{"id":1055,"date":"2019-11-21T16:47:59","date_gmt":"2019-11-21T15:47:59","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/?p=1055"},"modified":"2019-11-21T16:48:01","modified_gmt":"2019-11-21T15:48:01","slug":"a-quand-la-revolution-humique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/2019\/11\/a-quand-la-revolution-humique\/","title":{"rendered":"A quand la r\u00e9volution humique ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1054\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg\" alt=\"\" width=\"747\" height=\"747\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-300x300.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-768x768.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-1024x1024.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 747px) 100vw, 747px\" \/><\/a>Photo \u00a9 Am\u00e9lie Dorier<\/p>\n<p>Par Am\u00e9lie Dorier \/\/ Avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler des cloportes, des collemboles, des enchytr\u00e9ides ou encore des oribates ? \u00a0Ces petits organismes du sol sont li\u00e9s \u00e0 nous car ils permettent la cr\u00e9ation de l\u2019humus, couche fertile de la surface du sol. Ils d\u00e9gradent, mangent, mastiquent et excr\u00e8tent les r\u00e9sidus organiques qui s\u2019y d\u00e9posent. Leur lieu de vie est la liti\u00e8re, les feuilles mortes, les d\u00e9bris v\u00e9g\u00e9taux. Sans eux, les sols seraient morts, essentiellement min\u00e9raux et st\u00e9riles. Ils sont le cha\u00eenon d\u2019un processus essentiel dans la plupart des \u00e9cosyst\u00e8mes terrestres : le cycle de la mati\u00e8re organique. Processus o\u00f9 les d\u00e9chets des uns deviennent une ressource pour les autres. Une partie de ces produits de d\u00e9composition est stock\u00e9e dans le sol et peut \u00eatre disponible pour les plantes. Ces derni\u00e8res croissent en absorbant le carbone de l\u2019atmosph\u00e8re et offrent \u00e0 leur tour au sol de pr\u00e9cieuses mol\u00e9cules organiques, de leur vivant par des s\u00e9cr\u00e9tions racinaires ou la perte de leurs feuilles et \u00e0 leur mort par leur d\u00e9composition. Les sols sont cr\u00e9\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action conjointe des mati\u00e8res organique et min\u00e9rale li\u00e9es sous la forme du complexe argilo-humique. Les grands architectes de ce monde myst\u00e9rieux et m\u00e9connu sont les vers de terre qui mixent et associent l\u2019organique et le min\u00e9ral. Effectuant un grand brassage en creusant leurs galeries, les vers an\u00e9ciques remontent des min\u00e9raux des profondeurs et r\u00e9partissent la mati\u00e8re organique de surface \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du sol.<\/p>\n<p><strong>L\u2019agriculture industrielle<\/strong> ne semble pas avoir \u00e9cout\u00e9 la sagesse des petits \u00eatres de cuticule dont nous venons de parler. Focalis\u00e9 sur le rendement agricole, sur la m\u00e9canisation et le contr\u00f4le de toutes les \u00e9tapes de la cha\u00eene de production, le d\u00e9veloppement des pratiques agricoles industrielles s\u2019est fait au d\u00e9triment de de la fertilit\u00e9 intrins\u00e8que du sol. Ainsi, des tracteurs g\u00e9ants nourrissent aux engrais chimiques des plantes sous perfusion, dans un sol mort. Les pesticides g\u00e9n\u00e9ralistes impactent \u00e9galement la faune du sol. A peine caricaturale, cette vision macabre montre que le choix de ce type d\u2019agriculture n\u2019est pas favorable \u00e0 la vie ni \u00e0 une gestion durable des sols. Ces derniers n\u2019ont pas attendu pour payer le lourd tribut de leur exploitation outranci\u00e8re. Les chiffres concernant la disparition de la terre parlent d\u2019eux-m\u00eames. Chaque ann\u00e9e, 840\u00a0000 tonnes de terres disparaissent en Suisse, emport\u00e9s par le vent ou d\u00e9vers\u00e9s dans les rivi\u00e8res, cela correspond \u00e0 environ 1 millim\u00e8tre sur toute la surface de terres agricoles<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il faut en moyenne 100 ans pour que se forme un 1 centim\u00e8tre de sol<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. La perte des sols est due principalement \u00e0 l\u2019\u00e9rosion, accentu\u00e9e par l\u2019utilisation intensive, les sols laiss\u00e9s \u00e0 nus et le non-respect des cycles biog\u00e9ochimiques naturels.<\/p>\n<p>Certes les rendements ont explos\u00e9, mais \u00e0 quel prix\u00a0? Le capital \u00e9conomique se gonfle au d\u00e9triment du capital organique du sol et ce ne sont pas les agriculteurs endett\u00e9s qui vont recevoir la plus grande part de leur dur labeur. Si le cycle de la mati\u00e8re organique n\u2019est pas boucl\u00e9, si de la mati\u00e8re organique fra\u00eeche n\u2019est pas int\u00e9gr\u00e9 au sol gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action des organismes vivants, les sols se d\u00e9gradent.<\/p>\n<p>La croissance \u00e9conomique comme porte-drapeau, le d\u00e9veloppement de la civilisation industrielle moderne s\u2019est effectu\u00e9 sans \u00e9gard pour la finitude du monde et des ressources naturelles. Une croissance infinie dans un monde fini ne peut pas perdurer. La quantit\u00e9 de rapports scientifiques alarmants est sans \u00e9quivoque\u00a0: changements climatiques, \u00e9rosion de la biodiversit\u00e9, pollution, \u00e9puisement des ressources, etc.<\/p>\n<p><strong>Il est urgent de changer de paradigme pour cr\u00e9er un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 durable, \u00e9cologiquement et \u00e9conomiquement soutenable.<\/strong> Il est urgent de changer de mode de penser, de mode d\u2019\u00eatre, de mode de production et de consommation. L\u2019humus est peut-\u00eatre un concept qui d\u00e9tient des cl\u00e9s pour un avenir fertile et sain. Passer d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lin\u00e9aire bas\u00e9e sur la croissance, \u00e0 une vision cyclique inspir\u00e9e des \u00e9cosyst\u00e8mes naturels, voici une proposition de changement id\u00e9ologique.<\/p>\n<p><strong>Mais comment int\u00e9grer cette vision cyclique \u00e0 un agriculture p\u00e9renne\u00a0?<\/strong> Comment favoriser ces processus pour, non plus d\u00e9grader, mais promouvoir l\u2019aggradation des sols et leur fertilit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Les acteurs incontournables de cette transition sont les vers de terre, les collemboles, et tous les autres organismes du sol. L\u2019enjeu est donc de cr\u00e9er des syst\u00e8mes int\u00e9gratifs qui tiennent compte du cycle de la mati\u00e8re organique et prennent soin des sols et de ses habitants, tout en pratiquant une agriculture efficiente o\u00f9 une partie de la production continue \u00e0 \u00eatre export\u00e9e pour l\u2019alimentation humaine et animale\u00a0; nourrir la terre pour nourrir les humains, non pas avec des engrais chimiques, mais avec de la mati\u00e8re organique justement. Alors comment favoriser l\u2019humus\u00a0et recopier les processus naturels ?<\/p>\n<p>Il est bien entendu possible de renourrir la terre gr\u00e2ce \u00e0 des engrais vers ou en effectuant des rotations ou des jach\u00e8res, mais dans des syst\u00e8mes tr\u00e8s intensifs tels que le mara\u00eechage cela ne suffira pas pour pallier les pertes induites par l\u2019exportation des l\u00e9gumes.<\/p>\n<p><strong>L\u2019un des outils majeurs pour ce changement de paradigme est le compost. <\/strong>Composter est l\u2019action de cr\u00e9er les conditions favorables \u00e0 l\u2019humification de mati\u00e8re organique pour obtenir un produit final utilisable pour fertiliser les sols. En d\u2019autres termes, cr\u00e9er de l\u2019humus de fa\u00e7on contr\u00f4l\u00e9e et optimis\u00e9e pour revaloriser les d\u00e9chets organiques. Les techniques de compostage sont multiples, suivant la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 des d\u00e9chets organiques, leur provenance, et le but du compost. Certaines sont tr\u00e8s simple et applicable rapidement, d\u2019autres, comme le compost \u00e0 chaud, n\u00e9cessite plus de savoir-faire. Le r\u00e9sultat sous forme de terreau peut \u00eatre stock\u00e9, c\u2019est en quelques sorte de l\u2019\u00e9nergie potentiel sous forme d\u2019humus. Le compost n\u2019apporte pas que de la mati\u00e8re organique, il enrichit \u00e9galement le sol en organismes vivants\u00a0: champignons, bact\u00e9ries, protistes, micro et macro invert\u00e9br\u00e9s. \u00a0Le compost peut ensuite \u00eatre utilis\u00e9 \u00e0 plus ou moins grande \u00e9chelle pour fertiliser les sols. Il peut \u00eatre fabriqu\u00e9 localement, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un jardin, d\u2019un quartier, d\u2019une ville ou d\u2019une r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Faire un compost stocke \u00e9galement du CO<sub>2<\/sub> dans le sol. En effet, il reste de la mati\u00e8re organique lors de l\u2019humification. Enrichir un sol en engrais chimiques rejette du CO<sub>2<\/sub>. Enrichir le sol en mati\u00e8re organique favorise le d\u00e9veloppement les processus biologiques dans le sol et son aggradation va stocker du carbone<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il y a un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode autour du jardinage, le compost n\u2019a pas la cote. Il serait sale, il grouillerait de vermines. La mauvaise gestion des composts en ville leur donne mauvaise r\u00e9putation car ils finissent bien souvent par fermenter et d\u00e9gager de fortes odeurs. Pourtant il suffirait d\u2019int\u00e9grer \u00e0 nos d\u00e9chets m\u00e9nagers de la sciure ou des feuilles mortes pour enrayer les processus de d\u00e9gradation en ana\u00e9robioses, sans oxyg\u00e8ne, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui produisent des mauvaises odeurs sous l\u2019action de certaines bact\u00e9ries. Mais pourquoi est-il si difficile de mettre en place des syst\u00e8mes de revalorisation de nos d\u00e9chets organiques\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Composter signifie remettre la nature au centre et y int\u00e9grer l\u2019humain comme un \u00e9l\u00e9ment parmi d\u2019autres.<\/strong> Cela signifie accepter de collaborer avec d\u2019autres organismes \u00e0 poils, \u00e0 pattes et \u00e0 carapaces. Fran\u00e7ois Terrasson dans <em>La peur de la nature<\/em> d\u00e9finit cette derni\u00e8re comme \u00ab\u00a0ce qui est spontan\u00e9\u00a0\u00bb et d\u00e9montre que la soci\u00e9t\u00e9 industrielle moderne a tout fait pour se diff\u00e9rencier de la nature. Le spontan\u00e9 ne doit pas transpara\u00eetre, tout doit \u00eatre contr\u00f4l\u00e9, g\u00e9r\u00e9, rationnalis\u00e9. Un exemple frappant est l\u2019architecture contemporaine, initi\u00e9e par Le Corbusier. Tout ce qui rappelle l\u2019organicit\u00e9 est bannie, la ligne droite et le cube r\u00e8gnent en ma\u00eetre avec le b\u00e9ton, le verre et le plastique. Un autre exemple donn\u00e9 dans le livre est notre pudeur face aux \u00e9motions, autre expression de ce qui est spontan\u00e9. Se diff\u00e9rencier de la nature sauvage, donc, se sortir des lois du vivant, voici une qu\u00eate que m\u00e8ne les civilisations agricoles depuis l\u2019\u00e8re n\u00e9olithique. S\u2019extraire de sa condition d\u2019\u00eatre parmi les \u00eatres, et se placer sur un pi\u00e9destal. Dans <em>La Gen\u00e8se,<\/em> Dieu dit : \u00ab\u00a0Faisons l\u2019homme \u00e0 notre image, selon notre ressemblance, et qu&rsquo;ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le b\u00e9tail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9ologie Jud\u00e9o-chr\u00e9tienne n\u2019aide pas \u00e0 aimer les \u00eatres de petite taille qui \u00ab\u00a0grouillent\u00a0\u00bb, se d\u00e9lecte des excr\u00e9ments et des choses en putr\u00e9faction et qui sont en plus dot\u00e9s de mandibules, d\u2019antennes et de multiples pattes.<\/p>\n<p>Favoriser ces organismes dans un compost, et m\u00eame cr\u00e9er les conditions id\u00e9ales pour leur d\u00e9veloppement demande de prendre conscience de leur importance comme des acteurs incontournables dans le cycle de production de nourriture. On n\u2019exploite plus le sol, on en est d\u00e9pendant et de l\u00e0 d\u00e9coule la responsabilit\u00e9 de prendre soin de cette ressource. De cette d\u00e9pendance d\u00e9coule la responsabilit\u00e9 de prendre soin de ceux desquels nous d\u00e9pendons, de collaborer avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. <strong>Les trois \u00e9thiques fondatrices de la permaculture<\/strong> entrent compl\u00e9tement dans ce syst\u00e8me de pens\u00e9e en pr\u00f4nant le soin \u00e0 la Terre (que l\u2019on peut aussi \u00e9crire terre), le soin \u00e0 l\u2019humain et le partage \u00e9quitable des ressources et des surplus. En se focalisant sur l\u2019importance du sol dans le r\u00e9seau alimentaire, l\u2019expression \u00ab\u00a0de la graine \u00e0 l\u2019assiette\u00a0\u00bb pourrait bien se transformer en \u00ab\u00a0de la terre \u00e0 la terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Il est un autre obstacle moral auquel nous devons faire face. Accepter de mettre au centre le cycle de la mati\u00e8re organique et int\u00e9grer l\u2019humain comme partie prenante de ce grand sch\u00e9ma naturel, c\u2019est casser le tabou d\u2019\u00eatre mang\u00e9. <\/strong>En Occident, contrairement \u00e0 certaines pratiques d\u2019inhumation, au Tibet, qui consistent \u00e0 offrir le corps des morts aux vautours, le fait d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par d\u2019autres \u00eatres n\u2019est pas valoris\u00e9. Les cimeti\u00e8res sont certes remplis de tombes, mais la profondeur de ces derni\u00e8res ne favorise pas les processus biologiques de d\u00e9gradation\u00a0; enterr\u00e9 pour ne point \u00eatre mang\u00e9, ou encore mieux, incin\u00e9r\u00e9 pour que personne ne puisse s\u2019approprier notre chair. Pour se sortir de notre condition terrestre, nous pr\u00e9f\u00e9rons dispara\u00eetre en fum\u00e9e plut\u00f4t que d\u2019offrir notre mati\u00e8re \u00e0 la perp\u00e9tuation de la vie. Baptiste Morizot a \u00e9crit dans son livre\u00a0<em>Sur la piste animale<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Nous pouvons \u00eatre mangeurs mais pas mang\u00e9s. Mangeurs non mangeables. La pyramide trophique n\u2019est pas une pyramide par hasard.\u00a0\u00bb Ainsi l\u2019\u00e9radication des grands pr\u00e9dateurs d\u2019Europe a permis de se conforter dans l\u2019illusion que l\u2019humain occupe la place de celui qui se nourrit des autres et pas l\u2019inverse\u00a0; mensonge bas\u00e9 sur la n\u00e9gation de notre condition d\u2019\u00eatre comme les autres dans la toile d\u2019araign\u00e9e du vivant et ob\u00e9issant aux m\u00eames lois physiques d\u2019impermanence. Une fois que la vie cesse de faire baisser l\u2019entropie en organisant la mati\u00e8re, cette derni\u00e8re s\u2019\u00e9parpille dans l\u2019univers tandis que le d\u00e9sordre grandit. Mais la vie \u00e0 cette grande facult\u00e9 de recr\u00e9er le cycle \u00e0 l\u2019infini et de cr\u00e9er du vivant \u00e0 partir du mort, de canaliser l\u2019\u00e9nergie pour construire et cr\u00e9er, pour vivre et se reproduire, et dans cette vision, la mort n\u2019est que le commencement. Imaginons de planter des choux dans les cimeti\u00e8res, ce n\u2019est pas une pratique courante. Il est d\u2019ailleurs amusant de constater que la plupart des plantes qui poussent \u00e0 proximit\u00e9 des tombes sont toxiques, comme pour ne pas \u00eatre tent\u00e9 de se nourrir de la chair de notre chair, autre tabou dans notre soci\u00e9t\u00e9. L\u2019humusation<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> existe d\u00e9j\u00e0, cela consiste \u00e0 composter la d\u00e9pouille d\u2019un d\u00e9funt et d\u2019utiliser le produit de cette d\u00e9composition pour fertiliser les sols, mais les obstacles l\u00e9gaux sont nombreux et freinent le d\u00e9veloppement de ces pratiques.<\/p>\n<p><strong>Les toilettes s\u00e8ches sont un autre sujet \u00e0 controverse car les excr\u00e9ments sont une ressource tr\u00e8s peu valoris\u00e9e.<\/strong> L\u2019eau potable utilis\u00e9e dans les WC demande \u00e9norm\u00e9ment d\u2019\u00e9nergie pour \u00eatre potabilis\u00e9e puis trait\u00e9e par les stations d\u2019\u00e9puration. De plus, la plupart d\u2019entre nous sommes bien contents de ne pas avoir \u00e0 g\u00e9rer nous-m\u00eames nos tr\u00e9sors bruns. En appuyant sur un bouton, il est facile de se d\u00e9charger de la responsabilit\u00e9 des d\u00e9chets que nous produisons. Les toilettes s\u00e8ches n\u2019utilisent pas d\u2019eau et permettent en plus d\u2019utiliser les excr\u00e9ments humains comme une ressource pour la production de nourriture, une fois compost\u00e9s. Bien s\u00fbr, la question des m\u00e9dicaments, hormones et autres micropolluants doit \u00eatre pos\u00e9e et r\u00e9fl\u00e9chie ainsi que la dur\u00e9e du processus de compostage pour \u00e9viter que se r\u00e9pandent des organismes pathog\u00e8nes. Toujours est-il que manger une salade qui provient d\u2019un sol enrichi gr\u00e2ce au compost de toilettes s\u00e8ches est d\u00e9j\u00e0 un cycle qui peut \u00eatre boucl\u00e9 localement.<\/p>\n<p><strong>Imaginons \u00e0 pr\u00e9sent une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e pour favoriser le cycle de la mati\u00e8re organique.<\/strong> Les sols sont sains et fertiles, ils produisent quantit\u00e9 de nourriture de bonne qualit\u00e9. Les pesticides et les engrais sont bannis et des moyens biologiques sont mis en place pour r\u00e9guler les ravageurs et les adventices. L\u2019humus est au centre et les d\u00e9chets organiques sont consid\u00e9r\u00e9s comme une ressource renouvelable \u00e0 valoriser localement. Du jardin potager priv\u00e9 aux communes, des composts sont mis en place pour cr\u00e9er de l\u2019humus qui est utilis\u00e9 pour nourrir les sols cultiv\u00e9s par des communaut\u00e9s et des coop\u00e9ratives agricoles. Les moyens m\u00e9canis\u00e9s sont limit\u00e9s et l\u2019agriculture cr\u00e9e de nombreux emplois. Les coop\u00e9rateurs viennent s\u2019occuper de la terre en \u00e9change d\u2019une partie de la production. Les circuits de distributions sont courts et coupl\u00e9s avec le compostage, les surplus agricoles, les d\u00e9chets de cuisine, de tonte de gazon et de tailles sont valoris\u00e9s localement. Les cimeti\u00e8res n\u2019ont plus cours, le terreau humain issu de l\u2019humusation est utilis\u00e9 pour planter des arbres. Le plastique a laiss\u00e9 en grande partie place \u00e0 des mat\u00e9riaux biod\u00e9gradables ou lavables. D\u2019\u00e9normes progr\u00e8s ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 faits au niveau des habitations avec des maisons cent pour cent biod\u00e9gradables. Des espaces qui avaient \u00e9t\u00e9 b\u00e9tonn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ouverts et les platebandes se multiplient en ville. De la culture en bac se fait sur les balcons et sur les toits en suivant cette m\u00eame logique de flux cycliques. Ainsi la mati\u00e8re organique peut \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une maison ou d\u2019un appartement gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs composts compl\u00e9mentaires. La soci\u00e9t\u00e9 d\u2019<em>homo detritus <\/em>a laiss\u00e9 sa place \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019or brun. L\u2019\u00e9conomie circulaire se d\u00e9veloppe. La croissance n\u2019est plus qu\u2019un mythe d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Aborder la vie de mani\u00e8re cyclique permet petit \u00e0 petit de sortir des \u00e9nergies fossiles.<\/strong> Le recyclage est devenu le nouveau credo. Les gens ont accept\u00e9 de diminuer leur mobilit\u00e9 pour s\u2019enraciner dans leur communaut\u00e9. L\u2019\u00e9nergie animale remplace le tracteur dans les champs, d\u2019ailleurs les animaux apportent leur contribution au compost. Cette soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale se consid\u00e8re comme part int\u00e9grante de la nature et de la vie et est pr\u00eate \u00e0 aller dans le sens des processus naturels plut\u00f4t que lutter contre. Adopter l\u2019id\u00e9ologie du compost signifie n\u00e9cessairement un renoncement. Renoncer \u00e0 sa place d\u2019esp\u00e8ce particuli\u00e8re et \u00e0 part, en haut de la pyramide du vivant. Renoncer \u00e0 la croissance et \u00e0 la domination de l\u2019humain sur la plan\u00e8te terre et \u00e0 un id\u00e9al d\u2019immortalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cette vision cyclique du monde ouvre donc des champs de possibles par rapport \u00e0 la transition<\/strong>. Le compost est un hymne \u00e0 la coop\u00e9ration, une reconnaissance que la collaboration permet de cr\u00e9er de l\u2019abondance, de cr\u00e9er un \u00e9quilibre dynamique bas\u00e9 sur l\u2019aggradation et non la croissance. Cette voie va dans le sens de l\u2019acceptation de la complexit\u00e9 plut\u00f4t que la simplification des processus dans un but de contr\u00f4le. Complexifier permet d\u2019augmenter la r\u00e9silience des agro\u00e9cosyst\u00e8mes et de favoriser la biodiversit\u00e9\u00a0: la diversit\u00e9 des esp\u00e8ces, des \u00e9cosyst\u00e8mes, des g\u00e8nes, des strat\u00e9gies et des interactions. Composter c\u2019est transformer, mettre les mains \u00e0 la terre et r\u00e9colter le fruit de ses d\u00e9chets, se s\u00e9parer du vieux pour avoir du neuf, accepter le changement, accepter l\u2019impermanence et avoir confiance dans le faire qu\u2019en prenant soin de la terre on peut nourrir l\u2019humain. L\u2019agriculture peut redevenir un art, un savoir-faire, un savoir-\u00eatre en collaboration avec les organismes du sol, maillon indispensable de la cha\u00eene. Apr\u00e8s la r\u00e9volution n\u00e9olithique et la r\u00e9volution industrielle, \u00e0 quand la r\u00e9volution humique\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>PNR 68 Synth\u00e8se th\u00e9matique, ST2 Sol et environnement<\/p>\n<p>TERRASSON, Fran\u00e7ois et BONCOEUR, Jean-Louis. <em>La peur de la nature<\/em>. Sang de la terre, 1991.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/saintebible.com\">https:\/\/saintebible.com<\/a>, Gen\u00e8se 1:27<\/p>\n<p>MORIZOT, Baptiste. <em>Sur la piste animale<\/em>. \u00c9ditions Actes Sud, 2018.<\/p>\n<p>https:\/\/www.humusation.org\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> PNR 68 Synth\u00e8se th\u00e9matique ST2 Sol et environnement<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> PNR 68 Synth\u00e8se th\u00e9matique ST2 Sol et environnement<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> https:\/\/www.humusation.org\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Am\u00e9lie Dorier \/\/ Avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler des cloportes, des collemboles, des enchytr\u00e9ides ou encore des oribates ? \u00a0Ces petits organismes du sol sont li\u00e9s \u00e0 nous car ils permettent la cr\u00e9ation de l\u2019humus, couche fertile de la surface du sol.<\/p>\n","protected":false},"author":1119,"featured_media":1054,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[26,28,4],"tags":[],"class_list":{"0":"post-1055","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-effondrements","8":"category-nouveaux-paradigmes","9":"category-contributions"},"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg",1200,1200,false],"thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-150x150.jpg",150,150,true],"medium":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-300x300.jpg",300,300,true],"medium_large":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-768x768.jpg",735,735,true],"large":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-1024x1024.jpg",735,735,true],"1536x1536":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg",1200,1200,false],"2048x2048":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg",1200,1200,false],"hitmag-landscape":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-1120x450.jpg",1120,450,true],"hitmag-featured":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-735x400.jpg",735,400,true],"hitmag-grid":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-348x215.jpg",348,215,true],"hitmag-list":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-290x220.jpg",290,220,true],"hitmag-thumbnail":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier-135x93.jpg",135,93,true],"mailpoet_newsletter_max":["https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/files\/2019\/11\/Humus_Amelie_Dorier.jpg",1200,1200,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"Delphine Ducoulombier","author_link":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/author\/dducoulo\/"},"uagb_comment_info":1,"uagb_excerpt":"Par Am\u00e9lie Dorier \/\/ Avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler des cloportes, des collemboles, des enchytr\u00e9ides ou encore des oribates ? \u00a0Ces petits organismes du sol sont li\u00e9s \u00e0 nous car ils permettent la cr\u00e9ation de l\u2019humus, couche fertile de la surface du sol.","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1119"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1055"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1055\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1054"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/futurspossibles\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}