Le saviez-vous?

Retrouvez ici quelques informations insolites sur les fourmis et leurs modes de vie.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur les fourmis de manière plus générale, n’hésitez pas à parcourir les rubriques de cet espace « fourmis » et notre dossier pédagogique.

La supercolonie du Jura vaudois
Dans le Jura vaudois se trouve une supercolonie de fourmis des bois, de l’espèce Formica paralugubris. La supercolonie porte ce nom car il s’agit en fait d’une colonie (un réseau) de colonies (de nids): sur 74 hectares, quelques 1200 fourmilières sont connectées par des pistes. Cela représente près de 16 nids à l’hectare, 100 kilomètres de pistes, 250 millions d’ouvrières et plus d’un 1.5 millions de reines (les colonies comptent jusqu’à 1500 reines). C’est énoooooorme!

Le nom des espèces

Comme bien peu de fourmis ont un nom commun (p. ex. la fourmi des bois, qui d’ailleurs fait référence à six espèces différentes !), on les distingue par leur nom latin… qui a souvent un sens. Parmi les classiques, on trouve la couleur (niger, fuscus = noir, sombre ; rufa, rubra = rouge, roux ; luteus, flavus = jaune, jaunâtre ; cinereus = cendré), l’habitat (pratensis = des prés ; sylvestris = des forêts ; alpinus, alpestre = des alpes), une région (lemani, corsicus, ibericus, italica, helleni, dalmaticus…) ou une personne (foreli, karavajevi, schencki, nylanderi…).

Le printemps

Au printemps, la chaleur du soleil sur le dôme des fourmis des bois (Formica du groupe rufa) diffuse peu à peu à l’intérieur et atteint les premières ouvrières, les « messagères thermiques ». Elle ont hiverné un peu moins en profondeur que le reste de la colonie: engourdies par le froid, elles sortent et se réchauffent en surface avant de descendre transmettre la chaleur accumulée aux autres ouvrières. Se déclenche alors le réveil printanier de la colonie où tous les individus, reines comprises, sortent se réchauffer. Cela donne des grappes impressionnantes de fourmis de parfois 1 à 2cm d’épaisseur!

L'hiver

En hiver, les fourmis ont un métabolisme fortement réduit, puisqu’il dépend de la température extérieure (ce sont des animaux dits « poïkilothermes »). La reine a arrêté de pondre et la colonie ne comporte généralement plus de couvain (œufs, larves et nymphes), faute de nourriture pour alimenter les larves. Tous les individus restent immobiles au plus profond de leur colonie en attendant le redoux. Les fourmis n’ont même pas besoin de manger puisqu’elles n’ont quasiment aucune activité.

La médication

« Je te fais pas la bise, j’ai la crève. » On le sait, la proximité entre individus d’un groupe augmente les risques de propagation des maladies. C’est particulièrement délicat dans les sociétés de fourmis où les individus sont très proches génétiquement et donc tous susceptibles aux mêmes infections. Mais les fourmis ont aussi des moyens de lutter. Cela peut impliquer, par exemple, la production de substances antibiotiques, le nettoyage des individus infectés et leur cantonnement à la périphérie de la colonie, voire leur élimination. Les fourmis des bois ont même développé une forme de médication avancée en incorporant de la résine aux matériaux de construction du nid, substance qui agit comme fongicide et antibiotique.

Les épidémies

Confinement et limitation des contacts sociaux! C’est aussi la solution qu’appliquent les fourmis quand un agent pathogène touche un individu. Afin d’analyser leur stratégie, des biologistes de l’UNIL ont marqués 2266 fourmis (Lasius niger) avec de QR codes et ont suivi leurs déplacements individuels avec des caméras infrarouges. Si les colonies sont exposées à un champignon, celui-ci est vite détecté et le niveau d’interaction entre les individus baisse: les individus touchés s’isolent, les fourragères réduisent leurs entrées dans la colonie et les nourrices emportent les oeufs et les larves plus en profondeur. La propagation du champignon se trouve ralentie pendant que les fourmis se nettoient entre elles.

La division du travail

Vous avez repris le travail et vous vous demandez (bien sûr) comment la répartition des tâches se fait entre les ouvrières! Deux facteurs principaux sont à l’oeuvre: l’âge et/ou la taille. Le plus commun est l’âge: les nourrices sont plus jeunes que les nettoyeuses, lesquelles sont plus jeunes que celles qui sortiront chasser ou protéger le nid. Chez certaines espèces, les tâches risquées reviennent aux plus grandes.

La reproduction

Avez-vous déjà vu des « bébés » fourmis? Chez les insectes, les femelles pondent des œufs qui vont se développer en étapes successives jusqu’à l’adulte. On connaît bien la chenille du papillon ou l’asticot de la mouche… Chez les fourmis, on parle de larves puis de nymphes. Chez certaines espèces, les nymphes s’entourent d’un cocon de soie protecteur pour effectuer leur dernière métamorphose. Comme ils sont bien visibles, on a souvent tendance à les confondre avec les œufs (qui, eux, sont minuscules).

Un travail de fourmi

Et si un «travail de fourmi» n’était pas synonyme de dur labeur, mais plutôt d’un bon équilibre entre activité et repos??? Diverses études ont montré qu’il y a toujours des fourmis inactives dans une colonie, parfois même une majorité dans les plus grands groupes. Ce n’est pas forcément un inconvénient: une fourmi inactive ne coûte que peu de ressources puisqu’elle a peu besoin d’être nourrie. Ainsi, les colonies arrivent à optimiser le nombre d’ouvrières nécessaires pour assurer leurs besoins au coût le plus bas.

Le miellat

Si vous avez des fourmis sur vos roses, ce n’est probablement pas parce qu’elles en apprécient le parfum… elles viennent visiter « leurs » pucerons. La plupart du temps, fourmis et pucerons vivent une relation dite mutualiste : les fourmis protègent les pucerons, et ceux-ci les nourrissent. En effet, les pucerons se nourrissent de la sève des plantes. Mais celle-ci contient beaucoup plus de sucres et d’eau que ce dont ils ont besoin, ils en excrètent donc les surplus dans leurs déjections. Elles prennent la forme d’une gouttelette sucrée, très appréciée des fourmis : c’est le miellat. Et cela peut même se passer dans des colonies de fourmis sous terre où les pucerons se nourrissent sur les racines des plantes !

Les castes

Quand on parle d’UNE fourmi, eh bien ce n’est pas si faux en fait ! Les colonies sont composées quasi exclusivement de femelles, reines et ouvrières. Les mâles, ailés, ne sont élevés qu’en vue du vol nuptial annuel. C’est facile pour la reine de décider : il lui suffit de ne pas féconder un œuf pour produire un mâle. Une fois la phase de reproduction terminée, les mâles meurent.

La glande post-pharyngienne

La glande post-pharyingienne a un nom un peu barbare mais elle est très importante et unique chez ces insectes sociaux : elle contribue à la digestion mais aussi, et surtout, elle joue un rôle fondamental dans le processus de reconnaissance. Grâce à ses sécrétions, les ouvrières peuvent identifier les congénères de leur nid et de leur société. C’est cette odeur que les fourmis vérifient chaque fois qu’elles se croisent, comme dans la vidéo de la piste de la semaine dernière.

Les phéromones de piste

Comment les fourmis créent-elles et gardent-elles une piste nette de plusieurs mètres vers une source de nourriture ? Elles utilisent des phéromones spécifiques dites « de piste » Elles déposent ces sécrétions chimiques au sol et les fourmis de la même colonie n’ont plus qu’à les suivre.
Sur la vidéo, c’est une piste de fourmis de l’espèce Lasius ermarginatus sur une terrasse à Lausanne.

Visionner la vidéo

La trophalaxie

Souvent qualifié de « baiser des fourmis », ce comportement s’appelle la trophalaxie. La fourmi a une particularité au niveau du système digestif : elle a deux estomacs ! Grâce à ce jabot ou estomac social, elle peut stocker de la nourriture liquide et la régurgiter pour ses congénères, notamment celles qui restent à l’intérieur du nid.

Le nid

Le nid habité par une colonie peut beaucoup varier d’une espèce de fourmi à l’autre. En Suisse, certains dômes de fourmis des bois peuvent atteindre la hauteur d’un homme et un diamètre de plusieurs mètres, et ils abritent des centaines de milliers d’ouvrières ! A l’opposé, les petites colonies de Temnothorax comptent quelques dizaines d’individus et trouvent leur bonheur dans un gland de chêne ou une noix creuse tombés au sol… Saurez-vous les dénicher ?

Les fourmis volantes

Eh non, les fourmis volantes ne sont pas une espèce à part. Durant la période de reproduction des fourmis, les vols nuptiaux réunissent mâles et femelles (les futures reines) pour l’accouplement. L’envol est synchronisé entre les fourmilières d’une même espèce dans une même région pour augmenter les chances de rencontre. Cela peut parfois être visible à l’œil nu… et attirer les oiseaux !