{"id":598,"date":"2018-05-24T17:49:56","date_gmt":"2018-05-24T15:49:56","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/?page_id=598"},"modified":"2020-01-18T07:47:26","modified_gmt":"2020-01-18T06:47:26","slug":"jm-barreau-existe-t-il-%e2%80%b3une%e2%80%b3-ou-%e2%80%b3des%e2%80%b3-souffrance%c2%b7s-spirituelles%e2%80%89-2018","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/accompagner\/jm-barreau-existe-t-il-%e2%80%b3une%e2%80%b3-ou-%e2%80%b3des%e2%80%b3-souffrance%c2%b7s-spirituelles%e2%80%89-2018\/","title":{"rendered":"J.-M. Barreau &#8211; Existe-t-il une ou des souffrance\u00b7s spirituelle\u00b7s? &#8211; 2018"},"content":{"rendered":"<p>Pour citer cet article : Barreau, J.-M. (2018). \u00abExiste-t-il une ou des souffrance\u00b7s spirituelle\u00b7s?\u00bb, <em>Les Cahiers de l\u2019ILTP<\/em>, mis en ligne en mai 2018\u00a0: 26 pages. Disponible en libre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <span id=\"sample-permalink\"><\/span><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/accompagner\/jm-barreau-existe-t-il-%e2%80%b3une%e2%80%b3-ou-%e2%80%b3des%e2%80%b3-souffrance%c2%b7s-spirituelles%e2%80%89-2018\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/accompagner\/<span id=\"editable-post-name\">jm-barreau-exist\u2026irituelles\u2009-2018<\/span>\/<\/a> \u200e<span id=\"edit-slug-buttons\"><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/files\/2018\/05\/CahiersILTP_BARREAU_Accompagner_RT_052018.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format &lt;pdf&gt;<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1>Existe-t-il une ou des souffrance\u00b7s spirituelle\u00b7s?<\/h1>\n<h2><strong>Jean-Marc Barreau<\/strong><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/h2>\n<p>De prime abord, poser la question \u00abdes souffrances spirituelles\u00bb semble repr\u00e9senter une perte de temps\u2026 Premi\u00e8rement, parce que la r\u00e9alit\u00e9 spirituelle se rencontre malheureusement assez r\u00e9guli\u00e8rement en p\u00e9riph\u00e9rie des probl\u00e9matiques cliniques trait\u00e9es\u2026 Deuxi\u00e8mement, parce qu\u2019a priori, m\u00eame si ces souffrances spirituelles s\u2019av\u00e8rent \u00eatre potentiellement existantes pour lui, le clinicien les r\u00e9cuse assez ais\u00e9ment dans un aveu d\u2019impuissance : \u00abPour ce type de maux, je ne puis rien faire\u2026\u00bb Pourtant, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce positionnement quelque peu facile, la praxie interpelle l\u2019accompagnateur spirituel<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. En effet, l\u2019accompagnement spirituel du patient renvoie indubitablement \u00e0 cette question de fond : \u00abExiste-t-il une ou des souffrances qui, sp\u00e9cifiquement, \u00e9chapperaient au domaine physique et psychique du patient?\u00bb Souffrances spirituelles qui, une fois identifi\u00e9es, pourraient \u00eatre soulag\u00e9es?<\/p>\n<p>Au Canada, le 10 d\u00e9cembre 2015, la province du Qu\u00e9bec se dotait d\u2019une loi qui l\u00e9galisait l\u2019euthanasie et qu\u2019elle nomma l\u2019Aide M\u00e9dicale \u00e0 Mourir (AMM). Cette loi offre au minima deux particularit\u00e9s. Dans un premier temps, le texte ench\u00e2sse et encadre \u00abla s\u00e9dation palliative continue\u00bb. Dans un deuxi\u00e8me temps (section II &amp; 26), le texte pr\u00e9cise les six conditions requises permettant de faire b\u00e9n\u00e9ficier un patient de l\u2019AMM, consid\u00e9r\u00e9es comme un \u00absoin de fin de vie\u00bb. Au-del\u00e0 des probl\u00e8mes \u00e9pist\u00e9mologiques que la loi soul\u00e8ve sur le plan m\u00e9dical, peut-on consid\u00e9rer l\u2019AMM comme un soin de fin de vie? Par ailleurs, peut-on consid\u00e9rer ce dit \u00absoin de fin de vie\u00bb comme \u00e9tant compatible avec la philosophie des soins palliatifs?, retenons ici la sixi\u00e8me et derni\u00e8re condition pr\u00e9cis\u00e9e par la loi : \u00abIl est n\u00e9cessaire, publie-t-elle, que la personne \u00e9prouve des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent \u00eatre apais\u00e9es dans des conditions qu\u2019elle juge tol\u00e9rables<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.\u00bb Notons bien qu\u2019en aucun moment, il n\u2019y est explicitement fait allusion \u00e0 des \u00absouffrances d\u2019ordre spirituel?\u00bb. C\u2019est donc l\u00e0 que se situe notre sujet de recherche : \u00abExiste-t-il, oui ou non, des souffrances spirituelles que l\u2019accompagnateur spirituel puisse nommer?\u00bb Si tel est le cas, au lieu de les confondre avec des souffrances psychiques ou somatiques, ou sinon de les occulter, peut-on penser pouvoir les soulager?<\/p>\n<p>Pour conduire une telle recherche, nous avons besoin de r\u00e9f\u00e9rents philosophiques solides qui nous permettent de d\u00e9finir quelle \u00abspiritualit\u00e9\u00bb nous reconnaissons chez le patient<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Il s\u2019agit fondamentalement d\u2019une spiritualit\u00e9 que nous nommons \u00abs\u00e9culi\u00e8re\u00bb. Spiritualit\u00e9 qui nous permettra de sugg\u00e9rer une taxonomie de ces souffrances spirituelles qui touchent la personne dite en fin de vie<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Pour ce faire, nous reprendrons certains concepts d\u00e9velopp\u00e9s dans notre dernier ouvrage <em>Soins palliatifs. Accompagner pour vivre<\/em>, mais plus encore&#8230;<\/p>\n<p>Et pour des raisons didactiques, nous appuierons notre r\u00e9flexion autour d\u2019un fait v\u00e9cu offert en exorde du premier chapitre de cet expos\u00e9<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Tout simplement, parce que le r\u00e9el existant s\u2019y d\u00e9couvre de fa\u00e7on lumineuse, parlante, riche et simple \u00e0 la fois\u2026<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h1>1.\u00a0\u00a0\u00a0 Une anthropologie philosophique<\/h1>\n<p>39 ans et 3 mois\u2026 pour \u00eatre pr\u00e9cis. C\u2019est en tout cas ce que pr\u00e9cise le dossier m\u00e9dical de cette presque quadrag\u00e9naire<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Cancer du sein \u00e0 37 ans. R\u00e9cidive au cerveau\u2026 Ce que le dossier ne souligne pas, c\u2019est que la trajectoire maligne de ce crabe s\u2019est dessin\u00e9e durant la p\u00e9riode o\u00f9 Virginie \u00e9tait en pleine r\u00e9daction de th\u00e8se de doctorat. Si bien que lors de sa soutenance brillamment et h\u00e9ro\u00efquement soutenue, tous sont au courant. L\u2019ensemble du jury. Les amis. La famille. M\u00eame Peter.<\/p>\n<p>Quand Virginie et Peter se sont pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 moi aux soins palliatifs, j\u2019ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 une relation amoureuse de plus de vingt ans : connivence, regards empreints de tendresse, silence et pr\u00e9sence. Dans cette relation, il y a pourtant un quelque chose qui m\u2019invite \u00e0 la retenue&#8230; Une sorte de myst\u00e8re. Une \u00abterre sacr\u00e9e\u2026\u00bb. Si la chambre est marqu\u00e9e par le drame, elle est aussi et surtout transfigur\u00e9e par la pr\u00e9sence, et quelle pr\u00e9sence?! Je n\u2019ose y p\u00e9n\u00e9trer. Virginie est pr\u00e9sente \u00e0 Peter. Peter \u00e0 Virginie. Pr\u00e9sence aimante\u2026 R\u00e9ciprocit\u00e9 de pr\u00e9sence! \u2026 Difficile d\u2019imaginer cette autre pr\u00e9sence sournoise, celle du crabe malfaisant venu squatter en plein centre le lobe frontal du cerveau de Virginie.<\/p>\n<p>Ce sera donc au gr\u00e9 de nos r\u00e9guli\u00e8res rencontres que Peter me soufflera leur histoire. Avec pudeur et retenue. Avec r\u00e9alisme aussi! Lui, sp\u00e9cialiste comme elle de p\u00e9dagogie num\u00e9rique, avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 pour le jury de th\u00e8se de Virginie. Tout avait commenc\u00e9 l\u00e0!&#8230;<\/p>\n<p>\u00c9changes de lumi\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>Il faudra l\u2019obtention de sa th\u00e8se et quelques jours de repos pour que Virginie soit invit\u00e9e par ce talentueux professeur de l\u2019Universit\u00e9 MC Gill. Peter sait\u2026 Et pourtant ils ne se quitteront plus jamais\u2026 Envelopp\u00e9e d\u2019un manteau de laine d\u00e9j\u00e0 trop ample pour elle, c\u2019est dans un pub que Virginie se sait attendue&#8230; Peter a jet\u00e9 la cravate et savoure pos\u00e9ment la bi\u00e8re de ses anc\u00eatres. Chaque seconde est habit\u00e9e. Chaque geste est habit\u00e9, pens\u00e9, mesur\u00e9. \u00abBonjour Peter\u2026\u00bb; \u00abBonsoir Virginie\u2026\u00bb Virginie s\u2019assied\u2026 Peter l\u2019observe\u2026 \u00abPeter, tu connais le diagnostic m\u00e9dical\u2026\u00bb; \u00abJe sais Virginie\u2026 Je sais. Je sais tout cela\u2026 Je veux juste \u00eatre l\u00e0. Un mois. Deux mois. Une semaine, un jour, une heure, une minute, un souffle\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais pu parler longtemps avec Virginie. Parce qu\u2019il y avait Peter&#8230; Mais aussi parce que je pensais n\u2019avoir rien \u00e0 dire. D\u00e8s que je m\u2019y essayais, ma bouche se fermait et je restais coi, simplement l\u00e0. La souffrance de Virginie \u00e9tait palpable. Une souffrance \u00e0 multiples facettes\u2026 Physique, bien que le corps m\u00e9dical ait fait un excellent travail. Psychologique, bien que la psychologue soit particuli\u00e8rement comp\u00e9tente. Sociale, bien que la travailleuse sociale n\u2019ait pas eu besoin d\u2019intervenir. Spirituelle, probablement\u2026 En effet, Virginie ne peut supporter l\u2019id\u00e9e de la s\u00e9paration. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle sait que la mort s\u2019invite in\u00e9luctablement dans cette chambre devenue trop vaste pour le d\u00e9ploiement de son corps si fr\u00eale, si malingre. Par ailleurs, elle vit l\u2019exp\u00e9rience quasi m\u00e9taphysique que l\u2019amour qu\u2019elle partage avec Peter transcende d\u00e9j\u00e0 sa mort. Ce quasi-dualisme me renvoie \u00e0 cet ouvrage de Simone Weil, <em>La personne et le sacr\u00e9, <\/em>qui, s\u2019inspirant du Tim\u00e9e de Platon, use de l\u2019image de l\u2019arbre \u00e0 double racine : \u00abSeule la lumi\u00e8re qui tombe continuellement du ciel fournit \u00e0 un arbre l\u2019\u00e9nergie qui enfouit profond\u00e9ment dans la terre ses puissantes racines. L\u2019arbre est en r\u00e9alit\u00e9 enracin\u00e9 dans le ciel<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.\u00bb La terre : la mort. L\u2019enracinement c\u00e9leste : l\u2019amour. Et puis une question lancinante, presque obsessive taraude Virginie : \u00abSi Dieu existe, comment peut-il d\u00e9verser sur elle toutes les foudres de sa col\u00e8re?&#8230; Sur elle, la chercheuse. Sur elle, l\u2019amoureuse. Sur elle, la philanthrope. Sur elle\u2026, si d\u00e9licate et si discr\u00e8te\u2026\u00bb \u00abSi Dieu existe, comment se fait-il que je sois devenue son bouc \u00e9missaire<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>? Et s\u2019il n\u2019existait pas? Mais alors : Je pars vers o\u00f9?\u00bb Ce sont toutes ces questions poignantes et d\u2019autres encore que Virginie porte en elle et qui la traversent comme des fl\u00e8ches. Fl\u00e8ches furtives, trop furtives pour s\u2019y arr\u00eater. Promptes, trop promptes pour les contr\u00f4ler, pour les apaiser&#8230; D\u00e9cid\u00e9ment, d\u00e9finitivement, Virginie souffre spirituellement!<\/p>\n<p>La derni\u00e8re fois que je me suis pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 elle, Virginie ne pouvait plus ouvrir les yeux et encore moins parler. Bouffi par l\u2019\u00e9volution drastique de la maladie, son visage \u00e9tait m\u00e9connaissable. Quel sentiment d\u2019impuissance \u00e9prouvais-je !&#8230; Profond\u00e9ment r\u00e9ceptif \u00e0 ce qui se vivait, je veillais. Silencieusement, simplement, je veillais&#8230;! Peter entra et m\u2019aper\u00e7ut. J\u2019\u00e9tais fig\u00e9&#8230; Dans un silence ineffable, je le vis s\u2019allonger spontan\u00e9ment aupr\u00e8s de Virginie. D\u2019un bon, je pris le chemin pour sortir, mais c\u2019est de sa main qu\u2019il me pria de rester&#8230; Ce qu\u2019il me fut donn\u00e9 de voir alors, pourrai-je jamais le relater? Comment le dire? Une esp\u00e8ce de liturgie apophatique&#8230; Avec juste ce corps agonisant accueillant tous les gestes gracieux propos\u00e9s par Peter. Chaque caresse d\u00e9pos\u00e9e sur ses cheveux entrelac\u00e9s semblait commander la respiration de Virginie. Et chaque respiration de Virginie dans son agonie semblait supplier la main de Peter. Image prodigieuse que cette main gardienne de vie! Cette main pour laquelle elle expira, en s\u2019\u00e9chappant doucement des doigts d\u00e9licats de Peter\u2026<\/p>\n<h2>1.1.\u00a0 Une anthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert<\/h2>\n<p>L\u2019expression \u201canthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u201d utilis\u00e9e dans notre ouvrage <em>Soins palliatifs<\/em>.<em> Accompagner pour vivre<\/em> peut para\u00eetre na\u00efve. Elle renvoie pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de penser une anthropologie philosophique qui respecte profond\u00e9ment toutes les aspirations de chaque patient accompagn\u00e9. Une anthropologie holistique. Pour dire les choses tr\u00e8s simplement, une anthropologie qui prenne en compte toute la personne, corps et \u00e2me. Plus avant, nous charpenterons cette affirmation. Mais pr\u00e9sentement, nous voulons attirer l\u2019attention du lecteur sur deux r\u00e9alit\u00e9s, toutes les deux limitatives de cette anthropologie \u201c\u2026 \u00e0 c\u0153ur ouvert\u201d.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re renvoie \u00e0 la possible h\u00e9g\u00e9monie de la science. Mon exp\u00e9rience d\u2019accompagnateur spirituel en soins palliatifs me laisse souvent dubitatif quand, pour un patient probablement \u00e0 quelques jours ou \u00e0 quelques heures de son d\u00e9c\u00e8s, l\u2019\u00e9quipe interdisciplinaire concentre la majeure partie de son \u00e9nergie sur des questions pharmaceutiques ou m\u00e9dicales. Bien qu\u2019il apparaisse \u00e9vident que ces questions cliniques s\u2019imposent, ne devraient-elles pas \u00eatre accompagn\u00e9es de certaines autres beaucoup plus existentielles? \u00c0 la limite, m\u00e9taphysiques? Pour exemple : \u201cEst-il bon pour telle patiente en fin de vie qu\u2019elle re\u00e7oive son conjoint apr\u00e8s 40 ans de s\u00e9paration et de tensions multiples?\u201d Ou encore : \u201cNe pourrait-on pas aider tel autre patient \u00e0 se pardonner une vie tumultueuse?\u201d Sinon : \u201cPeter peut-il encore chuchoter son amour \u00e0 Virginie quand la m\u00e9decine la consid\u00e8re inconsciente et donc absente au monde r\u00e9el?\u201d N\u2019est-ce pas le philosophe Ric\u0153ur qui affirmait \u201c(\u2026) qu\u2019il y a des situations, plus nombreuses qu\u2019on ne le croit, o\u00f9 la communication de la v\u00e9rit\u00e9 s\u2019\u00e9change sous le signe de la mort accept\u00e9e<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>?\u201d C\u2019est donc \u00e0 deux mains que l\u2019\u00e9quipe interdisciplinaire se doit de prendre en charge le patient : par la main de la science, certes. Mais aussi par l\u2019autre main, cette main \u201couverte\u201d que pourra justifier une anthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert. Car elle est la seule \u00e0 pouvoir assumer des questions aussi ultimes que fondamentales, comme celles du rapport du patient avec l\u2019au-del\u00e0.<\/p>\n<p>Et puis il y a une seconde r\u00e9alit\u00e9 concomitante capable de nourrir tristement ce r\u00e9ductionnisme anthropologique : La r\u00e9duction de l\u2019accompagnement?\u00bb du patient \u00e0 une \u00abintervention\u00bb clinique sur le patient. Pour ce qui est du Qu\u00e9bec, ne parlons-nous pas d\u2019\u00abintervenants en soins spirituels\u00bb et non d\u2019accompagnateurs spirituels? Sans trop en \u00eatre conscients, ne parachutons-nous pas tel travailleur social dans telle situation familiale d\u00e9licate qui, pourtant, exigerait \u00e9coute, contextualisation et accompagnement? Ne voyons-nous pas r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019exercice de la m\u00e9decine \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une intervention ponctuelle quand le patient ressent urgemment le besoin d\u2019exprimer nombre de questions au m\u00e9decin? Alors que seul un \u00abaccompagnement interdisciplinaire\u00bb serait en mesure d\u2019assurer les services qu\u2019une anthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert exige&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019existence de ces deux r\u00e9alit\u00e9s comme facteurs limitatifs d\u2019une \u00abanthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert\u00bb met donc le chercheur et le clinicien face \u00e0 une m\u00eame exigence, celle d\u2019accompagner tout patient \u00e0 partir de ses nombreuses pr\u00e9occupations existentielles et en vue d\u2019une anthropologie holistique. Mais cela peut-il se faire sans r\u00e9introduire la d\u00e9licate question de l\u2019\u00e2me humaine? Curieusement, cette hypoth\u00e8se para\u00eet d\u00e9pass\u00e9e alors m\u00eame qu\u2019un certain nombre de penseurs et de scientifiques r\u00e9introduisent contre toute attente la question de l\u2019\u00e2me dans le d\u00e9bat public. Dans un ouvrage tout aussi passionnant que percutant, <em>Time to philo<\/em><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, le philosophe et normalien Gaspard K\u0153nig ose la question : \u00abLes robots ont-ils une \u00e2me?\u00bb Situant la probl\u00e9matique dans le sujet plus vaste de \u00abl\u2019intelligence artificielle\u00bb, il renvoie son lecteur \u00e0 \u00abAlphaGo\u00bb ce programme informatique d\u00e9velopp\u00e9 par une filiale de Google nomm\u00e9 Deep Mind. AlphaGo aurait supplant\u00e9 le \u00abSud-Cor\u00e9en Lee Sedol, champion du monde du jeu de go, au terme d\u2019un match suivi en ligne par plus de cent millions de personnes<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.\u00bb Et l\u2019une des originalit\u00e9s d\u2019AlphaGo est que ce programme \u00ab(\u2026) ne se contente pas de calculer une infinit\u00e9 de positions possibles, mais qu\u2019il d\u00e9veloppe ses propres intuitions gr\u00e2ce \u00e0 des algorithmes qui lui permettent d\u2019apprendre \u00e0 partir de ses exp\u00e9riences et de celles des autres joueurs<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>\u00bb. La question philosophique qui se pose est donc claire : \u00abD\u2019algorithme en algorithme, les robots seront-ils un jour capables de penser et\/ou de s\u2019\u00e9mouvoir, comme le C-3PO de Star Wars?<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00bb Un jour, auront-ils une \u00e2me?<\/p>\n<p>Le philosophe peut et doit se poser la question. Le clinicien aussi\u2026 Fils de Descartes, nous pensons souvent de fa\u00e7on dualiste. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y aurait le corps et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y aurait l\u2019\u00e2me, laquelle se tiendrait \u00aben retrait\u00bb des lois mat\u00e9rielles, \u00abisol\u00e9e du monde des passions<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.\u00bb Et puisque le dualisme conduit que trop souvent \u00e0 l\u2019univocit\u00e9, c\u2019est toujours en s\u2019appuyant sur Descartes que \u00ab(\u2026) le neuroscientifique fran\u00e7ais Stanislas Dehaene pousse le r\u00e9ductionnisme encore plus loin&#8230; Dans son dernier ouvrage <em>Consciousness and the Brain<\/em>, il pose ce qu\u2019il appelle <em>le d\u00e9fi de Descartes<\/em>\u00a0: si l\u2019on peut cartographier les m\u00e9canismes neuronaux qui induisent la rationalit\u00e9 (capacit\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 des probl\u00e8mes nouveaux, non programm\u00e9s) et la r\u00e9flexivit\u00e9 (analyse de ses propres \u00e9tats psychiques), alors la conscience elle-m\u00eame deviendra le produit exp\u00e9rimentable, manipulable, voire r\u00e9plicable, de notre mati\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.\u00bb Pour contrebalancer ce r\u00e9ductionnisme scientifique, Gaspard K\u0153nig nous renvoie \u00e0 \u00ab(\u2026) l\u2019un des rares philosophes respect\u00e9s par la communaut\u00e9 scientifique aujourd\u2019hui. Dans son ouvrage <em>The Conscious Mind<\/em>, David Chalmers d\u00e9finit le <em>hard problem<\/em>\u00a0comme suit\u00a0: ce n\u2019est pas tant la conscience que l\u2019exp\u00e9rience, ce m\u00e9lange myst\u00e9rieux de sensibilit\u00e9 et d\u2019intellectualisation, qui est irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019analyse machinale<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.\u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi nous avons souhait\u00e9 partir d\u2019un fait v\u00e9cu pour induire l\u2019anthropologie holistique. Seule l\u2019exp\u00e9rience, au-del\u00e0 des id\u00e9ologies et des sophismes quelconques, peut conduire l\u2019\u00eatre humain, le clinicien, l\u2019accompagnateur, \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019existence de l\u2019\u00e2me humaine. Pensez-vous que Peter, pourtant sp\u00e9cialiste en num\u00e9rique, aurait \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de r\u00e9duire \u00absa\u00bb Virginie \u00e0 un amas de poussi\u00e8re ou pire encore son \u00e2me \u00e0 un quelconque algorithme?<\/p>\n<h2>1.2. Une anthropologie holistique<\/h2>\n<p>En d\u2019autres termes, et pour r\u00e9sumer, l\u2019intelligence artificielle aura beau \u00abd\u00e9velopper ses propres intuitions\u00bb, comme AlphaGo semble le faire gr\u00e2ce \u00e0 certains algorithmes puissants qui lui permettent d\u2019apprendre de ses propres exp\u00e9riences, elle aura beau d\u00e9velopper des m\u00e9canismes neuronaux qui induiront la rationalit\u00e9 et la r\u00e9flexivit\u00e9, formant alors ce que Stanislas Dehaene nomme la conscience, cette dite intelligence artificielle ne remplacera pas ce que David Chalmers nomme lui-m\u00eame \u00abl\u2019intellectualisation\u00bb du r\u00e9el sensible. Car l\u2019intellectualisation renvoie \u00e0 la facult\u00e9 qu\u2019a l\u2019\u00eatre humain de \u00absignifier\u00bb le r\u00e9el sensible. Autrement dit, \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience sensible, de pouvoir conceptualiser le r\u00e9el, je veux dire l\u2019\u00abintelliger\u00bb en passant du singulier \u00e0 l\u2019universel.<\/p>\n<p>L\u2019intelligence artificielle pousse la logique \u00e0 son extr\u00eame : le raisonnement. L\u2019intelligence humaine a pour premi\u00e8re finalit\u00e9 de signifier le r\u00e9el. Il peut y avoir de la logique sans r\u00e9el. Mais jamais de signification sans le r\u00e9el existant. C\u2019est pourquoi, et pour r\u00e9pondre au neuroscientifique Stanislas Dehaene, seule l\u2019intelligence de l\u2019homme peut avoir une conscience humaine, car elle est \u00abconscience du r\u00e9el\u00bb. L\u00e0 encore, pensez-vous vraiment qu\u2019un robot puisse s\u2019adapter \u00abhumainement\u00bb avec justesse et pudeur \u00e0 l\u2019agonie de Virginie? Avec autant d\u2019intelligence pour la r\u00e9alit\u00e9 \u00abaim\u00e9e\u00bb que l\u2019intelligence de Peter? Pensez-vous qu\u2019un robot puisse \u00abaccompagner\u00bb Virginie avec autant de tact et d\u2019intimit\u00e9 que Peter a pu le faire? Pensez-vous qu\u2019un robot puisse avoir \u00abla conscience en paix\u00bb?<\/p>\n<p>Si je partage ici cette r\u00e9flexion tr\u00e8s incompl\u00e8te sur la difficile question de l\u2019intelligence artificielle, c\u2019est pour nous introduire \u00e0 la question de l\u2019\u00e2me. Xavier Lacroix a raison quand il pointe du doigt l\u2019inexactitude de l\u2019Acad\u00e9micien Fran\u00e7ois Cheng qui r\u00e9duit la question de l\u2019\u00e2me au psychisme<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. \u00abL\u2019\u00e2me existe m\u00eame si aucun acte n\u2019est pos\u00e9, insistera Xavier Lacroix, et elle est caract\u00e9ris\u00e9e par quelque chose de plus qu\u2019un fonctionnement. Elle renvoie \u00e0 plus grand qu\u2019elle, elle est ouverture (\u2026)<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00bb Une ouverture que nous aimons appeler : \u00abl\u2019anthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert.\u00bb<\/p>\n<p>Ouverture au r\u00e9el existant, avons-nous dit. Nous avons-l\u00e0 la facult\u00e9 de l\u2019intelligence. Ouverture \u00e0 l\u2019ami, pensons \u00e0 Virginie et Peter. Nous avons-l\u00e0 la facult\u00e9 de l\u2019amour. Cette fine pointe de l\u2019\u00e2me exige nuance et pr\u00e9cisions. De fait, il s\u2019agit de reconna\u00eetre un ordre existentiel entre ces deux facult\u00e9s \u00abspirituelles\u00bb de l\u2019\u00e2me. Xavier Lacroix, professeur \u00e9m\u00e9rite de philosophie et de th\u00e9ologie \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie de l\u2019Institut catholique de Lyon s\u2019y emploie avec brio: \u00abL\u2019intelligence, comprise au sens plein et non seulement de l\u2019entendement diviseur peut \u00eatre commencement de la vie spirituelle. Mais commencement seulement\u2026 La v\u00e9ritable d\u00e9possession de soi-m\u00eame est toujours en avant\u2026 Lorsqu\u2019Aim\u00e9 Forest affirme la liaison de l\u2019intellectuel et du spirituel, il sait ce qu\u2019il dit. Il distingue notamment vie intellectuelle et entendement abstrait. Ce dernier ne saisit les choses que de l\u2019ext\u00e9rieur, alors que l\u2019intelligence est une vue int\u00e9rieure de la v\u00e9rit\u00e9. Elle est ins\u00e9parable de l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019universel, gratuit\u00e9, d\u00e9possession de soi-m\u00eame o\u00f9 l\u2019auteur voit les marques de la spiritualit\u00e9 pure<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.\u00bb Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019adage philosophique connu de tous qui affirme qu\u2019il vaut mieux conna\u00eetre ce qui est inf\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00eatre humain et aimer ce qui lui est sup\u00e9rieur, nous voyons les deux facult\u00e9s les plus nobles de l\u2019\u00e2me que sont l\u2019intelligence et la volont\u00e9 (d\u2019aimer) s\u2019ordonner l\u2019une envers l\u2019autre. Mais \u00e0 chaque fois pour nous rappeler que la r\u00e9alit\u00e9 spirituelle contribue au caract\u00e8re holistique de l\u2019\u00eatre humain. Ce qui, pour autant, ne nous permet pas de la confondre avec une spiritualit\u00e9 confessionnelle. En d\u2019autres termes, parce que ces deux facult\u00e9s \u00abspirituelles\u00bb de l\u2019\u00e2me s\u2019enracinent dans la dimension ontologique de la personne humaine, nous pouvons affirmer qu\u2019elles donnent \u00e0 l\u2019anthropologie \u00e0 c\u0153ur ouvert la richesse de la transcendance : une \u00abanthropologie spirituelle\u00bb.<\/p>\n<h1>2.\u00a0\u00a0\u00a0 Une anthropologie spirituelle<\/h1>\n<p>En parlant d\u2019anthropologie spirituelle, nous comprenons ais\u00e9ment l\u2019importance d\u2019en poser ici les bases. Celles-ci offriront un support solide \u00e0 ce que notre pr\u00e9ambule nomme une spiritualit\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re.<\/p>\n<h2>2.1 Ses bases<\/h2>\n<p>La recherche des bases anthropologiques \u00e0 la spiritualit\u00e9 nous questionne sur le type d\u2019anthropologie philosophique que nous souhaitons assumer. Il y aurait, par exemple, le travail de recherche propos\u00e9 par Madame M\u00e9lany Bisson. Actuelle directrice de l\u2019AIISSQ<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, l\u2019auteur rappelle la n\u00e9cessit\u00e9 de poser une \u00abapproche non confessionnelle\u00bb dans le syst\u00e8me qu\u00e9b\u00e9cois de la sant\u00e9 qui est devenu s\u00e9culier<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Reprenant l\u2019affirmation du Dominicain Jean-Claude Breton \u00ab(\u2026) la vie spirituelle est une activit\u00e9 de la vie humaine qui d\u00e9coule de l\u2019anthropologie<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>\u00bb, M\u00e9lany Bisson propose une \u00abanthropologie ternaire<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>\u00bb telle que th\u00e9oris\u00e9e par Michel Fromager.<br \/>\nUne anthropologie spirituelle int\u00e9grant trois dimensions : \u00abcorps (biologique), \u00e2me<br \/>\n(psychologique-psychique), esprit (spirituelle)<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.\u00bb Famili\u00e8re d\u2019une anthropologie holistique, cette \u00abtripartition<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>\u00bb s\u2019oppose au \u00abdualisme<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>\u00bb corps\/\u00e2me et inscrit la spiritualit\u00e9 dans un rapport d\u2019apaisement entre la \u00abpostmodernit\u00e9<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>\u00bb et le fait religieux. Nous appr\u00e9cions cette th\u00e9orisation, \u00e0 la fois pour son ancrage holistique, pour son souci de mettre en avant une spiritualit\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re et pour son ouverture \u00e0 la postmodernit\u00e9.<\/p>\n<p>Pourtant, si nous ne la retenons pas, c\u2019est justement parce qu\u2019elle est une \u00abth\u00e9orie\u00bb. Et il nous semble qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019anthropologie spirituelle, le rapport au r\u00e9el, celui qui se voit, qui se sent, qui se touche et qui s\u2019entend, et \u00e0 la limite, celui qui se go\u00fbte, est capital. De fait, si la spiritualit\u00e9 a vocation \u00e0 trouver son ancrage dans la s\u00e9cularit\u00e9 de notre postmodernit\u00e9, elle se doit d\u2019\u00eatre \u00absensitive\u00bb. Et que dire du milieu palliatif\u2026 Ainsi donc, au-del\u00e0 des clich\u00e9s et de certains a priori, nous osons la question suivante : existe-t-il une anthropologie spirituelle qui jaillisse du r\u00e9el \u00absenti\u00bb? Si la philosophie aristot\u00e9licienne est si ais\u00e9ment disqualifi\u00e9e dans le monde de la praxie, c\u2019est uniquement parce qu\u2019elle est sugg\u00e9r\u00e9e aux diff\u00e9rents milieux acad\u00e9miques, et ce depuis des si\u00e8cles par le prisme malheureux de la philosophie scolastique. Donc, par un ontologisme. Pour r\u00e9habiliter ou d\u00e9douaner la philosophie du \u00absentir\u00bb, dite philosophie r\u00e9aliste, il est donc important de revenir \u00e0 la question du \u00abpourquoi<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>\u00bb comme le sugg\u00e8re le philosophe Ric\u0153ur dans son ouvrage <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>. Pourquoi Peter a-t-il tenu \u00e0 accompagner les derni\u00e8res heures de Virginie, allong\u00e9 sur ce lit devenu ineffablement sa civi\u00e8re? Pourquoi se pressait-il \u00e0 caresser les cheveux de sa compagne de vie? Pourquoi Peter lui parlait-il\u2026, alors que la m\u00e9decine la pensait plus ou moins inconsciente? Pourquoi cet homme rationnel et pourtant empathique s\u2019est-il \u00e9cri\u00e9 devant la d\u00e9pouille de Virginie : \u00abMaintenant, je sais ce qu\u2019est l\u2019\u00e2me\u2026\u00bb. Par contraste, pour ne pas dire par opposition \u00e0 ce corps qu\u2019\u00e9tait Virginie, ce corps qu\u2019il a aim\u00e9 et caress\u00e9, Peter pouvait tristement constater que la d\u00e9pouille sans \u00e2me et sans \u00abprincipe\u00bb de vie est mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 donc que nous avons l\u00e2ch\u00e9 le mot: le \u00abprincipe\u00bb. La philosophie aristot\u00e9licienne introduit dans sa m\u00e9taphysique la r\u00e9alit\u00e9 du \u00abprincipe<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>\u00bb. Si nous ne pouvons pas faire ici une pr\u00e9sentation approfondie de ce que sont les principes aristot\u00e9liciens, retenons tout de m\u00eame qu\u2019ils se distinguent des principes scientifiques. Ces principes philosophiques r\u00e9pondent \u00e0 la question du \u00abpourquoi\u00bb, et ceux de la science moderne \u00e0 celle du \u00abcomment\u00bb. C\u2019est donc de la sorte que le chapitre III de notre ouvrage <em>Soins palliatifs<\/em>. <em>Accompagner pour vivre<\/em> pr\u00e9sente deux mani\u00e8res de d\u00e9gager ce principe de vie : l\u2019\u00e2me. Le langage m\u00e9taphysique parle alors d\u2019\u00abinduction<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>\u00bb. Toujours \u00e0 partir de la r\u00e9alit\u00e9 sensible, nous avons voulu conjuguer l\u2019induction scientifique (m\u00e9taphysique) avec l\u2019induction intuitive (ph\u00e9nom\u00e9nologique). On la dit \u00abscientifique\u00bb, parce que le chercheur \u00abpose\u00bb la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un premier intelligible, celui qui rend compte de l\u2019unit\u00e9 de la personne au-del\u00e0 d\u2019une apparente dualit\u00e9 \u00e2me\/corps et d\u2019une polyphonie d\u2019op\u00e9rations vitales observ\u00e9es, vues, touch\u00e9es, senties&#8230; On la dit \u00abintuitive\u00bb parce que, avec Peter, nous reconnaissons que le corps de celui qu\u2019il a aim\u00e9 n\u2019est plus&#8230; De fait, n\u2019y avait-il pas dans ce corps fluet de Virginie un principe unificateur qui le distinguait formellement de sa d\u00e9pouille? \u2026 C\u2019est ainsi que le philosophe L\u00e9vinas osait la question : \u00abSi la vie spirituelle est don (\u2026), comment donnerions-nous sans bras, sans jambes, sans corps? En v\u00e9rit\u00e9, dit-il, \u00eatre esprit est une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre corps comme \u00eatre corps est une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre esprit\u2026 Entrer dans le dynamisme du don<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.\u00bb<\/p>\n<p>Pour bien comprendre l\u2019\u00e2me comme base de l\u2019anthropologie spirituelle, il nous faut ajouter ici, au risque d\u2019opacifier quelque peu notre cheminement, deux derniers principes. Ceux-l\u00e0 n\u2019entrent pas dans la cat\u00e9gorie m\u00e9taphysique, mais rel\u00e8vent explicitement du personnalisme. Le philosophe Mounier les a nomm\u00e9s le \u00abprincipe de d\u00e9passement\u00bb et le \u00abprincipe d\u2019int\u00e9riorisation\u00bb. Pour cet auteur, \u00ab(\u2026) le principe de d\u00e9passement est la force qui soude le principe d\u2019int\u00e9riorisation au principe d\u2019ext\u00e9riorisation (\u2026) emp\u00eachant l\u2019int\u00e9riorisation de se dissoudre dans le subjectivisme et l\u2019ext\u00e9riorisation dans le sommeil des choses<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>.\u00bb<br \/>\nCes deux derniers principes personnalistes nous sont chers, car ils permettent de mettre \u00e0 jour ce qu\u2019est l\u2019\u00e2me dans son \u00abexercice\u00bb, nous pourrions dire, dans l\u2019exercice de ce \u00abprincipe unificateur de vie\u00bb&#8230; En effet, au-del\u00e0 des caricatures oppos\u00e9es pr\u00f4n\u00e9es par le subjectivisme et le mat\u00e9rialisme qui ouvrent la voie \u00e0 notre postmodernit\u00e9, il nous para\u00eet capital de consid\u00e9rer le \u00abdevenir\u00bb ou la \u00abcroissance\u00bb de la personne humaine, du sujet, du patient, de l\u2019\u00e2me du patient. Et ceci ne peut se faire que dans la prise en compte du principe de d\u00e9passement. Le don \u00e0 autre que soi\u2026 Pourtant, dans l\u2019histoire de Virginie et de Peter, est-ce le don qui a pr\u00e9valu ou bien l\u2019attraction? La r\u00e9alit\u00e9 existante, celle du monde du corps et du sensible, nous rappelle que le principe de d\u00e9passement est en fait\u2026 une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019attraction, ce que nous nommons le \u00abpouvoir attractif<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>\u00bb. Pouvoir attractif de l\u2019intelligence de Virginie sur celle de Peter. Pouvoir attractif de la sensibilit\u00e9 et de la capacit\u00e9 d\u2019aimer de Virginie sur Peter. Inversement, pouvoir attractif de Peter sur Virginie, nous avons-l\u00e0 ce que nous appelons \u00abune spiritualit\u00e9 \u00e0 taille humaine<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>\u00bb. \u00c0 taille humaine, du seul fait qu\u2019elle met en vis-\u00e0-vis deux personnes humaines capables \u00abd\u2019int\u00e9riorisation\u00bb et \u00abd\u2019ext\u00e9riorisation\u00bb comme expression d\u2019un \u00abd\u00e9passement\u00bb de la mati\u00e8re: l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, nous identifions trois niveaux de spiritualit\u00e9. Le premier niveau regarde ce que Mounier nomme le \u00abprincipe de d\u00e9passement\u00bb et que nous pr\u00e9cisons par la r\u00e9alit\u00e9 du \u00abpouvoir attractif\u00bb. Le lieu d\u2019exercice de ce premier niveau de spiritualit\u00e9 est celui de l\u2019amiti\u00e9, la <em>philia<\/em>. Le second niveau de spiritualit\u00e9 est l\u2019ouverture, par analogie \u00e0 la <em>philia<\/em>, \u00e0 l\u2019existence d\u2019un acte pur que certaines traditions religieuses appellent Dieu. Enfin, le troisi\u00e8me et dernier niveau renvoie \u00e0 la spiritualit\u00e9 confessionnelle.<\/p>\n<h2>2.2. Trois niveaux de spiritualit\u00e9<\/h2>\n<p>Le premier niveau de spiritualit\u00e9 fait donc \u00e9cho \u00e0 ce que Jos\u00e9 Tolentino Mendon\u00e7a, po\u00e8te, philosophe, th\u00e9ologien et homme de culture, appelle le \u00abPetit trait\u00e9 de l\u2019amiti\u00e9<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>\u00bb. Ne nous y trompons pas, il n\u2019est en rien question d\u2019un r\u00e9cit sur l\u2019amiti\u00e9, ou bien d\u2019un r\u00e9cit qui serait na\u00eff et sans fondements anthropologiques. Tout au contraire, avec son regard avis\u00e9 de th\u00e9ologien, l\u2019auteur s\u2019y emploie \u00e0 traverser les textes bibliques autour de la th\u00e9matique de la <em>philia<\/em>. D\u00e8s lors, c\u2019est une sorte de trait\u00e9 anthropologique de l\u2019amiti\u00e9 qui \u00e9merge comme une science de l\u2019attraction mutuelle, premier niveau de spiritualit\u00e9. \u00abEt si nous parlions d\u2019amiti\u00e9 au lieu d\u2019amour\u00bb, sugg\u00e8re le premier chapitre du trait\u00e9, et ce afin de \u00abd\u00e9finir notre chemin spirituel<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>\u00bb. En effet, \u00ab(\u2026) le danger inh\u00e9rent au langage de l\u2019amour est de se perdre dans l\u2019ind\u00e9fini, souligne Mendon\u00e7a, de plonger dans l\u2019absence de limites propre \u00e0 la subjectivit\u00e9 : nous ne savons pas vraiment ce qu\u2019est l\u2019amour?; c\u2019est toujours tout?; c\u2019est une t\u00e2che d\u00e9mesur\u00e9e, et trop souvent cette totalit\u00e9 indistincte de l\u2019amour finit dans un vide rh\u00e9torique d\u00e9sillusionn\u00e9. L\u2019amiti\u00e9 est une forme plus objective, insiste-t-il, con\u00e7ue de mani\u00e8re plus concr\u00e8te et se pr\u00eatant peut-\u00eatre plus \u00e0 pouvoir \u00eatre v\u00e9cue<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.\u00bb L\u2019amiti\u00e9 est donc un chemin de spiritualit\u00e9, puisqu\u2019il permet \u00e0 tout un chacun de sortir de soi, dirions-nous pour paraphraser Mendon\u00e7a. Elle l\u2019est en tant qu\u2019elle mobilise les deux facult\u00e9s de l\u2019\u00e2me qui, en soi, assument la mat\u00e9rialit\u00e9 du corps tout en la finalisant. C\u2019est Ric\u0153ur qui nous aide \u00e0 comprendre ce d\u00e9passement qui caract\u00e9rise l\u2019\u00e2me, consid\u00e9r\u00e9e comme principe de vie, alors qu\u2019il offre la distinction fondamentale entre \u00abl\u2019\u00eatre en puissance, l\u2019\u00eatre en acte, l\u2019\u00eatre par accident<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>.\u00bb<\/p>\n<p>Le pouvoir attractif de l\u2019\u00e2me n\u2019est pas de l\u2019ordre accidentel des choses. Il consacre l\u2019\u00eatre en acte et c\u2019est cet acte qui, de facto, illumine la potentialit\u00e9, l\u2019\u00eatre en puissance, de la personne humaine. C\u2019est donc bien l\u2019acte qui \u00e9claire la potentialit\u00e9, et le pouvoir attractif qui pr\u00e9c\u00e8de le principe de d\u00e9passement. Nous avons l\u00e0 non seulement le premier niveau de spiritualit\u00e9, mais aussi les outils anthropologiques pour r\u00e9fl\u00e9chir au second niveau de spiritualit\u00e9. En effet, la qualit\u00e9 de la relation que Virginie et Peter avaient construite si rapidement m\u2019a tout particuli\u00e8rement boulevers\u00e9. Le lecteur l\u2019aura compris. Et elle m\u2019a autoris\u00e9 \u00e0 parler avec eux de spiritualit\u00e9, la <em>philia<\/em>. Ces deux intellectuels, agnostiques, ne parlaient que rarement de Dieu. Et s\u2019ils le faisaient, c\u2019\u00e9tait plus ou moins inconsciemment pour rejeter sur lui l\u2019opprobre de la maladie de Virginie. Je les comprenais. Et je les accompagnais. \u00c0 les \u00e9couter, je restais pourtant dubitatif quand l\u2019un et l\u2019autre, avec beaucoup de s\u00e9rieux, parlaient de leur amour dans l\u2019apr\u00e8s, je veux dire dans l\u2019au-del\u00e0.<br \/>\nIl y avait l\u00e0 comme un double paradoxe. Pour le premier, l\u2019agnosticisme pouvait-il verser dans l\u2019affectif jusqu\u2019\u00e0 faire d\u00e9raisonner les intellectuels qu\u2019ils \u00e9taient au point de parler d\u2019un Dieu accessible sans la foi? Sinon, l\u2019intelligence m\u00e9taphysique pouvait-elle discourir sur Dieu? Pour le second, \u00able ciel\u00bb dont ils parlaient, pouvait-il en quelques mots et quelques tendresses partag\u00e9es, s\u2019\u00e9manciper si ais\u00e9ment de ce Dieu punisseur? Si je gardais le silence, je voyais cependant clairement se dessiner et se profiler les deux derniers niveaux possibles de spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, le premier paradoxe conduit \u00e0 donner raison \u00e0 Ric\u0153ur quand il situe l\u2019<em>\u00eatre en acte <\/em>avant l\u2019<em>\u00eatre en puissance<\/em>. Ce n\u2019est pas le gland qui dit ce que sera le ch\u00eane, mais bien le ch\u00eane qui permet de regarder le gland comme un ch\u00eane en puissance d\u2019\u00eatre. D\u00e8s lors, le pouvoir attractif qui est la marque de l\u2019amiti\u00e9 spirituelle offre conjointement les deux br\u00e8ches n\u00e9cessaires au d\u00e9passement de celle-ci. Car si l\u2019amiti\u00e9 est en acte quand il y a recherche de v\u00e9rit\u00e9 et don de soi, elle est en puissance quand on saisit qu\u2019autant la recherche de v\u00e9rit\u00e9 que le don de soi sont des br\u00e8ches m\u00e9taphysiques qui invitent l\u2019agnostique au d\u00e9passement. Ainsi, le discours de Virginie et de Peter sur l\u2019apr\u00e8s-mort n\u2019\u00e9tait pas affectif, il \u00e9tait parfaitement rationnel et situait l\u2019agnosticisme comme une puissance vers\u2026 Jamais l\u2019amour de Peter pour Virginie n\u2019aurait pu \u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 et le don de soi parfaits! La pr\u00e9valence de l\u2019\u00eatre en acte sur l\u2019\u00eatre en puissance ouvrait n\u00e9cessairement \u00e0 la question de l\u2019acte pur. \u00abLe premier moteur est \u00e0 la fois premier intelligible et premier aimable et c\u2019est ainsi qu\u2019il meut<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>\u00bb nous rappelle le philosophe. Ce premier paradoxe pouvait donc se r\u00e9sumer ainsi: alors m\u00eame que l\u2019\u00eatre aimant d\u00e9sire de tout son c\u0153ur combler l\u2019\u00eatre aim\u00e9, une double br\u00e8che s\u2019ouvre dans la relation. Ouverture \u00e0 un premier moteur \u00e0 la fois intelligence supr\u00eame et bont\u00e9 ultime. Il est donc l\u00e0 le second niveau de la spiritualit\u00e9. L\u2019ouverture de l\u2019intelligence cr\u00e9\u00e9e et de l\u2019amour cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la source de l\u2019\u00e2me incr\u00e9\u00e9e : \u00abcar c\u2019est ainsi qu\u2019Il meut\u00bb.<\/p>\n<p>Le second paradoxe, celui qui consistait \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de ce Dieu punisseur, prend ici quant \u00e0 lui tout son sens. En effet, est-il possible que le Dieu de la R\u00e9v\u00e9lation soit vraiment ce Dieu punisseur quand l\u2019intelligence le d\u00e9couvre substantiellement bon et vrai? D\u00e8s lors, \u00abl\u2019intelligence de la foi\u00bb est n\u00e9cessairement appel\u00e9e \u00e0 revisiter les textes sacr\u00e9s afin d\u2019y distinguer le bon grain de l\u2019ivraie, je veux dire afin d\u2019y souligner les anthropomorphismes. Il y a l\u00e0 le troisi\u00e8me niveau de spiritualit\u00e9 qui pr\u00e9sente au patient, \u00e0 la personne vuln\u00e9rable, un Dieu humain et sensible, un Dieu de pr\u00e9sence et de compassion. Un Dieu dont on ne peut plus avoir peur&#8230;<\/p>\n<p>Par la d\u00e9couverte de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qualifi\u00e9e du pouvoir attractif (1). Par la d\u00e9couverte de ce premier moteur n\u00e9cessairement et ontologiquement bon et vrai (2). Par l\u2019herm\u00e9neutique de la R\u00e9v\u00e9lation \u00e0 la lumi\u00e8re de ses deux premiers niveaux de spiritualit\u00e9 : le chercheur ouvre son champ d\u2019expertise \u00e0 un troisi\u00e8me et dernier niveau de spiritualit\u00e9, celui de la foi, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 celui de l\u2019intelligence de la foi (3). Nous avons donc bien l\u00e0 nos trois niveaux de spiritualit\u00e9. Le lecteur ne sera donc pas \u00e9tonn\u00e9 que les \u00absouffrances spirituelles\u00bb constat\u00e9es sur le plan clinique s\u2019enracinent distinctement et s\u00e9par\u00e9ment dans ces diff\u00e9rents niveaux de spiritualit\u00e9s. Voil\u00e0 pourquoi il \u00e9tait capital de sugg\u00e9rer une anthropologie spirituelle jaillissant d\u2019une anthropologie holistique.<\/p>\n<h1>3.\u00a0\u00a0\u00a0 Souffrances spirituelles<\/h1>\n<p>Nous ne pouvions donc pas faire l\u2019\u00e9conomie de d\u00e9finir ensemble les contours d\u2019une anthropologie philosophique holistique. Car c\u2019est elle qui se propose tel un \u00e9crin ou un r\u00e9ceptacle \u00e0 l\u2019anthropologie spirituelle. On ne peut s\u00e9parer l\u2019une de l\u2019autre, \u00e0 tel point que le v\u00e9cu de l\u2019une influence celui de l\u2019autre. Ne nous y trompons pas : souffrir spirituellement conduit \u00e0 p\u00e2tir physiquement. Et ressentir de la douleur physique am\u00e8ne plus ou moins directement \u00e0 appesantir l\u2019\u00e2me, sauf de rares exceptions. Pourtant, reconna\u00eetre l\u2019influence du corps sur l\u2019\u00e2me et, inversement, de l\u2019\u00e2me sur le corps, ne doit pas nous emp\u00eacher de reconna\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e2me ses propres souffrances. \u00abJ\u2019ai mal \u00e0 l\u2019\u00e2me\u00bb, me soufflera Peter quelques minutes apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Virginie&#8230; Par rigueur intellectuelle, nous souhaitons introduire le sujet en distinguant la notion de \u00abdouleurs\u00bb et celle de \u00absouffrances\u00bb. Ensuite, les trois niveaux de spiritualit\u00e9 nous conduiront \u00e0 reconna\u00eetre quatre types de souffrances spirituelles. Les deux premiers correspondent au premier niveau de spiritualit\u00e9 tel que pr\u00e9sent\u00e9 plus haut. Le troisi\u00e8me fait appel au deuxi\u00e8me niveau de spiritualit\u00e9, alors que le quatri\u00e8me type regarde le troisi\u00e8me niveau de spiritualit\u00e9. Il est \u00e0 noter que notre ouvrage <em>Soins palliatif<\/em>. <em>Accompagner pour vivre<\/em> en fait une pr\u00e9sentation syst\u00e9matique<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>.<\/p>\n<h2>3.1. Souffrances ou douleurs?<\/h2>\n<p>Le fait que dans son r\u00e9cent ouvrage <em>Penser la fin de vie<\/em><a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, l\u2019\u00e9thicien et philosophe Monsieur Jacques Ricot s\u2019\u00e9vertue \u00e0 distinguer \u00abdouleur\u00bb et \u00absouffrance\u00bb dans son r\u00e9cent ouvrage avant de s\u2019incliner devant Ric\u0153ur, montre bien l\u2019importance du sujet. En effet, nous comprenons bien l\u2019enjeu qui se cache derri\u00e8re cette distinction. Si la douleur et la souffrance se distinguent formellement, que la douleur est contr\u00f4lable, peut-on en dire autant des souffrances tant psychiques que morales que spirituelles? Et si la r\u00e9ponse s\u2019av\u00e9rait n\u00e9gative, cela pourrait-il justifier la s\u00e9dation profonde du patient, voire m\u00eame une demande de l\u2019AMM? \u00c0 l\u2019inverse, si la souffrance spirituelle pouvait \u00eatre diagnostiqu\u00e9e et soulag\u00e9e, serait-il possible que cette prise en charge clinique conduise \u00e0 qualifier la fin de vie? Ainsi donc, quand Jacques Ricot laisse la parole \u00e0 Ric\u0153ur, c\u2019est pour le laisser affirmer que \u00ab(\u2026) l\u2019on s\u2019accorde pour r\u00e9server le terme douleur \u00e0 des affects ressentis comme localis\u00e9s dans des organes particuliers du corps ou dans le corps tout entier, alors que le terme souffrance, lui, renvoie \u00e0 des affects ouverts sur la r\u00e9flexivit\u00e9, le langage, le rapport \u00e0 soi, le rapport \u00e0 autrui, le rapport au sens, au questionnement<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>.\u00bb En d\u2019autres termes, la douleur pour les organes, et la souffrance pour la qu\u00eate de sens. En filigrane \u00e0 cette distinction, nous reconnaissons l\u2019anthropologie holistique telle que pr\u00e9sent\u00e9e dans cet \u00e9crit. Pour autant, pouvons-nous aller plus loin dans la distinction douleur\/souffrance en vue d\u2019offrir une typologie des souffrances spirituelles?<\/p>\n<p>Pour ce faire, il nous faudrait retenir quelques notions de l\u2019anthropologie du monde sensible, je pense \u00e0 celui des passions qui aime \u00e0 distinguer notamment \u00abjoie\u00bb et \u00abplaisir\u00bb. Par analogie, nous pourrions ainsi offrir une distinction formelle \u00abdouleurs\u00bb et \u00absouffrances\u00bb avant que d\u2019introduire une cat\u00e9gorisation des souffrances spirituelles. Dans l\u2019anthropologie philosophique r\u00e9aliste, sensitive donc, celle des passions, seules les satisfactions caus\u00e9es par une appr\u00e9hension int\u00e9rieure, soit l\u2019intelligence, soit l\u2019imagination, seules ces satisfactions conduisent \u00e0 la \u00abjoie\u00bb, alors que le plaisir est fondamentalement li\u00e9 au corps. Analogiquement donc, seules les douleurs caus\u00e9es par une appr\u00e9hension int\u00e9rieure conduisent \u00e0 la souffrance, elle-m\u00eame source de tristesse spirituelle. Alors que des douleurs sp\u00e9cifiquement li\u00e9es au corps n\u2019apportent malheureusement au patient rien d\u2019autre que\u2026 douleurs. Au regard de ce qu\u2019est la joie-passion distincte du plaisir-passion et de ce qu\u2019est la souffrance diff\u00e9remment de la douleur, nous saisissons plus encore pourquoi les diff\u00e9rents types de souffrances spirituelles se proposent \u00e0 nous \u00e0 la lumi\u00e8re des diff\u00e9rents niveaux de spiritualit\u00e9. Plus les douleurs sont \u00abd\u00e9tach\u00e9es\u00bb du corps et plus elles sont souffrances spirituelles. Voil\u00e0 ce que notre r\u00e9flexion peut ajouter \u00e0 l\u2019apport ph\u00e9nom\u00e9nologique de Ric\u0153ur : une taxonomie des souffrances spirituelles du sujet \u00e0 la mesure de leur degr\u00e9 d\u2019enracinement dans la mat\u00e9rialit\u00e9 du corps.<\/p>\n<h2>3.2. Quatre types de souffrances spirituelles<\/h2>\n<p>\u00abLa souffrance est d\u2019abord violence subie (\u2026) Comme l\u2019\u00e9crit Ric\u0153ur, le monde appara\u00eet non plus comme habitable, mais comme d\u00e9peupl\u00e9. C\u2019est ainsi que le soi s\u2019appara\u00eet rejet\u00e9 sur lui-m\u00eame<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>.\u00bb Pour illustrer cela, revenons au r\u00e9cit de \u00abMomo\u00bb, retrouv\u00e9 recroquevill\u00e9 dans son lit, sans doute l\u2019un des t\u00e9moignages les plus bouleversants offerts par mon livre<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Pour un clinicien, qu\u2019il soit m\u00e9decin, infirmier ou accompagnateur spirituel, existe-t-il un \u00absentiment d\u2019impuissance<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>\u00bb plus fort que celui de sentir son incapacit\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer le patient d\u2019un tel repli pathologique? Chacune des quatre blessures ici pr\u00e9sent\u00e9es est \u00e9videmment le fruit de ma r\u00e9flexion anthropologique, mais aussi de mon exp\u00e9rience clinique. C\u2019est pourquoi j\u2019ai voulu enrichir la pr\u00e9sentation de chacune d\u2019elle et d\u2019une r\u00e9flexion th\u00e9orique, et du v\u00e9cu de la relation de Virginie et Peter.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h3>Brisures relationnelles<\/h3>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Apr\u00e8s qu\u2019ils aient fait le choix de vivre l\u2019un pour l\u2019autre les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de la maladie de Virginie et ses cons\u00e9quences irr\u00e9versibles, nous pouvons nous interroger pour r\u00e9pondre \u00e0 la question suivante : quelles auraient \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences sur Virginie si Peter avait fait le choix de l\u2019abandonner?&#8230; La \u00abbrisure relationnelle<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>\u00bb est une v\u00e9ritable blessure de l\u2019\u00e2me. Elle provoque presque syst\u00e9matiquement une souffrance spirituelle profonde qui ouvre \u00e0 une remise en compte du sens de la vie de la personne, et de sa valeur profonde. Une blessure d\u2019autant plus grave que l\u2019engagement reni\u00e9 s\u2019annon\u00e7ait originellement d\u00e9fini et s\u00fbr. Avouons que notre soci\u00e9t\u00e9 occidentale favorise et relativise ce premier type de souffrance spirituelle. Elle le favorise, puisque les exigences du travail formatent l\u2019\u00eatre humain en un <em>homo economicus <\/em>conditionn\u00e9 \u00e0 produire toujours plus au d\u00e9triment trop souvent de la qualit\u00e9 relationnelle \u00abgratuite\u00bb \u00e0 autre que soi. Elle le relativise, quand la \u00abrentabilit\u00e9\u00bb et ses algorithmes num\u00e9riques s\u2019imposent de plus en plus aujourd\u2019hui comme la norme primordiale \u00e0 respecter et \u00e0 mettre en avant.<\/p>\n<p>La distinction <em>facere<\/em>\/<em>agere<\/em><a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a> nous est donc d\u2019un grand secours pour sugg\u00e9rer une r\u00e9ponse \u00e0 ce premier type de souffrance spirituelle. Car, si le <em>facere<\/em> renvoie au rapport qu\u2019\u00e0 l\u2019homme avec son travail, l\u2019<em>agere<\/em>, lui, renvoie au rapport \u00abgratuit\u00bb qu\u2019\u00e0 l\u2019homme avec son semblable. Le \u00abpouvoir attractif\u00bb s\u2019inscrit alors dans la dimension de l\u2019<em>agere<\/em> quand l\u2019efficience, elle, s\u2019inscrit dans celle du <em>facere<\/em>. Dans le milieu palliatif, nous constatons que la brisure relationnelle est souvent provoqu\u00e9e involontairement. Soit par les proches aidants qui affirment maladroitement qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 \u00abfaire\u00bb, et que, de toute mani\u00e8re, \u00abtous sont impuissants?\u00bb devant ce qui se passe\u2026 Induisant une sorte de vertige d\u2019impuissance chez les proches du patient, mais aussi r\u00e9guli\u00e8rement dans le corps professionnel et\u2026 jusque chez le patient lui-m\u00eame: \u00ab\u00c0 quoi bon continuer de vivre, diront certains patients, puisque je ne sers plus \u00e0 rien\u2026\u00bb Ce sentiment d\u2019inefficacit\u00e9 est pourtant connaturel \u00e0 l\u2019\u00e9thique palliative. Car le g\u00e9nie du palliatif ne peut s\u2019exprimer sp\u00e9cifiquement qu\u2019en minorant le <em>facere <\/em>pour d\u00e9velopper comme norme la notion de gratuit\u00e9: l\u2019<em>agere<\/em>.<\/p>\n<p>La m\u00e9decine palliative fait ainsi basculer le rapport <em>cure<\/em>\/<em>care<\/em> en vue du rapport <em>care<\/em>\/<em>cure<\/em><a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>, alors que l\u2019accompagnement spirituel favorise les \u00abattitudes<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>\u00bb humaines au parachutage d\u2019interventions souvent d\u00e9cal\u00e9es, \u00e9tant donn\u00e9 ce que vit le malade. Ainsi, les soins palliatifs sont le lieu par excellence du \u00abpouvoir attractif\u00bb et donc de la \u00abgratuit\u00e9\u00bb de la relation. Une relation \u00abattractive\u00bb qui s\u2019exerce \u00e0 deux niveaux. Virginie et Peter se sont aim\u00e9s, premier niveau. Virginie et Peter ont cherch\u00e9 sens \u00e0 leur vie, deuxi\u00e8me niveau. Deux modes d\u2019un \u00abd\u00e9passement\u00bb anthropologique si nous citons le personnalisme de Mounier. Deux modes \u00abd\u2019\u00eatre en acte\u00bb si nous renvoyons au philosophe Ric\u0153ur.<\/p>\n<p>Les brisures relationnelles et leur lot de souffrances spirituelles peuvent-ils donc \u00eatre apais\u00e9s? Il en d\u00e9pend de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la science palliative laquelle favorise par essence un d\u00e9part en \u00abouverture<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>\u00bb. Celui de Momo ou de Virginie. Celui de notre fr\u00e8re en humanit\u00e9\u2026<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h3>Le n\u00e9ant<\/h3>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>La litt\u00e9rature palliative s\u2019inscrit dans une s\u00e9mantique vitaliste. On y pr\u00e9f\u00e8re donc ais\u00e9ment le \u00abterme de la vie terrestre\u00bb \u00e0 celui de fin de vie, on y pr\u00e9sente l\u2019accompagnement interdisciplinaire comme chemin d\u2019ouverture qui dissipe l\u2019agonie. Parce qu\u2019il existe des d\u00e9parts sereins, le milieu palliatif ouvre une avalanche de questions. La r\u00e9alit\u00e9 de la vie apr\u00e8s la mort est-elle r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019univers de la foi? Et Virginie et Peter? Leur amour? Leur \u00e2me? Leur d\u00e9sir d\u2019infinitude?<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir\u2026 La science palliative est bien une science vitaliste. Pourtant, il y a \u00abMomo\u00bb. Ce patient que j\u2019ai surpris recroquevill\u00e9 dans ses couvertures simplement parce que ce clown de m\u00e9tier a toujours v\u00e9cu seul. Parce que, pour lui, comme pour tant d\u2019autres, la vie n\u2019est qu\u2019un jeu. Un jeu dont il appr\u00e9hendait pourtant la derni\u00e8re manche! Car ce n\u2019est pas si facile que cela de jouer avec la mort. Trop de questions pour cet homme dipl\u00f4m\u00e9 du \u00abrire\u00bb, allergique aux questions philosophiques et plus encore th\u00e9ologiques. Sa mort symboliserait-elle donc la fermeture du rideau? M\u00e9canique quotidienne pour son chapiteau et pour ses spectateurs. M\u00e9canique finale pour cet homme \u00abbless\u00e9 \u00e0 mort\u00bb. Car une mort sans \u00abouverture\u00bb blesse l\u2019\u00e2me. Celle du clown, celle de l\u2019ami, celle de l\u2019ath\u00e9e contemporain. Elle fait souffrir. Cette blessure spirituelle profonde qui se creuse quand la mort se pr\u00e9sente comme un point final. Le spectacle est fini. Blessure du \u00abn\u00e9ant<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>\u00bb\u2026 Croire que la mort est synonyme de la fin. Il existe une anthropologie philosophique qui alimente l\u2019ath\u00e9isme. Il existe donc une culture de l\u2019ath\u00e9isme et un ath\u00e9isme \u00abde fait\u00bb. Sereinement, la culture palliative se propose pour \u00abaccompagner\u00bb chaque patient jusqu\u2019\u00e0 lui permettre de d\u00e9couvrir qu\u2019il \u00abest\u00bb plus que ce qu\u2019il \u00abfaisait\u00bb, qu\u2019il est plus que sa mort imminente. Que sa vie est plus que sa mort. Peut-on rire et faire sourire si nous n\u2019avons pas d\u2019\u00e2me? Loin d\u2019un amateurisme quelconque, la science palliative est la science de l\u2019accompagnement. Une science qui se structure autour de trois principes pr\u00e9cis. Le principe du \u00abpatient autonome<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>\u00bb. Le principe du \u00abpatient vuln\u00e9rable<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>\u00bb. Le principe du \u00abpatient relatif<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019accompagnement spirituel a pour principe le respect absolu de l\u2019autonomie du patient. Mais c\u2019est justement au nom de cette sacro-sainte autonomie que l\u2019accompagnement du patient s\u2019impose comme une sorte de compagnonnage. Marcher avec\u2026 N\u2019est-ce pas l\u00e0 l\u2019histoire de Peter et de Virginie? De celle de Momo avec Micheline<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>? Le pouvoir attractif exerc\u00e9 par le compagnon de route se produit au c\u0153ur de l\u2019autonomie du patient en vue de donner sens \u00e0 cette autonomie. Un chemin d\u2019ouverture! L\u2019\u00e9gologie, comme effet direct de la postmodernit\u00e9, consacre l\u2019autonomie pour elle-m\u00eame. Le pouvoir attractif, quant \u00e0 lui, visite l\u2019autonomie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ordonner \u00e0 l\u2019ouverture : se laisser apprivoiser. Se laisser accompagner. Se laisser aimer\u2026 \u00c0 son tour, aimer. Il est rare de mettre en vis-\u00e0-vis l\u2019ath\u00e9isme culturel et l\u2019accompagnement. Pourtant, existe-t-il meilleur rem\u00e8de que l\u2019accompagnement pour panser la blessure du n\u00e9ant? S\u2019il suffit d\u2019un mot ou d\u2019un geste inappropri\u00e9 pour que le patient se replie \u00e0 jamais dans son autonomie mortif\u00e8re, \u00e0 l\u2019inverse, ne suffit-il pas d\u2019une main tendue ou d\u2019une pr\u00e9sence aimante pour redonner sens \u00e0 la vie? Les soins palliatifs sont le lieu des petits gestes et non des effets brillants. De l\u2019apprivoisement et non de l\u2019indiff\u00e9rence. De la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et non de l\u2019arrogance. Le principe du \u00abpatient vuln\u00e9rable\u00bb consiste donc \u00e0 visiter l\u2019autonomie \u00abfragile\u00bb analogue des compagnons de route afin de lui donner sens\u2026 Et le principe du \u00abpatient relatif\u00bb consiste \u00e0 faire de cette double vuln\u00e9rabilit\u00e9 un lieu d\u2019ouverture.<\/p>\n<p>Si la \u00abbrisure relationnelle\u00bb conduit \u00e0 une souffrance spirituelle aig\u00fce, la souffrance provoqu\u00e9e par la \u00abblessure du n\u00e9ant\u00bb est plus insistante encore. Car elle conjugue deux types de blessures relationnelles: celles concernant la terre; mais aussi celles concernant l\u2019au-del\u00e0.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h3>Le bouc \u00e9missaire<\/h3>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si la brisure relationnelle et le vertige du n\u00e9ant se pr\u00e9sentent comme les deux premi\u00e8res blessures spirituelles, elles rel\u00e8vent, l\u2019une et l\u2019autre, du premier niveau de spiritualit\u00e9, un niveau profond\u00e9ment humain. Leur rem\u00e8de sera donc fondamentalement humain : c\u2019est ce que nous avons nomm\u00e9 le \u00abpouvoir attractif\u00bb : accompagner\u2026 Mais la blessure du bouc \u00e9missaire, quant \u00e0 elle, provient de ce lien d\u00e9licat \u00e0 Dieu. Le Dieu de la foi! Ce Dieu, nous l\u2019avons dit, qui se propose \u00e0 l\u2019intelligence m\u00e9taphysique avant de s\u2019offrir \u00e0 la foi.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 vient donc cette terrible blessure du bouc \u00e9missaire? \u00c0 certains moments, elle semble provenir d\u2019une affectivit\u00e9 bless\u00e9e. \u00c0 certains autres, d\u2019une intelligence pollu\u00e9e. Parfois encore, de ce que le langage courant appelle la \u00abfoi du charbonnier\u00bb. Mais bien trop souvent, elle est produite par le cocktail des trois. Nous pouvons donc reconna\u00eetre trois causes diff\u00e9rentes \u00e0 cette blessure spirituelle du bouc \u00e9missaire auxquelles nous sollicitons votre attention pour les trois points suivants.<\/p>\n<p>Ind\u00e9niablement, la premi\u00e8re cause est affective : \u00abSi je suis malade, si je meurs, c\u2019est que je le m\u00e9rite. Je ne m\u00e9rite pas \u00eatre aim\u00e9. Dieu ne m\u2019aime pas. Je ne m\u00e9rite pas son amour. Il me faut donc souffrir.\u00bb Seule la pr\u00e9sence de l\u2019ami ou de l\u2019accompagnateur peut ouvrir \u00e0 nouveau le for int\u00e9rieur du patient. Par analogie, la justesse des gestes et de l\u2019attitude de l\u2019accompagnateur caut\u00e9rise une affectivit\u00e9 bless\u00e9e.<\/p>\n<p>Ensuite, la seconde cause est intellectuelle. Il n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde de parcourir le chemin abrupt de la m\u00e9taphysique qui conduit \u00e0 contempler la bont\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00catre premier<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>. Le rapport de la foi \u00e0 l\u2019\u00c9criture risque donc d\u2019induire une lecture tellement fid\u00e9iste que les anthropomorphismes deviennent formellement une action divine pour le patient. Les sept plaies d\u2019\u00c9gypte ne renvoient-elles pas \u00e0 la puissante main de Dieu? Associ\u00e9e \u00e0 sa fragilit\u00e9 affective, l\u2019intelligence du patient-croyant risque de gamberger jusqu\u2019\u00e0 oser la conclusion fatale: \u00abMe voil\u00e0 plus que jamais le bouc \u00e9missaire de Dieu.\u00bb<\/p>\n<p>La derni\u00e8re cause est proprement religieuse. Il nous faudrait prendre le temps de distinguer foi et religion, mais si nous consid\u00e9rons que la religion est l\u2019expression de la foi nous comprenons combien cette expression peut tristement s\u2019inscrire dans un d\u00e9calage marqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce Dieu de la foi. Nombre de patients me disent : \u00abJ\u2019attends que Dieu vienne me chercher\u2026\u00bb Implicitement, cette affirmation induit le fait que c\u2019est Dieu qui provoque leur mort. Ici, tel cur\u00e9 est refoul\u00e9 d\u2019une chambre parce que la famille craint que \u00abL\u2019extr\u00eame onction ne provoque la mort\u00bb\u2026 Plus loin, ce pasteur \u00e9vang\u00e9lique use de son charisme de gu\u00e9rison pour arracher de la mort cette fid\u00e8le en phase terminale d\u2019un cancer g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Dans les deux cas, le m\u00eame rapport \u00e0 la religion: l\u2019omnipotence divine! Celle qui fait de sa cr\u00e9ature un v\u00e9ritable bouc \u00e9missaire de ses caprices c\u00e9lestes. Que de souffrances pourraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9es\u2026<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h3>L\u2019inachev\u00e9<\/h3>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il se trouve que je r\u00e9dige ces pages alors que notre unit\u00e9 palliative vient d\u2019accueillir Th\u00e9r\u00e8se, une femme de foi<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>. Une vraie\u2026 Comme il est probablement rare d\u2019en trouver. Probablement parce que ces personnes-l\u00e0 aiment rester discr\u00e8tes. Lors du premier contact, hier, rien dans sa chambre ne semble laisser para\u00eetre la profondeur de sa foi. Aucun objet de pi\u00e9t\u00e9 particulier. Aucune image ou m\u00e9daille pour guider mon discernement. Cette femme est l\u00e0, juste l\u00e0, avec pour compagnon de fortune une vieille connaissance venue l\u2019accompagner. Car cela peut \u00eatre violent d\u2019arriver seul aux soins palliatifs\u2026 Th\u00e9r\u00e8se sait que c\u2019est l\u00e0 son dernier voyage\u00a0: valises, \u00e9dredon, peluche et CD, cette femme voyage l\u00e9ger.<br \/>\nLa rencontre est courtoise, presque fraternelle, et pourtant intimidante. Ponctu\u00e9e de longs silences et de quelques longs soupirs, Th\u00e9r\u00e8se me d\u00e9crit sa vie. J\u2019\u00e9coute. Ses enfants\u00a0: ils sont quatre?; deux filles et deux grands gar\u00e7ons. Son conjoint\u00a0: d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le mois dernier apr\u00e8s soixante ans de vie commune. Son origine portugaise et sa d\u00e9votion \u00e0 Notre-Dame de Fatima\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9cout\u00e9e et l\u2019avoir remerci\u00e9e, je feins de quitter la chambre. Doucement\u2026 C\u2019est alors qu\u2019elle me rappelle et que dans la p\u00e9nombre de la chambre je devine quelques larmes sur ses joues. Je d\u00e9cide donc de m\u2019assoir \u00e0 nouveau. Je garde le silence. Elle me regarde. Je l\u2019observe. Sa dame de compagnie quitte la pi\u00e8ce. Nous ne sommes plus qu\u2019elle et moi\u2026 Ses yeux me renvoient aux trois secrets de Fatima : une ouverture, un appel, une douceur, mais une souffrance aussi. Et sa t\u00eate pench\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9 gauche me rappelle la posture de la Vierge. Son chignon, sa couronne d\u2019or. Ses doigts fatigu\u00e9s, les mains offertes de la Madone. Cette femme m\u2019\u00e9meut. C\u2019est alors que sa fr\u00eale silhouette se l\u00e8ve et se dirige vers cette petite valise d\u00e9pos\u00e9e en plein milieu de sa nouvelle chambre, certainement la derni\u00e8re. Elle en retire un portefeuille en cuir \u00e9caill\u00e9 qui \u00e9voque en moi ces morues, \u00e9l\u00e9ment essentiel de la brandade, qui jadis faisaient la fiert\u00e9 du Portugal\u2026 Accol\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, elle me montre deux photos en noir et blanc. La premi\u00e8re avec les visages des Fran\u00e7ois et Jacynthe, et puis celui de Lucie : les trois voyants de Fatima. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, je vois le bon sourire de son mari, il y a soixante ans et quelques mois, le jour de leur mariage. \u00abTous, ils me manquent, me souffle-t-elle. Et Lui plus encore.\u00bb<\/p>\n<p>Il existe bien une souffrance de l\u2019inachev\u00e9. Celle qui accompagne l\u2019ouverture de l\u2019\u00e2me vers la certitude des retrouvailles. Celle qui fait souffrir, mais qui plus encore scelle les relations \u00e9ternelles. Souffrances qui regardent l\u2019\u00e2me et sa transcendance.<\/p>\n<h1>Conclusion<\/h1>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, nous avons fait le choix de contextualiser notre recherche autour de la loi la plus r\u00e9cente (2015) sur la fin de vie, ce que le Qu\u00e9bec appelle l\u2019Aide M\u00e9dicale \u00e0 Mourir (AMM). Un tel choix se justifie par notre observation clinique. En effet, nous voyons un nombre significatif de patients exprimer des souffrances spirituelles, celles que les cliniciens nomment \u00e0 ce jour souffrances psychiques. D\u00e9finir et sugg\u00e9rer une taxonomie des \u00absouffrances spirituelles\u00bb permet donc d\u2019ouvrir un champ de recherche sur les moyens cliniques permettant d\u2019apaiser ce type de souffrances. Et ce faisant, de proposer \u00e9ventuellement une autre alternative \u00e0 l\u2019AMM.<\/p>\n<p>Fondamentalement, nous avons \u00e9clair\u00e9 notre r\u00e9flexion \u00e0 partir d\u2019une anthropologie philosophique dont les bases conceptuelles ne sont ni confessionnelles ni religieuses. \u00c0 cela, deux raisons principales. Tout d\u2019abord, afin d\u2019\u00e9viter toute approche ou discours clinique qui soit apolog\u00e9tique. Pour exemple : \u00abvotre vie est sacr\u00e9e, il faut absolument la respecter jusqu\u2019au bout.\u00bb Mais aussi, pour mettre en avant le fait que \u00abl\u2019anthropologie spirituelle\u00bb qui a pour berceau une anthropologie \u00ab\u00e0 c\u0153ur ouvert\u00bb s\u2019adresse \u00e0 tout patient, que celui-ci soit ath\u00e9e, agnostique ou simplement indiff\u00e9rent \u00e0 ces questions existentielles. Et encore, que cette vision spirituelle s\u00e9culi\u00e8re invite tout patient, mais aussi l\u2019ensemble des professionnels de la sant\u00e9 \u00e0 ouvrir l\u2019horizon de leurs recherches et de leur praxie \u00e0 un au-del\u00e0 de la mat\u00e9rialit\u00e9 de la vie humaine.<\/p>\n<p>Nous ne sommes ni na\u00eff ni sans exp\u00e9rience. Mais fort de notre expertise autant clinique qu\u2019acad\u00e9mique, nous savons que le sujet de la \u00abfin de vie\u00bb, je pr\u00e9f\u00e8re utiliser la s\u00e9mantique de \u00abterme de la vie terrestre\u00bb, est \u00e9pineux. Et alors? Osons le d\u00e9bat!<\/p>\n<p>Ici, nous offrons au lecteur une anthropologie philosophique qui justifie sa dimension holistique autour de son rapport \u00abd\u00e9complex\u00e9\u00bb \u00e0 la transcendance. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u00e0 l\u2019une des raisons essentielles pour laquelle nous avons voulu faire allusion \u00e0 la question \u00e9pineuse de l\u2019intelligence artificielle, car en fait, offre-t-elle bien une quelconque transcendance \u00e0 notre <em>homo economicus<\/em>? Soit, il est possible que d\u2019autres chercheurs choisissent un cadre conceptuel diff\u00e9rent. Tr\u00e8s bien?! L\u2019essentiel, me semble-t-il, est d\u2019oser conduire le d\u00e9bat suivant : quelle anthropologie philosophique peut servir au mieux la question du terme de la vie terrestre? Laquelle, par cons\u00e9quent peut la mieux s\u2019articuler avec le monde de la th\u00e9ologie? Pour l\u2019heure, ce qui nous pr\u00e9occupe renvoie plus explicitement \u00e0 la probl\u00e9matique suivante : \u00abPuisque nous concluons \u00e0 l\u2019existence de diff\u00e9rentes souffrances spirituelles, quels rem\u00e8des pouvons-nous s\u00e9rieusement leur offrir? Si rem\u00e8des il y a\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Mon ouvrage <em>Soins palliatifs. Accompagner pour vivre<\/em> en pr\u00e9sente un, qui me semble essentiel. Il s\u2019agit de ce que je nomme : \u00abL\u2019herm\u00e9neutique circulaire\u00bb. Famili\u00e8re \u00e0 Ric\u0153ur, la science de l\u2019herm\u00e9neutique regarde habituellement le rapport du lecteur \u00e0 son texte, \u00e0 son texte \u00e9crit. Mais l\u00e0 encore, c\u2019est mon exp\u00e9rience clinique qui me pousse \u00e0 appliquer cette science de l\u2019interpr\u00e9tation du \u00ab?livre ouvert?\u00bb constitu\u00e9 par le v\u00e9cu de mes accompagn\u00e9s au quotidien. Puisqu\u2019il existe une m\u00e9decine narrative qui consiste \u00e0 int\u00e9grer au c\u0153ur de l\u2019expos\u00e9 d\u2019un cas clinique des notions relatives au v\u00e9cu du clinicien qui sont, par d\u00e9finition, inconnues de la m\u00e9decine sp\u00e9cifiquement scientifique, pourquoi ne pas s\u2019en inspirer dans la pratique de la science de l\u2019accompagnement? Pour lors, l\u2019herm\u00e9neutique circulaire renvoie \u00e0 deux \u00e9l\u00e9ments essentiels. La prise en compte du v\u00e9cu que le patient exprime autour de telle ou telle souffrance spirituelle, et, en \u00e9cho, le v\u00e9cu personnel du clinicien, ici un accompagnateur spirituel. \u00c9merge de la prise en compte commun de ce double v\u00e9cu une qu\u00eate de sens que je consid\u00e8re th\u00e9rapeutique en soi. Une solution \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la souffrance spirituelle? \u00c0 la sympathie, s\u2019ajouterait donc la qu\u00eate de sens commune. Et quand \u00able soi s\u2019appara\u00eet rejet\u00e9 sur lui-m\u00eame\u00bb, comme dit si bien Ric\u0153ur, l\u2019herm\u00e9neutique circulaire oriente le sujet vers l\u2019au-del\u00e0 de sa souffrance: la transcendance th\u00e9rapeutique. \u00c0 mon avis, il y a l\u00e0 un authentique sujet de recherche. Recherche en anthropologie philosophique. Recherche en th\u00e9ologie pratique. Recherche en science de l\u2019interdisciplinarit\u00e9. Bref, en toute science qui veut lib\u00e9rer l\u2019homme de sa souffrance spirituelle. Mais il y a un \u00abmais\u00bb.<\/p>\n<p>Car le lieu d\u2019ancrage, pour ne pas dire le nid au c\u0153ur duquel s\u2019\u00e9crit cette double herm\u00e9neutique, disons cette herm\u00e9neutique circulaire, ce nid donc se construit avec deux \u00abvuln\u00e9rabilit\u00e9s\u00bb: celle du patient et celle du clinicien. Les deux ensemble. Une vuln\u00e9rabilit\u00e9 circulaire en vue d\u2019une herm\u00e9neutique circulaire. Ce point-ci est tout particuli\u00e8rement trait\u00e9 dans mon ouvrage sur les soins palliatifs<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>. Il pourrait induire un autre sujet de recherche : Quelle vocation la vuln\u00e9rabilit\u00e9 circulaire peut-elle avoir au regard d\u2019une postmodernit\u00e9 qui, par d\u00e9finition, fait fi de la transcendance et de ce fait confond que trop souvent \u00abvuln\u00e9rabilit\u00e9\u00bb et \u00abfragilit\u00e9\u00bb?<\/p>\n<h1>BIBLIOGRAPHIE<\/h1>\n<p>ARISTOTE. (1993), trad. Richard Bod\u00e9\u00fcs,<em> De l\u2019\u00e2me<\/em>, Paris, Flammarion, 292\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2004), trad. Richard Bod\u00e9\u00fcs,<em> \u00c9thique \u00e0 Nicomaque<\/em>, Paris, Flammarion, 560\u00a0p.<\/p>\n<p>BARREAU. (2017), <em>Soins palliatifs<\/em>. <em>Accompagner pour vivre<\/em><em>?<\/em>! Paris, M\u00e9diaspaul, 282\u00a0p.<\/p>\n<p>BARRIER, Philippe. (2014), <em>Le patient autonome<\/em>, Paris, PUF, 74\u00a0p.<\/p>\n<p>BASTIEN, George. CHARRETTE, Nicolas. (2018), <em>Soins spirituels<\/em>, <em>Un baume dans l\u2019\u00e9preuve<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 130\u00a0p.<\/p>\n<p>BOD\u00c9\u00dcS, Richard. (2002), <em>Aristote. Une philosophie en qu\u00eate de savoir<\/em>, Paris, Vrin, 267\u00a0p.<\/p>\n<p>BUET, Fran\u00e7ois. (2016), <em>L\u2019accompagnement spirituel de la personne en soins palliatifs<\/em>, Paris, Nouvelle Cit\u00e9, 165\u00a0p.<\/p>\n<p>CAENEPEEL, Didier. (2005), <em>La s\u00e9dation continue en fin de vie<\/em>, <em>Enjeux \u00e9thiques<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 239\u00a0p.<\/p>\n<p>CH\u00c2TEL, Tanguy. (2013), <em>Vivants jusqu\u2019\u00e0 la mort, Accompagner la souffrance spirituelle en fin de vie<\/em>, Paris, Albin Michel, 264\u00a0p.<\/p>\n<p>CHENG, Fran\u00e7ois. (2013), <em>Cinq m\u00e9ditations sur la mort, autrement dit sur la vie<\/em>, De l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Paris, Albin Michel, 167\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2016), <em>De l\u2019\u00e2me<\/em>, De l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Paris, Albin Michel, 155\u00a0p.<\/p>\n<p>CHR\u00c9TIEN, Jean-Louis. (2017), <em>Fragilit\u00e9<\/em>, Paris, 263\u00a0p.<\/p>\n<p>DE MONTIGNY, Johanne. (2010), <em>Quand l\u2019\u00e9preuve devient vie<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 300\u00a0p.<\/p>\n<p>DESSERTINE, Pierre-Jean. (2015), \u00ab?L\u2019\u00e9preuve de l\u2019immortalit\u00e9?\u00bb, dans Argument, Politique, Soci\u00e9t\u00e9, Histoire,<em> La mort en face<\/em>, vol. 17, no\u00a02, printemps \u2013 \u00e9t\u00e9 2015, p.\u00a051-59.<\/p>\n<p>DIJON, Xavier. (2017), <em>Le transhumanisme<\/em>, Collection Que penser de\u2026?? 92, Namur, Belgique, 126\u00a0p.<\/p>\n<p>D\u2019ORMESSON, Jean. (2016), <em>Guide des \u00e9gar\u00e9s<\/em>, De l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Paris, GALLIMARD, 119\u00a0p.<\/p>\n<p>D\u2019ORNELLAS, Pierre. (2015), <em>Fin de vie, Un enjeu de fraternit\u00e9<\/em>, Paris, Salvator, 157\u00a0p.<\/p>\n<p>DOUCET, Hubert. (2015), <em>La mort m\u00e9dicale\u00a0: est-ce humain<\/em>?? Paris, M\u00e9diaspaul, 110\u00a0p.<\/p>\n<p>DUFIEF, V\u00e9ronique. (2013), <em>La souffrance d\u00e9sarm\u00e9e<\/em>, Paris, Salvator, 141\u00a0p.<\/p>\n<p>FRAMPTON, Susan B. CHARMEL, Patrick A. GUASTELLO, Sara. (2013), <em>L\u2019humain au c\u0153ur de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, <em>Recueil de pratiques de soins et de gestion de sant\u00e9<\/em>, Montr\u00e9al, Guy Saint-Jean, 241\u00a0p.<\/p>\n<p>GODO, Emmanuel. (2017), <em>Ne fuis pas ta tristesse<\/em>, Paris, Salvator, 187\u00a0p.<\/p>\n<p>GOUTIERRE, Marie-Dominique. (2000), <em>L\u2019Homme face \u00e0 la mort<\/em>, <em>l\u2019absurde ou le salut<\/em><em>?<\/em>? Saint-Maur, Parole et Silence, 147\u00a0p.<\/p>\n<p>GRAND\u2019MAISON, Jacques. (2015), <em>Ces valeurs dont on parle si peu<\/em>, Canada, Carte Blanche, 130\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2000), <em>Quand le jugement fout le camp<\/em>, Canada, Fides, 335\u00a0p.<\/p>\n<p>GUILLEBAUD, Jean-Claude. (2011), <em>La Vie vivante<\/em>, <em>Contre les nouveaux pudibonds<\/em>, Paris, Les ar\u00e8nes, 279\u00a0p.<\/p>\n<p>HONOR\u00c9, Bernard. (2011), <em>L\u2019esprit du soin<\/em>, <em>La dimension spirituelle des pratiques soignantes<\/em>, Paris, Seli Arslan, 189\u00a0p.<\/p>\n<p>JACQUEMIN, Dominique. (2002), <em>Bio\u00e9thique<\/em>, <em>m\u00e9decine et souffrance<\/em>,<em> jalons pour une th\u00e9ologie de l\u2019\u00e9chec<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 159\u00a0p.<\/p>\n<p>JOBIN, Guy &amp; CHARRON, Jean-Marc &amp; NYABENDA, Michel. (2013), <em>Spiritualit\u00e9s et biom\u00e9decine<\/em>, <em>enjeux d\u2019une int\u00e9gration<\/em>, avec la collaboration de Johanne Lessard, Qu\u00e9bec, PUL, 170\u00a0p.<\/p>\n<p>K\u0152NIG, Gaspard. (2017), <em>Time to philo<\/em>, Paris, Larousse, 212\u00a0p.<\/p>\n<p>LACROIX, Xavier. (2017), <em>Avons-nous encore une \u00e2me<\/em>?? Paris, Salvator, 150\u00a0p.<\/p>\n<p>LENOIR, Fr\u00e9d\u00e9ric. (2012), <em>L\u2019\u00c2me du monde<\/em>, Paris, PUL, Pocket, 151\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2017), <em>Le miracle Spinoza<\/em>, Paris, Fayard, 220\u00a0p.<\/p>\n<p>LIEBY, Ang\u00e8le. (2012), <em>Une larme m\u2019a sauv\u00e9<\/em>, T\u00e9moignage, Paris, Pocket, 185\u00a0p.<\/p>\n<p>LEBOUCHER, Marc, (2017), <em>Le souffle et le roseau<\/em>, <em>Variations sur la fragilit\u00e9<\/em>, Paris, Salvator, 181\u00a0p.<\/p>\n<p>L\u00c9VINAS, Emmanuel. (2006), quatri\u00e8me \u00e9dition, <em>Difficile libert\u00e9<\/em>, Paris, Albin Michel, 379\u00a0p.<\/p>\n<p>MAILLOUX, Claude. (2017), Pr\u00e9sence nue, L\u2019accompagnement des personnes souffrantes, Montr\u00e9al, Novalis, 158\u00a0p.<\/p>\n<p>MARCOVITS, Paul-Dominique. (2013), <em>Pardonner<\/em>\u2026 <em>Jusqu\u2019o\u00f9<\/em><em>?<\/em>? Paris, Cerf, 98\u00a0p.<\/p>\n<p>M\u00c9DIASPAUL. (2011), <em>Mourir comment<\/em><em>?<\/em>? <em>Le d\u00e9bat sur l\u2019euthanasie<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 158\u00a0p.<\/p>\n<p>MENDON\u00c7A, Jos\u00e9 Tolentino. (2014), <em>Petit trait\u00e9 de l\u2019amiti\u00e9<\/em>, Paris, Salvator, 254\u00a0p.<\/p>\n<p>MONBOURQUETTE, Jean &amp; D\u2019ASPREMONT, Isabelle. (2016), <em>Excusez-moi, je suis en deuil<\/em>, Montr\u00e9al, NOVALIS, 260\u00a0p.<\/p>\n<p>MONTIGNY De, Johanne. (2010), <em>Quand l\u2019\u00e9preuve devient vie<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 300\u00a0p.<\/p>\n<p>MOUNIER, Emmanuel. (2000), <em>\u00c9crits sur le personnalisme<\/em>, \u00e9dit. Essais, Paris, 393\u00a0p.<\/p>\n<p>NADEAU, Gilles. (2016), <em>\u00c9couter<\/em>. <em>H\u00e9riter<\/em>.<em> Accompagner<\/em>, Montr\u00e9al, Novalis, 240\u00a0p.<\/p>\n<p>NADEAU, Marie-Th\u00e9r\u00e8se. (2016), <em>La conscience<\/em>, <em>Une formidable <\/em>boussole, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 141\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2013), <em>Voir la souffrance autrement<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 174\u00a0p.<\/p>\n<p>NOUWEN, Henri J.M. (2012), <em>Prendre soin les uns des autres<\/em>, <em>Une spiritualit\u00e9 du care<\/em>, Trad., Paris, Salvator, 78\u00a0p.<\/p>\n<p>NIESSEN Fran\u00e7oise &amp; DE DINECHIN Olivier. (2015), <em>Rep\u00e8res chr\u00e9tiens en bio\u00e9thique<\/em>, <em>La vie humaine du d\u00e9but \u00e0 la fin<\/em>, Paris, Salvator, 505\u00a0p.<\/p>\n<p>NOTO-MIGLIORINO, Roch-\u00c9tienne. (2014), <em>L\u2019infirmier face \u00e0 la d\u00e9tresse spirituelle du patient<\/em>, <em>Outil pour un accompagnement r\u00e9ussi<\/em>, Paris, Masson, 102\u00a0p.<\/p>\n<p>NOUWEN, J.M. Henri. (2011), <em>Prendre soin les uns des autres<\/em>, <em>Une spiritualit\u00e9 du Care<\/em>, Paris, Salvator, 78\u00a0p.<\/p>\n<p>PEREIRA, Jos\u00e9. (2007), <em>Accompagner en fin de vie<\/em>, <em>Int\u00e9grer la dimension spirituelle dans le soin<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 183\u00a0p.<\/p>\n<p>RICOT, Jacques. (2003), <em>Philosophie et fin de vie<\/em>, Rennes, \u00e9ditions ENSP, 110\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2010), <em>\u00c9thique du soin ultime<\/em>, Rennes, Presses de l\u2019EHESP, 281\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2013), <em>Du bon usage de la compassion<\/em>, Paris, puf, 56\u00a0p.<\/p>\n<p>\u2014 . (2017), <em>Penser la fin de vie<\/em>, Paris, EHESP, 346\u00a0p.<\/p>\n<p>RIC\u0152UR, Paul. (1990), <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>, Essais, Paris, Seuil, 423\u00a0p.<\/p>\n<p>ROUVILLOIS Samuel &amp; SCHATTNER Mika\u00ebl. (2013), <em>Accompagner<\/em>, <em>Sentiers pour une sagesse<\/em>, Paris, Salvator, 278\u00a0p.<\/p>\n<p>ROY, Louis. (2014), <em>L\u2019exp\u00e9rience de transcendance<\/em>, <em>ph\u00e9nom\u00e9nologie et analyse critique<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 299\u00a0p.<\/p>\n<p>S\u00c9VIGNY Andr\u00e9e, CHAMPAGNE Manon, GUIRGUIS-YOUNGER Manal. (2013), <em>Le b\u00e9n\u00e9volat en soins palliatifs ou l\u2019art d\u2019accompagner<\/em>, Qu\u00e9bec, PUL, 334\u00a0p.<\/p>\n<p>SIMARD, Jean-Paul. (2008), <em>Que faire<\/em>, <em>Quand la souffrance et la maladie frappent \u00e0 notre porte<\/em><em>?<\/em>? Montr\u00e9al, Anne Sigier, 116\u00a0p.<\/p>\n<p>TAYLOR, Charles. (2007), <em>L\u2019\u00e2ge s\u00e9culier<\/em>, Montr\u00e9al, Bor\u00e9al, 1340\u00a0p.<\/p>\n<p>THOMASSET Alain &amp; GARRIGUES Jean-Miguel. (2017), <em>Une morale souple, mais non sans boussole<\/em>, <em>R\u00e9pondre aux doutes de quatre cardinaux \u00e0 propos d\u2019Amoris laetitia<\/em>, Paris, Cerf, 168\u00a0p.<\/p>\n<p>TODOROV, Tzvetan. (2006), <em>L\u2019esprit des Lumi\u00e8res<\/em>, Paris, Laffont, 131\u00a0p.<\/p>\n<p>VERLINDE, Joseph. (2014), <em>Euthanasie<\/em>, <em>Du droit de vivre au devoir de mourir<\/em>, France, Le Livre ouvert, 263\u00a0p.<\/p>\n<p>VINAY, Patrick. (2010), <em>Ombres et lumi\u00e8res sur la fin de la vie<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 80\u00a0p.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jean-Marc Barreau est professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes religieuses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al (I\u00c9R), Canada, professeur r\u00e9gulier \u00e0 l\u2019Institut de Formation de Th\u00e9ologie de Montr\u00e9al (IFTM). Intervenant en soins spirituels dans une unit\u00e9 de soins palliatifs \u00e0 Montr\u00e9al-Nord.<br \/>\nDocteur (P.H.D et DT.H) en th\u00e9ologie syst\u00e9matique, il est l\u2019auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier (2017) publi\u00e9 \u00e0 Paris (M\u00e9diaspaul) s\u2019intitule\u00a0: <em>Soins palliatifs. Accompagner pour vivre<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00c0 ce jour, le milieu hospitalier du Qu\u00e9bec est dot\u00e9 d\u2019\u00ab?Intervenants en soins spirituels.?\u00bb Pour ma part, je pr\u00e9f\u00e8re parler d\u2019accompagnateurs spirituels.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Cf. <a href=\"https:\/\/legisquebec.gouv.qc.ca\/fr\/ShowDoc\/cs\/S-32.0001\">https:\/\/legisquebec.gouv.qc.ca\/fr\/ShowDoc\/cs\/S-32.0001<\/a>, &amp; 26, visit\u00e9 le 25 mars 2018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Dans cet article, les mots de genre masculin appliqu\u00e9s aux personnes d\u00e9signent les hommes et les femmes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Nous prenons comme lieu de recherche le milieu palliatif, premi\u00e8rement parce que c\u2019est l\u00e0 notre premier champ d\u2019expertise, mais aussi parce que nous consid\u00e9rons que la r\u00e9alit\u00e9 de \u00ab?la fin de vie?\u00bb concentre en elle-m\u00eame tout ce qui peut se vivre en d\u2019autres circonstances. Nous avons l\u2019habitude de dire qu\u2019elle nous offre un \u00ab?effet de loupe?\u00bb sur ce qui se vit en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Le \u00ab?nous?\u00bb de politesse entra\u00eene n\u00e9cessairement une adaptation grammaticale sylleptique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Par d\u00e9ontologie, l\u2019exemple pr\u00e9sent\u00e9 est offert avec de fausses identit\u00e9s et de fausses pathologies.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Fran\u00e7ois CHENG. (2016), <em>De l\u2019\u00e2me<\/em>, De l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Paris, Albin Michel, p.\u00a0129-130.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> La notion de \u00ab?bouc \u00e9missaire?\u00bb est l\u2019une des blessures spirituelles que nous pr\u00e9sentons dans notre dernier ouvrage\u00a0: Jean-Marc BARREAU. (2017), <em>Soins palliatifs. Accompagner pour vivre<\/em>?! Paris, M\u00e9diaspaul, p.\u00a0162.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a029-65.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Citation du philosophe Ric\u0153ur dans\u00a0: \u00ab?Soi-m\u00eame comme un autre?\u00bb, p.\u00a0313. Citation recueillie dans le dernier ouvrage de Jacques, RICOT. (2017), <em>Penser la fin de vie<\/em>, pr\u00e9faces de Jean L\u00e9onetti et de Philippe Pozzo di Borgo, Paris, EHESP, p.\u00a042.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>Gaspard, K\u0152NIG. (2017), <em>Time to philo<\/em>, Paris, Larousse, p.\u00a0154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0155.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0156. Voir aussi\u00a0: Xavier, DIJON. (2017), <em>Que penser de\u2026<\/em>?? <em>Le transhumanisme<\/em>, Collection Que penser de\u2026?? 92, Namur, Belgique, 126 p.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Cf. bas de page\u00a01. Dans\u00a0: Xavier, LACROIX. (2017), <em>Avons-nous encore une \u00e2me<\/em><em>?<\/em>? Paris, Salvator, Introduction, p.\u00a010.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a010.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a025.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> L\u2019AIISSQ est l\u2019Association des Intervenantes et Intervenants en Soins Spirituels du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> M\u00e9lany, BISSON, (2013), \u00ab?L\u2019espace sacr\u00e9\u00a0: pour un mod\u00e8le d\u2019intervention clinique en soins spirituels?\u00bb, dans JOBIN, Guy &amp; CHARRON, Jean-Marc &amp; NYABENDA, Michel, <em>Spiritualit\u00e9s et biom\u00e9decine<\/em>, <em>enjeux d\u2019une int\u00e9gration<\/em>, avec la collaboration de Johanne Lessard, Qu\u00e9bec, PUL, p.\u00a0139.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0140.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0141.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> <em>Ibid.<\/em>,<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Paul, RIC\u0152UR. (1990), <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>, Essais, Paris, Seuil, p.\u00a0117.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Thomas, DE KONINCK, (2008), <em>Aristote<\/em>, <em>l\u2019intelligence et Dieu<\/em>, Paris, PUF, p.\u00a07.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Bien en amont d\u2019une anthropologie chr\u00e9tienne, dans notre ouvrage <em>Soins palliatifs. Accompagner pour vivre<\/em>, nous abordons la d\u00e9couverte de l\u2019\u00e2me comme principe de vie \u00e0 travers deux types d\u2019induction philosophique. L\u2019induction scientifique et l\u2019induction intuitive (Cf. p.\u00a0124-135). Il faut ajouter que ces deux types d\u2019inductions s\u2019appellent l\u2019une l\u2019autre autour de deux principes\u00a0: le principe de compl\u00e9mentarit\u00e9 et le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9. Cf. bas de page\u00a07, p.\u00a0169.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> LACROIX. <em>Avons-nous<\/em>\u2026, p.\u00a029.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Emmanuel, MOUNIER. (2000), <em>\u00c9crits sur le personnalisme<\/em>, \u00e9dit. Essais, Paris, p.\u00a0363.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Le \u00ab?pouvoir attractif?\u00bb renvoie \u00e0 la m\u00e9taphysique d\u2019Aristote, la \u00ab?cause finale?\u00bb. Mais comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, puisque celle-ci a \u00e9t\u00e9 phagocyt\u00e9e par la philosophie scolastique, nous pr\u00e9f\u00e9rons parler du pouvoir attractif qui pr\u00e9vaut sur le pouvoir efficient.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> BARREAU,<em> Soins palliatifs<\/em>\u2026, p. 111.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Jos\u00e9 Tolentino, MENDON\u00c7A. (2014), <em>Petit trait\u00e9 de l\u2019amiti\u00e9<\/em>, Paris, Salvator, 254 p.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a015-16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> RIC\u0152UR. <em>Soi-m\u00eame<\/em>\u2026, p.\u00a0348.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> DE KONINCK. <em>Aristote<\/em>\u2026, p.\u00a074-75.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> BARREAU,<em> Soins palliatifs<\/em>\u2026, p. 151-170.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> Jacques, RICOT. (2017), <em>Penser la fin de vie<\/em>, Paris, EHESP, 346 p<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0148.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0152.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> BARREAU,<em> Soins palliatifs<\/em>\u2026, p. 216-220.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Je viens d\u2019offrir une formation \u00e0 l\u2019ensemble du personnel soignant des soins palliatifs de notre h\u00f4pital (Marie-Clarac) une formation sur \u00ab?le sentiment d\u2019impuissance?\u00bb. Et le sentiment d\u2019impuissance le plus fort regarde justement l\u2019incapacit\u00e9 de pouvoir soulager pleinement le patient de telle douleur, mais plus encore de telle souffrance\u2026 Ici, un v\u00e9ritable sujet de recherche \u00e0 mener en interdisciplinarit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a033.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0177-180.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> La notion d\u2019\u00ab?attitudes?\u00bb rel\u00e8ve d\u2019une vision anthropologique qui privil\u00e9gie la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019action. Sans pour autant opposer l\u2019une \u00e0 l\u2019autre\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> Justifi\u00e9 par notre anthropologie \u00ab?\u00e0 c\u0153ur ouvert?\u00bb, nous aimons qualifier notre accompagnement spirituel d\u2019attitudes profond\u00e9ment humaines qui favoriseront une recherche de v\u00e9rit\u00e9 et donc une mort que j\u2019aime appeler en \u00ab?ouverture.?\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0158.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0225.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0226.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0228.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> Cf. <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0218.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0162.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0166.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a080-85.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour citer cet article : Barreau, J.-M. (2018). \u00abExiste-t-il une ou des souffrance\u00b7s spirituelle\u00b7s?\u00bb, Les Cahiers de l\u2019ILTP, mis en ligne en mai 2018\u00a0: 26 pages. 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