{"id":6939,"date":"2021-09-13T09:45:12","date_gmt":"2021-09-13T07:45:12","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/?p=6939"},"modified":"2021-09-14T09:27:36","modified_gmt":"2021-09-14T07:27:36","slug":"leffondrement-une-question-de-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/2021\/09\/leffondrement-une-question-de-temps\/","title":{"rendered":"L\u2019effondrement : une question de temps ?"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image is-style-rounded\"><figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2021\/09\/salerno.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2021\/09\/salerno.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6946\" width=\"250\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2021\/09\/salerno.jpg 204w, https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2021\/09\/salerno-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><figcaption>Gabriel Salerno, Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 (IGD)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>Th\u00e8se soutenue par Gabriel Salerno, le 24 septembre 2021, Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 (IGD)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es maintenant, le mot \u00ab\u00a0effondrement\u00a0\u00bb r\u00e9sonne avec force dans l\u2019espace m\u00e9diatique et scientifique occidental suscitant craintes, n\u00e9gations, approbations ou critiques. Cette th\u00e8se a eu pour objectif de se saisir de ce terme \u00e0 forte connotation, de le comprendre, le d\u00e9finir et l\u2019analyser. Car, plus qu\u2019un mot, l\u2019effondrement est une notion qui renvoie \u00e0 une v\u00e9ritable n\u00e9buleuse. Et force est de constater qu\u2019elle est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une \u00e9poque charni\u00e8re dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. \u00c0 partir d\u2019une position m\u00e9ta, en surplomb des discours d\u2019effondrement, cette recherche tente d\u2019\u00e9laborer une pens\u00e9e de l\u2019effondrement, en passant de sa dimension physique \u00e0 sa dimension philosophique.<\/p>\n\n\n\n<p>En raison de la nature et de l\u2019\u00e9tendue de l\u2019objet d\u2019\u00e9tude, cette recherche a demand\u00e9 une approche interdisciplinaire. Elle se situe \u00e0 la crois\u00e9e des SHS et des sciences naturelles dont elle requiert une prise de connaissance des avanc\u00e9es, et s\u2019inscrit ainsi sous le chapeau des humanit\u00e9s environnementales. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle touche \u00e0 la philosophie de l\u2019environnement et \u00e0 la philosophie de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois parties principales composent ce travail de doctorat. <strong>Tout d\u2019abord, <\/strong>il a \u00e9t\u00e9 question, \u00e0 travers un \u00e9tat des lieux plan\u00e9taire d\u00e9taill\u00e9, de l\u00e9gitimer le choix de mon sujet, en montrant la pertinence de parler d\u2019effondrement aujourd\u2019hui, et d\u2019en consolider l\u2019assise scientifique. \u00c0 la suite de quoi, deux ruptures furent identifi\u00e9es, \u00e0 savoir une premi\u00e8re quant \u00e0 notre relation \u00e0 la nature, qui se traduit en la fin du dualisme homme-nature, et une seconde quant \u00e0 notre rapport au temps. \u00c0 la lumi\u00e8re de cette derni\u00e8re\u00a0\u2013\u00a0la fin du dualisme \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 largement act\u00e9e dans la litt\u00e9rature \u00e9cologique\u00a0\u2013\u00a0ma recherche prit une certaine direction\u00a0: j\u2019allais m\u2019int\u00e9resser aux liens entre la th\u00e9matique de l\u2019effondrement et celle du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avant cela, il convenait de bien clarifier ce que l\u2019on entend par effondrement. Tel fut l\u2019objet de <strong>la deuxi\u00e8me partie,<\/strong> au terme de laquelle nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion qu\u2019en raison de leur grande complexit\u00e9, une part d\u2019interpr\u00e9tation est in\u00e9vitable dans l\u2019\u00e9tude des effondrements de soci\u00e9t\u00e9. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un \u00e9tat de choses contemporain ou d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 historique, ils rel\u00e8vent d\u2019une mise en r\u00e9cit. L\u2019effondrement qui nous concerne aujourd\u2019hui pr\u00e9sente toutefois une particularit\u00e9 in\u00e9dite\u00a0: parce qu\u2019il est question de l\u2019alt\u00e9ration des conditions d\u2019habitabilit\u00e9 de la Terre, il questionne la grande aventure humaine sur Terre. S\u2019ouvrent alors des r\u00e9flexions sur les implications philosophiques d\u2019un tel ph\u00e9nom\u00e8ne. Sachant qu\u2019il est appr\u00e9hend\u00e9 d\u2019une certaine fa\u00e7on \u00e0 travers un r\u00e9cit et qu\u2019il concerne l\u2019esp\u00e8ce humaine, que signifie-t-il par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9volution du genre humain\u00a0? Il en d\u00e9coule mon int\u00e9r\u00eat pour les chronosophies, soit les diverses repr\u00e9sentations de la temporalit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie<\/strong> fut par cons\u00e9quent consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse de diff\u00e9rents r\u00e9cits d\u2019effondrement, cat\u00e9goris\u00e9s sous les appellations du bon ou du mauvais Anthropoc\u00e8ne, \u00e0 l\u2019aune des chronosophies progressiste, r\u00e9trograde et cyclique. Cette analyse a permis de mettre en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont l\u2019effondrement est inscrit par les auteurs dans l\u2019histoire humaine et de r\u00e9pondre \u00e0 ma question de recherche\u00a0: est-ce que les r\u00e9cits d\u2019effondrement sugg\u00e8rent ou v\u00e9hiculent une autre chronosophie que celle progressiste dominante dans la pens\u00e9e occidentale et, partant, sont le signe d\u2019une sortie pleine de l\u2019id\u00e9ologie moderne\u00a0? Cette question renferme comme pr\u00e9misses que la modernit\u00e9 pr\u00e9sente deux caract\u00e9ristiques cl\u00e9s, \u00e0 savoir le dualisme homme-nature et l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s. La fin du dualisme semble act\u00e9e, mais celle du progr\u00e8s l\u2019est-elle aussi\u00a0? En d\u2019autres termes, qu\u2019est-ce que le succ\u00e8s des ouvrages sur l\u2019effondrement nous dit aujourd\u2019hui des imaginaires de l\u2019avenir\u00a0? L\u2019effondrement est-il le versant dystopique du progr\u00e8s\u00a0? \u00c9tonnamment non, l\u2019id\u00e9ologie du progr\u00e8s est toujours pr\u00e9sente. Cependant, on trouve \u00e9galement dans les r\u00e9cits des marques des deux autres chronosophies. La sortie de la modernit\u00e9, affirm\u00e9e par d\u2019aucuns, n\u2019est donc pas franche, mais selon moi balbutiante. Tant\u00f4t, l\u2019effondrement est per\u00e7u comme le d\u00e9but d\u2019une d\u00e9sagr\u00e9gation, tant\u00f4t comme l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9passement. Parfois aussi, il est envisag\u00e9 comme le catalyseur d\u2019un nouveau cycle et consid\u00e9r\u00e9 ainsi comme n\u00e9cessaire, pour ne pas dire souhaitable\u00a0; un renouveau n\u2019\u00e9tant possible que si table rase est faite. On observe en somme diverses m\u00e9ta-interpr\u00e9tations de l\u2019effondrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Par voie de cons\u00e9quence, les positions divergent entre celles qui consistent \u00e0 penser que la solution se trouve dans le futur\u00a0\u2013\u00a0l\u2019effondrement est un d\u00e9fi technique dont il faut triompher ou alors une \u00e9tape vers une soci\u00e9t\u00e9 meilleure et r\u00e9concili\u00e9e\u00a0; celles qui consistent \u00e0 penser que la solution se situe dans le pass\u00e9\u00a0\u2013\u00a0il convient de prendre exemple sur les peuples premiers, de se\u00a0<em>re<\/em>-connecter \u00e0 la nature, de restaurer certaines vertus\u00a0; celles qui consistent \u00e0 penser que la situation est inextricable et qu\u2019il s\u2019agit d\u00e8s lors de se pr\u00e9parer, s\u2019adapter et survivre\u00a0; ou celles qui consistent \u00e0 penser qu\u2019il n\u2019existe pas de v\u00e9ritables solutions et tant mieux, car l\u2019effondrement est une opportunit\u00e9, un mal pour un bien\u00a0\u2013\u00a0il permet d\u2019ouvrir les possibles sous forme de nouvelles \u00e9mergences, de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence ou de renaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en r\u00e9sulte une querelle naissante, qui nous rappelle celle des Anciens et des Modernes au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Dans les r\u00e9cits, les diff\u00e9rentes visions de la temporalit\u00e9 humaine se c\u00f4toient, s\u2019entrem\u00ealent, et entrent de plus en plus en opposition. Par exemple, pour certains le pass\u00e9 est mod\u00e8le et le\u00e7on, pour d\u2019autres cauchemar. L\u2019effondrement, en venant heurter l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s, ouvre \u00e0 nouveau la question du sens de l\u2019histoire. Il interroge et remet en mouvement les diverses repr\u00e9sentations du temps au sein de la pens\u00e9e occidentale. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019effondrement, quel (nouveau) sens conf\u00e9rer \u00e0 l\u2019histoire\u00a0? Engag\u00e9s dans cette qu\u00eate, les r\u00e9cits d\u2019effondrement t\u00e2tonnent pour l\u2019instant, mais pourraient bien marquer un tournant dans l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e occidentale. Par ailleurs, ils constituent selon moi le seul pont possible entre un avenir sombre qu\u2019une pens\u00e9e rationnelle anticipe et le devoir moral d\u2019agir. Car il est bien question aujourd\u2019hui de\u00a0<em>composer avec<\/em>\u00a0l\u2019effondrement, soit d\u2019en att\u00e9nuer les cons\u00e9quences tout en pr\u00e9servant, pour citer Hans Jonas, une vie humaine authentique et digne sur Terre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Th\u00e8se soutenue par Gabriel Salerno, le 24 septembre 2021, Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 (IGD) Depuis plusieurs ann\u00e9es maintenant, le mot \u00ab\u00a0effondrement\u00a0\u00bb r\u00e9sonne avec force dans l\u2019espace m\u00e9diatique et scientifique occidental suscitant craintes, n\u00e9gations, approbations ou critiques. 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