{"id":3151,"date":"2018-07-02T17:27:02","date_gmt":"2018-07-02T15:27:02","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/hecimpact\/?p=3151"},"modified":"2023-06-13T13:42:16","modified_gmt":"2023-06-13T11:42:16","slug":"guerre-et-paix-les-arguments-en-faveur-du-partage-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/guerre-et-paix-les-arguments-en-faveur-du-partage-du-pouvoir\/","title":{"rendered":"Guerre et paix: Les arguments en faveur du partage du pouvoir"},"content":{"rendered":"\n<p>Il existe depuis longtemps un lien entre la politique et la violence. Les d\u00e9saccords entre factions peuvent souvent conduire \u00e0 des violences prolong\u00e9es. En m\u00eame temps, il est \u00e9vident que la perspective ou la r\u00e9alit\u00e9 du partage du pouvoir peut r\u00e9duire la violence &#8211; comme dans le cas de l&rsquo;accord du Vendredi saint et des paramilitaires en Irlande du Nord, par exemple. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la violence entre factions, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un pays ou d&rsquo;une r\u00e9gion, est manifeste dans de nombreuses parties du monde, les travaux de recherche sur la mani\u00e8re de pr\u00e9venir cette violence sont particuli\u00e8rement pertinents.<\/p>\n\n\n\n<p>Partout dans le monde, depuis toujours, il existe d&rsquo;innombrables exemples de tensions extr\u00eames entre des groupes distincts \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d&rsquo;un pays ou d&rsquo;une r\u00e9gion. Les factions concern\u00e9es se distinguent souvent par leur appartenance ethnique, leur race, leur religion ou leur philosophie. Parfois, ces tensions sont r\u00e9solues pacifiquement gr\u00e2ce \u00e0 la politique, mais trop souvent elles sont source d&rsquo;instabilit\u00e9 politique, de troubles civils, de conflits r\u00e9gionaux, de guerre et de pertes \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de leurs derni\u00e8res recherches, Dominic Rohner et son co-auteur Hannes Mueller se sont pench\u00e9s sur la pratique du partage du pouvoir et sa capacit\u00e9 \u00e0 aider \u00e0 r\u00e9soudre les conflits et \u00e0 sauver des vies, m\u00eame dans des situations o\u00f9 le partage du pouvoir ne semble pas \u00eatre une solution naturelle en raison de d\u00e9s\u00e9quilibres de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux de Dominic Rohner et Hannes Mueller sur le partage du pouvoir ont \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9s par l&rsquo;esprit de consensus qui pr\u00e9vaut aujourd&rsquo;hui dans la politique suisse. Ses origines remontent \u00e0 une p\u00e9riode plus hostile de l&rsquo;histoire de la Suisse, lorsque les tensions entre catholiques et protestants au milieu du XIXe si\u00e8cle provoqu\u00e8rent une guerre civile en 1847. Bien que la faction protestante ait gagn\u00e9 la guerre, sa pr\u00e9disposition lib\u00e9rale la conduisit \u00e0 \u00e9tablir un accord de partage du pouvoir plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 \u00e9craser l&rsquo;ennemi. En effet, les petits cantons catholiques suisses obtinrent les m\u00eames droits de vote que les grands cantons protestants, ce qui signifiait en fait qu&rsquo;ils \u00e9taient surrepr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les institutions politiques qui furent \u00e9tablies &#8211; un parlement bicam\u00e9ral, une repr\u00e9sentation proportionnelle, un gouvernement de coalition, une d\u00e9mocratie directe &#8211; illustrent toutes un esprit de partage du pouvoir et ont surv\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs ont entrepris de v\u00e9rifier si le partage du pouvoir pouvait r\u00e9ellement r\u00e9duire la violence entre des groupes en conflit. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tant qu&rsquo;en l&rsquo;absence de partage du pouvoir, en particulier dans les syst\u00e8mes de scrutin uninominal \u00e0 un tour, m\u00eame si une faction n&rsquo;est que marginalement minoritaire, elle peut toujours se retrouver sans pouvoir. Ainsi, pour la faction perdante m\u00e9contente, l&rsquo;incitation \u00e0 abandonner le processus politique et \u00e0 recourir \u00e0 la violence est consid\u00e9rable. Alors que le vainqueur, qui pourrait chercher \u00e0 s\u2019arroger le pouvoir et \u00e0 exclure ses rivaux, est expos\u00e9 \u00e0 la perspective de gouverner avec la probabilit\u00e9 d\u2019une violence persistante et le risque que le r\u00e9sultat soit invers\u00e9 lors de futures \u00e9lections.&nbsp;Cependant, si le partage du pouvoir fournit \u00e0 la faction perdante un enjeu dans le jeu politique, l\u2019incitation \u00e0 poursuivre dans une opposition violente est beaucoup moins importante.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que l&rsquo;argument positif en faveur du partage du pouvoir semble plausible, ce n&rsquo;est pas une proposition facile \u00e0 tester, car il est particuli\u00e8rement difficile de faire une distinction entre corr\u00e9lation et causalit\u00e9. Par exemple, si le partage du pouvoir r\u00e9sulte du fait que l\u2019on traite avec des personnes raisonnables, ce sont peut-\u00eatre les personnes raisonnables qui produisent tout l\u2019effet b\u00e9n\u00e9fique, et non le partage du pouvoir en soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs ont trouv\u00e9 une situation id\u00e9ale pour tester empiriquement leurs id\u00e9es. L&rsquo;Irlande du Nord a une longue histoire de violence sectaire entre les nationalistes en grande partie catholiques qui soutiennent une Irlande unie et les unionistes en majorit\u00e9 protestants qui soutiennent l&rsquo;union avec le Royaume-Uni. Les troubles, qui se sont d\u00e9roul\u00e9s entre la fin des ann\u00e9es 1960 et la signature de l&rsquo;accord du Vendredi saint en 1998, ont fait plusieurs milliers victimes.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abEn termes de pertes en vies humaines, cela signifiait 888 morts en moins dans le conflit.\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Utilisant les pouvoirs attribu\u00e9s par le Royaume-Uni en mati\u00e8re de libert\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux informations, les auteurs ont obtenu les affiliations politico-religieuses du pr\u00e9sident et du vice-pr\u00e9sident des 26 districts locaux d&rsquo;Irlande du Nord entre 1973 et 2001 &#8211; g\u00e9n\u00e9ralement protestants, catholiques ou non sectaires. Si les deux \u00e9taient diff\u00e9rents, le r\u00e9sultat \u00e9tait cod\u00e9 en tant que partage du pouvoir. En utilisant une analyse statistique, en examinant la ligne de tendance et en contr\u00f4lant la violence moyenne, les auteurs ont \u00e9tabli l&rsquo;impact du partage du pouvoir sur la violence dans chaque district et l&rsquo;\u00e9cart de celle-ci par rapport \u00e0 la violence moyenne de base. Les r\u00e9sultats ont clairement montr\u00e9 que l\u00e0 o\u00f9 il y avait partage du pouvoir, il y avait beaucoup moins de violence. D\u2019un point de vue num\u00e9rique, dans leur seul \u00e9chantillon restreint, ils estiment que le partage du pouvoir a permis de r\u00e9duire de 888 le nombre de d\u00e9c\u00e8s dus au conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les auteurs ont compar\u00e9 des districts o\u00f9 les r\u00e9sultats \u00e9taient proches. La question de savoir s&rsquo;il y aurait ou non un partage du pouvoir \u00e9tait plut\u00f4t al\u00e9atoire. L\u00e0 encore, les districts partageant le pouvoir ont enregistr\u00e9 moins de violence que ceux o\u00f9 il n&rsquo;y avait pas de partage du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;indique le Prof. Rohner, ces r\u00e9sultats ne sont pas forc\u00e9ment transposables \u00e0 d&rsquo;autres situations o\u00f9 les circonstances socio-\u00e9conomiques sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes. N\u00e9anmoins, le principe fond\u00e9 sur les faits demeure vrai; le partage du pouvoir a un effet tr\u00e8s important sur la r\u00e9duction de la violence entre factions.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se peut que certains se f\u00e9licitent des r\u00e9sultats tout en s&rsquo;interrogeant sur leur valeur dans la pratique. Apr\u00e8s tout, lorsqu&rsquo;une faction particuli\u00e8re obtient le pouvoir, que ce soit par des moyens d\u00e9mocratiques ou autrement, la tentation est d&rsquo;exercer le pouvoir de mani\u00e8re ind\u00e9pendante et d&rsquo;exclure les factions oppos\u00e9es.&nbsp;Toutefois, comme le souligne Dominic Rohner, on peut envisager un \u00e9ventuel compromis. L&rsquo;exercice isol\u00e9 du pouvoir n&rsquo;\u00e9liminera pas les tensions et risque d&rsquo;exacerber la violence.&nbsp;Ces tensions et leurs effets n\u00e9gatifs peuvent persister pendant des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles. De plus, la faction majoritaire peut \u00eatre minoritaire lors d&rsquo;une \u00e9lection future.&nbsp;Alors que, comme le montre la situation en Suisse, le partage du pouvoir dans un bon esprit peut cr\u00e9er une paix et une prosp\u00e9rit\u00e9 durables.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;intervention directe de la communaut\u00e9 internationale pour pr\u00e9venir les conflits civils et r\u00e9gionaux n&rsquo;a pas toujours eu l&rsquo;effet escompt\u00e9. Cependant, pour les d\u00e9cideurs politiques, les gouvernements et les institutions int\u00e9ress\u00e9s par la r\u00e9duction des conflits civils et r\u00e9gionaux, les travaux de Rohner et Mueller fournissent des preuves empiriques solides des avantages qu&rsquo;il y a \u00e0 influencer les factions oppos\u00e9es pour qu&rsquo;elles mettent en \u0153uvre un partage du pouvoir en toute bonne foi dans la mesure du possible.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Papier de recherche: M\u00fcller, H. &amp; Rohner, D. (2017). <a href=\"https:\/\/papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=3057316\">Can Power-Sharing Foster Peace? Evidence from Nothern Ireland <\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><span class=\"wp-caption wp-caption-text\">Cr\u00e9dit photo: iStockphoto.com\/prospective56<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il existe depuis longtemps un lien entre la politique et la violence. Les d\u00e9saccords entre factions peuvent souvent conduire \u00e0 des violences prolong\u00e9es. En m\u00eame temps, il est&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1513,"featured_media":3218,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[941,944,937],"tags":[590,317,591,593,594,592,278,595],"class_list":{"0":"post-3151","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-economie-et-societe","8":"category-esg-fr","9":"category-recherche","10":"tag-conflit-fr","11":"tag-dominic-rohner-fr","12":"tag-gouvernement-fr","13":"tag-opposition-fr","14":"tag-partage-du-pouvoir","15":"tag-politique-fr","16":"tag-pouvoir","17":"tag-violence-fr"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3151","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1513"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3151"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3151\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3218"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3151"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3151"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/hecoutreach\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3151"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}