{"id":2168,"date":"2020-06-22T16:32:03","date_gmt":"2020-06-22T14:32:03","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/?p=2168"},"modified":"2020-07-13T12:02:50","modified_gmt":"2020-07-13T10:02:50","slug":"compte-rendu-de-lassemblee-participative-digitale-du-6-juin-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/2020\/06\/compte-rendu-de-lassemblee-participative-digitale-du-6-juin-2020\/","title":{"rendered":"Compte-rendu de l\u2019Assembl\u00e9e participative digitale du 6 juin 2020"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Dans cet article retrouvez les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de l&rsquo;intervention de Sophie Swaton et Dominique Bourg, ainsi que la description synth\u00e9tique de l\u2019Assembl\u00e9e participative<\/p><\/blockquote>\n<p>Par Gabriel Salerno,<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2174\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre.jpg\" alt=\"\" width=\"673\" height=\"399\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre.jpg 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre-300x178.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre-1024x607.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre-768x456.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre-1536x911.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/20_06_6_Conf_retour_sur_terre-1320x783.jpg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><\/a><\/p>\n<h3><u>Compte rendu de la conf\u00e9rence \u00ab\u00a0Pour un retour sur terre\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/u><\/h3>\n<p><strong><em>Une anticipation litt\u00e9raire<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Avant le naufrage en 1912 du Titanic, il y a eu trois anticipations litt\u00e9raires. L\u2019une d\u2019entre elles s\u2019appelle <em>Le Naufrage du Titan<\/em>. Avec le cycle \u00ab\u00a0Imaginaires des futurs possibles\u00a0\u00bb, nous sommes aussi dans une \u0153uvre d\u2019anticipation pourrait-on dire. Dans la m\u00eame veine, en mars et avril, l\u2019Europe enti\u00e8re s\u2019est mise \u00e0 penser au monde d\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Actuellement, nous sommes sur le Titanic. Ce qui a caract\u00e9ris\u00e9 le Titanic, c\u2019est l\u2019inertie du navire. Lorsque le capitaine a per\u00e7u l\u2019iceberg, compte tenu de l\u2019inertie de la trajectoire d\u2019un tel navire, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible d\u2019\u00e9viter l\u2019iceberg. C\u2019est \u00e0 peu de choses pr\u00e8s la situation dans laquelle on se trouve. Pr\u00e9sentement, nos politiciens n\u2019ont toujours pas per\u00e7u l\u2019iceberg. Nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 que la temp\u00e9rature augmenterait en 2040 de 2\u00b0C. Aujourd\u2019hui, nous en sommes \u00e0 +1,1\u00b0C. Le vivant s\u2019effondre autour de nous. Etc. Tout ceci, nous ne pouvons plus l\u2019enrayer. Nous sommes entr\u00e9s dans la phase 2 de l\u2019Anthropoc\u00e8ne. Apr\u00e8s 70 ann\u00e9es de d\u00e9gradations massives du syst\u00e8me-Terre, nous commen\u00e7ons \u00e0 en recevoir l\u2019effet boomerang. Cependant, ce n\u2019est en aucun cas une incitation \u00e0 l\u2019inaction. Heurter l\u2019iceberg \u00e0 toute vitesse signifierait la mort assur\u00e9e. Le heurter \u00e0 moindre vitesse et avec une trajectoire l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9vi\u00e9e est la seule possibilit\u00e9 qu\u2019il nous reste. Il serait absolument utile que celle-ci nous ne la manquerons pas.<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019heure de l\u2019engagement<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il nous faut agir en fonction de ce que l\u2019on sait. C\u2019est l\u2019heure de l\u2019engagement, \u00e0 l\u2019image des mouvements dans la rue que l\u2019on observe actuellement, tels que la Gr\u00e8ve pour le climat. Comment passe-t-on de l\u2019information \u00e0 l\u2019action\u00a0? Via le savoir engag\u00e9, qui certes fait dispara\u00eetre un peu la neutralit\u00e9 axiologique, et via l\u2019art. L\u2019art peut permettre d\u2019aller au-del\u00e0 des chiffres et des mots.<\/p>\n<p>Avec la Covid, on a pu, pour la premi\u00e8re fois, ressentir dans notre chair les effets de ce que pourrait \u00eatre un effondrement. Ce qu\u2019on a v\u00e9cu avec la crise du coronavirus et la crise \u00e9conomique n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019autres difficult\u00e9s.<\/p>\n<p><strong><em>Effondrement au singulier <\/em>versus<em> au pluriel<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Concernant l\u2019effondrement, il est important de bien distinguer l\u2019id\u00e9e d\u2019un Effondrement avec celle d\u2019effondrements au pluriel. Ce qui a commenc\u00e9 \u00e0 nous arriver et qui tr\u00e8s probablement se reproduira sous d\u2019autres formes sont des effondrements multiples. Il est tr\u00e8s peu probable que sur toute la plan\u00e8te l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s vient \u00e0 s\u2019effondrer. Il s\u2019agit du placage d\u2019une mod\u00e9lisation du syst\u00e8me-Terre \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 historique qui par d\u00e9finition est tr\u00e8s diverse et contrast\u00e9e. Pas tous les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019effondrement se produisent \u00e0 l\u2019unisson sur l\u2019ensemble de la Terre.<\/p>\n<p>On est sous une double pression physique et biologique. Avec le climat, nous pouvons mod\u00e9liser, simuler, calculer et pr\u00e9voir des sc\u00e9narios futurs. On conna\u00eet <em>grosso modo<\/em> la trajectoire climatique dans laquelle nous nous enfon\u00e7ons pour les trente prochaines ann\u00e9es, car elle est d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e. Nous sommes entr\u00e9s dans les d\u00e9cennies boomerang. Dans l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Nord, nous n\u2019avons depuis 2018 <em>grosso modo<\/em> plus que deux saisons, l\u2019une ti\u00e8de qui s\u2019\u00e9tend de la fin de l\u2019automne jusqu\u2019au d\u00e9but du printemps et l\u2019autre chaude du printemps \u00e0 l\u2019automne. Cela se traduira tr\u00e8s rapidement par un affaiblissement de nos capacit\u00e9s de production alimentaire.<\/p>\n<p>Avec la biodiversit\u00e9 en revanche, on ne peut pas\u00a0\u2013\u00a0ou tr\u00e8s difficilement\u00a0\u2013\u00a0calculer et mod\u00e9liser. On est destin\u00e9, pourrait-on dire, \u00e0 \u00eatre surpris. Tel fut par exemple le cas avec le coronavirus. Et nous aurons d\u2019autres probl\u00e8mes qui proc\u00e8deront de la destruction du vivant, \u00e0 laquelle nous nous employons de fa\u00e7on intense et obstin\u00e9e depuis quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Toutes ces difficult\u00e9s vont infliger des chocs \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s\u00a0; certains plus ou moins extraordinaires et avec des effets plus ou moins variables. Mais nous sommes dor\u00e9navant entr\u00e9s dans cette nouvelle phase de l\u2019Anthropoc\u00e8ne. Nos soci\u00e9t\u00e9s continueront donc \u00e0 subir des chocs. C\u2019est une certitude. Or, cette certitude n\u2019op\u00e8re pas beaucoup d\u2019effets \u00e9conomiques et politiques.<\/p>\n<p>Ces chocs ou effondrements ont aussi une autre dimension qui doit aussi \u00eatre prise en consid\u00e9ration, la dimension int\u00e9rieure au niveau individuel. Il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir des espaces pour pouvoir traduire et exprimer la dimension \u00e9motionnelle des effondrements. C\u2019est la question de la r\u00e9silience et de la capacit\u00e9 de pouvoir surmonter \u00e9motionnellement les effondrements.<\/p>\n<p>S\u2019il y a quelque chose qui ne peut pas \u00eatre \u00e9cologique, c\u2019est une dictature. Car le propre d\u2019une dictature, c\u2019est de r\u00e9server la jouissance d\u2019un certain nombre de biens, dont les libert\u00e9s, \u00e0 un nombre tr\u00e8s restreint d\u2019individus. Si nous n\u2019agissons pas face aux difficult\u00e9s qui nous menacent, c\u2019est un horizon quasi certain. En utilisant la puissance, on va condamner le grand nombre \u00e0 la mis\u00e8re pour \u00e9pargner le petit nombre et continuer \u00e0 permettre une certaine forme de consommation pour un petit nombre. Par ailleurs, le temp\u00e9rament du dictateur ne l\u2019incline ni \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ni \u00e0 la philanthropie, ni \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 par d\u00e9finition. Une dictature \u00e9cologique est par cons\u00e9quent au mieux un oxymore. Il s\u2019agit d\u2019une totale contradiction.<\/p>\n<p>Le choix que nous avons aujourd\u2019hui est soit la dystopie\u00a0\u2013\u00a0elle est en cours, c\u2019est le Titanic sur lequel nous avons embarqu\u00e9\u00a0\u2013\u00a0soit l\u2019utopie. L\u2019utopie \u00e9cologique, entendons-nous bien, n\u2019est pas le r\u00eave d\u2019une libert\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e, ni le r\u00eave d\u2019une infinit\u00e9 de bien. C\u2019est rigoureusement l\u2019inverse. C\u2019est le r\u00eave de citoyens bien inform\u00e9s, honn\u00eates, intelligents et d\u00e9cid\u00e9s de prendre le taureau par les cornes pour construire un ordre social juste et compatible avec le syst\u00e8me-Terre. \u00c9videmment, il s\u2019agit d\u2019une utopie. Nous sommes face \u00e0 ce carrefour\u00a0: soit nous tentons de construire cette utopie, soit nous aurons une affreuse dystopie. Il n\u2019y a pas de choix interm\u00e9diaire possible.<\/p>\n<p><strong><em>Propositions pour un retour sur Terre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne, Dominique Bourg et Sophie Swaton se sont justement interrog\u00e9s sur ce qu\u2019il conviendrait de faire pour construire une soci\u00e9t\u00e9 qui ne serait pas condamn\u00e9e \u00e0 percuter trop rapidement l\u2019iceberg.<\/p>\n<p>Ils ne se situent donc pas dans la libert\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e, ni dans la libert\u00e9 des Modernes qui consiste \u00e0 dire que tout ce qui vient entraver ma libert\u00e9 est insupportable.<\/p>\n<p>Ils ont propos\u00e9 des mesures qui touchent \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, aux institutions et \u00e0 la construction d\u2019un nouvel ordre international. La mesure phare est l\u2019instauration de quotas. Car ce qui nous dirige contre l\u2019iceberg sont nos consommations. Les 10% les plus riches de la plan\u00e8te \u00e9mettent 50% des gaz \u00e0 effet de serre et 50% des plus pauvres n\u2019\u00e9mettent que 10% des gaz \u00e0 effet de serre. On voit bien que si nous avons une dictature, il y aura toujours les 10% qui consommeront plus et les autres encore moins. Par cons\u00e9quent, si nous voulons arr\u00eater de d\u00e9truire le syst\u00e8me-Terre, il faut baisser drastiquement la hauteur des flux de mati\u00e8re et d\u2019\u00e9nergie qui font que nous d\u00e9truisons le vivant et le climat. La seule solution efficace consiste \u00e0 limiter les consommations finales, soit instaurer des quotas. Les quotas sont plus efficaces et plus justes qu\u2019une taxe carbone qui aura un effet faible sur les hauts revenus et tr\u00e8s impactante pour la population qui consomme le moins. D\u2019ailleurs, lorsqu\u2019ils furent instaur\u00e9s en Angleterre entre 1942 et 1950 environ, l\u2019indicateur de bonheur des anglais fut le plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Les quotas provoqueraient une r\u00e9forme quasi automatique du syst\u00e8me de consommation et imm\u00e9diatement celle du syst\u00e8me de production. Tout ce qui sera vertueux dans la mani\u00e8re de produire sera imm\u00e9diatement et massivement encourag\u00e9.<\/p>\n<p>Parmi les autres mesures propos\u00e9es, certaines consistent par exemple \u00e0 relocaliser l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 favoriser une agriculture d\u00e9carbon\u00e9e, \u00e0 cr\u00e9er une convergence internationale. Les mesures ne s\u2019impl\u00e9menteront donc pas en m\u00eame temps. Certaines pourront \u00eatre rapidement mises en \u0153uvre, d\u2019autres s\u2019articulent sur le long terme. Il est important de partager une vision du monde commune, une vision commune de ce que nous ne voulons pas et de ce que nous voulons. Les mesures permettent un changement de civilisation.<\/p>\n<p><strong><em>Effondrements et spiritualit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La dimension spirituelle est importante \u00e9galement. Et il ne faudrait pas opposer les aspects spirituels et les aspects mat\u00e9riels. La spiritualit\u00e9 c\u2019est ce qui appara\u00eet dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e comme le mode dominant de r\u00e9alisation de sa propre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Chez les Am\u00e9rindiens par exemple, d\u00e9velopper son humanit\u00e9 c\u2019est d\u00e9velopper sa relation \u00e0 la for\u00eat et aux esprits qui la peuplent\u00a0; pour Achille, d\u00e9velopper sa propre humanit\u00e9 c\u2019\u00e9tait arriver \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 par la gloire militaire\u00a0; pour les chr\u00e9tiens c\u2019\u00e9tait le salut\u00a0; etc. Aujourd\u2019hui, pour nous, dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales modernes, r\u00e9aliser son humanit\u00e9, se r\u00e9aliser soi-m\u00eame, c\u2019est poss\u00e9der\u00a0\u2013\u00a0poss\u00e9der des objets, dans lesquels on peut ranger les \u00eatres vivants, comme la famille, son compagnon, sa compagne. C\u2019est par la possession qu\u2019on r\u00e9alise notre propre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Un chamane am\u00e9rindien notait \u00e0 ce propos que les occidentaux sont des fans d\u2019objets. Ils ne vivent que pour les objets et en g\u00e9n\u00e9ral ils meurent avec et ils ne les partagent que tr\u00e8s rarement. Tandis que les am\u00e9rindiens n\u2019ont que tr\u00e8s peu d\u2019objets, et ils les donnent. Ce qui les int\u00e9resse ce sont les autres \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Le consum\u00e9risme est la spiritualit\u00e9 classique, enseign\u00e9e dans les \u00e9coles, de l\u2019\u00eatre humain occidental. Cette spiritualit\u00e9 est ins\u00e9parable d\u2019une ontologie, soit d\u2019une mani\u00e8re de concevoir le monde. C\u2019est parce que nous adorons les objets que nous sommes pr\u00eats \u00e0 tuer autrui pour aller chercher de l\u2019or ou des diamants. C\u2019est parce que nous adorons les objets que nous sommes des extractivistes fanatiques. C\u2019est parce que nous adorons les objets que nous d\u00e9truisons le climat. Etc. C\u2019est parce que nous avons un regard de consumation sur le monde que, pour nous, tout ce qui existe n\u2019a aucune valeur en soi. Ce qui vaut c\u2019est de transformer la nature par nos activit\u00e9s \u00e9conomiques. La mani\u00e8re dont nous regardons le monde et dont nous nous regardons nous-m\u00eames et l\u2019id\u00e9al de r\u00e9alisation de nous-m\u00eames que nous nous donnons sont totalement solidaires. Il s\u2019agit des deux facettes de notre spiritualit\u00e9. On voit bien que l\u2019aspect spirituel et l\u2019aspect mat\u00e9riel ne s\u2019opposent pas. C\u2019est le recto et verso de la m\u00eame feuille de papier. Si on veut se sauver, il va falloir qu\u2019on se spiritualise. Nous spiritualiser, c\u2019est changer notre relation au monde et le regard que l\u2019on jette sur le monde. C\u2019est pourquoi il \u00e9tait question ult\u00e9rieurement d\u2019utopie.<\/p>\n<p>La crise du coronavirus nous a aussi r\u00e9appris ce que signifie la vuln\u00e9rabilit\u00e9. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 conduit au care\u00a0\u2013\u00a0au soin\u00a0\u2013\u00a0et \u00e0 la bienveillance. On doit accepter le fait que nous sommes fragiles et que le monde est fragile. Sans le sentiment que nous sommes vuln\u00e9rables \u00e0 tous les niveaux, \u00e9motionnellement, politiquement, etc., nous n\u2019arrivons pas \u00e0 mettre en place cette coop\u00e9ration entre nous pour agir.<\/p>\n<p>L\u2019amour tient une place importante. Celui port\u00e9 \u00e0 nos proches. Mais on peut aussi \u00e9largir ce cercle \u00e0 d\u2019autres personnes moins proches, \u00e0 d\u2019autres entit\u00e9s non-humaines, voire m\u00eame \u00e0 des min\u00e9raux peut-\u00eatre. Ceci dans le but de ne pas transformer la Terre en plan\u00e8te Mars.<\/p>\n<p><strong><em>Pourrait-on se r\u00e9jouir en partie de certains effondrements\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce qui caract\u00e9rise la condition humaine, c\u2019est souvent l\u2019ambivalence. Les ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent avoir une face dramatique et une face qui fait signe vers l\u2019avenir et vers quelque chose de positif. Dans la culture traditionnelle japonise, un tremblement de terre n\u2019\u00e9tait jamais quelque chose de purement n\u00e9gatif. C\u2019\u00e9tait aussi vu comme une opportunit\u00e9 qui permet de reconstruire et de repartir autrement. Les effondrements partiels, on peut les entendre de cette mani\u00e8re-l\u00e0, avec cette ambivalence. Mais on ne peut pas se r\u00e9jouir de la face noire d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne, quand bien m\u00eame ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut aussi d\u00e9boucher sur une \u00e9claircie.<\/p>\n<p><strong><em>Dans le cadre des r\u00e9flexions sur les effondrements et sur les mesures \u00e0 prendre, doit-on viser un \u00e9tat final\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les actions et mesures \u00e0 mettre en \u0153uvre aujourd\u2019hui ne sont pas ax\u00e9es vers un \u00e9tat final. Penser \u00e0 un \u00e9tat final aujourd\u2019hui n\u2019a pas (encore) de sens. La priorit\u00e9 aujourd\u2019hui est de sortir de notre situation de destructivit\u00e9 gigantesque dont on n\u2019est pas encore tout \u00e0 fait conscient. Une situation qui ne d\u00e9truit pas seulement l\u2019environnement, mais nous-m\u00eames aussi. Nous avons un effort imm\u00e9diat extr\u00eamement difficile \u00e0 faire, nous allons vers la confrontation avec un obstacle majeur. Il faut que nous fassions ce que nous pouvons encore faire pour r\u00e9duire le choc, s\u2019y pr\u00e9parer, s\u2019organiser, commencer \u00e0 changer de cap. C\u2019est un effort de r\u00e9organisation sociale et mentale gigantesque. C\u2019est un premier pas et un premier objectif sur lesquels nous devons nous concentrer. Ce qui adviendra apr\u00e8s, esquisser un \u00e9tat final, concerne les prochaines g\u00e9n\u00e9rations. Notre devoir \u00e0 nous, c\u2019est d\u2019arr\u00eater de d\u00e9truire pour qu\u2019il n\u2019y ait pas seulement de la vie humaine, mais de la vie tout court sur Terre \u00e0 l\u2019avenir. C\u2019est un premier objectif de taille. Si on arrive \u00e0 le r\u00e9aliser, c\u2019est-\u00e0-dire si nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 une situation de pacification dans nos relations \u00e0 la fois mutuelles \u2013 hors obsession de la comp\u00e9titivit\u00e9 \u2013 et avec les autres \u00eatres vivants et la nature, ce serait d\u00e9j\u00e0 une victoire. Ce qu\u2019on ferait ensuite sera une question \u00e0 se poser dans un second temps.<\/p>\n<p><strong><em>Doit-on rendre l\u2019\u00e9cologie autonome de tout parti politique\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La situation est suffisamment dramatique pour qu\u2019aucun parti politique ne fasse l\u2019impasse sur la situation. C\u2019est pr\u00e9judiciable que les questions qui y touchent soient r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 un parti politique, alors qu\u2019elles devraient \u00eatre transversales.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent l\u2019orientation de notre soci\u00e9t\u00e9 c\u2019\u00e9tait la boulimie, l\u2019accumulation et la comp\u00e9tivit\u00e9 \u00e0 outrance. L\u2019objectif de la modernit\u00e9 \u00e9tait un enrichissement mat\u00e9riel croissant avec une redistribution qui devait \u00eatre plus ou moins \u00e9galitaire\u00a0\u2013\u00a0ce qui n\u2019est plus du tout le cas aujourd\u2019hui. Il s\u2019agissait de l\u2019objectif g\u00e9n\u00e9ral des Modernes. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de cela, on pouvait avoir une interpr\u00e9tation de gauche ou de droite. L\u2019interpr\u00e9tation de gauche consiste \u00e0 rationaliser la production pour produire un maximum. L\u2019interpr\u00e9tation de droite consiste \u00e0 lib\u00e9rer l\u2019initiative individuelle. On avait ensuite une richesse qu\u2019il fallait redistribuer. L\u2019interpr\u00e9tation de gauche d\u00e9fend plut\u00f4t une \u00e9galit\u00e9 arithm\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9galitaire. L\u2019interpr\u00e9tation de droite d\u00e9fend une \u00e9galit\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique, c\u2019est-\u00e0-dire plus proportionn\u00e9e et proportionnelle.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sentement, il faudrait faire la m\u00eame chose, mais avec une orientation diff\u00e9rente\u00a0: arr\u00eater de d\u00e9truire et restaurer le vivant autour de nous et les capacit\u00e9s du syst\u00e8me-Terre. \u00c0 gauche comme \u00e0 droite, on devrait \u00eatre d\u2019accord l\u00e0-dessus. Le propre des humains et de la soci\u00e9t\u00e9 est de ne pas \u00eatre d\u2019accord. Par cons\u00e9quent, si nos d\u00e9saccords interpr\u00e8tent cette orientation g\u00e9n\u00e9rale, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment un probl\u00e8me. C\u2019est comme \u00e7a que fonctionne une soci\u00e9t\u00e9. Le probl\u00e8me existe si un tiers pense qu\u2019il faut continuer \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer et \u00e0 tout d\u00e9truire.<\/p>\n<p><strong><em>La pand\u00e9mie ne d\u00e9montre-t-elle pas que la tentation est grande de se ruer sur des solutions technologiques\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La crise du coronavirus nous a montr\u00e9 que nous ne pouvons pas tout r\u00e9gler avec des technologies. Les comportements sont tr\u00e8s importants. Tant que nous n\u2019avons pas de vaccin, nous n\u2019avons rien d\u2019autre \u00e0 faire que les gestes-barri\u00e8res. Le vaccin va aussi nous ramener \u00e0 des questions de comportement\u00a0\u2013\u00a0sa fiabilit\u00e9, la fa\u00e7on dont il va \u00eatre produit, son acceptabilit\u00e9, la mani\u00e8re dont on va le r\u00e9partir. C\u2019est un fantasme occidental que de croire qu\u2019il y a des solutions technologiques \u00e0 tout.<\/p>\n<h3><u>Compte rendu de la d\u00e9marche participative\u00a0:<\/u><\/h3>\n<p>En raison du coronavirus, l\u2019organisation de cette ultime assembl\u00e9e participative a \u00e9t\u00e9 chamboul\u00e9e. Le public, qui a suivi la conf\u00e9rence en live sur la plateforme Zoom, a particip\u00e9 \u00e0 distance. Les participants ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis dans des salons virtuels, dans lesquels ils ont pu discuter et d\u00e9battre \u00e0 partir de l\u2019assertion suivante inspir\u00e9e des travaux de Bruno Latour :<\/p>\n<blockquote><p>Imaginez les gestes-barri\u00e8res contre le retour \u00e0 la production d&rsquo;avant crise<\/p><\/blockquote>\n<p>Les salons virtuels \u00e9taient tenus par des mod\u00e9rateurs, lesquels ont \u00e0 la fin restitu\u00e9 les discussions de leur groupe respectif.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/Mozaique_zoom.png\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2192\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/Mozaique_zoom.png\" alt=\"\" width=\"1318\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/Mozaique_zoom.png 1318w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/Mozaique_zoom-300x74.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/Mozaique_zoom-1024x253.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/06\/Mozaique_zoom-768x190.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1318px) 100vw, 1318px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retrouvez les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la conf\u00e9rence \u00ab\u00a0Pour un retour sur terre\u00a0\u00bb de Sophie Swaton et Dominique Bourg, ainsi que la description synth\u00e9tique de la derni\u00e8re Assembl\u00e9e participative<\/p>\n","protected":false},"author":1119,"featured_media":1081,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[12,11,3,28,16],"tags":[],"class_list":{"0":"post-2168","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-economie","8":"category-gouvernance-democratie","9":"category-imaginaires-des-futurs-possibles","10":"category-nouveaux-paradigmes","11":"category-spiritualite-religion"},"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884.jpg",1200,1200,false],"thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-150x150.jpg",150,150,true],"medium":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-300x300.jpg",300,300,true],"medium_large":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-768x768.jpg",735,735,true],"large":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-1024x1024.jpg",735,735,true],"1536x1536":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884.jpg",1200,1200,false],"2048x2048":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884.jpg",1200,1200,false],"hitmag-landscape":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-1120x450.jpg",1120,450,true],"hitmag-featured":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-735x400.jpg",735,400,true],"hitmag-grid":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-348x215.jpg",348,215,true],"hitmag-list":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-290x220.jpg",290,220,true],"hitmag-thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884-135x93.jpg",135,93,true],"mailpoet_newsletter_max":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/HipstamaticPhoto-593987780.548884.jpg",1200,1200,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"Delphine Ducoulombier","author_link":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/author\/dducoulo\/"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"Retrouvez les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la conf\u00e9rence \"Pour un retour sur terre\" de Sophie Swaton et Dominique Bourg, ainsi que la description synth\u00e9tique de la derni\u00e8re Assembl\u00e9e participative","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1119"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2168"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2168\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1081"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}