Les espèces invasives

La contribution d’Opération Fourmis
Le recensement de 2019 a représenté un véritable évènement de surveillance citoyenne pour détecter la présence de certaines fourmis invasives. Elle permettra aux autorités, avec l’appui des scientifiques, de prendre des décisions éclairées pour des mesures adéquates.

Les espèces invasives, animales ou végétales, se propagent dans des environnements où elles ne sont pas sensées se trouver naturellement. Elles ont en général bénéficié d’un transport, intentionnel ou pas, de la part des humains. La plupart du temps, ces espèces dispersent très vite dans les zones où elles sont introduites, car elles n’ont pas ou peu de prédateurs, parasites ou autres maladies, tirant parti de cet avantage sur les espèces locales. Les espèces invasives sont généralement problématiques car elles peuvent occasionner des dégâts importants à la biodiversité, l’agriculture ou la santé humaine.

La question de recherche

Quels sont les facteurs qui influencent le transport, accidentel ou intentionnel, des espèces?

Beaucoup de biologistes développent des modèles pour prédire et prévenir l’introduction et l’expansion d’espèces invasives. A l’Université de Lausanne, le Dr. Jérôme Gippet et ses collègues (groupe de la Prof. Cleo Bertelsmeier du Département d’Ecologie et d’Evolution) proposent, pour les insectes, que ces modèles se décomposent en 3 phases (le départ, le transport et l’arrivée), et intègrent des caractéristiques biologiques de l’espèce transportée:

  • Départ: fréquence des départs (probabilité de contamination ou de capture), survie de l’espèce (besoins biologiques, résistance aux traitements), nombre d’individus transportés, type de cargaison, lois, contrôles et traitements…
  • Transport: durée du transport, conditions de transport (température, eau, oxygène…), complexité du transports (escales, changements, …), « robustesse » de l’espèce (besoins biologiques, cycle de vie) …
  • Arrivée: fréquence des arrivées (probabilité de s’échapper ou d’être libéré), lois, contrôles et traitements…
Légende: le transport par les humains peut se décomposer en trois phases (départ, transport et arrivée) que l’espèce ait contaminé une cargaison, se soit fixée à un vecteur ou ait été intentionnellement collectée

La qualité d’un modèle ne dépend pas de la multiplication des paramètres: tout le talent des chercheurs consiste à ne retenir que les facteurs les plus importants et à identifier les phases décisives. Dans le cas des invasions, les 3 phases de transport et les caractéristiques biologiques de l’espèce concernée sont centrales.

Comprendre pour agir

Il existe de nombreuses espèces de fourmis dites « invasives »: la fourmi d’Argentine (Linepithema humile), la fourmi de feu (Solenopsis invicta), la fourmi pharaon (Monomorium pharaonis) ou Tapinoma magnum sont quelques exemples d’espèces devenues problématiques.

De petite taille, les espèces de fourmis sont discrètes et n’ont besoin que d’un coin dans un pot de fleurs ou dans une cargaison de bois ou de fruits pour voyager vite et loin. Une fois introduites, elles vont ensuite être transportées de proche en proche, par exemple via les transports de terre des chantiers ou de plants horticoles.

A l’échelle locale, le paramètre clef est la détection des nouvelles arrivées ou, dit autrement, les foyers d’infection. S’ils sont localisés, on peut alors freiner la propagation, par exemple en déplaçant la terre en hiver (les températures négatives tuent les colonies) ou en vérifiant systématiquement les plantes en pot.

Mais pour connaître ces foyers d’infection, il faut les chercher et les trouver! Quant les fourmis commencent à être visibles, il est en général trop tard car les colonies sont bien implantées. Une détection précoce est décisive pour agir efficacement et à moindre coût, mais elle est difficile.