{"id":4160,"date":"2019-02-01T09:11:40","date_gmt":"2019-02-01T08:11:40","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/?p=4160"},"modified":"2024-01-11T13:47:31","modified_gmt":"2024-01-11T12:47:31","slug":"vagues-de-froid-et-changement-climatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/2019\/02\/vagues-de-froid-et-changement-climatique\/","title":{"rendered":"Vagues de froid et changement climatique"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group has-background has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\" style=\"background-color:#eeeeee\">\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-full is-resized is-style-rounded\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2017\/11\/jmfallot.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"100\" height=\"100\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2017\/11\/jmfallot.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4325\" style=\"object-fit:cover;width:150px;height:150px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jean-Michel Fallot, Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Rafraichissez vos connaissances en m\u00e9t\u00e9orologie avec la chronique de Jean-Michel Fallot, g\u00e9ographe, MER \u00e0 l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 et sp\u00e9cialiste du climat. R\u00e9guli\u00e8rement, M. Fallot fait un point synth\u00e9tique sur le temps en Suisse, sur les tendances climatiques, saisonni\u00e8res et sur l\u2019histoire de la m\u00e9t\u00e9o dans notre pays, sur inspiration de donn\u00e9es de M\u00e9t\u00e9oSuisse.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/category\/dossiers\/chronique-meteo\/\">Toutes les chroniques m\u00e9t\u00e9o (2014-2019)<\/a><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Selon un premier bilan de M\u00e9t\u00e9oSuisse, le mois de janvier 2019 sera en moyenne le plus froid mesur\u00e9 en Suisse au-dessus de 1000 m\/mer au Nord des Alpes depuis 1985. Dans le m\u00eame temps, l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord affronte actuellement une des vagues de froid les plus intenses avec des temp\u00e9ratures actuelles de -35 \u00e0 -45\u00b0C dans certaines r\u00e9gions du Canada et de -30\u00b0C dans le Nord des USA comme Chicago (et des temp\u00e9ratures ressenties de -50 \u00e0 -60\u00b0C \u00e0 cause du vent) ! De quoi donner de l&rsquo;eau au moulin aux climato-sceptiques pour remettre une fois de plus en cause le r\u00e9chauffement global du climat et semer le doute dans les esprits, selon une tactique bien connue.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs \u00e9tudes ont toutefois montr\u00e9 que le r\u00e9chauffement global du climat peut favoriser dans certains cas des vagues de froid intense en hiver jusque dans les latitudes moyennes. La raison est \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9gions polaires. Ces derni\u00e8res se refroidissent fortement en saison froide par manque de soleil durant la nuit polaire et cela se traduit par une accumulation d&rsquo;air froid importante et la formation d&rsquo;anticyclones thermiques puissants au sol. Comme la pression atmosph\u00e9rique diminue plus rapidement avec l&rsquo;altitude dans un air froid (que chaud), ces anticyclones thermiques disparaissent rapidement avec l&rsquo;altitude et sont remplac\u00e9es par des d\u00e9pressions en altitude dans la haute troposph\u00e8re et la stratosph\u00e8re au-dessus des P\u00f4les, mieux connues sous le nom de vortex polaire. Ces d\u00e9pressions et les hautes pressions pr\u00e9sentes en altitude au-dessus des r\u00e9gions tropicales (\u00e9galement pour des raisons thermiques vu que la pression atmosph\u00e9rique diminue plus lentement avec l&rsquo;altitude dans un air chaud) engendrent des vents d&rsquo;Ouest puissants en altitude au-dessus des latitudes moyennes (en particulier l&rsquo;Europe). En temps normal, ces vents d&rsquo;Ouest isolent les r\u00e9gions polaires des autres r\u00e9gions sur Terre et maintiennent le froid en hiver dans les hautes latitudes. Ils am\u00e8nent \u00e9galement des pr\u00e9cipitations plus ou moins importantes sur l&rsquo;Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le r\u00e9chauffement global du climat, plus important dans l&rsquo;Arctique, conduit \u00e0 un affaiblissement des accumulations d&rsquo;air froid et des anticyclones polaires en saison froide qui se traduit par un affaiblissement du vortex polaire en altitude et des vents d&rsquo;Ouest dans les latitudes moyennes vu que la pression diminue moins rapidement avec l&rsquo;altitude dans un air moins froid. Cet affaiblissement des vents d&rsquo;Ouest en altitude favorise le d\u00e9veloppement d&rsquo;ondes connues sous le nom d&rsquo;ondes de Rossby que je vous avais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crites dans une pr\u00e9c\u00e9dente chronique m\u00e9t\u00e9o le 1er mai 2017 avec la r\u00e9trospective de l&rsquo;automne 2016 et de l&rsquo;hiver 2016\/2017. Ces ondes permettent notamment de transf\u00e9rer du froid des r\u00e9gions polaires dans les moyennes latitudes (par l&rsquo;interm\u00e9diaire de d\u00e9pressions ou de thalwegs d\u00e9pressionnaires et des vents du Nord-Ouest \u00e0 Nord-Est) et de la chaleur des r\u00e9gions tropicales dans les moyennes latitudes (par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;anticyclones ou de dorsales anticycloniques et des vents du Sud-Ouest \u00e0 Sud-Est). Ces ondes peuvent dans certains cas devenir prononc\u00e9es et stationnaires lorsque la circulation d&rsquo;Ouest s&rsquo;affaiblit sensiblement et influencer ainsi fortement le temps dans les latitudes moyennes pendant plusieurs jours ou semaines avec une circulation essentiellement m\u00e9ridienne (Nord -&gt; Sud ou Sud -&gt; Nord). Suivant o\u00f9 on se trouve, on peut alors b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un temps plus doux et sec que la normale (lorsqu&rsquo;on est sous l&rsquo;influence d&rsquo;anticyclones et d&rsquo;afflux d&rsquo;air tropical du Sud-Ouest \u00e0 Sud-Est) ou subir un temps plus froid et humide que la normale (lorsqu&rsquo;on est sous l&rsquo;influence de d\u00e9pressions et d&rsquo;afflux d&rsquo;air polaire du Nord-Ouest \u00e0 Nord-Est).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces cas se sont souvent rencontr\u00e9s durant l&rsquo;ann\u00e9e 2018 o\u00f9 l&rsquo;Europe occidentale et centrale a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un temps plus doux, ensoleill\u00e9 et sec que la normale d&rsquo;avril \u00e0 octobre 2018 gr\u00e2ce \u00e0 des ondes de Rossby bien marqu\u00e9es dans la circulation d&rsquo;Ouest. Elles ont alors favoris\u00e9 la pr\u00e9sence fr\u00e9quente d&rsquo;anticyclones et d&rsquo;afflux d&rsquo;air tropical sur l&rsquo;Europe occidentale et centrale durant cette p\u00e9riode. Je rappelle que l&rsquo;ann\u00e9e 2018 et le semestre d&rsquo;\u00e9t\u00e9 2018 (avril \u00e0 septembre) ont \u00e9t\u00e9 en moyenne les plus chauds enregistr\u00e9s en Suisse (et en France) depuis le d\u00e9but des mesures en 1864. De m\u00eame, les mois d&rsquo;avril \u00e0 octobre 2018 figurent tous parmi les 2 \u00e0 7\u00e8me mois les plus chauds mesur\u00e9s depuis 1864 en Suisse. La Suisse orientale a \u00e9galement connu sa p\u00e9riode de s\u00e9cheresse la plus intense sur 8 mois depuis 1864 pour les mois d&rsquo;avril \u00e0 novembre 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>La circulation d&rsquo;Ouest s&rsquo;est r\u00e9tablie en d\u00e9cembre 2018 amenant des pr\u00e9cipitations bienvenues et des vents temp\u00e9tueux sur l&rsquo;Europe. Mais elle s&rsquo;est \u00e0 nouveau affaiblie depuis No\u00ebl et en janvier 2019 avec le d\u00e9veloppement d&rsquo;ondes de Rossby bien marqu\u00e9es. L&rsquo;anticyclone \u00e9tait toutefois centr\u00e9 plus \u00e0 l&rsquo;Ouest sur l&rsquo;Atlantique Nord, ce qui a favoris\u00e9 des afflux d&rsquo;air polaire du Nord sur son flanc Est sur l&rsquo;Europe centrale et orientale qui ont alors re\u00e7u d&rsquo;abondantes chutes de neige (ainsi que la Suisse centrale et orientale). La Suisse romande et les Alpes fran\u00e7aises ont \u00e9t\u00e9 moins touch\u00e9es par ces afflux d&rsquo;air froid et humide, car plus proches de l&rsquo;anticyclone. Cette situation a persist\u00e9 durant une bonne partie du mois de janvier 2019, ce qui explique ces temp\u00e9ratures moyennes basses mesur\u00e9es durant ce mois en montagne au Nord des Alpes en Suisse. Par contre, le Sud des Alpes a connu en 2019 un de ses mois de janvier les plus doux (et les plus secs) depuis 1864 gr\u00e2ce au foehn du Nord qui a souvent souffl\u00e9 cons\u00e9cutivement \u00e0 ces afflux d&rsquo;air fr\u00e9quents du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour rappel, le mois de janvier pr\u00e9c\u00e9dent en 2018 avait \u00e9t\u00e9 en moyenne le plus doux mesur\u00e9 en Suisse depuis 1864 et cela gr\u00e2ce \u00e0 une circulation d&rsquo;Ouest bien \u00e9tablie qui avait amen\u00e9 de nombreuses pr\u00e9cipitations (sous forme de pluie \u00e0 basse altitude et de neige en altitude) et de fr\u00e9quentes temp\u00eates. Les ondes de Rossby \u00e9taient alors peu marqu\u00e9es et le froid circonscrit aux r\u00e9gions polaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mod\u00e8les climatiques pr\u00e9voient que le vortex polaire et la circulation d&rsquo;Ouest dans les latitudes moyennes en altitude devraient continuer \u00e0 s&rsquo;affaiblir dans le futur cons\u00e9cutivement au changement climatique, ce qui se traduira par des ondes de Rossby plus prononc\u00e9es dans cette circulation et par des vagues de chaleur plus fr\u00e9quentes en \u00e9t\u00e9 dans les moyennes latitudes. Ces ondes de Rossby pourront aussi favoriser des vagues de froid dans certaines r\u00e9gions en hiver, mais elles devraient tout de m\u00eame devenir plus rares et moins intenses dans le futur cons\u00e9cutivement au r\u00e9chauffement global du climat. Il y aura donc toujours des hivers bien enneig\u00e9s et des vagues de froid dans nos r\u00e9gions, mais plus aussi souvent que dans le pass\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon un premier bilan de M\u00e9t\u00e9oSuisse, le mois de janvier 2019 sera en moyenne le plus froid mesur\u00e9 en Suisse au-dessus de 1000 m\/mer au Nord des Alpes depuis 1985. 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