Portraits de fourmis

Les fourmis vaudoises se dévoilent… découvrez ici le portrait de quelques unes des espèces qui ont été recensées durant Opération Fourmis! Et comme cette liste est évolutive, passez la visiter de temps à autre et/ou suivez-nous sur les réseaux sociaux.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur les fourmis de manière plus générale, l’espace « fourmis » de notre site et notre dossier pédagogique sont à disposition.

Solenopsis fugax

Cette minuscule fourmi est assez commune mais discrète, d’ailleurs vous avez été nombreux à la repérer au début de l’automne, au moment de ses vols nuptiaux! Elle recherche les milieux ouverts chauds et secs, en ville aussi. C’est une « fourmi voleuse » qui n’hésite pas à chaparder de la nourriture chez les autres espèces: elle installe son nid dans le sol à côté d’autres fourmis et creuse de toutes petites galeries par lesquelles elle pénètre dans les nids qu’elle pille, galeries que les fourmis lésées, plus grandes, ne peuvent pas emprunter à leur poursuite…

Ponera coarctata

Les fourmis du genre Ponera vivent cachées dans le sol, sous de grosses pierres ou dans le bois mort dans des zones ombragées. Et comme en plus elles ont une morphologie et une façon de se bouger très différentes des autres fourmis, elles sont difficiles à repérer! Les Ponera sont carnivores et chassent leur nourriture dans la litière. Quand une ouvrière détecte une proie trop grosse pour elle, elle retourne au nid pour solliciter l’aide d’une autre ouvrière qui la suit en « tandem » jusqu’à la source.

Formica rufa

Formica rufa est une des six espèces de fourmis des bois de Suisse. Elle s’observe plutôt en plaine et à moyenne altitude, jusqu’à environ 800m. Comme toutes les fourmis des bois, elle construit des nids de taille parfois impressionnante, avec des brindilles et des aiguilles de conifères, en forêt ou à la lisière.

Formicoxenus nitidulus

Cette petite fourmi n’a été observée que quatre fois dans le canton, ce qui semble en faire une rareté ! Mais comme elle s’invite dans le nid des fourmis des bois, elle passe très facilement inaperçue. La fin de l’été est la meilleure période pour l’observer, au moment de l’essaimage, quand les ouvrières et les sexués parcourent la surface du dôme: il reste à avoir l’oeil pour repérer ces petits individus de 3 mm, au corps svelte et brillant, parmi les grandes fourmis des bois !

Lasius niger

La « fourmi noire des jardins » mérite assez bien son nom. Plutôt brune foncée que noire, Lasius niger est très commune dans les parcs et les jardins, sous les dalles des terrasses ou les pots de fleurs. Peu exigeante, elle vit aussi bien en ville que dans les zones cultivées, les pâturages et les prairies. Son nid est le plus souvent constitué d’un petit dôme de terre fine dressé parmi les herbes. Gare à vous si vous la dérangez, elle n’hésitera pas à mordre pour se défendre ! C’est l’espèce la plus collectée dans le cadre d’Opération fourmis, avec plus de 1350 observations !

Temnothorax sp.

Neuf espèces différentes appartenant au genre Temnothorax ont été recensées dans le canton! C’est plus de la moitié des espèces connues en Suisse. Ces minuscules fourmis de 2 à 3.5 mm peuvent être assez communes si on sait où les chercher… Si certaines espèces sont arboricoles (Temnothorax affinis et corticalis), la plupart des nids se trouvent en général au sol, dans les branches mortes, les vieux glands, les tiges creuses de ronces ou les fissures de roches.

Formica lugubris et F. paralugubris

Formica lugubris et paralugubris, voilà un duo de fourmis des bois qui a fait suer les spécialistes! Ces deux espèces jumelles, décrites après des nombreuses études menées sur des populations suisses, sont quasiment impossibles à distinguer morphologiquement. Par contre, génétiquement, la différence est nette – c’est la méthode qui sera utilisée dans le cadre d’Opération Fourmis. Ces fourmis des bois vivent en forêt dès 800m d’altitude. Cela se voit bien sur la carte : la distribution des points couvre le Jura, les Préalpes et le Jorat. F. paralugubris forme la supercolonie du Jura vaudois.

Myrmecina graminicola

Myrmecina graminicola a son caractère: elle se met facilement en boule si on la dérange, au propre! Mais pour cela il faut arriver à trouver ses nids cachés sous des pierres, sous la mousse ou dans le sol, ou à localiser ses ouvrières isolées qui chassent les petits invertébrés dans la litière… Les colonies comptent généralement une seule reine et quelques dizaines d’individus. Mais certaines peuvent parfois avoir plusieurs reines, et celles-ci ont des caractéristiques morphologiques entre celles d’une ouvrière et d’une reine. Une particularité qui intrigue les chercheurs!

Camponotus ligniperda et C. herculeanus

Parfois nommées « fourmis charpentières », Camponotus herculeanus et C. ligniperda creusent des galeries dans le bois (au sol ou sur pied) pour installer leurs colonies, ce qui est peu apprécié quand elles sélectionnent l’ossature en bois d’une maison ! Contrairement aux termites, elles ne mangent pas le bois car elles sont incapables de le digérer, elle se nourrissent de substances sucrée (miellat, nectar, sève) et des petits arthropodes qu’elles chassent. Les reines de ces espèces, à près de 2cm, sont les plus grandes fourmis de Suisse!

Lasius flavus

Comme son nom latin l’indique, Lasius flavus est jaune. Elle est très fréquente dans les zones agricoles et urbaines où ses colonies se remarquent à leurs dômes de terre recouverts de végétation rase. Ce n’est pas rare de voir plusieurs de ces buttes dans les pâturages, elles supportent assez bien le dérangement du bétail ou des promeneurs. Il est d’ailleurs difficile de réaliser que des milliers de fourmis y vivent car les ouvrières ne sortent que très rarement: Lasius flavus vit en effet de façon souterraine, se nourrissant essentiellement du miellat des pucerons qui vivent fixés sur les racines des plantes qui couvrent le dôme.

Manica rubida

Cette belle fourmi orange foncé est la plus grande en Suisse de la sous-famille des Myrmicinae. Elle est assez commune dans les milieux ouverts d’altitude (900-2000m): cela se remarque d’ailleurs bien sur la carte des collectes vaudoises, entre Jura et Préalpes. Nichant sous les pierres ou dans le sol, Manica rubida apprécie prairies, pâturages, lisières de forêt ainsi que les berges sablonneuses des grandes rivières.

Formica sanguinea

De couleur sanguine (non, elle n’est pas sanguinaire!), notre espèce a toutefois des moeurs parfois envahissantes. Seule représentante en Europe du sous-genre Raptiformica, Formica sanguinea est une espèce esclavagiste facultative: elle effectue régulièrement des raids dans des nids de Formica du sous-genre Serviformica pour voler des cocons. A leur éclosion, les Serviformica capturées travailleront dans leur nouvelle colonie, sans réaliser qu’elles ne sont pas dans un nid de leur propre espèce.

Colobopsis truncata

Colobopsis truncata a rarement été observée, mais elle est sans doute plus fréquente qu’il n’y paraît. Comme elle vit dans des cavités sur les arbres (chênes, noyers, peuplier, fruitiers…) en plaine, elle peut passer facilement inaperçue – d’autant plus si elle a fermé la porte au moment de votre passage… En effet, les reines et certaines ouvrières ont une tête cylindrique avec une face aplatie: il leur suffit de se placer à l’entrée des galeries de leur nid, seule ou à plusieurs, pour bloquer l’ouverture avec leur tête!

Fourmis *flottantes*

Certaines espèces de fourmis, telles que Formica selysi ou Myrmica gallienii, vivent dans des zones inondables et voient leur nid parfois submergé. Même si elles sont très résistantes à la noyade, les colonies forment des radeaux pour s’échapper et regagner la terre. Une équipe de chercheurs de l’UNIL a exposé de petits groupes d’ouvrières, de couvain et de reines (F. selysi) à des crues expérimentales. Ils ont observé que les ouvrières constituent le radeau en plaçant larves et pupes (résistants et bon flotteurs) préférentiellement à la base, la reine bénéficiant d’une place protégée au centre.

Voir la vidéo d’ouvrières de Formica selysi en train de former un radeau avec des cocons de Jessica Purcell, UNIL.