{"id":11116,"date":"2024-01-23T10:44:59","date_gmt":"2024-01-23T09:44:59","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/?p=11116"},"modified":"2024-04-23T08:52:46","modified_gmt":"2024-04-23T06:52:46","slug":"repenser-lenvironnement-depuis-lexperience-une-proposition-ecophenomenologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/2024\/01\/repenser-lenvironnement-depuis-lexperience-une-proposition-ecophenomenologique\/","title":{"rendered":"Repenser l\u2019environnement depuis l\u2019exp\u00e9rience\u00a0: une proposition \u00e9coph\u00e9nom\u00e9nologique"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group has-background has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\" style=\"background-color:#eeeeee\">\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-full is-style-rounded\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/hess.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/hess.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11119\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/hess.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/hess-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">G\u00e9rald Hess, Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le Dr G\u00e9rald Hess de l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 de l\u2019UNIL (IGD) a fait para\u00eetre \u00e0 l\u2019automne 2023 un ouvrage de philosophie de l\u2019environnement intitul\u00e9&nbsp;<em>Conscience cosmique. Pour une \u00e9cologie en premi\u00e8re personne<\/em> (<a href=\"https:\/\/www.editions-dehors.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Editions Dehors<\/a>, 2023), premier tome d\u2019un triptyque consacr\u00e9 \u00e0 la question.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il est difficile de r\u00e9sumer un tel ouvrage et toute son it\u00e9ration avec quelques mots-cl\u00e9s, mais s\u2019il le fallait vraiment, ceux-ci pourraient \u00eatre&nbsp;: homme, nature, \u00e9coph\u00e9nom\u00e9nologie, appara\u00eetre et r\u00e9conciliation des premi\u00e8re et troisi\u00e8me personnes, exp\u00e9rience corporelle, mort, chair\u2026<\/strong><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche philosophique annonc\u00e9e par l\u2019auteur est ici de nous faire d\u00e9couvrir ce qui pr\u00e9c\u00e8de la pens\u00e9e scientifique, et fonde ou devrait fonder notre rapport \u00e0 la nature&nbsp;: la d\u00e9marche d\u2019\u00e9l\u00e9vation vers une conscience cosmique (ou universelle) partant de notre exp\u00e9rience de mortel vivant, pour fonder un rapport diff\u00e9rent \u00e0 la nature, qu\u2019il r\u00e9sume par l\u2019expression&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e9cologie \u00e0 la premi\u00e8re personne&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le fran\u00e7ais courant dit \u00ab&nbsp;premi\u00e8re personne du singulier&nbsp;\u00bb. Or le singulier est justement ici ce dont G\u00e9rald Hess ne veut pas&nbsp;: il nous faut d\u2019abord nous \u00e9loigner de la banalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience infiniment multiple au profit d\u2019exp\u00e9riences ponctuelles, de la combinaison et du m\u00e9tal rare que sont les rencontres entre la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me personne qui sont susceptibles d\u2019entra\u00eener une mutation de la conscience. Cette premi\u00e8re personne n\u2019est donc pas un particulier, pas un \u00eatre singularis\u00e9 et d\u00e9termin\u00e9 par des conditions psychologiques, sociales, politiques, morales pr\u00e9alables mais recouvre en fait un collectif incluant toute existence et conscience humaines possibles, et, en dernier ressort, toute r\u00e9alit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, l\u2019effacement de la personne singuli\u00e8re est n\u00e9cessaire, bien qu\u2019il soit indispensable de partir de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group bordure has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9coph\u00e9nom\u00e9nologie&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie en g\u00e9n\u00e9ral, n\u00e9e principalement avec le philosophe Edmond Husserl au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, est&nbsp;une d\u00e9marche philosophique empirique en rupture avec les philosophies id\u00e9alistes, transcendantales ou sp\u00e9culatives des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents. Elle se veut une \u00e9tude syst\u00e9matique partant de l&rsquo;analyse&nbsp;\u00e0 la fois de l\u2019<em>exp\u00e9rience&nbsp;v\u00e9cue<\/em>&nbsp;et de la&nbsp;<em>conscience,<\/em>&nbsp;toutes deux comprises comme ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019une pens\u00e9e capable de se penser elle-m\u00eame et de penser le monde autour d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9coph\u00e9nom\u00e9nologie est quant \u00e0 elle un champ bien d\u00e9fini de la pens\u00e9e \u00e9cologique qui vise \u00e0 clarifier le lien entre la conscience (ou l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue) et l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend donc bien que la d\u00e9marche de G\u00e9rald Hess s\u2019inscrive dans cette perspective en la synth\u00e9tisant et lui apportant plusieurs chemins (sa modestie lui ferait sans doute parler de sentiers) nouveaux.&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Le choix d\u2019entrer en dialogue avec la pens\u00e9e de Husserl est une sorte de pari de l\u2019auteur. Peu se sont os\u00e9s en effet \u00e0 pratiquer l\u2019exercice, tant la pens\u00e9e de Husserl a quelque chose d\u2019un roc, d\u2019une solidit\u00e9 et d\u2019une rigueur min\u00e9rale absolues. D\u2019autres auteurs (Heidegger, L\u00e9vinas, Merleau-Ponti, Ricoeur) sont plus r\u00e9guli\u00e8rement sollicit\u00e9s, convoqu\u00e9s et cit\u00e9s dans les dialogues contemporains de l\u2019approche \u00e9coph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage fait donc \u0153uvre nouvelle \u00e0 travers une radicalisation ph\u00e9nom\u00e9nologique de l\u2019\u00e9cologie en premi\u00e8re personne, centr\u00e9e sur le rapport \u00e0 sa propre mort&nbsp;: il y est postul\u00e9 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une proximit\u00e9 entre moi-m\u00eame et la&nbsp;<em>nature&nbsp;<\/em>\u00e9tablie par la naissance et la mort, deux faits de nature et sur la base du constat existentiel que la naissance n\u2019est pas r\u00e9appropriable comme exp\u00e9rience, car pass\u00e9e, alors que la mort peut l\u2019\u00eatre, en tant qu\u2019exp\u00e9rience future et in\u00e9luctable, puisqu\u2019elle est pensable depuis la vie, au pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rald Hess fait donc de la mort le lien fondamental entre notre existence, notre conscience et la nature puisque c\u2019est l\u00e0 que se noue pour lui l\u2019enjeu central de notre rapport au monde naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour parvenir \u00e0 la cerner, il sugg\u00e8re donc de \u00ab&nbsp;vivre notre mort&nbsp;\u00bb \u2013 tout paradoxe mis \u00e0 part \u2013 et de l\u2019ancrer au pr\u00e9sent, ce qui permet l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019<em>ext\u00e9riorit\u00e9<\/em>&nbsp;du monde non-humain par un retour \u00ab&nbsp;\u00e0 une forme&nbsp;<em>impersonnelle<\/em>, corporelle de mon existence&nbsp;\u00bb, une forme de \u00ab&nbsp;conscience-t\u00e9moin&nbsp;\u00bb, qu\u2019il voit susceptible de se manifester ponctuellement chez chacun de nous dans certains \u00e9tats de r\u00eaverie ou d\u2019inconscience et qui serait le point de vue de nulle part en particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Dominique Bourg, dans une belle pr\u00e9face \u00e0 l\u2019ouvrage, y voit une possibilit\u00e9 de d\u00e9passement du dualisme, une m\u00e9taphysique post-dualiste, un monisme r\u00e9flexif&nbsp;\u00ab&nbsp;o\u00f9 se confondent sujet et objet et se r\u00e9sorbe leur opposition&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La finalit\u00e9 ultime de cette r\u00e9flexion consiste \u00e0 circonscrire les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9cologie&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>en premi\u00e8re personne<\/em><em>\u00bb<\/em>&nbsp;qui permettrait de restituer \u00e0 la nature &#8211; et partant \u00e0 l a Terre &#8211; une valeur qu\u2019elle a perdue au regard de la science, de sorte \u00e0 faire \u00e9prouver \u00e0 chacun le&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>sentiment d\u2019avoir affaire \u00e0 une chose pr\u00e9cieuse qu\u2019il faut prot\u00e9ger \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un tr\u00e9sor<\/em><em>\u00bb.<\/em>&nbsp;Et de trouver un moyen d\u2019articuler la perspective \u00ab&nbsp;<em>en premi\u00e8re personne<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 la&nbsp;<em>perspective \u00ab&nbsp;<\/em><em>en troisi\u00e8me personne<\/em><em>\u00bb<\/em>&nbsp;caract\u00e9ristique de la science, au sens de la g\u00e9ologie, de la biologie de l\u2019\u00e9volution ou des sciences du Syst\u00e8me Terre&nbsp;\u2014 lesquelles sont indispensables pour prendre la mesure de la gravit\u00e9 de la crise qui est en train de s\u2019y d\u00e9rouler, comme l\u2019exprime fort bien&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.nonfiction.fr\/article-11843-penser-lecologie-en-phenomenologue.htm\">St\u00e9phane-Hicham Afeissa<\/a>&nbsp;dans une fine analyse de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>De sp\u00e9culatif qu\u2019il puisse appara\u00eetre de l\u2019ext\u00e9rieur, le cheminement de G\u00e9rald Hess reste au contraire, tout au long du livre, fondamentalement ancr\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience et l\u2019analyse de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle conduit d\u2019ailleurs aussi \u00e0 des cons\u00e9quences pratiques. Au rang des cons\u00e9quences \u00e9thiques, on y retrouve des&nbsp;vertus \u00e9troitement associ\u00e9es \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience corporelle de la nature. Au niveau politique, l\u2019inscription corporelle dans la nature non humaine entraine une modification du vivre-ensemble, notamment avec la multiplication des communaut\u00e9s connaissant des relations intersp\u00e9cifiques (humains\/non-humains) et disposant d\u2019un statut moral et politique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/pale-blue-dot.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"670\" height=\"663\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/pale-blue-dot.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11117\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/pale-blue-dot.jpg 670w, https:\/\/wp.unil.ch\/geoblog\/files\/2024\/01\/pale-blue-dot-300x297.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 670px) 100vw, 670px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&#8217;embl\u00e9matique photographie du \u00ab Pale Blue Dot \u00bb : la plan\u00e8te Terre, prise le 14 f\u00e9vrier 1990 par le vaisseau spatial Voyager 1, \u00e0 une distance de 3,7 milliards de kilom\u00e8tres. {\u00a9 NASA)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage a aussi ceci de fascinant qu\u2019il propose plusieurs niveaux de lecture et parties o\u00f9 le lecteur peut trouver son propre chemin, quelle que soit l\u2019\u00e9tendue de sa formation philosophique. L\u2019auteur exemplifie r\u00e9guli\u00e8rement son propos (<em>The Pale Blue Dot<\/em>, par ex.) et sa d\u00e9marche m\u00eame permet \u00e0 son lecteur-interlocuteur de se reconnecter avec les diff\u00e9rents chapitres sur la base de sa propre exp\u00e9rience, de sa propre ph\u00e9nom\u00e9nologie, \u00e9labor\u00e9e ou spontan\u00e9e, consciente ou inconsciente, tout en s\u2019appuyant sur les exp\u00e9riences d\u2019autrui (<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Val_Plumwood\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l\u2019aventure du crocodile de Val Plumwood<\/a> par exemple) qui viennent illustrer l\u2019ancrage ph\u00e9nom\u00e9nologique et la profondeur v\u00e9cue du propos et de la r\u00e9flexion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Dr G\u00e9rald Hess de l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 de l\u2019UNIL (IGD) a fait para\u00eetre \u00e0 l\u2019automne 2023 un ouvrage de philosophie de l\u2019environnement intitul\u00e9&nbsp;Conscience cosmique. 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