{"id":2086,"date":"2022-10-23T13:05:32","date_gmt":"2022-10-23T11:05:32","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=2086"},"modified":"2024-03-13T12:24:18","modified_gmt":"2024-03-13T11:24:18","slug":"narration-a-la-troisieme-personne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/10\/narration-a-la-troisieme-personne\/","title":{"rendered":"Narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Sylvie Patron<\/p>\n\n\n\n<p>Cette entr\u00e9e concerne les r\u00e9cits de fiction \u00e9crits (par opposition aux r\u00e9cits racont\u00e9s oralement, qui soul\u00e8vent d\u2019autres probl\u00e9matiques). Deux questions seront envisag\u00e9es&nbsp;: Premi\u00e8rement, y a-t-il une narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne, ou&nbsp;toute narration est-elle constitutivement \u00e0 la premi\u00e8re personne, avec des variantes impersonnelles contingentes&nbsp;? Deuxi\u00e8mement, peut-on parler de formes de narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne \u00ab&nbsp;non naturelles&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><strong>Y a-t-il une narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette question n\u2019a commenc\u00e9 \u00e0 se poser qu\u2019avec l\u2019av\u00e8nement de la narratologie, d\u00e9finie comme th\u00e9orie pan-narratoriale du r\u00e9cit de fiction (selon laquelle il y a un narrateur fictionnel dans tous les r\u00e9cits de fiction&nbsp;: voir Patron 2021a et b, 2022b). Auparavant, la ou les th\u00e9ories narratives, ou para-narratives, opposaient le roman&nbsp;\u00e0 la premi\u00e8re personne (ou \u00ab&nbsp;roman en <em>je<\/em>&nbsp;\u00bb, al. <em>Ich-Roman<\/em>), dans lequel le protagoniste est lui-m\u00eame le narrateur de son histoire, et le roman \u00e0 la troisi\u00e8me personne (ou \u00ab&nbsp;roman en <em>il<\/em>&nbsp;\u00bb, al. <em>Er-Roman<\/em>), consid\u00e9r\u00e9 comme le cas le plus courant et implicitement comme le cas non marqu\u00e9, dans lequel le protagoniste est une troisi\u00e8me personne dont l\u2019\u00e9crivain raconte l\u2019histoire (il conviendrait, bien s\u00fbr, de pr\u00e9ciser \u00ab&nbsp;le ou la protagoniste&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le narrateur ou la narratrice&nbsp;\u00bb, etc., mais ces pr\u00e9cisions n\u2019apparaissent dans la litt\u00e9rature en question, o\u00f9 le masculin est confondu avec l\u2019universel).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour G\u00e9rard Genette, <em>il n\u2019y a pas de r\u00e9cit \u00e0 la troisi\u00e8me personne<\/em>, tout r\u00e9cit est, explicitement ou non, \u00e0 la premi\u00e8re personne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>On a pu remarquer jusqu\u2019ici que nous n\u2019employions les termes de \u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re \u2013 ou \u00e0 la troisi\u00e8me \u2013 personne&nbsp;\u00bb qu\u2019assortis de guillemets de protestation. Ces locutions courantes me semblent en effet inad\u00e9quates en ce qu\u2019elles mettent l\u2019accent de la variation sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment en fait invariant de la situation narrative, \u00e0 savoir la pr\u00e9sence, explicite ou implicite, de la \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb du narrateur qui ne peut \u00eatre dans son r\u00e9cit, comme tout sujet de [l\u2019\u00e9nonciation] dans son \u00e9nonc\u00e9, qu\u2019\u00e0 la \u00ab&nbsp;premi\u00e8re personne&nbsp;\u00bb [&#8230;]. (Genette 2007 [1972]: 254&nbsp;; je corrige une faute d\u2019impression)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le raisonnement repose sur une m\u00e9prise concernant le sens des locutions \u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e0 la troisi\u00e8me personne&nbsp;\u00bb, qui ne se rapportent pas aux d\u00e9signateurs <em>du narrateur<\/em>, mais \u00e0 ceux <em>du protagoniste<\/em> (principal). Il d\u00e9bouche sur l\u2019instauration d\u2019une nouvelle terminologie, qui remplace \u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne&nbsp;\u00bb&nbsp;et&nbsp;\u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e0 la troisi\u00e8me personne&nbsp;\u00bb par \u00ab&nbsp;r\u00e9cit homodi\u00e9g\u00e9tique&nbsp;\u00bb&nbsp;et \u00ab&nbsp;r\u00e9cit h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique&nbsp;\u00bb (dont le narrateur est pr\u00e9sent comme personnage dans l\u2019histoire qu\u2019il raconte et dont le narrateur est absent de l\u2019histoire qu\u2019il raconte). Si l\u2019on compare cette position avec les th\u00e9orisations ant\u00e9rieures, on voit qu\u2019un type particulier de r\u00e9cit, qui n\u2019est ni le plus commode pour les auteurs et autrices, ni le plus couramment utilis\u00e9, est \u00e9rig\u00e9 au rang de norme narratologique fondamentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Un argument un peu diff\u00e9rent est avanc\u00e9 ult\u00e9rieurement par Genette, \u00e0 savoir que \u00ab&nbsp;tout r\u00e9cit est, explicitement ou non, \u201c\u00e0 la premi\u00e8re personne\u201d, puisque son narrateur peut \u00e0 tout moment se d\u00e9signer lui-m\u00eame par ledit pronom&nbsp;\u00bb (Genette 2007 [1983]: 368). On peut l\u2019appeler \u00ab&nbsp;argument des intrusions d\u2019auteur&nbsp;\u00bb, reconceptualis\u00e9es en explicitations de la pr\u00e9sence du narrateur (sans caract\u00e8re intrusif).<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame conception principielle pr\u00e9vaut chez Franz K. Stanzel, avec les notions d\u2019\u00ab&nbsp;identit\u00e9&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;non-identit\u00e9&nbsp;\u00bb des mondes du narrateur et des personnages, et avec le concept de \u00ab&nbsp;narrateur auctorial&nbsp;\u00bb, appliqu\u00e9 au r\u00e9cit de fiction \u00e0 la troisi\u00e8me personne avec intrusions d\u2019auteur, aussi bien qu\u2019\u00e0 ses variantes impersonnelles.&nbsp;Cependant, cette conception entre en contradiction avec des consid\u00e9rations th\u00e9oriques et des analyse individuelles qui reconnaissent la diff\u00e9rence effective, empirique, entre les r\u00e9cits de fiction \u00e0 la premi\u00e8re et \u00e0 la troisi\u00e8me personne sous de nombreux aspects (voir Stanzel 1984: 80-99). Stanzel est \u00e9galement ambigu sur ce qu\u2019il appelle le \u00ab&nbsp;r\u00e9cit figural&nbsp;\u00bb (r\u00e9cit \u00e0 la troisi\u00e8me personne avec repr\u00e9sentation du point de vue d\u2019un ou de plusieurs personnages), dont le narrateur est caract\u00e9ris\u00e9 comme \u00ab&nbsp;effac\u00e9&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;non personnalis\u00e9&nbsp;\u00bb, mais dont tout laisse penser qu\u2019il n&rsquo;est qu\u2019une pure hypoth\u00e8se th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les repr\u00e9sentants de th\u00e9ories alternatives \u2013 voir en particulier les travaux de S.-Y. Kuroda et Ann Banfield, qui reprennent certaines propositions th\u00e9oriques de K\u00e4te Hamburger \u2013, non seulement il y a une narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne, autonome, irr\u00e9ductible \u00e0 la narration \u00e0 la premi\u00e8re personne, mais cette mani\u00e8re de raconter constitue une ressource fondamentale \u00e0 la disposition de l\u2019auteur ou de l\u2019autrice qui \u00e9crit. Elle permet notamment de repr\u00e9senter la conscience de personnages qui ne sont pas en position de locuteurs. Elle permet aussi de repr\u00e9senter successivement, et parfois avec de curieux encha\u00eenements parataxiques, la conscience de diff\u00e9rents personnages\u00a0: c\u2019est le fameux \u00ab\u00a0changement de point de vue\u00a0\u00bb du roman moderne, embl\u00e9matis\u00e9 dans les \u0153uvres de D. H. Lawrence et Virginia Woolf, par exemple. Banfield est \u00e9galement \u00e0 l\u2019origine du test crucial permettant d\u2019\u00e9liminer l\u2019hypoth\u00e8se pan-narratoriale dans quelques cas pr\u00e9cis (phrases du style indirect libre \u00e0 la troisi\u00e8me personne et au pass\u00e9 en anglais et en fran\u00e7ais)\u00a0et, par extension, dans tous les cas o\u00f9, sans \u00eatre \u00e0 proprement parler falsifi\u00e9e, cette hypoth\u00e8se n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Hamburger, Kuroda et Banfield proposent donc une th\u00e9orie non r\u00e9ductionniste du r\u00e9cit de fiction \u00e0 la troisi\u00e8me personne, une th\u00e9orie qui refuse de consid\u00e9rer qu&rsquo;ils peuvent \u00eatre ramen\u00e9s au mod\u00e8le du r\u00e9cit de fiction \u00e0 la premi\u00e8re personne moyennant quelques hypoth\u00e8ses auxiliaires\u00a0: hypoth\u00e8se du narrateur \u00ab\u00a0omniscient\u00a0\u00bb, hypoth\u00e8se du narrateur \u00ab\u00a0toujours fiable\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0faisant toujours autorit\u00e9\u00a0\u00bb (angl. <em>authoritative<\/em>), par opposition au narrateur du r\u00e9cit de fiction \u00e0 la premi\u00e8re personne, dont une des potentialit\u00e9s reconnues est la \u00ab\u00a0non-fiabilit\u00e9\u00a0\u00bb, hypoth\u00e8se du narrateur non sp\u00e9cifi\u00e9 en termes de genre (sans qu\u2019il y ait pour autant paralipse, dissimulation d\u2019une information essentielle), etc. Kuroda pr\u00e9sente ainsi la th\u00e9orie \u00e0 laquelle il s\u2019oppose, qui peut se lire comme une variante notationnelle de la th\u00e9orie de Genette\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le narrateur omniscient est un sujet de conscience imaginaire et omnipr\u00e9sent qu\u2019on suppose capable de p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019esprit de chacun des personnages. Le r\u00e9cit tout entier est alors racont\u00e9 par le narrateur comme une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements per\u00e7us par lui. Le narrateur est le \u00ab&nbsp;locuteur&nbsp;\u00bb d\u2019un r\u00e9cit qui n\u2019est pas \u00e0 la premi\u00e8re personne, tout comme \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb est le \u00ab&nbsp;locuteur&nbsp;\u00bb d\u2019un r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne. Il s\u2019ensuit que ces deux types de r\u00e9cits sont consid\u00e9r\u00e9s sous le m\u00eame angle. (Kuroda 2022 [1971]: 63-64)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il lui oppose ce qu\u2019il appelle la \u00ab&nbsp;th\u00e9orie de la conscience multiple&nbsp;\u00bb, selon laquelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Un r\u00e9cit peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 simplement comme une collection structur\u00e9e d\u2019informations provenant de diff\u00e9rents sujets de conscience. [\u2026] Le r\u00f4le de l\u2019auteur d\u2019un r\u00e9cit qui n\u2019est pas \u00e0 la premi\u00e8re personne consiste \u00e0 rassembler (en fait, \u00e0 cr\u00e9er) ces informations et \u00e0 les mettre en ordre, ce qui ne peut en aucun cas \u00eatre assimil\u00e9 au r\u00f4le du \u00ab&nbsp;locuteur&nbsp;\u00bb dans le paradigme de la performance linguistique ; l\u2019auteur diff\u00e8re ainsi radicalement du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb des r\u00e9cits \u00e0 la premi\u00e8re personne [\u2026] (Kuroda 2022 [1971]: 64)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On peut citer \u00e9galement Hamburger concernant ce qui a toujours \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 dans la critique et la th\u00e9orie litt\u00e9raires traditionnelles \u00ab&nbsp;intrusions d\u2019auteur&nbsp;\u00bb et qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 des controverses esth\u00e9tiques, morales et th\u00e9oriques :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les [intrusions au Je, ou \u00e0 la premi\u00e8re personne, al. <em>Ich-Einbr\u00fcche<\/em>] dans [le] roman \u00e0 la troisi\u00e8me personne [al. <em>Er-Roman<\/em>], c\u2019est-\u00e0-dire dans la pure fiction, ne le transforment pas plus en roman \u00e0 la premi\u00e8re personne que par exemple [\u2026] des insertions de po\u00e8mes dans un roman n\u2019en font un roman \u00ab&nbsp;lyrique&nbsp;\u00bb. (Hamburger 1986: 140, les crochets sont de moi)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence des narratologues, Hamburger, Kuroda et Banfield s\u2019appuient sur des analyses linguistiques et \u00e9ventuellement pragmatiques, non sur des pr\u00e9suppositions.<\/p>\n\n\n\n<p>Sylvie Patron a fourni une explication historique aux apories de la narratologie concernant le narrateur fictionnel&nbsp;: hypoth\u00e8se th\u00e9orique ou objet empirique concret (voir 2016 [2009], 2021a et b, 2022a et b, \u00e0 para\u00eetre). Elle soutient que <em>deux<\/em> concepts de narrateur sont \u00e0 l\u2019origine du concept de narrateur dans la narratologie&nbsp;: un premier concept, qui a \u00e9t\u00e9 introduit pour rendre compte des caract\u00e9ristiques distinctives du roman-M\u00e9moires ou roman \u00e0 la premi\u00e8re personne au sens originel du terme (elle l\u2019appelle \u00ab concept originel de narrateur \u00bb), et un nouveau concept, qui vient de la controverse allemande sur les intrusions d\u2019auteur dans le r\u00e9cit de fiction \u00e0 la troisi\u00e8me personne et de la tentative pour d\u00e9finir principiellement le r\u00e9cit de fiction (litt\u00e9ralement, le \u00ab&nbsp;r\u00e9cit \u00e9pique&nbsp;\u00bb) par opposition \u00e0 la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (le \u00ab&nbsp;drame&nbsp;\u00bb). Les deux concepts r\u00e9sument des questions tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Patron est \u00e9galement revenue r\u00e9cemment sur la conceptualisation des intrusions d\u2019auteur (\u00e0 para\u00eetre).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Y a-t-il des formes de narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne \u00ab&nbsp;non naturelles&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Monika Fludernik (1995) rel\u00e8ve des formes de narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne \u00ab&nbsp;bizarres&nbsp;\u00bb (angl. <em>odd<\/em>, entre guillemets dans le texte) dans des textes exp\u00e9rimentaux. Celles-ci emploient les pronoms ind\u00e9finis <em>on<\/em> en fran\u00e7ais, <em>one<\/em> en anglais et <em>man<\/em> en allemand (voir par exemple <em>L\u2019Opoponax<\/em> de Monique Wittig, <em>Compact<\/em> de Maurice Roche, certains passages de <em>Radetzkymarsch<\/em> [<em>La Marche de Radetzky<\/em>] de Joseph Roth), ou le pronom neutre <em>it<\/em> en anglais pour renvoyer \u00e0 un personnage (voir certains passages de <em>A Single Man<\/em> [<em>Un homme au singulier<\/em>] de Christopher Isherwood et de <em>Mantissa<\/em> de John Fowles). Elles se distinguent des formes de narration \u00e0 la premi\u00e8re et \u00e0 la troisi\u00e8me personne consid\u00e9r\u00e9es par Fludernik comme \u00ab&nbsp;r\u00e9alistes&nbsp;\u00bb, car bas\u00e9es sur les mod\u00e8les non fictionnels du r\u00e9cit d\u2019exp\u00e9rience personnelle et du r\u00e9cit de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019autrui (il convient de noter que ce double parall\u00e9lisme est ins\u00e9parable de l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se pan-narratoriale dans le r\u00e9cit de fiction). Si Fludernik y voit des inventions originales et propose m\u00eame de les consid\u00e9rer comme des marqueurs de fictionnalit\u00e9, elle affirme, sans toutefois d\u00e9velopper, que ces formes de narration reposent sur des mod\u00e8les de discours pr\u00e9alablement constitu\u00e9s (sous-entendu dans le langage oral). Fludernik (1996: 224-236) leur adjoint la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne du pluriel, <em>they<\/em> en anglais, <em>ils<\/em> en fran\u00e7ais, utilis\u00e9s en mode \u00ab&nbsp;r\u00e9flecteur&nbsp;\u00bb au sens de Stanzel, dans des passages extensifs, voire des romans tout entiers (comme dans <em>Les Choses<\/em> de Georges Perec). Elle admet que, dans ce cas, la narration ne se pr\u00eate pas \u00e0 une interpr\u00e9tation r\u00e9aliste ou mim\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Brian Richardson (2015) consid\u00e8re \u00e9galement la narration en <em>they<\/em> comme \u00ab&nbsp;bizarre&nbsp;\u00bb et parle de narration \u00ab&nbsp;non naturelle&nbsp;\u00bb lorsque le r\u00e9cit juxtapose \u00e9troitement l\u2019emploi de <em>we<\/em> et de <em>they<\/em> (comme dans <em>The Nigger of the \u201cNarcissus\u201d<\/em> [<em>Le N\u00e8gre du Narcisse<\/em>] de Joseph Conrad). Selon lui, \u00ab&nbsp;Conrad alterne entre la narration en <em>we<\/em> et la narration en <em>they<\/em> d\u2019une fa\u00e7on qui viole les contraintes du r\u00e9alisme et le paradigme mim\u00e9tique sur lequel reposent la plupart des th\u00e9ories narratives&nbsp;\u00bb (Richardson 2015: 202).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en anglais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Banfield, Ann (2014 [1982]), <em>Un<\/em>s<em>peakable Sentences: Narration and Representation in the Language of Fiction,<\/em> London, Routledge and Kegan Paul, reprint Routledge Revivals.<\/p>\n\n\n\n<p>Banfield, Ann (2019), <em>Describing the Unobserved and Other Essays: Unspeakable Sentences after<\/em> <em>\u201cUnspeakable Sentences\u201d<\/em>, S. Patron (\u00e9d,), Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (1995), \u201cPronouns of Address and \u2018Odd\u2019 Third Person Forms: The Mechanics of Involvement in Fiction\u201d, in <em>New Essays in Deixis: Discourse, Narrative, Literature<\/em>, K. Green (\u00e9d.), &nbsp;Leiden, Brill, p. 99-129.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2001 [1996]), <em>Towards a \u201cNatural\u201d Narratology<\/em>, London, Routledge, reprint. Routledge Revivals.<\/p>\n\n\n\n<p>Hamburger, K\u00e4te (1973, 1993 [1957, 1968]), <em>The Logic of Literature<\/em>, M. J. Rose (trad.), Bloomington, Indiana University Press, 2<sup>e <\/sup>\u00e9d.<\/p>\n\n\n\n<p>Kuroda, S.-Y. (2014), <em>Toward a Poetic Theory of Narration: Essays of S.-Y. Kuroda<\/em>, S. Patron (\u00e9d.), Berlin, Walter de Gruyter.<\/p>\n\n\n\n<p>Meindl, Dieter (2004), \u201c(Un-)reliable Narration from a Pronominal Perspective\u201d, in <em>The Dynamics of Narrative Form: Studies in Anglo-American Narratology<\/em>, J. Pier (dir.), Berlin, Walter de Gruyter, p. 59-82.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2019), <em>The Death of the Narrator and Other Essays<\/em>, Trier, Wissenschaftlicher Verlag Trier (WVT).<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2021), \u201cThe Narrator: A Historical and Epistemological Approach to Narrative Theory\u201d,&nbsp; in <em>Optional-Narrator Theory: Principles, Perspectives, Proposals<\/em>, M. McMahon &amp; S. Patron (trad.), S. patron (dir.), Lincoln, University of Nebraska Press, p. 107-130.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2022), \u201cNarrator\u201d, in <em>Fictionality in Literature: Core Concepts Revisited<\/em>, M. McMahon (trad.), L. Gammelgaard, S. Iversen, L. Brix Jacobsen, J. Phelan, R. Walsh, H. Zetterberg-Nielsen &amp; S. Zetterberg-Nielsen (dir.), Columbus, The Ohio State University Press, p. 46-62.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (forthcoming),<em>The Narrator: A Problem in Narrative Theory<\/em>, C. Porter (trad.), Lincoln, University of Nebraska Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Richardson, Brian (2015), \u201cRepresenting Social Minds: \u2018We\u2019 and \u2018They\u2019 Narratives, Natural and Unnatural\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0 23 (2), p. 200-212.<\/p>\n\n\n\n<p>Stanzel, Franz K. (1984 [1979]), <em>A Theory of Narrative<\/em>, C. Goedsche (trad.), Cambridge, Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Banfield, Ann (1995 [1982]), <em>Phrases sans parole. Th\u00e9orie du r\u00e9cit et du style indirect libre<\/em>, C. Veken (trad.), Paris, Le Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Banfield, Ann (2018), <em>Nouvelles phrases sans parole.<\/em> <em>D\u00e9crire l\u2019inobserv\u00e9 et autres essais<\/em>, J.-M. Marandin, N. Lallot &amp; S. Patron (trad.), S. Patron (\u00e9d.), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Genette, G\u00e9rard (2007 [1972]), \u00ab Discours du r\u00e9cit. Essai de m\u00e9thode \u00bb, <em>Figures III<\/em>, Paris, Le Seuil, \u00ab&nbsp;Po\u00e9tique&nbsp;\u00bb, r\u00e9\u00e9d. sous le titre <em>Discours du r\u00e9cit<\/em>, \u00ab Points \u00bb.<br>Genette, G\u00e9rard (2007 [1983]), <em>Nouveau Discours du r\u00e9cit<\/em>, Paris, Le Seuil, \u00ab&nbsp;Po\u00e9tique&nbsp;\u00bb, r\u00e9\u00e9d. \u00e0 la suite de <em>Discours du r\u00e9cit<\/em>, \u00ab Points \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Hamburger, K\u00e4te (1986 [1957, 1968]), <em>La Logique des genres litt\u00e9raires<\/em>, P. Cadiot (trad.), Paris, Le Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Kuroda, S.-Y. (2012, 2022 [1971]), \u00ab&nbsp;O\u00f9 l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, la grammaire et le style se&nbsp;rencontrent&nbsp;: examen d\u2019un exemple japonais&nbsp;\u00bb, in <em>Pour une th\u00e9orie po\u00e9tique de la narration<\/em>, C. Braconnier (trad.), S. Patron (dir.), Paris, Armand Colin, \u00ab&nbsp;Recherches&nbsp;\u00bb, r\u00e9\u00e9d. Limoges, Lambert-Lucas, \u00ab&nbsp;Linguistique&nbsp;\u00bb, p. 55-77.<\/p>\n\n\n\n<p>Kuroda, S.-Y. (2022 [2012]), <em>Pour une th\u00e9orie po\u00e9tique de la narration<\/em>, C. Braconnier, T. Fauconnier &amp; S. Patron (trad.), S. Patron (\u00e9d.), Paris, Armand Colin, \u00ab&nbsp;Recherches&nbsp;\u00bb, r\u00e9\u00e9d. Limoges, Lambert-Lucas&nbsp;, \u00ab&nbsp;Linguistique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2016 [2009]), <em>Le Narrateur. Introduction \u00e0 la th\u00e9orie narrative<\/em>, Paris, Armand Colin, \u00ab&nbsp;U&nbsp;\u00bb, r\u00e9\u00e9d. <em>Le Narrateur. Un probl\u00e8me de th\u00e9orie narrative<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas, \u00ab&nbsp;R\u00e9\u00e9ditions\/R\u00e9impressions&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2015), <em>La Mort du narrateur et autres essais<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2021), \u00ab&nbsp;Science et nescience&nbsp;: la narratologie&nbsp;mise \u00e0 nu. Le cas du narrateur&nbsp;\u00bb, <em>La th\u00e9orie litt\u00e9raire en questions<\/em>, M. Gally (dir.), Paris, CNRS \u00c9ditions, p. 19-27, <em>Histoire de la recherche contemporaine<\/em>, n\u00b0&nbsp;1, mis en ligne le 15 d\u00e9cembre 2021, URL&nbsp;: <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/hrc\/5389\">https:\/\/journals.openedition.org\/hrc\/5389<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2022), \u00ab&nbsp;Le narrateur&nbsp;: une approche historique et \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u00bb, in <em>La Th\u00e9orie du narrateur optionnel. Principes, perspectives, propositions<\/em>, S. Patron (dir.), Villeneuve d\u2019Ascq, Presses universitaires du Septentrion, p. 111-130.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (\u00e0 para\u00eetre), \u00ab&nbsp;Le narrateur&nbsp;: une approche historique et \u00e9pist\u00e9mologique ou&nbsp;: Qui disserte dans le r\u00e9cit de fiction \u00e0 la troisi\u00e8me personne&nbsp;?&nbsp;\u00bb, in <em>R\u00e9cit et v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque classique V: Digressions, dissertations, r\u00e9flexions dans les r\u00e9cits factuels et dans les r\u00e9cits fictionnels de l\u2019\u00e9poque classique (XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles)<\/em>, C. Ramond, M. Hersant, E. Leborgne &amp; N. Kremer (dir.), Louvain, Peeters.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sylvie Patron, \u00ab&nbsp;Narration \u00e0 la trosi\u00e8me personne&nbsp;\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, mis en ligne le 23 octobre 2022, URL: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/10\/narration-a-la-troisieme-personne\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/10\/narration-a-la-troisieme-personne\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Sylvie Patron Cette entr\u00e9e concerne les r\u00e9cits de fiction \u00e9crits (par opposition aux r\u00e9cits racont\u00e9s oralement, qui soul\u00e8vent d\u2019autres probl\u00e9matiques). Deux questions seront envisag\u00e9es&nbsp;: Premi\u00e8rement, y a-t-il une narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne, ou&nbsp;toute narration est-elle constitutivement \u00e0 la<\/p>\n","protected":false},"author":1001512,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1,4,3],"tags":[],"class_list":{"0":"post-2086","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-uncategorized","7":"category-actualites-du-natrans","8":"category-glossaire"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001512"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2086"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2281,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2086\/revisions\/2281"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}