La variation morphologique

La contribution d’Opération Fourmis
Avec la collecte de plusieurs ouvrières dans des colonies dans tout le canton de Vaud, l’échantillonnage d’Opération Fourmis offre la puissance statistique nécessaire pour se pencher sur la variabilité morphologique qui existe au sein d’une même espèce, parfois présente dans des environnements différents.

Chaque fourmi est unique et se distingue par ses propres variations morphologiques (taille, coloration, pilosité, proportions…). Cette variabilité est à la fois due à la variabilité génétique qui existe entre les individus mais aussi à leur interaction avec leur environnement, au cours de leur développement puis de leur vie.

Si la différence entre chaque humain est bien visible, elle est plus difficile à remarquer chez les fourmis. Cette variabilité, que ce soit au sein d’une espèce ou même au sein d’un nid, a longtemps été mise de côté dans les études, souvent faute de disposer d’un nombre d’individus assez élevé et de moyens techniques suffisamment précis pour les mesurer. En conséquence, on ignore aujourd’hui comment varie la morphologie des fourmis et comment elle est liée à leur habitat.

La question de recherche

Quelle variabilité morphologique existe au sein d’une espèce?

Avec cette étude, le Dr. Tim Szewczyk (groupe de la Prof. Cleo Bertelsmeier du Département d’Ecologie et d’Evolution) cherche à mettre en évidence la variabilité morphologique qui existe, entre espèces ou au sein d’une espèce, en fonction de l’altitude. L’altitude est un facteur environnemental décisif car elle influence des paramètres comme la température ou l’humidité, et conditionne directement le type de milieux et de communautés biologiques (groupes d’espèces) qui peuvent s’y développer, fourmis comprises.

Dans ce but, des nids de plusieurs espèces appartenant au genre Myrmica ont été sélectionnés pour couvrir l’entier du gradient altitudinal vaudois, à savoir des plus basses altitudes proches du lac Léman jusqu’au plus élevées dans les Préalpes. Chaque fourmi sera mesurée en utilisant des technologies d’imagerie de haute précision pour quantifier sa taille globale, sa couleur et la taille de ses pattes.

Individus de Myrmica lobulicornis positionnés pour les mesures morphologiques latérales

Cette étude permettra de montrer si et comment la morphologie de ces fourmis varie en fonction de l’altitude. Il sera alors possible d’identifier les processus, physiologiques mais aussi d’interactions avec les autres espèces, qui pourraient être à l’origine de la variabilité observée… et d’ouvrir la porte à d’autres études, par exemple pour comprendre comment ces espèces sont impactées par les activités humaines qui modifient l’environnement ou le climat.