Congé parental: trouver l’équilibre entre perspectives de carrière et bien-être

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Les politiques instituant le congé parental poursuivent plusieurs objectifs. Elles peuvent promouvoir le bien-être, encourager le retour des femmes au travail, éviter des conséquences néfastes sur la carrière et bénéficier à l’économie en général. Mais pour obtenir les meilleurs résultats, quelle combinaison entre protection de l’emploi et allocations fonctionne le mieux ?

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LaliveRafael Lalive est professeur d’économie appliquée et d’économétrie. Ses recherches sont axées sur l’économie sociale, l’économie du travail, l’économie publique et la microéconométrie.

Quand des rumeurs ont circulé, en septembre 2014, sur le fait que la Province du Québec, au Canada, prévoyait de réduire les droits au congé parental, les critiques n’ont pas tardé à fuser. Le congé parental est un sujet sensible dans de nombreux pays, même si le raisonnement sous-jacent est assez solide. Par une combinaison d’allocations et de protection de l’emploi, le congé parental est destiné à aider les parents, leurs employeurs et la société, de plusieurs façons. Il encourage la continuité de l’emploi après une naissance, en aidant les femmes à retourner au travail. Ce faisant, il limite leur perte d’expérience professionnelle et évite des conséquences néfastes sur l’emploi et les revenus à moyen terme. Il promeut également le bien-être, permettant aux parents de passer du temps avec leur jeune enfant et stimule même, en conséquence, les performances des femmes sur le marché du travail.

Une absence prolongée pourrait avoir des conséquences négatives sur la valeur d’une mère sur le marché du travail et nuire à ses projets de carrière

Le défi, pour les gouvernements, est d’inventer un système de congé parental qui corresponde à la fois aux besoins des employeurs et à ceux des parents, ce qui est loin d’être facile. Mal régler la balance peut poser des problèmes. Une absence prolongée pourrait avoir des conséquences négatives sur la valeur d’une mère sur le marché du travail et nuire à ses projets de carrière. Des allocations peuvent encourager les mères à retarder leur retour au travail, avec les mêmes conséquences négatives sur leurs perspectives professionnelles.

Il existe de nombreuses approches différentes du congé parental. Aux États-Unis, par exemple, le congé offert conformément à la loi de 1993 (Family and Medical Leave Act), est court et sans allocations. La Suisse offre un congé maternité rémunéré de 14 semaines, tandis que des pays comme l’Allemagne et la France offrent jusqu’à trois ans de congé, accompagné de généreuses allocations de la part de l’État.

L’impact des allocations et de la protection de l’emploi dans les systèmes de congés parentaux est un sujet qu’ont étudié Rafael Lalive, Analía Schlosser, Andreas Steinhauer et Josef Zweimüller. Au départ, Rafael Lalive et ses collègues ont profité d’une série de réformes du système autrichien de congé parental au cours des 25 dernières années, utilisant la base de données de la sécurité sociale autrichienne (Austrian Social Security Database, ASSD), pour observer les effets d’un certain nombre de scénarios relatifs au congé parental. Notamment, lorsque les allocations et la protection de l’emploi courent sur une même période; lorsque la protection du travail s’étend sur une période plus longue que le versement des allocations, laissant une période impayée ; et quand les allocations durent plus longtemps que la protection de l’emploi, le congé étant ainsi payé complètement, mais l’emploi pas entièrement protégé.

Un allongement d’une année des allocations de congé parental augmente de 7,8 mois le temps passé à la maison

La principale découverte est que l’allongement des périodes rémunérées et de protection de l’emploi retarde considérablement le retour de la mère au travail. La période au cours de laquelle des allocations sont versées a un impact plus important sur le retour au travail que la période de protection de l’emploi. Un allongement d’une année des allocations de congé parental augmente de 7,8 mois le temps passé à la maison. Le report du retour au travail était également observé pour les femmes qui retournaient au travail avec un nouvel employeur.

L’équilibre optimal

Les scénarios de congés parentaux autrichiens combinant toujours allocations et protection de l’emploi, il n’était pas possible pour Lalive et ses collègues de déterminer les conséquences d’un seul facteur à la fois. Pour ce faire, les chercheurs ont construit un nouvel outil qui modélise précisément le comportement des mères vis-à-vis du congé parental, dans différentes conditions.

Le modèle a été utilisé pour tester trois situations de congé parental après deux mois de congé maternité obligatoire : pas de congé parental après le congé maternité ; des allocations de congé parental jusqu’aux deux ans de l’enfant mais pas de protection de l’emploi ; et une protection de l’emploi sans allocations.

Sans congé parental, 41% des femmes retournent directement au travail pour le même employeur. Les autres cherchent à travailler ailleurs, mais seulement un peu plus de la moitié retrouvent du travail après deux ans. En termes d’intérêt pour les mères et l’économie au sens large, beaucoup de ces femmes reprennent soit le travail trop tôt, soit en restent éloignées trop longtemps.

Avec des allocations mais aucune protection, les femmes passent plus de temps avec leur enfant après la naissance; seulement 19% reprennent le travail après la période de congé maternité obligatoire. Ainsi, elles retournent au travail, mais à un rythme plus lent que dans le scénario sans allocations, puisque trouver un nouvel employeur prend plus de temps que de retrouver leur précédent emploi. Le pourcentage de retour au travail de ce groupe après cinq ans est le même que celui du groupe sans allocations/sans protection. Ces femmes ont donc tendance à reprendre le travail plus tard que ce que l’on pourrait souhaiter.

Quand une protection du travail est mise en place, mais sans allocations, les femmes ont tendance à retourner au travail assez vite, puisque 32% d’entre elles reprennent directement leur poste. Après une année, le pourcentage de retour au travail est à peu près le même que dans le groupe sans allocations/sans protection, mais plus de femmes retournent globalement chez leur ancien employeur. Ainsi, dans ce scénario, les femmes ont tendance à reprendre le travail trop tôt.

L’étude montre que le système de congé parental qui offre les meilleurs résultats est probablement l’option la plus coûteuse

Comparons ceci avec un système plus généreux, qui offre à la fois des allocations et une protection du travail pendant deux ans. Il apparaît que ce système présente les meilleurs résultats. Les femmes passent plus de temps avec leur jeune enfant, avec seulement 12 % qui retournent directement travailler. À la fin de la période de deux ans, seulement 31 % ont repris le travail. Pourtant, presque immédiatement après le congé, 60 % des femmes y retournent, avec un pourcentage après cinq ans identique aux trois autres scénarios, et près de la moitié des femmes retournent chez leur précédent employeur.

Les découvertes de Lalive et ses collègues sont très pertinentes, étant donné que de nombreux gouvernements cherchent à couper dans les dépenses. Leur étude montre que le système de congé parental qui produit les meilleurs résultats est probablement le plus coûteux, ce qui va à l’encontre de la tentation de diminution des budgets d’allocations. En retour cependant, les décideurs politiques obtiennent les retombées économiques d’une meilleure continuité de l’emploi à moyen terme et de meilleures performances des femmes après une naissance, tout en donnant aux mères l’opportunité de prendre soin de leur jeune enfant juste après la naissance.

Alors que la «meilleure» option sera inévitablement la plus avantageuse du point de vue politique, les décideurs du Québec et d’ailleurs devraient trouver intéressante la lecture du travail de Rafael Lalive et de ses collègues.


Lire le travail de recherche original: “Parental Leave and Mothers’Careers: The Relative Importance of Job Protection and Cash Benefits” par Rafael Lalive, Faculté des HEC de l’Université de Lausanne (HEC Lausanne) et CEPR, Analía Schlosser, Tel Aviv University, Andreas Steinhauer, University of Edinburgh, et Josef Zweimüller Université de Zurich et EPR. Review of Economic Studies (2014) 81, 219–265.


Crédit photo: Chris Smith / Flickr CC