{"id":1297,"date":"2020-01-10T09:54:56","date_gmt":"2020-01-10T08:54:56","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/?p=1297"},"modified":"2020-01-10T12:27:05","modified_gmt":"2020-01-10T11:27:05","slug":"de-lheterosophie-peut-etre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/2020\/01\/de-lheterosophie-peut-etre\/","title":{"rendered":"De l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosophie, peut-\u00eatre ?"},"content":{"rendered":"<p><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1300\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/01\/lacade\u0301mie-de-platon-mosai\u0308que.jpg\" alt=\"\" width=\"969\" height=\"1027\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/01\/lacade\u0301mie-de-platon-mosai\u0308que.jpg 1132w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/01\/lacade\u0301mie-de-platon-mosai\u0308que-283x300.jpg 283w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/01\/lacade\u0301mie-de-platon-mosai\u0308que-966x1024.jpg 966w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2020\/01\/lacade\u0301mie-de-platon-mosai\u0308que-768x814.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 969px) 100vw, 969px\" \/> L&rsquo;Acad\u00e9mie de Platon, mosa\u00efque romaine du Ier si\u00e8cle, Mus\u00e9e arch\u00e9ologique national de Naples.<\/p>\n<p>Par Davide Monopoli,<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il de l\u2019hom\u00e9rique \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique ? Y a-t-il un antidote contre les effets ravageurs du capitalisme, une mani\u00e8re de se soustraire \u00e0 l\u2019extension g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des camps de consommation ? Est-il possible de retrouver un peu de joie dans ces temps apocalyptiques et cannibales ? En interpellant la vie humaine aux temps du Capital, une praxis atypique a surgi : l\u2019h\u00e9t\u00e9rosophie. Une rencontre renouvel\u00e9e avec l\u2019Autre \u2014 avec la sagesse de l\u2019Autre \u2014 peut d\u00e9clencher l\u2019\u00e9tincelle \u00e0 m\u00eame de transformer l\u2019existence, voire d\u2019inaugurer, d\u2019une mani\u00e8re inattendue, des modes de vie singuliers et in\u00e9dits.<\/p>\n<p>\u00ab A FUTURA MEMORIA (SE LA MEMORIA HA UN FUTURO) \u00bb (EN FUTURE M\u00c9MOIRE. SI LA M\u00c9MOIRE A UN FUTUR)<\/p>\n<p>Cette formule de cong\u00e9, \u00e0 la fois ironique et engag\u00e9e, fut grav\u00e9e par Leonardo Sciascia alors qu\u2019il savait que sa fin \u00e9tait imminente ; en m\u00eame temps, l\u2019\u00e9crivain sentait intimement que toute une \u00e9poque \u00e9tait en train de bousculer, voire de toucher \u00e0 sa fin. \u00c9tait-ce la fin de l\u2019humanitas telle que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes l\u2019avaient connue et v\u00e9cue ?<\/p>\n<p>Et nous voici, avec notre temps hyper-connect\u00e9 et suspendu, immobile et absorbant, repli\u00e9 sur sa vitesse : un temps qui abolit l\u2019espace, qui se mesure avec l\u2019argent, qui se passe de tout pass\u00e9 \u2014 de toute m\u00e9moire \u2014 et qui semble effacer de facto tout avenir. Notre temps est, dit-on, celui de la crise : or si la crise g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e est d\u00e9sormais patente, peut-on encore envisager un \u00ab apr\u00e8s \u00bb ? Un d\u00e9raillement, un changement de cap ? Car au-del\u00e0 du soi-disant \u00ab futur \u00bb (bon surtout pour l\u2019agenda des \u00ab philocrates \u00bb), y a-t-il un avenir possible pour l\u2019\u00eatre \u00ab humain \u00bb ? Notre temps serait-il le temps de la d\u00e9claration de guerre aux humains ? En tout cas, si le monde tel qu\u2019on l\u2019a connu n\u2019a plus de futur\u2026 on peut tout de m\u00eame saisir cette chance, et lui offrir un autre avenir.<\/p>\n<p>ENTRE-DEUX<\/p>\n<p>En-de\u00e7\u00e0 de toute id\u00e9ologie produite par la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb (qu\u2019il s\u2019agisse de sanctifier la science ou le progr\u00e8s, la croissance ou le bien\u00eatre\u2026), quand on essaye de comprendre comment on a pu en arriver l\u00e0 \u2014 en \u00eatre \u00e0 ce point, du coup, on voit mieux le d\u00e9sarroi (mais aussi la t\u00e9nacit\u00e9) de ceux qui r\u00e9sistent aux multiples atteintes \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 \u2014 et t\u00e9moignent le malheur dans lequel se trouve, aujourd\u2019hui, la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Afin de mieux saisir le moment historique \u2014 et hyst\u00e9rique \u2014 qui est en train de se produire \u00ab en temps r\u00e9el \u00bb, il est sans doute utile de rapprocher deux faits majeurs de ladite modernit\u00e9, deux dispositifs contigus, qui persistent sans solution de continuit\u00e9 : les camps de concentration d\u2019une part, et les camps de consommation de l\u2019autre. Quoi \u2014 la soci\u00e9t\u00e9 qui se d\u00e9compose sous nos yeux serait donc le r\u00e9sultat de cet embo\u00eetement ? En effet : refoul\u00e9e la logique qui r\u00e9gissait les premiers, sur fond \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb le capitalisme consum\u00e9riste a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, int\u00e9gr\u00e9, d\u00e9velopp\u00e9 et \u00e9largi le mod\u00e8le pr\u00e9c\u00e9dent. Mutatis mutandis, apparemment la strat\u00e9gie a \u00e9t\u00e9 gagnante. Le bien\u00eatre \u00e9tant finalement devenu la mesure de toute d\u00e9mesure, la question qui se pose de nouveau est : \u00e0 quel prix ?<\/p>\n<p>Deux formes d\u2019asservissement guettent aujourd\u2019hui le sujet de la modernit\u00e9 : le travail \u00ab forc\u00e9 \u00bb et l\u2019injonction \u00e0 consommer \u00ab sans limites \u00bb. Pourquoi en \u00e9change d\u2019un salaire plus ou moins pr\u00e9caire, l\u2019\u00eatre humain accepte de devenir moins humain ? Que l\u2019ouvrier soit sp\u00e9cialis\u00e9 ou pas, il est d\u00e9pouill\u00e9 de sa libert\u00e9 (voire de sa dignit\u00e9), il occupe un poste, s\u2019occupe d\u2019un travail qui, dans la plupart des cas, ne l\u2019int\u00e9resse pas ; employ\u00e9, exploit\u00e9, \u00e9puis\u00e9 : il devient le rouage d\u2019un m\u00e9canisme dont le dessein lui \u00e9chappe ; en un mot : \u00ab bonjour tristesse \u00bb. Autrement dit, agie par une logique de l\u2019autodestruction, la \u00ab vie \u00bb continue identique, jour apr\u00e8s jour, comme si de rien n\u2019\u00e9tait, puisque la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle se doit de continuer. De plus en plus passivement, rien qu\u2019en faisant ce que l\u2019on fait d\u2019habitude, de mani\u00e8re plus ou moins insouciante, tout le monde participe \u2014 activement \u2014 \u00e0 l\u2019\u00e9puisement g\u00e9n\u00e9ral des ressources, \u00e0 la pollution locale de l\u2019habitat, \u00e0 la destruction globale de la biosph\u00e8re (sans oublier un dernier d\u00e9tail de la cha\u00eene : l\u2019an\u00e9antissement de soi).<\/p>\n<p>DE L\u2019H\u00c9T\u00c9ROSOPHIE, PEUT-\u00caTRE\u2026<\/p>\n<p>Discours \u00e0 tr\u00e8s haute improbabilit\u00e9, l\u2019h\u00e9t\u00e9rosophie sollicite le surgissement de l\u2019in\u00e9dit et le soutient. Entre hom\u00e9rique et num\u00e9rique, entre \u00e9veil et abrutissement, entre socius et dissolution, la possibilit\u00e9 du dialogue inaugure l\u2019exp\u00e9rience du politique : coup de d\u00e9s, cela permet l\u2019av\u00e8nement d\u2019une dimension po\u00e9tique de l\u2019existence qui, contre toute attente, laisse \u00e9merger les marges de la diff\u00e9rence, invente des modes de vie.<\/p>\n<p>On peut partir de cette question : et si la philosophie \u00e9tait justement ce qui rend la vie plus int\u00e9ressante que la philosophie ? En effet, y r\u00e9pondre revient \u00e0 r\u00e9actualiser la philosophie antique telle que les Grecs la pratiquaient : c\u2019est une invitation au dialogue et \u00e0 l\u2019ouverture, au souci de soi et \u00e0 la convivialit\u00e9, au changement de perspective. C\u2019est d\u2019ailleurs le d\u00e9but d\u2019une transformation subjective radicale, puisque dans ce processus le rendez-vous avec la dimension du d\u00e9sir est initiale : la rencontre avec l\u2019Autre \u2014 chose que la ratio de la philosophie moderne refoule depuis toujours \u2014 advient. \u00c0 l\u2019improviste, l\u2019h\u00e9t\u00e9rosophie r\u00e9veille une dimension in\u00e9dite de la pens\u00e9e : sa pratique accueille et sollicite une vie spirituelle active, surtout \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la mis\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et la perte des liens sociaux sont aliment\u00e9s par le Capital qui se trouve \u00e0 pr\u00e9sent dans sa phase destructrice terminale.<\/p>\n<p>Au fond, d\u2019un point de vue strictement philosophique, il n\u2019y a qu\u2019une question urgente : celle \u00e9cologique. Ce qui implique, en v\u00e9rit\u00e9, un changement profond dans notre mani\u00e8re de vivre et de penser la vie sur terre. L\u2019\u00e9mergence dite \u00ab climatique \u00bb \u2014 qui fait depuis un moment la une, bien qu\u2019elle soit juste une synecdoque du v\u00e9ritable enjeu \u2014 peut \u00eatre lue comme le signe d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 primordiale de l\u2019\u00eatre humain qui refait surface : le d\u00e9sir de pouvoir enfin respirer librement, de pouvoir recommencer \u00e0 vivre autrement.<\/p>\n<p>POST SCRIPTUM (POUR UNE \u00c9THIQUE DE LA JOIE ?)<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9thique de la vie philosophique est bien ce qui permet de \u00ab devenir ce que l\u2019on est \u00bb, afin de d\u00e9clencher cette mutation profond\u00e9ment humaine et plus que jamais n\u00e9cessaire, on peut sugg\u00e9rer de ruminer cet adage de Primo Levi : \u00ab Se non io chi ? \u00bb (si ce n\u2019est pas moi, qui alors ?) \u2014 \u00ab Se non qui dove ? \u00bb (si ce n\u2019est pas ici, o\u00f9 donc ?) \u2014 \u00ab Se non ora quando ? \u00bb (si ce n\u2019est pas maintenant, quand justement ?). Ars longa, vita brevis. Le temps de la soustraction, c\u2019est maintenant ou jamais\u2026 \u2014 De quoi s\u2019entretenir, n\u2019est-ce pas ?<\/p>\n<blockquote><p>Davide Monopoli est l&rsquo;auteur du livre <i class=\"\">De l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosophie. Pour une \u00e9thique de la joie dans un temps apocalyptique et cannibale<\/i>, La P\u2019tite H\u00e9l\u00e8ne \u00c9ditions<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Davide Monopoli \/\/ En interpellant la vie humaine aux temps du Capital, une praxis atypique a surgi : l\u2019h\u00e9t\u00e9rosophie. 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