Comment concevoir des marchés équitables?

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L’enjeu

Si dans une économie de marché libre, le « prix » représente le principal mécanisme d’allocation des biens et des services, il existe toutefois certaines situations où ce mécanisme semble inapproprié. Par exemple, autoriser la vente d‘organes humains destinés à la transplantation choquerait de nombreuses personnes qui jugeraient cette pratique immorale. D’autre part, des considérations telles que l’équité ou la politique peuvent venir influencer la légalité de l’achat et de la vente d’un bien, comme l’attribution de places dans les écoles et les universités publiques.

Dans ces cas, il est alors nécessaire d’imaginer un marché qui ne se base pas sur le prix pour équilibrer l’offre et la demande, et allouer les ressources de manière efficace. Cependant, si les concepteurs d’un tel marché dit d’appariement ne sont pas prudents, ils risquent de l’exposer à de possibles manipulations de la part des participant·e·s. Ce qui irait à l’encontre de l’objectif du marché, et pourrait compromettre la confiance dans ce type de solution.

Pour quelle raison est-ce important ?

Un exemple concret est celui des admissions dans les écoles. Dans plusieurs États américains, les responsables politiques ont tenté de concevoir des mécanismes d’attribution centralisés afin de faire correspondre les places dans les écoles publiques aux préférences des parents de manière équitable et efficace. Malheureusement, dans certains cas très médiatisés, il s’est avéré possible de déjouer le système, et de manipuler ces mécanismes. En général, cela profite à un petit nombre de participants qui disposent de suffisamment d’informations et de connaissances sur le système d’allocation pour en tirer profit.

Et malgré les efforts déployés pour créer des mécanismes inviolables dans le but de limiter les possibilités d’avantages déloyaux, il est apparu clairement que la plupart de ces mécanismes restaient manipulables dans certaines circonstances et à différents degrés.

Que disent nos professeur·e·s à HEC Lausanne ?

Somouaoga Bonkoungou, chercheur à HEC Lausanne et titulaire d’une bourse Marie Curie, et son co-auteur Alexander Nesterov, de l’Université HSE de Saint-Pétersbourg, apportent une contribution importante à ce sujet dans leur article intitulé « Incentives in Matching Markets« .

Plutôt que de chercher à concevoir un mécanisme infaillible, ils proposent un moyen de comparer différents mécanismes pour déterminer ceux qui présentent un risque plus élevé d’être manipulés. Pour ce faire, ils se concentrent sur les agents impliqués, soit les participants qui utilisent le système. « Un agent peut manipuler un mécanisme s’il peut tirer un avantage en mentant sur les informations qu’il donne », explique M. Bonkoungou. « Nous étudions la quantité d’agents qui pourraient se livrer à une telle manipulation, en supposant qu’ils disposent des informations et de la compréhension nécessaires. En totalisant le nombre d’agents susceptibles de manipuler un mécanisme, nous obtenons une indication du potentiel de manipulation. ».

Conclusion

L’approche innovante de Bonkoungou et Nesterov s’appuie sur des travaux antérieurs pour offrir une nouvelle méthode d’évaluation de la conception de certains types de mécanismes de marché d’appariement. Il s’agit d’un outil supplémentaire que décideurs et décideuses politiques peuvent utiliser pour comparer et classer les mécanismes de marché pour les admissions scolaires, en fonction de leur degré de manipulabilité. Il s’agit également d’un dispositif utile pour améliorer l’allocation équitable des ressources sur d’autres marchés d’appariement.

Plus d’infos sur la recherche de Somouaoga Bonkoungou : https://sites.google.com/view/somouaoga/research

Note : Le travail de Somouaoga dans ce projet a été financé par la European Union’s Horizon 2020 Individual Fellowship dans le cadre de la convention de subvention Marie Sklodowska-Curie n° 890648. Cette bourse est une subvention post-doctorale financée par la Commission européenne qui permet à un chercheur de réaliser un projet de deux ans dans l’institution académique de son choix, sous la supervision d’un professeur (dans ce cas, la professeure Bettina Klaus, Département d’économie, Faculté d’économie). Les résultats de cette publication ne reflètent que le point de vue de l’auteur et la Commission n’est pas responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.