{"id":2105,"date":"2023-01-06T17:29:13","date_gmt":"2023-01-06T16:29:13","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=2105"},"modified":"2023-01-13T18:27:38","modified_gmt":"2023-01-13T17:27:38","slug":"chronotope-chronotope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2023\/01\/chronotope-chronotope\/","title":{"rendered":"Chronotope \/ Chronotope"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Hans F\u00e4rnl\u00f6f<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son c\u00e9l\u00e8bre essai \u00ab\u00a0Formes du temps et du chronotope dans le roman\u00a0\u00bb datant de 1937-1938 (sauf les observations finales \u00e9crites en 1973), Bakhtine d\u00e9finit la notion du <em>chronotope<\/em> comme \u00ab\u00a0la corr\u00e9lation essentielle des rapports spatio-temporels, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9e par la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 237). \u00c0 partir de cette d\u00e9finition, souvent cit\u00e9e, le chercheur court le risque de passer un peu trop librement vers l\u2019\u00e9tude des diverses manifestations de l\u2019espace et du temps qui figurent dans telle ou telle \u0153uvre litt\u00e9raire. Or, toute \u00e9tude spatiale et\/ou temporelle ne correspond pas n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e du chronotope tel que Bakhtine l\u2019avait con\u00e7u, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance de cerner de plus pr\u00e8s ce que le chercheur russe entendait par sa d\u00e9finition.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Le n\u00e9ologisme <em>chronotope<\/em>, \u00e9crit sans trait d\u2019union, refl\u00e8te l\u2019intention chez Bakhtine d\u2019\u00e9tudier, comme il le dit clairement, la <em>corr\u00e9lation<\/em> entre l\u2019espace et le temps. Cela veut dire qu\u2019il ne saurait s\u2019agir d\u2019\u00e9tudier ces dimensions s\u00e9par\u00e9ment. Il n\u2019est pas non plus suffisant de faire la synth\u00e8se des th\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 chacune de ces dimensions&nbsp;: toute remarque sur l\u2019espace doit se comprendre par rapport au temps et <em>vice versa<\/em>. En s\u2019inspirant de la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 d\u2019Einstein, Bakhtine con\u00e7oit le temps, dans le contexte du chronotope, comme la quatri\u00e8me dimension de l\u2019espace (dans sa construction th\u00e9orique, il accorde pourtant une place dominante au <em>temps<\/em>, comme l\u2019indique le titre un peu \u00e9tonnant de son essai, qui fait double emploi de cette dimension&nbsp;: \u00ab\u00a0Formes du <em>temps<\/em> et du <em>chronotope<\/em> dans le roman\u00a0\u00bb). Ainsi, le cadre spatial d\u2019un r\u00e9cit doit in\u00e9vitablement \u00eatre vu par rapport au d\u00e9roulement temporel de l\u2019intrigue tandis que la progression temporelle est \u00e0 son tour insaisissable si elle n\u2019est pas int\u00e9gr\u00e9e au milieu o\u00f9 se d\u00e9roule le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>Exemplifions ce principe par l\u2019analyse de la route, un des motifs chronotopiques les plus comment\u00e9s. Dans une perspective bakhtinienne, ce motif ne se pr\u00e9sente pas seulement comme un lieu ou un espace, avec ses propres caract\u00e9ristiques, qu\u2019elles soient r\u00e9f\u00e9rentielles, indicielles ou symboliques (large, long, droit, sinueux, douloureux, trafiqu\u00e9, d\u00e9sert, abandonn\u00e9, myst\u00e9rieux, etc.)&nbsp;: c\u2019est la fa\u00e7on dont elle fait corps avec l\u2019histoire qui lui conf\u00e8re sa valeur. Pour le dire de fa\u00e7on prosa\u00efque&nbsp;: il s\u2019agit de voir comment les choses se passent dans cet endroit pendant un certain temps, quelles sortes d\u2019actions cet endroit permet de mettre en r\u00e9cit pour former la progression de l\u2019histoire. Bakhtine note que la route ouvre vers de multiples p\u00e9rip\u00e9ties (d\u00e9parts, rencontres, sc\u00e8nes de reconnaissance, etc.). Peuvent aussi se d\u00e9velopper, comme dans le <em>road movie<\/em>, les th\u00e9matiques du d\u00e9racinement, de la fuite, de l\u2019ind\u00e9cidabilit\u00e9, de l\u2019errance, de la qu\u00eate\u2026 Dans l\u2019<em>espace<\/em> de la route, ces actions, \u00e9v\u00e8nements et th\u00e9matiques se d\u00e9veloppent dans un laps de <em>temps<\/em>. Celui-ci peut sembler se prolonger \u00e0 l\u2019infini ou il sera suspendu par le retour au point du d\u00e9part ou par l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif quand on atteint le terminus.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une perspective plus vaste, le motif de la route fait partie d\u2019un monde soumis au <em>hasard<\/em>, o\u00f9 les choses arrivent au h\u00e9ros (qui rencontre des obstacles, des impr\u00e9vus, etc.) dans un mouvement qui est partiellement hors de son contr\u00f4le. Pour qui s\u2019\u00e9tonnera de cette association entre un simple motif (la route) et une conception du r\u00e9el (le monde r\u00e9gi par le hasard), on r\u00e9pondra que c\u2019est exactement ce qu\u2019implique la notion forg\u00e9e par Bakhtine. En effet, il introduit le chronotope dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires \u00ab\u00a0presque [\u2026] comme une m\u00e9taphore\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 237). Il ne s\u2019agit donc pas de relever simplement le cadre et de noter ses propri\u00e9t\u00e9s&nbsp;: par leur interd\u00e9pendance et leur interaction profondes, l\u2019espace et le temps constituent les cat\u00e9gories n\u00e9cessaires pour embrasser l\u2019existence en tant que telle (car nous \u00e9voluons tous dans l\u2019espace et dans le temps). C\u2019est dans ce sens que Bakhtine parle de corr\u00e9lation <em>essentielle<\/em> dans sa d\u00e9finition du chronotope. L\u2019emploi de cette notion ouvre alors vers des r\u00e9flexions sur la conception du r\u00e9el, les forces qui nous gouvernent et le <em>modus vivendi<\/em>. Cela signifie que la constitution et l\u2019interaction de la dimension spatio-temporelle, exprim\u00e9es \u00e0 travers le texte litt\u00e9raire, d\u00e9finissent une certaine condition humaine&nbsp;: \u00ab\u00a0le chronotope \u00e9tablit aussi (pour une grande part) l\u2019image de l\u2019homme en litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, nous dit Bakhtine (1978b&nbsp;: 238).<\/p>\n\n\n\n<p>On notera aussi, toujours en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la d\u00e9finition initiale du chronotope par Bakhtine, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un fond conceptuel <em>assimil\u00e9<\/em> par la litt\u00e9rature. Les chronotopes sp\u00e9cifiques que rel\u00e8ve le chercheur \u00ab\u00a0servent \u00e0 assimiler la r\u00e9alit\u00e9 existante [\u2026] et permettent de refl\u00e9ter et d\u2019introduire, au plan de l\u2019art litt\u00e9raire du roman, les moments essentiels de cette r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 392). Toutefois, Bakhtine n\u2019adopte nullement une attitude na\u00efve impliquant une imitation parfaite du r\u00e9el&nbsp;: bien au contraire, il insiste sur l\u2019id\u00e9e d\u2019examiner comment la litt\u00e9rature, de sa fa\u00e7on propre, a assimil\u00e9 un fond conceptuel qui lui est ext\u00e9rieur. Il remarque par exemple que cette assimilation se fait \u00ab\u00a0de fa\u00e7on compliqu\u00e9e et sporadique\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 238). Et s\u2019il existe en effet un \u00ab\u00a0v\u00e9ritable chronotope historique\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 238), c\u2019est-\u00e0-dire une relation entre l\u2019\u0153uvre et l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, on pourra aussi d\u00e9tecter dans la litt\u00e9rature des \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8nes profond\u00e9ment anachroniques\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 238), c\u2019est-\u00e0-dire des traces de chronotopes vieillis qui subsistent dans la litt\u00e9rature en raison de la persistance d\u2019une certaine tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019assimilation r\u00e9pond \u00e0 une approche qu\u2019on pourrait qualifier de dialectique mat\u00e9rialiste. L\u2019\u0153uvre n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e comme un reflet du r\u00e9el dans sa particularit\u00e9 concr\u00e8te, mais comme l\u2019illustration d\u2019une conception du r\u00e9el li\u00e9e \u00e0 une id\u00e9ologie, un <em>Zeitgeist<\/em> ou un mode de vie. Cette id\u00e9e ressort clairement dans l\u2019emploi des cat\u00e9gories de l\u2019espace et du temps que Bakhtine mobilise lorsqu\u2019il confronte son approche \u00e0 celle de Kant. Il remarque dans une note&nbsp;: \u00ab\u00a0Nous admettons le jugement kantien quant \u00e0 la signification de ces formes pour le processus de la connaissance, mais, au contraire de Kant, nous les tenons non pas pour \u201ctranscendantales\u201d, mais pour formes de la r\u00e9alit\u00e9 la plus vraie\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 238). Autrement dit, le chronotope bakhtinien sera imp\u00e9rativement li\u00e9 \u00e0 un contexte historique et social. C\u2019est la conception du r\u00e9el propre \u00e0 tel monde qui est exprim\u00e9e \u00e0 travers la forme pr\u00e9cise que prend le chronotope dans la litt\u00e9rature. En somme, il s\u2019agit de voir comment la litt\u00e9rature a pu \u00ab\u00a0prendre conscience du temps et de l\u2019espace historiques r\u00e9els et de l\u2019homme historique vrai qui s\u2019y r\u00e9v\u00e8le\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 237).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019indique le titre de son essai, Bakhtine porte un int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique au genre du roman. Il proc\u00e8de en cernant des manifestations romanesques \u00e0 partir de l\u2019antiquit\u00e9 jusqu\u2019au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Sont pass\u00e9s en revue le roman d\u2019aventures et de m\u0153urs antiques, le r\u00e9cit biographique, le roman de chevalerie, le roman-idylle, Rabelais\u2026 Le chercheur russe \u00e9tablit ainsi un catalogue de motifs embl\u00e9matiques de certains genres et de certaines \u00e9poques. Cependant, ces motifs apparaissent aussi ailleurs. Pour revenir au motif de la route, celui-ci est certes omnipr\u00e9sent dans le roman d\u2019aventures, mais il constitue \u00e9galement une part essentielle du roman picaresque ou du roman d\u2019apprentissage.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel genre va contenir tels motifs et se d\u00e9rouler selon tel sch\u00e9ma, mais fid\u00e8le \u00e0 son approche dialectique du r\u00e9el et du r\u00e9cit, Bakhtine n\u2019ira pas jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9finir l\u2019objet \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 partir de sa \u00ab\u00a0morphologie\u00a0\u00bb. En revanche, les genres litt\u00e9raires \u00ab\u00a0sont d\u00e9termin\u00e9s par le chronotope\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 238), ce qui fait de cet essai une contribution importante \u00e0 la discussion sur les genres. Ajoutons que, m\u00eame s\u2019il aborde essentiellement le roman, Bakhtine revient \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00ab\u00a0toute image de l\u2019art est chronotopique\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 391), c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on comprend toute litt\u00e9rature d\u2019apr\u00e8s ses corr\u00e9lations spatio-temporelles. Ceci ouvre la voie \u00e0 des \u00e9tudes portant sur l\u2019ensemble des genres litt\u00e9raires \u00e0 travers la fa\u00e7on dont ils saisissent le r\u00e9el d\u2019apr\u00e8s leur mise en forme particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La perspective dialectique \u2013 et tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale \u2013 des rapports entre la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019Histoire et la litt\u00e9rature am\u00e8ne Bakhtine \u00e0 inclure dans ses analyses des consid\u00e9rations sur les genres litt\u00e9raires, la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e, l\u2019emploi de sc\u00e9narios fig\u00e9s, la particularit\u00e9 des motifs, la conception de l\u2019homme&#8230; Il voyage ainsi librement entre des propos g\u00e9n\u00e9raux et des analyses de d\u00e9tail. Le lecteur se trouve face \u00e0 un discours qui op\u00e8re un va-et-vient fascinant entre les niveaux micro- et le macro-textuels du discours litt\u00e9raire, tout comme entre la po\u00e9tique du r\u00e9cit et la repr\u00e9sentation du r\u00e9el assimil\u00e9, ce qui peut rendre difficile la navigation parmi les nombreuses observations auxquelles nous convient ce long essai comptant environ 160 pages. \u00c0 ce propos, Bakhtine pr\u00e9cise qu\u2019il existe, en plus des chronotopes \u00ab\u00a0majeurs\u00a0\u00bb, des chronotopes \u00ab\u00a0mineurs\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir des th\u00e8mes, des motifs ou des chronotopes propres \u00e0 une \u0153uvre ou \u00e0 un auteur. Il va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 \u00e9voquer en passant l\u2019id\u00e9e que le langage, et m\u00eame le mot, seraient de nature chronotopique. Afin de proposer une m\u00e9thodologie plus claire de cette \u00ab\u00a0th\u00e9orie h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0\u00bb, Mitterand (1990) a list\u00e9 les niveaux du chronotope dont parle Bakhtine en choisissant les termes de culture (qui correspond \u00e0 la d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rale du chronotope), genre, sous-genre, \u0153uvre, th\u00e8me et aspect (qui rassemble les caract\u00e9ristiques du th\u00e8me).<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau th\u00e9orique, le chronotope cerne donc un \u00ab\u00a0contenu\u00a0\u00bb (vision du monde, <em>Zeitgeist<\/em>, conception de la vie, <em>modus vivendi<\/em>, image de l\u2019homme\u2026) qui r\u00e9side d\u2019abord \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du texte. Il prend forme \u00e0 travers les genres litt\u00e9raires en m\u00eame temps qu\u2019il aide \u00e0 former ce m\u00eame discours litt\u00e9raire dans un mouvement dialectique continu avec l\u2019Histoire et l\u2019\u00e9volution litt\u00e9raire. L\u2019\u00e9tude de son assimilation litt\u00e9raire s\u2019int\u00e8gre alors bien \u00e0 l\u2019approche sociopo\u00e9tique et historique. En revanche, le chronotope semble entrer plus difficilement dans une approche structuraliste, qui devrait voir sa configuration comme un effet de la structure atemporelle et non contextualis\u00e9e du r\u00e9cit lui-m\u00eame. Toutefois, Lanser et Rimmon-Kenan (2022) ont tent\u00e9 r\u00e9cemment d\u2019effectuer une synth\u00e8se entre la narratologie dite \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb de Genette et la th\u00e9orisation de Bakhtine (qui, bien qu\u2019\u00e9tant largement ant\u00e9rieure \u00e0 celle de Genette, est \u00e0 associer plut\u00f4t \u00e0 la <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2018\/09\/narratologie-postclassique-postclassical-narratology\/\">narratologie postclassique<\/a> en tant qu\u2019\u00e9tude po\u00e9tique entreprise toujours en relation avec le contexte extralitt\u00e9raire). En analysant quelques motifs identifi\u00e9s gr\u00e2ce aux concepts de Genette (comme l\u2019analepse) par le biais de leurs implications chronotopiques, Lanser et Rimmon-Kenan argumentent que leur double approche enrichit la compr\u00e9hension narrative du r\u00e9cit. S\u2019il est vrai que leur \u00e9tude apporte des nuances aux propos g\u00e9n\u00e9raux de Bakhtine, on notera que leurs analyses se focalisent surtout sur la fonction et la signification des \u00e9l\u00e9ments spatio-temporels dans<em> le texte<\/em> et <em>l\u2019histoire litt\u00e9raire<\/em>, sans vraiment op\u00e9rer une synth\u00e8se dialectique et id\u00e9ologique entre r\u00e9alit\u00e9 et mise en forme po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait ajouter qu\u2019il semble aussi exister des points de relations (et peut-\u00eatre sont-elles plus fructueuses&nbsp;?) entre la mise en forme chronotopique chez Bakhtine et les r\u00e9flexions tardives des formalistes russes. Ce dernier propos peut \u00e9tonner. Bakhtine avait marqu\u00e9 son d\u00e9saccord avec les formalistes d\u00e9j\u00e0 une dizaine d\u2019ann\u00e9es avant de lancer la notion de chronotope (voir Bakhtine [1924] 1978a et Medvedev &amp; Bakhtine [1928] 1978). Il se fondait sur l\u2019argument suivant&nbsp;: pour l\u2019\u00e9cole formaliste, le mat\u00e9riau extralitt\u00e9raire n\u2019est qu\u2019un mat\u00e9riau brut (et insignifiant en lui-m\u00eame) auquel l\u2019auteur donne une forme esth\u00e9tique par diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s de composition (qui doivent conf\u00e9rer au texte sa \u00ab\u00a0litt\u00e9rarit\u00e9\u00a0\u00bb)&nbsp;; le centre d\u2019int\u00e9r\u00eat est donc la technique employ\u00e9e par l\u2019artiste afin de d\u00e9former la r\u00e9alit\u00e9 et la litt\u00e9rature pass\u00e9e en recourant \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s et des m\u00e9canismes propres au domaine de l\u2019art, ce qui laisse de c\u00f4t\u00e9 toute implication id\u00e9ologique de la construction artistique. Or, si Bakhtine partage avec les formalistes un int\u00e9r\u00eat pour les formes litt\u00e9raires (qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0formes compositionnelles\u00a0\u00bb), il garde le souci de toujours consid\u00e9rer ces formes par rapport \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 assimil\u00e9e par le texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, cette critique des formalistes (et donc cette opposition entre eux et Bakhtine) semble surtout adress\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re phase de leur d\u00e9veloppement. Durant les ann\u00e9es 1920, les formalistes s\u2019int\u00e9ressent davantage \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la fonction sp\u00e9cifique d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 au sein du r\u00e9cit, et ils accordent alors plus d\u2019attention aux param\u00e8tres extratextuels, comme la soci\u00e9t\u00e9 et le genre (voir Eichenbaum 2001 et F\u00e4rnl\u00f6f 2022&nbsp;: 21-36). Par ailleurs, tout au long de son essai, Bakhtine pr\u00e9sente lui aussi des analyses \u00ab\u00a0compositionnelles\u00a0\u00bb du chronotope, dans lesquelles les \u00e9l\u00e9ments spatio-temporels sont abord\u00e9s \u00e0 travers leur fonction sp\u00e9cifique de mise en r\u00e9cit, parall\u00e8lement \u00e0 leurs implications historiques, soci\u00e9tales et philosophiques. De plus, le chronotope se pr\u00e9sente pour Bakhtine comme le principe op\u00e9ratoire du <em>syuzhet<\/em> (c\u2019est-\u00e0-dire de la mise en intrigue et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de la mise en r\u00e9cit) en raison de sa facult\u00e9 de d\u00e9terminer le monde di\u00e9g\u00e9tique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel s\u2019articule la <em>fabula<\/em> (l\u2019histoire racont\u00e9e): \u00ab\u00a0dans le chronotope, les \u00e9v\u00e9nements du roman prennent corps\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 391). En d\u2019autres termes, il sert d\u2019<em>hypermotivant<\/em> (F\u00e4rnl\u00f6f 2022) du r\u00e9cit, c\u2019est-\u00e0-dire de circonstance ou facteur englobants qui permettent de relayer les actions et les \u00e9v\u00e8nements de l\u2019histoire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du monde di\u00e9g\u00e9tique. Le fait de voir les chronotopes comme \u00ab\u00a0les centres organisateurs des principaux \u00e9v\u00e9nements contenus du roman\u00a0\u00bb ou le chronotope comme \u00ab\u00a0le principal g\u00e9n\u00e9rateur du roman\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 391) ressemble aussi \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019identifier la \u00ab\u00a0dominante\u00a0\u00bb du r\u00e9cit, autre concept d\u00e9velopp\u00e9 par les formalistes (voir Jakobson [1935] 1977).<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, on soulignera que Bakhtine n\u2019instaure jamais un clivage entre la forme artistique et le r\u00e9el, car l\u2019auteur, la litt\u00e9rature et le langage sont solidement ancr\u00e9s dans l\u2019Histoire et dans la culture. De plus, il con\u00e7oit l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame comme un tout, et non comme un ensemble de relations hi\u00e9rarchiques entre diff\u00e9rents emplois du mat\u00e9riau extralitt\u00e9raire, comme le voulaient les formalistes russes. En somme, pour lui, le chronotope \u00ab\u00a0d\u00e9termine l\u2019unit\u00e9 artistique d\u2019une \u0153uvre litt\u00e9raire dans ses rapports avec la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (1978b&nbsp;: 385), ce qui permet d\u2019\u00e9tablir un lien avec les r\u00e9flexions sur le r\u00e9cit comme exp\u00e9rience temporelle et \u00e9pist\u00e9mologique chez Ricoeur (1983-1985). Ce sont peut-\u00eatre ces r\u00e9flexions sur les travaux tardifs des formalistes russes, sur le r\u00e9cit comme exp\u00e9rience, voire sur le r\u00e9cit comme monde possible, qui permettront de r\u00e9inscrire la notion bakhtinienne de chronotope au sein de la narratologie postclassique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine anglophone, il existe deux ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence concernant la th\u00e9orie du chronotope&nbsp;: celui de Bemong et al. (2010) et celui de Keunen (2011). Mis \u00e0 part la monographie de Collington (2006), le domaine francophone semble poss\u00e9der peu d\u2019ouvrages enti\u00e8rement consacr\u00e9s au chronotope. Mitterand (1990) et F\u00e4rnl\u00f6f (2007) s\u2019interrogent dans leurs articles respectifs sur la construction th\u00e9orique de Bakhtine tout en mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve cette approche par des analyses textuelles (de Zola et de Verne). D\u2019autres \u00e9tudes offrent surtout des applications du mod\u00e8le de Bakhtine, parmi lesquelles ressort un certain nombre d\u2019analyses consacr\u00e9es \u00e0 la litt\u00e9rature du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: Balzac a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 par Bordas (2000) et Lahmedi (2022), Gautier par Montandon (1998), Hugo par Best (1989) et Larroux (2008), Mistral par Dupuy (2016), Zola par Larroux (2008) et Mirbeau par Jeusette (2017). Enfin, on notera l\u2019application fr\u00e9quente de cette notion sur des domaines plus ou moins \u00e9loign\u00e9s de la litt\u00e9rature. La notion de chronotope est ainsi mobilis\u00e9e, entre autres, dans des \u00e9tudes sur l\u2019\u00e9cocritique (M\u00fcller, 2010), le tourisme (Spode, 2010), l\u2019organisation (Schultz et al., 2012), l\u2019identit\u00e9 (Blommaert &amp; De Fina, 2016), la didactique (Ritella, Rajala &amp; Renshaw, 2021) ou la parano\u00efa culturelle (Beckman, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bakhtine, Mikha\u00efl ([1924] 1978a), \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me du contenu, du mat\u00e9riau et de la forme dans l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, in <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>, Paris, Gallimard, p. 21-82.<\/p>\n\n\n\n<p>Bakhtine, Mikha\u00efl ([1937-1938] 1978b), \u00ab\u00a0Formes du temps et du chronotope dans le roman\u00a0\u00bb, in <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>, Paris, Gallimard, p. 235-398.<\/p>\n\n\n\n<p>Beckman, Frida (2022), <em>The Paranoid Chronotope<\/em>: <em>Power, Truth, Identity<\/em>, Stanford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Bemong, Nele et al. (2010), <em>Bakhtin\u2019s Theory of the Literary Chronotope: Reflections, Applications, Perspectives<\/em>, New Hampshire, Academia Press. URL: <a href=\"https:\/\/library.oapen.org\/bitstream\/handle\/20.500.12657\/34655\/377572.pdf?sequence=1&amp;isAllowed=y\">https:\/\/library.oapen.org\/bitstream\/handle\/20.500.12657\/34655\/377572.pdf?sequence=1&amp;isAllowed=y<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Best, Janice (1989), \u00ab\u00a0Pour une d\u00e9finition du chronotope : l\u2019exemple de <em>Notre-Dame de Paris <\/em>de Victor Hugo\u00a0\u00bb, <em>Revue d\u2019histoire litt\u00e9raire de la France<\/em>, n\u00b0 6, p.&nbsp;969-979.<\/p>\n\n\n\n<p>Blommaert, Jan, &amp; Anna De Fina (2016), \u00ab&nbsp;Chronotopic identities: On the timespace organization of who we are&nbsp;\u00bb, <em>Tilburg Papers in Culture Studies<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;153.<\/p>\n\n\n\n<p>Bordas, Eric (2000), \u00ab\u00a0Chronotopes balzaciens\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o<\/sup> 121, p.&nbsp;3-20.<\/p>\n\n\n\n<p>Collington, Tara (2006), <em>Lectures chronotopiques. Espace, temps et genres romanesques<\/em>, Montr\u00e9al, XYZ.<\/p>\n\n\n\n<p>Dupuy, Lionel (2016), \u00ab\u00a0Imaginaire g\u00e9ographique et chronotope po\u00e9tique: <em>Mir\u00e8io<\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral (1859)\u00a0\u00bb, <em>Annales de g\u00e9ographie<\/em>, n\u00b0&nbsp;711, p.&nbsp;519-537.<\/p>\n\n\n\n<p>Eichenbaum, Boris ([1926] 2001), \u00ab\u00a0La th\u00e9orie de la \u2018m\u00e9thode formelle\u2019\u00a0\u00bb, in Tzvetan Todorov, <em>Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature<\/em>, Paris, Seuil, p. 31\u201075.<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e4rnl\u00f6f, Hans (2007), \u00ab\u00a0Chronotope romanesque et perception du monde : \u00e0 propos du <em>Tour du monde en quatre-vingts jours<\/em>\u00ab\u00a0, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;152, p.&nbsp;439-456. URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-poetique-2007-4-page-439.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-poetique-2007-4-page-439.htm<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e4rnl\u00f6f, Hans (2022), <em>La Motivation litt\u00e9raire. Du formalisme russe au constructivisme<\/em>, Paris, Garnier. URL: <a href=\"https:\/\/classiques-garnier.com\/la-motivation-litteraire-du-formalisme-russe-au-constructivisme.html\">https:\/\/classiques-garnier.com\/la-motivation-litteraire-du-formalisme-russe-au-constructivisme.html<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Jakobson, Roman ([1935] 1977), \u00ab\u00a0La dominante\u00a0\u00bb, in <em>Huit questions de po\u00e9tique<\/em>, Paris, Seuil, p.&nbsp;77-85.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeusette, Julien (2017), \u00ab\u00a0Le chronotope de la \u2018route moderne\u2019: Octave Mirbeau et les road movies\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, n\u00b0&nbsp;53 (3), p.&nbsp;169\u2013180.<\/p>\n\n\n\n<p>Keunen, Bart (2011), <em>Time and Imagination: Chronotopes in Western Narrative Culture<\/em>, Northwestern University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Lahmedi, Moez (2022), \u00ab\u00a0Topographie mystique et exp\u00e9riences chronotopiques dans <em>La Peau de chagrin<\/em> de Balzac\u00a0\u00bb, <em>Romantisme<\/em>, n\u00b0&nbsp;197, p.&nbsp;144-156.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan S &amp; Rimmon-Kenan, Shlomith (2022), \u00ab\u00a0The Postclassical Chronotope: A Narratological Inquiry\u00a0\u00bb, <em>Poetics Today<\/em>, n\u00b0&nbsp;43 (3), p.&nbsp;429-454.<\/p>\n\n\n\n<p>Larroux, Guy (2008), \u00ab\u00a0La chambre et le bouge\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o&nbsp;<\/sup>153, p.&nbsp;3-15. URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-poetique-2008-1-page-3.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-poetique-2008-1-page-3.htm<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Medvedev Pavel &amp; Bakhtine Mikha\u00efl ([1928] 1978), <em>The Formal Method in Literary Scholarship: A Critical Introduction to Sociological Poetics<\/em>, Baltimore, The Johns Hopkins University Press<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mitterand, Henri (1990), \u00ab\u00a0Chronotopies romanesques: <em>Germinal<\/em>\u00ab\u00a0, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;81, p.&nbsp;89-104.<\/p>\n\n\n\n<p>Montandon Alain (1998), \u00ab\u00a0Pour une sociopo\u00e9tique du chronotope: la sc\u00e8ne de bal chez Th\u00e9ophile Gautier\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9rature<\/em>, n\u00b0&nbsp;112, p.&nbsp;14-25.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00fcller, Timo (2010), \u00ab\u00a0Notes Toward an Ecological Conception of Bakhtin\u2019s \u2018Chronotope\u2019\u00a0\u00bb, <em>Ecozon@: European Journal of Literature, Culture and Environment<\/em>, n\u00b0 1 (1). URL: <a href=\"https:\/\/ecozona.eu\/article\/view\/327\">https:\/\/ecozona.eu\/article\/view\/327<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ricoeur, Paul (1983-1985), <em>Temps et r\u00e9cit<\/em>, Paris, Seuil, 3 volumes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ritella, Giuseppe, Antti Rajala &amp; Peter Renshaw (2021), \u00ab\u00a0Using chronotope to research the space-time relations of learning and education: Dimensions of the unit of analysis\u00a0\u00bb, <em>Learning, Culture and Social Interaction<\/em>, n\u00b0&nbsp;31, Part B. URL: <a href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S2210656118302265\">https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S2210656118302265<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Schultz, Majken et. al. (2012), <em>Constructing Identity in and around Organizations<\/em>, Oxford University press.<\/p>\n\n\n\n<p>Spode, Hasso (2010), \u00ab\u00a0Time, space, and tourism\u00a0\u00bb, in <em>The Plurality of Europe. <\/em><em>Identities and Spaces<\/em>, W. Eberhard &amp; C. L\u00fcbke (dir.), Leipzig, Universit\u00e4tsverlag, p.&nbsp;233-246.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Hans F\u00e4rnl\u00f6f, \u00ab\u00a0Chronotope \/ Chronotope\u00a0\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, mis en ligne le 6 janvier 2023, URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2023\/01\/chronotope-chronotope\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2023\/01\/chronotope-chronotope\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Hans F\u00e4rnl\u00f6f Dans son c\u00e9l\u00e8bre essai \u00ab\u00a0Formes du temps et du chronotope dans le roman\u00a0\u00bb datant de 1937-1938 (sauf les observations finales \u00e9crites en 1973), Bakhtine d\u00e9finit la notion du chronotope comme \u00ab\u00a0la corr\u00e9lation essentielle des rapports spatio-temporels, telle<\/p>\n","protected":false},"author":1001512,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1,4,3],"tags":[],"class_list":{"0":"post-2105","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-uncategorized","7":"category-actualites-du-natrans","8":"category-glossaire"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001512"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2105"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2105\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}