{"id":1389,"date":"2020-11-09T15:39:19","date_gmt":"2020-11-09T14:39:19","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/?p=1389"},"modified":"2020-11-09T15:39:22","modified_gmt":"2020-11-09T14:39:22","slug":"la-technique-comme-narration-entre-recit-droit-et-politique-appel-a-propositions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2020\/11\/la-technique-comme-narration-entre-recit-droit-et-politique-appel-a-propositions\/","title":{"rendered":"La technique comme narration : entre r\u00e9cit, droit et politique (appel \u00e0 propositions)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La technique comme narration&nbsp;: entre r\u00e9cit, droit et politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Revue&nbsp;<a href=\"https:\/\/etudes-digitales.fr\/aac-la-technique-comme-narration-entre-recit-droit-et-politique\/\"><em>\u00c9tudes Digitales<\/em><\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentation narrative du monde technologique est, au premier abord, relativement pauvre, bien que les productions litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques ou t\u00e9l\u00e9visuelles soient, en cette mati\u00e8re, particuli\u00e8rement nombreuses. En effet, l\u2019essentiel de ce champ fictionnel est occup\u00e9, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, par des histoires apocalyptiques ou post-apocalyptiques plus ou moins st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><strong>Utopie \/ Dystopie<br><\/strong>Un grand nombre de dystopies racontent ainsi la vie de soci\u00e9t\u00e9s enferm\u00e9es derri\u00e8re les limites \u00e9troites d\u2019un monde r\u00e9siduel r\u00e9put\u00e9 \u201cencore vivable\u201d alors que l\u2019ext\u00e9rieur sourd de menaces. Cette nouvelle forme d\u2019insularit\u00e9, contrairement aux utopies anciennes, n\u2019est pas l\u2019embryon d\u2019un monde prometteur, ni le laboratoire d\u2019une exp\u00e9rience politique, ni, enfin, le lieu d\u2019une science unifi\u00e9e et conciliatrice. Les dystopies dont cette insularit\u00e9 contemporaine proc\u00e8de ne font que pr\u00e9senter l\u2019impossibilit\u00e9 de toute politique \u2013 l\u2019exclusivit\u00e9 \u00e9tant donn\u00e9e \u00e0 un traitement \u00e9conomique d\u2019un r\u00e9el d\u00e9ceptif, autrement dit \u00e0 une pure et simple gestion de crise permanente. Ainsi, non seulement ces matrices narratives ne proposent aucune alternative, mais elles ne d\u00e9noncent jamais compl\u00e8tement un \u00e9tat de fait qui semble ind\u00e9passable.<br>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9 du spectre, se d\u00e9ploie une narration \u201clogico-scientifique\u201d pour laquelle l\u2019efficacit\u00e9 de la technique est une preuve de la validit\u00e9 de cette derni\u00e8re : cette autojustification permet de donner la technique pour une fin en soi la laissant par cons\u00e9quent ininterrog\u00e9e. Tout se passe comme si la science et la technologie disposaient d\u2019un pouvoir \u201cthaumaturge\u201d et \u00e9taient donc susceptibles de s\u2019exon\u00e9rer de d\u00e9tours narratifs per\u00e7us comme d\u2019inutiles pertes de temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La double contrainte mytho-logique : promesse ou catastrophe<\/strong><br>La technologie s\u2019inscrit ainsi sous le double r\u00e9gime d\u2019une promesse auto-r\u00e9alisatrice contenue dans le paradigme m\u00eame de l\u2019innovation et d\u2019un futur absolument d\u00e9senchant\u00e9, plac\u00e9 sous la menace permanente d\u2019un potentiel de destruction illimit\u00e9. La coexistence de ces registres enti\u00e8rement antagonistes semble proc\u00e9der d\u2019une sorte de dissociation mentale et sociale. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le potentiel des technologies semble ouvrir des horizons sans limites de croissance et de d\u00e9veloppement qu\u2019il suffirait de conqu\u00e9rir ; de l\u2019autre, ce m\u00eame potentiel alimente une angoisse profonde de voir \u00e9merger un monde invivable soumis \u00e0 un risque de destruction toujours plus \u201ctotal\u201d. Ces postures contraires, qui se r\u00e9pondent l\u2019une \u00e0 l\u2019autre quasiment mot pour mot, dessinent une fracture politique dont on mesure chaque jour un peu plus la radicalit\u00e9. Pour autant, elles se compl\u00e8tent dans leur opposition m\u00eame d\u2019autant plus qu\u2019elles proc\u00e8dent l\u2019une comme l\u2019autre de la r\u00e9it\u00e9ration de patterns narratifs \u00e9cul\u00e9s. Au-del\u00e0, les r\u00e9cits de la catastrophe comme ceux de l\u2019efficacit\u00e9 forment un chiasme en ce qu\u2019ils promettent une forme de \u201csalut\u201d, f\u00fbt-il conquis contre une arm\u00e9e de zombies ou, au contraire, avec la complicit\u00e9 de robots qui pr\u00e9figurent d\u2019\u00e9ventuels hommes \u201caugment\u00e9s\u201d ou, pour le moins, les suppl\u00e9ent dans leurs handicaps.<br>On peut d\u2019autant plus facilement remettre en question ces motifs et ces promesses que notre exp\u00e9rience r\u00e9cente a d\u00e9montr\u00e9 que la catastrophe ne se vivra pas sous la forme d\u2019une apocalypse entendue en son sens \u00e9tymologique. Il n\u2019y aura pas de brusque d\u00e9voilement dans un fracas de trompettes et d\u2019\u00e9croulements. Pas non plus de r\u00e9demption. Seulement une chute lente dans le silence et le confinement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un plurivers de r\u00e9cits<\/strong><br>N\u2019est-il pas possible de sortir de cette variation sur un m\u00eame th\u00e8me pour faire \u00e9merger des r\u00e9cits pluriels, alternatifs, qui placeraient en leur c\u0153ur une forme de coexistence plut\u00f4t que la recherche d\u2019un hypoth\u00e9tique salut \u2013 par essence individuel et binaire ? Autrement dit, ne faudrait-il pas proposer une vision anthropologiquement fond\u00e9e sur la reconnaissance mutuelle de la pluralit\u00e9 des cultures, des religions et des modes de production de sens ? Si un tel effort suppose que l\u2019on accorde \u00e0 la technologie en g\u00e9n\u00e9ral la capacit\u00e9 \u00e0 produire une mythologie \u2013 de fait \u2013 socialement normative, il n\u2019est pas \u00e0 confondre avec les strat\u00e9gies aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le monde \u00e9conomique et qui imposent des formes techniques de la physique sociale (Pentland). Plus fondamentalement, se pose ainsi de mani\u00e8re de plus en plus aigu\u00eb la question de la relation entre le mythe (de l\u2019origine ou de la destin\u00e9e) et les r\u00e9cits pluriels (de nos co-existences) \u2013 si l\u2019on comprend leur diff\u00e9rence comme la distinction entre deux modes distincts de production du sens et de son \u00e9nonciation (J.-L. Nancy). Il ne s\u2019agit donc pas de traiter les ph\u00e9nom\u00e8nes fictionnels, pour illustrer apr\u00e8s-coup, de mani\u00e8re plus ou moins aboutie, une id\u00e9e ou un concept tenus pour originellement plus \u201cpurs\u201d mais bien de renverser la perspective pour souligner le caract\u00e8re instituant du r\u00e9cit. Cette posture est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de celle du platonisme : il ne s\u2019agit plus de s\u2019extraire d\u2019une caverne qui serait un pi\u00e8ge pour la rationalit\u00e9, mais de se saisir de cette derni\u00e8re depuis l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La caverne invers\u00e9e et la communaut\u00e9 politique<\/strong><br>Conform\u00e9ment aux pistes de r\u00e9flexion ouvertes par Sloterdijk, la caverne n\u2019est pas un lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on sort mais bien un lieu o\u00f9 l\u2019on rentre, o\u00f9 l\u2019on fantasme et o\u00f9 l\u2019on d\u00e9bat. L\u2019enjeu n\u2019est donc plus tant d\u2019obtenir un jugement ni d\u2019alimenter la suspicion syst\u00e9matique qui rel\u00e8gue toute forme de fiction au nom d\u2019une id\u00e9e en soi plus \u00e9pur\u00e9e. Il s\u2019agit, par le truchement du r\u00e9cit, de pouvoir mener une d\u00e9lib\u00e9ration d\u2019ordre juridique et politique. En ce sens invers\u00e9, la caverne est le lieu m\u00e9taphorique o\u00f9 le droit et la politique retrouvent les sciences humaines, le \u201csens commun\u201d de Vico qui s\u2019ancre dans la puissance de l\u2019imagination (fantasia). Une telle d\u00e9marche ne consiste pas \u00e0 promouvoir l\u2019exclusivit\u00e9 ou l\u2019inclusivit\u00e9. Elle propose simplement de penser des \u201ccollectivit\u00e9s\u201d. L\u2019ambition est de sortir des impasses politiques et d\u2019\u00e9chapper au musellement de l\u2019imaginaire auquel nous sommes confront\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le d\u00e9centrement politique et juridique face aux anthropotechniques<br><\/strong>La crise du droit positif et l\u2019\u00e9mergence de nouveaux types de sources (soft law, gouvernance, meilleures pratiques, normes techniques, lex mercatoria, etc.) conduisent \u00e0 relire l\u2019opposition entre droit \u00e9tatique et les formes coutumi\u00e8res d\u2019\u00e9laboration du droit de mani\u00e8re radicalement nouvelle. Il s\u2019agit, \u00e0 travers cette nouvelle approche, de faire face aux enjeux de la mondialisation et de repenser les rapports entre droit et technologie (robotique sociale et intelligence artificielle, neurosciences, impact des nanotechnologies, etc.). La vision selon laquelle la loi introduit des \u00e9l\u00e9ments de correction \u00e9thico-politique pour limiter la dangerosit\u00e9 potentielle des technologies dans les domaines de l\u2019environnement, du travail, de l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019homme et des d\u00e9faillances du march\u00e9 semble encore largement inspir\u00e9e par l\u2019approche europ\u00e9enne. N\u00e9anmoins, puisqu\u2019elle se d\u00e9ploie dans un monde d\u00e9centr\u00e9, elle para\u00eet difficilement viable. Il convient alors d\u2019envisager de nouveaux r\u00e9cits des anthropotechniques, capables de prendre en charge la diversit\u00e9 du monde et la multiplicit\u00e9 des modes d\u2019institution du droit et de la politique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019objet de cet appel est donc d\u2019interroger les r\u00e9cits dominateurs dans le champ de la politique et de la technique et d\u2019explorer d\u2019\u00e9ventuels r\u00e9cits \u00e9mergents, qui mobiliseront de nouveaux patterns.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plusieurs directions pourront \u00eatre envisag\u00e9es :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. R\u00e9cit\/Mythes<\/strong>&nbsp;: Quels sont les r\u00e9cits de la technologie ? Depuis l\u2019\u00e9mergence de la science-fiction, les r\u00e9cits techno-scientifiques ont d\u00e9velopp\u00e9 un imaginaire qui oscille entre des projections dystopiques et des visions proph\u00e9tiques et eschatologiques faisant d\u2019un homme augment\u00e9 ou d\u2019un robot humanis\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif du r\u00e9cit (Asimov). L\u2019histoire de l\u2019homme s\u2019en trouve parfois modifi\u00e9e, voire tout \u00e0 fait transform\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 interroger la place de l\u2019homme qu\u2019il soit promis \u00e0 la surpuissance ou assign\u00e9 \u00e0 la \u201chonte prom\u00e9th\u00e9enne\u201d pour reprendre l\u2019expression de G\u00fcnther Anders.<br><strong>2. Le politique<\/strong>&nbsp;: Quelle est la nature de la d\u00e9lib\u00e9ration politique ? Doit-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019effet d\u2019un calcul dont le r\u00e9sultat est d\u2019autant plus valide qu\u2019il permet l\u2019efficacit\u00e9 ou comme une construction sociale tenue par un r\u00e9cit principiel ? Dans les conditions actuelles, la politique est-elle encore en mesure de produire un r\u00e9cit diff\u00e9rent de celui de la cybern\u00e9tique et de l\u2019automatisation ou encore celui de la r\u00e9bellion qui semble l\u2019horizon ind\u00e9passable de la plupart des dystopies ?<br><strong>3. Anthropotechniques<\/strong>&nbsp;: Dans le m\u00eame temps, quels sont les usages pratiques des anthropotechniques que l\u2019on peut interpr\u00e9ter comme \u00e9tant les nouvelles modalit\u00e9s de r\u00e9gulation sociale ? Est-il possible d\u2019\u00e9laborer une classification des anthropotechniques et une analyse de leur institutionnalisation ? Comment transforment-elles \u00e0 la fois les champs politiques et leurs imaginaires ? Dans quelle mesure sont-elles capable de projeter, \u00e0 travers leur institutionnalisation, de nouvelles mani\u00e8re de vivre en soci\u00e9t\u00e9, d\u2019organiser et d\u2019habiter le monde ?<br><strong>4. Politique\/droit<\/strong>&nbsp;: quelles formes de contr\u00f4le, politique ou juridique, voire scientifique, les anthropotechniques produisent-elles ? A partir de quelles sources et de quels fondements, ce contr\u00f4le peut-il \u00eatre identifi\u00e9 dans un contexte mondialis\u00e9 et d\u00e9centr\u00e9 ? Comment \u00e9laborer les nouveaux r\u00e9cits qui mobilisent l\u2019usage des anthropotechniques apr\u00e8s l\u2019effondrement des grands r\u00e9cits qui ont inspir\u00e9 le droit postmoderne ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CALENDRIER<\/strong><br>\u2013 Envoi des propositions sous la forme d\u2019un r\u00e9sum\u00e9 de 5000 signes avant le 10 d\u00e9cembre 2020 \u00e0&nbsp;<a>etudesdigitales@gmail.com<\/a>&nbsp;et&nbsp;<a>tcrs@mimesisedizioni.it<\/a><br>\u2013 L\u2019avis du comit\u00e9 \u00e9ditorial sera rendu le 10 janvier.<br>\u2013 Envoi des textes complets au plus tard le 1er avril 2021 pour une \u00e9valuation en double aveugle.<br>\u2013 Publication en 2021<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les articles seront publi\u00e9s dans deux revues en fran\u00e7ais et en italien : \u00c9tudes Digitales et Teoria e critica della regolazione sociale (\u00e9ditions Mimesis). \u00c9tudes Digitales assurera la traduction des articles en italien.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La technique comme narration&nbsp;: entre r\u00e9cit, droit et politique Revue&nbsp;\u00c9tudes Digitales La repr\u00e9sentation narrative du monde technologique est, au premier abord, relativement pauvre, bien que les productions litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques ou t\u00e9l\u00e9visuelles soient, en cette mati\u00e8re, particuli\u00e8rement nombreuses. 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