{"id":247,"date":"2017-03-24T17:45:46","date_gmt":"2017-03-24T16:45:46","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/?page_id=247"},"modified":"2019-01-08T12:26:51","modified_gmt":"2019-01-08T11:26:51","slug":"quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations-une-plongee-dans-un-univers-symbolique-en-vue-dun-retour","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/precher-celebrer\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations-une-plongee-dans-un-univers-symbolique-en-vue-dun-retour\/","title":{"rendered":"C. Collaud &#8211; Quels gestes de b\u00e9n\u00e9diction pour quelles significations ? Une plong\u00e9e dans un univers symbolique en vue d\u2019un retour ! &#8211; 2017"},"content":{"rendered":"<p>Pour citer cet article : Collaud, Chr. (2017). \u00ab Quels gestes de b\u00e9n\u00e9diction pour quelles significations ?\u00a0Une plong\u00e9e dans un univers symbolique&#8230; en vue d\u2019un retour ! \u00bb, <em>Les Cahiers de l\u2019ILTP<\/em>, mis en ligne en\u00a0mars 2017 : 6 pages. Disponible en libre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/files\/2017\/04\/CahiersILTP_Collaud_Varia_ET_Benediction_Mars2017.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article au format &lt;pdf&gt;<\/a><\/p>\n<p><strong><br \/>\nChristophe Collaud<\/strong><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/03\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations\/#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour c\u00e9l\u00e9brer, robe noire ou aube blanche\u00a0?\u00a0\u00bb La question est cyclique et r\u00e9anime les d\u00e9bats entre coll\u00e8gues \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Beaucoup ont un avis bien tranch\u00e9 sur la question. Je vous avouerai avoir moi-m\u00eame des crit\u00e8res assez stricts pour \u00e9valuer une c\u00e9l\u00e9bration et d\u00e9cider d\u2019y porter tel ou tel v\u00eatement liturgique. Cependant, il y a un temps o\u00f9 je range, non pas mes robes, mais mes jugements au placard, c\u2019est dans le cas d\u2019une b\u00e9n\u00e9diction de mariage. En effet, lors de ces c\u00e9r\u00e9monies tr\u00e8s particuli\u00e8res, j\u2019offre toujours la t\u00e2che de choisir ma robe aux futurs mari\u00e9s. Et le moment o\u00f9 je pose la question, le temps de discussion qui s\u2019ensuit, n\u2019est jamais du temps perdu dans la pr\u00e9paration du mariage. J\u2019ai souvent \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 quel point, les couples r\u00e9pondaient rapidement \u00e0 la question de la robe\u00a0: qu\u2019ils choisissent l\u2019une ou l\u2019autre, l\u2019un des choix est tr\u00e8s souvent \u00e9vident pour eux. Dans leur repr\u00e9sentation du mariage, le pasteur porte d\u00e9j\u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre des robes.<!--more--><\/p>\n<p>La question, am\u00e8ne les mari\u00e9s \u00e0 me parler de leur c\u00e9r\u00e9monie fantasm\u00e9e, de leur vision de ce \u00e0 quoi devrait ressembler leur mariage, de l\u2019image qu\u2019ils se font d\u2019une b\u00e9n\u00e9diction id\u00e9ale. Il en va d\u2019ailleurs de m\u00eame avec le choix du lieu, de la d\u00e9coration, de la musique, etc. Le choix de ces \u00e9l\u00e9ments traduit une certaine vision de leur c\u00e9r\u00e9monie et implique profond\u00e9ment le sens qu\u2019ils donneront \u00e0 cette c\u00e9r\u00e9monie, bien plus que ce que pourra dire le pasteur dans sa pr\u00e9dication. Oui, le sens d\u2019une b\u00e9n\u00e9diction, la mani\u00e8re dont les destinataires de celle-ci la recevront, dont ceux qui y assistent la comprendront, r\u00e9side bien plus dans les \u00e9l\u00e9ments accessoires qui l\u2019entourent et la constituent que dans le sens intelligible des paroles prononc\u00e9es par le ministre.<\/p>\n<p>Vient alors une seconde question, encore plus r\u00e9v\u00e9latrice du sens accord\u00e9 \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction de leur mariage\u00a0: \u00ab\u00a0quel geste pour votre b\u00e9n\u00e9diction nuptiale\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<ul>\n<li>Une imposition des mains \u00e0 genoux\u00a0? T\u00e9moignant de votre inscription dans une tradition, dans une soci\u00e9t\u00e9 et une histoire, traduisant une certaine forme de d\u00e9votion, marquant une certaine sacralit\u00e9 de la chose\u00a0?<\/li>\n<li>Un geste de b\u00e9n\u00e9diction debout\u00a0? Comparable \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction de fin de culte\u00a0? Accentuant corporellement la notion d\u2019envoi, t\u00e9moignant d\u2019une certaine ind\u00e9pendance et confiance en vous-m\u00eame\u00a0?<\/li>\n<li>Un geste plus intimiste\u00a0? Le pasteur prend vos deux mains jointes et b\u00e9nit cette jonction, par exemple\u00a0? Geste qui refl\u00e8te alors davantage votre vision du mariage comme quelque chose d\u2019intime, un petit nid \u00e0 vous\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les gestes possibles pour une b\u00e9n\u00e9diction sont nombreux, mais pas interchangeables\u00a0: chacun d\u2019eux\u00a0<em>exprimera<\/em>\u00a0diff\u00e9remment la b\u00e9n\u00e9diction, chacun d\u2019eux\u00a0<em>imprimera<\/em>\u00a0diff\u00e9remment la b\u00e9n\u00e9diction. Romano Guardini, nous invite \u00e0 placer au c\u0153ur m\u00eame du principe liturgique le corporel comme moyen de r\u00e9ception et d\u2019expression spirituelle\u00a0:\u00a0<em>Im-pression\u00a0<\/em>et\u00a0<em>ex-pression<\/em><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/03\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations\/#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a>. Le geste, et l\u2019ensemble de la liturgie\u00a0(ces formes, son utilisation des corps, et m\u00eame ces mots qui ne sont que des images de ce qu\u2019ils expriment) est sceau\u00a0: sceau permettant d\u2019imprimer au c\u0153ur de l\u2019\u00e2me d\u2019une personne la b\u00e9n\u00e9diction que Dieu lui adresse, sceau permettant \u00e0 l\u2019\u00e2me d\u2019exprimer une intention, une pri\u00e8re \u00e0 Dieu. Mais comme le sceau qui ne porte qu\u2019un dessin symbolisant son propri\u00e9taire, la liturgie n\u2019est que symbole\u00a0: symbole de ce qui est exprim\u00e9, symbole de ce qui est imprim\u00e9.<\/p>\n<p>La lecture de la liturgie comme symbole esquiss\u00e9e par Guardini, est reprise abondamment par le th\u00e9ologien Louis-Marie Chauvet \u00e0 travers de nombreuses publications, dont notamment son ouvrage majeur\u00a0:\u00a0<em>Symbole et Sacrement<\/em><strong><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/03\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations\/#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/strong>. Je m\u2019en inspire principalement pour les propos qui vont suivre\u00a0:<\/p>\n<p>Tout naturellement, j\u2019ai dit \u00ab\u00a0la liturgie n\u2019est que symbole\u00a0\u00bb, tout naturellement j\u2019ai d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 ce qualificatif parce qu\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est ainsi que nous traitons le symbole. \u00ab\u00a0C\u2019est symbolique\u00a0\u00bb, disons-nous, comme pour dire que c\u2019est de moindre importance. Or non, justement, la liturgie est symbole et ce n\u2019est rien enlever \u00e0 son s\u00e9rieux et \u00e0 sa pertinence que de dire cela. La liturgie est symbole en ce qu\u2019elle est renvoi\u00a0: elle renvoie \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 spirituelle difficilement exprimable autrement que par des formes, des gestes, des images. La liturgie est symbole parce qu\u2019elle cr\u00e9e des ponts entre le spirituel et le corporel, elle le fait en permettant de vivre une r\u00e9alit\u00e9 spirituelle dans notre monde mat\u00e9riel. J\u2019aurais presque envie de pousser l\u2019analogie en disant que la liturgie est \u00e0 l\u2019image de J\u00e9sus de Nazareth, incarnation corporelle permettant d\u2019approcher le Christ, de percevoir quelque chose de Dieu.<\/p>\n<p>De la liturgie, l\u2019humain est l\u2019acteur, l\u2019humain est le locuteur quand il s\u2019adresse \u00e0 Dieu, l\u2019humain est le destinataire quand il cherche \u00e0 y recevoir quelque chose de Dieu. La liturgie est corporelle, elle na\u00eet dans notre monde est y est anim\u00e9e, et pourtant elle est symbole, elle signifie la liturgie c\u00e9leste, elle signifie le dialogue spirituel dont Dieu est l\u2019initiateur, dont Dieu est le locuteur, dont Dieu est le destinataire en \u00e9coutant les pri\u00e8res de son peuple. La liturgie terrestre, corporelle, est symbole\u00a0: elle est pont, passage n\u00e9cessaire, vers la r\u00e9alit\u00e9 spirituelle d\u2019une liturgie c\u00e9leste, elle est moyen de communication dans ce chant d\u2019amour entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 dans lequel chacun des amants est situ\u00e9 sur un autre plan.<\/p>\n<p>Mais pour que la signification du sceau soit comprise, il faut quelques notions d\u2019h\u00e9raldique, sinon le symbole ne pourra \u00eatre lu et ne pourra servir de pont. Il en va de m\u00eame pour la liturgie qui doit nous entra\u00eener dans un univers symbolique compr\u00e9hensible afin de nous renvoyer vers un univers spirituel, afin de renvoyer vers quelque chose. Or le pasteur du XXIe si\u00e8cle est globalement confront\u00e9 \u00e0 une m\u00e9connaissance de l\u2019univers symbolique du christianisme. M\u00e9connaissance relative cependant, puisqu\u2019il y a quelques restes, puisque les futurs mari\u00e9s ont une vision fantasm\u00e9e de leur b\u00e9n\u00e9diction de mariage. On ne part pas de rien non plus. Cela aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 plus facile de partir de rien, de devoir recr\u00e9er un ensemble symbolique pertinent et lisible aujourd\u2019hui. Mais ce n\u2019est pas le cas, et nous ne pouvons faire l\u2019\u00e9conomie de nos gestes traditionnels puisqu\u2019ils sont toujours attendus et demand\u00e9s, m\u00eame s\u2019ils ne sont pas toujours bien compris.<\/p>\n<p>En cherchant \u00e0 coller au plus pr\u00e8s \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie fantasm\u00e9e des futurs mari\u00e9s, le ministre les aide \u00e0 franchir le pas, \u00e0 entrer dans un univers symbolique. Leur imposer une c\u00e9l\u00e9bration tout autre, c\u2019est bloquer le dialogue, c\u2019est emp\u00eacher le moindre pas entre leur univers terrestre et l\u2019univers spirituel. En cherchant \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leur demande, en cherchant \u00e0 leur offrir une c\u00e9l\u00e9bration qui leur correspond, le ministre ouvrira aux futurs mari\u00e9s la porte de leur univers symbolique. Il leur permettra, en partant des formes et des gestes connus et attendus, de vivre un temps \u00e0 part, de vivre un temps symbolique, d\u2019entrer en communication avec leur monde spirituel.<\/p>\n<p>Chaque geste, chaque forme peut devenir signifiant. L\u2019accomplissement de la liturgie est donc un exercice de style de la part du ministre qui fonctionne alors en partie comme un guide touristique\u00a0: \u00e0 lui de mettre l\u2019accent sur tel ou tel aspect de sa c\u00e9l\u00e9bration, \u00e0 lui d\u2019appuyer tel ou tel geste, telle ou telle parole, afin de montrer la coh\u00e9rence de l\u2019univers symbolique qu\u2019il fait visiter, afin d\u2019aider mari\u00e9s et assistance \u00e0 en d\u00e9gager un sens spirituel. \u00c0 ceux qui estime que la liturgie n\u2019est que la r\u00e9citation de quelques pri\u00e8res, l\u2019accomplissement m\u00e9canique de quelques gestes, j\u2019aimerais affirmer au contraire que c\u00e9l\u00e9brer une liturgie, particuli\u00e8rement devant un public peu habitu\u00e9 \u00e0 l\u2019univers symbolique chr\u00e9tien, est un exercice exigent pour le th\u00e9ologien de terrain qu\u2019est le pasteur, comparable peut-\u00eatre au travail d\u2019un guide qui tentera de faire visiter son mus\u00e9e \u00e0 une classe de lyc\u00e9ens.<\/p>\n<p>Lors de cette visite de l\u2019univers symbolique qu\u2019ils ont en partie choisi, il sera peut-\u00eatre possible de tenter de corriger pour un peu le sens donn\u00e9 par les mari\u00e9s \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Dans le cas d\u2019un couple que le pasteur estime trop centr\u00e9 sur eux, sur leur relation intime, il sera possible d\u2019appuyer sur le r\u00f4le des t\u00e9moins, sur la pr\u00e9sence de l\u2019assembl\u00e9e, sur les anneaux t\u00e9moignant au monde de leur union. Pour un couple chez qui Dieu est un peu trop \u00e9vacu\u00e9, il sera possible de mettre l\u2019accent sur les flammes des bougies, sur la douce lumi\u00e8re filtrant \u00e0 travers les vitraux, t\u00e9moignage discret d\u2019une pr\u00e9sence autre qui soutient leur amour l\u2019un pour l\u2019autre. Ce ne sont que quelques exemples car \u00e9videmment, chaque c\u00e9r\u00e9monie est particuli\u00e8re et invite \u00e0 une r\u00e9flexion propre.<\/p>\n<p>Mais nous le savons bien\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie n\u2019est qu\u2019un temps de cette journ\u00e9e. Ce qui pr\u00e9occupe souvent le plus les futurs mari\u00e9s, ce n\u2019est pas la qu\u00eate de sens de la c\u00e9l\u00e9bration, c\u2019est la suite\u00a0: l\u2019ap\u00e9ritif, le photographe, le repas, la musique, le bal, etc. Et puis, ce jour du mariage, ce n\u2019est qu\u2019un temps \u00e9galement, demain il y aura les rangements \u00e0 faire, les factures \u00e0 payer, le retour au travail apr\u00e8s la lune de miel, le retour \u00e0 la vie normale\u00a0: retour dans ce monde corporel qui est le n\u00f4tre. C\u2019est le cas de tout geste de b\u00e9n\u00e9diction, c\u2019est le cas de toute liturgie, elle est visite d\u2019un univers symbolique, elle est exp\u00e9rience de spiritualit\u00e9, mais elle est limit\u00e9e dans le temps et dans l\u2019espace. Elle est sceau que l\u2019on repose apr\u00e8s l\u2019avoir utilis\u00e9, mais qui devrait laisser une marque dans notre vie corporelle.<\/p>\n<p>La pr\u00e9occupation des futurs mari\u00e9s est d\u2019avoir une belle c\u00e9r\u00e9monie, une belle journ\u00e9e de f\u00eate. La pr\u00e9occupation du pasteur devrait aller plus loin\u00a0: qu\u2019est-ce qui va rester\u00a0? Qu\u2019est-ce qui sera\u00a0<em>im-primer<\/em>en eux par la liturgie\u00a0? Quelle marque va laisser la b\u00e9n\u00e9diction de leur mariage\u00a0? Soyons lucide, il ne restera pas grand-chose\u00a0: une impression g\u00e9n\u00e9rale, un geste symbolique fort, un d\u00e9tail. Mais pour que ce petit quelque chose, pas forc\u00e9ment intelligible, puisse rester imprim\u00e9 \u00e0 la suite de la visite de l\u2019univers symbolique, il me semble que la sortie de la c\u00e9l\u00e9bration doit \u00eatre particuli\u00e8rement soign\u00e9e. L\u2019envoi et la b\u00e9n\u00e9diction finale permettent de faire le pont, non plus cette fois entre la r\u00e9alit\u00e9 corporelle et la r\u00e9alit\u00e9 spirituelle, mais entre l\u2019instant v\u00e9cu et la vie de tous les jours. L\u2019envoi dit la n\u00e9cessit\u00e9 de retourner dans le monde, de vivre dans notre r\u00e9alit\u00e9 corporelle. La b\u00e9n\u00e9diction finale dit \u00ab\u00a0oui, mais un peu diff\u00e9remment\u00a0\u00bb, elle rappelle que quelque chose a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu et que ce quelque chose doit changer quelque peu notre vie corporelle. On n\u2019entre pas dans l\u2019univers symbolique de la liturgie pour y demeurer. On s\u2019extrait un temps de notre vie, on fait une halte dans la liturgie, et on retourne \u00e0 notre vie, mais qui s\u2019en retrouve alors un petit peu d\u00e9cal\u00e9e, enrichie d\u2019un surplus de sens. Ce surplus de sens n\u2019est pas forcement intelligible, il na\u00eet d\u2019avoir v\u00e9cu une impression, une sensation de rencontre avec un univers spirituel.<\/p>\n<p>J\u2019ai parl\u00e9 du mariage parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un exemple particuli\u00e8rement frappant o\u00f9 chaque donn\u00e9e est mise en relief par l\u2019investissement plac\u00e9 sur ce type de c\u00e9r\u00e9monie, mais le sch\u00e9ma que j\u2019ai essay\u00e9 de dresser est \u00e0 mon avis valable pour toute c\u00e9r\u00e9monie b\u00e9n\u00e9dictive\u00a0: bapt\u00eame, confirmation, onction des malades, cons\u00e9cration, service fun\u00e8bre (en consid\u00e9rant que ce service est une b\u00e9n\u00e9diction donn\u00e9e \u00e0 ceux qui reste), et m\u00eame le culte dominical qui doit toujours \u00eatre b\u00e9n\u00e9diction. J\u2019essaye donc de synth\u00e9tiser le sch\u00e9ma que je propose\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Le ministre est face \u00e0 un public qui attend quelque chose.<\/li>\n<li>Le ministre, lui, veut les accompagner dans un univers symbolique.<\/li>\n<li>Plus il r\u00e9pondra aux attentes de son public, plus facilement il les fera entrer dans l\u2019univers symbolique de la c\u00e9l\u00e9bration.<\/li>\n<li>Dans l\u2019univers symbolique, le ministre servira de guide. Il montrera les \u00e9l\u00e9ments, il appuiera davantage tel ou tel \u00e9l\u00e9ment.<\/li>\n<li>Cependant le sens en sera d\u00e9duit par le public, ou plus exactement le sens \u00ab\u00a0frappera\u00a0\u00bb, se pressera contre lui, s\u2019<em>im-primera<\/em>\u00a0en lui.<\/li>\n<li>Enfin, au sortir de la c\u00e9l\u00e9bration, le ministre liera sa c\u00e9l\u00e9bration \u00e0 la vie mondaine par l\u2019envoi,<\/li>\n<li>Il relira la vie mondaine \u00e0 la vie spirituelle exp\u00e9riment\u00e9e dans l\u2019univers symbolique de la c\u00e9l\u00e9bration par la b\u00e9n\u00e9diction finale.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ainsi, la c\u00e9l\u00e9bration b\u00e9n\u00e9dictive laissera une trace qui rendra le sujet \u00e0 sa vie mondaine, une vie cependant l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9e de ce qu\u2019elle \u00e9tait auparavant.<\/p>\n<p>Les gestes, les formes et les images de la liturgie sont innombrables. Les types de b\u00e9n\u00e9dictions peuvent \u00e9galement \u00eatre distingu\u00e9s dans un large spectre. Cependant, tous ces types ne sont que des expressions d\u2019une seule b\u00e9n\u00e9diction, celle de l\u2019alliance de Dieu avec l\u2019individu. Les gestes et les formes liturgiques interpr\u00e9teront\u00a0<em>La B\u00e9n\u00e9diction<\/em>\u00a0dans le cadre d\u2019un certain type de b\u00e9n\u00e9diction avec un certain contenu signifiant propre aux besoins de chaque situation.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nous lan\u00e7ons un institut de recherche. Aujourd\u2019hui nous inaugurons des champs que nous voulons investiguer. Alors, permettez-moi de terminer cette intervention par une question \u00e0 laquelle j\u2019esp\u00e8re pouvoir contribuer avec l\u2019aide de notre nouvel institut\u00a0: parmi les formes th\u00e9ologiques que prend la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu, il y en a \u00e9videmment une centrale en christianisme, scandale pour certains, folie pour d\u2019autres, mais puissance et sagesse de Dieu pour nous, c\u2019est la b\u00e9n\u00e9diction que nous recevons par la croix. Cette b\u00e9n\u00e9diction est signifi\u00e9e dans la liturgie notamment au travers des deux sacrements\u00a0: le bapt\u00eame \u2013 au cours duquel le novice est plong\u00e9 dans l\u2019eau pour y mourir avant d\u2019\u00eatre relev\u00e9 de cette mort \u2013 et surtout la Sainte C\u00e8ne par laquelle nous annon\u00e7ons la mort du Seigneur.<\/p>\n<p>Scandale, folie, ces adjectifs pauliniens pour parler de cette b\u00e9n\u00e9diction ont encore toute leur pertinence aujourd\u2019hui. Le sens que les gens re\u00e7oivent du bapt\u00eame est plus g\u00e9n\u00e9ralement celui de la c\u00e9l\u00e9bration de la vie, celui de l\u2019amour filial, \u00e9ventuellement pour les plus pratiquants l\u2019accueil de l\u2019enfant dans la communaut\u00e9\u00a0: aucune conscience que c\u2019est en la mort du Christ que l\u2019on baptise. M\u00eame la C\u00e8ne, plus directement li\u00e9 \u00e0 la mort du Christ imprime plus g\u00e9n\u00e9ralement dans nos communaut\u00e9s protestantes les notions de fraternit\u00e9 et de partage induites par le partage d\u2019un m\u00eame pain et d\u2019une m\u00eame coupe. L\u2019annonce de la mort du Christ, lieu de b\u00e9n\u00e9diction, est rel\u00e9gu\u00e9e au second plan, voire totalement \u00e9cart\u00e9. Il est vrai que c\u2019est scandaleux, que c\u2019est folie.<\/p>\n<p>Mais alors, que faire face \u00e0 ce rejet de la croix dans le v\u00e9cu de la pi\u00e9t\u00e9 protestante contemporaine\u00a0? Sur quel geste, sur quel mot, sur quelle image placer les accents afin de permettre \u00e0 la croix, en tant que signe de b\u00e9n\u00e9diction, de\u00a0<em>s\u2019im-primer<\/em>, de se\u00a0<em>r\u00e9-im-primer<\/em>\u00a0dans la spiritualit\u00e9 des fid\u00e8les de nos \u00e9glises\u00a0? La b\u00e9n\u00e9diction de Dieu dans le christianisme, c\u2019est sur la croix qu\u2019elle se joue. Alors quel geste pour quelle signification\u00a0? Quel geste pour que la signification de cette croix soit<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/03\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations\/#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Prise de parole de Christophe Collaud \u00e0 l\u2019occasion des journ\u00e9es de lancement de l\u2019Institut L\u00e9manique de Th\u00e9ologie Pratique, tenues les 29 et 30 septembre 2016 aux Universit\u00e9s de Lausanne et Gen\u00e8ve. Christophe Collaud est doctorant en th\u00e9ologie pratique et conseiller aux \u00e9tudes dans le cadre du Coll\u00e8ge Protestant de Th\u00e9ologie.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/03\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations\/#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0Romano Guardini,\u00a0<em>L\u2019Esprit de la liturgie (Vom Geist der Liturgie)<\/em>, traduction et introduction de Robert d\u2019Harcourt, Paris\u00a0: Plon, 1930 (1918), p. 181.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/2017\/03\/quels-gestes-de-benediction-pour-quelles-significations\/#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Louis-Marie Chauvet, Symbole et sacrement. Une relecture sacramentelle de l\u2019existence chr\u00e9tienne, Paris\u00a0: Cerf, 1987.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour citer cet article : Collaud, Chr. (2017). \u00ab Quels gestes de b\u00e9n\u00e9diction pour quelles significations ?\u00a0Une plong\u00e9e dans un univers symbolique&#8230; en vue d\u2019un retour ! \u00bb, Les Cahiers de l\u2019ILTP, mis en ligne en\u00a0mars 2017 : 6 pages.<\/p>\n","protected":false},"author":1001327,"featured_media":0,"parent":76,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"class_list":["post-247","page","type-page","status-publish"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001327"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=247"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/247\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/76"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/lescahiersiltp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}