the Cognitive Sciences<\/em>, D. Herman (dir.), Stanford, CSLI Publications, p. 243-267.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2012), \u201cHow Natural Is \u2018Unnatural Narratology\u2019; or, What Is Unnatural about Unnatural Narratology?\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0 20, p. 357-370.<\/p>\n\n\n\n<p>Gallagher, Shaun &amp; Dan Zahavi (2008), <em>The Phenomenological Mind: An Introduction to Philosophy of Mind and Cognitive Science<\/em>, Abingdon, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Gerrig, Richard J. (2011), \u201cConscious and Unconscious Processes in Readers\u2019 Narrative Experiences\u201d, In <em>Current Trends in Narratology<\/em>, G. Olson (dir.), Berlin, De Gruyter, p. 37-60.<\/p>\n\n\n\n<p>Green, Melanie C. &amp; Timothy C. Brock (2000), \u201cThe Role of Transportation in the Persuasiveness of Public Narratives\u201d, <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, n\u00b0 79, p. 701-721.<\/p>\n\n\n\n<p>Hamburger, K\u00e4te (1957), <em>Die Logik Der Dichtung<\/em>, Stuttgart, Klett.<\/p>\n\n\n\n<p>Herman, David (dir.) (1999), <em>Narratologies: New Perspectives on Narrative Analysis<\/em>, Columbus:, Ohio State University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Herman, David (2002), <em>Story Logic: Problems and Possibilities of Narrative<\/em>, Lincoln &amp; London, University of Nebraska Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Herman, David (2009), <em>Basic Elements of Narrative<\/em>, Chichester, Wiley-Blackwell.<\/p>\n\n\n\n<p>Iser, Wolfgang (1978), <em>The Act of Reading: A Theory of Aesthetic Response<\/em>. Baltimore &amp; London, Johns Hopkins University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Keen, Suzanne (2007), <em>Empathy and the Novel<\/em>, Oxford &amp; New York, Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Kuiken, Don, David S. Miall &amp; Shelley Sikora (2004), \u201cForms of Self-Implication in Literary Reading\u201d, <em>Poetics Today<\/em>, n\u00b0 25, p. 171\u2013203.<\/p>\n\n\n\n<p>Labov, William (1972), <em>Language in the Inner City: Studies in the Black English Vernacular<\/em>. Philadelphia, University of Pennsylvania Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Lakoff, George &amp; Mark Johnson (1999), <em>Philosophy in the Flesh: The Embodied Mind and Its Challenge to Western Thought<\/em>, New York, Basic Books.<\/p>\n\n\n\n<p>Margolin, Uri (2000), \u201cTelling in the Plural: From Grammar to Ideology\u201d, <em>Poetics Today<\/em>, n\u00b0 21, p. 591-619.<\/p>\n\n\n\n<p>Oatley, Keith (1999), \u201cWhy Fiction May Be Twice as True as Fact: Fiction as Cognitive and Emotional Simulation\u201d, <em>Review of General Psychology<\/em>, n\u00b0 3, p. 101-107.<\/p>\n\n\n\n<p>Palmer, Alan (2004), <em>Fictional Minds<\/em>, Lincoln &amp; London, University of Nebraska Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Pecher, Diane &amp; Rolf A. Zwaan (2005), <em>Grounding Cognition: The Role of Perception and Action in Memory, Language, and Thinking<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Ratcliffe, Matthew (2008), <em>Feelings of Being: Phenomenology, Psychiatry and the Sense of Reality<\/em>, Oxford, Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Robinson, Jenefer (2005), <em>Deeper than Reason: Emotion and its Role in Literature, Music, and Art<\/em>,Oxford, Clarendon Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Ryan, Marie-Laure (2005), \u201cOn the Theoretical Foundations of Transmedial Narratology\u201d, in <em>Narratology beyond Literary Criticism: Mediality, Disciplinarity<\/em>, J. C. Meister, T. Kindt &amp; W. Schernus (dir.), &nbsp;Berlin, De Gruyter, p. 1-24.<\/p>\n\n\n\n<p>Sternberg, Meir (2001), \u201cHow Narrativity Makes a Difference\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0 9, p. 115-122.<\/p>\n\n\n\n<p>Varela, Francisco J., Evan Thompson &amp; Eleanor Rosch (1991), <em>The Embodied Mind: Cognitive Science and Human Experience<\/em>, Cambridge (MA), MIT Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Wolf, Werner (2003), \u201cNarrative and Narrativity: A Narratological Reconceptualization and its Applicability to the Visual Arts\u201d, <em>Word &amp; Image<\/em>, n\u00b0 19, p. 180-197.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cohn, Dorrit (1981), <em>La Transparence int\u00e9rieure<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2018), \u00ab&nbsp;De la narratologie naturelle&nbsp;: une synth\u00e8se r\u00e9trospective&nbsp;\u00bb, in <em>Introduction \u00e0 la narratologie postclassique. Les nouvelles directions de la recherche sur le r\u00e9cit<\/em>, S. Patron (dir.), Villeneuve d\u2019Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, p. 69-94. URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/septentrion\/19122?lang=fr\">https:\/\/books.openedition.org\/septentrion\/19122?lang=fr<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Hamburger, K\u00e4te (1986), <em>Logique des genres litt\u00e9raires<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Labov, William (1978), \u00abLa transformation du v\u00e9cu \u00e0 travers la syntaxe narrative\u00bb, in <em>Le Parler ordinaire<\/em>, (dir.), Paris, Gallimard, p. 457-503.<\/p>\n\n\n\n<p>Ricoeur, Paul (1984), <em>Temps et r\u00e9cit II. La configuration dans le r\u00e9cit de fiction<\/em>, Paris, Seuil, coll. Points.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ce texte est une republication autoris\u00e9e par l&rsquo;\u00e9diteur d\u2019un article publi\u00e9 en 2013 dans le <em>Living Handbook of Narratology<\/em>. L&rsquo;article en version originale est accessible ici\u00a0: <a href=\"https:\/\/www-archiv.fdm.uni-hamburg.de\/lhn\/node\/102.html\">https:\/\/www-archiv.fdm.uni-hamburg.de\/lhn\/node\/102.html<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Caracciolo, Marco (traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni), \u00ab&nbsp;Exp\u00e9rientialit\u00e9 \/ Excperientiality&nbsp;\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, mis en ligne le 14 mars 2025, URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/experientialite-experientiality\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2025\/03\/experientialite-experientiality\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marco Caracciolo Traduit de l\u2019anglais par Rapha\u00ebl Baroni[1] Le terme \u00ab exp\u00e9rientialit\u00e9&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 introduit par Monika Fludernik, qui l&rsquo;a d\u00e9fini comme \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u00e9vocation quasi-mim\u00e9tique de l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie r\u00e9elle \u00bb (1996&nbsp;: 12). L&rsquo;exp\u00e9rientialit\u00e9 fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mani\u00e8re dont<\/p>\n","protected":false},"author":1001512,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1,4,3],"tags":[64,56,21,67,65,66],"class_list":{"0":"post-2377","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-uncategorized","7":"category-actualites-du-natrans","8":"category-glossaire","9":"tag-experientialite","10":"tag-narrativite","11":"tag-narratologie","12":"tag-narratologie-cognitive","13":"tag-narratologie-naturelle","14":"tag-narratologie-non-naturelle"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2377","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001512"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2377"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2377\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2383,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2377\/revisions\/2383"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2377"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2377"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2377"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}