20 mars 2025
Garder la science commune
Début février, la SRF, le pendant alémanique de la RTS, mettait au régime strict sa rédaction scientifique: réduction des effectifs et suppression de Wissenschaftsmagazin, émission phare de la radio. Une annonce qui a suscité une levée de boucliers outre-Sarine, les Académies suisses des sciences se fendant notamment d’une lettre ouverte qui demandait de revenir sur ces décisions.
On ne peut que partager cette inquiétude, en soulignant la haute tenue des émissions scientifiques produites, de ce côté-ci de la Sarine, comme CQFD ou 36,9°. Certes, la Suisse romande est pour l’heure épargnée, mais jusqu’à quand?
Restons aussi réalistes: obligée de se serrer la ceinture, la SSR doit faire des choix, personne ne le conteste. Mais, sans esprit de chapelle, il nous paraît dangereux de s’en prendre à des émissions qui, en abordant leurs sujets avec une rigueur scientifique et journalistique, permettent un débat public équilibré, en ces temps de fake news et de complotisme, voire de charge délibérée contre les médias et les institutions scientifiques.
Comme l’écrit la philosophe et journaliste française Géraldine Muhlmann dans son essai Pour les faits (Les Belles Lettres, 2023): défendre les faits, c’est aussi défendre une base «commune» de connaissances sur lesquelles on peut discuter, débattre, voire même, luxe suprême de nos démocraties, ne pas être d’accord. C’est le rôle que remplissent ces programmes diffusés à des heures de grande écoute, sur des grandes chaînes publiques. Au risque sinon, pour citer Géraldine Muhlmann, que nos sociétés ne deviennent que la «juxtaposition de petits mondes étanches, organisés par des « valeurs » non contestées, qui dictent « leurs faits », c’est-à-dire les faits acceptables dans chaque petit monde».
On parle de la presse comme du «4e pouvoir», garant de la démocratie ; or les rubriques scientifiques des grands journaux, les émissions de vulgarisation, apparaissent de plus en plus comme une garantie de rigueur face aux dérives – et aux délires – propagés par certains réseaux sociaux.
Renaud Du Pasquier, Doyen FBM
