{"id":1976,"date":"2022-08-15T17:47:02","date_gmt":"2022-08-15T15:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=1976"},"modified":"2022-08-25T09:47:03","modified_gmt":"2022-08-25T07:47:03","slug":"narration-a-la-quatrieme-personne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/08\/narration-a-la-quatrieme-personne\/","title":{"rendered":"Narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Arthur Br\u00fcgger<\/p>\n\n\n\n<p>La narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne concerne toute \u0153uvre de fiction mettant en sc\u00e8ne une voix collective irr\u00e9ductible \u00e0 un narrateur singulier et identifi\u00e9. Cette voix se caract\u00e9rise par l\u2019emploi du pronom <em>nous<\/em> ou <em>on<\/em> dans son usage embray\u00e9, \u00e0 valeur de <em>nous<\/em>, se rapportant \u00e0 un sujet collectif dont l\u2019\u00e9tendue varie g\u00e9n\u00e9ralement au cours du r\u00e9cit. Ce narrateur pluriel transcende ainsi les identit\u00e9s individuelles de ses membres: il est en mesure d\u2019agir et de penser comme une seule entit\u00e9 ainsi que d\u2019entrer dans les consciences des individus qui le constituent.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Si le recours ponctuel au <em>nous <\/em>narrant dans tout r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne est courant, son usage exclusif en tant que voix narrative principale est beaucoup plus marginal et ne concerne qu\u2019un nombre tr\u00e8s restreint de textes en fran\u00e7ais. En plus de quelques nouvelles, on saura citer notamment les romans suivants (par ordre chronologique): <em>La Grande Peur dans la montagne<\/em> (1925) de C.F.&nbsp;Ramuz (r\u00e9cit au <em>on<\/em>), <em>L\u2019Opoponax <\/em>(1964) de Monique Wittig (r\u00e9cit au <em>on<\/em>), <em>Les \u00c9oliennes<\/em> (1971) de Pierre Silvain, <em>La Case du Commandeur<\/em> (1981) d\u2019\u00c9douard Glissant, <em>Le Grand Cahier<\/em> (1986) d\u2019Agota Kristof, <em>La Gloire des Pythre<\/em> (1995) de Richard Millet, <em>Le Chasseur inconnu <\/em>(2014) de Jean-Michel Fortier et <em>Ici seulement nous sommes uniques<\/em> (2019) de Christine Avel.<\/p>\n\n\n\n<p>Un plus grand nombre de textes sont recens\u00e9s en anglais, m\u00eame si le ph\u00e9nom\u00e8ne demeure marginal dans les litt\u00e9ratures anglophones: Ruth Maxey (2015) rel\u00e8ve n\u00e9anmoins l\u2019\u00e9mergence de nombreux r\u00e9cits au <em>nous <\/em>\u00e0 partir des ann\u00e9es 2000 aux \u00c9tats-Unis, dans la lign\u00e9e de <em>The Virgin Suicides <\/em>(1993) de Jeffrey Eugenides. C\u2019est aussi au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 qu\u2019apparaissent les premiers travaux portants sur la narration au <em>nous<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>On doit d\u2019abord \u00e0 Susan Lanser la notion de \u201cvoix communautaire\u201d (<em>communal voice<\/em>) introduit dans son essai <em>Fictions of Authority. Women Writers and Narrative Voice <\/em>(1992), qu\u2019elle d\u00e9finit comme \u201csoit une pluralit\u00e9 de voix partageant une autorit\u00e9 narrative, soit la voix d\u2019un simple individu manifestement autoris\u00e9 par sa communaut\u00e9\u201d (Lanser 1991: 21). Cette \u201cvoix communautaire\u201d implique ainsi trois situations narratives que Lanser distingue: \u201cune forme <em>singuli\u00e8re<\/em> dans laquelle un narrateur parle au nom d\u2019un collectif, une forme <em>simultan\u00e9e<\/em> dans laquelle un <em>nous<\/em> pluriel raconte, et une forme s\u00e9quentielle dans laquelle des membres individuels d\u2019un groupe racontent \u00e0 tour de r\u00f4le.\u201d (Lanser 1991: 21) Dans le troisi\u00e8me chapitre de son ouvrage, Lanser pose les premiers jalons pour appr\u00e9hender le fonctionnement de la narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne, relevant d\u00e9j\u00e0 les probl\u00e8mes qu\u2019elle pose aux th\u00e9ories narratives, notamment en termes de focalisation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019instar de Lanser, Monika Fludernik consacre quelques pages au cas des <em>We-<\/em>Narratives dans son essai fondateur de la <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/01\/narratologie-naturelle-natural-narratology\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">narratologie naturelle<\/a>, <em>Towards \u201cNatural\u201d Narratology&nbsp;<\/em>(1996). Les consid\u00e9rant comme une sous-cat\u00e9gorie des r\u00e9cits \u00e0 la premi\u00e8re personne, elles les juge \u201cassez peu probl\u00e9matiques\u201d, puisque, selon elle, les r\u00e9cits au <em>nous<\/em> ou au <em>ils<\/em> ne perturbent pas le r\u00e9alisme narratif. Elle rel\u00e8ve en outre que la narration collective et les r\u00e9cits impliquant des exp\u00e9riences communautaires appartiennent \u00e0 notre h\u00e9ritage culturel et historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son sillage, les premiers chercheurs ayant tent\u00e9 d\u2019aborder la question de la narration au <em>nous <\/em>consid\u00e8rent syst\u00e9matiquement la pr\u00e9sence implicite d\u2019un <em>je<\/em> en tant qu\u2019instance de narration anonyme. Ainsi, Uri Margolin ou Brian Richardson, s\u2019ils insistent tous les deux sur les sp\u00e9cificit\u00e9s de cette voix collective, ne vont pas jusqu\u2019\u00e0 faire l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une instance collective d\u2019\u00e9nonciation, \u00e0 proprement parler: \u201cIl y a toujours un seul locuteur du <em>nous <\/em>au plus haut niveau du tissage textuel\u201d (Margolin 1996: 119).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de Margolin se concentre plus sp\u00e9cifiquement sur les possibilit\u00e9s de mettre en sc\u00e8ne des entit\u00e9s plurielles dans les r\u00e9cits de fiction. Il d\u00e9veloppe ainsi la notion de <em>Collective Narrative Agent <\/em>(CNA), qu\u2019il d\u00e9finit comme \u201cun groupe de deux individus ou plus, repr\u00e9sent\u00e9s comme une seule entit\u00e9 ou agent \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur, un individu collectif pour ainsi dire, partageant des propri\u00e9t\u00e9s et des actions communes\u201d (Margolin 2000: 592). Le CNA de Margolin n\u2019est pas sans rappeler le concept d\u2019agencement collectif d\u2019\u00e9nonciation d\u00e9velopp\u00e9 par Deleuze et Guattari dans les ann\u00e9es 1980, mais il est appliqu\u00e9 ici \u00e0 une instance fictionnelle. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Margolin s\u2019int\u00e9resse de pr\u00e8s \u00e0 tous les r\u00e9cits dans lesquels un agent collectif occupe un r\u00f4le central, peu importe que celui-ci soit narrateur (<em>We<\/em>) ou seulement protagoniste (<em>They<\/em>): autrement dit, il ne place pas sa focale sur la question strictement \u00e9nonciative (<em>qui <\/em><em>parle&nbsp;?<\/em>) \u2013 r\u00e9solue d\u2019embl\u00e9e, \u00e0 ses yeux \u2013 mais plut\u00f4t sur les effets produits par les groupes de personnages comme entit\u00e9s dans les r\u00e9cits de fiction. \u00c0 ce titre, Margolin ne distingue pas les r\u00e9cits exclusivement \u00e9crits au <em>nous <\/em>ou au <em>ils\/elles <\/em>de ceux qui ne mobilisent ces pronoms que de fa\u00e7on locale, mais th\u00e9matiquement significative.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire de Fludernik, Alber (2015) ou Richardson (2006) consid\u00e8rent la narration exclusivement au <em>nous <\/em>comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2019\/08\/narratologie-non-naturelle-unnatural-narratology\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">non naturel<\/a>&nbsp;\u00bb. M\u00eame en tant qu\u2019il d\u00e9pendrait d\u2019un sujet <em>communiquant<\/em>, le <em>nous <\/em>narrant se rapporte \u00e0 une instance plurielle, dont la voix transcende et d\u00e9passe celle des individus qui le constituent. Richardson rel\u00e8ve ainsi la particularit\u00e9 de ce mode sp\u00e9cifique de narration:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ces narrations sont ainsi simultan\u00e9ment des discours \u00e0 la premi\u00e8re <em>et<\/em> \u00e0 la troisi\u00e8me personne, transcendant de fa\u00e7on subtile ou plus flagrante les oppositions fondamentales mises en place par Stanzel et Genette. L\u00e0 o\u00f9 la narration \u00e0 la deuxi\u00e8me personne oscille entre ces deux p\u00f4les, la narration au \u201cnous\u201d occupe curieusement les deux positions en m\u00eame temps. (Richardson 2006: 60)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Puisque <em>nous <\/em>est toujours la jonction de la <em>personne <\/em>(je) et de la <em>non-personne <\/em>(il\/elle), comme nous l\u2019apprend Benveniste, la narration au <em>nous<\/em> s\u2019apparente \u00e0 une situation mixte entre les modes h\u00e9t\u00e9ro- et homodi\u00e9g\u00e9tiques (tels que d\u00e9finis par Genette) et est ainsi irr\u00e9ductible au fonctionnement de l\u2019un ou l\u2019autre de ces modes.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 leurs apports essentiels \u00e0 l\u2019\u00e9tude des <em>We-<\/em>Narratives, Richardson et Margolin ne d\u00e9finissent jamais pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019extension du ph\u00e9nom\u00e8ne, ni n\u2019ambitionnent d\u2019en faire une cat\u00e9gorie \u00e0 part enti\u00e8re. L\u2019un et l\u2019autre ne distinguent donc pas formellement l\u2019apparition ponctuelle d\u2019un <em>nous<\/em> dans un r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne et son usage syst\u00e9matique dans une \u0153uvre de fiction, corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 une absence de <em>je<\/em>. Pour Richardson, un narrateur au <em>nous <\/em>n\u2019est pas une instance plurielle mais un \u201cnarrateur postmoderne \u00e0 la premi\u00e8re personne qui refuse d\u2019\u00eatre attach\u00e9 aux r\u00e8gles \u00e9pist\u00e9mologiques du r\u00e9alisme\u201d (Richarson 2009: 152).<\/p>\n\n\n\n<p>Outre l\u2019\u00e9tude pragmatique du ph\u00e9nom\u00e8ne, selon l\u2019extension et la d\u00e9finition que l\u2019on admet du r\u00e9cit au <em>nous<\/em>, des critiques ont \u00e9galement port\u00e9 leur attention sur les enjeux id\u00e9ologiques de ce mode de narration (Marcus 2008) ou sur la mani\u00e8re d\u2019envisager la repr\u00e9sentation et le fonctionnement d\u2019un groupe en litt\u00e9rature d\u2019apr\u00e8s les travaux r\u00e9cents en sciences cognitives autour des notions de&nbsp;fonctionnement mental social (\u201csocial mind\u201d) ou d\u2019intersubjectivit\u00e9 (Gallotti &amp; Lyne 2019). En 2020, la parution d\u2019un num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue <em>Style <\/em>(\u201cWe-Narratives and We-Discourses across Genres\u201d) donne en outre \u00e0 lire plusieurs articles explorant notamment les enjeux li\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation de collectifs non humains (Caracciolo) ou de communaut\u00e9s num\u00e9riques g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le biais d\u2019algorithmes (Kangaskoski).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 Natalya Bekhta que l\u2019on doit le premier essai enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 la narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne: <em>We-Narratives. Collective Storytelling in Contemporary Fiction<\/em> (2020)<em>. <\/em>Si elle s\u2019appuie sur la proposition de Margolin de consid\u00e9rer le <em>nous <\/em>narrant comme \u201ctranscendant le discours individuel et fonctionnant comme un orateur collectif, un narrateur collectif et, \u00e0 ce titre, un sujet collectif\u201d (Bekhta, 2020a: 181), elle est la premi\u00e8re \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019il est vain de chercher un narrateur unique derri\u00e8re cette voix plurielle. Pour Bekhta, qui d\u00e9fend la sp\u00e9cificit\u00e9 de ce mode de narration vis-\u00e0-vis des romans \u00e0 la premi\u00e8re personne, le <em>We<\/em> des r\u00e9cits \u00e0 la quatri\u00e8me personne est ainsi irr\u00e9ductible \u00e0 un <em>I + somebody. <\/em>Elle conceptualise la notion de \u201cmode performatif\u201d pour d\u00e9crire l\u2019usage sp\u00e9cifique du <em>We <\/em>dans la fiction, qui s\u2019autonomiserait alors de ses fonctions discursives traditionnelles. Pour autant, selon elle, la narration collective n\u2019est pas \u00e0 proprement parler \u201c<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2019\/08\/narratologie-non-naturelle-unnatural-narratology\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2019\/08\/narratologie-non-naturelle-unnatural-narratology\/\" target=\"_blank\">non naturelle<\/a>\u201d, au sens o\u00f9 il n\u2019est pas absurde de consid\u00e9rer qu\u2019un groupe ou une communaut\u00e9 entretenant des liens \u00e9troits ait pu construire une forme de supraconscience, au point que chaque individu qui la constitue puisse, indiff\u00e9remment, conna\u00eetre tout ou presque des faits, gestes et pens\u00e9es des autres. Pour Bekhta, ce sont donc les groupes eux-m\u00eames qui fonctionnent comme des personnages-narrateurs \u00e0 part enti\u00e8re: \u201cun narrateur au <em>nous <\/em>\u2018pense\u2019, \u2018ressent\u2019 et \u2018voit\u2019 sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer ce genre d\u2019instance comme transgressive, impossible, ou encore <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2019\/08\/narratologie-non-naturelle-unnatural-narratology\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>non-naturelle<\/em>.<\/a>\u201d (Bekhta, 2020a: 17). Ce principe de conscience de groupe justifie ainsi les changements de points de vue qu\u2019autorise la narration au <em>nous<\/em>, comme la possibilit\u00e9, dans ce type de r\u00e9cits pourtant embray\u00e9s autour d\u2019une seule subjectivit\u00e9 (certes plurielle), d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages qui la constituent, d\u00e9sign\u00e9s \u00e0 la troisi\u00e8me personne, en faisant usage notamment du discours indirect libre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image de l\u2019extension variable du pronom <em>on<\/em> ou <em>nous<\/em> au cours du r\u00e9cit, le degr\u00e9 d\u2019agentivit\u00e9 du narrateur pluriel peut en outre varier au sein d\u2019un m\u00eame texte, passant de la position de t\u00e9moin \u00e0 celle de protagoniste du r\u00e9cit qu\u2019il narre. En outre, on peut envisager une typologie des r\u00e9cits au <em>nous<\/em> en fonction des collectifs qu\u2019ils repr\u00e9sentent: on distinguera les r\u00e9cits au nous <em>restreint<\/em>, dans lesquels les personnages sont identifi\u00e9s et d\u00e9nombrables; les r\u00e9cits au nous <em>groupal<\/em>, dans lesquels le collectif repr\u00e9sent\u00e9 est limit\u00e9 mais fluctuant, non d\u00e9nombrable; enfin les r\u00e9cits au nous <em>communautaire<\/em>, mettant en sc\u00e8ne un collectif ind\u00e9nombrable et \u00e9largi, potentiellement illimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019ils placent au premier plan un groupe ou une communaut\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019un individu isol\u00e9, les r\u00e9cits au <em>nous <\/em>impliquent certaines restrictions th\u00e9matiques. Presque toujours, les intrigues des romans au <em>nous <\/em>tournent autour d\u2019une tension entre la communaut\u00e9 narrante (<em>Nous<\/em>) et une entit\u00e9 ext\u00e9rieure d\u00e9sign\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me ou \u00e0 la sixi\u00e8me personne (<em>elle, lui <\/em>ou<em> eux<\/em>). Cette tierce personne peut \u00eatre l\u2019objet d\u2019une fascination, d\u2019un rejet ou, le plus souvent, d\u2019un sentiment m\u00eal\u00e9 d\u2019attirance et de r\u00e9pulsion.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, les r\u00e9cits au <em>nous <\/em>se d\u00e9ploient \u00e0 partir d\u2019un lieu pr\u00e9cis qui prend une dimension identitaire pour le collectif repr\u00e9sent\u00e9. Propices au huis clos, les romans au <em>nous restreint<\/em> se pr\u00eatent en particulier \u00e0 la repr\u00e9sentation de voix d\u2019enfants (p.ex. la fratrie) ou de membres d\u2019une m\u00eame cellule familiale (p.ex. le couple). Les r\u00e9cits au <em>nous groupal&nbsp;<\/em>concernent majoritairement des \u0153uvres ayant trait au monde du travail, des r\u00e9cits de voyage ou des t\u00e9moignages de guerre. Enfin, les r\u00e9cits au <em>nous communautaire <\/em>construisent la voix de communaut\u00e9s villageoises ou de collectifs plus larges rassembl\u00e9s selon des crit\u00e8res g\u00e9ographiques (les habitants d\u2019un quartier, d\u2019une ville), culturels et politiques (les citoyens d\u2019une nation, d\u2019une r\u00e9gion du monde), ou g\u00e9n\u00e9rationnels.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les romans au <em>nous <\/em>th\u00e9matisent la dimension paradoxale et ambivalente du rapport de l\u2019individu \u00e0 un collectif, v\u00e9cu \u00e0 la fois comme espace de coh\u00e9sion <em>et <\/em>d\u2019ali\u00e9nation. Si certains textes insistent davantage sur la port\u00e9e inclusive ou excluante du collectif pour l\u2019individu, la narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne rejoue toujours, en v\u00e9rit\u00e9, cette dynamique en tension. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en anglais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alber, Jan (2015), \u201cThe Social Minds in Factual and Fictional We-Narratives of the Twentieth Century\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0&nbsp;23&nbsp;(2), p. 213-225.<\/p>\n\n\n\n<p>Bekhta, Natalya (2017), \u201cWe-Narratives: The Distinctiveness of Collective Narration\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0&nbsp;25&nbsp;(2), p. 164-181.<\/p>\n\n\n\n<p>Bekhta, Natalya (2020a), <em>We-Narratives. Collective Storytelling in Contemporary Fiction<\/em>, Columbus, Ohio State University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Bekhta, Natalya (2020b), \u201cThe Promise and Challenges of \u2018We\u2019: First-Person Plural Discourses across Genres\u201d, <em>Style<\/em>, n\u00b0&nbsp;54&nbsp;(1), p.&nbsp;1-6.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Caracciolo, Marco (2020), \u201cWe-Narrative and the Challenges of Nunhumain Collectives\u201d, <em>Style<\/em>, n\u00b0&nbsp;54&nbsp;(1), p.&nbsp;86-97.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (1996), <em>Towards a \u2018Natural\u201d Narratology, <\/em>London &amp; New York, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Fludernik, Monika (2020), \u201cThe Politics of We-Narration: The One vs. the Many\u201d, <em>Style<\/em>, n\u00b0&nbsp;54&nbsp;(1), p. 98-110.<\/p>\n\n\n\n<p>Gallotti, Mattia &amp; Raphael Lyne (2019), \u201cThe Individual \u2018We\u2019 Narrator\u201d, <em>British Journal of Aesthetics<\/em>, n\u00b0&nbsp;59&nbsp;(2), p. 175-195.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanser, Susan Sniader (1991), \u201c(Dif)fusions: Modern Fiction and Communal Form\u201d, in <em>Fictions of Authority. Women Writers and Narrative Voice<\/em>, Ithaca, Cornell University Press, p. 255-266.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcus, Amit (2008a), \u201cA Contextual View of Narrative Fiction in the First Person Plural\u201d, in <em>Narrative<\/em>, n\u00b0&nbsp;16(&nbsp;1), p. 46-64.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcus, Amit (2008b), \u201cDialogue and Authoritativeness in \u2018We\u2019 Fictional Narratives: A Bakthinian Approach\u201d, <em>Partial Answers<\/em>, n\u00b0&nbsp;6&nbsp;(1), p. 135-161.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcus, Amit (2008c), \u201c<em>We <\/em>Are <em>You: <\/em>The Plural and the Dual in \u2018We\u2019 Literary Narratives\u201d, <em>Journal of Literary Semantics<\/em>, n\u00b0&nbsp;37&nbsp;(1), p. 1-21.<\/p>\n\n\n\n<p>Margolin, Uri (1996), \u201cTelling Our Story: On \u2018We\u2019 Literary Narratives\u201d, <em>Language and Literature<\/em>, n\u00b0&nbsp;5&nbsp;(2), New York, Sage Publications, p. 115\u2013133.<\/p>\n\n\n\n<p>Margolin, Uri (2000), \u201cTelling in the Plural: From Grammar to Ideology\u201d, <em>Poetics Today<\/em>, n\u00b0&nbsp;21&nbsp;(3), p. 591\u2013618.<\/p>\n\n\n\n<p>Maxey, Ruth (2015), \u201cThe Rise of the \u2018We\u2019 Narrator in Modern American Fiction\u201d, <em>European Journal of American studies<\/em>, n<sup>o&nbsp;<\/sup>10&nbsp;(2), en ligne, consult\u00e9 le 19 avril 2019, URL: <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/ejas\/11068\">https:\/\/journals.openedition.org\/ejas\/11068<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>O\u2019Key, Dominic (2020), \u201cAnimal Collectives\u201d, <em>Style<\/em>, n\u00b0&nbsp;54&nbsp;(1), p.&nbsp;74-85.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Richardson, Brian (1994), \u201cI etcetera: On the Poetics and Ideology of Multipersoned Narratives\u201d, <em>Style<\/em>, n\u00b0&nbsp;23&nbsp;(<sup> )<\/sup>3, p. 312\u2013328.<\/p>\n\n\n\n<p>Richardson, Brian (2006), <em>Unnatural Voices<\/em>. <em>Extreme Narration in Modern and Contemporary Fiction<\/em>, Columbus, Ohio State University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Richardson, Brian (2009), \u201cPlural Focalization, Singular Voices: Wandering Perspectives in \u2018We\u2019-Narration\u201d, in <em>Point of View, Perspective, and Focalization: Modeling Mediation in Narrative<\/em>, Peter H\u00fchn, Wolf Schmid &amp; J\u00f6rg Sch\u00f6nert (dir.), Berlin, de Gruyter, p. 143-159. URL: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/9783110218916.1.143\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1515\/9783110218916.1.143<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Richardson, Brian (2015), \u201cRepresenting Social Minds: \u2018We\u2019 and \u2018They\u2019 Narratives, Natural and Unnatural\u201d, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0&nbsp;23&nbsp;(2), p.&nbsp;200-212.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Br\u00fcgger, Arthur (2022a), \u201cNarrer au <em>nous<\/em>\u201d, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o <\/sup>191, p. 95-112.<\/p>\n\n\n\n<p>Br\u00fcgger, Arthur (2022b), <em>La Quatri\u00e8me Case. Essai sur le roman au nous<\/em>, Lausanne, Archipel Essais.<\/p>\n\n\n\n<p>Fortier, Jean-Michel (2013), <em>Le chasseur inconnu, suivi de Enjeux et effets de la narration au nous dans \u00ab&nbsp;Une rose pour Emily&nbsp;\u00bb de William Faulkner<\/em>, m\u00e9moire de Ma\u00eetrise en \u00e9tudes litt\u00e9raires sous la direction d\u2019Alain Beaulieu, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n\n\n\n<p>Mac\u00e9, Marielle (2017), \u201cNOUS\u201d, <em>Critique<\/em>, n\u00b0 841-842, p. 467-468.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Br\u00fcgger, Arthur (2022), \u00ab\u00a0Narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne\u00a0\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, mis en ligne le 15 ao\u00fbt 2022, URL: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/08\/narration-a-la-quatrieme-personne\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/08\/narration-a-la-quatrieme-personne\/<\/a> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Arthur Br\u00fcgger La narration \u00e0 la quatri\u00e8me personne concerne toute \u0153uvre de fiction mettant en sc\u00e8ne une voix collective irr\u00e9ductible \u00e0 un narrateur singulier et identifi\u00e9. 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