13 février 2025
Heal, baby, heal !
Fin janvier, l’administration Trump demandait aux agences fédérales de licencier les fonctionnaires chargés de promouvoir la diversité. Ce n’est sans doute pas le rôle du doyen de la FBM de commenter l’actualité politique américaine. En revanche, une information passée plus inaperçue mérite une réaction: dans la foulée, la Food and Drug Administration (FDA) a dû retirer séance tenante les documents de son Diversity Action Plan de son site web.
Ce Diversity Action Plan vise à intégrer des critères de sexe, d’âge et à améliorer la représentation des minorités ethniques, notamment hispanique et afro-américaine, dans les tests cliniques, pour une meilleure réponse et une meilleure sécurité des médicaments. Car on le sait, nos médicaments sont encore testés sur des échantillons «standards», grosso modo caucasiens et masculins, qui ne reflètent qu’une partie de la population réelle. C’est une problématique pour les milieux médicaux, y compris pour la pharmacologie clinique du CHUV.
On ne peut donc pas, à ce sujet, simplement mettre dos à dos les conservateurs et progressistes: avec le rétropédalage de la FDA, ce sont aussi la science et la médecine qui régressent. Pis, la rigueur scientifique devient une valeur contingente, soumise aux changements de direction du vent politique.
Bien sûr, pour une faculté de biologie et de médecine, c’est une décision incompréhensible. Malgré les vents contraires, aux États-Unis mais aussi en Europe, la FBM reste fidèle aux principes de l’EDI (égalité, diversité, inclusion), ainsi qu’à son engagement pour la durabilité, elle aussi attaquée. Cela sans dogmatisme, mais en s’appuyant sur les données scientifiques, par définition évolutives, et en encourageant le débat.
Cela tombe bien, c’est ce soir que la professeure Carole Clair, qui incarne la thématique «médecine et genre» à la FBM, donne sa leçon inaugurale. Elle le fait sans militantisme, même si ses recherches appellent à modifier nos attitudes et nos pratiques: elles ont mis en évidence, par exemple, des différences dans la symptomatologie de l’infarctus entre hommes et femmes, pouvant entraîner des retards de diagnostic chez ces dernières, la spécificité de leurs symptômes étant peu abordée durant les études de médecine; ou encore des biais de genre dans l’approche des maladies, tendant à minimiser la douleur chez les femmes et à sous-diagnostiquer la dépression chez les hommes. Ces exemples montrent que ce n’est pas en soignant mieux une partie de la population jusque-là négligée qu’on en soignera moins bien la «majorité». La diversité n’est pas un luxe !
Renaud Du Pasquier, Doyen FBM
