{"id":1710,"date":"2015-07-09T11:32:46","date_gmt":"2015-07-09T09:32:46","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/?p=1710"},"modified":"2022-07-15T15:52:57","modified_gmt":"2022-07-15T13:52:57","slug":"especes-exogenes-envahissantes-et-justice-sociale-a-madagascar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/2015\/07\/especes-exogenes-envahissantes-et-justice-sociale-a-madagascar\/","title":{"rendered":"Esp\u00e8ces exog\u00e8nes envahissantes et justice sociale \u00e0 Madagascar"},"content":{"rendered":"<p>Dans l\u2019article <strong>Approaching invasive species in Madagascar<\/strong> paru dans la revue <em>Madagascar Conservation &amp; Development<\/em>, Christian Kull, professeur ordinaire \u00e0 l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9, d\u00e9montre l\u2019importance d\u2019une vision nuanc\u00e9e sur les \u00ab esp\u00e8ces envahissantes exog\u00e8nes\u00bb (EEE) en regard d\u2019une conservation de la nature et au vu du contexte socio-\u00e9conomique malgache.<!--more--><\/p>\n<p>Si l\u2019on a pour habitude de consid\u00e9rer les esp\u00e8ces exog\u00e8nes \u00e0 un milieu donn\u00e9 comme envahissantes, c\u2019est que souvent les EEE sont \u00e0 m\u00eame de perturber un \u00e9cosyst\u00e8me sous forme d\u2019invasion biologique. Plus r\u00e9sistantes au milieu, se propageant efficacement, sans pr\u00e9dateurs ou comp\u00e9titeurs \u00e0 m\u00eame de les arr\u00eater, ces esp\u00e8ces tendent \u00e0 supplanter des esp\u00e8ces indig\u00e8nes (ou locales) \u00e0 leur d\u00e9triment. Dans une vision conservatrice, toute perturbation d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me, d\u2019origine anthropique ou naturelle, peut s\u2019av\u00e9rer nuisible \u00e0 la richesse de la biodiversit\u00e9. Cependant, Christian Kull propose une approche co\u00fbts\/b\u00e9n\u00e9fices propre \u00e0 la political ecology, qui d\u00e9montre que l\u2019utilisation de certaines plantes ou animaux exog\u00e8nes \u00e0 l\u2019\u00eele de Madagascar peut \u00eatre utile \u00e0 la subsistance de sa population. <\/p>\n<p>En terme de migration des esp\u00e8ces, Madagascar doit \u00eatre envisag\u00e9 sous son angle r\u00e9gional et insulaire. En effet, l\u2019\u00eele est g\u00e9ographiquement situ\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 de la c\u00f4te sud-est du continent africain, dans l\u2019anneau volcanique de l\u2019Oc\u00e9an Indien et en contact direct avec les \u00eeles voisines des Mascareignes. C\u2019est une \u00eele qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le fruit d\u2019un \u00ab melting pot \u00bb, malgr\u00e9 son end\u00e9misme pouss\u00e9 en terme de biodiversit\u00e9. Si le peuplement austron\u00e9sien de l\u2019\u00eele est relativement r\u00e9cent, le contexte colonial a facilit\u00e9 l\u2019implantation de nombreuses esp\u00e8ces comme le pin, l\u2019eucalyptus, le chien, le rat, ou le z\u00e9bu. Ce dernier est tr\u00e8s largement utilis\u00e9 comme b\u00e9tail ou comme animal de trait. Il est donc essentiel, avant de consid\u00e9rer une esp\u00e8ce comme envahissante, de la replacer dans un rapport nature\/culture.<\/p>\n<p>En 2011, le crapaud masqu\u00e9 (Duttaphrynus melanosticus) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9 sur l\u2019\u00eele \u00e0 proximit\u00e9 du port de Taomanisa (quart nord-est de l\u2019\u00eele). Ce batracien venimeux et r\u00e9sistant, probablement arriv\u00e9 par bateau, s\u2019est rapidement propag\u00e9 aux alentours de la ville. On a craint pour les autres esp\u00e8ces d\u2019amphibiens, la diversit\u00e9 biologique et la qualit\u00e9 de l\u2019eau. Cependant, suite \u00e0 des mesures d\u2019\u00e9radication, on a consid\u00e9r\u00e9 que le risque de mettre en p\u00e9ril d\u2019autres esp\u00e8ces de crapauds \u00e9tait trop grand pour une action d\u2019envergure. Le crapaud masqu\u00e9 \u2013 vraisemblablement introduit accidentellement par voie maritime \u2013 ne s\u2019est pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aussi dangereux que ce que l\u2019on pouvait craindre. Il est donc important de faire une distinction entre une esp\u00e8ce exotique et une esp\u00e8ce envahissante : 8,9% des plantes introduites sur l\u2019\u00eele au fil du temps sont \u00ab invasives \u00bb, ce qui d\u00e9montre que la grande majorit\u00e9 de celles-ci ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es soit par les \u00e9cosyst\u00e8mes malgaches soit par les populations humaines. Le riz, la vanille, et les clous de girofle sont cultiv\u00e9s intensivement et sont des ressources fondamentales pour l\u2019\u00e9conomie agricole de Madagascar. D\u2019autres esp\u00e8ces exog\u00e8nes telles que le Tilapia du Nil (Oreochromis niloticus) ou la jacinthe d\u2019eau (Eichorna crassipes) sont envahissantes, mais utiles \u00e0 l\u2019homme : on se nourrit du poisson, et on utilise les jacinthes pour nourrir des porcs. On utilise le bois de pin pour la construction ou comme combustible sous forme de charbon, ce qui en fait une marchandise pr\u00e9cieuse. D\u2019abord consid\u00e9r\u00e9es comme perturbatrices pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, ces esp\u00e8ces sont devenues des ressources pour les malgaches. Ainsi, on a encourag\u00e9 la propagation de l\u2019EEE Pinus Grevillea, une essence de pin qui stabilise les sols d\u00e9lav\u00e9s de type lavakas. <\/p>\n<p>Pour les locaux, il importe moins de savoir si une plante ou un animal sont end\u00e9miques que de savoir s\u2019ils sont utiles ou non \u00e0 l\u2019homme, et les cultivateurs sont des observateurs tout aussi avis\u00e9s de la bonne sant\u00e9 du milieu que les conservationnistes. <\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, il est essentiel d\u2019aborder la question des esp\u00e8ces exotiques dans une approche int\u00e9gr\u00e9e et pas seulement dans une optique de \u00ab conservatoire \u00bb. Certes, des esp\u00e8ces indig\u00e8nes sont supplant\u00e9es par des esp\u00e8ces envahissantes conduisant \u00e0 une perte de biodiversit\u00e9. Mais dans un contexte local, celui d\u2019un pays en voie de d\u00e9veloppement o\u00f9 une sagesse pragmatique prend l\u2019ascendant sur des consid\u00e9rations \u00e9thiques, on peut comprendre que la gestion raisonn\u00e9e du milieu doive \u00eatre \u00e0 l\u2019avantage des populations locales. Parfois, l\u2019\u00e9radication des EEE a un co\u00fbt sup\u00e9rieur \u00e0 sa gestion anthropique. Au del\u00e0 de la dimension s\u00e9mantique sur les esp\u00e8ces exotiques envahissantes, il s\u2019agit donc aussi d\u2019une question de justice sociale et \u00e9cologique.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><br \/>\nChristian A. Kull, Jacques Tassin, St\u00e9phanie M. Carri\u00e8re<br \/>\nApproaching invasive species in Madagascar, <em>Madagascar Conservation &amp; Development<\/em> pp.60-70, vol.9, no 2, D\u00e9c. 2014. <\/p>\n<p><small>Photo : \u00a9 Dudarev Mikhail &#8211; Fotolia.com<\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019article Approaching invasive species in Madagascar paru dans la revue Madagascar Conservation &amp; Development, Christian Kull, professeur ordinaire \u00e0 l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9, d\u00e9montre l\u2019importance d\u2019une vision nuanc\u00e9e sur les \u00ab esp\u00e8ces envahissantes exog\u00e8nes\u00bb (EEE) en regard d\u2019une conservation de la nature et au vu du contexte socio-\u00e9conomique malgache.<\/p>\n","protected":false},"author":47,"featured_media":1713,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[66905],"tags":[66933],"class_list":{"0":"post-1710","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-recherche-en-action","8":"tag-christian-kull"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/47"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1710"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1710\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}