{"id":315,"date":"2017-04-30T15:01:26","date_gmt":"2017-04-30T13:01:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/?p=315"},"modified":"2020-01-15T06:56:42","modified_gmt":"2020-01-15T05:56:42","slug":"une-education-a-ia-foi-de-la-foi-dans-la-foi-et-par-la-foi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/04\/une-education-a-ia-foi-de-la-foi-dans-la-foi-et-par-la-foi\/","title":{"rendered":"O. Bauer &#8211; Une \u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi, dans la foi et par la foi &#8211; 2017"},"content":{"rendered":"<p>Pour citer cet article : Bauer, O. (2017). \u00ab Une \u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi, dans la foi et par la foi \u00bb, <em>Les\u00a0Cahiers de l\u2019ILTP<\/em>, mis en ligne en avril 2017 : 17 pages. Disponible en libre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019adresse <span id=\"sample-permalink\"><\/span><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/04\/une-education-a-ia-foi-de-la-foi-dans-la-foi-et-par-la-foi\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/04\/<span id=\"editable-post-name\">une-education-a-\u2026oi-et-par-la-foi<\/span>\/<\/a> \u200e<span id=\"edit-slug-buttons\"><\/span><\/p>\n<div id=\"titlediv\">\n<div class=\"inside\">\n<div id=\"edit-slug-box\" class=\"hide-if-no-js\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/files\/2017\/11\/CahiersILTP_Bauer_EduquerFormer_PP_EducationFoi_Avril2017.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format &lt;pdf&gt;<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><br \/>\nOlivier Bauer<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Longtemps, j\u2019ai cru que la foi arrivait comme un cadeau de Dieu, \u00e0 l\u2019improviste et en totalit\u00e9. C\u2019est Georges Brassens qui m\u2019en avait convaincu. Contre \u00ab[s] on voisin du dessus, un certain Blaise Pascal\u00bb qui lui a \u00abgentiment donn\u00e9 ce conseil amical\u00bb: \u00abMettez-vous \u00e0 genoux, priez et implorez. Faites semblant de croire, et bient\u00f4t vous croirez\u00bb, il annonce que \u00absur le chemin du ciel [il] ne fer [a] plus un pas\u00bb, car \u00abla foi viendra d\u2019elle-m\u00eame ou elle ne viendra pas\u00bb (Brassens, 1965). Je l\u2019ai cru, mais j\u2019avais tort. Tort de faire une confiance aveugle m\u00eame \u00e0 Tonton Georges, tort de le laisser d\u00e9finir pour moi un concept th\u00e9ologique aussi important. Car si la foi est bel et bien donn\u00e9e, elle m\u00fbrit pourtant. Et si la foi vient bel et bien d\u2019elle-m\u00eame, elle permet cependant aux croyants-es d\u2019avancer sur les chemins qu\u2019elle leur ouvre.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Depuis cinquante ans que s\u2019\u00e9duque ma foi, depuis vingt-cinq ans, que je contribue \u00e0 \u00e9duquer celle des autres, dans diff\u00e9rents contextes (\u00c9glise, \u00c9cole, Universit\u00e9), dans plusieurs lieux (animation de jeunesse, paroisse, aum\u00f4nerie scolaire, \u00e9cole pastorale, facult\u00e9 de th\u00e9ologie), dans plusieurs pays (Suisse, Polyn\u00e9sie fran\u00e7aise, \u00c9tats-Unis, Canada) que j\u2019y ai fait des rencontres (des gens, des cultures, des th\u00e9ologies), il \u00e9tait temps pour moi d\u2019aller plus loin que ma premi\u00e8re impression, de creuser plus profond\u00e9ment que mon id\u00e9e re\u00e7ue et de r\u00e9fl\u00e9chir sur la mani\u00e8re dont la foi peut s\u2019\u00e9duquer.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai fait pour moi d\u2019abord, pour mes \u00e9tudiants-es ensuite<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, pour vous enfin, dans cet article, un article que j\u2019ai construit en trois temps. Je commencerai par d\u00e9finir ce que j\u2019entends par \u00abfoi\u00bb et par \u00ab\u00e9ducation\u00bb. Je distinguerai ensuite quatre dimensions de la cat\u00e9ch\u00e8se<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, une \u00e9ducation \u00e0 la foi, une \u00e9ducation de la foi, une \u00e9ducation dans la foi et une \u00e9ducation par la foi et j\u2019y situerai les propositions de certains auteurs que j\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9s. En guise de conclusion, je r\u00e9pondrai \u00e0 la question des buts de la cat\u00e9ch\u00e8se, en me demandant si elle doit \u00eatre th\u00e9ocentr\u00e9e, christocentr\u00e9e, eccl\u00e9siocentr\u00e9e ou autre chose encore.<\/p>\n<h2>1.\u00a0\u00a0\u00a0 Concepts<\/h2>\n<p>Le th\u00e9ologien protestant suisse Pierre-Luigi Dubied a formul\u00e9 cet adage que \u00abtoute th\u00e9ologie ne supporte pas n\u2019importe quelle p\u00e9dagogie, et vice-versa\u00bb (Dubied, 1992: 65). Je commence donc par d\u00e9finir bri\u00e8vement ce qu\u2019est \u00abla foi\u00bb pour moi (c\u2019est la th\u00e9ologie qui est premi\u00e8re) et par \u00e9noncer tout aussi bri\u00e8vement quelle forme d\u2019\u00e9ducation je crois que cette foi-l\u00e0 requiert (c\u2019est \u00e0 la p\u00e9dagogie de correspondre \u00e0 la th\u00e9ologie).<\/p>\n<h3>1.1. La foi<\/h3>\n<p>En th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, il est classique de distinguer deux dimensions de foi\u00a0: la <em>fides qua creditur <\/em>(la foi qui me permet de croire; un don de Dieu) et la <em>fides qu\u00e6 creditur<\/em> (la foi que je crois; un contenu, des croyances, des dogmes, des \u00e9thiques, des praxis).<\/p>\n<p>De la foi qui me permet de croire ou de la foi que je crois, c\u2019est la foi qui me permet de croire qui est premi\u00e8re. Avant m\u00eame de se d\u00e9finir par des croyances particuli\u00e8res, la foi se d\u00e9finit par une relation, \u00abune relation de confiance entre deux personnes (humaines ou divines)\u00bb (Ortigues, sans date: 2), \u00e9tant entendu que le propre de la foi religieuse, c\u2019est d\u2019impliquer une relation avec une (ou des) personne(s) divine(s). Mais qualifier la foi de relation de confiance, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 lui donner un contenu, puisque l\u2019on pourrait tout aussi bien la qualifier de relation d\u2019ob\u00e9issance ou de relation de soumission. Mais en christianisme, c\u2019est bien la foi comme confiance (le fran\u00e7ais \u00abfoi\u00bb comme l\u2019italien<em> \u00ab<\/em><em>fide<\/em><em>\u00bb<\/em>, l\u2019espagnol <em>\u00ab<\/em><em>fe<\/em><em>\u00bb<\/em> ou l\u2019anglais <em>\u00ab<\/em><em>faith<\/em><em>\u00bb<\/em>, provient \u00abd\u2019une m\u00eame racine indo-europ\u00e9enne, <em>beidh<\/em> \u2014 qui a donn\u00e9 aussi le grec <em>pistis<\/em> \u2014 et qui sugg\u00e8re d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale l\u2019id\u00e9e de confiance\u00bb [Ortigues, sans date: 1]) qui caract\u00e9rise la relation entre Dieu et les \u00eatres humains. Qu\u2019elle soit une relation, et une relation de confiance lui donne des caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res. En particulier, celle de ne pas pouvoir \u00eatre fond\u00e9e sur des raisons objectives. Elle est un \u00abrapport qui, par nature, ne repose pas sur des \u201craisons\u201d, de m\u00eame qu\u2019il n\u2019en proc\u00e8de pas\u00bb (Buber, 1991: 29). Elle reste donc toujours un risque, un pari ou un saut. Et cet aspect d\u00e9raisonnable ou irrationnel de la foi (au sens premier des mots), cette folie ou ce scandale (au sens o\u00f9 Paul emploie ces termes) valent tout autant pour la relation de confiance qu\u2019un fid\u00e8le (pour rendre justice au champ s\u00e9mantique de la foi, le terme me semble ici pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celui de croyant) peut entretenir avec le Dieu sujet de sa foi, que pour la relation qu\u2019il peut entretenir avec des contenus, des objets de sa foi: \u00abcroire quelqu\u2019un\u00bb, c\u2019est lui faire confiance m\u00eame sans pouvoir le justifier, \u00abcroire quelque chose\u00bb, c\u2019est reconna\u00eetre quelque chose comme vrai m\u00eame sans pouvoir en donner de raison (Buber, 1991: 29).<\/p>\n<p>Comme toutes les religions, le christianisme donne lui aussi un sujet et des objets sp\u00e9cifiques \u00e0 la foi. Le th\u00e9ologien allemand Rudolf Bultmann en rappelle la sp\u00e9cificit\u00e9: \u00abLe propre de la foi chr\u00e9tienne est de reconna\u00eetre J\u00e9sus comme Seigneur (reconna\u00eetre signifie ici : \u201ctenir pour certain\u201d) en m\u00eame temps qu\u2019on confesse le miracle de sa r\u00e9surrection\u00bb (Bultmann, 1976: 73). \u00catre chr\u00e9tien, c\u2019est donc faire confiance \u00e0 Dieu, sans pouvoir en donner d\u2019autres justifications, ni d\u2019autres raisons que d\u2019affirmer : \u00abJe tiens pour vrai que Dieu s\u2019est montr\u00e9 absolument fid\u00e8le, puisqu\u2019il a ressuscit\u00e9 J\u00e9sus que des hommes avaient crucifi\u00e9\u00bb. C\u2019est donc la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu qui provoque la confiance du chr\u00e9tien. Et c\u2019est donc bien la foi re\u00e7ue passivement (<em>fides qua creditur<\/em>) qui lui permet de croire. Mais cette dimension passive de la foi chr\u00e9tienne s\u2019accompagne d\u2019une dimension active. Car la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu exige qu\u2019en retour, le chr\u00e9tien se montre lui aussi fiable (Ortigues, sans date: 2). J\u2019ajoute que ce crit\u00e8re de fiabilit\u00e9 (ou de cr\u00e9dibilit\u00e9) vaut tout autant pour les croyances, les dogmes, les \u00e9thiques, les praxis (<em>fides quae creditur<\/em>). Pour pouvoir \u00eatre crus, il faut que les contenus de la foi soient cr\u00e9dibles, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils s\u2019int\u00e8grent aux savoirs partag\u00e9s et r\u00e9pondent aux exigences des contextes sociaux et culturels particuliers. En m\u00eame temps, il faut qu\u2019ils restent fid\u00e8les (nous restons dans le champ s\u00e9mantique de la foi) \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, dans ses interpr\u00e9tations chr\u00e9tiennes confessionnelles.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019est la foi chr\u00e9tienne me semble \u00eatre bien r\u00e9sum\u00e9 dans les quatre termes latins que reprend le th\u00e9ologien \u00e9piscopalien \u00e9tasunien Marcus Borg. Comme relation \u00e0 Dieu, la foi est <em>fiducia<\/em>, confiance entre Dieu et les \u00eatres humains et <em>fidelitas<\/em>, fid\u00e9lit\u00e9 du chr\u00e9tien. Comme relation aux contenus, elle est <em>assensus<\/em>, adh\u00e9sion intellectuelle \u00e0 des doctrines chr\u00e9tiennes et <em>visio<\/em>, regard bienveillant sur la r\u00e9alit\u00e9, le monde, les gens, l\u2019actualit\u00e9, etc. (Borg, 2003: 28ss).<\/p>\n<p>Et j\u2019ajoute encore qu\u2019elle est exclusive au sens o\u00f9 \u00abla <em>pistis<\/em> n\u2019est pas une attitude que l\u2019homme peut prendre occasionnellement, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres comportements, mais qu\u2019elle est l\u2019unique conduite de la vie qui d\u00e9termine le comportement dans tous ses d\u00e9tails\u00bb (Bultmann, 1976: 97).<\/p>\n<h3>1.2. L\u2019\u00e9ducation<\/h3>\n<p>\u00ab\u00c9duquer\u00bb vient du terme latin <em>educere<\/em>: \u00abfaire sortir, mettre dehors, tirer hors\u00bb et de son fr\u00e9quentatif <em>educare<\/em>: \u00abformer, instruire\u00bb, mais aussi \u00abnourrir\u00bb pour un animal et \u00abporter\u00bb pour le sol (Gaffiot, 1934: 572). Cette double \u00e9tymologie de l\u2019\u00e9ducation est f\u00e9conde (j\u2019y reviendrai), mais elle ne suffit pas pour d\u00e9finir la p\u00e9dagogie dont la th\u00e9ologie cat\u00e9ch\u00e9tique a besoin.<\/p>\n<p>Si la foi est d\u2019abord la foi qui permet de croire et que l\u2019initiative en est laiss\u00e9e \u00e0 Dieu, si la foi est une question de relation de confiance avec des personnes d\u2019abord, avec des croyances ensuite, alors la cat\u00e9ch\u00e8se chr\u00e9tienne requiert une p\u00e9dagogie qui permette au cat\u00e9chum\u00e8ne d\u2019entrer en relation confiante avec Dieu et de d\u00e9couvrir la fid\u00e9lit\u00e9 et la cr\u00e9dibilit\u00e9 du discours sur Dieu. Elle n\u2019a donc pas pour but premier que les cat\u00e9chum\u00e8nes ma\u00eetrisent des contenus (croyances, dogmes, \u00e9thique, praxis), mais qu\u2019ils s\u2019abandonnent \u00e0 une relation de confiance \u00e0 Dieu, \u00e9tant entendu, encore une fois, que les contenus pr\u00e9cisent l\u2019identit\u00e9 du partenaire de la relation (le Dieu unique que les chr\u00e9tiens connaissent comme \u00able Dieu de J\u00e9sus-Christ\u00bb) et colorent la relation qui les lie les uns \u00e0 l\u2019autre (une relation de confiance). La cat\u00e9ch\u00e8se doit donc chercher \u00e0 favoriser la rencontre avec Dieu plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 optimiser la transmission du savoir.<\/p>\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 la p\u00e9dagogie qui me para\u00eet convenir \u00e0 une telle cat\u00e9ch\u00e8se dans un petit livre au titre intriguant\u00a0: Frankenstein p\u00e9dagogue<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Dans le contexte de l\u2019\u00e9cole la\u00efque, Philippe Meirieu, un sp\u00e9cialiste fran\u00e7ais des sciences de l\u2019\u00e9ducation, plaide pour que l\u2019\u00e9ducation, toute forme d\u2019\u00e9ducation (et il n\u2019est pas difficile de comprendre en quoi la cat\u00e9ch\u00e8se est elle aussi concern\u00e9e) renonce au d\u00e9sir, plus ou moins affirm\u00e9, plus ou moins assum\u00e9, \u00abde faire quelqu\u2019un de quelque chose\u00bb (c\u2019est l\u2019ambition du docteur Frankenstein qui fabrique une cr\u00e9ature) comme de \u00abfaire quelque chose de quelqu\u2019un\u00bb (Meirieu, 2009: 14). L\u2019\u00e9ducation, toute \u00e9ducation, doit plut\u00f4t chercher \u00e0 permettre \u00e0 chacun \u00abde se construire lui-m\u00eame en tant que \u201csujet dans le monde\u201d, h\u00e9ritier d\u2019une histoire dont il per\u00e7oit les enjeux, capable de comprendre le pr\u00e9sent et d\u2019inventer l\u2019avenir\u00bb (Meirieu, 2009: 60). Toute \u00e9ducation doit ainsi \u00abrenoncer \u00e0 faire du rapport de filiation un rapport de causalit\u00e9 ou de possession. [Car] il ne s\u2019agit pas de fabriquer une cr\u00e9ature capable de satisfaire notre go\u00fbt pour le pouvoir ou notre narcissisme, mais d\u2019accueillir celui qui vient comme un sujet, tout \u00e0 la fois, inscrit dans une histoire et repr\u00e9sentant la promesse d\u2019un d\u00e9passement radical de celle-ci\u00bb (Meirieu, 2009: 62).<\/p>\n<p>Que cette conception de l\u2019\u00e9ducation s\u2019applique aussi \u00e0 la cat\u00e9ch\u00e8se me semble, encore une fois, \u00e9vident. Si le cat\u00e9ch\u00e8te accueille le cat\u00e9chum\u00e8ne comme un sujet inscrit dans une vaste histoire du salut qui le d\u00e9passe, lui, le cat\u00e9chum\u00e8ne (exactement comme elle d\u00e9passe aussi le cat\u00e9ch\u00e8te et comme elle d\u00e9borde toutes les \u00c9glises et m\u00eame le christianisme), si le cat\u00e9ch\u00e8te r\u00e9siste au d\u00e9sir de faire du cat\u00e9chum\u00e8ne un clone de lui-m\u00eame et l\u2019accueille comme un sujet autonome appel\u00e9 \u00e0 \u00e9crire un nouveau chapitre de cette histoire du salut (un chapitre qui lui est propre, un chapitre \u00e0 la fois fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, en prolongement des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents et totalement in\u00e9dits), alors le cat\u00e9ch\u00e8te peut devenir pour le cat\u00e9chum\u00e8ne une occasion d\u2019entrer en relation avec Dieu connu comme \u00able Dieu de J\u00e9sus-Christ\u00bb. Mais plus encore, il m\u2019appara\u00eet que la cat\u00e9ch\u00e8se devrait, encore mieux que toute autre forme d\u2019\u00e9ducation, privil\u00e9gier une telle conception de l\u2019\u00e9ducation. Car la foi chr\u00e9tienne interdit au cat\u00e9ch\u00e8te de concevoir le rapport qu\u2019il entretient avec le cat\u00e9chum\u00e8ne sur le mode du \u00abrapport de filiation\u00bb, partant elle lui interdit (ou devrait lui interdire) d\u2019\u00e9tablir le moindre \u00abrapport de causalit\u00e9 ou de possession\u00bb. En christianisme, il n\u2019existe qu\u2019un seul rapport de filiation celui qui s\u2019\u00e9tablit entre le fid\u00e8le et Dieu. Et le cat\u00e9ch\u00e8te ne peut au mieux que l\u2019indiquer.<\/p>\n<p>Pour ce faire, le cat\u00e9ch\u00e8te pourra s\u2019inspirer du programme d\u2019\u00e9ducation que propose Meirieu, un programme dont il souligne six dimensions : \u00abreconna\u00eetre celui qui vient comme une personne que je ne peux fa\u00e7onner \u00e0 mon gr\u00e9\u00bb (Meirieu, 2009: 64), \u00abaccepter que la transmission des savoirs et des connaissances ne s\u2019effectue jamais de mani\u00e8re m\u00e9canique\u00bb (Meirieu, 2009: 66), \u00abconstater sans amertume ni regret que personne ne peut apprendre \u00e0 la place de quiconque?\u00bb (Meirieu, 2009: 69), \u00abne pas confondre l\u2019impouvoir de l\u2019\u00e9ducation sur la d\u00e9cision d\u2019apprendre et son pouvoir sur les conditions qui rendent cette d\u00e9cision possible\u00bb (Meirieu, 2009: 74), \u00abinscrire au c\u0153ur de toute activit\u00e9 \u00e9ducative \u2014 et non point, comme c\u2019est trop souvent le cas, \u00e0 son terme \u2014 la question de l\u2019autonomie du sujet\u00bb (Meirieu, 2009: 78), \u00abassumer \u201cl\u2019insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la p\u00e9dagogie\u201d [en renon\u00e7ant \u00e0] enclore [l\u2019] activit\u00e9 [p\u00e9dagogique] dans un champ th\u00e9orique de certitudes scientifiques\u00bb (Meirieu, 2009: 81).<\/p>\n<h3>1.3. Foi et \u00e9ducation<\/h3>\n<p>Au croisement de l\u2019\u00e9ducation et de la foi, on trouve deux fois deux notions qu\u2019il semble tentant de mettre en relation deux \u00e0 deux. Ainsi, \u00e0 la <em>fides qua creditur<\/em>, \u00e0 la foi qui me fait croire, \u00e0 la foi comme relation \u00e0 Dieu, comme fid\u00e9lit\u00e9 et comme confiance correspondrait l\u2019\u00e9ducation-<em>educere<\/em>, celle qui fait sortir, qui tire hors de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 pour rapprocher de Dieu. Tandis qu\u2019\u00e0 la foi comme croyance, comme adh\u00e9sion \u00e0 des dogmes comme vision particuli\u00e8re du monde, comme <em>fides qu\u00e6 creditur<\/em>, comme contenu correspondrait l\u2019\u00e9ducation-<em>educare<\/em>, celle qui \u00e9l\u00e8ve, qui nourrit et qui prend soin. Et l\u2019ordre de priorit\u00e9 de ces deux types d\u2019\u00e9ducation serait toujours le m\u00eame: d\u2019abord l\u2019\u00e9ducation-<em>educere<\/em> \u00e0 la <em>foi-fides qua creditur<\/em>, seulement ensuite l\u2019\u00e9ducation-<em>educare<\/em> de la foi-<em>fides qu\u00e6 creditur<\/em>. Toujours d\u2019abord la relation \u00e0 Dieu, ensuite seulement le type ou le contenu de cette relation.<\/p>\n<p>Il faut cependant r\u00e9sister \u00e0 s\u00e9parer compl\u00e8tement et d\u00e9finitivement les croyances et les relations. Car de fait la relation \u00e0 Dieu est elle-m\u00eame d\u00e9termin\u00e9e par des contenus : des images de Dieu, de l\u2019\u00eatre humain, du monde et des relations qu\u2019ils entretiennent. Ainsi, une cat\u00e9ch\u00e8se du contenu peut tirer hors de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 et une cat\u00e9ch\u00e8se de la relation peut nourrir les croyances. Et c\u2019est pour \u00e9viter cette opposition binaire entre une \u00e9ducation \u00e0 la foi et une \u00e9ducation de la foi que je propose d\u2019\u00e9voquer quatre types de relation entre la foi et l\u2019\u00e9ducation, qualifi\u00e9 chacun par une pr\u00e9position: \u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi, dans la foi et par la foi.<\/p>\n<p>En conclusion de ces premi\u00e8res r\u00e9flexions th\u00e9ologiques et p\u00e9dagogiques, il m\u2019appara\u00eet qu\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se chr\u00e9tienne doit d\u00e9finitivement renoncer \u00e0 la pr\u00e9tention de faire de quiconque un chr\u00e9tien. Elle ne peut qu\u2019inviter le cat\u00e9chum\u00e8ne, au mieux l\u2019inciter, \u00e0 entrer dans une relation confiante avec un Dieu fid\u00e8le. Elle ne peut qu\u2019exposer, au mieux proposer, des croyances cr\u00e9dibles, laissant \u00e0 Dieu la responsabilit\u00e9 de donner la foi et au cat\u00e9chum\u00e8ne, celle de l\u2019accepter.<\/p>\n<h2>2.\u00a0\u00a0 \u00c9ducation \u00e0 la foi<\/h2>\n<p>Pour ne pas donner l\u2019impression que la cat\u00e9ch\u00e8se est une ligne droite (car de fait, elle est toute en courbes sinueuses, en changements de rythme, en allers et en retours), j\u2019aurais aim\u00e9 pouvoir organiser les quatre prochains paragraphes (ceux qui \u00e9voquent l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi, dans la foi et par la foi) de mani\u00e8re circulaire, pour vous permettre de commencer votre lecture l\u00e0 o\u00f9 vous le souhaitez. L\u2019\u00e9criture discursive rendant la chose difficile, il me faut les pr\u00e9senter de mani\u00e8re lin\u00e9aire, une organisation qui pr\u00e9sente aussi des avantages. Puisqu\u2019il faut bien commencer par l\u2019une des quatre dimensions de la cat\u00e9ch\u00e8se, c\u2019est celle de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi que je vais retenir. Car avant m\u00eame de songer \u00e0 \u00e9duquer la foi, il faut d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il y ait \u00abla foi\u00bb.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons un point de d\u00e9part o\u00f9 une personne (que j\u2019appellerai \u00abje\u00bb) est totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la foi, \u00e0 la foi chr\u00e9tienne ici s\u2019entend; il importe peu ici que cela soit possible ou non (personnellement, je pense que non), il suffit de faire \u00abcomme si\u00bb pour les besoins de mon propos. Le premier temps de la cat\u00e9ch\u00e8se sera d\u2019\u00e9duquer le cat\u00e9chum\u00e8ne \u00e0 la foi, au sens de <em>educere<\/em>, de le tirer \u00abhors de\u00bb, hors de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 ou de l\u2019indiff\u00e9rence, de l\u2019ath\u00e9isme ou du p\u00e9ch\u00e9. L\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi est donc un processus de changement de \u00abconversion\u00bb pour reprendre un terme th\u00e9ologique traditionnel. Mais il ne s\u2019agit pas d\u2019inscrire la foi dans \u00abje\u00bb, mais, tout au contraire, d\u2019inscrire \u00abje\u00bb dans la foi. Mais il ne s\u2019agit pas que le cat\u00e9chum\u00e8ne ait la foi, mais de lui permettre de se laisser prendre par la foi. On comprend ais\u00e9ment que le cat\u00e9ch\u00e8te ne peut pas donner la foi, et que ni le changement ni la conversion ne peuvent s\u2019imposer. Il convient de ne pas se tromper d\u2019objectif : dans l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi, il s\u2019agit de permettre, tout au plus de provoquer, la rencontre avec Dieu. Il convient de ne pas non plus se tromper de m\u00e9thodes : pour atteindre l\u2019objectif, certaines sont plus favorables que d\u2019autres. J\u2019en donne deux exemples, deux exemples qui repr\u00e9sentent \u00e0 mes yeux deux bonnes mani\u00e8res d\u2019\u00e9duquer \u00e0 la foi. J\u2019emprunte le premier \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique romaine et l\u2019autre \u00e0 un th\u00e9ologien protestant.<\/p>\n<p>Dans son Directoire g\u00e9n\u00e9ral pour la cat\u00e9ch\u00e8se, l\u2019\u00c9glise catholique romaine d\u00e9finit l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation \u00abcomme le processus par lequel l\u2019\u00c9glise, anim\u00e9e par l\u2019Esprit, annonce et diffuse l\u2019\u00c9vangile dans le monde entier\u00bb (Congr\u00e9gation pour le clerg\u00e9, 1997 : 48); d\u00e9taillant le d\u00e9cret conciliaire <em>Ad Gentes<\/em>, elle en d\u00e9finit six \u00e9tapes (charit\u00e9, t\u00e9moignage, premi\u00e8re annonce, cat\u00e9ch\u00e8se et sacrements d\u2019initiation, communion, mission) qu\u2019elle compare \u00e0 la construction d\u2019un \u00e9difice. \u00abChaque \u00e9tape s\u2019appuie obligatoirement sur la pr\u00e9c\u00e9dente et assure la suivante\u00bb (Saint-Jean\u2013Longueuil, 2001: 4). Ce qui m\u2019int\u00e9resse dans cette description, c\u2019est que l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation soit le fondement de la cat\u00e9ch\u00e8se et qu\u2019elle se d\u00e9cline en trois formes qui d\u00e9passent largement une cat\u00e9ch\u00e8se con\u00e7ue simplement comme un enseignement. \u00abL\u2019\u00c9glise, anim\u00e9e par la charit\u00e9, impr\u00e8gne et transforme tout l\u2019ordre temporel, en assumant et en renouvelant les cultures; elle t\u00e9moigne parmi les peuples de la nouvelle mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et de vivre qui caract\u00e9rise les chr\u00e9tiens; elle proclame explicitement l\u2019\u00c9vangile, au moyen de la \u201cpremi\u00e8re annonce\u201d, en appelant \u00e0 la conversion.\u00bb (Congr\u00e9gation pour le clerg\u00e9, 1997).<\/p>\n<p>Dans un ouvrage publi\u00e9 en 1993 et intitul\u00e9 J\u00e9sus \u00e0 15 ans (il faut comprendre \u00abJ\u00e9sus pour des adolescents de 15 ans\u00bb et non pas \u00abJ\u00e9sus quand il avait 11 ans\u00bb), le th\u00e9ologien protestant suisse Maurice Baumann d\u00e9finit l\u2019objectif fondamental de la cat\u00e9ch\u00e8se des adolescents. Il s\u2019agit de les mettre en face d\u2019un choix, qui \u00abengage son auteur dans la vie personnelle [qui] met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ses convictions les questions de sens et de valeurs qui l\u2019habitent\u00bb (Baumann, 1993: 45).<\/p>\n<p>Pour appr\u00e9cier la m\u00e9thode cat\u00e9ch\u00e9tique qu\u2019il propose, il faut se souvenir d\u2019une distinction classique entre deux formes de communication: l\u2019une rel\u00e8ve du logos, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle cherche \u00e0 exprimer la v\u00e9rit\u00e9 des choses, qu\u2019elle informe, explique, clarifie, qu\u2019elle utilise un langage discursif, \u00e9pist\u00e9mique, rationnel, doctrinal, celui des sciences, de la th\u00e9ologie; l\u2019autre rel\u00e8ve du <em>muthos<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle cherche \u00e0 provoquer des exp\u00e9riences, \u00e0 remettre en cause des convictions, \u00e0 convertir, qu\u2019elle utilise une communication indirecte, un langage de changement, un langage po\u00e9tique, m\u00e9taphorique, existentiel, celui de la fiction, de l\u2019art de l\u2019humour, des symboles, des mythes et des rites. Des deux formes de communication, c\u2019est \u00e9videmment la communication-<em>muthos<\/em> qui est la plus susceptible \u00e0 faire \u00e9prouver (\u00e0 l\u2019adolescent comme \u00e0 chacun) la n\u00e9cessit\u00e9 du choix, \u00e0 provoquer (chez l\u2019adolescent comme chez chacun) le changement. Pour illustrer cette communication-<em>muthos<\/em> et son utilisation en christianisme (et probablement pour montrer que sa cat\u00e9ch\u00e8se est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00c9vangile), Baumann cite l\u2019exemple paraboles de J\u00e9sus. Dans un climat religieux o\u00f9 Dieu appara\u00eet comme un comptable, o\u00f9 chacun doit compter ses bonnes et ses mauvaises actions, J\u00e9sus raconte des histoires o\u00f9 les comptables remettent les dettes, o\u00f9 les ouvriers re\u00e7oivent des salaires identiques, quel que soit le temps qu\u2019ils ont travaill\u00e9, ou des arbres ne sont pas jug\u00e9s \u00e0 leur rendement en fruits, etc. En pr\u00e9sentant des sc\u00e8nes de la vie ordinaire o\u00f9 les choses ne se passent pas comme pr\u00e9vu, J\u00e9sus invite ses auditeurs \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur leur relation \u00e0 Dieu et leur offre l\u2019occasion de la r\u00e9viser. Baumann, recourant \u00e0 une d\u00e9marche similaire qu\u2019il adapte au contexte contemporain de la cat\u00e9ch\u00e8se des adolescents, \u00e9labore une cat\u00e9ch\u00e8se qui rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi, une cat\u00e9ch\u00e8se qui vise \u00e0 \u00abpermettre une r\u00e9flexion et un choix personnel\u00bb (Baumann, 1993: 92). Il la fonde sur le jeu, sur la fiction et sur l\u2019imaginaire qui ont l\u2019avantage de laisser au cat\u00e9chum\u00e8ne une libert\u00e9 totale, \u00e0 la fois celle de percevoir l\u2019invitation qui lui est faite et celle de l\u2019accepter ou de la refuser. Il indique les principales strat\u00e9gies p\u00e9dagogiques qui permettent de mettre sa didactique en \u0153uvre, par exemple \u00abcr\u00e9er une mise en sc\u00e8ne quotidienne dans laquelle les principes de vie les plus \u00e9vidents et les plus g\u00e9n\u00e9ralement admis sont insuffisants pour comprendre ce qui se passe\u00bb (Baumann, 1993: 98), \u00abfaire surgir l\u2019\u00e9cart g\u00eanant entre le dire et le faire, entre le regard qui juge et qui oublie de se regarder lui-m\u00eame\u00bb (Baumann, 1993: 101), faire prendre du recul \u00abpar rapport \u00e0 son syst\u00e8me de convictions, par rapport \u00e0 son image du monde\u00bb (Baumann, 1993: 103), etc.<\/p>\n<h2>3.\u00a0\u00a0 \u00c9ducation de la foi<\/h2>\n<p>La deuxi\u00e8me dimension est celle de l\u2019\u00e9ducation de la foi. Elle consiste \u00e0 vouloir faire de \u00abje dans la foi\u00bb un \u00abje dans une foi plus m\u00fbre\u00bb, toute la difficult\u00e9 r\u00e9sidant dans la mani\u00e8re de d\u00e9finir ce qu\u2019est une foi plus m\u00fbre.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, il existe un risque, celui d\u2019une universalisation et d\u2019une absolutisation de ce que devrait \u00eatre une foi m\u00fbre. Le th\u00e9ologien catholique qu\u00e9b\u00e9cois Paul-Andr\u00e9 Gigu\u00e8re met en garde: plut\u00f4t que de recourir \u00e0 une \u00abmatrice prescriptive?\u00bb qu\u2019il juge castratrice (Gigu\u00e8re \u00e9crit \u00abcastrante\u00bb (Gigu\u00e8re, 1991: 39), il convient de privil\u00e9gier une approche en \u00abmaturit\u00e9s successives\u00bb qui permettent \u00e0 \u00abchaque personne concr\u00e8te\u00bb de \u00abfaire face de fa\u00e7on satisfaisante aux d\u00e9fis de sens pos\u00e9s par les conditions pr\u00e9sentes de son existence et de les relever en r\u00e9f\u00e9rence et en congruence avec elle\u00bb (Gigu\u00e8re, 1991: 76). Ces maturit\u00e9s concernent les trois dimensions de la foi, une dimension affective qui \u00ab?a trait \u00e0 la mani\u00e8re de se relier aux objets de sa croyance\u00bb : une dimension active qui \u00abd\u00e9signe la mani\u00e8re de relier sa vie \u00e0 ses croyances\u00bb et une dimension cognitive qui concerne \u00abla mani\u00e8re de se relier \u00e0 ses croyances personnelles comme aux croyances de la tradition spirituelle \u00e0 laquelle on se rattache\u00bb (Gigu\u00e8re, 1991: 51-52).<\/p>\n<p>Une foi m\u00fbre se tient \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre (un \u00e9quilibre dynamique) entre les risques qui menacent dans chacune des dimensions : \u00abla maturit\u00e9 de la dimension active [&#8230;] se situe \u00e0 un point d\u2019\u00e9quilibre toujours fluctuant entre la prise en charge de sa vie et l\u2019abandon de sa vie, entre savoir s\u2019assumer et savoir l\u00e2cher prise\u00bb (Gigu\u00e8re, 1991: 88); \u00abla maturit\u00e9 de la dimension active de la foi se situe \u00e0 un point d\u2019\u00e9quilibre toujours fluctuant entre l\u2019agir lucide et la marche dans l\u2019obscurit\u00e9\u00bb (Gigu\u00e8re, 1991: 90); \u00abla maturit\u00e9 de la dimension cognitive de la foi se situe \u00e0 un point d\u2019\u00e9quilibre toujours fluctuant entre savoir et non savoir, entre compr\u00e9hension et myst\u00e8re, entre connaissance th\u00e9ologique et connaissance mystique\u00bb (Gigu\u00e8re, 1991: 93).<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9ducation de la foi (au moins l\u2019\u00e9ducation protestante de la foi) est plut\u00f4t \u00e0 l\u2019aise et comp\u00e9tente quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9duquer la foi crue, de transmettre des connaissances, d\u2019enseigner des contenus (au risque de survaloriser le savoir intellectuel), elle l\u2019est moins quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9duquer les relations, qu\u2019elles soient avec Dieu, avec les autres ou avec ses propres croyances.<\/p>\n<p>Pourtant, le psychologue et th\u00e9ologien m\u00e9thodiste \u00e9tasunien James Fowler<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> a bien montr\u00e9 que ce ne sont pas tant les croyances qui importent que le rapport qu\u2019une personne \u00e9tablit avec elles. Sur la base des sch\u00e9mas des d\u00e9veloppements cognitif (Jean Piaget), moral (Lawrence Kohlberg) et psychosocial (Erik Erikson) et gr\u00e2ce aux entretiens qu\u2019il a men\u00e9s avec des croyantes et des croyants, Fowler a identifi\u00e9 six stades du d\u00e9veloppement de la foi apr\u00e8s la \u00abfoi indiff\u00e9renci\u00e9e de la toute petite enfance\u00bb (0-2 ans) : au premier stade (3-7 ans), une foi projective (imitation de ce que l\u2019enfant per\u00e7oit de la foi de ses proches) et intuitive (prise de conscience de soi, de la mort, du sexe et des tabous qui leur sont associ\u00e9s); au deuxi\u00e8me stade (8-15 ans), une foi mythique et litt\u00e9rale (l\u2019enfant adopte les r\u00e9cits, les croyances, les symboles, les r\u00e8gles de sa communaut\u00e9)?; au troisi\u00e8me stade (13-19 ans, mais beaucoup d\u2019adultes y restent toute leur vie), une foi synth\u00e9tique (qui offre la coh\u00e9rence de l\u2019identit\u00e9 personnelle) et conventionnelle (la perspective reste encore celle du groupe d\u2019appartenance). Si chaque croyant parvient presque automatiquement au troisi\u00e8me stade, l\u2019\u00e9ducation de la foi lui permet (ou l\u2019emp\u00eache) d\u2019atteindre les deux stades suivants: au quatri\u00e8me stade (d\u00e8s la vingtaine, mais beaucoup d\u2019adultes n\u2019y parviennent jamais) la foi est individualis\u00e9e et r\u00e9fl\u00e9chie?; et au cinqui\u00e8me stade (d\u00e8s le milieu de la vie), la foi est conjonctive (la personne croit en ses propres valeurs ainsi qu\u2019\u00e0 celles de sa communaut\u00e9, tout en les sachant relatives). Enfin, le sixi\u00e8me stade repr\u00e9sente l\u2019aboutissement du d\u00e9veloppement; re\u00e7ue comme un cadeau de la providence divine et des exigences de l\u2019histoire la foi est universalisante (elle implique un engagement radical en faveur de la justice, une passion altruiste [<em>selfless<\/em>] pour un monde transform\u00e9) (Fowler, 1981\u00a0: 114ss).<\/p>\n<p>Toute la question est de savoir comment on peut passer (et faire passer quand on est cat\u00e9ch\u00e8te) d\u2019un stade \u00e0 l\u2019autre. \u00c0 celles et ceux qui continueraient \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019\u00e9ducation des contenus, Fowler signale qu\u2019un changement dans les croyances ne provoque pas forc\u00e9ment un changement de stade, pas plus qu\u2019il n\u2019en d\u00e9coule. En fait, changement de stade et changement de contenu s\u2019organisent en six modes de relations. On peut trouver aussi bien un changement de stade sans changement de contenu qu\u2019un changement de contenu sans changement de stade; un changement de contenu qui provoque un changement de stade qu\u2019un changement de stade qui provoque un changement de contenu; un changement de contenu qui va de pair avec un changement de stade qu\u2019un changement de contenu qui \u00e9vite d\u2019avoir \u00e0 changer de stade. Quant \u00e0 moi, j\u2019illustrerais volontiers ce qu\u2019est l\u2019\u00e9ducation de la foi, avec l\u2019image de la spirale. Car il en va de revisiter les m\u00eames contenus, tout en changeant de perspective, que l\u2019on s\u2019\u00e9l\u00e8ve plus haut ou que l\u2019on creuse plus profond, puisque la spirale peut conduire vers le haut ou vers le bas.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9ducation de la foi, l\u2019essentiel, c\u2019est \u00e9videmment la relation qu\u2019un cat\u00e9chum\u00e8ne entretient avec sa propre foi, au sens de <em>fides qu\u00e6 creditur<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire avec ses propres croyances, ses propres dogmes, sa propre \u00e9thique et sa propre praxis. Or cette relation change et s\u2019approfondit au fil des stades. Le cat\u00e9chum\u00e8ne doit les conna\u00eetre pour parvenir au stade deux (et l\u2019\u00c9glise le favorise en les exposant), y adh\u00e9rer intellectuellement pour atteindre le stade trois (et l\u2019\u00c9glise le favorise en proposant des contenus cr\u00e9dibles, dignes de foi), se les approprier pour avancer au stade quatre (et l\u2019\u00c9glise le favorise en encourageant des formulations personnelles) et les accepter relatives pour arriver au stade cinq (et l\u2019\u00c9glise le favorise en s\u2019engageant dans le d\u00e9bat et le dialogue \u0153cum\u00e9nique, interreligieux et interspirituel). Enfin, le sixi\u00e8me stade repr\u00e9sente un cas \u00e0 part, puisqu\u2019il rel\u00e8ve de la \u00abpure <em>fides qua creditur<\/em>\u00bb, du pur don de Dieu qui \u00e9chappe \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de la foi, au cat\u00e9ch\u00e8te et \u00e0 l\u2019\u00c9glise, que le cat\u00e9chum\u00e8ne ne peut qu\u2019accepter et dont il doit ensuite t\u00e9moigner dans son existence.<\/p>\n<h2>4.\u00a0\u00a0 \u00c9ducation dans la foi<\/h2>\n<p>\u00c9duquer dans la foi<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> c\u2019est chercher \u00e0 inclure \u00abje dans une foi plus m\u00fbre\u00bb dans une foi partag\u00e9e, une communaut\u00e9 de foi, un \u00abnous\u00bb de la foi. Pour comprendre ce que cela signifie, un triple rappel m\u2019appara\u00eet n\u00e9cessaire.<\/p>\n<ul>\n<li>Le premier rappel porte sur la place de l\u2019\u00c9glise. Le protestantisme affirme avec force que l\u2019essentiel en mati\u00e8re de foi, c\u2019est la relation interpersonnelle qui s\u2019\u00e9tablit entre Dieu et un individu et que l\u2019\u00c9glise n\u2019est jamais que seconde. Pour repr\u00e9senter ce mod\u00e8le, les th\u00e9ologiens protestants privil\u00e9gient le triangle dont les trois sommets peuvent \u00eatre form\u00e9s par Dieu, l\u2019\u00eatre humain et l\u2019\u00c9glise comme l\u2019a par exemple propos\u00e9 le th\u00e9ologien r\u00e9form\u00e9 fran\u00e7ais Andr\u00e9 Gounelle (Gounelle, 1998) ou par l\u2019individu, la communaut\u00e9 et le pasteur (Dieu remplissant le centre du triangle), comme je l\u2019avais moi-m\u00eame propos\u00e9 (Bauer, 2007).<\/li>\n<li>Le deuxi\u00e8me rappel porte sur la place du croyant dans le monde. Le th\u00e9ologien \u00e9vang\u00e9lique \u00e9tasunien Brian McLaren reproche au \u00abchristianisme tel que nous le connaissons\u00bb (il faudrait surtout dire \u00abtel qu\u2019il est connu aux \u00c9tats-Unis, dans les \u00c9glises \u00e9vang\u00e9liques\u00bb, m\u00eame si les autres formes de christianisme n\u2019y \u00e9chappent pas toujours) une mauvaise hi\u00e9rarchisation des priorit\u00e9s. Pour un chr\u00e9tien \u00e9vang\u00e9lique il importe d\u2019abord d\u2019\u00eatre sauv\u00e9, ensuite de faire partie d\u2019une \u00c9glise, enfin seulement d\u2019am\u00e9liorer le monde (McLaren, 2006: 107). \u00c0 ce mod\u00e8le, McLaren en oppose un autre celui d\u2019un \u00abchristianisme en mission\u00bb qui inscrit \u00abje\u00bb, \u00abl\u2019\u00c9glise\u00bb et \u00able monde\u00bb dans des cercles concentriques (\u00abje\u00bb \u00e9tant inscrit dans \u00abl\u2019\u00c9glise\u00bb et \u00abl\u2019\u00c9glise\u00bb dans \u00able monde\u00bb). L\u2019ordre des priorit\u00e9s est ainsi renvers\u00e9 et ce christianisme-l\u00e0 affirme que J\u00e9sus est venu pour sauver le monde, qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 une \u00c9glise pour l\u2019aider \u00e0 remplir sa mission et qu\u2019il invite des personnes \u00e0 participer \u00e0 cette communaut\u00e9 (McLaren, 2006: 107).<\/li>\n<li>Le troisi\u00e8me rappel porte sur la mani\u00e8re dont Dieu se r\u00e9v\u00e8le. Dieu se r\u00e9v\u00e8le rarement de mani\u00e8re directe. Il le fait plut\u00f4t au travers de stimuli produits par des \u00eatres humains. Certains sont eccl\u00e9siaux (et Dieu se r\u00e9v\u00e8le donc \u00e0 travers l\u2019\u00c9glise), mais d\u2019autres ne sont pas m\u00eame explicitement chr\u00e9tiens (et Dieu, qu\u2019il ait inspir\u00e9 celui qui cr\u00e9e ou celui qui per\u00e7oit, se r\u00e9v\u00e8le ainsi aussi hors de l\u2019\u00c9glise). Tous les stimuli s\u2019adressent aux six sens des \u00eatres humains\u00a0: go\u00fbt, kinesth\u00e9sie, olfaction, ou\u00efe, toucher, vue (dans l\u2019ordre alphab\u00e9tique pour ne pas les hi\u00e9rarchiser).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur la base de ce triple rappel, je peux pr\u00e9ciser comment je comprends la dimension \u00ab\u00e9ducation dans la foi\u00bb. Elle inscrit la foi personnelle, dans un embo\u00eetement de communaut\u00e9s qui concourent, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, \u00e0 \u00e9duquer la foi. En m\u2019inspirant du sch\u00e9ma en cercles concentriques propos\u00e9 par McLaren, je dirais que chaque personne vit dans une famille (premier cercle), inscrite dans une ou des \u00c9glises (deuxi\u00e8me cercle), qui fait ou font partie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 (troisi\u00e8me cercle), partie prenante de la Cr\u00e9ation (quatri\u00e8me cercle). Et m\u00eame si la foi est une relation entre \u00abje\u00bb et Dieu, mais parce que Dieu se r\u00e9v\u00e8le dans chacune de ces quatre communaut\u00e9s et parce que la foi est une exp\u00e9rience qui se vit dans chacune de ces quatre communaut\u00e9s, elle s\u2019\u00e9duque, se nourrit et m\u00fbrit dans chacune de ces communaut\u00e9s. Et chacune de ces communaut\u00e9s propose des formes d\u2019\u00e9ducation plus formelles, notamment celles qui rel\u00e8vent de la formation, et d\u2019autres plus informelles, notamment celles qui rel\u00e8vent de l\u2019imitation. J\u2019en donne quelques exemples :<\/p>\n<ul>\n<li>La foi s\u2019\u00e9duque d\u2019abord dans la famille, parce que la foi est affaire de confiance et que les parents sont les premiers \u00e0 inspirer la confiance (ou la m\u00e9fiance); parce que Dieu est un p\u00e8re adoptif et une m\u00e8re biologique et que nos parents servent de premier mod\u00e8le paternel et maternel; parce que c\u2019est la famille qui la premi\u00e8re transmet l\u2019exp\u00e9rience, la pratique et le go\u00fbt de la foi, c\u2019est la famille qui la premi\u00e8re est responsable de l\u2019\u00e9ducation \u00e0\/de\/dans\/par la foi.<\/li>\n<li>La foi s\u2019\u00e9duque ensuite dans une \u00c9glise. Parce que la foi solitaire court le risque de l\u2019absolutisation et de l\u2019intransigeance et que l\u2019inscription dans une communaut\u00e9 eccl\u00e9siale permet de (voire oblige \u00e0) partager et confronter sa th\u00e9ologie et sa foi (Bauer, 2007). Le principe vaut pour les relations entre une personne et une \u00c9glise particuli\u00e8re, mais elle fonctionne aussi \u00e0 d\u2019autres niveaux. Ainsi l\u2019\u00e9ducation dans la foi se fait aussi de mani\u00e8re \u0153cum\u00e9nique dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne pour \u00e9quilibrer certains aspects par trop confessionnels, de mani\u00e8re interreligieuse dans la communaut\u00e9 croyante pour relativiser toute pr\u00e9tention du christianisme \u00e0 d\u00e9tenir seul la v\u00e9rit\u00e9, de mani\u00e8re interspirituelle dans la communaut\u00e9 humaine pour corriger une survalorisation de la foi religieuse, au pr\u00e9judice d\u2019une confiance dans l\u2019\u00eatre humain.<\/li>\n<li>La foi s\u2019\u00e9duque encore dans la soci\u00e9t\u00e9, simplement parce que l\u2019on \u00abparle\u00bb de Dieu ailleurs qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9glise. Ce qui fait de moi le chr\u00e9tien que je suis (Viau, 2002: 8), c\u2019est tout ce que j\u2019entends, tout ce que je vois, tout ce que je sens, tout ce que je go\u00fbte, tout ce que je touche, tout ce que j\u2019\u00e9prouve, bref tout ce que je per\u00e7ois partout et tout le temps. La foi n\u2019est ni s\u00e9par\u00e9e, ni s\u00e9parable de la vie en g\u00e9n\u00e9ral, il n\u2019existe pas une \u00e2me distincte du cerveau ou du corps. Et parce qu\u2019une personne \u00abentend\u00bb \u00abparler\u00bb (et voit montrer Dieu, etc.) de Dieu (et voit montrer Dieu, et go\u00fbte le go\u00fbt de Dieu, et sent l\u2019odeur de Dieu, etc.) ailleurs qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9glise, notamment dans des \u0153uvres d\u2019art et dans des m\u00e9dias, l\u2019\u00e9ducation dans la foi se fait au moins autant hors de l\u2019\u00c9glise que dans l\u2019\u00c9glise (\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, je suis m\u00eame convaincu qu\u2019elle se fait plus, mais parfois aussi malheureusement plus mal, hors de l\u2019\u00c9glise que dans l\u2019\u00c9glise).<\/li>\n<li>Enfin, la foi s\u2019\u00e9duque dans la Cr\u00e9ation. Les stimuli culturels, ceux qui sont fabriqu\u00e9s par des \u00eatres humains, ne sont pas les seuls \u00e0 permettre de rencontrer Dieu. Certains stimuli naturels peuvent remplir le m\u00eame r\u00f4le. Au r\u00e9form\u00e9 sceptique, je rappellerais simplement que Jean Calvin reconnaissait que l\u2019Univers, m\u00eame d\u00e9form\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9, offrait des exemples de beaut\u00e9 susceptibles de r\u00e9v\u00e9ler Dieu : le corps humain (Calvin, 1955: I,V,2) et l\u2019harmonie de la Cr\u00e9ation (Calvin, 1955: III,X,2), la v\u00e9ritable beaut\u00e9 r\u00e9sidant dans la possibilit\u00e9 de reconna\u00eetre l\u2019origine divine de l\u2019objet regard\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour \u00eatre plus concret, j\u2019aimerais \u00e9voquer les pistes que fournit le th\u00e9ologien catholique belge Luc Aerens (elle concerne l\u2019\u00e9ducation dans la foi de l\u2019\u00c9glise catholique romaine, mais pas elle seulement). Il sugg\u00e8re sept transitions qui doivent permettre de passer de la cat\u00e9ch\u00e8se paroissiale (le \u00abfonctionnement actuel dominant\u00bb) \u00e0 la cat\u00e9ch\u00e8se de cheminement qu\u2019il appelle de ses v\u0153ux: passer d\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se pour enfants \u00e0 une cat\u00e9ch\u00e8se pour tous; d\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se par tranches d\u2019\u00e2ges \u00e0 une cat\u00e9ch\u00e8se interg\u00e9n\u00e9rationnelle; d\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se \u00absacramentelle\u00bb \u00e0 une cat\u00e9ch\u00e8se de cheminement permanent; d\u2019une \u00abcat\u00e9ch\u00e8se de pr\u00e9sentation\u00bb (enseignement d\u2019un contenu) \u00e0 une cat\u00e9ch\u00e8se mystagogique (exp\u00e9rience du sacrement); d\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se th\u00e9matique \u00e0 une cat\u00e9ch\u00e8se en faisceau; d\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se confi\u00e9e \u00e0 quelques cat\u00e9chistes \u00e0 une cat\u00e9ch\u00e8se confi\u00e9e \u00e0 la responsabilit\u00e9 de la communaut\u00e9 (Aerens, 2002: 11). J\u2019y trouve quelques id\u00e9es stimulantes, par exemple celle de pr\u00e9parer toute la communaut\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de chaque sacrement (en protestantisme, je dirais \u00abpr\u00e9parer toute la communaut\u00e9 aux sacrements, aux actes pastoraux et aux autres rites de passage\u00bb), en programmant des activit\u00e9s cat\u00e9ch\u00e9tiques avant et apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration de ces rites pour en rappeler le sens. D\u2019autres propositions me laissent plus dubitatif, comme celle de ne proposer aux enfants que des th\u00e9matiques ou des activit\u00e9s qui conviennent aux adultes et d\u2019encourager les parents aux rencontres de cat\u00e9ch\u00e8se. Il me semble qu\u2019au contraire que la cat\u00e9ch\u00e8se des enfants requiert des m\u00e9thodes et des contenus sp\u00e9cifiques et que celle des adolescents requiert l\u2019absence des parents, notamment parce qu\u2019il y est aussi question de la famille.<\/p>\n<h2>5.\u00a0\u00a0 \u00c9ducation par la foi<\/h2>\n<p>Il me reste encore \u00e0 pr\u00e9ciser en quoi l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne de la foi ou l\u2019\u00e9ducation de la foi chr\u00e9tienne doit \u00eatre ancr\u00e9e, autrement dit ce qu\u2019il lui faut pour qu\u2019elle devienne, pr\u00e9cis\u00e9ment, chr\u00e9tienne. En protestantisme, on aime bien utiliser \u00abla Bible\u00bb pour \u00e9valuer le caract\u00e8re chr\u00e9tien d\u2019une parole ou d\u2019une action (mes \u00e9tudiants \u00e9vang\u00e9liques justifient leurs choix en disant \u00abla Bible dit\u2026\u00bb tandis que les catholiques pr\u00e9f\u00e8rent dire \u00able Pape a dit\u2026\u00bb; j\u2019assume la caricature). Et certains postulent qu\u2019il n\u2019en va pas autrement quand il s\u2019agit de la cat\u00e9ch\u00e8se. Pour respecter fid\u00e8lement et strictement le principe du <em>Sola Scriptura<\/em>, le cat\u00e9ch\u00e8te devrait pouvoir fonder ses mots, ses gestes, mais plus largement ses m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques et sa conception de l\u2019\u00e9ducation sur un ou des texte(s) biblique(s). Or une telle position est vite teint\u00e9e d\u2019un fondamentalisme plus ou moins strict, qui feint d\u2019ignorer que la Bible est une collection de livres parfois contradictoires et que la Bible est le produit d\u2019un contexte historique, religieux et culturel diff\u00e9rent du n\u00f4tre. M\u00eame l\u2019\u00c9criture n\u2019est pas \u00abma\u00eetre de la Parole\u00bb (Dubied, 1992: 79), une Parole que Dieu adresse aussi, autrement et ailleurs que dans la Bible, ce que les r\u00e9form\u00e9s appellent le t\u00e9moignage int\u00e9rieur du Saint-Esprit, une inspiration directe de chaque croyante et de chaque croyant. Comme l\u2019a soulign\u00e9 le th\u00e9ologien protestant lib\u00e9ral fran\u00e7ais Andr\u00e9-Numa Bertrand, ce qui rend \u00e9vang\u00e9lique, au sens premier du terme, un mot, un geste, une m\u00e9thode p\u00e9dagogique ou une conception de l\u2019\u00e9ducation, c\u2019est l\u2019\u00e9quilibre dynamique entre ces deux sources d\u2019inspiration. C\u2019est le t\u00e9moignage int\u00e9rieur du Saint-Esprit, non pas comme \u00abjugement arbitraire personnel\u00bb, mais comme \u00abfruit de l\u2019autorit\u00e9 divine\u00bb, qui permet au chr\u00e9tien de reconna\u00eetre \u00abdans les \u00c9critures la Parole de Dieu\u00bb (Bertrand, 1985: 152) et c\u2019est la Bible qui \u00e9vite \u00e0 la religion de sombrer dans \u00ab[l] illuminisme et [un] radical individualisme?\u00bb (Bertrand, 1985: 159) en introduisant une dimension objective dans l\u2019inspiration. Dans cette perspective, je tiens \u00e0 distinguer encore un quatri\u00e8me type de relation entre l\u2019\u00e9ducation et la foi, celle d\u2019une \u00e9ducation inspir\u00e9e par la foi, une \u00e9ducation pleinement \u00e9vang\u00e9lique sans pour autant s\u2019ancrer directement et explicitement dans la Bible, dans le symbole des ap\u00f4tres ou dans une confession particuli\u00e8re de la foi, une \u00e9ducation par la foi.<\/p>\n<p>\u00c9duquer par la foi, c\u2019est \u00e9videmment prendre un risque, celui de pr\u00e9tendre pratiquer une \u00e9ducation chr\u00e9tienne sans pouvoir la justifier par un verset biblique, ni par un \u00e9l\u00e9ment de confession de foi, ni par une d\u00e9claration d\u2019un magister. Mais \u00e9duquer par la foi, c\u2019est laisser la foi inspirer l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi et dans la foi. C\u2019est la laisser inspirer \u00abje\u00bb et \u00abnous\u00bb, la laisser inspirer l\u2019\u00e9ducation, la foi et les relations entre ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, le \u00ab\u00e0\u00bb, le \u00abde\u00bb, le \u00abdans\u00bb et le \u00abpar\u00bb. Je souligne en passant combien l\u2019\u00e9ducation par la foi se rapproche de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi, ce qui d\u00e9montre que mes distinctions quant \u00e0 une \u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi, dans la foi et par la foi n\u2019ont de valeur qu\u2019heuristique et que ces quatre dimensions de la cat\u00e9ch\u00e8se sont toujours \u00e9troitement li\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais je reviens \u00e0 l\u2019\u00e9ducation par la foi. S\u2019il n\u2019est pas toujours possible de recourir \u00e0 un texte biblique pour justifier sa cat\u00e9ch\u00e8se, d\u2019o\u00f9 le cat\u00e9ch\u00e8te peut-il tirer son inspiration et surtout, quelle d\u00e9marche cat\u00e9ch\u00e9tique peut-il adopter? Un sociologue quaker \u00e9tasunien, Parker J. Palmer a consacr\u00e9 un petit livre \u00e0 ce qu\u2019il appelle une spiritualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> auquel je dois beaucoup.<\/p>\n<p>Il y propose de transformer l\u2019enseignement en reconsid\u00e9rant les motivations qui r\u00e9gissent l\u2019apprentissage. Quand le d\u00e9sir de savoir repose sur la curiosit\u00e9 (d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte le savoir sp\u00e9culatif) et le contr\u00f4le (d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte le savoir appliqu\u00e9), la r\u00e9alit\u00e9 (du latin <em>res<\/em> qui \u00e9voque une chose que l\u2019on pourrait poss\u00e9der) devient un objet \u00e0 manipuler dont on peut organiser une petite portion pour son bonheur personnel. Mais une telle conception est une violence faite au monde, parce qu\u2019elle postule que celui-ci n\u2019a pas de sens, qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une somme de stimuli informes \u00e0 laquelle l\u2019esprit humain donne un sens. Mais le d\u00e9sir de savoir peut avoir une autre motivation, l\u2019amour qui permet \u00abd\u2019entrer dans la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019autre et de l\u2019embrasser dans sa totalit\u00e9\u00bb et de laisser \u00abl\u2019autre entrer dans notre propre r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019embrasser dans sa totalit\u00e9\u00bb (Palmer, 1983: 8). Palmer qualifie ce type d\u2019\u00e9ducation de \u00abspirituelle\u00bb, au sens o\u00f9 elle inclut une transcendance qui fait irruption tant dans le soi-qui-conna\u00eet que dans le monde-qui-est-connu pour \u00e9viter \u00e0 l\u2019un d\u2019avoir \u00e0 poss\u00e9der l\u2019autre. La foi chr\u00e9tienne r\u00e9pond \u00e0 une telle motivation avec son id\u00e9e de l\u2019Incarnation, \u00abDieu fait irruption dans notre r\u00e9alit\u00e9 pour r\u00e9v\u00e9ler ce que nous sommes, nous et le monde\u00bb (Palmer, 1983: 14), et l\u2019espoir exprim\u00e9 par Paul en 1 Corinthiens 13: l\u2019amour me permettra de conna\u00eetre aussi compl\u00e8tement que je suis connu.<\/p>\n<p>Palmer \u00e9nonce un certain nombre de principes qui doivent r\u00e9gir une \u00e9ducation motiv\u00e9e par l\u2019amour\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Respecter un principe \u00e9pist\u00e9mologique de base: la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est ni int\u00e9rieure (propre \u00e0 chacun) ni ext\u00e9rieure (un objet que l\u2019on pourrait poss\u00e9der), mais elle est r\u00e9ciproque. Elle se situe dans l\u2019entre-deux, dans une relation d\u2019ad\u00e9quation entre le soi-qui-conna\u00eet et le monde-qui-est-connu.<\/li>\n<li>Rem\u00e9dier aux d\u00e9fauts de l\u2019\u00e9ducation traditionnelle: \u00e9viter que la salle de cours devienne une plate-forme d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9tudiant observe ce que le professeur pense de ce que certains auteurs pensent de certains sujets; ne pas consid\u00e9rer l\u2019\u00e9tudiant comme une page blanche sur laquelle s\u2019imprime une connaissance purement empirique; ne pas concevoir l\u2019apprentissage comme une comp\u00e9tition individuelle; former des participants responsables et cocr\u00e9ateurs plut\u00f4t que des manipulateurs d\u2019objet, mais qui manipulent aussi le monde et les autres.<\/li>\n<li>S\u2019inspirer des disciplines de la pratique monastique : \u00e9tudier les textes classiques pour percevoir et corriger les distorsions du pr\u00e9sent; aller au-del\u00e0 des apparences (notamment par la pri\u00e8re et la contemplation) pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une exp\u00e9rience spirituelle imm\u00e9diate et personnelle; partager la vie communautaire pour corriger mes propres distorsions, pour donner et recevoir de l\u2019amour.<\/li>\n<li>Construire un espace d\u2019enseignement ouvert pour pouvoir d\u00e9passer les barri\u00e8res que nous nous imposons (dont la peur de para\u00eetre ignorant), limit\u00e9 pour ne pas engendrer la confusion, pour diminuer l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, et hospitalier (au sens de <em>hospitality<\/em>) pour que chacun se sente accueilli.<\/li>\n<li>Si l\u2019amour doit \u00eatre la motivation du d\u00e9sir de savoir, le souci de la v\u00e9rit\u00e9 doit \u00eatre sa condition. Il implique d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 sa propre v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure (plut\u00f4t que de se conformer aux autres). Il implique aussi, parce que la nature humaine est parfois obscurcie par l\u2019ignorance ou par l\u2019envie, d\u2019enseigner aux autres non pas ce qu\u2019ils veulent entendre, mais ce que nous dicte notre v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure. Et parce que notre propre nature est parfois obscurcie par l\u2019ignorance ou par l\u2019envie, nous devons laisser les autres nous r\u00e9pondre non pas selon nos propres attentes, mais selon leur v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure. Ce qui n\u2019est pas toujours simple!<\/li>\n<\/ul>\n<h2>6.\u00a0\u00a0 Conclusion<\/h2>\n<p>J\u2019aimerais, pour conclure, aborder une question r\u00e9currente quant \u00e0 la cat\u00e9ch\u00e8se, celle de son but. Autrement \u00e9crit, doit-elle \u00eatre eccl\u00e9siocentr\u00e9e, christocentr\u00e9e ou th\u00e9ocentr\u00e9e?<\/p>\n<p>Je propose de r\u00e9pondre en prenant en compte les diff\u00e9rentes formes de cat\u00e9ch\u00e8se que j\u2019ai examin\u00e9es. Il me para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable que l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la foi, si elle a pour fonction premi\u00e8re d\u2019amener les cat\u00e9chum\u00e8nes vers Dieu, soit th\u00e9ocentr\u00e9e: Dieu est \u00e0 la fois son sujet (c\u2019est lui qui \u00e9duque) et son objet (c\u2019est vers lui que l\u2019on \u00e9duque). Il me para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable que l\u2019\u00e9ducation de la foi, si elle a pour fonction premi\u00e8re de former et d\u2019informer la foi des cat\u00e9chum\u00e8nes, soit christocentr\u00e9e: la foi chr\u00e9tienne se caract\u00e9rise pr\u00e9cis\u00e9ment par le fait qu\u2019elle est chr\u00e9tienne, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle affirme que J\u00e9sus est le Christ, l\u2019image fid\u00e8le de Dieu; une \u00e9ducation chr\u00e9tienne de la foi (ou une \u00e9ducation de la foi chr\u00e9tienne) doit donc dire qui est le Christ. Il me para\u00eet possible que l\u2019\u00e9ducation dans la foi, si elle a pour fonction de permettre aux cat\u00e9chum\u00e8nes de faire l\u2019exp\u00e9rience de la vie chr\u00e9tienne, soit eccl\u00e9siocentr\u00e9e: elle peut promouvoir une orthodoxie et une orthopraxie, celle d\u2019une \u00c9glise chr\u00e9tienne particuli\u00e8re. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9ducation par la foi (en tout cas une \u00e9ducation par la foi chr\u00e9tienne, je ne veux pas parler pour d\u2019autres), je crois qu\u2019elle a pour objectif de rendre les cat\u00e9chum\u00e8nes \u00ables meilleurs \u00eatres humains possible\u00bb, quelle que soit leur foi (religieuse ou non, monoth\u00e9iste ou polyth\u00e9iste, chr\u00e9tienne, juive ou musulmane) ou leur ath\u00e9isme, ou leur agnosticisme ou leur indiff\u00e9rence. En ce sens, il me para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019ajouter une quatri\u00e8me cat\u00e9gorie, une cat\u00e9ch\u00e8se humanocentr\u00e9e, pour signifier que l\u2019\u00e9ducation par la foi a pour fonction de participer \u00e0 l\u2019humanisation des personnes.<\/p>\n<p>Comme une question de contr\u00f4le, je sugg\u00e8re \u00e0 chaque cat\u00e9ch\u00e8te de se demander quel serait son sentiment si, au terme d\u2019une cat\u00e9ch\u00e8se protestante (je prends l\u2019exemple qui me concerne le plus directement, mais la question vaut pour toutes les \u00c9glises), un cat\u00e9chum\u00e8ne devient orthodoxe ou musulman (un cas de figure que chacun adaptera \u00e0 sa propre r\u00e9alit\u00e9). Devrait-il consid\u00e9rer cela comme un succ\u00e8s ou comme un \u00e9chec? \u00c9videmment, la r\u00e9ponse \u00e0 cette deuxi\u00e8me question d\u00e9pend de la r\u00e9ponse donn\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re question. Dans une \u00e9ducation humanocentr\u00e9e, ou th\u00e9ocentr\u00e9e, le cat\u00e9ch\u00e8te se r\u00e9jouira que le cat\u00e9chum\u00e8ne devienne croyant, peu importe qu\u2019il le soit comme un chr\u00e9tien, un juif ou un musulman. Dans une cat\u00e9ch\u00e8se christocentr\u00e9e, il pourrait (je ne suis pas convaincu qu\u2019il devrait) consid\u00e9rer comme un semi-\u00e9chec le fait qu\u2019un cat\u00e9chum\u00e8ne devienne juif ou musulman, puisqu\u2019il aurait en quelque sorte \u00abDieu sans le Christ\u00bb?; mais en tous les cas, il se r\u00e9jouira que le cat\u00e9chum\u00e8ne devienne chr\u00e9tien, peu importe qu\u2019il le soit en orthodoxe, en catholique ou en protestant. Seule une \u00e9ducation uniquement eccl\u00e9siocentr\u00e9e protestante ou catholique pourrait consid\u00e9rer comme un \u00e9chec qu\u2019un cat\u00e9chum\u00e8ne devienne orthodoxe. Et encore, cela devrait d\u00e9pendre de l\u2019origine du cat\u00e9chum\u00e8ne. Pour une cat\u00e9ch\u00e8se protestante, qu\u2019un ath\u00e9e devienne orthodoxe devrait par exemple \u00eatre consid\u00e9r\u00e9, pour le moins, comme un demi-succ\u00e8s.<\/p>\n<h2>7. Bibliographie<\/h2>\n<p>Aerens, L.\u00a0(2002). <em>La cat\u00e9ch\u00e8se de cheminement\u00a0: p\u00e9dagogie pastorale pour mener la transition en paroisse<\/em>. Bruxelles\u00a0: Lumen Vitae.<\/p>\n<p>Bauer, O.\u00a0(2007). \u00ab?Vers une communaut\u00e9 d\u2019individus. Le cas de l\u2019\u00c9glise protestante francophone de Washington, DC.?\u00bb Dans J. Richard &amp; M.\u00a0Dumais (dir.), <em>\u00c9glise et communaut\u00e9<\/em> (p.\u00a059-78). Montr\u00e9al\u00a0: Fides.<\/p>\n<p>Baumann, M.\u00a0(1993). <em>J\u00e9sus \u00e0 15 ans\u00a0: didactique du cat\u00e9chisme des adolescents<\/em>. Gen\u00e8ve\u00a0: Labor et Fides.<\/p>\n<p>Borg, M.\u00a0J. (2003). <em>The Heart of Christianity: rediscovering a life of faith.<\/em> San Francisco\u00a0: HarperSanFrancisco.<\/p>\n<p>Brassens, G.\u00a0(1965). <em>Georges Brassens\u00a0: le m\u00e9cr\u00e9ant, textes de G. Brassens, Paul Fort, Victor Hugo, Louis Aragon\u2026 [et al.]<\/em> G.\u00a0Brassens, chant et guit. ; Victor Apicella, guit. ; Pierre Nicolas, cb?; Barth\u00e9l\u00e9my Rosso, guit. [Enregistrement sonore]. Paris Philips, [1965].<\/p>\n<p>Buber,\u00a0M.\u00a0(1991). <em>Deux types de foi\u00a0: foi juive et foi chr\u00e9tienne<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Cerf.<\/p>\n<p>Bultmann, R.\u00a0(1976). \u00ab?Le groupe des notions de <em>pistis<\/em> dans le Nouveau Testament.?\u00bb Dans R. Bultmann &amp; A.\u00a0Weiser (dir.), <em>Foi<\/em> (p.\u00a060-113). Gen\u00e8ve\u00a0: Labor et Fides.<\/p>\n<p>Calvin,\u00a0J. (1955). <em>Institution de la religion chr\u00e9tienne<\/em>. Gen\u00e8ve\u00a0: Labor et Fides.<\/p>\n<p>Congr\u00e9gation\u00a0pour\u00a0le\u00a0clerg\u00e9 (1997). <em>Directoire g\u00e9n\u00e9ral pour la cat\u00e9ch\u00e8se<\/em>. Rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/roman_curia\/congregations\/cclergy\/documents\/rc_con_ccatheduc_doc_17041998_directory-for-catechesis_fr.html\">https:\/\/www.vatican.va\/roman_curia\/congregations\/cclergy\/documents\/rc_con_ccatheduc_doc_17041998_directory-for-catechesis_fr.html<\/a><\/p>\n<p>Dioc\u00e8se de Saint-Jean\u2013Longueuil (2001). <em>Vers un projet cat\u00e9ch\u00e9tique dioc\u00e9sain\u00a0: Dioc\u00e8se de Saint-Jean\u2013Longueuil<\/em>.<\/p>\n<p>Dubied, P.-L. (1992). <em>Apprendre Dieu \u00e0 l\u2019adolescence<\/em>. Gen\u00e8ve\u00a0: Labor et Fides.<\/p>\n<p>Fowler, J.\u00a0W. (1981). <em>Stages of faith: the psychology of human development and the quest for meaning<\/em>. San Francisco\u00a0: Harper &amp; Row.<\/p>\n<p>Gaffiot, F.\u00a0(Dir.) (1934). <em>Dictionnaire Latin-Fran\u00e7ais<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p>Gigu\u00e8re, P.-A. (1991). <em>Cat\u00e9ch\u00e8se et maturit\u00e9 de la foi<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Novalis.<\/p>\n<p>Gounelle, A.\u00a0(1988). <em>D\u00e9finition de l\u2019\u00c9glise<\/em>. \u00c9tudes th\u00e9ologiques et religieuses, 63 (1), 67-76.<\/p>\n<p>McLaren, B.\u00a0D. (2006). <em>A generous orthodoxy: why I am a missional, evangelical, post\/Protestant, liberal\/conservative, mystical\/poetic, biblical, charismatic\/contemplative, fundamentalist\/Calvinist, Anabaptist\/Anglican, Methodist, Catholic, green, incarnational, depressed-yet-hopeful, emergent, unfinished Christian<\/em>. El Cajon, CA: Youth Specialties.<\/p>\n<p>Meirieu, P.\u00a0(2009). <em>Frankenstein p\u00e9dagogue<\/em>. (6<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d.). Paris\u00a0: ESF \u00e9dition.<\/p>\n<p>Ortigues, E.\u00a0(sans date). <em>Foi<\/em>. Encyclopaedia Universalis. Rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/foi\/\">https:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/foi\/<\/a><\/p>\n<p>Palmer, P.\u00a0J. (1983). <em>To know as we are known: a spirituality of education<\/em>. San Francisco\u00a0: Harper &amp; Row.<\/p>\n<p>Viau, M.\u00a0(2002). <em>L\u2019univers esth\u00e9tique de la th\u00e9ologie pratique<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: M\u00e9diaspaul.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Olivier Bauer est professeur de th\u00e9ologie pratique \u00e0 l\u2019Institut l\u00e9manique de th\u00e9ologie pratique, Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions, Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> J\u2019ai largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des remarques, des commentaires, des critiques et des suggestions des \u00e9tudiant\u00b7es des facult\u00e9s de th\u00e9ologie des Universit\u00e9s de Montr\u00e9al de Gen\u00e8ve et de Lausanne avec qui j\u2019ai pu partager mes connaissances et mes exp\u00e9riences.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Pour d\u00e9signer l\u2019\u00e9ducation \u00e0\/de\/dans\/par la foi, j\u2019utiliserai les termes g\u00e9n\u00e9riques de \u00ab?cat\u00e9chisme?\u00bb, \u00ab?cat\u00e9ch\u00e8se?\u00bb, \u00ab?cat\u00e9ch\u00e8te?\u00bb, et \u00ab?cat\u00e9chum\u00e8ne?\u00bb de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique, sans reprendre ni les acceptions protestantes (qui r\u00e9servent \u00ab?cat\u00e9chisme?\u00bb et \u00ab?cat\u00e9chum\u00e8ne?\u00bb pour l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne des adolescents), ni les acceptions catholiques (qui d\u00e9signe par \u00ab?cat\u00e9chisme?\u00bb l\u2019expos\u00e9 synth\u00e9tique de la foi et par \u00ab?cat\u00e9chum\u00e8ne?\u00bb, l\u2019adulte qui se pr\u00e9pare aux sacrements d\u2019initiation).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Je dois la d\u00e9couverte de cet ouvrage \u00e0 Alain Wimmer, pasteur et formateur d\u2019adulte dans l\u2019\u00c9glise r\u00e9form\u00e9e Berne, Jura, Soleure en Suisse. Je lui en suis reconnaissant.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> C\u2019est Nicolas Cochand, professeur \u00e0 l\u2019Institut protestant de th\u00e9ologie \u00e0 Paris qui le premier m\u2019a parl\u00e9 de James Fowler. Je lui en suis reconnaissant.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Je dois \u00e0 John Jomon Kalladanthiyil, pr\u00eatre \u00e0 l\u2019oratoire Saint-Joseph de Montr\u00e9al et l\u2019un de mes doctorants, d\u2019avoir attir\u00e9 mon attention sur le fait que la Congr\u00e9gation de Sainte-Croix parle des \u00ab?<em>Educators in faith<\/em><em>?<\/em>\u00bb dans ses documents en anglais. Je lui en suis reconnaissant.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Je dois la d\u00e9couverte de ce petit livre au th\u00e9ologien \u00c9ric von Zinkernagel, qui a \u00e9t\u00e9 mon paroissien dans l\u2019\u00c9glise protestante francophone de Washington, DC. Je lui en suis reconnaissant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour citer cet article : Bauer, O. (2017). \u00ab Une \u00e9ducation \u00e0 la foi, de la foi, dans la foi et par la foi \u00bb, Les\u00a0Cahiers de l\u2019ILTP, mis en ligne en avril 2017 : 17 pages. Disponible en libre<\/p>\n","protected":false},"author":1001327,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[22],"tags":[],"class_list":{"0":"post-315","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-perspectives-pastorales"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/315","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001327"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=315"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/315\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}