{"id":1950,"date":"2022-07-10T18:48:10","date_gmt":"2022-07-10T16:48:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=1950"},"modified":"2022-08-25T09:46:41","modified_gmt":"2022-08-25T07:46:41","slug":"complexite-complexity","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/07\/complexite-complexity\/","title":{"rendered":"Complexit\u00e9 \/ Complexity"},"content":{"rendered":"\n<p>Par John Pier<\/p>\n\n\n\n<p>Que peuvent apporter les sciences de la complexit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude du r\u00e9cit&nbsp;? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il faut commencer par comprendre la nature de ces sciences. Commen\u00e7ons par un exemple d\u2019un syst\u00e8me complexe. Ainsi que l\u2019explique Melanie Mitchell (2009&nbsp;: 3), un demi-million de fourmis l\u00e9gionnaires, presque aveugles et d\u2019intelligence limit\u00e9e, avancent dans un champ, sans commandant, en forme d\u2019\u00e9ventail, consommant toute proie qu\u2019ils rencontrent sur leur chemin. \u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, les fourmis s\u2019organisent, toujours sans contr\u00f4le central, en une boule en forme de cotte de maille, prot\u00e9geant leurs petits et mettant la reine \u00e0 l\u2019abri. \u00c0 l\u2019aube, la boule se dissout, fourmi par fourmi, et la marche se poursuit.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Cette action se singularise non seulement par sa capacit\u00e9 d\u2019auto-organisation, sans contr\u00f4le central, mais aussi par l\u2019aptitude de la masse des fourmis \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 son environnement et par la r\u00e9sistance \u00e0 toute tentative de d\u00e9composer le comportement de l\u2019ensemble des fourmis en une addition de comportements individuels. Le tout ne correspond pas \u00e0 la somme de ses parties.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin d\u2019appr\u00e9hender les rapports entre r\u00e9cit et complexit\u00e9, il faut d\u2019abord cerner quelques concepts de base. Par <em>syst\u00e8me<\/em> on comprend \u00ab&nbsp;des composants et des relations agissant r\u00e9ciproquement entre eux&nbsp;; ils poss\u00e8dent une structure et un comportement d\u2019un niveau sup\u00e9rieur, formant un \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb int\u00e9gr\u00e9&nbsp;\u00bb. Par <em>syst\u00e8me complexe<\/em>, on comprend \u00ab&nbsp;des interactions fortes entre des composants, le feedback entre niveaux, l\u2019\u00e9mergence, l\u2019auto-organisation, l\u2019ouverture, l\u2019adaptation, la croissance et le changement&nbsp;\u00bb (Stepney 2018&nbsp;: 27<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>). Par <em>syst\u00e8me complexe dynamique<\/em> on comprend \u00ab&nbsp;les syst\u00e8mes qui montrent un comportement complexe <em>changeant <\/em>au niveau macroscopique&nbsp;; ils \u00e9mergent des actions collectives d\u2019un grand nombre de composants agissant r\u00e9ciproquement&nbsp;\u00bb (Mitchell 2009&nbsp;: 15). Par ailleurs, les syst\u00e8mes complexes se distinguent des autres syst\u00e8mes par l\u2019<em>\u00e9mergence<\/em>, con\u00e7ue soit comme propri\u00e9t\u00e9 holistique, non r\u00e9ductible aux parties, soit comme agr\u00e9gat dont les propri\u00e9t\u00e9s ne sont pas issues d\u2019une op\u00e9ration de sommation lin\u00e9aire (Holland 2014&nbsp;: 4). Dans le <em>syst\u00e8me complexe physique<\/em>, \u00ab&nbsp;les \u00e9l\u00e9ments [\u2026]&nbsp;suivent des lois physiques, exprim\u00e9s par des \u00e9quations diff\u00e9rentielles telles que les lois de la gravit\u00e9 de Newton ou les lois de l\u2019\u00e9lectromagn\u00e9tisme de Maxwell [\u2026]. Ni les lois, ni les \u00e9l\u00e9ments ne changent au fil du temps&nbsp;; seules les positions des \u00e9l\u00e9ments changent&nbsp;\u00bb (Holland 2014&nbsp;: 13). Le <em>syst\u00e8me complexe adaptif<\/em>, par contre(par ex. les fourmis l\u00e9gionnaires), est compos\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;agents qui apprennent ou qui s\u2019adaptent en r\u00e9ponse aux interactions avec d\u2019autres agents&nbsp;\u00bb (Holland 2014&nbsp;: 24)&nbsp;: c\u2019est le syst\u00e8me lui-m\u00eame qui se modifie, de mani\u00e8re non lin\u00e9aire, face \u00e0 son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la complexit\u00e9, sa d\u00e9finition varie selon le domaine o\u00f9 elle se manifeste. La complexit\u00e9, observent Gr\u00e9goire Nicolis et Ilya Prigogine, \u00ab&nbsp;est une de ces id\u00e9es dont la d\u00e9finition fait partie int\u00e9grante des probl\u00e8mes qu\u2019elle soul\u00e8ve. [\u2026] la possibilit\u00e9 <em>de r\u00e9aliser des transitions entre diff\u00e9rents modes de comportement <\/em>repr\u00e9sente la caract\u00e9ristique principale de la complexit\u00e9&nbsp;\u00bb (1989&nbsp;: 232, je souligne<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>). En examinant les \u00ab&nbsp;transitions entre diff\u00e9rents modes de comportement&nbsp;\u00bb des syst\u00e8mes complexes, on constate qu\u2019ils sont caract\u00e9ris\u00e9s par six propri\u00e9t\u00e9s typiques (Baranger 2000<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1) Les syst\u00e8mes complexes contiennent un grand nombre de composants qui agissent entre eux de fa\u00e7on non-lin\u00e9aire<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>2) Les composants d\u2019un syst\u00e8me complexe sont interd\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n<p>3) Un syst\u00e8me complexe poss\u00e8de une structure couvrant plusieurs \u00e9chelles. \u00ab&nbsp;L\u2019interaction des composants \u00e0 une \u00e9chelle peut aboutir \u00e0 un comportement global complexe \u00e0 une \u00e9chelle plus large qui, en g\u00e9n\u00e9ral, ne peut \u00eatre d\u00e9duit \u00e0 partir d\u2019une connaissance des composants individuels&nbsp;\u00bb (Crutchfield et al. 2008&nbsp;: 386).<\/p>\n\n\n\n<p>4) Un syst\u00e8me complexe est susceptible de d\u00e9clencher un comportement \u00e9mergent.<\/p>\n\n\n\n<p>5) La complexit\u00e9 implique l\u2019interaction entre le chaos et le non-chaos. Les syst\u00e8mes non-lin\u00e9aires fonctionnent \u00ab&nbsp;au bord du chaos&nbsp;\u00bb, entre l\u2019ordre et le d\u00e9sordre, basculant entre l\u2019\u00e9quilibre et des \u00e9tats loin de l\u2019\u00e9quilibre et g\u00e9n\u00e9rant de nouvelles formes d\u2019auto organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>6) La complexit\u00e9 entra\u00eene l\u2019interaction entre la coop\u00e9ration et la comp\u00e9tition. Tel est le cas, notamment, de nombreux types d\u2019organisation sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces propri\u00e9t\u00e9s, tout comme leurs sous cat\u00e9gories et leurs formulations alternatives<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, ne se manifestent pas de la m\u00eame mani\u00e8re dans tous les ph\u00e9nom\u00e8nes complexes, et elles ne recouvrent pas l\u2019ensemble des syst\u00e8mes complexes. Malgr\u00e9 les mutations profondes dans les sciences naturelles et les math\u00e9matiques \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui ont remis en cause la m\u00e9canique classique et la physique newtonienne<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, et malgr\u00e9 les avanc\u00e9es importantes de la cybern\u00e9tique et de la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes (les deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs imm\u00e9diats des sciences de la complexit\u00e9 qui prennent leur essor des ann\u00e9es 40 aux ann\u00e9es 60 du si\u00e8cle dernier), les sp\u00e9cialistes reconnaissent qu\u2019il n\u2019existe actuellement aucune th\u00e9orie unifi\u00e9e de la complexit\u00e9 et que toute tentative de formuler une d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rale de la complexit\u00e9 est pr\u00e9matur\u00e9e. Plut\u00f4t donc que d\u2019avancer des principes g\u00e9n\u00e9raux pour l\u2019ensemble des processus complexes auxquels des cas particuliers \u00e9chapperaient, il est pr\u00e9f\u00e9rable, sugg\u00e8re Mitchell (2009&nbsp;: 294), de mieux comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes complexes s\u00e9par\u00e9ment, et ensuite d\u2019\u00e9tablir ce qu\u2019il y a de commun ou de comparable entre eux<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Cette proposition a le m\u00e9rite, notamment, d\u2019ouvrir l\u2019espace pour une enqu\u00eate sur le narratif dans ses rapports avec la complexit\u00e9, tout en soulevant la question de la place du r\u00e9cit au sein des syst\u00e8mes complexes \u2013 naturels, sociaux et culturels.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la r\u00e9flexion sur les rapports entre la complexit\u00e9 et les th\u00e9ories litt\u00e9raires remonte \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, avec des ant\u00e9c\u00e9dents plus anciens<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 la question par les narratologues date des ann\u00e9es 2010. On constate la mont\u00e9e en puissance de l\u2019\u00e9tude des rapports entre narration et sciences de la complexit\u00e9 avec la publication de deux anthologies&nbsp;: <em>Narrating Complexity<\/em> (2018, publi\u00e9e sous la direction de Richard Walsh et Susan Stepney) et <em>Narrative Complexity&nbsp;: Cognition, Embodiment, Evolution<\/em> (2019, publi\u00e9e sous la direction de Marina Grishakova et Maria Poulaki<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>). Ces ouvrages, ainsi que la parution prochaine d\u2019un chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Hasard et complexit\u00e9 dans le r\u00e9cit&nbsp;\u00bb (avec des contributions par Marina Grishakova, Richard Walsh, John Pier, Maria Poulaki et Demian Battaglia) laissent apercevoir trois perspectives qui semblent s\u2019offrir actuellement \u00e0 la recherche. Une premi\u00e8re fait \u00e9tat de la r\u00e9sistance entre la logique narrative fondamentale et les syst\u00e8mes complexes. Une deuxi\u00e8me consid\u00e8re que le r\u00e9cit est un syst\u00e8me complexe ou dynamique. Une troisi\u00e8me perspective, celle de la complexit\u00e9 narrative, se focalise sur l\u2019axe syst\u00e9mique-agentive et l\u2019interaction entre la complexit\u00e9 interne du r\u00e9cit et la complexit\u00e9 de son environnement physique, social et technologique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Logique narrative et syst\u00e8mes complexes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Walsh, il existe une r\u00e9sistance entre la construction du sens narratif (<em>narrative sense-making<\/em>) et les syst\u00e8mes complexes. In\u00e9narrables, les syst\u00e8mes complexes outrepassent les param\u00e8tres de la cognition narrative, car le narratif rel\u00e8ve d\u2019un mode primaire de pens\u00e9e, plus primitif que le langage. \u00ab&nbsp;La cognition narrative, dit-il, est un moyen essentiel et puissant de la compr\u00e9hension, et du m\u00eame coup, il pose une contrainte forte sur notre capacit\u00e9 \u00e0 donner un sens aux ph\u00e9nom\u00e8nes qui r\u00e9sistent \u00e0 sa logique, notamment au comportement des syst\u00e8mes complexes&nbsp;\u00bb (Walsh 2018a&nbsp;: 12). Ou encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le r\u00e9cit a un r\u00f4le double [\u2026]&nbsp;: c\u2019est un moyen cognitif h\u00e9rit\u00e9 par lequel nous trouvons qu\u2019une forme est signifiante dans les processus temporels, et en m\u00eame temps (pour cette raison m\u00eame), il pose une contrainte assez forte sur notre capacit\u00e9 \u00e0 agir ainsi&nbsp;\u00bb (Walsh, \u00e0 para\u00eetre). En effet, la logique narrative de base est soutenue par un \u00ab&nbsp;et puis, et puis, et puis\u2026&nbsp;\u00bb lin\u00e9aire, d\u2019o\u00f9 la d\u00e9finition suivante du r\u00e9cit, d\u00e9barrass\u00e9e des attributs habituels (\u00e9v\u00e9nement, agentivit\u00e9, etc.)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le r\u00e9cit est l\u2019articulation s\u00e9miotique d\u2019une s\u00e9quence temporelle lin\u00e9aire&nbsp;\u00bb (Walsh 2018a&nbsp;: 12).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si la logique narrative fondamentale, r\u00e9ductrice, est hostile \u00e0 la complexit\u00e9, plusieurs voies vers la densification du r\u00e9cit restent n\u00e9anmoins ouvertes. Tout d\u2019abord, il y a la complexit\u00e9 des diff\u00e9rents syst\u00e8mes s\u00e9miotiques (linguistiques, visuels, num\u00e9riques, etc.) avec lesquels tout r\u00e9cit doit n\u00e9gocier. Ensuite il y a le perspectivisme \u2013 spatial et temporel \u2013 intrins\u00e8que \u00e0 toute forme de cognition, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9metteur comme du c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9cepteur. Parmi les autres facteurs qui contribuent \u00e0 la densification du r\u00e9cit, on peut aussi mentionner la r\u00e9flexivit\u00e9. Dans le r\u00e9cit, la r\u00e9flexivit\u00e9 s\u2019affirme de plusieurs mani\u00e8res (le discours indirect libre, la polyphonie narrative, la m\u00e9tafictionnalit\u00e9, les structures en abyme, la multim\u00e9dialit\u00e9, etc.), et elle fait ainsi obstacle \u00e0 la lin\u00e9arit\u00e9 de la logique fondamentale du r\u00e9cit. Enfin, l\u2019\u00e9mergence joue un r\u00f4le central dans la construction du sens narratif&nbsp;: \u00ab&nbsp;contrairement au comportement des composants du syst\u00e8me agissant entre eux, l\u2019\u00e9mergence est une qualit\u00e9 du \u00ab\u00a0comportement macrostructurel\u00a0\u00bb d\u2019un syst\u00e8me, alors que le comportement sous-jacent de ces composants (qui comprend \u00e9ventuellement des agents et l\u2019environnement du syst\u00e8me) est de toute fa\u00e7on ce qui produit le comportement macro \u00e9mergent&nbsp;\u00bb (Walsh 2018b&nbsp;: 51<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9cit comme syst\u00e8me complexe ou dynamique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit est instable, dans son organisation interne comme dans ses rapports avec l\u2019environnement<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Il se d\u00e9finit non pas comme structure sous-jacente mise en discours, mais par sa <em>s\u00e9quentialit\u00e9<\/em>, son <em>irr\u00e9versibilit\u00e9<\/em>. Le r\u00e9cit ne se construit pas non plus comme une suite de s\u00e9quences narratives, basculant dans les mod\u00e8les canoniques, entre un \u00e9tat d\u2019\u00e9quilibre et un \u00e9tat de d\u00e9s\u00e9quilibre, et dont le cumul formerait le tout du r\u00e9cit. Plut\u00f4t qu\u2019une suite d\u2019\u00e9tats dont la structure serait isomorphe avec celle du \u00ab&nbsp;r\u00e9cit id\u00e9al&nbsp;\u00bb, dot\u00e9 d\u2019un d\u00e9but, d\u2019un milieu et d\u2019une fin, le r\u00e9cit (quel que soit le m\u00e9dium de sa transmission), \u00e9merge des oscillations entre des \u00e9tats en <em>quasi \u00e9quilibre<\/em> et des \u00e9tats <em>loin d\u2019\u00e9quilibre<\/em>. Le trait distinctif des \u00e9tats en quasi \u00e9quilibre est leur <em>sensibilit\u00e9 aux conditions initiales,<\/em> la moindre fluctuation \u00e0 ce niveau \u00e9tant susceptible de produire des effets disproportionn\u00e9s et peu pr\u00e9visibles, voire al\u00e9atoires, d\u00e9bouchant sur des \u00e9tats loin d\u2019\u00e9quilibre \u2013 instables, non lin\u00e9aires, asym\u00e9triques \u2013 comme dans l\u2019effet du papillon, ou encore, quoique de mani\u00e8re moins spectaculaire, dans la phrase d\u2019ouverture, en style indirect, de <em>Ms Dalloway <\/em>de Virginia Woolf&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself&nbsp;\u00bb. Le r\u00e9cit se d\u00e9roule suivant le principe entropique de la \u00ab&nbsp;fl\u00e8che du temps&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu d\u2019une s\u00e9quence fond\u00e9e sur les principes \u00ab&nbsp;newtoniens&nbsp;\u00bb de la m\u00e9canique classique (d\u00e9terminisme, r\u00e9versibilit\u00e9, stabilit\u00e9), on peut envisager un syst\u00e8me narratif ouvert, plus proche des principes de la <em>thermodynamique hors \u00e9quilibre<\/em>, o\u00f9 l\u2019entropie, g\u00e9n\u00e9ratrice de d\u00e9sordre et de chaos, joue \u00e9galement comme force constructive, produisant des effets d\u2019instabilit\u00e9, de non-lin\u00e9arit\u00e9, d\u2019asym\u00e9trie et d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 dans le temps. Dans les processus irr\u00e9versibles de la nature (comme dans la complication de la po\u00e9tique aristot\u00e9licienne), le <em>feedback positif<\/em> amplifie les fluctuations de mani\u00e8re parfois non anticip\u00e9e, poussant le syst\u00e8me loin de l\u2019\u00e9quilibre (le r\u00e9cit m\u00e9tafictionnel, par exemple). \u00c0 partir d\u2019un certain moment, le syst\u00e8me hors \u00e9quilibre, \u00ab&nbsp;au bord du chaos&nbsp;\u00bb, d\u00e9clenche une <em>bifurcation<\/em>, un \u00ab&nbsp;choix&nbsp;\u00bb entre deux ou plusieurs solutions, poussant le syst\u00e8me \u00ab&nbsp;au-del\u00e0 du seuil d\u2019instabilit\u00e9&nbsp;\u00bb pour devenir source de diversification et d\u2019invention&nbsp;; les sym\u00e9tries sont alors bris\u00e9es, et c\u2019est le syst\u00e8me lui-m\u00eame qui est modifi\u00e9 (un coup de th\u00e9\u00e2tre, par exemple) ou qui bascule vers le chaos (certains passages de <em>Finnegans Wake<\/em>). Les bifurcations et les asym\u00e9tries qu\u2019elles provoquent suscitent, \u00e0 leur tour, des <em>structures dissipatives<\/em>, expression qui traduit \u00ab&nbsp;l\u2019association entre l\u2019id\u00e9e d\u2019ordre et l\u2019id\u00e9e de gaspillage [\u2026] pour exprimer un fait fondamental nouveau&nbsp;: la dissipation d\u2019\u00e9nergie et de mati\u00e8re \u2013 g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9e aux id\u00e9es de perte de rendement et d\u2019\u00e9volution vers le d\u00e9sordre \u2013 devient, loin de l\u2019\u00e9quilibre, source d\u2019ordre&nbsp;; la dissipation est \u00e0 l\u2019origine de ce que l\u2019on peut bien appeler de nouveaux \u00e9tats de mati\u00e8re&nbsp;\u00bb (Prigogine &amp; Stengers 1979&nbsp;: 215-216).<\/p>\n\n\n\n<p>Synonyme, en thermodynamique hors \u00e9quilibre, d\u2019\u00e9mergence, les structures dissipatives (qu\u2019on peut d\u00e9crire en termes d\u2019auto-organisation spontan\u00e9e) accentuent les disparit\u00e9s entre le comportement global \u00e0 l\u2019\u00e9chelle macroscopique et les parties qui \u00e9voluent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle microscopique, et elles manifestent, par le biais des bifurcations, \u00ab&nbsp;une diff\u00e9rence intrins\u00e8que entre les parties du syst\u00e8me et son environnement&nbsp;\u00bb (Prigogine 1997 [1996]&nbsp;: 69). Sur cette base, la notion de \u00ab&nbsp;r\u00e9cit id\u00e9al&nbsp;\u00bb, model\u00e9e d\u2019apr\u00e8s la s\u00e9quence, doit \u00eatre abandonn\u00e9e. \u00ab&nbsp;Syst\u00e8me complexe, le r\u00e9cit s\u2019auto-organise dans la mesure o\u00f9, \u00e0 travers ses \u00e9changes avec le monde ext\u00e9rieur, le syst\u00e8me lui-m\u00eame \u00e9volue irr\u00e9versiblement, s\u2019adaptant de mani\u00e8re non-d\u00e9terministe, probabiliste, al\u00e9atoire ou impr\u00e9visible, afin soit de maintenir, soit d\u2019augmenter ses niveaux d\u2019organisation et de complexit\u00e9&nbsp;\u00bb (Pier 2017&nbsp;: 558).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Syst\u00e8mes complexes et cognition incarn\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si Walsh et la plupart des auteurs de l\u2019anthologie qu\u2019il a co-dirig\u00e9e (Walsh &amp; Stepney 2018) consid\u00e8rent que la logique narrative fondamentale est incompatible avec les syst\u00e8mes complexes, la densification du r\u00e9cit \u00e9tant le r\u00e9sultat de l\u2019articulation s\u00e9miotique entre la logique narrative et les syst\u00e8mes complexes, Grishakova et Poulaki estiment que la repr\u00e9sentation narrative \u00e9merge de \u00ab&nbsp;la complexit\u00e9 des formes narratives [face \u00e0] la complexit\u00e9 de leur production et de leur exp\u00e9rience dans diff\u00e9rents contextes&nbsp;\u00bb (Grishakova &amp; Poulaki 2019&nbsp;: 12). La <em>complexit\u00e9 narrative<\/em> se r\u00e9f\u00e8re ici \u00e0 \u00ab&nbsp;la variabilit\u00e9, le changement et l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019\u00e9chelle agentive comme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle syst\u00e9mique&nbsp;; [elle] correspond \u00e0 l\u2019interaction des syst\u00e8mes micros et macros, pr\u00eatant aux repr\u00e9sentations narratives un \u00e9l\u00e9ment de complexit\u00e9&nbsp;\u00bb (13).<\/p>\n\n\n\n<p>Autre \u00e9l\u00e9ment essentiel&nbsp;: les auteurs font \u00e9tat de l\u2019<em>homo cogitans <\/em>et de l\u2019<em>homo<\/em> <em>narrans<\/em> comme des entit\u00e9s complexes caract\u00e9ris\u00e9es par la <em>cognition incarn\u00e9e<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019ancrage dynamique de la cognition dans son environnement biologique<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> et socioculturel (Luhmann 2010 [1985]). La cognition incarn\u00e9e, selon Andy Clark, correspond au \u00ab&nbsp;probl\u00e8me de l\u2019\u00e9chafaudage de l\u2019esprit et du corps, [et donc] \u00e0 la compr\u00e9hension de comment sont n\u00e9es la pens\u00e9e et la raison \u00e0 partir d\u2019op\u00e9rations circulaire [<em>looping<\/em>] entre le cerveau, le corps et les environnements culturels et technologiques. Nous cr\u00e9ons ces environnements de support, mais ils nous cr\u00e9ent aussi&nbsp;\u00bb (Clark 2003&nbsp;: 11&nbsp;; cit\u00e9 dans Grishakova &amp; Poulaki 2019&nbsp;: 14). L\u2019une des cons\u00e9quences de ces diff\u00e9rents facteurs est l\u2019id\u00e9e que la complexit\u00e9 narrative est double, \u00e0 la fois formelle et cognitive&nbsp;: \u00ab&nbsp;La complexit\u00e9 formelle \u2013 celle de l\u2019organisation et de la configuration [<em>pattern<\/em>] \u2013 se traduit par des formes complexes d\u2019engagement par le r\u00e9cepteur et devient synonyme de la difficult\u00e9 de perception et d\u2019interpr\u00e9tation&nbsp;\u00bb (Grishakova &amp; Poulaki 2019&nbsp;: 14).<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, ce dispositif lie les syst\u00e8mes complexes \u00e0 un <em>environnement narratif<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019espace co-construit par les diff\u00e9rents agents o\u00f9 l\u2019histoire se d\u00e9roule, conditionn\u00e9e par des contraintes s\u00e9miotiques (Grishakova &amp; Poulaki 2019&nbsp;: 14<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>). Il en r\u00e9sulte une expansion de la narratologie bien au-del\u00e0 des \u00ab&nbsp;fronti\u00e8res du r\u00e9cit&nbsp;\u00bb habituelles, puisque cela permet d\u2019aborder les \u00ab&nbsp;histoires illimit\u00e9es&nbsp;\u00bb, en r\u00e9alit\u00e9 grand en nombre, qui sont faiblement marqu\u00e9es par des d\u00e9buts, des milieux et des fins ou par une organisation narrative ou le sens d\u2019un \u00ab&nbsp;tout&nbsp;\u00bb. Ce sch\u00e9ma repr\u00e9sente un cadre th\u00e9orique qui s\u2019ouvre \u00e0 des corpus aussi vari\u00e9s que les films \u00ab&nbsp;complexes&nbsp;\u00bb (Poulaki 2011&nbsp;; 2019), les \u00ab&nbsp;univers multiples&nbsp;\u00bb (Boillat 2014), les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (Baroni &amp; Jost (2016), les feuilletons m\u00e9diatiques (Baroni 2016) ou les franchises (Jenkins 2006 [2013]), sans parler de la panoplie des formes rendues possibles par le World Wide Web et d\u2019autres m\u00e9dias. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les auteurs consid\u00e8rent que le r\u00e9cit se situe \u00e0 l\u2019interface de plusieurs syst\u00e8mes complexes adaptifs, jetant \u00ab&nbsp;une lumi\u00e8re nouvelle sur la dynamique entre le r\u00e9cit et ses environnements&nbsp;\u00bb. Le r\u00e9cit n\u2019est pas seulement \u00ab&nbsp;le produit \u00e9mergent d\u2019un <em>feedback<\/em> dynamique entre une repr\u00e9sentation et un esprit dans une sorte de boucle ferm\u00e9, mais aussi [\u2026] le produit \u00e9mergent de multiples interconnexions de l\u2019esprit incarn\u00e9 avec un environnement physique, social et technologique&nbsp;\u00bb (Grishakova &amp; Poulaki 2019&nbsp;: 16).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9cit et entropie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les trois perspectives sur la complexit\u00e9 et le r\u00e9cit que nous avons identifi\u00e9es divergent \u00e0 certains \u00e9gards. Comment r\u00e9concilier le r\u00e9cit con\u00e7u en termes de r\u00e9sistance entre la logique narrative et les syst\u00e8mes complexes avec l\u2019id\u00e9e que le r\u00e9cit lui-m\u00eame constitue un syst\u00e8me complexe ou avec la notion de complexit\u00e9 narrative mettant l\u2019accent sur l\u2019interaction entre la complexit\u00e9 interne du r\u00e9cit et la complexit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 son environnement&nbsp;? Ces orientations sont-elles incompatibles les unes avec les autres&nbsp;? Existe-t-il des rapports entre elles, et si c\u2019est le cas, selon quels crit\u00e8res&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une tentative de jeter de la lumi\u00e8re sur ces questions, Demian Battaglia (\u00e0 para\u00eetre) adopte le principe d\u2019entropie, terme tir\u00e9 du grec, signifiant \u00ab&nbsp;transformation&nbsp;\u00bb et d\u00e9signant le degr\u00e9 de d\u00e9sorganisation ou d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me. Battaglia estime que trois types d\u2019entropie traversent, de fa\u00e7on variable, les perspectives sur les liens entre r\u00e9cit et complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entropie chaotique, d\u2019abord, se manifeste sous la forme du bruit (au sens informationnel) ou du d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me et amplifiant l\u2019incertitude de la pr\u00e9diction<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. La perception inattendue d\u2019un changement au cours de cette \u00e9volution d\u00e9sambigu\u00efse l\u2019incertitude qui domine jusqu\u2019\u00e0 ce moment, produisant un effet de surprise (Walsh, \u00e0 para\u00eetre) ou d\u2019\u00e9merveillement (Walsh 2018b).<\/p>\n\n\n\n<p>Un deuxi\u00e8me type d\u2019entropie, synerg\u00e9tique, r\u00e9sulte de la fusion d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019information disparates, faisant ressurgir un surplus d\u2019information qui ne correspond pas \u00e0 la somme des \u00e9l\u00e9ments eux-m\u00eames. Au cours de ce processus survient une \u00ab&nbsp;modification d\u2019information&nbsp;\u00bb&nbsp;: la collision de flux d\u2019information accompagn\u00e9s de connaissances contextuelles, de parall\u00e9lismes et de conjectures de la part du r\u00e9cepteur (lecteur) dans une tentative de maximaliser la modification d\u2019information et l\u2019extraction des synergies<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Les \u00ab&nbsp;explosions s\u00e9mantiques&nbsp;\u00bb, d\u00e9crites par Grishakova, qui proviennent de la \u00ab&nbsp;juxtaposition de registres ou de niveaux textuels&nbsp;\u00bb ou du \u00ab&nbsp;clash de s\u00e9ries diversement encod\u00e9es&nbsp;\u00bb, sont un exemple d\u2019entropie synerg\u00e9tique. Tel est le cas aussi, dans la formulation propos\u00e9e par Pier, du r\u00e9cit consid\u00e9r\u00e9 comme syst\u00e8me complexe ou dynamique situ\u00e9 \u00ab&nbsp;au bord du chaos&nbsp;\u00bb entre structures dissipatives et auto-organisation spontan\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Un dernier type d\u2019entropie, algorithmique, se caract\u00e9rise par la recherche de la <em>complexit\u00e9 organis\u00e9e<\/em> au sein de l\u2019al\u00e9atoire, faisant ressurgir un surplus d\u2019information. Comme cela a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 par Grishakova (\u00e0 para\u00eetre), Iouri Lotman, pour qui l\u2019art se distingue par sa \u00ab&nbsp;capacit\u00e9 \u00e0 transformer le bruit en information&nbsp;\u00bb, s\u2019est inspir\u00e9 de la complexit\u00e9 algorithmique pour sugg\u00e9rer que la complexit\u00e9 narrative n\u2019est d\u00e9termin\u00e9e qu\u2019en partie par les structures narratives. Autrement dit, la <em>structure<\/em>, une notion r\u00e9ductrice, ne suffit pas pour capter le tissu des relations entre les parties et le tout d\u2019un r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc gr\u00e2ce au principe d\u2019entropie dans ses diff\u00e9rentes acceptions, non exclusives les unes des autres, que l\u2019on peut tracer les filiations entre les trois mani\u00e8res d\u2019appr\u00e9hender la complexit\u00e9 du r\u00e9cit que nous avons pass\u00e9 en revue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment \u00e9valuer la narratologie face aux sciences de la complexit\u00e9&nbsp;? Que peuvent apporter ces sciences \u00e0 l\u2019\u00e9tude du r\u00e9cit&nbsp;? Si de nombreux auteurs ont parl\u00e9 de r\u00e9cits \u00ab&nbsp;complexes&nbsp;\u00bb, car compliqu\u00e9s, comme <em>Ulysse<\/em> de Joyce ou le film <em>Matrix<\/em>, les tentatives d\u2019\u00e9tablir des liens pr\u00e9cis et profonds entre le r\u00e9cit et ces concepts et cat\u00e9gories tels qu\u2019ils ont \u00e9volu\u00e9 dans les sciences naturelles et sociales ne sont actuellement qu\u2019\u00e0 leurs d\u00e9buts. Il serait pr\u00e9matur\u00e9 d\u2019affirmer l\u2019existence d\u2019une quelconque \u00e9quivalence ou correspondance entre les deux domaines \u2013 un constat d\u2019autant plus vrai qu\u2019on trouve d\u2019importantes divergences et des d\u00e9saccords au sein de chacun de ces domaines. On peut n\u00e9anmoins se demander s\u2019il n\u2019y aurait pas quelques raisons valables de rapprocher la narratologie des sciences de la complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9cartera tout d\u2019abord l\u2019id\u00e9e que la complexit\u00e9 est propre uniquement \u00e0 certains types de r\u00e9cits (les narrations non-conventionnelle, par exemple) ou, sur le plan diachronique, qu\u2019elle se limite \u00e0 certaines \u00e9poques et\/ou aires culturelles. On postulera plut\u00f4t l\u2019\u00e9ventuelle pertinence <em>g\u00e9n\u00e9rale<\/em> des principes de la complexit\u00e9 pour la narrativit\u00e9, et donc pour les potentialit\u00e9s de sens (<em>meaningfulness<\/em>) et l\u2019interpr\u00e9tabilit\u00e9 des r\u00e9cits dans toutes leurs formes qui en d\u00e9coulent. La nature transdisciplinaire des sciences de la complexit\u00e9 est, pour les narratologues, une invitation \u00e0 r\u00e9examiner, \u00e0 comparer et \u00e9ventuellement \u00e0 repenser certains aspects de la th\u00e9orie narrative \u00e0 la lumi\u00e8re de ces nouvelles \u00e9volutions disciplinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rentes pistes de r\u00e9flexion sur les rapports entre la narrativit\u00e9 et la complexit\u00e9 esquiss\u00e9es ici, en partant de trois perspectives \u2013 la r\u00e9sistance entre la logique narrative fondamentale et les syst\u00e8mes complexes, le r\u00e9cit comme syst\u00e8me complexe ou dynamique et le r\u00e9cit entre syst\u00e8mes complexes et cognition incarn\u00e9e \u2013, se r\u00e9sument en trois types d\u2019entropie&nbsp;: chaotique, synerg\u00e9tique et algorithmique. La question du caract\u00e8re entropique du r\u00e9cit \u00e9tant ainsi pos\u00e9e, on peut conclure, avec Mieke Bal, que \u00ab&nbsp;la narratologie n\u2019est pas une grille destin\u00e9e \u00e0 simplifier la litt\u00e9rature, mais un outil qui vise \u00e0 rendre visible la complexit\u00e9 des textes narratifs&nbsp;\u00bb (2019&nbsp;: 247).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Abbott, H. 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Hansen (dir.), <em>Emergence and Embodiment&nbsp;: New Essays on Second-order Systems Theory<\/em>, Durham &amp; Londres, Duke University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Crutchfield, James P. et al. (2008), \u00ab&nbsp;Chaos&nbsp;\u00bb, in <em>Emergence&nbsp;: Contemporary Readings in Philosophy of Science<\/em>, Mark A. Bedau &amp; Paul Humphreys (dir.), Cambridge (MA). MIT Press, p. 375-386.<\/p>\n\n\n\n<p>Gell-Mann, Murray (1994), <em>The Quark and the Jaguar&nbsp;: Adventures in the Simple and in the Complex<\/em>, New York, W. H. Freeman &amp; Co.<\/p>\n\n\n\n<p>Gleick, James (1987), <em>Chaos&nbsp;:<\/em> <em>The Making of a New Science<\/em>, New York, Viking Books.<\/p>\n\n\n\n<p>Grishakova, Marina &amp; Maria Poulaki (dir.) (2019), <em>Narrative Complexity&nbsp;: Cognition, Embodiment, Evolution<\/em>, Lincoln, University of Alaska Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Grishakova, Marina, &amp; Maria Poulaki (2019), \u00ab&nbsp;Introduction&nbsp;: Narrative Complexity&nbsp;\u00bb, in Grishakova &amp; Poulaki (dir.), p. 1-26.<\/p>\n\n\n\n<p>Gubrium, Jaber F. &amp; James A. Holstein (2009), <em>Analyzing Narrative Reality<\/em>, Londres, Sage.<\/p>\n\n\n\n<p>Hayles, Katherine N. (dir.) (1991), <em>Chaos and Order&nbsp;: Complex Dynamics in Literature and Science<\/em>, Chicago, University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Holland, John H. (2014), <em>Complexity&nbsp;: A Very Short Introduction<\/em>, Oxford, Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Ingarden Roman (1931 [1983]), <em>L\u2019\u0152uvre d\u2019art litt\u00e9raire<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Philbert Secretan, Lausanne, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Jenkins, Henry (2006 [2013]), <em>La Culture de la convergence. Des m\u00e9dias au transm\u00e9dia<\/em>, traduit de l\u2019anglais par Christophe Jaquet, Paris, Armand Colin.<\/p>\n\n\n\n<p>Kub\u00edk, A. (2003), \u00ab&nbsp;Toward a formalisation of emergence&nbsp;\u00bb, <em>Artificial Life<\/em>, n\u00b0 9 (1), p. 41-65.<\/p>\n\n\n\n<p>Luhmann, Niklas (1995 [2010]), <em>Syst\u00e8mes sociaux&nbsp;: esquisse d\u2019une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Lukas K. Sosoe, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n\n\n\n<p>Mitchell, Melanie (2009), <em>Complexity&nbsp;: A Guided Tour<\/em>, Oxford, Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Nicolis, Gr\u00e9goire &amp; Ilya Prigogine (1989), <em>Exploring Complexity&nbsp;: An Introduction<\/em>, New York, W. H. Freeman and Company.<\/p>\n\n\n\n<p>Paulson, William R. (1988), <em>The Noise of Culture&nbsp;: Literary Texts in a World of Information<\/em>, Ithaca &amp; London, Cornell University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Pier, John (2017), \u00ab&nbsp;Complexity&nbsp;: A Paradigm for Narrative&nbsp;?&nbsp;\u00bb, in <em>Emerging Vectors of Narratology<\/em>, Per Krogh Hansen, John Pier, Philippe Roussin &amp; Wolf Schmid (dir.), Berlin &amp; Boston, De Gruyter, p. 533-565.<\/p>\n\n\n\n<p>Pier, John (2019), \u00ab&nbsp;Instabilit\u00e9s narratives&nbsp;\u00bb, <em>Cahiers de narratologie<\/em>,n\u00b0 35, en ligne, DOI: &nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/narratologie.9508\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/narratologie.9508<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Pier, John, Marina Grishakova, Richard Walsh, Maria Poulaki &amp; Demian Battaglia (\u00e0 para\u00eetre), \u00ab&nbsp;Hasard et complexit\u00e9 dans le r\u00e9cit&nbsp;\u00bb \/ \u00ab&nbsp;Chance and Complexity in Narrative&nbsp;\u00bb, in <em>Figures du hasard \/ Figures of Chance<\/em>, Anne Duprat et al. (dir.), Paris, CNRS \u00c9ditions &amp; Londres, Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Poulaki, Maria (2011), \u00ab&nbsp;Before or Beyond Narrative&nbsp;? Towards a Complex Systems Theory of Contemporary Films&nbsp;\u00bb, Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 d\u2019Amsterdam.<\/p>\n\n\n\n<p>Poulaki, Maria (2019), \u00ab&nbsp;Between Distancing and Immersion&nbsp;: The Body as Complex Narrative&nbsp;\u00bb, in Grishakova &amp; Poulaki (dir.), p. 291-313.<\/p>\n\n\n\n<p>Prigogine, Ilya (1996 [1997]), <em>The End of Certainty&nbsp;: Time, Chaos, and the New Laws of Nature<\/em>, avec Isabelle Stengers, New York, etc., The Free Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Prigogine, Ilya &amp; Isabelle Stengers (1979), <em>La nouvelle alliance. M\u00e9tamorphose de la science<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Ryan, Marie-Laure (2019), \u00ab&nbsp;Narrative as\/and Complex System(s)&nbsp;\u00bb, in Grishakova &amp; Poulaki (dir.), p. 29-55.<\/p>\n\n\n\n<p>Serres, Michel (1980), <em>Le Parasite<\/em>, Paris, Grasset.<\/p>\n\n\n\n<p>Serres, Michel (1987), <em>Herm\u00e8s II. L\u2019interf\u00e9rence<\/em>, Paris, \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Stepney, Susan (2018), \u00ab&nbsp;Complexity Systems for Narrative Theorists&nbsp;\u00bb, in Walsh &amp; Stepney (dir.), p. 27-36.<\/p>\n\n\n\n<p>Stepney, Susan &amp; Richard Walsh (2018), \u00ab&nbsp;From Simplex to Complex Narrative&nbsp;?&nbsp;\u00bb, in Walsh &amp; Stepney (dir.), p. 319-322.<\/p>\n\n\n\n<p>Tynianov, Iouri (1925-1927 [1991]), \u00ab&nbsp;De l\u2019\u00e9volution litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb, in <em>Formalisme et histoire litt\u00e9raire<\/em>, traduit du russe, annot\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 par Catherine Depretto-Genty, Gen\u00e8ve, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme, p. 232-247.<\/p>\n\n\n\n<p>Varela, Francisco, Evan Thompson &amp; Eleanor Rosch (dir.) (1999), <em>The Embodied Mind&nbsp;: Cognitive Science and Human Experience<\/em>, Cambridge, MA, MIT Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Walsh, Richard (2011), \u00ab&nbsp;Emergent Narrative in Interactive Media&nbsp;\u00bb, <em>Narrative<\/em>, n\u00b0 19 (1), p. 72-83.<\/p>\n\n\n\n<p>Walsh, Richard (2018a), \u00ab&nbsp;Narrative Theory for Complexity Scientists&nbsp;\u00bb, in Walsh &amp; Stepney (dir.), p. 11-25.<\/p>\n\n\n\n<p>Walsh, Richard (2018b), \u00ab&nbsp;Sense and Wonder&nbsp;: Complexity and the Limits of Narrative Understanding&nbsp;\u00bb, in Walsh &amp; Stepney (dir.), p. 49-60.<\/p>\n\n\n\n<p>Walsh, Richard &amp; Susan Stepney (dir.) (2018), <em>Narrating Complexity<\/em>, Cham, Springer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir aussi Holland (2014&nbsp;: 1-12).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir aussi Bertuglia &amp; Vaio (2005 [2003]&nbsp;: 275 et 286). Sur les diff\u00e9rentes mesures de la complexit\u00e9, voir Mitchell (2009&nbsp;: 94-111).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir aussi Pier (2017&nbsp;: 536\u2013538).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00c0 noter, cependant, le fait que les biologistes consid\u00e8rent que la complexit\u00e9 des organismes s\u2019explique non par le nombre des g\u00e8nes mais par leurs <em>interactions<\/em> (cf. Mitchell 2009&nbsp;: 233).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Par exemple 1) feed-back, 2) \u00e9mergence, 3) nature relationnelle, 4) ouverture, 5) r\u00e9flexivit\u00e9, 6) stabilit\u00e9, 7) points de basculement, 8) \u00e9chelles temporelles multiples, 9) \u00e9chelles spatiales multiples (Stepney &amp; Walsh 2018&nbsp;: 319-320).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir \u00e0 ce propos Prigogine et Stengers (1979) ainsi que Prigogine (1996 [1997]).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Pour d\u2019autres ouvrages d\u2019initiation aux sciences de la complexit\u00e9, voir Gleick (1987) and Gell-Mann (1994).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir la bibliographie de l\u2019introduction de Grishakova et Poulaki (2019).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Par exemple, l\u2019art comme \u00ab&nbsp;d\u00e9sautomatisation&nbsp;\u00bb de la perception (Chklovski 1917 [1983])&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le syst\u00e8me d\u2019une s\u00e9rie litt\u00e9raire est avant tout <em>le syst\u00e8me des fonctions de cette s\u00e9rie, en corr\u00e9lation constante avec les autres s\u00e9ries<\/em>&nbsp;\u00bb (Tynianov 1925-1927 [1991]&nbsp;: 240)&nbsp;; l\u2019\u0153uvre d\u2019art comme \u00ab&nbsp;formation construite \u00e0 partir de plusieurs niveaux h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes&nbsp;\u00bb (Ingarden 1931 [1983]).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Voir aussi Poulaki (2011).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir Kub\u00edk (2003) et Walsh 2011. Porter Abbott (2008) soutient qu\u2019en raison de l\u2019 \u00ab&nbsp;instance centralisatrice&nbsp;\u00bb du r\u00e9cit, la repr\u00e9sentation de la causalit\u00e9 complexe des processus \u00e9mergents est incompatible avec la forme narrative. Marie-Laure Ryan (2019) estime que l\u2019approche complexe est invalid\u00e9e au niveau des relations texte-auteur, en raison de l\u2019absence de contr\u00f4le auctorial, mais qu\u2019elle est fructueuse pour la mod\u00e9lisation de l\u2019intrigue.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir Pier (2019).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Voir Varela &amp; Maturana(1980) sur l\u2019<em>autopoiesis<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir aussi Gubrium &amp; Holstein (2009).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> D\u00e9j\u00e0 en 1971 Bruno Arnheim opposait la tension productrice entre entropie et structuration \u00e0 l\u2019ordre st\u00e9rile de l\u2019esth\u00e9tique classique.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Voir Grishakova (\u00e0 para\u00eetre) sur l\u2019 \u00ab&nbsp;interf\u00e9rence&nbsp;\u00bb (Serres 1980) et le \u00ab&nbsp;parasite&nbsp;\u00bb (Serres 1987).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>John Pier, \u00ab\u00a0Complexit\u00e9 et r\u00e9cit \/ Complexity and Narrative\u00a0\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, mis en ligne le 10 juillet 2022, URL: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/07\/complexite-complexity\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2022\/07\/complexite-complexity\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par John Pier Que peuvent apporter les sciences de la complexit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude du r\u00e9cit&nbsp;? 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