{"id":568,"date":"2021-09-10T13:37:46","date_gmt":"2021-09-10T11:37:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ecotox\/?page_id=568"},"modified":"2022-04-04T11:24:25","modified_gmt":"2022-04-04T09:24:25","slug":"blog","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ecotox\/blog\/","title":{"rendered":"Blog"},"content":{"rendered":"\n<p>Nouveau blog sous: <a href=\"https:\/\/ecotoxicologie.fr\/blog-ecotoxicologues-pollution\">https:\/\/ecotoxicologie.fr\/blog-ecotoxicologues-pollution<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Textes parus dans un blog sur le journal Le Temps, entre 2018 et 2021.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Un petit dernier pour la route&#8230;<\/span><\/strong><\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vais pas faire durer le suspense\u2026ceci sera mon dernier article apr\u00e8s presque 4 ans de rendez-vous r\u00e9guliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Une certaine lassitude? Je dois avouer que oui.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 vos nombreux commentaires toujours int\u00e9ressants et pertinents, souvent encourageants,&nbsp; j\u2019ai souvent l\u2019impression de mettre en \u00e9vidence des probl\u00e9matiques pour lesquelles il y a peu de volont\u00e9 de changer les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Pire, depuis un an et demi, le nez dans le guidon, on recule sur de nombreux points qui semblaient acquis en terme de risque des polluants.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme celui des biocides.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore r\u00e9cemment, des auteurs am\u00e9ricains ont alert\u00e9 sur l\u2019utilisation&nbsp; d\u2019<a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2020\/11\/19\/un-desinfection-sans-risque\/\">ammoniums quaternaires<\/a>, des bact\u00e9ricides, dans les d\u00e9sinfectants utilis\u00e9s maintenant au quotidien, ainsi que sur l\u2019administration syst\u00e9matique d\u2019antibiotiques aux malades atteints du covid-19, ceci malgr\u00e9 l\u2019absence de signes d\u2019infections bact\u00e9riennes. Selon eux, cela va&nbsp; augmenter le risque de d\u00e9veloppement de r\u00e9sistances bact\u00e9riennes dans les prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Or selon l\u2019<a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/news-room\/fact-sheets\/detail\/antibiotic-resistance\">OMS<\/a>, \u201cla r\u00e9sistance aux antibiotiques constitue aujourd\u2019hui l\u2019une des plus graves menaces pesant sur la sant\u00e9 mondiale, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et le d\u00e9veloppement\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute femme qui a d\u00e9j\u00e0 eu une infection urinaire en a peut-\u00eatre fait l\u2019exp\u00e9rience. Si il suffisait de prendre un antibiotique il y a 20 ans, il arrive maintenant qu\u2019on doive en changer en cours de traitement. Et les m\u00e9decins doivent parfois faire des cultures pour d\u00e9terminer la souche de bact\u00e9rie responsable et v\u00e9rifier sa r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019antibiotique choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019environnement aussi, la question de la r\u00e9sistance aux antibiotiques se pose. Car ces m\u00eames substances biocides et antibiotiques vont se retrouver dans les eaux via les eaux us\u00e9es ou les eaux de ruissellement. De m\u00eame que les bact\u00e9ries r\u00e9sistantes.&nbsp; Est-ce que ces polluants vont induire des r\u00e9sistances dans l\u2019environnement? Est-ce que les bact\u00e9ries r\u00e9sistantes survivent dans les eaux? Est-ce qu\u2019elles peuvent transf\u00e9rer leurs g\u00e8nes \u00e0 d\u2019autres bact\u00e9ries? etc\u2026Autant de questions ouvertes qui n\u2019ont pour l\u2019instant pas de r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n<p>Or actuellement les m\u00e9dias, tout \u00e0 leur d\u00e9comptes, ne s\u2019int\u00e9ressent que peu aux th\u00e9matiques environnementales. Le <a href=\"https:\/\/www.ipcc.ch\/site\/assets\/uploads\/2021\/08\/IPCC_WGI-AR6-Press-Release_fr.pdf\">rapport du GIEC paru en ao\u00fbt<\/a>, pourtant tr\u00e8s alarmant, n\u2019a fait la une de la presse qu\u2019un ou deux jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le reportage de Temps Pr\u00e9sent, <a href=\"https:\/\/pages.rts.ch\/emissions\/temps-present\/12170380-du-rhone-au-leman-du-poison-dans-notre-eau-potable-17-06-2021.html?anchor=12285225#12285225\">du Rh\u00f4ne au L\u00e9man, du poison dans notre eau potable<\/a>, diffus\u00e9 en juin 2021, n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucun relais m\u00e9diatique ou politique. Et pourtant, il met clairement en \u00e9vidence l\u2019impact des d\u00e9charges et effluents industriels sur la qualit\u00e9 et le futur de nos ressources en eaux.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Je vous avoue que c\u2019est d\u00e9courageant.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai cependant d\u00e9cid\u00e9 de conclure cette s\u00e9rie d\u2019articles sur une note positive.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, les p\u00eacheurs constataient que les populations de truites dans les rivi\u00e8res avaient drastiquement diminu\u00e9. Selon l\u2019<a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/gov\/fr\/accueil\/documentation\/communiques.msg-id-1130.html\">OFEV<\/a>: \u201cen 1980, on p\u00eachait encore 1,2 million de truites dans les eaux suisses. On n\u2019en p\u00eachait plus que 400 000 en 2001\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1998 est donc lanc\u00e9 le projet <a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/gov\/fr\/accueil\/documentation\/communiques.msg-id-1130.html\">Fischnetz<\/a>, un projet interdisciplinaire regroupant plusieurs institutions et hautes \u00e9coles suisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Treize hypoth\u00e8ses sont formul\u00e9es pour expliquer ce d\u00e9clin. Parmi elles, la question de la toxicit\u00e9 des substances chimiques que l\u2019on retrouve dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2005, \u00e0 la fin du projet, aucune conclusion claire. Manque d\u2019habitats naturels, pollution des eaux, maladies infectieuses et changements climatiques, toutes ces causes interagissent certainement pour entrainer ce d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de ce constat, deux principales mesures ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es: la renaturation des cours d\u2019eau et la diminution des rejets polluants.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le premier point, les bases l\u00e9gales ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es en 2011. Ainsi \u201cl<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/eaux\/dossiers\/jalon-pose-matiere-protection-eaux\/renaturation-des-cours-deau-et-des-lacs.html\">\u2019objectif de la Conf\u00e9d\u00e9ration<\/a> est de mettre en \u0153uvre des mesures de renaturation permettant de r\u00e9tablir des ruisseaux, des cours d\u2019eau et des lacs semi-naturels et auto-r\u00e9gul\u00e9s dot\u00e9s d\u2019une dynamique qui leur est propre et de la faune et flore caract\u00e9ristique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le deuxi\u00e8me point, la Conf\u00e9d\u00e9ration a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019attaquer en premier lieu aux rejets de stations d\u2019\u00e9purations (STEP). En effet, les nombreuses \u00e9tudes existantes montrent que nombres de substances chimiques utilis\u00e9es au quotidien (<a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2018\/06\/19\/des-medicaments-et-des-hommes\/\">m\u00e9dicaments<\/a>, d\u00e9tergents, <a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2018\/07\/03\/les-cometiques-cest-fantastique\/\">cosm\u00e9tiques<\/a>, etc\u2026) passent au travers des STEP.<\/p>\n\n\n\n<p>Or les STEP n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour traiter ces substances chimiques. Elles ont \u00e9t\u00e9 construites pour \u00e9liminer la mati\u00e8re organique, l\u2019azote et le phosphore. Certaines substances m\u00e9dicamenteuse se retrouvent donc aux m\u00eames concentrations \u00e0 l\u2019entr\u00e9e et \u00e0 la sortie de la STEP.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9vision de l\u2019Ordonnance sur la protection des eaux est accept\u00e9e en 2015. Une centaine de STEP devront donc \u201ctraiter les micropolluants\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe diff\u00e9rentes m\u00e9thodes pour y arriver. Celles retenues pour \u00eatre appliqu\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle sont principalement le charbon actif (qui pi\u00e8ge les mol\u00e9cules comme un filtre) ou l\u2019ozonation (l\u2019ozone, mol\u00e9cule tr\u00e8s r\u00e9active, casse les substances chimiques). Avec l\u2019ozonation cependant, le risque est de cr\u00e9er des substances de d\u00e9gradation probl\u00e9matiques, ce qui explique que cette technique est compl\u00e9ment\u00e9e par un filtre.<\/p>\n\n\n\n<p>En Suisse romande, la premi\u00e8re STEP \u00e9quip\u00e9e a \u00e9t\u00e9 celle de <a href=\"https:\/\/www.stepdepenthaz.ch\/\">Penthaz<\/a>, en 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <a href=\"https:\/\/www.vd.ch\/fileadmin\/user_upload\/themes\/environnement\/eau\/fichiers_pdf\/DIREV_PRE\/Bilans_2020_de_l_%C3%A9puration_vaudoise.pdf\">bilan de l\u2019\u00e9puration des STEPs vaudoises 2020<\/a> montre que ce nouveau traitement permet de r\u00e9duire de 95% la concentration totale des 42 substances recherch\u00e9es. De plus, les concentrations sont aussi 20 fois inf\u00e9rieures aux concentrations des STEPs qui rejettent le plus de substances chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres STEPs romandes et suisses, <a href=\"https:\/\/www.lausanne.ch\/officiel\/grands-projets\/epura.html\">telle celle de Vidy \u00e0 Lausanne<\/a>, vont \u00e9galement progressivement \u00eatre \u00e9quip\u00e9es de ces traitements.<\/p>\n\n\n\n<p>Une tr\u00e8s bonne nouvelle pour les eaux. Pour les \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques, mais \u00e9galement pour notre eau potable!<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour ce dernier point de situation.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade, j\u2019aimerais vous remercier, lectrice, lecteur, fid\u00e8le, occasionnel ou de passage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nombre de vues sur mon blog, vos commentaires, m\u2019ont encourag\u00e9e, m\u2019ont fait r\u00e9fl\u00e9chir. Ce qui f\u00fbt toujours stimulant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous souhaite de traverser cette p\u00e9riode troubl\u00e9e le mieux possible.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re vous recroiser au hasard d\u2019\u00e9crits ou de conf\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<p>Nathalie Ch\u00e8vre<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ANSES. 2020. Antibior\u00e9sistance et environnement. <a href=\"https:\/\/www.anses.fr\/fr\/system\/files\/EAUX2016SA0252Ra.pdf\">Rapport d\u2019expertise collective<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mahoney et al. 2021. The silent pandemic: emergent antibiotic resistances following the global response to SARS-CoV-2. iScience 24. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.isci.2021.102304\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.isci.2021.102304<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">L&rsquo;acc\u00e8s au savoir n&rsquo;est pas n\u00e9gociable<\/span><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux semaines, nous nous pr\u00e9parions \u00e0 accueillir \u00e0 nouveau les \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, en pr\u00e9sentiel complet, avec le respect des mesures sanitaires en vigueur.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chi comment les motiver \u00e0 revenir sur le campus apr\u00e8s plus d\u2019une ann\u00e9e et demi \u00e0 distance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mercredi pass\u00e9, le couperet tombe, avec les annonces du Conseil F\u00e9d\u00e9ral. Et dans la foul\u00e9e, les Universit\u00e9s romandes d\u00e9cident que le pass Covid est obligatoire pour acc\u00e9der aux cours en pr\u00e9sentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Soyons honn\u00eates, cela signifie que seuls les \u00e9tudiant(e)s vaccin\u00e9(e)s auront acc\u00e8s au cours. Car qui irait se faire tester tous les 2-3 jours pendant des mois ? Sachant que les tests seront bient\u00f4t payant? Personnellement je ne le ferais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Dont acte.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019en d\u00e9plaise aux personnes qui adorent ranger les gens dans des cat\u00e9gories, il n\u2019y a pas que les complotistes, ou antivax comme aiment les surnommer les m\u00e9dias, qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se faire vacciner.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas \u00e0 moi de juger de leurs choix. Mon r\u00f4le est d\u2019enseigner au plus grand nombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons face \u00e0 nous des d\u00e9fis environnementaux consid\u00e9rables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <a href=\"https:\/\/www.ipcc.ch\/site\/assets\/uploads\/2021\/08\/IPCC_WGI-AR6-Press-Release_fr.pdf\">dernier rapport du GIEC<\/a> sorti en ao\u00fbt 2021 est sans appel. Nous nous devons de mettre en place, dans les prochaines ann\u00e9es, des solutions innovantes pour r\u00e9duire les \u00e9missions de CO2.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon domaine plus sp\u00e9cifiquement, il n\u2019est plus discutable que la pollution que nous engendrons a des effets sur l\u2019environnement, mais \u00e9galement sur notre propre sant\u00e9. Ici aussi il va falloir se retrousser les manches et brasser les cerveaux pour trouver des solutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de \u00e7a, il est maintenant reconnu que l\u2019acc\u00e8s aux r\u00e9seaux sociaux a permis l\u2019\u00e9mergence de pseudo-savoirs, aliment\u00e9s par des croyances bien plus que par des faits.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu\u2019universitaires, notre r\u00f4le, tel que je le consid\u00e8re, est de donner acc\u00e8s \u00e0 un savoir transparent et bas\u00e9 sur des faits, ceci au plus grand nombre. Il est aussi de permettre aux \u00e9tudiants de d\u00e9velopper leur sens critique, ceci en confrontant leurs id\u00e9es avec leurs pairs et avec leurs enseignants.<\/p>\n\n\n\n<p>Enseigner, ce n\u2019est pas enregistrer des cours que les \u00e9tudiant(e)s pourront voir en ligne. Cette derni\u00e8re ann\u00e9e et demi me l\u2019a montr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas encore pris toute la mesure des d\u00e9cisions qui ont \u00e9t\u00e9 prises la semaine pass\u00e9e. Mais elles heurtent profond\u00e9ment mes valeurs d\u2019enseignante.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les \u00e9tudiant(e)s qui le souhaitent ne peuvent pas avoir acc\u00e8s \u00e0 mes cours en pr\u00e9sentiel, ce que je qualifie d\u2019un enseignement de qualit\u00e9, il me faudra trouver d\u2019autres solutions innovantes pour que mon enseignement leur soit accessible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Perfluor\u00e9s omnipr\u00e9sents\u2026et tant d&rsquo;inconnues<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit un <a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-admin\/post.php?post=257&amp;action=edit\">article<\/a> sur les compos\u00e9s perfluor\u00e9s en f\u00e9vrier 2019, leur pr\u00e9sence ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9es jusque dans les neiges de l\u2019Himalaya.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voulais y revenir de mani\u00e8re un peu plus approfondie car il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une pollution dont on commence seulement \u00e0 entrevoir les cons\u00e9quences \u00e0 long-terme.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord pour rappel, les mol\u00e9cules perfluor\u00e9es sont compos\u00e9es d&rsquo;une longue cha\u00eene de carbones \u00e0 laquelle sont li\u00e9s un nombre plus ou moins important d&rsquo;atomes de fluor.<\/p>\n\n\n\n<p>La figure ci-dessous pr\u00e9sente les mol\u00e9cules de PFOS et de PFOA. Qui sont actuellement les mieux document\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces mol\u00e9cules sont tr\u00e8s stables dans l&rsquo;environnement. Certains chercheurs pensent m\u00eame que certaines d&rsquo;entre elles ne se d\u00e9gradent pas du tout. Leur \u00e9mission dans l\u2019environnement contribue donc \u00e0 leur accumulation dans les \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces propri\u00e9t\u00e9s de persistance ont amen\u00e9 les membres de la Convention de Stockholm \u00e0 int\u00e9grer le PFOS et le PFOA en 2009. Pour rappel, cette convention r\u00e9gule les compos\u00e9s organiques persistants au niveau mondial, tel le DDT (<a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2018\/05\/28\/les-12-salopards\/\">voir article de mai 2018<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe plus de 4500 mol\u00e9cules perfluor\u00e9es, chacune avec des propri\u00e9t\u00e9s de comportement dans l&rsquo;environnement et de toxicit\u00e9 diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire de leur d\u00e9veloppement est classique. La figure ci-dessous, <a href=\"https:\/\/pfas-1.itrcweb.org\/fact-sheets\/\">publi\u00e9e par l&rsquo;agence environnementale am\u00e9ricaine<\/a>, la r\u00e9sume.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Hypoth\u00e8se invalid\u00e9e<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les chercheures et chercheuses se trompent&#8230;souvent. Et ce n&rsquo;est pas grave.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est m\u00eame plut\u00f4t normal: on \u00e9met une hypoth\u00e8se, on la teste&#8230;et on la valide&#8230;ou pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu comme quand on cherche un endroit inconnu sans carte. Si deux chemins s&rsquo;offrent \u00e0 nous, on va en tester un. Si c&rsquo;est le mauvais, on revient sur ses pas pour tester l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon, c&rsquo;est un peu sch\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les domaines de la science sont tr\u00e8s larges et il y a des milliers de chemins possibles. Il est donc tout-\u00e0-fait logique que certains n&rsquo;aboutissent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous donne un exemple qui est arriv\u00e9 derni\u00e8rement lors d&rsquo;un travail de master. Une \u00e9tudiante a men\u00e9 une recherche sur deux \u00e9tangs en milieu agricoles. Ces deux \u00e9tangs avaient une biologie diff\u00e9rente selon le Centre suisse de protection des amphibiens et des reptiles (<a href=\"https:\/\/www.karch.ch\/\">Karch<\/a>): dans un cas, la population d&rsquo;amphibiens \u00e9tait assez \u00e9lev\u00e9e, dans l&rsquo;autre pas.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9tudiante a donc fait l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;exposition aux polluants, notamment aux pesticides, pourrait expliquer cette diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, tr\u00e8s peu de pesticides, et surtout en concentrations tr\u00e8s faibles, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s dans les deux \u00e9tangs, en 2020 et 2021. L&rsquo;hypoth\u00e8se de d\u00e9part est donc invalid\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En terme environnemental, c&rsquo;est une bonne nouvelle: les deux \u00e9tangs contiennent peu de pesticides. En terme de recherche, c&rsquo;est d\u00e9cevant.<\/p>\n\n\n\n<p>Car malheureusement, la publication des r\u00e9sultats n\u00e9gatifs est quasi impossible. Si la recherche men\u00e9e n&rsquo;aboutit pas sur une nouvelle d\u00e9couverte, les journaux scientifiques ne l&rsquo;accepte que tr\u00e8s rarement.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est encore plus vrai depuis l&rsquo;av\u00e8nement des r\u00e9seaux sociaux. Il faut des recherches \u00ab\u00a0sexy\u00a0\u00bb qui font le scoop et peuvent \u00eatre reprises par les journaux grands publics.<\/p>\n\n\n\n<p>On observe ainsi depuis quelques ann\u00e9es une course \u00e0 la publication. Et la tentation est forte de publier tr\u00e8s vite, quitte \u00e0 passer outre la n\u00e9cessaire discussion entre experts.<\/p>\n\n\n\n<p>Car m\u00eame en cas de r\u00e9sultats positifs, il est important que les \u00e9tudes soient soumises \u00e0 la critique des paires. C&rsquo;est m\u00eame une des t\u00e2ches centrales de la science comme le soulignait un excellent article dans Horizons, le journal du Fonds National Suisse de la Recherche, paru ce mois de juin 2021 (<a href=\"https:\/\/www.revue-horizons.ch\/2021\/05\/28\/la-critique-mutuelle-est-necessaire\/\">La confiance doit se gagner<\/a>). La critique est un gage de qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe en effet des biais de recherche. Si vous posez une hypoth\u00e8se, vous allez essayer de la valider. Donc vous allez, sans mauvaises intentions, mettre en place une m\u00e9thodologie qui vous permettra de le faire. Ce qui n&rsquo;est pas objectif quand on y r\u00e9fl\u00e9chit.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois m\u00eame, malgr\u00e9 des r\u00e9sultats peu probants, les auteurs d&rsquo;\u00e9tude valident leurs hypoth\u00e8ses, voyant, dans les quelques tendances qui se dessinent, des \u00e9vidences. C&rsquo;est quelque chose que je remarque r\u00e9guli\u00e8rement dans les travaux de masters. L&rsquo;\u00e9tudiant pose une hypoth\u00e8se, d\u00e9crit des r\u00e9sultats int\u00e9ressants mais insuffisants pour valider son hypoth\u00e8se, mais conclut quand m\u00eame que celle-ci est correcte.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est humain. On a tous envie d&rsquo;avoir raison, que notre hypoth\u00e8se soit la bonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc important que d&rsquo;autres chercheurs, qui travaillent d&rsquo;une autre fa\u00e7on, puisse valider&#8230;ou invalider\/critiquer les r\u00e9sultats des chercheurs et chercheuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette discussion critique entre experts se passe en arri\u00e8re plan des publications (c&rsquo;est le fameux processus de peer-review) ou encore lors des conf\u00e9rences internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, depuis quelques ann\u00e9es, on observe une tendance \u00e0 amener cette critique mutuelle sur la place publique. Et la pand\u00e9mie que nous vivons a encore amplifi\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il est important que les chercheurs communiquent sur leurs recherches. Surtout sur des sujets d&rsquo;actualit\u00e9s comme par exemple le changement climatique, la pollution ou encore le Covid-19. D&rsquo;ailleurs je serais assez mal plac\u00e9e pour critiquer cette communication grand public tenant moi-m\u00eame ce blog.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je pense qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s clairs sur les limites de nos recherches&#8230;qui n&rsquo;ont pas r\u00e9ponse \u00e0 tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bon exemple pour moi sont les mod\u00e8les. J&rsquo;utilise des mod\u00e8les pour pr\u00e9dire le risque que pr\u00e9sente les substances chimiques sur les \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Or les statisticiens ont l&rsquo;habitude de dire que \u00ab\u00a0tous les mod\u00e8les sont faux\u00a0\u00bb. Une citation attribu\u00e9e \u00e0 <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/All_models_are_wrong\">Georges Box<\/a>. Qui rajouterait: \u00ab\u00a0mais certains sont utiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me para\u00eet donc extr\u00eamement important, lorsque l&rsquo;on montre les r\u00e9sultats d&rsquo;un mod\u00e8le, de bien d\u00e9finir les limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple issu de mes recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est possible de pr\u00e9dire le risque que pr\u00e9sentent les pesticides et les m\u00e9dicaments d\u00e9tect\u00e9s dans le L\u00e9man comme on le lit sur la figure ci-dessous. Ce risque devrait est inf\u00e9rieur \u00e0 1 pour prot\u00e9ger l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me lacustre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2021\/06\/Capture-d\u00e9cran-2021-06-11-\u00e0-15.25.45-300x169.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-678\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Figure 1: Risque du m\u00e9lange des pesticides et m\u00e9dicaments d\u00e9tect\u00e9s dans le L\u00e9man de 2004 \u00e0 2011. Les pesticides nomm\u00e9s sont de source industrielle (Gregorio et Ch\u00e8vre 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>On observe sur la figure ci-dessus que le risque d\u00e9passe fr\u00e9quemment la valeur critique de 1. En cons\u00e9quence, le m\u00e9lange pesticides\/m\u00e9dicaments pourrait avoir un impact sur l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me du L\u00e9man. Ce risque est principalement d\u00fb \u00e0 4 herbicides, de source majoritairement industrielle. Il a diminu\u00e9 lorsque les industries ont r\u00e9duit leurs rejets d\u00e8s 2006 pour passer sous la valeur de 1, \u00e0 l&rsquo;exception de 2011 o\u00f9 un rejet industriel a eu lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant il faut mentionner que:<\/p>\n\n\n\n<p>1) les valeurs d&rsquo;effets utilis\u00e9es pour les calculs se basent sur des esp\u00e8ces de laboratoire,<\/p>\n\n\n\n<p>2) seules les substances d\u00e9j\u00e0 recherch\u00e9es dans le L\u00e9man ont \u00e9t\u00e9 prises en compte (il y a en a bien d&rsquo;autres).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux points montrent que nos r\u00e9sultats sous-estiment certainement le risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais:<\/p>\n\n\n\n<p>3) le mod\u00e8le utilis\u00e9 pour le calcul de risque du m\u00e9lange est une mod\u00e8le qui d\u00e9crit le \u00ab\u00a0pire\u00a0\u00bb sc\u00e9nario.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce point montre que nos r\u00e9sultats sur-estiment certainement le risque.<\/p>\n\n\n\n<p>La conclusion de tout cela n&rsquo;est pas, pour moi, que les mod\u00e8les sont inutiles. Ils peuvent nous aider \u00e0 comprendre l&rsquo;impact de la pollution sur l&rsquo;environnement, dans les limites de ce qu&rsquo;on peut leur faire dire.<\/p>\n\n\n\n<p>La confiance en la science semble avoir diminu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es (Langan et al. 2019). Il semble donc crucial que les chercheurs et chercheuses communiquent sur leurs r\u00e9sultats. Mais il me semble tout aussi crucial de communiquer sur les limites des recherches, de m\u00eame que sur les d\u00e9bats ou les controverses, qui peuvent avoir lieu sur ces recherches.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Fisch F. 2021. La critique mutuelle est n\u00e9cessaire. <a href=\"https:\/\/www.revue-horizons.ch\/\">Horizons<\/a>. Le magazine suisse de la recherche. No 129.<\/p>\n\n\n\n<p>Gregorio V, Ch\u00e8vre N. 2014. Assessing the risks posed by mixtures of chemicals in freshwater environments. Case study of Lake Geneva, Switzerland. Wires Water: doi: 10.1002\/wat2.1018<\/p>\n\n\n\n<p>Langan et al. 2019. Empirically Supported Out\u2010of\u2010the\u2010Box Strategies for science communication by environmental scientists. Integrated Environmental Assessment and Management 15: 499-504.<\/p>\n\n\n\n<p>Seemann-Ricard J. 2021. Risk assessment of pesticides for amphibians in temporary ponds. The cases of Lavigny and Mollens, Switzerland. Travail de Master en Sciences de l&rsquo;Environnement. Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">PE pour Perturbateur Endocrinien<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u passablement de questions suite \u00e0 mon dernier post \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2021\/02\/16\/tous-perturbes\/\">Tous perturb\u00e9s<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les mots \u00ab\u00a0perturbateurs endocriniens\u00a0\u00bb inqui\u00e8tent. C&rsquo;est normal. On pense imm\u00e9diatement au changement de sexe des poissons ou \u00e0 la baisse de la fertilit\u00e9 masculine.<\/p>\n\n\n\n<p>Or il faut bien admettre que si les termes \u00ab\u00a0perturbateurs endocriniens\u00a0\u00bb sont largement utilis\u00e9s dans la presse et par le public, les scientifiques ne sont pas vraiment d&rsquo;accord sur ce qu&rsquo;est un perturbateur endocrinien.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, il y a l&rsquo;exemple bien connu de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2018\/05\/01\/des-contraceptifs-et-des-poissons\/\">ethynylestradiol<\/a> contenue dans les pilules contraceptives. Cette hormone f\u00e9minine de synth\u00e8se a \u00e9t\u00e9 un des premier exemple concret de perturbation hormonale dans l&rsquo;environnement. A des concentrations aussi faibles que quelques ng\/l, cette substance est capable d&rsquo;inhiber le d\u00e9veloppement de caract\u00e9ristiques m\u00e2les chez les poissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet effet est de type \u00ab\u00a0cl\u00e9-serrure\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;hormone de synth\u00e8se va se lier aux r\u00e9cepteurs \u00e0 oestog\u00e8nes et induire un effet hormonal. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que l&rsquo;on attend de la pilule contraceptive qui va bloquer l&rsquo;ovulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est un effet ind\u00e9sir\u00e9 chez le poisson m\u00e2le. Car l\u00e0 aussi, l&rsquo;hormone synth\u00e9tique va se lier \u00e0 des r\u00e9cepteurs \u00ab\u00a0f\u00e9minins\u00a0\u00bb et emp\u00eacher le d\u00e9veloppement des caract\u00e9ristiques masculines.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, le syst\u00e8me hormonal est bien plus complexe qu&rsquo;un syst\u00e8me cl\u00e9-serrure.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a d&rsquo;abord une multitude d&rsquo;hormones. On conna\u00eet les hormones sexuelles, oestrog\u00e8nes, progest\u00e9rone, testost\u00e9rone. Mais il y a aussi les hormones tyro\u00efdiennes, essentielles pour la croissance, l&rsquo;adr\u00e9naline et le cortisol qui interviennent en cas de stress, la dopamine, l&rsquo;hormone du plaisir, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aussi une multitude d&rsquo;organes et de glandes qui s&rsquo;occupent de cr\u00e9er, v\u00e9hiculer, transcrire ou \u00e9liminer ces hormones. L&rsquo;hypothalamus, la tyro\u00efde, les surr\u00e9nales, les ovaires et les testicules, pour ne citer qu&rsquo;eux.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade, difficile de donner une d\u00e9finition d&rsquo;un perturbateur hormonal. Est-ce une substance qui va agir sur un organe, qui produira alors plus, ou moins, d&rsquo;hormones? Est-ce une substance qui va emp\u00eacher les hormones d&rsquo;agir?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout r\u00e9cemment, un groupes d&rsquo;experts en endocrinologie issus de diff\u00e9rents pays europ\u00e9ens, asiatiques et am\u00e9ricains, ont publi\u00e9 une liste de 10 crit\u00e8res pour caract\u00e9riser les perturbateurs endocriniens. De mani\u00e8re similaire \u00e0 ce qui se fait pour d\u00e9finir des substances canc\u00e9rig\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les voici:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.La substance interagit avec ou active un r\u00e9cepteur hormonal.<\/strong> C&rsquo;est le syst\u00e8me cl\u00e9-serrure d\u00e9crit ci-dessus. Il est bien connu pour les substances qui miment les oestrog\u00e8nes (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phtalate\">phtalates<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bisph%C3%A9nol_A\">bisph\u00e9nol A<\/a>) ou la testost\u00e9rone. Il y a beaucoup moins de recherche, si ce n&rsquo;est pas du tout pour les autres hormones.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.<\/strong> <strong>La substance emp\u00eache l&rsquo;hormone d&rsquo;interagir avec le r\u00e9cepteur.<\/strong> Certains m\u00e9dicaments jouent ce r\u00f4le dans le cas de <a href=\"https:\/\/www.revmed.ch\/RMS\/2013\/RMS-387\/Hormonotherapie-dans-le-cancer-du-sein-efficacite-et-effets-adverses\">cancers hormono-d\u00e9pendants.<\/a> Comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tamoxif%C3%A8ne\">tamoxifen<\/a>. Il bloque les r\u00e9cepteurs aux oestrog\u00e8nes dans le cas de certains cancer du sein.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong> <strong>La substance alt\u00e8re l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs hormonaux.<\/strong> L&rsquo;hormone se fixe bien au r\u00e9cepteur, mais rien ne se passe. Il semble que certains phtalates ou que le bisphenol A puisse avoir ce mode d&rsquo;action.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.<\/strong> <strong>La substance alt\u00e8re la cha\u00eene de transmission.<\/strong> Le signal est bien donn\u00e9 par le r\u00e9cepteur, mais il est bloqu\u00e9 quelque part. A nouveau, il semble que le bisphenol A engendre ce mode d&rsquo;action. A ce propos, il faut noter qu&rsquo;une substance peut agir \u00e0 diff\u00e9rents niveaux et donc remplir plusieurs crit\u00e8res de la liste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.<\/strong> <strong>La substance induit des modifications <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89pig%C3%A9n%C3%A9tique\">\u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques<\/a>.<\/strong> Au contraire d&rsquo;une substance canc\u00e9rig\u00e8ne, elle ne modifie pas les g\u00e8nes, mais leur expression. Cette modification peut \u00eatre transitoire, mais peut aussi se transmettre de la m\u00e8re \u00e0 l&rsquo;enfant. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel qui permet aux individus de s&rsquo;adapter rapidement \u00e0 leur environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exemple le plus connu d&rsquo;effet \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique \u00ab\u00a0toxique\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 avec le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Di%C3%A9thylstilbestrol\">distilb\u00e8ne<\/a>. Ce m\u00e9dicament a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 de nombreuses femmes enceintes pour \u00e9viter les fausses-couches pendant la grossesse dans les ann\u00e9es 1960\/70. Il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que les filles de ces femmes ont d\u00e9velopp\u00e9 des malformations ut\u00e9rines et que beaucoup \u00e9taient st\u00e9riles. S&rsquo;il semble que cet effet distilb\u00e8ne s&rsquo;efface \u00e0 la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (actuellement adulte), il semble que d&rsquo;autres types de malformations, par exemple cardiaques, aient \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es chez cette troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Floriane Tisserand, doctorante dans notre laboratoire, travaille sur l&rsquo;effet \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;un insecticide, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diazinon\">diazinon<\/a>, sur les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daphnie\">daphnies<\/a>, des microcrustac\u00e9s d&rsquo;eau douce. Elle expose 3 g\u00e9n\u00e9rations de daphnies \u00e0 cet insecticide \u00e0 diff\u00e9rents stades d&rsquo;\u00e9volution. Les exp\u00e9riences sont en cours. Je vous en reparlerai \u00e0 l&rsquo;occasion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6.<\/strong> <strong>La substance alt\u00e8re la synth\u00e8se des hormones.<\/strong> Dans ce cas, la synth\u00e8se de l&rsquo;hormone ne se fait pas correctement ou pas du tout. C&rsquo;est l&rsquo;effet du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Perchlorate\">perchlorate<\/a>, un sel utilis\u00e9 pour de nombreux usages, comme les explosifs et les munitions, et que l&rsquo;on retrouve un peu partout dans l&rsquo;environnement. Notamment dans les eaux. Il agit sur la synth\u00e8se des hormones tyro\u00efdiennes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7.<\/strong> <strong>La substance alt\u00e8re le transport des hormones au travers des membranes cellulaires<\/strong>. Certaines hormones comme les hormones \u00ab\u00a0sexuelles\u00a0\u00bb sont lipophiles et donc traversent les membranes de mani\u00e8re passives. D&rsquo;autres ont besoin d&rsquo;\u00eatre aid\u00e9es. Il semble ainsi que l&rsquo;anti-corrosif imidazoline joue un r\u00f4le sur le transport de l&rsquo;insuline.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8.<\/strong> <strong>La substance alt\u00e8re la distribution ou la circulation des hormones.<\/strong> Le bisphenol A, encore lui, r\u00e9duit la circulation de la testost\u00e9rone chez les rats m\u00e2les, de m\u00eame que l&rsquo;insecticide <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Malathion\">malathion<\/a>. Un organophosphor\u00e9 de la m\u00eame famille que le diazinon que nous \u00e9tudions au niveau de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9.<\/strong> <strong>La substance alt\u00e8re le m\u00e9tabolisme des hormones et leur destruction.<\/strong> Car il faut bien s\u00fbr que les hormones soient \u00e9limin\u00e9es apr\u00e8s avoir agit dans l&rsquo;organisme. Sinon celui-ci serait sur-stimul\u00e9. Mais il ne faut pas non plus qu&rsquo;elles soient \u00e9limin\u00e9es trop rapidement. De nombreuses substances ont ce mode d&rsquo;action, notamment certains <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polychlorobiph%C3%A9nyle\">PCBs<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10.<\/strong> <strong>Enfin, la substance alt\u00e8re le comportement des cellules qui produisent ou r\u00e9pondent aux hormones.<\/strong> Ainsi, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oxybenzone\">oxybenzone<\/a>, un filtre chimique anti-UV que l&rsquo;on trouve dans de nombreux cosm\u00e9tiques, augmente la production de cellules mammaires chez les souris portantes ou allaitantes. Et ceci encore de nombreuses semaines apr\u00e8s l&rsquo;exposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes arriv\u00e9s au bout de cette longue liste. Bravo \u00e0 ceux qui ne sont pas d\u00e9courag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On constate donc que les m\u00e9canismes d&rsquo;action des perturbateurs endocriniens sont complexes. Et que de nombreux perturbateurs endocriniens n&rsquo;ont certainement pas encore \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout r\u00e9cemment, au d\u00e9but de cette ann\u00e9e, des auteurs ont montr\u00e9 sur la base d&rsquo;une revue de litt\u00e9rature que l&rsquo;herbicide glyphosate remplissait 8 des 10 crit\u00e8res mentionn\u00e9s. Et devrait donc \u00eatre class\u00e9 comme perturbateur endocrinien au c\u00f4t\u00e9 du bisph\u00e9nol A, des phtalates, des PCBs, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tous ces crit\u00e8res sont d\u00e9finis pour l&rsquo;\u00eatre humain. Et s&rsquo;ils peuvent s&rsquo;appliquer pour les vert\u00e9br\u00e9s, ce n&rsquo;est pas le cas pour les invert\u00e9br\u00e9s ou pour les plantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les daphnies, les microcrustac\u00e9s sur lesquels travaillent Floriane Tisserand, ont des pseudo-hormones. Qui n&rsquo;ont pas la m\u00eame sensibilit\u00e9 que les hormones humaines. Ce ne sont pas les m\u00eames r\u00e9cepteurs, ni les m\u00eames hormones.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, de nombreuses esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement \u00e9mettent des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kairomone\">kairomones<\/a>. Ces compos\u00e9s, \u00e9mis dans l&rsquo;air, dans l&rsquo;eau, ou le sol, transmettent des informations entre individus de m\u00eame esp\u00e8ce, ou de diff\u00e9rentes esp\u00e8ces. Par exemple des informations sur un pr\u00e9dateur ou une proie. Chez la daphnie, les kairomones peuvent induire des effets sur la croissance ou m\u00eame la reproduction.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce type d&rsquo;hormones qui sont utilis\u00e9es dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Confusion_sexuelle\">la lutte par confusion<\/a> en agriculture bio et non bio. Des hormones synth\u00e9tiques sont diffus\u00e9es pour que les insectes m\u00e2les ne trouvent pas les femelles. A ma connaissance, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9tudes sur les insectes non cibles.<\/p>\n\n\n\n<p>On est donc bien loin d&rsquo;avoir compris les effets endocriniens que peuvent engendrer les substances chimiques sur les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement, inclus l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais donc finir ce post de la m\u00eame mani\u00e8re que beaucoup de pr\u00e9c\u00e9dents. Dans le doute et au vu du peu de connaissances que l&rsquo;on a, il est vraiment important de r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9mission des substances chimiques dans l&rsquo;environnement. Et donc l&rsquo;exposition aux substances chimiques des esp\u00e8ces vivantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela passe par des aspects technologiques (traitement des effluents de station d&rsquo;\u00e9puration), des gestes au quotidien (utilisation des cosm\u00e9tiques, des d\u00e9sinfectants). Mais surtout par des d\u00e9cisions politiques fortes. Par exemple la mise en place d&rsquo;une r\u00e9glementation forte lors de la mise sur le march\u00e9 des substances chimiques, mais \u00e9galement flexibles pour les retirer d\u00e8s que n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Merrill et al. 2020. Consensus on the key characteristics of endocrine-disrupting chemicals as a basis for hazard identification. Nature Reviews, endocrinology. 16 (45-57). <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41574-019-0273-8\">https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41574-019-0273-8<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Munoz et al. 2021. Glyphosate and the key characteristics of an endocrine disruptor: a review. Chemosphere 270. <a href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0045653520328149?via%3Dihub\">doi.org\/10.1016\/j.chemosphere.2020.128619<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Tous perturb\u00e9s?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La semaine derni\u00e8re, une \u00e9tude men\u00e9e conjointement par la <a href=\"https:\/\/pages.rts.ch\/emissions\/abe\/11856807-perturbateurs-endocriniens-les-enfants-contamines.html\">RTS<\/a> et le magazine <a href=\"https:\/\/www.bonasavoir.ch\/929776-perturbateurs-endocriniens-tous-les-enfants-exposes\">Bon \u00e0 Savoir<\/a>, montrait que les enfants romands \u00e9taient largement contamin\u00e9s par des perturbateurs endocriniens.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude est un coup de sonde. L&rsquo;urine de 33 petits et jeunes romands a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e pour y chercher diff\u00e9rents compos\u00e9s dont le <a href=\"https:\/\/www.bag.admin.ch\/bag\/fr\/home\/gesund-leben\/umwelt-und-gesundheit\/chemikalien\/chemikalien-a-z\/bisphenol-a.html\">bisph\u00e9nol A<\/a> ou les <a href=\"https:\/\/www.efsa.europa.eu\/fr\/news\/faq-phthalates-plastic-food-contact-materials\">phtalates<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans surprise, tous les enfants avaient des taux plus ou moins \u00e9lev\u00e9s de perturbateurs endocriniens dans leur urine. Et nul doute qu&rsquo;il en irait de m\u00eame si on analysait notre propre urine.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela confirme une fois de plus que nous baignons dans une soupe chimique. Et que les substances auxquelles nous sommes expos\u00e9s quotidiennement peuvent entrer dans notre corps, que ce soit par notre alimentation, par la respiration ou par la peau.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons un peu en arri\u00e8re. Que sont ces fameux <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Perturbateur_endocrinien\">perturbateurs endocriniens<\/a>?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette notion est apparue pour la premi\u00e8re fois au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. C&rsquo;est la chercheuse <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Theo_Colborn\">Theo Colburn<\/a> qui met en lumi\u00e8re ces substances qui perturbent le fonctionnement du syst\u00e8me hormonal.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, les substances elles-m\u00eames ne sont pas nouvelles. Par exemple le fameux <a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2018\/05\/28\/les-12-salopards\/\">DDT<\/a>, l&rsquo;insecticide qui a fait l&rsquo;objet du livre Silent Spring de Rachel Carson, en fait partie. En 1990, il est d\u00e9j\u00e0 interdit dans les pays occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce que montre Theo Colburn, et les chercheurs de l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;est que ces substances peuvent mimer les hormones. En clair, elles prennent leur place et induisent des effets \u00ab\u00a0non voulu\u00a0\u00bb par le corps lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Expos\u00e9s \u00e0 des stades cl\u00e9s de d\u00e9veloppement, par exemple pendant la phase de diff\u00e9rentiation sexuelle lors de la gestation, les individus peuvent d\u00e9velopper des caract\u00e9ristiques \u00e0 la fois m\u00e2les et femelles. Cela a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 notamment chez les <a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2018\/05\/01\/des-contraceptifs-et-des-poissons\/\">poissons<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les perturbateurs endocriniens peuvent agir comme des hormones sexuelles, mais \u00e9galement comme des hormones tyro\u00efdiennes. Ou encore ils peuvent avoir une action sur diff\u00e9rentes glandes \u00e0 l&rsquo;origine de la production d&rsquo;hormones, r\u00e9duisant ou augmentant leur production.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1996, Theo Colburn va en faire un livre, \u00ab\u00a0Our stolen future\u00a0\u00bb (notre futur vol\u00e9), qui pose notamment la question des effets sur la fertilit\u00e9 humaine, \u00e0 long terme, de ces fameux perturbateurs endocriniens.<\/p>\n\n\n\n<p>Car ce que remettent aussi en question ces substances, c&rsquo;est le principe de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paracelse\">Paracelse<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9but des \u00e9tudes toxicologiques, les chercheurs sont partis de l&rsquo;hypoth\u00e8se que la dose faisait le poison. Le fameux principe de Paracelse. En clair, plus l&rsquo;exposition de l&rsquo;individu est \u00e9lev\u00e9e, plus l&rsquo;effet est important.<\/p>\n\n\n\n<p>Or les perturbateurs endocriniens bousculent cette hypoth\u00e8se. Il semble en effet qu&rsquo;ils puissent exercer des effets toxiques \u00e0 de tr\u00e8s faibles doses. Parfois m\u00eame les effets \u00e0 tr\u00e8s faibles doses sont plus importants que ceux observ\u00e9s \u00e0 une dose plus \u00e9lev\u00e9e. La dose ne fait plus le poison.<\/p>\n\n\n\n<p>La cons\u00e9quence de cette observation, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;est plus possible de fixer des valeurs seuils en dessous desquels l&rsquo;exposition est dite sans effets. Et donc que toute exposition \u00e0 des perturbateurs endocriniens peut \u00eatre probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>En continuant ce raisonnement, cela signifie que les substances reconnues comme perturbateurs endocriniens doivent \u00eatre interdites.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas si simple.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, les agences gouvernementales semblent peu enclines \u00e0 reconna\u00eetre cette nouvelle relation entre la dose et les effets. Ainsi au d\u00e9but du mois de f\u00e9vrier 2021, l&rsquo;Endocrine Society, qui regroupe 18&rsquo;000 sp\u00e9cialistes du syst\u00e8me hormonal, critique s\u00e9v\u00e8rement l&rsquo;EFSA (Autorit\u00e9 europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 des aliments) pour la non prise en compte de cette relation dans un projet de rapport sur les substances chimiques (<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2021\/02\/03\/l-autorite-europeenne-de-securite-des-aliments-accusee-de-minimiser-certains-effets-des-perturbateurs-endocriniens_6068682_3244.html\">via Le Monde<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite la d\u00e9finition des perturbateurs endocriniens fait d\u00e9bat. Apr\u00e8s plus de 10 ans de tergiversations, l&rsquo;Union europ\u00e9enne accouche enfin d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2017\/12\/13\/la-definition-des-perturbateurs-endocriniens-adoptee-a-bruxelles_5229234_3244.html\">d\u00e9finition en 2017.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Reste que cette d\u00e9finition est tr\u00e8s contraignante. En effet, pour \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0perturbateur endocrinien\u00a0\u00bb, il faudra d\u00e9montrer, entre autre, que la substance a un mode d&rsquo;action qui alt\u00e8re une ou des fonctions du syst\u00e8me hormonal. Mais surtout, il faudra d\u00e9montrer que les effet toxiques observ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;individu sont une cons\u00e9quence directe de ce mode d\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Or il est tr\u00e8s compliqu\u00e9 de faire un lien entre le mode d&rsquo;action (par exemple la liaison de la substance avec un r\u00e9cepteur hormonal) et des effets observ\u00e9s (par exemple une baisse de la fertilit\u00e9). Ce qui laisse la place ouverte aux controverses.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus cette d\u00e9finition ne consid\u00e8re que l&rsquo;\u00eatre humain, et non les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>On est donc bien loin d&rsquo;avoir des outils pour l\u00e9gif\u00e9rer sur les perturbateurs endocriniens.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que faire?<\/p>\n\n\n\n<p>Comme d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plusieurs fois, si on ne peut \u00e9chapper aux substances chimiques, on peut cependant tenter de diminuer son exposition. En faisant attention \u00e0 son alimentation, aux cosm\u00e9tiques utilis\u00e9s, aux d\u00e9tergents, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/play\/radio\/on-en-parle\/audio\/perturbateurs-endocriniens-tous-les-enfants-romands-testes-sont-positifs?id=11929029\">On en parle<\/a>\u00a0\u00bb a consacr\u00e9 son guichet de mercredi 10 f\u00e9vrier aux questions des parents dont les enfants ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9s. Avec des pistes de solutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que le citoyen lambda, vous, moi, ne pouvons pas faire grand chose pour \u00e9viter l&rsquo;exposition via notre veste, trait\u00e9e avec des perfluor\u00e9s, ou notre canap\u00e9, trait\u00e9 avec des retardateurs de flamme organophosphates. Ces traitements ne sont pas d\u00e9clar\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait donc faire des choix politiques forts pour avancer dans ce domaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre une bonne nouvelle? L&rsquo;Union europ\u00e9enne, dans sa strat\u00e9gie pour <a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2020\/10\/21\/leurope-annonce-son-ambition-dun-monde-sans-pollution-chimique\/\">un monde sans pollution chimique<\/a>, semble d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.euractiv.fr\/section\/sante-modes-de-vie\/news\/commission-launches-phase-two-of-fight-against-hormone-disruptors\/\">s&rsquo;attaquer aux perturbateurs endocriniens<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dossier \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">La curiosit\u00e9 des grenouilles<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9cotoxicologie est une discipline relativement r\u00e9cente. Les premiers tests d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 datent des ann\u00e9es 1970. Il y a donc un peu plus de 50 ans de d\u00e9veloppements m\u00e9thodologiques. Ce qui est finalement tr\u00e8s peu si on veut tenter de caract\u00e9riser les risques que pr\u00e9sentent les substances chimiques pour toutes les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, l&rsquo;\u00e9cotoxicologie s&rsquo;est inspir\u00e9e de sa grande s\u0153ur, la toxicologie, qui se focalise sur l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les tests d\u00e9velopp\u00e9s et appliqu\u00e9s pendant des ann\u00e9es se concentraient sur des effets comme la mortalit\u00e9 ou encore la reproduction, voir la croissance des individus.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, certaines \u00e9tudes ont montr\u00e9 que ces param\u00e8tres n&rsquo;\u00e9taient pas suffisants pour d\u00e9crire les effets complexes des polluants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, des chercheurs ont mis en \u00e9vidence que le cuivre pouvait affecter le syst\u00e8me olfactif des poissons \u00e0 des concentrations que l&rsquo;on peut d\u00e9tecter dans l\u2019environnement. Ils font l&rsquo;hypoth\u00e8se que cette perturbation de leur odorat pourrait emp\u00eacher ces poissons de reconna\u00eetre leur pr\u00e9dateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela para\u00eet anodin, mais si les poissons ne reconnaissent plus leurs ennemis, ils se feront alors tuer plus facilement, ce qui peut amener \u00e0 des diminutions drastiques de certaines populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet exemple montre que s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la survie ou \u00e0 la reproduction d&rsquo;une esp\u00e8ce sous l&rsquo;influence d&rsquo;une substance toxique ne suffit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour bien choisir les param\u00e8tres \u00e0 \u00e9tudier, il faut conna\u00eetre les strat\u00e9gies de survie et de reproduction des esp\u00e8ces. Ce que l&rsquo;on appelle les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trait_biologique\">traits de vie biologiques<\/a>. Parmi eux, la mani\u00e8re de se nourrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi certains essais focalisent sur la vitesse d\u2019alimentation des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gammaridae\">gammares<\/a>, ces petites sentinelles des cours d&rsquo;eau. D&rsquo;ailleurs d\u00e9clar\u00e9s <a href=\"https:\/\/www.pronatura.ch\/fr\/animal-de-l-annee-2021-gammare-des-ruisseaux\">\u00ab\u00a0Animal de l&rsquo;ann\u00e9e 2021\u00a0\u00bb par Pro Natura<\/a>. Ce param\u00e8tre, tr\u00e8s sensible, peut m\u00eame \u00eatre mesur\u00e9 avec des individus expos\u00e9s dans des cages pour \u00e9valuer les effets de la pollution sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Trouver les bons param\u00e8tres \u00e0 mesurer implique de se rapprocher de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89cologie\">l&rsquo;\u00e9cologie<\/a>, la science qui \u00e9tudie les interactions entre les esp\u00e8ces et leur milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Si pendant longtemps, \u00e9cotoxicologie et \u00e9cologie se sont ignor\u00e9es, des rapprochements commencent \u00e0 se faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre laboratoire, nous nous int\u00e9ressons par exemple aux grenouilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.iucnredlist.org\/\">IUCN<\/a>, 40% des amphibiens sont sur liste rouge, menac\u00e9s d&rsquo;extinction, soit bien plus que les mammif\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Diff\u00e9rents facteurs expliquent cet \u00e9tat de fait: l\u2019anthropisation des milieux, les changements climatiques, mais \u00e9galement les substances chimiques comme les pesticides ou les antibiotiques que l&rsquo;on trouvent dans les milieux humides.<\/p>\n\n\n\n<p>Les amphibiens, comme les grenouilles, ont une peau tr\u00e8s perm\u00e9able qui les rend sensibles aux polluants. D&rsquo;autre part, de par leur mode de vie, ils sont expos\u00e9s dans l&rsquo;eau pendant la phase larvaire, puis par l&rsquo;air et le sol pendant la phase adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour que les populations de grenouilles puissent se d\u00e9velopper, les individus doivent \u00eatre capables de se disperser sur le territoire, afin d&rsquo;aller chercher de la nourriture, de se reproduire et de pondre. Mais le but le plus important de cette dispersion est, selon les \u00e9cologues, d&rsquo;augmenter le flux de g\u00e8nes. C&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00e9viter la consanguinit\u00e9 et d&rsquo;augmenter la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, afin d&rsquo;augmenter la capacit\u00e9 de r\u00e9ponse aux stress environnementaux (pr\u00e9dation, changements climatiques, perte de l&rsquo;habitat, pollution). Enfin, cette dispersion permet aussi de coloniser de nouveaux milieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette capacit\u00e9 de dispersion est donc un param\u00e8tre tr\u00e8s important pour la survie des esp\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9cologues ont d\u00e9fini un param\u00e8tre permettant de mesurer cette dispersion, la \u00ab\u00a0curiosit\u00e9\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0hardiesse\u00a0\u00bb. Plus un individu est curieux\/hardi, plus il aura tendance \u00e0 partir loin de son lieu de naissance et donc plus grande sera la chance qu&rsquo;il puisse trouver un partenaire g\u00e9n\u00e9tiquement diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette curiosit\u00e9 peut se tester en laboratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>On cr\u00e9e une ar\u00e8ne avec une petite chambre ferm\u00e9e en son centre. On place la petite grenouille dans la chambre pendant quelques minutes. Puis on ouvre la chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le comportement de la grenouille est ensuite film\u00e9. On regarde ainsi&nbsp; le temps avant que la grenouille ne bouge, la distance parcourue dans l&rsquo;ar\u00e8ne, ou la surface couverte pendant un certain laps de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut ensuite comparer le comportement de grenouilles qui ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 une ou des substances chimiques, avec celui de grenouilles non expos\u00e9es. Cette comparaison permettra de mettre en \u00e9vidence un effet n\u00e9gatif du\/des polluants, si il existe.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup plus sensibles que des tests sur la survie ou la reproduction, ces essais peuvent \u00eatre effectu\u00e9s avec des concentrations environnementales. En effet, les tests classiques, sur la survie ou la reproduction, n\u00e9cessitent souvent, pour voir des effets, d&rsquo;utiliser des concentrations \u00e9lev\u00e9es, bien au dessus de celles que l&rsquo;on d\u00e9tecte dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces recherches, \u00e0 l&rsquo;interface entre l&rsquo;\u00e9cologie et l&rsquo;\u00e9cotoxicologie, sont donc particuli\u00e8rement importantes pour mieux d\u00e9finir les risques des substances chimiques, et finalement d\u00e9finir des normes environnementales.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Merci \u00e0 Laurent Boualit, doctorant dans notre labo, pour sa relecture attentive et pour m&rsquo;avoir fait mieux conna\u00eetre les amphibiens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Agatz A, Brown CD. 2014. Variability in feeding of Gammarus pulex: moving towards a more standardised feeding assay. Environmental Science Europe 26: 15.<\/p>\n\n\n\n<p>Beyers DW, Farmer MS. 2001. Effects of copper on olfaction of colorado pikeminnow. Environmental Toxicology and Chemistry 20. 907-912.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Une d\u00e9sinfection sans risque?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9sinfection des mains fait partie des gestes barri\u00e8res dans la protection contre la pand\u00e9mie actuelle. Le but n&rsquo;est pas ici de remettre en cause ce principe que j&rsquo;applique moi-m\u00eame chez nous lors de chaque maladie (gastro, grippe ou autre).<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre j&rsquo;aimerais discuter des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9sinfection\">d\u00e9sinfectants<\/a> qui peuvent \u00eatre utilis\u00e9s. Et des risques que certains peuvent poser.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais d&rsquo;abord \u00e0 quoi cela sert-il d&rsquo;en utiliser?<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9sinfectant sert \u00e0 d\u00e9truire les pathog\u00e8nes: virus et bact\u00e9ries principalement.<\/p>\n\n\n\n<p>De loin, les bact\u00e9ries sont les plus difficiles \u00e0 \u00e9liminer. Elles sont capables de d\u00e9velopper tout une s\u00e9rie de m\u00e9canismes pour s&rsquo;adapter et devenir r\u00e9sistantes \u00e0 une ou plusieurs substances chimiques. Et donc avec le temps, ces substances ne sont plus efficaces.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le probl\u00e8me de plus en plus d&rsquo;antiobiotiques. De nombreuses bact\u00e9ries sont devenues <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bact%C3%A9rie_multir%C3%A9sistante\">multi-r\u00e9sistantes<\/a> et il n&rsquo;y a plus beaucoup de m\u00e9dicaments qui peuvent venir \u00e0 bout de certaines souches d&rsquo;<em>Escherichia coli<\/em> ou de staphylocoque dor\u00e9. L&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/mediacentre\/commentaries\/antibiotic-resistance\/fr\/\">OMS<\/a> parle de l&rsquo;entr\u00e9e dans une \u00e8re post-antibiotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9sinfectants utilis\u00e9s pour combattre les bact\u00e9ries doivent donc contenir des substances chimiques tr\u00e8s efficaces, voir il doivent les combiner.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9liminer un virus, tel que le Covid 19, c&rsquo;est plus simple. Il s&rsquo;agit de dissoudre la couche de graisse qui le prot\u00e8ge. Ce pourquoi un bon lavage des mains avec un savon gras est suffisant. L&rsquo;alcool est \u00e9galement efficace.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, les d\u00e9sinfectants que l&rsquo;on trouve sur le march\u00e9 ne sont pas d\u00e9di\u00e9s uniquement \u00e0 la lutte contre les virus. Ils contiennent donc fr\u00e9quemment des substances tr\u00e8s puissantes dont les effets sur l&rsquo;homme et sur l&rsquo;environnement ne sont pas anodins. Surtout si ils sont utilis\u00e9s tr\u00e8s fr\u00e9quemment comme actuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici deux exemples.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons d&rsquo;abord la familles des sels d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ammonium_quaternaire\">ammoniums quaternaires<\/a>. Ils sont beaucoup utilis\u00e9s comme tensioactifs, mais \u00e9galement comme biocides d\u00e9sinfectants.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines mol\u00e9cules contiennent du chlore, comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chlorure_de_benzalkonium\">chlorure de benzalkonium<\/a> (ADBCA). Bact\u00e9ricide, il a \u00e9galement une activit\u00e9 spermicide, ce qui fait qu&rsquo;il est utilis\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/www.vidal.fr\/medicaments\/substances\/benzalkonium-chlorure-525.html\">certaines cr\u00e8mes contraceptives<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit tour dans les commerces environnants m&rsquo;a montr\u00e9 que beaucoup de d\u00e9sinfectants propos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des magasins contiennent du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chlorure_de_did%C3%A9cyldim%C3%A9thylammonium\">chlorure de didecyldimethylammonium<\/a> (DDAC), un autre de ces sels, toujours chlor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Or les sels d&rsquo;ammoniums quaternaires sont sous la loupe des chercheurs depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. On les soup\u00e7onne fortement d&rsquo;\u00eatre des perturbateurs hormonaux. En 2014, <a href=\"https:\/\/vtnews.vt.edu\/articles\/2014\/08\/081414-vetmed-disinfectants.html\">des chercheurs de Virigina Tech<\/a> montrent que la fertilit\u00e9 des souris est affect\u00e9e par l&rsquo;ADBCA et le DDCA. Trois ans plus tard, <a href=\"https:\/\/vtnews.vt.edu\/articles\/2017\/06\/vetmed-birthdefects.html\">la m\u00eame \u00e9quipe<\/a> montre que ces substances provoquent des malformations chez les b\u00e9b\u00e9s souris.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est inqui\u00e9tant. D&rsquo;autant que leur utilisation augmente. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas avant la pand\u00e9mie, puisque les sels d&rsquo;ammoniums quaternaires ont remplac\u00e9, <a href=\"https:\/\/www.sciencesetavenir.fr\/sante\/produits-d-hygiene-et-menagers-faut-il-s-inquieter-des-ammoniums-quaternaires_115884\">dans les cosm\u00e9tiques<\/a>, une autre substance probl\u00e9matique, le triclosan (nous y reviendrons).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces sels sont encore beaucoup plus utilis\u00e9s depuis mars 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9tude men\u00e9e en 2020 par l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Indiana aux Etats-Unis a analys\u00e9 la poussi\u00e8re d&rsquo;appartements dans lequels une d\u00e9sinfection plus ou moins pouss\u00e9e \u00e9tait effectu\u00e9e. La quantit\u00e9 de sels d&rsquo;ammoniums quaternaires \u00e9tait proportionnelle \u00e0 leur utilisation. Avec une m\u00e9diane de 1300 ng\/g de poussi\u00e8re (somme de 18 sels commun\u00e9ment utilis\u00e9s). Les plus hautes concentrations se trouvant dans les appartements \u00ab\u00a0les plus d\u00e9sinfect\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Or la poussi\u00e8re est une voie non n\u00e9gligeable d&rsquo;exposition chez l&rsquo;homme. Notamment pour les petits enfants qui sont souvent au niveau du sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre mol\u00e9cule. Je vous ai parl\u00e9 plus haut d&rsquo;un autre biocide, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Triclosan\">triclosan.<\/a> Il s&rsquo;agit d&rsquo;un organochlor\u00e9, comme le <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/ddt-linvention-providentielle-polluant-mortel\">DDT<\/a> qui a fait l&rsquo;objet du livre de Rachel Carson et qui a conduit aux premi\u00e8res r\u00e9glementations sur les pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>En&nbsp; 2017, <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/une-triclosan-se-retrouve-centre-dune-alerte-sanitaire\">le Temps<\/a> titrait sur les dangers du triclosan. Perturbateur endocrinien, il est \u00e9galement mis en cause dans les cas d&rsquo;inflammation du c\u00f4lon pouvant d\u00e9boucher sur des cancers.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que son usage \u00e9tait en diminution, le triclosan est revenu en force avec la pand\u00e9mie. Certains produits contiennent jusqu&rsquo;\u00e0 10mg\/ml de triclosan, mais ils devraient \u00eatre r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 un usage m\u00e9dical.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs un des probl\u00e8me. Des produits \u00e0 usages m\u00e9dicaux se retrouvent \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s au quotidien par tout un chacun. Qui n&rsquo;est pas forc\u00e9ment au fait des risques que ces substances peuvent poser pour la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;environnement dans tout cela?<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les substances que nous appliquons sur la peau ou sur les surfaces finiront dans l&rsquo;air ou dans l&rsquo;eau. Il serait donc int\u00e9ressant de monitorer le triclosan ou les sels d&rsquo;ammoniums quaternaires dans les eaux us\u00e9es pour voir si leurs concentrations ont augment\u00e9 depuis les derniers mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;instant je n&rsquo;ai pas vu d&rsquo;\u00e9tudes dans ce sens.<\/p>\n\n\n\n<p>En terme de risque, ces substances pr\u00e9sentent les m\u00eames dangers pour les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement, notamment les vert\u00e9br\u00e9s, que pour la sant\u00e9 humaine. S&rsquo;agissant de perturbateurs hormonaux, ils peuvent avoir des effets sur la fertilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que faire? D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 on nous recommande fortement de nous d\u00e9sinfecter les mains fr\u00e9quemment, et d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, beaucoup de produits d\u00e9sinfectants contiennent des substances qui ne sont pas sans danger pour la sant\u00e9 et l&rsquo;environnement, \u00e0 long-terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, j&rsquo;ai choisi de me laver les main avec un savon gras simple si c&rsquo;est possible. Si ce n&rsquo;est pas possible, j&rsquo;ai toujours un flacon de d\u00e9sinfectant simple, \u00e0 base d&rsquo;alcool, que j&rsquo;utilise lorsque je dois d\u00e9sinfecter mes mains ou celles de mon fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense cependant qu&rsquo;il faudrait des r\u00e8gles beaucoup plus claires sur les d\u00e9sinfectants \u00e0 usage r\u00e9gulier, notamment pour ceux qui sont utilis\u00e9s dans les \u00e9coles et dans les cr\u00e8ches.<\/p>\n\n\n\n<p>Des d\u00e9sinfectants sans substances probl\u00e9matiques existent. Ils devraient \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9s dans les lieux qui accueillent des personnes sensibles comme les enfants. Il en va pour moi de leur sant\u00e9 \u00e0 long-terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;environnement s&rsquo;en portera \u00e9galement mieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Zheng G. 2020. Indoor exposure to desinfecting chemicals during the Covid-19 pandemic. <a href=\"https:\/\/scicon2.setac.org\/\">Remote SETAC Conference USA<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">L&rsquo;Europe annonce son ambition d&rsquo;un monde \u00ab\u00a0sans pollution chimique\u00a0\u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une nouvelle qui est pass\u00e9e compl\u00e8tement inaper\u00e7ue. Et pourtant, c&rsquo;est une bonne nouvelle!<\/p>\n\n\n\n<p>Le 14 octobre, la Commission europ\u00e9enne a adopt\u00e9 une <a href=\"https:\/\/ec.europa.eu\/commission\/presscorner\/detail\/fr\/ip_20_1839\">nouvelle strat\u00e9gie<\/a> pour tendre vers un environnement exempt de substances chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus concr\u00e8tement cette strat\u00e9gie \u00ab\u00a0stimulera l&rsquo;innovation en faveur de produits chimiques plus s\u00fbrs et plus durables et renforcera la protection de la sant\u00e9 humaine et de l&rsquo;environnement contre les produits chimiques dangereux. Elle pr\u00e9voit notamment d&rsquo;interdire l&rsquo;utilisation des produits chimiques les plus nocifs dans les produits de consommation tels que les jouets, les articles de pu\u00e9riculture, les cosm\u00e9tiques, les d\u00e9tergents, les mat\u00e9riaux en contact avec des denr\u00e9es alimentaires et les textiles, sauf s&rsquo;ils se r\u00e9v\u00e8lent essentiels pour la soci\u00e9t\u00e9, et de veiller \u00e0 ce que tous les produits chimiques soient utilis\u00e9s de mani\u00e8re plus s\u00fbre et plus durable\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il s&rsquo;agira maintenant de mettre en place des outils concrets et pratiques pour atteindre le but affich\u00e9. Mais n\u00e9anmoins l&rsquo;ambition est l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, la Commission europ\u00e9enne reconna\u00eet l&rsquo;effet des m\u00e9langes et d\u00e9clare qu&rsquo;il doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tel. Apr\u00e8s 20 ans de tergiversations autour de sa prise en compte dans les l\u00e9gislations, il est grand temps.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2006 d\u00e9j\u00e0, l&rsquo;Union europ\u00e9enne r\u00e9volutionne la mise sur le march\u00e9 des substances chimiques en imposant aux producteurs d&rsquo;\u00e9valuer le risque, humain et environnemental, des substances chimiques qu&rsquo;ils mettent sur le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche inverse le fardeau de la preuve. Ce n&rsquo;est plus au scientifique de prouver, apr\u00e8s coup, qu&rsquo;une substance est \u00e0 risque. C&rsquo;est le producteur qui doit montrer qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est pas.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la directive <a href=\"https:\/\/echa.europa.eu\/fr\/regulations\/reach\/understanding-reach\">REACH<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce f\u00fbt un travail titanesque puisque 30&rsquo;000 substances, sur les 120&rsquo;000 sur le march\u00e9 en Europe, devaient \u00eatre ainsi \u00e9valu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, 14 ans apr\u00e8s, force est de constater que REACH n&rsquo;a que partiellement atteint son but.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme <a href=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/2019\/07\/09\/lechec-des-legislation-sur-les-substances-chimiques\/\">je l&rsquo;avait \u00e9crit en juillet 2019<\/a>, les donn\u00e9es fournies par les industries sont souvent incompl\u00e8tes, voir incorrectes. De plus, certains industriels ont r\u00e9ussi \u00e0 contourner la directive et \u00e0 laisser sur le march\u00e9 des substances probl\u00e9matiques, sur la base du principe d&rsquo;exception. Vous pouvez lire \u00e0 ce propos l&rsquo;excellent livre d&rsquo;Henri Boullier \u00ab\u00a0Toxiques L\u00e9gaux\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=TunrpS9XPYQ\">ou voir son interview<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cette nouvelle strat\u00e9gie, la Commission europ\u00e9enne remet l&rsquo;ouvrage sur le m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, selon les chiffres publi\u00e9s par <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2020\/10\/01\/grandes-man-uvres-a-bruxelles-autour-de-la-reglementation-des-produits-chimiques_6054289_3244.html\">le Monde<\/a>, \u00ab\u00a0300 millions de tonnes de substances chimiques sont produites en Europe chaque ann\u00e9e, dont 74% sont consid\u00e9r\u00e9es comme dangereuses pour la sant\u00e9 et\/ou l&rsquo;environnement par l&rsquo;Agence europ\u00e9enne de l&rsquo;environnement\u00a0\u00bb. Ce sont les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phtalate\">phtalates<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parab%C3%A8ne\">parab\u00e8nes<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bisph%C3%A9nol_A\">bisph\u00e9nol-A<\/a>, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e9rons donc que la Commission se donnera les moyens de ses ambitions.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autant qu&rsquo;avant son annonce, cette strat\u00e9gie a fait l&rsquo;objet d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2020\/10\/01\/grandes-man-uvres-a-bruxelles-autour-de-la-reglementation-des-produits-chimiques_6054289_3244.html\">intenses d\u00e9bats<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans \u00e9tonnamment, c&rsquo;est la Direction g\u00e9n\u00e9rale du march\u00e9 int\u00e9rieur et de l&rsquo;industrie qui s&rsquo;y est le plus fermement oppos\u00e9e. Il faut dire que l&rsquo;industrie chimique est la quatri\u00e8me plus grande industrie de l&rsquo;Europe et qu&rsquo;elle emploie <a href=\"https:\/\/ec.europa.eu\/commission\/presscorner\/detail\/fr\/ip_20_1839\">1.2 millions de personnes<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais plus bizarrement, la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la Sant\u00e9 \u00e9tait \u00e9galement fortement oppos\u00e9e \u00e0 cette strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon l&rsquo;ONG Bureau europ\u00e9en de l&rsquo;environnement, rapport\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/www.actu-environnement.com\/ae\/news\/produits-chimiques-strategie-commission-europeenne-tribune-ministres-environnement-36235.php4?fbclid=IwAR2LyMQmKDRgQgR6Ts7jYYS1XO0mhUGeRrvPcZwBL9HE2tvgBPKKh0mg9KQ\">Actu Environnement<\/a>, \u00ab\u00a0une relation malsaine entre la DG sant\u00e9 et la direction g\u00e9n\u00e9rale en charge de l&rsquo;industrie a \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9e par l&rsquo;ancien patron de la Commission Jean-Claude Juncker qui a subordonn\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 la seconde\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc une affaire \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on revient \u00e0 la strat\u00e9gie elle-m\u00eame, un point est int\u00e9ressant. L&rsquo;id\u00e9e est promouvoir des substances chimiques plus s\u00fbres d\u00e8s la conception. Ou plus clairement, de prendre en compte tout le cycle de vie de la mol\u00e9cule, de sa conception \u00e0 sa d\u00e9gradation. C&rsquo;est le concept de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.unesco.org\/new\/fr\/natural-sciences\/science-technology\/basic-sciences\/chemistry\/green-chemistry-for-life\/twelve-principles-of-green-chemistry\/\">chimie verte<\/a>\u00ab\u00a0, qui a \u00e9t\u00e9 beaucoup discut\u00e9 au tournant de si\u00e8cle, mais qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s peu appliqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la Suisse dans tout cela?<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous ne faisons pas partie de l&rsquo;Europe politique, rien ne nous contraint \u00e0 adopter la m\u00eame strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les exemples du pass\u00e9 nous montre que nous sommes en g\u00e9n\u00e9ral observateurs. Nous ne prenons, dans nos l\u00e9gislations, que tr\u00e8s partiellement les nouvelles r\u00e9glementations europ\u00e9ennes sur les substances chimiques. Ou alors tardivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple. Alors que l&rsquo;Union europ\u00e9enne a interdit le bisphenol-A dans les biberons en polycarbonate d\u00e8s 2011, <a href=\"\/\/\/Users\/Nath\/Downloads\/2017-bpa-factsheet-f.pdf\">la Suisse a attendu 2017<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre exemple, le dioxyde de titane (E171) est interdit depuis janvier 2020 en France comme additif alimentaire, et les <a href=\"https:\/\/europeecologie.eu\/additif-cancerigene-pour-une-interdiction-du-e171-en-europe\">d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens se mobilisent<\/a> pour faire de m\u00eame en Europe. Mais ce n&rsquo;est pas un d\u00e9bat en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e9rons cependant que l&rsquo;ambition de l&rsquo;Union europ\u00e9enne d&rsquo;un monde \u00ab\u00a0sans pollution chimique\u00a0\u00bb puisse inspirer la Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><mark class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong>La g\u00e9n\u00e9alogie des substances chimiques<\/strong><\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plus d&rsquo;une ann\u00e9e, les journaux parlent r\u00e9guli\u00e8rement du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chlorothalonil\">chlorothalonil, <\/a>un fongicide class\u00e9 \u00ab\u00a0peut-\u00eatre canc\u00e9rig\u00e8ne\u00a0\u00bb par le <a href=\"https:\/\/www.iarc.fr\/fr\/a-propos-du-circ\/\">Centre international de recherche sur le cancer.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 que de multiples sources d&rsquo;eau soient pollu\u00e9es en Suisse, l&rsquo;eau potable ne pr\u00e9sente pas forc\u00e9ment de risque pour la sant\u00e9. C&rsquo;est le sens du <a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/gov\/fr\/accueil\/documentation\/communiques.msg-id-80397.html\">message du Conseil f\u00e9d\u00e9ral du 14 septembre 2020<\/a>: \u00ab\u00a0<em>Un d\u00e9passement de la concentration maximale autoris\u00e9e en m\u00e9tabolites du chlorothalonil ne repr\u00e9sente pas de danger imminent pour la sant\u00e9. Il s\u2019agit surtout de respecter la valeur maximale afin de garantir \u00e0 titre pr\u00e9ventif la protection de la sant\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 y perdre son latin. Pourquoi donc le risque serait-il minime alors m\u00eame que les d\u00e9passements de la norme sont importants?<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, ce n&rsquo;est pas le chlorothalonil qui pose probl\u00e8me dans les sources d&rsquo;eau potable, mais ses m\u00e9tabolites. En effet, l&rsquo;Office f\u00e9d\u00e9rale de la Sant\u00e9 Publique a d\u00e9cid\u00e9 de classer ces m\u00e9tabolites comme \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.blv.admin.ch\/externallinks\/blv\/fr\/lebensmittel-und-ernaehrung\/lebensmittelsicherheit\/chlorotalonil-blw-relevanz-pflanzenschutzmittel-metaboliten.html\">pertinentes<\/a>\u00a0\u00bb en 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire?<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le chlorothalonil est peut-\u00eatre canc\u00e9rig\u00e8ne, on ne peut pas exclure que ses m\u00e9tabolites ne le soient pas. Et donc, les sources o\u00f9 elles d\u00e9passent la norme de 0.1 microgramme par litre, fix\u00e9e pour l&rsquo;eau potable, doivent \u00eatre soit ferm\u00e9es, soit l&rsquo;eau doit \u00eatre dilu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chlorothalonil lui-m\u00eame ne d\u00e9passe pas les normes.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on feuillette la derni\u00e8re \u00e9dition du \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bfs.admin.ch\/bfs\/fr\/home\/statistiques\/espace-environnement.gnpdetail.2020-0324.html\">Statistique de poche<\/a>\u00a0\u00bb publi\u00e9 par l&rsquo;Office F\u00e9d\u00e9rale de la Statistique, on s&rsquo;aper\u00e7oit que le cas du chlorothalonil n&rsquo;est pas unique. La grande majorit\u00e9 des substances d\u00e9tect\u00e9es en lien avec l&rsquo;agriculture sont des m\u00e9tabolites ou \u00ab\u00a0produits de d\u00e9gradation\u00a0\u00bb (en bleu).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2020\/09\/M\u00e9tabolites-300x264.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-590\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Figure 1: <a href=\"https:\/\/www.bfs.admin.ch\/bfs\/fr\/home\/statistiques\/espace-environnement.gnpdetail.2020-0324.html\">OFS. 2020.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il alors s&rsquo;en inqui\u00e9ter?<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons un peu en arri\u00e8re pour bien comprendre ce qu&rsquo;est une m\u00e9tabolite.<\/p>\n\n\n\n<p>Les substances chimiques dont on entend parler: <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Glyphosate\">glyphosate<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bisph%C3%A9nol_A\">bisphenol A<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chlorpyriphos-%C3%A9thyl\">chlorpyriphos<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parab%C3%A8ne\">parab\u00e8nes<\/a>, sont ce que l&rsquo;on appelle les substances actives. Ce sont elles qui vont donner au produit (pesticide, plastique, cosm\u00e9tique, etc&#8230;) les propri\u00e9t\u00e9s que l&rsquo;on recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais une fois dans l&rsquo;environnement, ces substances ne sont pas stables. Elles vont \u00eatre modifi\u00e9es. Par exemple sous l&rsquo;effet des rayons UV du soleil ou en r\u00e9agissant avec d&rsquo;autres compos\u00e9s chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9gradation la plus importante est li\u00e9e \u00e0 la m\u00e9tabolisation par les organismes vivants, notamment les bact\u00e9ries.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous-m\u00eame nous m\u00e9tabolisons les substances chimiques que nous ing\u00e9rons. Ainsi certains m\u00e9dicaments ne sont pr\u00e9sents sous forme \u00ab\u00a0parente\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 1 ou 2% dans les urines. Le reste l&rsquo;est sous forme de m\u00e9tabolites. Chez nous, c&rsquo;est principalement le foie qui fait ce travail.<\/p>\n\n\n\n<p>En se transformant, les substances chimiques perdent des \u00e9l\u00e9ments. La mol\u00e9cule devient souvent de plus en plus simple.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce fait, plusieurs substances parentes peuvent donner les m\u00eames produits de d\u00e9gradation. Ce qui rend le tra\u00e7age difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Une substance-m\u00e8re peut donc donner naissance \u00e0 5, 10, voir 20 m\u00e9tabolites. Suivant les conditions environnementales, la biologie pr\u00e9sente, etc. Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant que l&rsquo;on d\u00e9tecte beaucoup plus de m\u00e9tabolites que de substances parentes.<\/p>\n\n\n\n<p>La question qui se pose est de savoir si ces m\u00e9tabolites sont aussi toxiques que la substance initiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est l\u00e0 que les choses se corsent. Car comme souvent, les donn\u00e9es d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 et de toxicit\u00e9 manquent.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, les m\u00e9tabolites sont moins toxiques que les substances parentes. C&rsquo;est le cas des substances de d\u00e9gradation de l&rsquo;atrazine, un herbicide du ma\u00efs interdit en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <a href=\"https:\/\/eawag-bbd.ethz.ch\/atr\/atr_map.html\">sch\u00e9ma<\/a> ci-apr\u00e8s montre les cha\u00eenes de d\u00e9gradation possibles en fonction des bact\u00e9ries pr\u00e9sentes. 9 m\u00e9tabolites sont possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;atrazine \u00e9tant un inhibiteur de la photosynth\u00e8se, nous avons test\u00e9 4 m\u00e9tabolites principales sur la croissance des algues. Elles \u00e9taient 20 \u00e0 100 fois moins toxiques que l&rsquo;atrazine lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2020\/09\/Metabolites-2-212x300.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-594\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Figure 2: Cha\u00eenes de d\u00e9gradation possibles de l&rsquo;atrazine (<a href=\"https:\/\/eawag-bbd.ethz.ch\/atr\/atr_map.html\">Eawag<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais parfois, la m\u00e9tabolite est plus toxique que la substance parente.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le cas des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nonylph%C3%A9nol\">nonylph\u00e9nols<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nonylph\u00e9nols poly\u00e9thoxyl\u00e9s sont largement utilis\u00e9s comme tensioactifs dans l&rsquo;industrie. Or dans l&rsquo;environnement, ces longues cha\u00eenes de carbones se fragmentent pour donner des m\u00e9tabolites, les nonylph\u00e9nols. Ceux-ci sont assez stables, mais surtout ils sont bioaccumulables et reprotoxiques. Ce qui a amen\u00e9 \u00e0 leur interdiction en Europe dans les ann\u00e9es 2000. Mais ils sont encore largement utilis\u00e9s dans d&rsquo;autres r\u00e9gions du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2004, Boxall et ses coll\u00e8gues chercheurs ont fait le bilan de ce que l&rsquo;on savait (et que l&rsquo;on ne savait pas) sur les m\u00e9tabolites. Ils concluent du manque important de donn\u00e9es existantes et donnent des pistes pour les recherches \u00e0 mener dans le futur.<\/p>\n\n\n\n<p>En particulier, il faudrait perfectionner les outils de tri existants pour mettre rapidement en \u00e9vidence les m\u00e9tabolites qui pourraient \u00eatre plus toxiques que les substances parentes. Par exemple sur la base d&rsquo;un examen de la structure chimique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait aussi tester les effets des m\u00e9langes, sur le long terme, des substances parentes et des m\u00e9tabolites.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de 15 ans apr\u00e8s ce texte, la recherche n&rsquo;a pas beaucoup avanc\u00e9. Un de frein est la difficult\u00e9 de pr\u00e9dire la d\u00e9gradation des substances chimiques, d\u00e9gradation qui d\u00e9pend fortement des conditions environnementales et des microorganismes pr\u00e9sents.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est aussi souvent impossible de se procurer les m\u00e9tabolites pour les tester. Elles n&rsquo;existent pas sur le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un large pan des mol\u00e9cules chimiques pr\u00e9sentes dans l&rsquo;environnement qui est pour l&rsquo;instant ignor\u00e9, tant au niveau du devenir que des effets toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc urgent de d\u00e9velopper des m\u00e9thodes fiables pour \u00e9valuer dans quelle mesure les m\u00e9tabolites, par exemple celles du chlorothalonil, sont r\u00e9ellement pertinentes!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Boxall et al. 2004. When synthetic chemicals degrade in the environment. Environmental Science and Technology 38. 368A-375A.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Que se passe-t-il dans les cimeti\u00e8res?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, <a href=\"https:\/\/www.franceinter.fr\/sciences\/arretez-tout-nos-corps-ne-se-decomposent-plus\">quelques articles discrets<\/a> se sont fait l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de plus en plus probl\u00e9matique: les corps ne se d\u00e9composent plus dans les cimeti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou plut\u00f4t ils se d\u00e9composent beaucoup, beaucoup plus lentement qu&rsquo;il y a 50 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Au point que dans certains cimeti\u00e8res, on se voit dans l&rsquo;obligation de cr\u00e9er des \u00e9tages. En enterrant les corps d&rsquo;abord tr\u00e8s profonds. Puis en superposant les suivants. Dans d&rsquo;autres cas, des soci\u00e9t\u00e9s proposent d&rsquo;ajouter des substances chimiques pour acc\u00e9l\u00e9rer la d\u00e9composition. <a href=\"https:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2003\/11\/27\/quand-les-macchabees-font-de-la-resistance\">Ce f\u00fbt le cas en Norv\u00e8ge au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les causes qui peuvent <a href=\"https:\/\/www.obseques-organisation.com\/fr\/univers-du-funeraire\/actualites-des-professionnels-du-funeraire\/item\/623-decomposition-corps-cimetiere-inhumation.html\">expliquer<\/a> ce ph\u00e9nom\u00e8ne, deux d&rsquo;entre elles ont retenu mon attention:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>&nbsp;la pollution des sols<\/li><li>&nbsp;notre alimentation et notre m\u00e9dication<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9composition\">d\u00e9composition<\/a> dans les sols est principalement le fait des organismes vivants. Des bact\u00e9ries et des champignons en premier lieu. Mais \u00e9galement des insectes et autres esp\u00e8ces pr\u00e9sentes dans la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Or de nombreuses substances chimiques peuvent ralentir l&rsquo;activit\u00e9 de ces organismes. Elles peuvent m\u00eame les d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense bien s\u00fbr en premier lieu aux pesticides, substances d\u00e9velopp\u00e9es pour avoir une action toxique sur les esp\u00e8ces consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0nuisibles\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cimeti\u00e8res sont de grands consommateurs de pesticides. Avant que la Ville de Lausanne ne devienne une <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/suisse-romande-villes-croisade-contre-pesticides\">ville sans pesticides<\/a>, l&rsquo;utilisation la plus importante \u00e9tait dans le cimeti\u00e8re du <a href=\"https:\/\/www.lausanne.ch\/vie-pratique\/nature\/parc-promenades\/cimetieres\/cimetiere-du-bois-de-vaux.html\">Bois-de-Vaux<\/a>. Pr\u00e8s de 700kg par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Les utilisations principales \u00e9taient le d\u00e9sherbage et la lutte contre les pucerons.<\/p>\n\n\n\n<p>Un anecdote m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e par un jardinier: lors de l&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;utilisation des pesticides, plusieurs personnes se sont plaintes de la qualit\u00e9 du sol dans les all\u00e9es. Leur semelles y adh\u00e9raient. Pourquoi? Sans insecticides, les pucerons \u00e9taient revenus sur les tilleuls et les rosiers. Leur miellat tombait sur les dalles, les rendant collantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un point int\u00e9ressant \u00e0 souligner, les cimeti\u00e8res entretenus \u00ab\u00a0au naturel\u00a0\u00bb sont devenus des <a href=\"https:\/\/www.open-sciences-participatives.org\/actu\/77\">zones de grande diversit\u00e9 biologique en ville<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or malheureusement les pesticides reviennent dans les cimeti\u00e8res par la petite porte. En effet, depuis quelques ann\u00e9es, <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/play\/tv\/mise-au-point\/video\/mise-au-point-ete-2020?id=11464527\">le moustique tigre a fait son apparition en Suisse<\/a>. Vecteur de maladies comme la dengue, il est surveill\u00e9 de pr\u00e8s par les biologistes et les autorit\u00e9s cantonales.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se reproduit dans les eaux stagnantes en quelques heures. Une coupelle d&rsquo;eau suffit \u00e0 son bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vases et autres soucoupes qui se trouvent dans les cimeti\u00e8res constituent un milieu de ponte tr\u00e8s int\u00e9ressant pour le moustique tigre. Ils sont chang\u00e9s de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re et se remplissent d&rsquo;eau \u00e0 la moindre pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;aucuns proposent donc de traiter ces milieux avec des insecticides&#8230;un triste retour en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre facteur pourrait \u00e9galement jouer un r\u00f4le dans le ralentissement de la d\u00e9composition des corps. Ce que notre corps contient au moment de la mise en bi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, tout au long de notre vie, nous consommons des aliments qui contiennent des conservateurs. Et nous utilisons de nombreux cosm\u00e9tiques avec ces m\u00eames conservateurs. Ainsi les fameux <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parab%C3%A8ne\">parab\u00e8nes<\/a> que l&rsquo;on trouve dans les cr\u00e8mes, les shampoings, mais \u00e9galement dans les m\u00e9dicaments. Les E214 \u00e0 E219.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, une partie de ces substances sont \u00e9limin\u00e9es par le corps. Mais une petite partie peut aussi s&rsquo;accumuler dans les graisses, les cheveux, les organes du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Or ces conservateurs sont pour la plupart des bact\u00e9ricides. M\u00eame si aucune \u00e9tude n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sur le sujet, il ne serait pas surprenant que les bact\u00e9ries du sol aient plus mal \u00e0 d\u00e9composer des corps qui contiennent ce type de substances.<\/p>\n\n\n\n<p>Autres compos\u00e9s probl\u00e9matiques, les m\u00e9dicaments. Et notamment les antibiotiques qui sont d\u00e9velopp\u00e9s pour tuer les bact\u00e9ries.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.bfs.admin.ch\/bfs\/fr\/home\/statistiques\/sante\/etat-sante\/general.assetdetail.7486440.html\">Une enqu\u00eate suisse men\u00e9e en 2017<\/a> montre qu&rsquo;une personne sur deux prend des m\u00e9dicaments chaque semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cette \u00e9tude: \u00ab\u00a0le recours aux m\u00e9dicaments a nettement progress\u00e9 au fil du temps: si, en 1992, 38% de la population \u00e2g\u00e9e de 15 ans et plus consommaient au moins un m\u00e9dicament au cours d\u2019une p\u00e9riode de sept jours, cette part atteignait 50% en 2017. Les femmes prennent plus souvent des m\u00e9dicaments que les hommes (55% contre 45%). La part des personnes consommant des m\u00e9dicaments augmente avec l\u2019\u00e2ge et atteint 84% chez celles de 75 ans et plus\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La quantit\u00e9 de m\u00e9dicaments ing\u00e9r\u00e9e est donc tr\u00e8s importante chez les personnes \u00e2g\u00e9es. Un directeur d&rsquo;\u00e9tablissement m\u00e9dico-social me parlait de 5 \u00e0 10 substances par jour distribu\u00e9es \u00e0 ses pensionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut se demander si ce cocktail de m\u00e9dicaments ne pourrait pas jouer un r\u00f4le dans la plus longue conservation des corps dans les sols?<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, ce sujet peut pr\u00eater \u00e0 sourire. On peut imaginer de futurs arch\u00e9ologues, dans 500 ou 1000 ans, d\u00e9couvrant des tombes pleines de momies. Et imaginant que nous avions, en 2020, des techniques de conservation tr\u00e8s sophistiqu\u00e9es&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, je pense que cette observation faite dans les cimeti\u00e8res nous pousse \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux effets sur notre sant\u00e9 des multiples substances chimiques que nous ing\u00e9rons chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Travaux de bachelor mill\u00e9sime 2020<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce semestre de printemps 2020 fut sp\u00e9cial pour l&rsquo;enseignement universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, d\u00e8s le 16 mars, les cours sont pass\u00e9s compl\u00e8tement en ligne, avec la difficult\u00e9 que cela peut repr\u00e9senter pour les enseignants, mais \u00e9galement pour les \u00e9tudiants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a fallu tr\u00e8s rapidement s&rsquo;adapter \u00e0 une autre mani\u00e8re d&rsquo;enseigner et d&rsquo;apprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je pr\u00e9f\u00e8re enseigner en pr\u00e9sentiel et discuter avec mes \u00e9tudiants face-\u00e0-face. Mais cela n&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 possible.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais donc de grandes inqui\u00e9tudes pour le suivi des \u00e9tudiants, notamment concernant les travaux de bachelor.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre Facult\u00e9, les travaux de bachelor sont effectu\u00e9s lors de la 3\u00e8me ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude et doivent \u00eatre rendus avant la fin du semestre de printemps, soit d\u00e9but juin. Le travail s&rsquo;\u00e9tend donc sur une dur\u00e9e de 6 \u00e0 9 mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail personnel de l&rsquo;\u00e9tudiant qui montre ainsi sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser ses connaissances sur un sujet particulier, le plus souvent un sujet qu&rsquo;il a lui-m\u00eame choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc important que l&rsquo;\u00e9tudiant puisse \u00eatre encadr\u00e9 dans sa d\u00e9marche, mais \u00e9galement qu&rsquo;il puisse avoir acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;objet de son \u00e9tude (terrain ou laboratoire) et aux ressources (litt\u00e9rature, rapports, personnes \u00e0 interroger, etc).<\/p>\n\n\n\n<p>Or entre mars et mai, cela f\u00fbt tr\u00e8s compliqu\u00e9. Les laboratoires et les biblioth\u00e8ques \u00e9taient ferm\u00e9s, le terrain interdit, et les personnes \u00e0 interviewer souvent difficiles \u00e0 joindre.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, les conditions n&rsquo;\u00e9taient pas id\u00e9ales pour effectuer un bon travail de bachelor.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes craintes ont rapidement \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9es en lisant les rapports des \u00e9tudiants que j&rsquo;ai suivi, tous de tr\u00e8s bonne qualit\u00e9. J&rsquo;ai moi-m\u00eame appris des choses int\u00e9ressantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux \u00e9tudiants se sont pench\u00e9s sur la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau en macropolluants, soit phosphore et azote. Ces deux compos\u00e9s sont utilis\u00e9s dans les engrais appliqu\u00e9s sur les champs et peuvent finir dans les eaux souterraines et dans les eaux de surface. On les trouve \u00e9galement dans les eaux us\u00e9es. R\u00e9guli\u00e8rement, l&rsquo;azote, notamment sous forme ammoniacale, provoque des mortalit\u00e9 piscicoles. <a href=\"https:\/\/www.fr.ch\/daec\/pollutions\/actualites\/plus-de-500-poissons-sont-morts-suite-a-la-pollution-de-la-sonnaz\">Ce f\u00fbt le cas dans la Sonnaz (FR) en 2019<\/a>. Cette rivi\u00e8re a re\u00e7u des r\u00e9sidus de m\u00e9thanisation d&rsquo;une usine de biogaz entrainant la mort de plus de 500 poissons. Le phosphore est lui responsable de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eutrophisation\">eutrophisation<\/a> des milieux aquatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux compos\u00e9s sont donc importants \u00e0 suivre dans les cours d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Christophe Reis s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la Baie de Clarens dont le bassin versant est mixte: il contient une zone foresti\u00e8re, une zone agricole et une zone urbaine. Christophe a trouv\u00e9 que la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau se p\u00e9jorait d&rsquo;amont en aval, mais que les concentrations de phosphore et d&rsquo;azote restaient bien en dessous des crit\u00e8res de qualit\u00e9. La qualit\u00e9 de l&rsquo;eau de la rivi\u00e8re, pour ces deux compos\u00e9s, \u00e9tait bonne \u00e0 tr\u00e8s bonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Christophe a \u00e9galement test\u00e9 deux m\u00e9thodes de mesure pour les analyses. Une m\u00e9thode tr\u00e8s simple, avec des bandelettes qui changent de couleur en fonction de la concentration, et une m\u00e9thode plus sophistiqu\u00e9e, effectu\u00e9e au laboratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que la m\u00e9thode simple, que nous utilisons volontiers pour les visites grand public, ne donnait pas de r\u00e9sultats fiables.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame constatation faite par Johan Guignet qui s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la Basse Venoge. Les bandelettes ne permettaient pas une interpr\u00e9tation scientifique pr\u00e9cise.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant cette rivi\u00e8re-l\u00e0, Johan a constat\u00e9 de nombreux d\u00e9chets en aval de la station d&rsquo;\u00e9puration de Bussigny. En temps pluie, des rejets d&rsquo;eaux us\u00e9es m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 des eaux de ruissellement peuvent se produire, entra\u00eenant une pollution du milieu naturel par des r\u00e9sidus divers et vari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Un occasion de rappeler qu&rsquo;aucun d\u00e9chet solide (lingettes, masques, gants) ne doit finir dans les toilettes, ni sur la chauss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapha\u00ebl M\u00fcller s&rsquo;est quant-\u00e0 lui int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la pollution du Rhin. B\u00e2le est une ville connue pour son industrie chimique et pharmaceutique et la question se posait de l&rsquo;influence de cette production sur la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau du Rhin.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup d&rsquo;entre nous avons encore en m\u00e9moire les images de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Catastrophe_de_Schweizerhalle\">incendie de Schweizerhalle<\/a> en novembre 1986. Des pesticides, entrain\u00e9s par les eaux d&rsquo;extinction, ont fini leur course dans le Rhin et ont tu\u00e9 toute la vie sur des centaines de kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son travail, bas\u00e9 sur des donn\u00e9es collect\u00e9es aupr\u00e8s du service de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.aue.bs.ch\/\">environnement du canton de B\u00e2le<\/a>, Rapha\u00ebl a montr\u00e9 que la majorit\u00e9 des substances cherch\u00e9es et d\u00e9tect\u00e9es sont rejet\u00e9es dans le Rhin par la station d&rsquo;\u00e9puration de B\u00e2le. Elles sont donc \u00e9mises par nos activit\u00e9s quotidiennes, par exemple notre consommation de m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour quelques substances cependant, la source industrielle est pr\u00e9pond\u00e9rante, ce qui rappelle l&rsquo;importance de mettre en place un traitement des eaux industrielles r\u00e9siduelles. Ce qui est encore trop rarement fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre domaine, Justine Chaubert et Mathilde Ley se sont pench\u00e9es sur l&rsquo;histoire du Valais&#8230;et de ses pollutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des travaux essentiellement bibliographiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles ont compil\u00e9 des rapports ou de la litt\u00e9rature existants.<\/p>\n\n\n\n<p>Justine Chaubert s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e au mercure. D\u00e8s 1909, l&rsquo;entreprise <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lonza\">Lonza<\/a> s&rsquo;installe \u00e0 Vi\u00e8ge dans le but de produire des substances chimiques. <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/regions\/valais\/9359659-lonza-et-le-valais-savaient-pour-la-pollution-au-mercure-depuis-40-ans.html\">Durant 40 ans,<\/a> entre 1930 et 1970, Lonza va d\u00e9verser des tonnes de ce m\u00e9tal dans le \u00ab\u00a0Grossgrundkanal\u00a0\u00bb, polluant le Rh\u00f4ne, sa nappe et m\u00eame le L\u00e9man.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les concentrations dans le L\u00e9man ont diminu\u00e9 suite \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat du rejet de ce m\u00e9tal, des concentrations tr\u00e8s importantes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9es dans les sols en Haut-Valais. Les <a href=\"https:\/\/www.vs.ch\/web\/sen\/actualite\/-\/asset_publisher\/4amj2A20XDh0\/content\/pollution-au-mercure-accord-sur-la-repartition-des-couts-des-assainissements-des-sols\/529400?inheritRedirect=false&amp;redirect=https%3A%2F%2Fwww.vs.ch%3A443%2Fweb%2Fsen%2Factualite%3Fp_p_id%3D101_INSTANCE_4amj2A20XDh0%26p_p_lifecycle%3D0%26p_p_state%3Dnormal%26p_p_mode%3Dview%26p_p_col_id%3D_118_INSTANCE_lgD4T5fdlVTg__column-1%26p_p_col_count%3D1\">co\u00fbts li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;assainissement des surfaces ont \u00e9t\u00e9 estim\u00e9 en 2017 \u00e0 51 millions de francs<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais une autre pollution, \u00e9galement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entreprise Lonza, a r\u00e9cemment d\u00e9fray\u00e9 la chronique. Mathilde Ley s&rsquo;est ainsi pench\u00e9e sur le cas de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Benzidine\">benzidine<\/a>, une substance canc\u00e9rig\u00e8ne utilis\u00e9e dans la synth\u00e8se de colorants. Cette substance est issue de la d\u00e9charge de <a href=\"https:\/\/canal9.ch\/gamsenried-une-decharge-sous-haute-surveillance\/\">Gamsenried<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9charge, situ\u00e9e sur la commune de Brig-Glis, a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par Lonza de 1918 \u00e0 1978. Les d\u00e9chets de l&rsquo;usine \u00e9taient ainsi rejet\u00e9s par une conduite directement dans la d\u00e9charge. Parall\u00e8lement, 1.5 millions de m3 de chaux ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vers\u00e9s, pour stabiliser le tout. Le pH se situe donc actuellement entre 10 et 12; le milieu est fortement basique. A titre de comparaison, de pH d&rsquo;une eau de surface est autour de 7.5.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/suisse\/apres-rhone-benzidine-puits-dirrigation\">D\u00e8s 2019, des concentrations \u00e9lev\u00e9es de benzidine sont mesur\u00e9es dans la d\u00e9charge et aux abords de celle-ci<\/a>. Ceci est apparemment d\u00fb \u00e0 une remont\u00e9e de la nappe dans la d\u00e9charge qui \u00e9tait auparavant confin\u00e9e. Pour emp\u00eacher des inondations, l&rsquo;eau de la d\u00e9charge est pomp\u00e9e et rejet\u00e9e dans le Rh\u00f4ne, diluant la benzidine dans le milieu naturel.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/suisse\/valais-pollution-benzidine-modifie-habitudes\">En f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e<\/a>, on apprenait que les rejets d&rsquo;eau pollu\u00e9s avec de la benzidine devrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avenir&#8230;affaire \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avant-dernier travail porte sur la pollution des eaux par les microplastiques. C&rsquo;est \u00e9galement un travail bibliographique, appuy\u00e9 par des interviews.<\/p>\n\n\n\n<p>Vidhi Kamar conclut que peu d&rsquo;\u00e9tudes existent sur les microplastiques dans les eaux douces, comme les lacs et rivi\u00e8res suisses. Notamment parce que les approches pour effectuer les analyses ne sont pas encore bien \u00e9tablies. Et quasi aucune \u00e9tude n&rsquo;existe sur les risques des microplastiques sur le vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les derni\u00e8res \u00e9tudes en date montrent que les <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/pneus-voiture-premiers-pollueurs-eaux-plastique\">r\u00e9sidus de pneus<\/a> seraient des sources non n\u00e9gligeables de pollution des eaux par les microplastiques&#8230;affaire \u00e0 suivre \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier travail, \u00e9crit par Marianne Violot, porte sur l&rsquo;influence des lobby sur le monde agricole. Travail tr\u00e8s compliqu\u00e9 \u00e0 mener, consid\u00e9rant le manque de <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/suisse\/10301087--les-plus-grands-lobbyistes-ce-sont-les-parlementaires-eux-memes-.html\">transparence sur le lobbying<\/a> en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base d&rsquo;interviews, Marianne s&rsquo;est \u00e9galement int\u00e9ress\u00e9e aux avantages, mais \u00e9galement aux probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;agriculture biologique. Elle a trouv\u00e9 que m\u00eame l&rsquo;agriculture biologique peut \u00eatre influenc\u00e9e par des lobbies.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai retranscris ci-dessus ce que j&rsquo;ai retenu de ces travaux. Mes propos n&rsquo;engagent pas leurs auteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapports de fin de cycle, les travaux de bachelor sont souvent assez fouill\u00e9s. Et tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement j&rsquo;apprends des choses int\u00e9ressantes gr\u00e2ce \u00e0 eux. Parfois m\u00eame cela me donne des id\u00e9es de recherche pour le futur.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la p\u00e9riode compliqu\u00e9e que nous avons travers\u00e9e, les&nbsp; \u00e9tudiants ont su se montrer consciencieux, inventifs et flexibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Bravo \u00e0 ce mill\u00e9sime 2020!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chaubert J. 2020. La pollution du Rh\u00f4ne par le mercure. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Guignet J<strong>.<\/strong> La qualit\u00e9 chimique de l&rsquo;eau de la Basse Venoge. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Kamdar V. 2020. Evaluation des connaissances de la pollution plastique dans le L\u00e9man. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ley M. 2020. La benzidine et le Haut-Valais. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00fcller R. L&rsquo;influence de B\u00e2le en tant que ville industrielle chimique et pharmaceutique sur la pollution du Rhin. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Reis C. 2020. L&rsquo;impact de l&rsquo;urbanisation sur un cours d&rsquo;eau. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Violot M. 2020. Transition en agriculture biologique: un monde agricole contraint par les lobbies agroalimentaires. Bachelor. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Parlons d&rsquo;un sujet qui f\u00e2che\u2026l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une chose me frappe pendant cette pand\u00e9mie. Les tests sur les animaux ne sont plus tabous.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/singes-infectes-covid-semblent-developper-une-immunite\">Des singes ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9s par le Covid pour \u00e9valuer leur immunit\u00e9.<\/a> Cela ne semble \u00e9mouvoir personne alors que nous voterons prochainement \u00e0 nouveau en Suisse sur une <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/suisse\/10298536-les-suisses-voteront-une-nouvelle-fois-sur-l-experimentation-animale.html\">initiative contre l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Soyons honn\u00eates, au cours du d\u00e9veloppement d&rsquo;un m\u00e9dicament ou d&rsquo;un vaccin, on proc\u00e8de \u00e0 des tests sur les animaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Idem pour \u00e9valuer le risque des substances chimiques, que ce soit pour l&rsquo;homme, ou pour les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe certes des mod\u00e8les, qui permettent de faire des pr\u00e9dictions quant \u00e0 la toxicit\u00e9 ou l&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 d&rsquo;une substance, mais ils ne permettent que de faire un tri. Les effets des polluants ne se laissent pas si facilement d\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est un des reproche fait r\u00e9guli\u00e8rement aux tests d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 effectu\u00e9s lors des proc\u00e9dures de mise sur le march\u00e9 des substances chimiques. Ces tests ne sont pas assez r\u00e9alistes et ne refl\u00e8tent pas l&rsquo;exposition \u00ab\u00a0r\u00e9elle\u00a0\u00bb, \u00e0 long-terme des esp\u00e8ces vivantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette absence de r\u00e9alisme a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement critiqu\u00e9e dans le cas des pesticides n\u00e9onicotino\u00efdes et de leurs effets sur les abeilles. <a href=\"https:\/\/www.actu-environnement.com\/ae\/news\/Abeilles-UE-impasse-durcir-tests-homologation-pesticides-33439.php4\">Les tests actuels \u00e9tant des tests tr\u00e8s courts, ils ne refl\u00e9tent pas les effets d&rsquo;une exposition \u00e0 des faibles doses sur le long-terme<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour prot\u00e9ger les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement, il est donc n\u00e9cessaire de faire des tests d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 sur des esp\u00e8ces de laboratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a cependant aucun plaisir \u00e0 faire des exp\u00e9riences avec des animaux. C&rsquo;est important de le souligner.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de ma th\u00e8se, j&rsquo;ai remerci\u00e9 les centaines de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daphnia_magna\">daphnies<\/a>, un microcrustac\u00e9, que j&rsquo;avais expos\u00e9es \u00e0 un pesticide.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces tests d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 ne sont cependant pas faits dans n&rsquo;importe quelles conditions.<\/p>\n\n\n\n<p>La <a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/opc\/fr\/classified-compilation\/20022103\/index.html\">Loi suisse sur la protection animale<\/a> est la plus stricte au monde. Elle s&rsquo;appuie sur les <a href=\"https:\/\/www.recherche-animale.org\/decouvrir-la-recherche-animale\/lethique-de-la-recherche\/3-r\">3R<\/a> (en anglais: Replacement, Reduction, Refinement<em>)<\/em>, soit substituer avec des mod\u00e8les si possible, r\u00e9duire le nombre d&rsquo;animaux test\u00e9s et am\u00e9liorer les conditions de tests.<\/p>\n\n\n\n<p>Les photos montrant des souris ou des grenouilles \u00e9cartel\u00e9es datent d&rsquo;une autre \u00e9poque. De tels tests ne se font plus chez nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous travaillons actuellement avec des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Xenopus_laevis\">X\u00e9nopes<\/a>, des grenouilles d&rsquo;Afrique du Sud, qui sont commun\u00e9ment utilis\u00e9es au laboratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>En Suisse, la plupart des <a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/biodiversite\/publications\/publications-biodiversite\/liste-rouge-amphibiens.html\">amphibiens sont sur liste rouge<\/a>. Diff\u00e9rents facteurs sont point\u00e9s du doigt pour expliquer cette diminution des esp\u00e8ces, dont les pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>Les tests sur les X\u00e9nopes servent donc \u00e0 comprendre le risque que ces substances peuvent pr\u00e9senter pour les amphibiens.<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le de l&rsquo;\u00e9criture du projet de recherche, nous avons \u00e9crit une demande \u00ab\u00a0\u00e9thique\u00a0\u00bb aupr\u00e8s du Service v\u00e9t\u00e9rinaire cantonal pour effectuer ces tests. C&rsquo;est la proc\u00e9dure normale en Suisse. L&rsquo;acceptation de cette demande nous a pris 6 mois.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord il faut remplir un formulaire tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 sur les tests envisag\u00e9s. Ce formulaire doit \u00eatre examin\u00e9 par le v\u00e9t\u00e9rinaire cantonal et par une commission d&rsquo;\u00e9thique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux-ci rel\u00e8vent les points qui posent probl\u00e8mes. Nous devons les argumenter ou changer le protocole.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une longue proc\u00e9dure, tr\u00e8s stricte, mais n\u00e9cessaire pour bien encadrer la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains points me posent toutefois question.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, la r\u00e9glementation suisse ne concerne que les vert\u00e9br\u00e9s. Au laboratoire, vous pouvez tester sans probl\u00e8mes des algues, des plantes, des microcrustac\u00e9s comme les daphnies ou des abeilles.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e derri\u00e8re est que ces organismes n&rsquo;ont pas de syst\u00e8me nerveux, donc ne souffrent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais est-ce bien vrai?<\/p>\n\n\n\n<p>Le test d&rsquo;\u00e9vitement sur les vers-de-terre nous interroge \u00e0 ce propos. Lorsque vous mettez ces vers en pr\u00e9sence de deux compartiments, l&rsquo;un pollu\u00e9, l&rsquo;autre pas, ils choisissent de se r\u00e9fugier dans celui qui ne l&rsquo;est pas.<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;est-ce pas une indication qu&rsquo;ils rep\u00e8rent le danger et donc la souffrance potentielle?<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ailleurs les d\u00e9capodes, comme les poulpes, viennent d&rsquo;\u00eatre ajout\u00e9s \u00e0 la liste des esp\u00e8ces concern\u00e9es par la loi en Suisse. Et au fur et \u00e0 mesure des connaissances, d&rsquo;autres esp\u00e8ces s&rsquo;y ajouteront encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez nous, au laboratoire, nous avons ainsi adopt\u00e9 les \u00ab\u00a0m\u00eames r\u00e8gles\u00a0\u00bb pour toutes les esp\u00e8ces, \u00e0 tous les stades de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons-le, tester des esp\u00e8ces vivantes n&rsquo;est pas un plaisir. Mais c&rsquo;est n\u00e9cessaire pour \u00e9valuer le risque des substances chimiques de mani\u00e8re \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb. Donc nous le faisons avec le plus de respect possible pour le vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre point me semble important. Tous les pays ne sont pas aussi strictes que la Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>La tendance est donc, pour certains industriels, mais \u00e9galement pour certains chercheurs, \u00e0 d\u00e9localiser les tests. Est-ce dont vers cela que nous voulons tendre? Ne plus faire d&rsquo;exp\u00e9riences chez nous pour les faire ailleurs o\u00f9 on ne les voit pas?<\/p>\n\n\n\n<p>La mise sur le march\u00e9 des substances chimiques et leur surveillance n\u00e9cessite malheureusement de faire des tests sur les organismes vivants. Leur \u00ab\u00a0sacrifice\u00a0\u00bb est n\u00e9cessaire pour prot\u00e9ger notre sant\u00e9 et la biosph\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les alternatives seraient de ne pas faire de tests, et donc de mettre sur le march\u00e9 des substances potentiellement dangereuses, ou d&rsquo;interdire toutes les substances chimiques. Ce qui n&rsquo;est pas envisageable actuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9cotoxicologues doivent donc trouver un difficile \u00e9quilibre entre assurer au mieux le bien-\u00eatre des animaux de laboratoire et effectuer des tests repr\u00e9sentatifs pour prot\u00e9ger les animaux dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un casse-t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">La recherche\u2026en virtuel<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>a semaine pass\u00e9e j&rsquo;\u00e9tais en conf\u00e9rence \u00e0 Dublin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous rassure&#8230;virtuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Car tout se fait virtuellement en ce moment, m\u00eame les travaux pratiques que nous donnons aux \u00e9tudiants&#8230;ce qui est assez \u00e9trange quand on sait que pour la pratique il faut toucher, manipuler, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons \u00e0 cette conf\u00e9rence. Il s&rsquo;agissait de la r\u00e9union annuelle de la branche europ\u00e9enne de la <a href=\"https:\/\/www.setac.org\/default.aspx\">SETAC<\/a> (Society of Environmental Toxicology and Chemistry).<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a environ 1500 participants, 8 sessions parall\u00e8les de pr\u00e9sentations orales et plus de 1000 posters.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;y rends tous les 4 ans, ce qui correspond \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la dur\u00e9e d&rsquo;un doctorat&#8230;c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des id\u00e9es de recherche. En effet, si on s&rsquo;y rend tous les ans, on ne voit pas beaucoup de nouvelles id\u00e9es appara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>La science est un long fleuve tranquille avec des \u00ab\u00a0mainstreams\u00a0\u00bb, courants majeurs, qui ne varient que tr\u00e8s lentement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi il y a quelques ann\u00e9es, la mode \u00e9tait aux effets des m\u00e9langes de substances chimiques. Maintenant ces sont les m\u00e9thodes OMICS qui ont la cote. Elles regroupent des analyses de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration telles que <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prot%C3%A9omique\">prot\u00e9omique<\/a> (\u00e9tude de l&rsquo;ensemble des prot\u00e9ines d&rsquo;un organisme) ou encore <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9nomique\">g\u00e9nomique<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, toujours peu de recherche sur les amphibiens ou les reptiles, dont beaucoup d&rsquo;esp\u00e8ces sont sur liste rouge. Et qui m\u00e9riteraient d&rsquo;\u00eatre plus \u00e9tudi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je consacrerai un jour un post aux ph\u00e9nom\u00e8nes de mode dans la recherche, modes qui ne sont pas toujours en lien avec les sujets qui devraient \u00eatre trait\u00e9s en priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc pour la premi\u00e8re fois, cette conf\u00e9rence \u00e9tait virtuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les organisateurs ont fait un travail consid\u00e9rable en mettant tout en ligne, et une certaine interactivit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 recr\u00e9e par des sessions en lignes de 45 minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;une d&rsquo;elle nous \u00e9tions 122. Difficile pour les mod\u00e9rateurs de g\u00e9rer la session: certaines personnes parlent sans y \u00eatre invit\u00e9es, ou un dialogue se cr\u00e9e dans le \u00ab\u00a0chat\u00a0\u00bb en parall\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais globalement, \u00e7a n&rsquo;a pas trop mal fonctionn\u00e9. Et j&rsquo;ai quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 me mettre \u00e0 jour sur certaines m\u00e9thodes ou \u00e0 voir certaines \u00e9tudes int\u00e9ressantes.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;en ai s\u00e9lectionn\u00e9 trois que je voulais vous pr\u00e9senter.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e au Canada. Samantha Athey s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e aux fibres issues de nos jeans et qui sont rejet\u00e9es dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la plupart d&rsquo;entre nous portons ou avons port\u00e9 des jeans. Il s&rsquo;en vend 450 millions de paires aux USA chaque ann\u00e9e. Baggy, cigarette, slim, le jeans fait partie de la garde-robe de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Or les jeans perdent des fibres lors des lavages. Celles-ci peuvent \u00eatre synth\u00e9tiques ou naturelles, mais surtout sont charg\u00e9es de beaucoup de produits chimiques comme des colorants (indigo) ou des retardateurs de flamme (et bien oui, il ne faudrait pas que les jeans prennent feu).<\/p>\n\n\n\n<p>Samantha est all\u00e9e chercher ces fibres dans des eaux us\u00e9es de stations d&rsquo;\u00e9purations, dans des s\u00e9diments et dans des estomacs de poissons, ceci proche de Toronto mais aussi dans l&rsquo;Oc\u00e9an Arctique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et elle a trouv\u00e9 des fibres de denim partout. Ils repr\u00e9sentent 40% des fibres retrouv\u00e9es dans les poissons et pr\u00e8s de 40% de celles trouv\u00e9es dans les s\u00e9diments.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle conclut en disant que chaque canadien (et certainement chaque Suisse) rejette 12.5 millions de fibres indigo dans les eaux chaque ann\u00e9e. Ce qui est une source de pollution non n\u00e9gligeable, m\u00eame si on ne conna\u00eet pas encore les effets de ces fibres et des substances qu&rsquo;elles contiennent sur l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul doute qu&rsquo;apr\u00e8s avoir lu ce poster, on regarde ses jeans diff\u00e9remment.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre \u00e9tude m&rsquo;a paru \u00e9galement tr\u00e8s int\u00e9ressante et surtout innovante. Katherine Pedersen s&rsquo;est pench\u00e9e sur les effets conjoints de substances chimiques et d&rsquo;organismes pathog\u00e8nes chez les insectes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi c&rsquo;est innovant?<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que les chercheurs restent souvent cantonn\u00e9s \u00e0 leur domaine. On va regarder les effets des substances chimiques ensemble ou des pathog\u00e8nes ensemble. Mais rarement on croise les stresseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se est que l&rsquo;un des stresseurs (les substances chimiques ) va rendre l&rsquo;organisme plus sensible \u00e0 l&rsquo;autre stresseur (les pathog\u00e8nes).<\/p>\n\n\n\n<p>Katherine a r\u00e9-analys\u00e9 70 publications sur les insectes avec des mod\u00e8les de m\u00e9langes, et elle a montr\u00e9 que dans la plupart des cas, les deux stresseurs agissent de mani\u00e8re synergiques. C&rsquo;est \u00e0 dire que l&rsquo;exposition \u00e0 l&rsquo;un amplifie bien l&rsquo;effet de l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude vient donc renforcer l&rsquo;id\u00e9e que ce sont bien les stresseurs multiples qui posent probl\u00e8me, par exemple dans la disparition des abeilles, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement dans la baisse de la biodiversit\u00e9 mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Par stresseurs multiples on entend les substances chimiques, mais \u00e9galement les changements de temp\u00e9rature ou les stress hydriques li\u00e9s aux changements climatiques, les pathog\u00e8nes, etc&#8230; Stresseurs qui devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s conjointement.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin la derni\u00e8re \u00e9tude dont je voulais vous parler porte un nom \u00e9vocateur \u00ab\u00a0Silent Amazon\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Andreu Rico a recherch\u00e9 40 substances chimiques le long du fleuve Amazone au Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, je lui tire mon chapeau.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, bien au chaud dans nos laboratoires en Suisse, nous oublions parfois que la recherche dans certaines r\u00e9gions du monde peut \u00eatre difficile, en raison des conditions locales de terrains, mais aussi en raison des conditions g\u00e9o-politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc rare de voir une \u00e9tude aussi pouss\u00e9e sur ce fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les 40 substances recherch\u00e9es, Andreu a trouv\u00e9 beaucoup de substances psychotropes (licites et illicites) et de m\u00e9dicaments. Et il y a certainement bien d&rsquo;autres mol\u00e9cules dans l&rsquo;Amazone car il n&rsquo;en a cherch\u00e9 que 40.<\/p>\n\n\n\n<p>Par mod\u00e9lisation, il a montr\u00e9 que les substances d\u00e9tect\u00e9es pr\u00e9sentaient un risque pour 60 \u00e0 70% des esp\u00e8ces, ceci surtout en aval des villes. Do\u00f9 le titre choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa prochaine \u00e9tape est de faire le lien avec la biodiversit\u00e9 dans le fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, cette conf\u00e9rence \u00e0 Dublin, bien que virtuelle, a \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressante.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il manquait les \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb interactions, les caf\u00e9s\/th\u00e9s\/bi\u00e8res partag\u00e9s, qui sont souvent la source de nos id\u00e9es dans la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Athey, S.N. et al. 2020. The global environmental footprint of indigo denim microfibers. Poster. SETAC Europe 30th. Dublin. 3-7 May 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Pedersen, K.E. et al. 2020. Quantifying synergistic interactions between pathogens and<br>chemicals on mortality in invertebrates? Poster. SETAC Europe 30th. Dublin. 3-7 May 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Rico, A. et al. 2020. Silent Amazon. Presence and risks of anthropogenic contaminants in the Amazon River. Poster. SETAC Europe 30th. Dublin. 3-7 May 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Communiquer sur le risque des substances chimiques au temps du Covid-19<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce post sera un peu diff\u00e9rent de mes posts habituels. Il r\u00e9sume mes r\u00e9flexions pendant cette p\u00e9riode particuli\u00e8re que nous impose la lutte contre le Covid-19.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, si il y a encore quelques mois, nombres d&rsquo;articles de presse ou de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s parlaient de pollution environnementale et de ses cons\u00e9quences sur l&rsquo;homme et la biodiversit\u00e9, vous avez certainement constat\u00e9, comme moi, que les propos actuels focalisent quasi-exclusivement sur le Covid-19.<\/p>\n\n\n\n<p>Or la pollution n&rsquo;a pas diminu\u00e9. On d\u00e9tecte toujours des pesticides, cosm\u00e9tiques et m\u00e9dicaments dans les eaux de surface. Des perturbateurs hormonaux sont toujours pr\u00e9sents dans les plastiques, et des additifs, comme le <a href=\"\/\/pages.rts.ch\/emissions\/abe\/10765753-e171-e551-vous-reprendrez-bien-quelques-additifs.html\">dioxyde de titane<\/a>, sont toujours sur la sellette concernant le danger qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent pour notre sant\u00e9, particuli\u00e8rement celles de nos enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n&rsquo;est plus une priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, donc, continuer \u00e0 parler du risque que pr\u00e9sentent ces substances pour l&rsquo;environnement et pour l&rsquo;homme, alors que l&rsquo;attention du public et du politique est focalis\u00e9e ailleurs? Avec des inqui\u00e9tudes li\u00e9es \u00e0 sa sant\u00e9, celle de ses proches, mais \u00e9galement li\u00e9es aux incertitudes \u00e9conomiques de l&rsquo;apr\u00e8s confinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que mon propos va sembler d\u00e9plac\u00e9? Comme lorsque j&rsquo;ai mentionn\u00e9 l&rsquo;utilisation des d\u00e9sinfectants dans les rues en Chine et ailleurs, qui me semble poser plus de probl\u00e8mes qu&rsquo;elle n&rsquo;en r\u00e9sout.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou est-ce que mes propos sur les effets des substances chimiques vont para\u00eetre futiles compar\u00e9s aux effets du Covid-19?<\/p>\n\n\n\n<p>Et surtout comment continuer \u00e0 convaincre qu&rsquo;il faut agir.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Aux-Etats-Unis-en-raison-du-coronavirus-l-administration-suspend-les-controles\">On l&rsquo;a lu<\/a>, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain a d\u00e9cid\u00e9 de suspendre les contr\u00f4les environnementaux (pollution de l&rsquo;air, pollution de l&rsquo;eau) pendant la pand\u00e9mie et au del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne sommes pas aux USA, mais de nombreuses personnes s&rsquo;inqui\u00e8tent que la reprise \u00e9conomique se fasse au d\u00e9triment de l&rsquo;environnement. <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2020\/04\/16\/le-green-deal-europeen-a-l-epreuve-du-coronavirus_6036728_3210.html\">Le Monde<\/a> soulignait ainsi que de fortes pressions s&rsquo;exercent \u00e0 Bruxelles pour r\u00e9duire les ambitions du Green Deal europ\u00e9en sur le climat, les transports ou l&rsquo;agriculture.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l&rsquo;exemple des plastiques. Depuis quelques ann\u00e9es, nous nous \u00e9mouvons des continents de plastiques que l&rsquo;on trouve dans les oc\u00e9ans. Au point que de nombreux pays ont interdits les plastiques jetables. De m\u00eames certaines villes suisses les ont bannis comme <a href=\"https:\/\/www.rtn.ch\/rtn\/Actualite\/Region\/20200225-Plastique-jetable-indesirable-a-Neuchatel.html\">Neuch\u00e2tel<\/a> ou <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/regions\/geneve\/10383800-le-plastique-a-usage-unique-sera-banni-de-la-ville-de-geneve-des-2020.html\">Gen\u00e8ve<\/a>. Le \u00ab\u00a0Z\u00e9ro d\u00e9chets\u00a0\u00bb est en vogue et on ne compte plus livres et blogs sur le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;en reste-t-il apr\u00e8s deux mois de pand\u00e9mie?<\/p>\n\n\n\n<p>Le plastique jetable revient en force. Pr\u00e8s de 30% de production en plus pour les emballages selon un article de <a href=\"https:\/\/www.futura-sciences.com\/planete\/actualites\/pollution-coronavirus-va-t-il-nous-engloutir-sous-montagne-dechets-80457\/\">Futura Plan\u00e8te<\/a>. Et avec le jetable reviennent \u00e9galement les d\u00e9charges sauvages.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre en avez-vous fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;ailleurs?<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai pour ma part command\u00e9 un repas par internet, pour soutenir les restaurants locaux (et aussi parce que j&rsquo;en avais un peu marre de cuisiner midi et soir). Tout est arriv\u00e9 sur-emball\u00e9. J&rsquo;ai rempli la moiti\u00e9 de ma poubelle en un soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Exit donc la question des d\u00e9chets plastiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Redeviendra-t-elle d&rsquo;actualit\u00e9 apr\u00e8s la pand\u00e9mie. Je l&rsquo;esp\u00e8re. Mais rien n&rsquo;est gagn\u00e9!<\/p>\n\n\n\n<p>Autre exemple, la question des m\u00e9dicaments dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon premier post f\u00fbt sur la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau potable au robinet. En effet, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de nombreuses \u00e9tudes ont montr\u00e9 qu&rsquo;on y d\u00e9tectait des r\u00e9sidus de pesticides et de m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si, sur la base des connaissances actuelles, des effets sur la sant\u00e9 ne sont pas attendus \u00e0 ces concentrations-l\u00e0, il est questionnant, voir inqui\u00e9tant pour beaucoup de personnes, que notre eau ne soit pas pure.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la pand\u00e9mie actuelle, de nombreux m\u00e9dicaments ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, mais aussi chez les particuliers. Parfois de nouveaux m\u00e9dicaments comme la <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/sciences-tech\/11238116-la-majorite-des-patients-hospitalises-aux-hug-recoivent-de-la-chloroquine.html\">chloroquine<\/a> qui est utilis\u00e9e normalement contre le paludisme.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame des produits d\u00e9sinfectants ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s par le personnel soignant, mais \u00e9galement dans les magasins et \u00e0 la maison, ce qui n&rsquo;est pas habituel. Et cette tendance va perdurer avec le d\u00e9-confinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Attention, je ne remets pas en cause que l&rsquo;on doive se prot\u00e9ger et soigner les malades!<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant est-ce que l&rsquo;on retrouve ces m\u00e9dicaments et certains biocides d\u00e9sinfectants dans les eaux us\u00e9es? Et en quantit\u00e9 plus importante que d&rsquo;habitude? Comme pendant la p\u00e9riode hivernale o\u00f9 les antibiotiques sont plus pr\u00e9sents?<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pour l&rsquo;instant pas d&rsquo;\u00e9tudes sur le sujet. La recherche est \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Et d&rsquo;aucuns diront que cela n&rsquo;est pas une priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant les m\u00e9dicaments se retrouvent ensuite, dans nos eaux de surface. Avec des effets potentiels sur la faune et la flore, et sur la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau de pompage pour l&rsquo;eau potable.<\/p>\n\n\n\n<p>En Suisse, nous avons fait le choix d&rsquo;\u00e9quiper nos stations d&rsquo;\u00e9purations pour traiter les substances chimiques. Ce choix a un <a href=\"https:\/\/www.tdg.ch\/suisse\/eaux-usees-controler-micropolluants\/story\/14369803\">co\u00fbt<\/a>, certes, qui a souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9battu. Mais au vu de la situation actuelle, il semble judicieux d&rsquo;avancer dans cette direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, il est clair que l&rsquo;exposition \u00e0 de nombreuses de substances chimiques fait courir un risque \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain et \u00e0 l&rsquo;environnement. Je pense l&rsquo;avoir mis en \u00e9vidence dans mes diff\u00e9rents posts.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est un risque \u00e0 long-terme. Les effets sont observ\u00e9s apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es, comme la baisse de la fertilit\u00e9, la pubert\u00e9 pr\u00e9coce, certains cancers ou maladies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou encore l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9. Le lien de cause \u00e0 effet est donc tr\u00e8s difficile \u00e0 d\u00e9montrer, d&rsquo;autant que les substances chimiques sont certainement un des facteurs jouant un r\u00f4le dans ces pathologies.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant beaucoup de ces maladies sont des facteurs aggravants pour le Covid-19, comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/suisse\/11241409-surpoids-et-obesite-sont-des-facteurs-a-haut-risque-face-au-covid-19.html\">ob\u00e9sit\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me para\u00eet donc crucial de continuer \u00e0 se pr\u00e9occuper des substances chimiques qui nous entourent, et de continuer \u00e0 en parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Et surtout de continuer \u00e0 agir pour r\u00e9duire notre exposition et celle de l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">La pollution de l&rsquo;air, facteur aggravant du coronavirus?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mi-mars, des chercheurs italiens de la soci\u00e9t\u00e9 italienne de m\u00e9decine environnementale, de l&rsquo;Universit\u00e9 de Bologne et de celle de Bari, ont \u00e9mis l&rsquo;hypoth\u00e8se que la pollution de l&rsquo;air jouait un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la pand\u00e9mie de coronavirus, et notamment sur son impact en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, si on regarde les cartes, la diffusion du virus et sa mortalit\u00e9 sont tr\u00e8s diff\u00e9rents d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces chercheurs ont donc cherch\u00e9 des liens, notamment avec le taux de particules fines dans l&rsquo;atmosph\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les particules fines, on les conna\u00eet. Ce sont celles qui nous obligent \u00e0 rouler moins vite en fin d&rsquo;hiver ou en \u00e9t\u00e9, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a que peu de vent. Ce sont aussi elles qui cr\u00e9ent le smog que l&rsquo;on voit sur les photos en Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont \u00e9mises par des sources diverses et vari\u00e9es. Cela va des fum\u00e9es industrielles \u00e0 la combustion automobile, en passant par la fum\u00e9e de cigarette, ou m\u00eame \u00e0 la cuisson dans sa cuisine. Une grande partie d&rsquo;entre elles sont notamment \u00e9mises par les chauffages des maisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Particules_en_suspension\">particules fines<\/a>, PM pour Particulate Matter, sont class\u00e9es en fonction de leur taille. Les PM2.5 par exemple ont un diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 2.5microm\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus ces particules sont petites, plus elles peuvent s&rsquo;engager loin dans le syst\u00e8me pulmonaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Or suivant le type de particules, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur source d&rsquo;\u00e9mission, elles peuvent \u00eatre plus ou moins toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hydrocarbure_aromatique_polycyclique\">Hydrocarbures aromatiques polycycliques<\/a> ou PAHs. Cette famille de mol\u00e9cules est issue des processus de la combustion du charbon, du p\u00e9trole ou du gaz. Une fois \u00e9mis, les PAHs persistent longtemps dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains membres de cette famille, tel le benzo(a)pyr\u00e8ne, sont tr\u00e8s toxiques, canc\u00e9rig\u00e8nes et mutag\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc sachant que ces mol\u00e9cules p\u00e9n\u00e8trent tr\u00e8s loin dans le syst\u00e8me pulmonaire, on peut imaginer le risque \u00e0 long-terme d&rsquo;y \u00eatre expos\u00e9s. Idem pour d&rsquo;autres particules fines.<\/p>\n\n\n\n<p>Des chercheurs allemands se sont d&rsquo;ailleurs pench\u00e9s sur cette question et ont publi\u00e9 une \u00e9tude d\u00e9but mars sur le sujet. Utilisant des mod\u00e8les, ils ont ainsi estim\u00e9 que la pollution de l&rsquo;air par les particules fines entra\u00eenait une mortalit\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9e de 8.8 millions d&rsquo;habitants par an.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est consid\u00e9rable!<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, on ne meurt pas forc\u00e9ment directement de la pollution. Mais notre exposition chronique au particules cr\u00e9\u00e9e une inflammation permanente du syst\u00e8me pulmonaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son dossier sur l&rsquo;inflammation en f\u00e9vrier 2018, <a href=\"https:\/\/www.science-et-vie.com\/\">le magazine Science &amp; Vie<\/a>, se pose d&rsquo;ailleurs la question si l&rsquo;inflammation chronique dans le corps n&rsquo;\u00e9tait pas la m\u00e8re de toutes les maladies modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, une inflammation chronique engendrerait diab\u00e8te, cancer, infarctus et AVC ainsi que maladies neuro-d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, une grande partie des maladies modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que les chercheurs italiens ont fait le lien avec le coronavirus, son taux de mortalit\u00e9 et sa diffusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon eux ce sont ces m\u00eame maladies qui sont des facteurs aggravants dans les cas o\u00f9 le coronavirus a \u00e9t\u00e9 mortel. Donc les r\u00e9gions o\u00f9 la pollution de l&rsquo;air est plus importante sont plus susceptibles de se trouver avec des cas graves li\u00e9s au coronavirus.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre point, comme pour le virus <a href=\"https:\/\/www.bag.admin.ch\/bag\/fr\/home\/krankheiten\/ausbrueche-epidemien-pandemien\/vergangene-epidemien-pandemien\/sars-2003-04-weltweit.html\">SRAS<\/a>, il semblerait que les particules soient des autoroutes pour la diffusion du virus. Une autre raison qui expliquerait que certaines r\u00e9gions soient plus touch\u00e9es que d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ces hypoth\u00e8ses sont v\u00e9rifi\u00e9es avec d&rsquo;autres \u00e9tudes, il sera donc vraiment crucial que des actions concr\u00e8tes soient prises pour lutter contre la pollution de l&rsquo;air.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes en Suisse il existe d\u00e9j\u00e0 des lois, notamment sur les \u00e9missions des fum\u00e9es par les industries. Mais on a aussi vu l&rsquo;\u00e9chec des l\u00e9gislations sur les \u00e9missions par les voitures avec le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Affaire_Volkswagen\">dieselgate<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette crise pass\u00e9e, il sera donc urgent de se pr\u00e9occuper de cette pollution qui nous entoure et que nous respirons tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2020\/03\/30\/coronavirus-la-pollution-de-l-air-est-un-facteur-aggravant-alertent-medecins-et-chercheurs_6034879_3244.html\">Article du Monde du 30 mars 2020 sur le m\u00eame sujet<\/a><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2020\/03\/30\/coronavirus-la-pollution-de-l-air-est-un-facteur-aggravant-alertent-medecins-et-chercheurs_6034879_3244.html\">.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lelieveld et al. 2020. <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/cardiovascres\/advance-article\/doi\/10.1093\/cvr\/cvaa025\/5770885\">Loss of life expectancy from air pollution compared to other risk factors: a worldwide perspective<\/a>. Cardiovascular Research.<\/p>\n\n\n\n<p>Setti et al. 2019. <a href=\"https:\/\/www.simaonlus.it\/wpsima\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/COVID19_Position-Paper_Relazione-circa-l%E2%80%99effetto-dell%E2%80%99inquinamento-da-particolato-atmosferico-e-la-diffusione-di-virus-nella-popolazione.pdf\">Relazione circa l\u2019effetto dell\u2019inquinamento da particolato atmosferico e la diffusione di virus nella popolazione. Position paper.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Une solution pire que le probl\u00e8me?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce papier m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par une <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=oCGHPMg8wo8\">vid\u00e9o en lien avec le coronavirus<\/a>. On y voit un homme avec un masque, dans une sorte de tunnel, sous une pluie de \u00ab\u00a0d\u00e9sinfectant\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus globalement, les m\u00e9dias nous montrent quotidiennement des arm\u00e9es de personnes en habits de protection avec des sprays pour d\u00e9sinfecter les rues, ou m\u00eame des camions qui projettent ces m\u00eames d\u00e9sinfectants dans de <a href=\"https:\/\/pic.twitter.com\/yzsCwO9WvM\">grosses fum\u00e9es blanches<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;on soit bien d&rsquo;accord. Je ne critique pas le fait de prendre des mesures d&rsquo;hygi\u00e8nes suppl\u00e9mentaires en temps de pand\u00e9mie. C&rsquo;est m\u00eame crucial.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u00e0, est-ce que ce n&rsquo;est pas un peu trop? Et n&rsquo;y a-t-il pas des risques \u00e0 sprayer dans l&rsquo;environnement de telles quantit\u00e9s de d\u00e9sinfectants?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais d&rsquo;abord que contiennent ces d\u00e9sinfectants?<\/p>\n\n\n\n<p>Myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains parlent d&rsquo;eau de javel, donc du chlore, dilu\u00e9. D&rsquo;autres de superoxydants. Ainsi le produit <a href=\"https:\/\/www.decon7.com\/the-science\/\">D7,<\/a> suppos\u00e9ment utilis\u00e9 dans des h\u00f4pitaux de la province de Hubei (<a href=\"https:\/\/www.businessinsider.fr\/la-chine-envoie-des-camions-pour-pulveriser-de-leau-de-javel-sur-des-villes-entieres-afin-de-contenir-le-coronavirus\/\">Business Insider<\/a>), tue 99.9999% des bact\u00e9ries selon leur site internet, notamment de nombreux pathog\u00e8nes. Il s&rsquo;attaque \u00e9galement aux virus.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, on sait maintenant que les bact\u00e9ries font de la r\u00e9sistance. On sait aussi qu&rsquo;il y a de bonnes bact\u00e9ries, notamment dans l&rsquo;intestin qui est reconnu comme notre deuxi\u00e8me cerveau. <a href=\"https:\/\/www.inserm.fr\/information-en-sante\/dossiers-information\/microbiote-intestinal-flore-intestinale\">Il abrite toute une flore<\/a>, dont des virus et des bact\u00e9ries, dont l&rsquo;\u00e9quilibre est essentiel pour lutter contre certaines maladies.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens donc \u00e0 notre tunnel de lavage et aux camions enfumant les rues de d\u00e9sinfectants. Et je me demande si une utilisation si intensive de produits toxiques ne va pas avoir des cons\u00e9quences \u00e0 long-terme plus graves que le virus lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas la r\u00e9ponse. Peut-\u00eatre certains d&rsquo;entre vous en savent plus que moi?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces questionnements m&rsquo;ont cependant rappel\u00e9 un cas o\u00f9 la solution f\u00fbt certainement plus dommageable que le probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dis \u00ab\u00a0certainement\u00a0\u00bb car dans ce cas, il n&rsquo;y a pas eu de suivi biologique qui donne une r\u00e9ponse claire.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains d&rsquo;entre vous se rappelleront certainement de la catastrophe p\u00e9troli\u00e8re de 2010 dans le Golf du Mexique. Une plateforme p\u00e9troli\u00e8re, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Deepwater_Horizon\">Deepwater Horizon<\/a>, de la compagnie p\u00e9troli\u00e8re BP, exploite le p\u00e9trole issu du forage le plus profond jamais perc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 20 avril 2010 elle explose, tuant 11 personnes. La mar\u00e9e noire qui en r\u00e9sulte est gigantesque. On estime \u00e0 pr\u00e8s de 5 millions de barils le p\u00e9trole qui s&rsquo;\u00e9chappe dans la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Or le Golf du Mexique est un \u00e9cosyst\u00e8me particulier car en partie ferm\u00e9. Les dommages attendus sur l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me seront cons\u00e9quents.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une catastrophe \u00e9conomique pour BP, mais surtout une catastrophe en terme d&rsquo;image.<\/p>\n\n\n\n<p>Une solution serait d&rsquo;utiliser des dispersants. Ces compos\u00e9s, qui permettent de fractionner le p\u00e9trole en fines goutelettes, sont souvent utilis\u00e9s dans les catastrophes p\u00e9troli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Une hypoth\u00e8se est que le p\u00e9trole fractionn\u00e9 serait plus vite d\u00e9grad\u00e9. Et surtout il ne reste pas en surface, permettant d&rsquo;\u00e9viter les mar\u00e9es noires qui ont un tr\u00e8s fort impact sur l&rsquo;\u00e9cologie, mais \u00e9galement un fort impact visuel sur le public. Les oiseaux englu\u00e9s dans du p\u00e9trole noir, cela frappe les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p>2 millions de galons (soit pr\u00e8s de 8 millions de litres) de dispersant <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Corexit\">Corexit<\/a> sont ainsi d\u00e9vers\u00e9s dans le Golf du Mexique.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, <a href=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2012\/11\/121130110518.htm\">un article publi\u00e9 en 2013<\/a> montre que le m\u00e9lange Corexit\/p\u00e9trole est 52 fois plus toxique que le p\u00e9trole seul, ceci sur une esp\u00e8ce de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rotifera\">rotif\u00e8res<\/a>. Laissant supposer que cela puisse \u00eatre le cas pour d&rsquo;autres esp\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>A ma connaissance, il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;\u00e9tude sur l&rsquo;impact environnemental de cette catastrophe. Ni d&rsquo;autres \u00e9tudes sur la toxicit\u00e9 conjointe du Corexit et du p\u00e9trole.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon hypoth\u00e8se, pour expliquer cet effet de m\u00e9lange, est qu&rsquo;en fractionnant le p\u00e9trole, les compos\u00e9s deviennent plus disponibles, et donc plus toxiques, pour le vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>En f\u00e9vrier dernier, Allison Rose Levy, une journaliste am\u00e9ricaine, <a href=\"https:\/\/www.truthdig.com\/articles\/the-deepwater-horizon-oil-spill-was-a-cover-up-not-a-cleanup\/\">revient sur cette affaire.<\/a> Avec un titre tr\u00e8s parlant: \u00ab\u00a0The Deepwater Horizon oil spill was a cover-up, not a cleanup\u00a0\u00bb (<em>la mar\u00e9e noire du Deepwater Horizon \u00e9tait une dissimulation, pas un nettoyage<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est int\u00e9ressant de lire comment les d\u00e9cisions, tr\u00e8s pragmatiques, d&rsquo;utiliser ce dispersant ont \u00e9t\u00e9 prises. Sous un gouvernement pourtant d\u00e9mocrate et se d\u00e9clarant concern\u00e9 par les questions environnementales.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je me suis beaucoup \u00e9loign\u00e9e des d\u00e9sinfectants.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi cependant la question reste la m\u00eame. Est-il judicieux de disperser dans l&rsquo;environnement d&rsquo;\u00e9normes quantit\u00e9s de substances dont les effets sur le vivant \u00e0 long-terme ne sont pas connues?<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas de r\u00e9ponse. C&rsquo;est certainement du cas par cas, en fonction des risques \u00e0 court-terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sachant que ce type d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements va se reproduire, il serait important de monitorer les cons\u00e9quences environnementales des solutions mises en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mise \u00e0 jour, 30 avril 2020<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce post, le Graie, en France, a mis en lignes <a href=\"https:\/\/gy9u.mjt.lu\/nl2\/gy9u\/mhz52.html?m=AMAAAHC87tQAAcvuUXYAAGgbw4wAARpaWw4AGpMIAAdm2wBeqmZgyy5_5TjSRsWwkSepho2e3QAHDfA&amp;b=a9a348d2&amp;e=c6ec81c4&amp;x=H-rwhqfj_9ZHoBPWGOCyIx1V7CwaJpN1YC1EFtv9jXI\">ces vid\u00e9os<\/a> pour rappeler le risque que repr\u00e9sente la d\u00e9sinfection des rues.<\/p>\n\n\n\n<p>Et un <a href=\"https:\/\/www.20min.ch\/fr\/story\/ils-passent-la-plage-a-la-javel-pour-proteger-les-enfants-511356750221\">article<\/a> sur les cons\u00e9quences dramatiques de la d\u00e9sinfection de plages en Espagne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Roberto Rico-Mart\u00ednez, Terry W. Snell, Tonya L. Shearer. Synergistic toxicity of Macondo crude oil and dispersant Corexit 9500A\u00ae to the Brachionus plicatilis species complex (Rotifera). <em>Environmental Pollution<\/em>, 2013; 173: 5 DOI: <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/dx.doi.org\/10.1016\/j.envpol.2012.09.024\" target=\"_blank\">10.1016\/j.envpol.2012.09.024<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des insecticides en avion<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette anecdote est arriv\u00e9e \u00e0 une amie. Et peut-\u00eatre l&rsquo;avez vous v\u00e9cue vous-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous vous asseyez dans l&rsquo;avion, attendant le d\u00e9collage. Vous observez alors que le personnel de bord passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous avec des petites bonbonnes et spray quelque chose dans l&rsquo;all\u00e9e, en dessus des t\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque vous vous renseignez, le steward ou l&rsquo;h\u00f4tesse vous dit que ce n&rsquo;est rien.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, apr\u00e8s enqu\u00eate, il s&rsquo;agit d&rsquo;insecticides.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pays asiatiques et l&rsquo;Australie, notamment, demandent aux compagnies a\u00e9riennes de vaporiser des insecticides dans les avions qui s&rsquo;y rendent. Ceci pour \u00e9viter le \u00ab\u00a0d\u00e9barquement\u00a0\u00bb d&rsquo;h\u00f4tes ind\u00e9sirables dans ces r\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est maintenant connu, les moustiques, par exemple, voyagent volontiers en avion. Parfois porteurs de maladies, ils peuvent infecter des personnes tr\u00e8s loin de la r\u00e9gion end\u00e9mique. Il existe ainsi un \u00ab\u00a0Paludisme d&rsquo;a\u00e9roport\u00a0\u00bb. En France, en 40 ans, 30 cas ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s (chiffres 2009).<\/p>\n\n\n\n<p>Donc les avions sont d\u00e9sinfect\u00e9s, de m\u00eame que les passagers.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que contiennent ces sprays?<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit principalement de <a href=\"https:\/\/www.psa-paris.com\/fr\/produits\/cabine\/insecticides\/?imt=1&amp;gclid=CjwKCAiA-P7xBRAvEiwAow-VaYis9BeuBJ7LgRm2lZ336pDVL5Q6rKZhnatUR-K8ItnhwNQuRIJDtxoCbdgQAvD_BwE&amp;utm_campaign=Aircraft+Insecticides+-+French+-+French+Text&amp;utm_source=Google+Adwords&amp;utm_medium=PPC&amp;utm_content=D%C3%A9sinsectisation+des+avions.+Pr%C3%A9-vol%2C+pr%C3%A9-embarquement.+insecticide+pour+soute.&amp;utm_term=insecticide+avion\">ph\u00e9nothrine et de perm\u00e9thrine<\/a>, tous deux de la famille des pyr\u00e9thrino\u00efde. Ces insecticides agissent sur le syst\u00e8me nerveux des insectes. Rempla\u00e7ant les organophosphates, tr\u00e8s toxiques pour les humains, ils sont plus s\u00e9lectifs&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;mais restent tr\u00e8s efficaces. Suivant la publicit\u00e9, la mortalit\u00e9 [des moustiques] est totale en 3 minutes!<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que ces insecticides sont aussi utilis\u00e9s contre les poux ou dans les produits antiparasitaires pour les animaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de risques donc pour notre sant\u00e9 en prenant l&rsquo;avion?<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est difficile \u00e0 dire. Certainement qu&rsquo;une exposition occasionnelle n&rsquo;est pas trop grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la question peut se poser pour les personnes qui prennent r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;avion et surtout pour le personnel naviguant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi <a href=\"https:\/\/www.sagepesticides.qc.ca\/Recherche\/RechercheMatiere\/DisplayMatiere?MatiereActiveID=153&amp;searchText=perm%C3%A9thrine&amp;isProduct=False\">SAgE pesticides<\/a>, du gouvernement canadien, consid\u00e8re que les effets aigus pour la perm\u00e9thrine sont mod\u00e9r\u00e9s, mais que les effets \u00e0 long-terme, r\u00e9sultant d&rsquo;une exposition chronique, sont extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9s. En laboratoire, sur des souris et des rats, des signes cliniques comme \u00ab\u00a0surexitabilit\u00e9, tremblements, effets sur le poids corporel et celui du foie\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Sachant que ces insecticides sont neurotoxiques, des effets \u00e0 long terme sur le syst\u00e8me nerveux, en cas d&rsquo;exposition prolong\u00e9e, pourraient donc \u00eatre observ\u00e9s chez l&rsquo;homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a moins de donn\u00e9es sur la ph\u00e9nothrine car elle n&rsquo;est pas enregistr\u00e9e comme pesticide, mais les m\u00eames constatations s&rsquo;appliquent certainement.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons que la maladie de Parkinson, une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, a \u00e9t\u00e9 reconnue comme maladie professionnelle pour les agriculteurs en France en 2013. <a href=\"https:\/\/www.sciencesetavenir.fr\/sante\/cerveau-et-psy\/maladie-de-parkinson-les-pesticides-menacent-agriculteurs-et-riverains_122936\">En 2018<\/a>, une autre \u00e9tude montrait que les riverains de zones agricoles \u00e9taient \u00e9galement plus sujets \u00e0 cette maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le personnel naviguant respirant r\u00e9guli\u00e8rement ces substances pourrait-il aussi \u00eatre touch\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2013\/12\/09\/un-ex-steward-affirme-souffrir-de-parkinson-a-cause-des-insecticides-vaporises-dans-les-avions_3527612_3244.html\">C&rsquo;est ce que pense Brett Vollus<\/a>, steward pendant 27 ans, atteint \u00e0 52 ans de la maladie de Parkinson. Il a attaqu\u00e9 la compagnie a\u00e9rienne australienne Quantas en 2013, mettant en avant le risque que pr\u00e9sentent les insecticides pulv\u00e9ris\u00e9s dans les avions pour le d\u00e9veloppement de cette maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver o\u00f9 en \u00e9tait l&rsquo;affaire, ni si une jugement avait \u00e9t\u00e9 rendu.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;heure o\u00f9 les diff\u00e9rentes maladies se propagent de par le monde en bateau ou en avion, il est certainement important de limiter les vecteurs comme les moustiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, au vu des risques que pr\u00e9sentent les pesticides, et surtout les insecticides, des \u00e9tudes \u00e0 long-terme sur la sant\u00e9 des personnes expos\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement dans les avions me para\u00eetraient indispensables.<\/p>\n\n\n\n<p>A ma connaissance, il n&rsquo;y en a pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Queyriaux et al. 2009. Paludisme d&rsquo;a\u00e9roport. Airport malaria. La Presse M\u00e9dicale 38: 1106-1109.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Faire parler l&rsquo;ADN de l&rsquo;environnement<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je vous ai passablement parl\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant du risque des substances chimiques pour l&rsquo;environnement. Or l&rsquo;\u00e9valuation du risque c&rsquo;est une pr\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n<p>On utilise des mod\u00e8les, souvent simples, parfois m\u00eame simplistes, pour tenter de d\u00e9terminer les effets des cocktails de polluants sur les \u00e9cosyst\u00e8mes. Mais que s&rsquo;y passe-t-il r\u00e9ellement dans ces \u00e9cosyst\u00e8mes? Est-ce que les esp\u00e8ces sont vraiment impact\u00e9es par ces polluants? Ou au contraire nos mod\u00e8les sont-ils trop protecteurs?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tr\u00e8s difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Une des raisons est qu&rsquo;il est fastidieux d&rsquo;identifier les esp\u00e8ces pr\u00e9sentes dans un \u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons le cas de l&rsquo;identification des poissons dans une rivi\u00e8re. On peut proc\u00e9der sur la base des relev\u00e9s de p\u00eache, tout en sachant qu&rsquo;il y aura un biais, les p\u00eacheurs ne retenant que les poissons qui peuvent \u00eatre consomm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi faire ce que l&rsquo;on appelle un p\u00eache \u00e9lectrique ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectrop%C3%AAche\">\u00e9lectrop\u00eache<\/a>. Concr\u00e8tement, il s&rsquo;agit de mettre un courant \u00e9lectrique dans une rivi\u00e8re, ce qui va \u00e9tourdir le poisson et le faire remonter \u00e0 la surface. Il pourra ainsi \u00eatre analys\u00e9, pes\u00e9, etc&#8230;avant d&rsquo;\u00eatre remis dans la rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce type de p\u00eache permet de faire un \u00e9tat de la faune piscicole d&rsquo;un cours d&rsquo;eau. Mais depuis quelques ann\u00e9es, cette pratique est discut\u00e9e, car m\u00eame si le poisson n&rsquo;est pas tu\u00e9, il peut \u00eatre bless\u00e9 par la manipulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, en plus d&rsquo;\u00eatre complexe, l&rsquo;identification des esp\u00e8ces peut \u00eatre dommageables pour celles-ci. Ce n&rsquo;est pas id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, une nouvelle technique a fait son apparition dans la trousse \u00e0 outil des chercheurs: l&rsquo;ADN environnemental.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette technique part du principe que la vie laisse des traces o\u00f9 elle passe. Par l&rsquo;analyse du milieu (par exemple de l&rsquo;eau d&rsquo;une rivi\u00e8re), il est possible de remonter aux esp\u00e8ces qui y circulent. Un peu comme nous-m\u00eames, laissons des empreintes l\u00e0 o\u00f9 nous passons (cheveux, peau, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Connaissant l&rsquo;ADN des esp\u00e8ces potentiellement pr\u00e9sentes dans un \u00e9cosyst\u00e8me, il est donc possible d&rsquo;\u00e9valuer leur pr\u00e9sence ou leur absence. Et de mettre ces r\u00e9sultats en lien avec la pollution, plus ou moins importante, d&rsquo;un milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet que j&rsquo;aimerais vous pr\u00e9senter utilise ce type d&rsquo;approche, soit la recherche de l&rsquo;ADN environnemental. Il a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par un consortium de <a href=\"https:\/\/www6.inrae.fr\/synaqua\/\">chercheurs franco-suisses<\/a>, et coordonn\u00e9 par l&rsquo;INRA de Thonon pour la partie fran\u00e7aise et par l\u2018Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve pour la partie suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce projet a pour \u00e9tude la pollution du L\u00e9man et, entre autre, son impact sur les communaut\u00e9s de p\u00e9riphyton. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/P%C3%A9riphyton\">p\u00e9riphyton,<\/a> c&rsquo;est un m\u00e9lange d&rsquo;algues, de champignons et de bact\u00e9ries qui vivent en symbiose.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous connaissez cette communaut\u00e9 d&rsquo;organismes, c&rsquo;est la pellicule glissante que vous trouvez sur les cailloux dans les cours d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e9riphyton joue un grand r\u00f4le pour les \u00e9cosyst\u00e8mes. Il sert de nourriture aux macroinvert\u00e9br\u00e9s ou \u00e0 certains poissons. Il peut aussi filtrer l&rsquo;eau et la d\u00e9polluer. Il est donc essentiel dans un syst\u00e8me lacustre comme le L\u00e9man.<\/p>\n\n\n\n<p>Or le type d&rsquo;organismes pr\u00e9sents dans le p\u00e9riphyton, le type d&rsquo;algues notamment, est un indicateur de la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau. Il est donc possible d&rsquo;\u00e9valuer la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau des bords du L\u00e9man en pr\u00e9levant cette communaut\u00e9 tout autour du lac.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, comme expliqu\u00e9 plus haut, il est tr\u00e8s fastidieux de d\u00e9terminer toutes les esp\u00e8ces d&rsquo;algues pr\u00e9sentes dans un \u00e9chantillon, et jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, une telle d\u00e9termination n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 men\u00e9e que pour quelques sites autour du lac.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le projet <a href=\"https:\/\/www6.inrae.fr\/synaqua\/\">Synaqua<\/a>, les chercheurs ont utilis\u00e9 l&rsquo;ADN pour faciliter leur travail et donc \u00e9valuer plus de sites.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s concr\u00e8tement, ils ont s\u00e9quenc\u00e9 l&rsquo;ADN des \u00e9chantillons pr\u00e9lev\u00e9s, et compar\u00e9 les r\u00e9sultats avec leurs bases de donn\u00e9es pour d\u00e9terminer les esp\u00e8ces pr\u00e9sentes. Dans cette base de donn\u00e9es se trouvait aussi la sensibilit\u00e9 de ces esp\u00e8ces aux polluants comme le phosphore ou l&rsquo;azote.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sence ou l&rsquo;absence des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces d&rsquo;algues dans la communaut\u00e9 a donc permis de classer les sites autour du lac en trois cat\u00e9gories de pollution: bonne qualit\u00e9 \u00e9cologique, qualit\u00e9 \u00e9cologique moyenne et qualit\u00e9 \u00e9cologique d\u00e9grad\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La carte du pourtour du lac est la suivante:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2020\/01\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-01-16-\u00e0-14.17.06-300x220.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-447\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2020\/01\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-01-16-\u00e0-14.22.52-300x95.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-448\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>(Source des images, <a href=\"https:\/\/www6.inrae.fr\/synaqua\/\">Synaqua<\/a><a href=\"https:\/\/www6.inrae.fr\/synaqua\/\">, INRA Thonon<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>On pouvait s&rsquo;y attendre, les zones o\u00f9 la qualit\u00e9 \u00e9cologique est la plus d\u00e9grad\u00e9e se situent proches des zones les plus urbanis\u00e9es. Des zones o\u00f9 se rejettent notamment des effluents de stations d&rsquo;\u00e9puration ou de d\u00e9versoirs d&rsquo;orage, C&rsquo;est le cas autour de la Baie de Vidy au sud de Lausanne, qui ressort en rouge.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, cet outil n&rsquo;est pas encore adapt\u00e9 pour des pollutions avec des pesticides et des m\u00e9dicaments. Mais ces m\u00e9thodes sont amen\u00e9es \u00e0 se d\u00e9velopper rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles pourront donc tr\u00e8s certainement \u00eatre utilis\u00e9es dans un proche avenir pour affiner et valider les \u00e9valuations de risque.<\/p>\n\n\n\n<p>A \u00e9couter,<a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/la-1ere\/programmes\/cqfd\/10995983-ladn-pour-connaitre-la-qualite-de-leau-22-01-2020.html?mediaShare=1\"> l&rsquo;\u00e9mission CQFD du 22 janvier avec la Dr Bouchez<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Projet SYNAQUA: <a href=\"https:\/\/www6.inrae.fr\/synaqua\/\">https:\/\/www6.inrae.fr\/synaqua\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Poulet N, Basilico L. 2017. L&rsquo;ADN environnemental pour l&rsquo;\u00e9tude de la biodiversit\u00e9. Etat de l&rsquo;art et perspectives pour la gestion. Agence fran\u00e7aise pour la biodiversit\u00e9. <a href=\"https:\/\/www.documentation.eauetbiodiversite.fr\/\">www.documentation.eauetbiodiversite.fr<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Autour de l&rsquo;autorisation et de l&rsquo;interdiction des pesticides.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le chlorothalonil, un fongicide, <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/suisse\/loffice-federal-lagriculture-interdit-chlorothalonil\">sera interdit d\u00e8s le 1er janvier 2020.<\/a> Le chlorpyriphos et le chlorpyriphos-m\u00e9thyl l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 en <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/deux-pesticides-neurotoxiques-bannis-suisse\">juin 2019<\/a>, m\u00eame si il y a actuellement un <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/suisse\/10582894-des-entreprises-recourent-contre-l-interdiction-de-douze-pesticides.html\">recours de diff\u00e9rentes entreprises<\/a>. Le chloroprophame, un autre fongicide, v<a href=\"https:\/\/www.lenouvelliste.ch\/articles\/suisse\/pesticides-le-chlorprophame-dangereux-et-bientot-interdit-en-europe-se-trouve-dans-des-pommes-de-terre-suisses-886918\">a certainement \u00eatre interdit en Europe.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t-il donc quelque chose qui cloche dans le processus d&rsquo;homologation des pesticides? Pourquoi ces pesticides se trouvaient-ils sur le march\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p>La question m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e plusieurs fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la r\u00e9ponse est complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, la plupart de ces substances sont de \u00ab\u00a0vieilles\u00a0\u00bb mol\u00e9cules. Elles ont \u00e9t\u00e9 mises sur le march\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1960\/70, soit bien avant les premi\u00e8res proc\u00e9dures d&rsquo;homologation, qui datent des ann\u00e9es 1990. Il n&rsquo;y avait \u00e0 cette \u00e9poque pas de r\u00e9elle prise en compte des effets toxiques, co-lat\u00e9raux, des pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>Le risque que pr\u00e9sente ces substances a bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 r\u00e9-\u00e9valu\u00e9 depuis. Mais la proc\u00e9dure de r\u00e9-\u00e9valuation n&rsquo;est pas accessible pour les chercheurs et ils ne peuvent pas se prononcer sur la question.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons le cas de l&rsquo;herbicide atrazine, utilis\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es sur les cultures de ma\u00efs. Il a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 du march\u00e9 europ\u00e9en en 2003. Une discussion a \u00e9galement eu lieu en Suisse, mais ni les scientifiques, ni le public, n&rsquo;ont eu acc\u00e8s aux arguments pour et contre l&rsquo;interdiction.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2002, le Conseil F\u00e9d\u00e9ral r\u00e9pondait \u00e0 une <a href=\"https:\/\/www.parlament.ch\/fr\/ratsbetrieb\/suche-curia-vista\/geschaeft?AffairId=20023287\">interpellation de&nbsp; Giosu\u00e9 Galli Remo<\/a> qui demandait son interdiction, qu&rsquo; \u00ab\u00a0<em>u<\/em><em>ne interdiction totale de l&rsquo;atrazine, comme en Allemagne, ne s&rsquo;impose pas actuellement, ni pour des raisons de sant\u00e9 des personnes, ni pour des raisons d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9. Il faut pr\u00e9ciser aussi que les pesticides qui seraient utilis\u00e9s en remplacement ne diff\u00e8rent pas beaucoup de l&rsquo;atrazine, ni en termes de toxicit\u00e9, ni en terme d&rsquo;\u00e9volution dans l&rsquo;environnement. A cela s&rsquo;ajoute aussi qu&rsquo;ils ne sont plus aussi facilement d\u00e9tectables dans l&rsquo;environnement que l&rsquo;atrazine.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>En 2006, le Conseil F\u00e9d\u00e9ral r\u00e9pondait \u00e0 une <a href=\"https:\/\/www.parlament.ch\/fr\/ratsbetrieb\/suche-curia-vista\/geschaeft?AffairId=20053841\">motion de Josef Zisyadis<\/a> qui demandait \u00e9galement son interdiction, que \u00ab\u00a0<em>l<\/em><em>a r\u00e9\u00e9valuation de l&rsquo;atrazine suit la proc\u00e9dure r\u00e9guli\u00e8re en tenant compte entre autres des expertises europ\u00e9ennes et devra aboutir avant deux ans \u00e0 une d\u00e9cision concernant son utilisation dans les produits phytosanitaires<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette substance a finalement \u00e9t\u00e9 interdite en Suisse en 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce manque de transparence, <a href=\"https:\/\/www.swissinfo.ch\/fre\/sant%C3%A9-et-environnement_en-mati%C3%A8re-de-pesticides--la-suisse-aime-%C3%A0-cultiver-le-secret-\/45054310\">\u00e9galement d\u00e9cri\u00e9 pour l&rsquo;homologation elle-m\u00eame<\/a>, est probl\u00e9matique. Il ne permet pas un d\u00e9bat ouvert autour de la question du risque toxicologique et \u00e9cotoxicologique des vieilles substances chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut aussi savoir que m\u00eame quand ce d\u00e9bat a lieu, il est souvent tr\u00e8s difficile de retirer une substance qui est d\u00e9j\u00e0 sur le march\u00e9. On voit les controverses g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;herbicide <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Glyphosate\">glyphosate<\/a> ou l&rsquo;additif <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bisph%C3%A9nol_A\">bisphenol-A.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre point important est l&rsquo;accumulation de connaissances avec le temps. Souvent, plus une substance est \u00e9tudi\u00e9e, plus on d\u00e9couvre son potentiel toxique. C&rsquo;est le cas du glyphosate qui a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 en 2015 comme potentiellement canc\u00e9rog\u00e8ne par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer, agence de l&rsquo;OMS), alors qu&rsquo;il est utilis\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas du chlorothalonil, il s&rsquo;agit d&rsquo;un autre probl\u00e8me. C&rsquo;est l&rsquo;un de ces produits de d\u00e9gradation, r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9tect\u00e9 dans l&rsquo;eau potable, qui a men\u00e9 \u00e0 son interdiction. Or les produits de d\u00e9gradation font rarement l&rsquo;objet de tests sp\u00e9cifiques dans la proc\u00e9dure homologation.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit avec ces exemples, nous sommes en train de faire le tri dans un h\u00e9ritage qui date de ce que l&rsquo;on appel\u00e9 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9volution_verte\">r\u00e9volution verte<\/a>. Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, les techniques agricoles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9volutionn\u00e9es notamment avec l&rsquo;utilisation de plus en plus importante d&rsquo;engrais et de substances phytosanitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a fallu attendre des lanceurs d&rsquo;alerte comme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rachel_Carson\">Rachel Carson<\/a> pour que les risques soient pris en compte, ce qui a men\u00e9 au l\u00e9gislations r\u00e9gulant la mise sur le march\u00e9 des pesticides d\u00e8s les ann\u00e9es 90.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque, le probl\u00e8me n&rsquo;\u00e9tait pas encore connu. C&rsquo;est avec les avanc\u00e9es faites par les m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9chantillonnages et les m\u00e9thodes d&rsquo;analyses chimiques que l&rsquo;on a pu mettre en \u00e9vidence, d\u00e8s les ann\u00e9es 2000, l&rsquo;ampleur de la pollution de l&rsquo;environnement par les pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s ce moment, on aurait pu et d\u00fb faire le tri. Mais comme je l&rsquo;ai mentionn\u00e9 plus haut, il est malheureusement tr\u00e8s difficile de retirer une substance du march\u00e9. Les controverses autour de la toxicit\u00e9 humaine et environnementale peuvent durer des ann\u00e9es avant une prise de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble cependant qu&rsquo;actuellement le contexte politique soit plus favorable \u00e0 l&rsquo;interdiction de pesticides probl\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais est-ce que les proc\u00e9dures d&rsquo;homologation, mises en place d\u00e8s les ann\u00e9es 1990, ont diminu\u00e9 le risque de trouver des pesticides probl\u00e9matiques sur le march\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;existe pas de statistiques sur le sujet. Mais certainement qu&rsquo;elles ont jou\u00e9 un r\u00f4le de garde-fou, car le nombre de nouvelles substances a \u00e9t\u00e9 fortement r\u00e9duit. Au point que certains ont parl\u00e9 de frein \u00e0 l&rsquo;innovation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, m\u00eame les substances \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb peuvent poser probl\u00e8me, comme les n\u00e9onicotino\u00efdes mis en cause dans la disparition des abeilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des mol\u00e9cules qui passent au travers du filet.<\/p>\n\n\n\n<p>Car la proc\u00e9dure d&rsquo;homologation est standardis\u00e9e et focalise sur un nombre de tests restreints. Pour l&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 aquatique, une \u00e0 deux esp\u00e8ces d&rsquo;algues sont test\u00e9es, une esp\u00e8ce de microcrustac\u00e9s et une ou deux esp\u00e8ces de poissons. C&rsquo;est sur cette base que l&rsquo;on \u00e9value le risque pour les centaines d&rsquo;esp\u00e8ces des lacs et cours d&rsquo;eau. Les chances sont donc grandes de \u00ab\u00a0louper\u00a0\u00bb quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces exemples montrent que la proc\u00e9dure d&rsquo;homologation des pesticides n&rsquo;est pas id\u00e9ale. Et le manque de transparence qui l&rsquo;entoure n&rsquo;est pas le moindre des probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, malgr\u00e9 tous ces biais, comme d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, cette proc\u00e9dure joue certainement un r\u00f4le important pour limiter le nombre de substances probl\u00e9matiques sur le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans d&rsquo;autres domaines, o\u00f9 les r\u00e9glementations sont plus faibles voire inexistantes, le flou r\u00e8gne. Surfactants, cosm\u00e9tiques, colorants, additifs, nous les utilisons quotidiennement sans conna\u00eetre, le plus souvent, ni le risque pour la sant\u00e9, ni celui sur l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le dioxyde de titane, un additif utilis\u00e9 dans l&rsquo;alimentation (E171) est suspect\u00e9 de cr\u00e9er des l\u00e9sions au niveau de l&rsquo;intestin, l\u00e9sions qui pourrait conduire \u00e0 des cancers comme le soulignait le <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/sante\/article\/2017\/01\/20\/alerte-sur-les-dangers-du-dioxyde-de-titane-un-additif-alimentaire-tres-courant_5066297_1651302.html\">Monde en 2017 d\u00e9j\u00e0<\/a>. <a href=\"https:\/\/pages.rts.ch\/emissions\/abe\/10765753-e171-e551-vous-reprendrez-bien-quelques-additifs.html\">L&rsquo;\u00e9mission A<\/a><a href=\"https:\/\/pages.rts.ch\/emissions\/abe\/10765753-e171-e551-vous-reprendrez-bien-quelques-additifs.html\"> Bon Entendeur<\/a> y a consacr\u00e9 un excellent reportage d\u00e9but d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dioxyde de titane a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 comme canc\u00e9rig\u00e8ne probable par le CIRC en 2006 d\u00e9j\u00e0.&nbsp; Les enfants y sont particuli\u00e8rement expos\u00e9s car il est pr\u00e9sent dans les bonbons et dans les dentifrices, qu&rsquo;ils avalent le plus souvent au lieu de les recracher. <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sante\/alimentation\/dioxyde-de-titane-ladditif-e171-sera-interdit-dans-les-denrees-alimentaires-en-france-a-partir-du-1er-janvier-2020_3402641.html\">La France va l&rsquo;interdire d\u00e8s 2020 comme additif<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or je n&rsquo;entends aucun d\u00e9bat en Suisse \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>A mon sens, les discussions qui ont lieu actuellement autour de l&rsquo;utilisation des pesticides sont cruciales. Et il est r\u00e9jouissant de voir que des substances particuli\u00e8rement probl\u00e9matiques sont enfin interdites. Et que les proc\u00e9dures de mise sur le march\u00e9 sont questionn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il ne faut pas oublier que les pesticides ne sont que la pointe de l&rsquo;iceberg. Ces discussions peuvent avoir lieu car se sont les substances pour lesquelles on a le plus de donn\u00e9es de toxicit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9, et ce sont \u00e9galement les plus r\u00e9glement\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc crucial que l&rsquo;exemple des pesticides puisse amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la proc\u00e9dure d&rsquo;autorisation de toutes les autres substances chimiques et aux crit\u00e8res d&rsquo;interdiction quand c&rsquo;est n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Du poison au paradis<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des 150 derni\u00e8res ann\u00e9es, la plupart des cours d&rsquo;eau de Suisse ont \u00e9t\u00e9 canalis\u00e9s et de nombreux sites naturels ont disparus.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, si nous avons toujours eu besoin d&rsquo;eau pour vivre, cette derni\u00e8re peut \u00e9galement pr\u00e9senter un danger lors des inondations. Pour cette raison, mais aussi pour cr\u00e9er de l&rsquo;\u00e9nergie ou pour construire, les populations ont cherch\u00e9 \u00e0 modifier le trac\u00e9 naturel des cours d&rsquo;eau. De nombreuses rivi\u00e8res ont ainsi \u00e9t\u00e9 canalis\u00e9es ou mises sous tuyau.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette modification du trac\u00e9 des rivi\u00e8res n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans cons\u00e9quences sur l&rsquo;\u00e9cologie aquatique. En effet, les cours d&rsquo;eau qui \u00e9taient des mosa\u00efques d&rsquo;habitats (zones rapides, calmes, gravillons, s\u00e9diments fins, etc&#8230;) sont devenus des canaux longitudinaux monotones.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple des poissons comme la <a href=\"https:\/\/www.eawag.ch\/fileadmin\/Domain1\/Forschung\/Oekosysteme\/Biodiversitaet\/Forellen_Broschuere_f.pdf\">truite<\/a>, qui ont besoin d&rsquo;un lit de gravier pour pondre, peuvent difficilement se reproduire dans un canal. De m\u00eame les larves d&rsquo;insectes, qui se cachent dans les fonds de rivi\u00e8re, ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 s\u2019implanter dans ce m\u00eame canal.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1998, la sonnette d&rsquo;alarme \u00e9tait tir\u00e9e. Plusieurs indicateurs montraient que les populations de poissons \u00e9taient menac\u00e9es en Suisse. Les relev\u00e9s indiquaient une diminution des prises de truites allant jusqu&rsquo;\u00e0 50 % depuis les ann\u00e9es 1980, l&rsquo;habitat d\u00e9grad\u00e9 et la pollution \u00e9tant des facteurs causals robustes.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre 1997 et 2008, l&rsquo;\u00e9tat de 65&rsquo;000 km du r\u00e9seau hydrologique suisse a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 par l&rsquo;Office f\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;environnement. La Figure 1 pr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9tat de la situation en 2009. Les graphiques montrent que plus de 75% du r\u00e9seau d&rsquo;eau en zone urbaine est tr\u00e8s affect\u00e9, artificiel ou souterrain. Difficile pour la biologie de faire sa place.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/11\/Etat-hydromorphologique-300x97.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-402\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Figure 1: Etat hydromorphologique des rivi\u00e8res en Suisse par zones en 2009 : (a) urbaine, (b) agricole et (c) autre. I = naturelle (bleu), II = peu affect\u00e9e (vert), III = tr\u00e8s affect\u00e9 (jaune), IV = artificiel (rouge) et V = souterraine (magenta). Source : (Office f\u00e9d\u00e9ral de l&rsquo;environnement 2009).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base de ce constat et suite \u00e0 la modification de la Loi sur la protection des eaux en 2011, le gouvernement suisse a pr\u00e9vu la restauration de 4&rsquo;000 km de rivi\u00e8re d&rsquo;ici 2090. La renaturation implique le r\u00e9tablissement des fonctions naturelles et la restauration de l&rsquo;habitat pour obtenir une faune et une flore diversifi\u00e9es. 307 km de rivi\u00e8res avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 renatur\u00e9s en 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la restauration est un travail colossal et tr\u00e8s co\u00fbteux.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, rendre \u00e0 la rivi\u00e8re sa place implique de prendre du terrain sur le milieu urbain, ou sur les terres agricoles, ce qui n&rsquo;est pas toujours tr\u00e8s simple.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;y ajoute un autre probl\u00e8me, mis en \u00e9vidence r\u00e9cemment par des chercheurs allemands dans leur article \u00ab\u00a0Poison au paradis\u00a0\u00bb. Ces auteurs montrent que le succ\u00e8s des renaturations n&rsquo;est peut-\u00eatre pas toujours au rendez-vous, ceci au vu de la pollution chimique de l&rsquo;eau, et surtout des s\u00e9diments, dans les zones renatur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les activit\u00e9s humaines dans les bassins versants des cours d\u2019eau g\u00e9n\u00e8rent une pollution diffuse dans la rivi\u00e8re. Le ruissellement sur les routes en milieu urbain entra\u00eene des m\u00e9taux issus de l&rsquo;abrasion des v\u00e9hicules, du mobilier urbain ou des toitures, vers les grilles d&rsquo;\u00e9gouts, puis vers les cours d&rsquo;eau. Il entra\u00eene \u00e9galement des pesticides utilis\u00e9s dans les jardins, et bien d&rsquo;autres polluants. En zone agricole, des pesticides, toujours, sont \u00e9galement emmen\u00e9s jusque dans les rivi\u00e8res lors des pluies.<\/p>\n\n\n\n<p>Or cette pollution est rarement mesur\u00e9e avant une renaturation. Les \u00e9valuations des corrections des cours d&rsquo;eau tendent \u00e0 se concentrer sur les modifications de l&rsquo;\u00e9comorphologie, soit du lit du cours d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chercheurs se sont donc pench\u00e9s sur le cas de la rivi\u00e8re <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nidda_(rivi%C3%A8re)\">Nidda<\/a>, en Allemagne. Cette rivi\u00e8re a un bassin versant de 2000 km2, avec une importante pression agricole et industrielle. Ils ont compar\u00e9 la toxicit\u00e9 de l&rsquo;eau et des s\u00e9diments pr\u00e9lev\u00e9s dans une zone renatur\u00e9e, avec celle d&rsquo;\u00e9chantillons pris dans une zone peu impact\u00e9e en amont de la rivi\u00e8re. Ils ont ainsi montr\u00e9, en laboratoire, que les organismes biologiques \u00e9taient fortement impact\u00e9s par les \u00e9chantillons provenant de la zone renatur\u00e9e, alors qu&rsquo;ils ne l&rsquo;\u00e9taient que peu par ceux provenant de la zone en amont.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les auteurs allemands, la pollution est un facteur de stress persistant pour le cours d&rsquo;eau, ce qui peut limiter la r\u00e9cup\u00e9ration de la biologie dans les zones renatur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on veut donner une chance aux \u00e9cosyst\u00e8mes des rivi\u00e8res, il semble donc important de re-cr\u00e9er des habitats, mais \u00e9galement d&rsquo;assainir le bassin versant. Cela passe donc par une r\u00e9flexion sur les mesures qui peuvent \u00eatre prises pour limiter les rejets vers les eaux<\/p>\n\n\n\n<p>Sinon, il y a de fortes chances que la biologie ne se r\u00e9approprie pas des zones qui, bien que paraissant naturelles, restent toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Brettschneider, DJ, Misovic A, Schulte-Oehlmann U, Oetken M &amp; Oehlmann J. 2019. Poison in paradise: increase of toxic effects in restored sections of two rivers jeopardizes the success of hydromorphological restoration measures. Environmental Sciences Europe. 31:36.<\/p>\n\n\n\n<p>Office f\u00e9d\u00e9ral de l&rsquo;environnement (OFEV). 2009. <a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/eaux\/publications\/publications-eaux\/ecomorphologie-cours-eau-suisses.html\">Ecomorphologie des cours d&rsquo;eau suisses<\/a>: Etat du lit des berges et des rives. R\u00e9sultats des relev\u00e9s \u00e9comorphologiques (avril 2009)<em>.<\/em> Conf\u00e9d\u00e9deration suisse, Berne.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les pesticides dans nos m\u00e9nages<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 7 octobre 2019 un <a href=\"https:\/\/www.anses.fr\/fr\/content\/l%E2%80%99anses-publie-les-r%C3%A9sultats-de-l%E2%80%99%C3%A9tude-pesti%E2%80%99home-sur-les-usages-des-pesticides-%C3%A0-domicile\">rapport de l&rsquo;ANSES<\/a>* sur l&rsquo;utilisation des pesticides dans les m\u00e9nages est sorti sans vraiment \u00eatre relay\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant ce rapport est extr\u00eamement int\u00e9ressant \u00e0 plus d&rsquo;un titre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9tude, appel\u00e9e Pesti&rsquo;home, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en 2014 sur un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de quelques 1500 m\u00e9nages fran\u00e7ais. Elle visait \u00e0 comprendre l&rsquo;usage des pesticides dans le quotidien des Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en ressort que plus de 75% des m\u00e9nages ont utilis\u00e9 au moins un pesticide dans l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dent le sondage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans 84% des cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;insecticides contre les insectes volants ou rampants, contre les puces\/tiques pour les animaux domestiques ou contre les poux. La moiti\u00e9 des sond\u00e9s en utilisent au moins 3 fois par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Environ 20% des foyers utilisent des herbicides et fongicides dans les espaces ext\u00e9rieurs (jardins, balcon) et ceci plus de 2 fois par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin les r\u00e9pulsifs anti-moustiques sont utilis\u00e9s 6 fois par an par la moiti\u00e9 des m\u00e9nages et plus de 25 fois par un quart des m\u00e9nages fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement interpell\u00e9e, c&rsquo;est que l&rsquo;ANSES rel\u00e8ve que les pr\u00e9cautions d&#8217;emploi li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;utilisation de ces substances toxiques ne sont pas assez connues et suivies.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple \u00ab\u00a0<em>environ un tiers des m\u00e9nages ne lit jamais les indications des emballages des anti-acariens et anti-rongeurs et un quart d\u2019entre eux ne les lit jamais pour les produits contre les insectes volants et rampants<\/em>\u00ab\u00a0**.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout aussi probl\u00e9matique, l&rsquo;enqu\u00eate montre que la majorit\u00e9 des utilisateurs ne savait pas comment se d\u00e9barrasser des pesticides. \u00ab\u00a0<em>60% des m\u00e9nages jettent leurs produits inutilis\u00e9s \u00e0 la poubelle et seulement 31% les d\u00e9posent \u00e0 la d\u00e9chetterie<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Et plus grave, \u00ab\u00a0<em>plus d\u2019un quart des m\u00e9nages avaient dans leur stock au moins un produit de protection des plantes interdit \u00e0 la vente<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas que ce constat serait tr\u00e8s diff\u00e9rent en Suisse, comme le montrait un reportage du <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/suisse\/10410984-particuliers-et-communes-respectent-peu-les-regles-sur-les-pesticides.html\">TJ en mai 2019<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Moins de la moiti\u00e9 des personnes interrog\u00e9es dans ce reportage savaient que l&rsquo;application des pesticides \u00e9tait interdite en Suisse sur les terrasses, les parkings ou les toitures.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, l&rsquo;utilisation de pesticides dans les m\u00e9nages n&rsquo;est pas inoffensive. Ni pour notre sant\u00e9, ni pour l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons le cas des insecticides que l&rsquo;on utilise pour les plantes d&rsquo;int\u00e9rieur. Certains contiennent de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cyperm%C3%A9thrine\">cypermethrine<\/a>, un insecticide qui agit sur le syst\u00e8me nerveux des insectes. Bien que moins toxiques pour l&rsquo;homme que leur pr\u00e9d\u00e9cesseurs les organophosphates, les pyrethrino\u00efdes n&rsquo;en restent pas moins des substances pesticides auxquelles notre exposition devrait \u00eatre limit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, la cypermethrine est tr\u00e8s toxique pour les microcrustac\u00e9s et les amphibiens. Verser le reste de son r\u00e9cipient dans l&rsquo;\u00e9vier peut avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur le milieu aquatique. Et au bout de la cha\u00eene sur l&rsquo;eau potable.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre produits pour plantes d&rsquo;ornements contiennent des n\u00e9onicotino\u00efdes comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tamipride\">ac\u00e9tamipride<\/a>. Cette famille de substances est actuellement controvers\u00e9e pour leur effets sur les pollinisateurs. Et l&rsquo;ac\u00e9tamipride est <a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/eli\/decret\/2018\/7\/30\/TREP1705062D\/jo\/texte\">interdit en France depuis 2018<\/a>. Mais pas en Suisse&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Spayer ses plantes d&rsquo;appartement contre les cochenilles ou autres araign\u00e9es n&rsquo;est donc pas anodin!<\/p>\n\n\n\n<p>Or ces produits insecticides sont en vente libre. Et aucune formation n&rsquo;est demand\u00e9e au quidam qui veut les utiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>Au vu des risques pour la sant\u00e9 et l&rsquo;environnement, je trouve \u00e7a grave!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le jardinage \u00e9galement, ces produits sont en vente libre. Or qui n&rsquo;a pas envie de r\u00e9colter de beaux fruits et l\u00e9gumes apr\u00e8s avoir pass\u00e9 tant de temps \u00e0 les bichonner.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9tude que nous avions men\u00e9e avec des \u00e9tudiants en 2006 dans diff\u00e9rents jardins communaux nous avait inqui\u00e9t\u00e9e. Nombre de personnes interrog\u00e9es ne savait pas ce qu&rsquo;elles utilisaient comme pesticides, et surtout, ne lisaient pas les mode d&#8217;emploi.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, il est tr\u00e8s facile de surdoser un produit. Ceux-ci doivent souvent \u00eatre dilu\u00e9s avant emploi, mais la dilution elle-m\u00eame n\u00e9cessite le mat\u00e9riel ad\u00e9quat et quelques efforts de calculs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette surdose peut empoisonner les sols, les eaux (en milieu urbain, les eaux de pluies rejoignent vite les rivi\u00e8res) ou m\u00eame sa propre sant\u00e9. En effet, on s&rsquo;y expose lorsqu&rsquo;on les applique (souvent sans masque et sans gants) et lorsque on mange ses fruits et l\u00e9gumes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense pour ma part que les pesticides ne sont ni n\u00e9cessaires sur nos plantes d&rsquo;int\u00e9rieur, ni dans nos potagers. Certes, ils peuvent permettre un meilleur rendement, mais au prix de la pollution de l&rsquo;air que nous respirons \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, de la pollution de nos eaux ou de nos sols.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mot encore sur les anti-moustiques***. La plupart contiennent du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N,N-Di%C3%A9thyl-3-m%C3%A9thylbenzamide\">DEET<\/a>, une substance qui agit comme r\u00e9pulsif et non comme insecticide. Pour l&rsquo;instant, elle ne semble pas tr\u00e8s toxique pour la sant\u00e9 et l&rsquo;environnement, mais on a tr\u00e8s peu de donn\u00e9es \u00e0 disposition. Il est cependant recommand\u00e9 de l&rsquo;\u00e9viter sur les enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe \u00e9galement des anti-moustiques avec de r\u00e9els insecticides. C&rsquo;est le cas de certains diffuseurs qui contiennent des pyrethrino\u00efdes dont j&rsquo;ai mentionn\u00e9 les effets plus haut. Sachant qu&rsquo;ils diffusent toute la nuit, il faut bien r\u00e9fl\u00e9chir avant de les utiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>* ANSES: Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire, de l&rsquo;alimentation, de l&rsquo;environnement et du travail en France<\/p>\n\n\n\n<p>** Toutes les citations sont issues de l&rsquo;actualit\u00e9 du 07.10.19 publi\u00e9 par l&rsquo;ANSES.<\/p>\n\n\n\n<p>*** Voir l&rsquo;article de Que Choisir: <a href=\"https:\/\/www.quechoisir.org\/guide-d-achat-antimoustiques-n7841\/#les-insecticides\">Antimoustiques<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Changement climatique\u2026et pollution<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas un article tr\u00e8s gai pour ce d\u00e9but octobre, si tant est que les autres aient pu l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, personne ne peut pr\u00e9tendre ignorer que notre civilisation va au devant de grands changements, m\u00eame si des mesures sont prises rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport du <a href=\"https:\/\/www.ipcc.ch\/\">GIEC<\/a> du 25 septembre sur les oc\u00e9ans et la cryosph\u00e8re est sans appel: <a href=\"https:\/\/www.ipcc.ch\/site\/assets\/uploads\/2019\/09\/sroc-press-release-fr.pdf\">\u00ab\u00a0Approuv\u00e9 le 24 septembre 2019 par les 195 Gouvernements membres du GIEC, le Rapport sp\u00e9cial du GIEC sur l\u2019oc\u00e9an et la cryosph\u00e8re dans le contexte du changement climatique&#8230;pr\u00e9sente de nouvelles preuves soulignant les avantages qu\u2019il y a \u00e0 faire en sorte que le r\u00e9chauffement plan\u00e9taire soit aussi faible que possible, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019objectif que les gouvernements se sont fix\u00e9s dans l\u2019Accord de Paris en 2015. <strong>En r\u00e9duisant de toute urgence les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, il est possible de limiter l\u2019ampleur des changements auxquels sont confront\u00e9s l\u2019oc\u00e9an et la cryosph\u00e8re. Les \u00e9cosyst\u00e8mes et les moyens d\u2019existence qui en d\u00e9pendent peuvent \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9s<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les banques commencent \u00e0 r\u00e9aliser les risques que repr\u00e9sentent ces changements \u00e0 l&rsquo;instar du <a href=\"https:\/\/markets.businessinsider.com\/news\/stocks\/goldman-sachs-climate-change-threatens-new-york-tokyo-lagos-cities-2019-9-1028552494\">rapport publi\u00e9 par Golman Sachs<\/a> cette semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, si les changements climatiques ont un impact important et mesurable sur les \u00e9cosyst\u00e8mes, ce ne sont pas les seuls pressions anthropiques que ces derniers subissent. Les substances chimiques, dont je vous parle depuis 2 ans, ont \u00e9galement un impact non-n\u00e9gligeable sur l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Or il y a tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9tudes scientifiques qui se penchent sur les effets conjoints des modifications du climat et de la pollution chimique.<\/p>\n\n\n\n<p>En cherchant pour mes \u00e9tudiants, j&rsquo;ai trouv\u00e9 un article de 2009 qui fait le point sur la question. Il s&rsquo;intitule: la toxicologie du changement climatique: les contaminants de l\u2019environnement dans un monde plus chaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Et autant vous le dire tout de suite, le constat est alarmant. Donc si vous ne voulez pas entendre de mauvaises nouvelles, arr\u00eatez votre lecture ici.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord les changements climatiques auront un effet sur le transport et le devenir des substances chimiques dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne nouvelle cependant, il est possible que des temp\u00e9ratures plus \u00e9lev\u00e9es augmentent la d\u00e9gradation des substances chimiques dans l&rsquo;environnement. Ceci peut en partie s&rsquo;expliquer par de plus longues p\u00e9riodes \u00ab\u00a0chaudes\u00a0\u00bb pendant lesquelles les microorganismes qui d\u00e9gradent les substances fonctionnent bien.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, des temp\u00e9ratures plus chaudes vont augmenter la pollution de l&rsquo;air (par \u00ab\u00a0\u00e9vaporation\u00a0\u00bb de substances depuis les eaux et les sols ), avec des risques pour la sant\u00e9 humaine et les \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le manque de pluie va \u00e9galement contribuer \u00e0 cette pollution de l&rsquo;air, car l&rsquo;atmosph\u00e8re sera plus rarement \u00ab\u00a0lav\u00e9e\u00a0\u00bb par l&rsquo;eau. L&rsquo;air sera pollu\u00e9 plus durablement.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;oppos\u00e9, les \u00e9v\u00e8nements de pluie extr\u00eames pr\u00e9vus par les diff\u00e9rents sc\u00e9narios vont entra\u00een\u00e9s les substances chimiques vers les eaux avec un risque d&rsquo;augmenter significativement les concentrations dans le milieu aquatique. Et donc le risque pour les esp\u00e8ces aquatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau de la toxicit\u00e9, l&rsquo;\u00e9tude rel\u00e8ve que les changements climatiques vont augmenter les effets des substances chimiques. Pour r\u00e9sumer les organismes vont \u00eatre soumis \u00e0 un double stress. Ils devront s&rsquo;adapter \u00e0 des changements de leur milieu (en terme de temp\u00e9rature, humidit\u00e9, nourriture disponible) et en m\u00eame temps faire face aux polluants toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons le cas d&rsquo;un poisson dans une rivi\u00e8re. Les \u00e9t\u00e9 chauds et secs contribuent \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;eau pr\u00e9sente dans sa rivi\u00e8re en \u00e9t\u00e9. Cette eau est \u00e9galement plus chaude. Notre poisson doit donc faire face \u00e0 un milieu de vie moins confortable.<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de cela, les pesticides et autres m\u00e9dicaments se d\u00e9versent toujours dans la rivi\u00e8re. Mais comme il y a moins d&rsquo;eau, ils sont moins dilu\u00e9s et leur concentrations sont plus \u00e9lev\u00e9es. Donc ils sont plus toxiques<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que vous \u00eates arriv\u00e9s \u00e0 la m\u00eame conclusion que moi: la \u00ab\u00a0sur\u00a0\u00bbvie de ce poisson va \u00eatre compliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous avais pr\u00e9venu, ce post n&rsquo;est pas tr\u00e8s gai.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces conclusions montrent qu&rsquo;il y a urgence, urgence d&rsquo;agir sur les gaz \u00e0 effets de serre comme le souligne le GIEC, mais \u00e9galement sur l&rsquo;utilisation et les rejets des substances chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, actuellement ces probl\u00e9matiques sont encore trait\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment. Il est donc facile aux industriels de faire recours contre l&rsquo;interdiction d&rsquo;une substance comme c&rsquo;est le cas pour <a href=\"https:\/\/www.24heures.ch\/suisse\/douze-pesticides-interdits-plusieurs-recours\/story\/29464672\">le chlorpyriphos et ses cousins<\/a> en Suisse. On peut discuter pendant des ann\u00e9es du risque que pr\u00e9sente une mol\u00e9cule, voir un groupe de substances. On conna\u00eet <a href=\"https:\/\/www.science-et-vie.com\/nature-et-enviro\/controverse-sur-le-glyphosate-tout-comprendre-48021\">la controverse autour du glyphosate<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;en est malheureusement plus l\u00e0. Les esp\u00e8ces vivantes ne sommes pas expos\u00e9es \u00e0 une substance, mais \u00e0 des centaines de milliers. Dans un environnement qui va beaucoup changer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9p\u00e8te certainement, mais nous pouvons diminuer les substances chimiques que nous utilisons, au quotidien. Ensemble, elles ont un impact sur notre sant\u00e9 et sur notre environnement. Au niveau de l&rsquo;alimentation, des cosm\u00e9tiques, des d\u00e9tergents. Il y a des choses \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Et au del\u00e0 de nos actions de consommateurs, nous avons \u00e9galement le droit de vote. Et pour \u00e9viter tout malentendu, je ne pr\u00e9conise pas ici de voter pour un parti donn\u00e9. J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de collaborer avec des personnes de diff\u00e9rents partis et ce f\u00fbt souvent enrichissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il s&rsquo;agit bien ici de donner son avis, en fonction de ses convictions, au moment o\u00f9 on nous le demande, que ce soit pour les votations communales, cantonales ou f\u00e9d\u00e9rales, ou sur des initiatives.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Noyes et al. 2009. The toxicology of climate change: Environmental contaminants in a warming world. Environment International 35: 971-986.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">On ne trouve que ce que l&rsquo;on cherche<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement, de nouvelles probl\u00e9matiques li\u00e9es aux substances chimiques apparaissent. C&rsquo;est le cas du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chlorothalonil\">chlorothalonil<\/a>, un fongicide appliqu\u00e9 sur les champs de c\u00e9r\u00e9ales et qui a <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/deux-pesticides-risque-largement-utilises-suisse\">d\u00e9fray\u00e9 la chronique<\/a> au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. <a href=\"https:\/\/ec.europa.eu\/food\/plant\/pesticides\/eu-pesticides-database\/public\/?event=activesubstance.detail&amp;language=EN&amp;selectedID=1125\">Son autorisation n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 renouvell\u00e9e<\/a> en 2019 par l&rsquo;Union europ\u00e9enne, mais il est <a href=\"https:\/\/www.blv.admin.ch\/blv\/fr\/home\/lebensmittel-und-ernaehrung\/lebensmittelsicherheit\/stoffe-im-fokus\/pflanzenschutzmittel\/chlorothalonil.html\">encore autoris\u00e9 en Suisse<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas de ce fongicide, le probl\u00e8me vient surtout de ses produits de d\u00e9gradation. En effet, le chlorothalonil est class\u00e9 comme canc\u00e9rig\u00e8ne potentiel. Mais ce sont ses m\u00e9tabolites que l&rsquo;on trouve dans des concentrations d\u00e9passant la norme de 0.1 ug\/l dans les eaux souterraines. Or comme la substance parente est canc\u00e9rig\u00e8ne potentielle et que la preuve n&rsquo;est pas faite que ses m\u00e9tabolites ne le sont pas, elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme probl\u00e9matiques (vous suivez?).<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 cette nouvelle classification, des eaux souterraines <a href=\"https:\/\/www.24heures.ch\/vaud-regions\/lausanne-region\/reseau-eau-potable-impacte-pesticide\/story\/15425211\">sont devenues impropres \u00e0 la production d&rsquo;eau potable<\/a>. Pourtant le chlorothalonil est utilis\u00e9 depuis 50 ans, alors pourquoi maintenant?<\/p>\n\n\n\n<p>En premier lieu, cela s&rsquo;explique par l&rsquo;\u00e9volution des m\u00e9thodes d&rsquo;analyses chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous devez surveiller la qualit\u00e9 des eaux, vous allez pr\u00e9lever un \u00e9chantillon d&rsquo;eau (si possible repr\u00e9sentatif) et y rechercher les substances d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Or il n&rsquo;est pas possible de faire une recherche \u00ab\u00a0au hasard\u00a0\u00bb. Vous devez choisir un certain nombre de substances connues, pour lesquelles les m\u00e9thodes d&rsquo;analyse existent, que vous pourrez comparer avec ce qui est pr\u00e9sent dans votre \u00e9chantillon. Donc au final vous ne pourrez trouver que ce que vous cherchez.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous donne deux exemples.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons le cas du glyphosate. La m\u00e9thode d&rsquo;analyse au laboratoire est assez complexe et cette mol\u00e9cule ne pouvait pendant longtemps pas \u00eatre analys\u00e9es en m\u00eame temps que d&rsquo;autres pesticides. Peu de laboratoires \u00e9taient donc capables de le rechercher. Malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;herbicide le plus vendu en Suisse, on ne le trouvait pas dans les eaux de surface car il \u00e9tait absent des programmes de surveillance. Or lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 inclus dans ces m\u00eames programmes, au milieu des ann\u00e9es 2000, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;on le trouvait aussi bien dans les eaux de surface que dans les eaux souterraines.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre exemple est donn\u00e9 par les m\u00e9dicaments dans les eaux. Il y a entre 2000 et 3000 substances m\u00e9dicamenteuses sur le march\u00e9 en Suisse. Or depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, nous en cherchons entre 50 et 100. Soit maximum 5%. C&rsquo;est peu. Ce pourquoi les laboratoires cherchent \u00e0 toujours plus \u00e9tayer leurs analyses. C&rsquo;est donc un peu par hasard que la metformine, un anti-diab\u00e9tique, a \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9e \u00e0 la liste des substances cherch\u00e9es \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000. Et qu&rsquo;on s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;on la trouvait partout. Presque 20 tonnes dans le L\u00e9man par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela pourrait laisser penser que les recherches se font \u00ab\u00a0au petit bonheur la chance\u00a0\u00bb. Or ce n&rsquo;est pas le cas. Les organismes de surveillance et les chercheurs travaillent de concert pour dresser des listes de substances \u00ab\u00a0\u00e0 rechercher\u00a0\u00bb. Par exemple, en cherchant \u00e0 conna\u00eetre celles qui sont le plus utilis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la t\u00e2che est colossale. D&rsquo;une part parce qu&rsquo;il y a plus 100&rsquo;000 substances sur le march\u00e9 en Europe, et 10 \u00e0 20 fois plus si on compte les produits de d\u00e9gradation. Mais surtout parce que nous n&rsquo;avons pas acc\u00e8s aux donn\u00e9es de composition des produits, ni aux quantit\u00e9s vendues. Donc, dans la plupart des cas, impossible de faire des pronostics sur les substances \u00e0 rechercher.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc fort \u00e0 parier que dans le futur, il y aura de plus en plus d&rsquo;actualit\u00e9 sur des pollutions qui ne seront nouvelles que par leur mise en \u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons au chlorothalonil et au probl\u00e8me qu&rsquo;il pose actuellement alors que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas il y a encore une ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me explication est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des donn\u00e9es sur la toxicit\u00e9 humaine et environnementale.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons le cas des m\u00e9tabolites du chlorothalonil. La question des produits de d\u00e9gradation est tr\u00e8s complexe, mais cependant tr\u00e8s importante. En effet, la structure d&rsquo;une substance chimique, dans l&rsquo;environnement, va changer sous l&rsquo;action du soleil, des bact\u00e9ries, etc&#8230;. G\u00e9n\u00e9ralement cette \u00e9volution est plut\u00f4t positive car la toxicit\u00e9 de la substance va diminuer. Mais ce n&rsquo;est pas toujours le cas. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;ailleurs bien connu pour les m\u00e9dicaments. Certains d&rsquo;entre eux sont plus actifs une fois transform\u00e9s par le foie chez l&rsquo;\u00eatre humain. Comme exemple, le tamoxifen, un anti-canc\u00e9reux utilis\u00e9 dans le traitement des cancers du sein. Dans son cas, c&rsquo;est l&rsquo;endoxifen, sa m\u00e9tabolite, qui est 100 fois plus active contre le cancer.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas du chlorothalonil, 6 m\u00e9tabolites ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es comme pertinentes (\u00e0 risque) et 3 comme non-pertinente dans un rapport de l&rsquo;Office F\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;Agriculture du 6 ao\u00fbt 2019. Avant cette date, le chlorothalonil ne posait pas vraiment de probl\u00e8mes. Notons que dans le rapport cit\u00e9 ci-dessus, 19 m\u00e9tabolites sont d\u00e9clar\u00e9es comme pertinentes, alors qu&rsquo;elles ne font de loin pas toutes, pour l&rsquo;instant, l&rsquo;objet de recherche dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici \u00e9galement il y a fort \u00e0 parier que le nombre d&rsquo;\u00e9tudes augmentant, le nombre de substances devenant \u00e0 risque va augmenter aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bon exemple de changement d&rsquo;interpr\u00e9tation de la qualit\u00e9 de l&rsquo;environnement est donn\u00e9 par les <a href=\"https:\/\/www.bag.admin.ch\/bag\/fr\/home\/gesund-leben\/umwelt-und-gesundheit\/chemikalien\/chemikalien-a-z\/pcb.html\">PCBs<\/a>. Cette famille de compos\u00e9s chlor\u00e9s a \u00e9t\u00e9 largement utilis\u00e9e jusque dans les ann\u00e9es 80 et m\u00eame s&rsquo;ils sont maintenant interdits, ils sont encore pr\u00e9sents dans l&rsquo;air et relargu\u00e9s par certains mat\u00e9riaux de construction comme les joints ou encore par les d\u00e9charges.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, on mesurait les quantit\u00e9 de PCBs sur la base des <a href=\"https:\/\/www.pollutions.eaufrance.fr\/pcb\/toxicit.html\">6 cong\u00e9n\u00e8res<\/a> que l&rsquo;on trouve en majorit\u00e9 dans les eaux. Ces valeurs \u00e9taient en dessous des normes et tout allait bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais soudain, des chercheurs mettent en \u00e9vidence que certains membres de la familles sont beaucoup plus toxiques que pr\u00e9vus. On les appelle dioxines-like car aussi toxiques que les <a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/news-room\/fact-sheets\/detail\/dioxins-and-their-effects-on-human-health\">dioxines<\/a>. De nouvelles normes entrent en vigueur et la Suisse d\u00e9couvre ses eaux beaucoup plus pollu\u00e9es que pr\u00e9c\u00e9demment, entrainant la fermeture de la p\u00eache dans certaines rivi\u00e8res telle la <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/regions\/fribourg\/6280247-l-interdiction-de-peche-fribourgeoise-dans-la-sarine-est-maintenue.html\">Sarine<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, la surveillance de la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau est complexe. De nouvelles m\u00e9thodes d&rsquo;analyses, de nouvelles donn\u00e9es de toxicit\u00e9 ou d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 font r\u00e9guli\u00e8rement leur apparition et mettent en lumi\u00e8re de nouveaux probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il para\u00eet donc important de prendre des mesures non pas seulement lorsque le probl\u00e8me est d\u00e9tect\u00e9, mais \u00e9galement pro-activement, pour r\u00e9duire de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les substances chimiques qui entrent dans les eaux. A titre d&rsquo;exemple, l&rsquo;am\u00e9lioration des traitements des effluents des stations d&rsquo;\u00e9puration <a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/eaux\/info-specialistes\/mesures-pour-la-protection-des-eaux\/epuration-des-eaux-usees\/traitement-des-eaux-usees-communales.html\">voulu en Suisse<\/a>, ceci pour r\u00e9duire les substances chimiques rejet\u00e9es, va dans ce sens.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des m\u00e9taux dans le fonds du lac<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je vous avais parl\u00e9, dans un blog pr\u00e9c\u00e9dent, du cuivre que l&rsquo;on trouvait dans les s\u00e9diments des cours d&rsquo;eau, ceci d\u00fb \u00e0 son utilisation en agriculture, mais \u00e9galement \u00e0 son utilisation dans la construction.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cuivre, accroch\u00e9 sur les particules et transport\u00e9 par les eaux de pluies, se d\u00e9pose dans le fonds des rivi\u00e8res et des lacs.<\/p>\n\n\n\n<p>Un de mes \u00e9tudiants de master, Sabesan Sabaratnam, s&rsquo;est pench\u00e9 sur la pollution en cuivre, mais \u00e9galement en autres m\u00e9taux, des s\u00e9diments d&rsquo;un lac. Il a choisi la Baie de Vidy, dans le lac L\u00e9man, car les eaux de ruissellement de Lausanne, ainsi que les eaux de la station d&rsquo;\u00e9puration de Vidy, s&rsquo;y d\u00e9versent (Figure 1).<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un excellent exemple pour \u00e9valuer la pollution par les m\u00e9taux qu&rsquo;une ville de 200&rsquo;000 habitants peut engendrer dans un lac.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/Sabesan-1-300x206.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-330\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Figure 1: Localisation de la Baie de Vidy, (Sabaratnam 2019)<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis un bateau (Figure 2), M. Sabaratnam a collect\u00e9 des \u00e9chantillons de s\u00e9diments, dans le fonds de la Baie, en 54 points, r\u00e9partis de mani\u00e8re homog\u00e8ne (Figure 3). Certains points se trouvaient proches du rejet de la station d&rsquo;\u00e9puration de Vidy, d&rsquo;autres plus proches de la Chamberonne, une rivi\u00e8re qui va entra\u00eener les eaux de pluie de l&rsquo;ouest lausannois dans le lac.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>&nbsp;<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/Sabesan-3.jpg\" alt=\"\" width=\"257\" height=\"270\">Figure 2: Bateau pour l&rsquo;\u00e9chantillonnage (Sabaratnam 2019).<\/td><td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/Sabesan-2-300x210.jpg\" alt=\"\" width=\"356\" height=\"249\">&nbsp;Figure 3: Sites de pr\u00e9l\u00e8vements. Le site de rejets de la station d&rsquo;\u00e9puration de Vidy est not\u00e9 en noir (Sabaratnam 2019).<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>M. Sabaratnam est ensuite parti au laboratoire pour analyser 11 m\u00e9taux: l&rsquo;aluminium, le cadmium, le chrome, le cuivre, le fer, le mangan\u00e8se, le nickel, le plomb, le titane et le zinc. Le mercure a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve car la m\u00e9thode est complexe.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/Sabesan-4-300x160.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-333\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Figure 4: Pr\u00e9paration des \u00e9chantillons au laboratoire ((Sabaratnam 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;a-t-il trouv\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d&rsquo;abord, comme on s&rsquo;y attendait, les s\u00e9diments contiennent plus de mati\u00e8re organique proche du rejet de la station d&rsquo;\u00e9puration (Figure 5).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/Sabesan-5-300x198.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-334\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Figure 5: Carbone organique total dans les s\u00e9diments. La hauteur des barres montre les quantit\u00e9s (Sabaratnam 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas \u00e9tonnant sachant que nos eaux us\u00e9es, v\u00e9hiculant nos excr\u00e9ments, sont tr\u00e8s charg\u00e9es en mati\u00e8re organique. Mais si une grande partie est trait\u00e9e \u00e0 la station d&rsquo;\u00e9puration, des rejets surviennent lors des pluies et am\u00e8nent cette mati\u00e8re organique vers les eaux de surface.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi je vous en parle? Parce que la mati\u00e8re organique joue un grand r\u00f4le dans la disponibilit\u00e9, et donc la toxicit\u00e9, des m\u00e9taux pour les organismes vivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais parlons de la pollution par les m\u00e9taux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le cuivre, on voit un grosse tache noire (correspondant aux concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es, soit 160 mg\/kg) au milieu de la Baie (Figure 6). De nouveau cela correspond au rejet de la station d&rsquo;\u00e9puration. La tache sombre plus bas \u00e0 droite correspond \u00e9galement \u00e0 une zone fortement pollu\u00e9e. Cette pollution peut \u00eatre due aux rejets par temps pluie, dont la conduite principale se trouve \u00e0 droite de la station d&rsquo;\u00e9puration, ou \u00e0 des courants qui d\u00e9placent les s\u00e9diments.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/Sabesan-6-300x213.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-335\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Figure 6: Concentrations en cuivre dans les s\u00e9diments. Les concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es sont les plus fonc\u00e9es (Sabaratnam 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Le cadmium, le chrome, le plomb, le mercure, le nickel, le fer et le zinc pr\u00e9sentent le m\u00eame pattern et donc la m\u00eame source de pollution dans le lac.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, la situation est diff\u00e9rente pour le mangan\u00e8se, l&rsquo;aluminium et le titane (Figure 7). Les concentrations maximales sont en bordure de la zone. Il semble donc que la source d&rsquo;apport soit le lac. Non que celui-ci soit fortement pollu\u00e9. Mais les valeurs trouv\u00e9es correspondent aux valeurs \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb pr\u00e9sentent dans les s\u00e9diments et donc sont plut\u00f4t influenc\u00e9es par les courant lacustres.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/08\/sabesan-7-300x218.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-336\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Figure 7: Concentrations en mangan\u00e8se dans les s\u00e9diments. Les concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es sont les plus fonc\u00e9es (Sabaratnam 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci est bien joli, mais ces concentrations sont-elles probl\u00e9matiques?<\/p>\n\n\n\n<p>M. Sabaratnam les a compar\u00e9es avec des valeurs seuils d&rsquo;effets sur les esp\u00e8ces vivant dans les s\u00e9diments. Le cas du cuivre est le plus clair, les concentrations moyennes et maximales sont en dessus du seuil d&rsquo;effets. Idem pour la nickel. Les concentrations pr\u00e9sentent donc un risque non n\u00e9gligeables pour l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les autres m\u00e9taux, les concentrations maximales sont en dessous de ces seuils, mais au dessus du seuil d&rsquo;effet potentiel. Ils pr\u00e9sentent donc un risque faibles \u00e0 mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette pollution par le cuivre et le nickel? Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 des toitures en cuivre et du trafic comme source importante de cuivre dans l&rsquo;environnement. Pour le nickel, c&rsquo;est \u00e9galement le trafic et le mobilier urbain qui contribue \u00e0 cette pollution. Avec certainement des sources industrielles.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faire?<\/p>\n\n\n\n<p>La pollution se fait surtout par temps pluie, pour le cuivre et le nickel. Ces eaux ne sont pas trait\u00e9es et rejoignent le milieu naturel directement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe des solutions comme le nettoyage des routes, qui se fait d\u00e9j\u00e0, et qui peut limiter les particules se rejetant dans les eaux de surface. Des syst\u00e8mes de filtration existent aussi pour retenir cette pollution au niveau des b\u00e2timents ou des grilles d\u2019\u00e9gouts. Des solutions qui peuvent \u00eatre mises en place, mais avec un certain co\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais j\u2019aimerais souligner un point qui me semble important. Ces r\u00e9sultats sont pour les m\u00e9taux. Cependant des consid\u00e9rations semblables s&rsquo;appliquent pour d&rsquo;autres substances. M\u00eame si nous ne les avons pas mesur\u00e9s, on s&rsquo;attend \u00e0 ce que d&rsquo;autres polluants qui s&rsquo;adsorbent sur les particules, comme certains biocides ou pesticides, se r\u00e9partissent de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La pollution par les eaux de pluie n&rsquo;est donc pas n\u00e9gligeable et une attention particuli\u00e8re devrait lui \u00eatre accord\u00e9e!<\/p>\n\n\n\n<p>En se souvenant aussi que ce qui part dans une grille d&rsquo;\u00e9gout finit souvent directement dans une rivi\u00e8re ou dans un lac.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sabaratnam S. 2019. Spatial distribution of trace metals and major elements<br>in surficial sediments from the Vidy Bay. Travail de Master. FGSE. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">L&rsquo;\u00e9chec des l\u00e9gislations sur les substances chimiques<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On me demande souvent pourquoi on ne conna\u00eet pas la toxicit\u00e9 de telle ou telle substance. Prenons l&rsquo;exemple d&rsquo;un cosm\u00e9tique. On lira \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/cosmeticobs.com\/fr\/ingredient-cosmetique\/methylpropanediol-179\/\">methylpropanediol<\/a>\u00a0\u00bb dans la composition, mais taper son nom dans son moteur de recherche n&rsquo;am\u00e8nera, au mieux, que des informations contradictoires sur le risque que cette mol\u00e9cule pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 2000, seuls les pesticides et les m\u00e9dicaments \u00e9taient soumis \u00e0 une l\u00e9gislation sp\u00e9cifique visant \u00e0 \u00e9valuer le risque qu&rsquo;ils pourraient pr\u00e9senter. Pour l&rsquo;homme et l&rsquo;environnement (ou pour l&rsquo;homme seulement dans le cas des m\u00e9dicaments).<\/p>\n\n\n\n<p>Or il y avait au d\u00e9but du 21\u00e8me si\u00e8cle pr\u00e8s de 150&rsquo;000 substances sur le march\u00e9 en Europe. Pour lesquelles ce risque \u00e9tait donc inconnu!<\/p>\n\n\n\n<p>Fort de ce constat, les d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens ont adopt\u00e9 le 13 d\u00e9cembre 2006 une loi visant \u00e0 enregistrer et \u00e9valuer les substances chimiques pr\u00e9sentes sur le march\u00e9 en Europe, <a href=\"https:\/\/echa.europa.eu\/fr\/regulations\/reach\/understanding-reach\">la directive REACH<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette directive inversait le fardeau de la preuve, c&rsquo;est-\u00e0-dire que, comme pour les pesticides, les industries devaient montrer qu&rsquo;une substance ne pr\u00e9sentait pas de risque pour pouvoir la mettre sur le march\u00e9. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus \u00e0 nous, scientifiques, et aux administrations, de devoir d\u00e9montrer ce risque pour qu&rsquo;elle soit retir\u00e9e du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;accouchement de cette directive f\u00fbt difficile. Un intense lobbying, autant du milieu industriel que des ONG, a eu lieu \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, c&rsquo;est seulement 30&rsquo;000 substances sur les 150&rsquo;000 qui devaient \u00eatre \u00e9valu\u00e9es, soit celles produites \u00e0 plus de 1 tonne par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;adoption de cette directive nous a r\u00e9jouis, toxicologues et \u00e9cotoxicologues. Nous allions enfin en savoir plus et pouvoir \u00e9valuer le risque environnemental des mol\u00e9cules qui nous entouraient. Je me souviens d&rsquo;en avoir parl\u00e9 avec enthousiasme aux vol\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudiants qui suivaient mes cours.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2019, maintenant que les derni\u00e8res donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/europa.eu\/european-union\/about-eu\/agencies\/echa_fr\">agence europ\u00e9enne des produits chimiques<\/a> \u00e0 Helsinki, force est de constat\u00e9 que le souffl\u00e9 est retomb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En mai dernier, des documents de l&rsquo;association environnementale allemande Bund, cit\u00e9s par <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2019\/05\/21\/au-moins-654-entreprises-ne-respectent-pas-la-reglementation-sur-les-substances-chimiques_5464730_3244.html\">Le Monde<\/a>, montraient que plus de 654 entreprises allemandes ne respectaient pas la directive REACH. Ils parlent m\u00eame de \u00ab\u00a0dieselgate\u00a0\u00bb de l&rsquo;industrie chimique.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, pour 940 substances, dont 41 utilis\u00e9es entre 12 et 121 millions de tonnes par an, les donn\u00e9es sont non conformes ou insuffisantes concernant le danger toxicologique et \u00e9cotoxicologique. Ainsi le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phtalate_de_dibutyle\">phtalate de dibutyle<\/a>, un plastifiant soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un perturbateur endocrinien, est encore largement utilis\u00e9 dans les jouets.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, des coll\u00e8gues se sont \u00e9galement pench\u00e9s sur les valeurs d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 \u00e0 disposition dans la base de donn\u00e9es REACH. Sur les 305&rsquo;068 donn\u00e9es trouv\u00e9es, seules 54&rsquo;353 \u00e9taient utilisables. C&rsquo;est-\u00e0-dire que 82% des valeurs \u00e0 disposition ne pouvaient pas \u00eatre utilis\u00e9es pour \u00e9valuer le risque environnemental d&rsquo;une substance!<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi un pourcentage si \u00e9lev\u00e9 de donn\u00e9es non utilisables?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces coll\u00e8gues posent plusieurs hypoth\u00e8ses comme des erreurs lors de la saisie des donn\u00e9es. Mais pas seulement. Parfois les conditions de tests ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9es. Ou encore il est mentionn\u00e9 que la toxicit\u00e9 est inf\u00e9rieure \u00e0 une certaine valeur, mais cette valeur n&rsquo;est pas donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un \u00e9norme g\u00e2chis. \u00c9norm\u00e9ment d\u2019argent a \u00e9t\u00e9 investi pour cr\u00e9er des donn\u00e9es inutilisables. Et au final, cette r\u00e9glementation sens\u00e9e mieux nous prot\u00e9ger ne le fait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a encore pire \u00e0 mon sens. Dans son excellent livre: \u00ab\u00a0Toxiques l\u00e9gaux\u00a0\u00bb, Henri Boullier montre que m\u00eame pour des substances dont la toxicit\u00e9 est reconnue, \u00ab\u00a0des d\u00e9put\u00e9s, des avocats, des hauts fonctionnaires, des repr\u00e9sentants d&rsquo;entreprise et des chefs d&rsquo;Etat ont progressivement inscrit dans le droit l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;interdire les mol\u00e9cules chimiques, si toxiques soient-elles\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;inscrit dans la loi notamment le fameux \u00ab\u00a0principe d&rsquo;exception\u00a0\u00bb lorsqu&rsquo;une substance est utilis\u00e9e dans un usage contr\u00f4l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;explique. Une substance dangereuse peut par exemple \u00eatre utilis\u00e9e sur un lieu de travail si les conditions de travail sont contr\u00f4l\u00e9es et donc que la sant\u00e9 du travailleur n&rsquo;est pas mise en danger. Sont ainsi \u00e9tablise cartes de risques et mesures de protection. Mais souvent dans la pratique, comme le montre Henri Boullier, ces mesures ne sont pas appliqu\u00e9es correctement.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc un constat bien amer. Malgr\u00e9 la volont\u00e9 affich\u00e9e en Europe de mieux contr\u00f4ler les substances chimiques, l&rsquo;\u00e9chec est flagrant.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc je continuerai certainement encore longtemps de r\u00e9pondre \u00ab\u00a0je ne sais pas\u00a0\u00bb lorsque l&rsquo;on me posera la question de la toxicit\u00e9 d&rsquo;une substance chimique d\u00e9couverte dans la composition de son shampoing pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Boulier H. 2019. Toxiques l\u00e9gaux. Comment les firmes chimiques ont mis la main sur le contr\u00f4le de leurs produits. Editions la d\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Saouter et al. 2019. Using REACH for the EU Environmental Footprint: building a usable ecotoxicity database (part I). <a href=\"https:\/\/setac.onlinelibrary.wiley.com\/journal\/15528618?globalMessage=0\">Environmental Chemistry and Toxicology<\/a>. Article sous presse.<\/p>\n\n\n\n<p>Image: Fotolia_64542047_Subscription_L, copyright<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Une bonne d\u00e9cision prise tardivement<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux jours, l&rsquo;Office F\u00e9d\u00e9ral de l&rsquo;Agriculture annon\u00e7ait le <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/deux-pesticides-neurotoxiques-bannis-suisse\">retrait du march\u00e9 de deux insecticides<\/a>, le chlorpyriphos et le chlorpyriphos-ethyl. C&rsquo;est une d\u00e9cision intelligente. Ces deux substances sont toxiques pour le syst\u00e8me nerveux et ceci \u00e0 petite dose d\u00e9j\u00e0. Or on les utilise largement depuis la r\u00e9volution verte des ann\u00e9es 50.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, on peut se demander pourquoi avoir attendu aussi longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux substances font partie de la grande famille des organophosphates, des compos\u00e9s connus pour \u00eatre neurotoxiques depuis les ann\u00e9es 20. En effet, et c&rsquo;est un cas d&rsquo;\u00e9cole, un organophosphate, le tricresyl phosphate, a fait des ravages dans la population noire et pauvre lors de la prohibition aux Etats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la commercialisation de l&rsquo;alcool \u00e9tait interdite, les populations pauvres consommaient les rem\u00e8des faits \u00e0 base d&rsquo;alcool. Notamment le <a href=\"https:\/\/mindhacks.com\/2011\/06\/30\/the-ginger-jake-poisonings\/\">Ginger Jake<\/a>, un m\u00e9dicament jama\u00efcain. Les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines ont donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;augmenter le gingembre pour en augmenter l&rsquo;amertume et donc diminuer la consommation.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le contr\u00f4le du taux de gingembre se faisait au poids sec (apr\u00e8s \u00e9vaporation du liquide), des petits malins ont trouv\u00e9 la solution de remplacer le gingembre, tr\u00e8s cher, par du tricresyl phosphate, lui tr\u00e8s bon march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des m\u00e9decins qui ont alert\u00e9 les autorit\u00e9s. Ils recevaient un nombre croissant de patients pauvres avec des difficult\u00e9s pour marcher et bouger, signe d&rsquo;une atteinte neurologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques temps, le pot-aux-roses a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9. Mais cet \u00e9pisode a laiss\u00e9 de nombreux malades et une s\u00e9ries de chansons de blues sur le \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ZgfvzDEKTso\">Jake Walk Blues<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale que la famille des organophosphates a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e, avec notamment le gaz <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sarin\">sarin<\/a> qui refait parler de lui actuellement <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/monde\/8743856-l-onu-confirme-que-du-gaz-sarin-a-bien-ete-utilise-en-syrie.html\">en Syrie<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 50, apr\u00e8s la guerre, il fallait trouver une utilit\u00e9 \u00e0 ces substances chimiques. Elles ont donc \u00e9t\u00e9 reconverties en insecticides (heureusement pas le gaz sarin), pendant ce que l&rsquo;on a appel\u00e9 la r\u00e9volution verte.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc cela fait plus de 60 ans que ces substances sont sur le march\u00e9, utilis\u00e9es dans notre agriculture. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de les interdire?<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas la r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre questions, quelles sont les substances chimiques qui vont les remplacer?<\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement, dans certaines cultures, on utilise la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Confusion_sexuelle\">lutte par confusion<\/a>. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;on diffuse des ph\u00e9romones femelles qui vont emp\u00eacher les m\u00e2les de retrouver les vraies femelles et donc de se reproduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans beaucoup d&rsquo;autres cas, ce sont d&rsquo;autres insecticides qui vont \u00eatre utilis\u00e9s. Notamment des <a href=\"\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pyr\u00e9thrino\u00efde\">pyrethrino\u00efdes<\/a> comme la permethrine ou encore des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N%C3%A9onicotino%C3%AFde\">n\u00e9onicot\u00efnoides<\/a>. Les pyrethrino\u00efdes sont moins toxiques pour les animaux \u00e0 sang chaud, comme l&rsquo;humain, car ils se lient \u00e0 des r\u00e9cepteurs sp\u00e9cifiques aux insectes. Cependant, pour les insectes non cibles comme les abeilles ou les microcrustac\u00e9s des cours d&rsquo;eau, cela ne fait pas une grande diff\u00e9rence de remplacer le chlorpyriphos par de la permethrine. Les deux sont tr\u00e8s toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux n\u00e9onicotinoides, ils font r\u00e9guli\u00e8rement la une des m\u00e9dias pour leur mise en cause dans le d\u00e9clin des colonies d&rsquo;abeilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc oui, cette interdiction est certainement une avanc\u00e9e car le chlorpyriphos et le chlorpyriphos-ethyl auraient d\u00fb \u00eatre retir\u00e9s du march\u00e9 depuis longtemps. Et en ce sens, la Suisse ne fait que suivre le mouvement puisque le Danemark, la Finlande, l\u2019Allemagne, l\u2019Irlande, la Lettonie, la Lituanie, la Slov\u00e9nie et la Su\u00e8de ont d\u00e9j\u00e0 interdit ces substances.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais est-ce une r\u00e9elle avanc\u00e9e pour la protection de l&rsquo;environnement? A voir si l&rsquo;id\u00e9e est de r\u00e9duire l&rsquo;utilisation d&rsquo;insecticides, ou juste de substituer deux \u00ab\u00a0vieilles\u00a0\u00bb substances par des nouvelles, aussi puissantes, et souvent plus rentables pour l&rsquo;industrie chimique.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Du plastique, du plastique, toujours du plastique<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9matique du plastique est \u00e0 la mode. Il faut dire que les images de tortues ou de baleines \u00e9touff\u00e9es par des sacs plastiques ne laissent pas indiff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, l\u2019\u00e9tat de nos lacs et rivi\u00e8res ne ressemblent pas (encore ?) aux canaux de certaines villes asiatiques o\u00f9 les d\u00e9chets plastiques couvrent la surface de l\u2019eau. Mais il suffit de se promener sur les plages le nez par terre pour voir que la Suisse n\u2019est pas \u00ab propre en ordre \u00bb. L\u2019<a href=\"https:\/\/asleman.org\/fr\/\">Association pour la Sauvegarde du L\u00e9man<\/a> organise chaque ann\u00e9e un nettoyage des bords du L\u00e9man (<a href=\"https:\/\/www.netleman.ch\/\">NetLeman<\/a>). En 2018, les b\u00e9n\u00e9voles ont r\u00e9colt\u00e9 pr\u00e8s de 5 tonnes de d\u00e9chets, dont quelques 10%, soit pas moins de 500kg, sont des d\u00e9chets plastiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au del\u00e0 de ces d\u00e9chets visibles, une partie de la pollution est constitu\u00e9e de microplastiques. Il s\u2019agit de minuscules particules, plus petites que 5 mm, qui peuvent \u00eatre le r\u00e9sultat de la d\u00e9gradation des d\u00e9chets plastiques (bouts de bouteille en PET, de ballon, etc.). Mais ils peuvent \u00e9galement \u00eatre \u00e9mis dans l\u2019environnement tels quels. C\u2019est le cas de microbilles de plastique utilis\u00e9es dans les cosm\u00e9tiques (exfoliants ou dentifrices), ou encore dans certains d\u00e9tergents (avec eux plus besoin de frotter).<\/p>\n\n\n\n<p>Or ces microplastiques se comportent diff\u00e9remment dans l\u2019environnement que les sacs ou autres bouteilles en PET. S&rsquo;ils sont tr\u00e8s petits, ils peuvent rester en suspension dans l\u2019eau et servir de support aux bact\u00e9ries ou aux microalgues. Plus gros, ils vont souvent s\u00e9dimenter dans les fonds des syst\u00e8mes aquatiques. Et ils peuvent bien s\u00fbr \u00eatre absorb\u00e9s par les esp\u00e8ces qui vivent dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Des \u00e9tudes men\u00e9es par l\u2019EPFL entre 2012 et 2017 montrent que l\u2019on d\u00e9tecte des quantit\u00e9s non n\u00e9gligeables de microplastiques dans les eaux et les s\u00e9diments des lacs suisses (voir r\u00e9f\u00e9rences plus bas).<\/p>\n\n\n\n<p>Une de nos \u00e9tudiantes de master, Sandrine Froidevaux, s\u2019est donc pos\u00e9e la question de la pr\u00e9sence de microplastiques dans les poissons de lac, plus pr\u00e9cis\u00e9ment du L\u00e9man.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce faire, elle est all\u00e9e collecter des estomacs de poissons chez diff\u00e9rents p\u00eacheurs autour du L\u00e9man, en s\u00e9lectionnant diff\u00e9rentes esp\u00e8ces comme le gardon et la perche.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-290 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/05\/CartePoissons-300x300.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-290\" \/><figcaption>Echantillonnage de poissons chez les p\u00eacheurs autour du L\u00e9man. Source: S. Froidevaux. 2019. Master Unil.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Elle a ensuite d\u00fb \u00ab d\u00e9truire \u00bb les estomacs au laboratoire pour \u00e9liminer la mati\u00e8re organique et ne garder que les r\u00e9sidus plastiques. Ces r\u00e9sidus ont ensuite \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s sous la loupe binoculaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Un test tr\u00e8s simple a permis de d\u00e9terminer si il s&rsquo;agissait vraiment de plastique. Une aiguille chauff\u00e9e \u00e0 \u00e9t\u00e9 mise en contact avec le fragment. Si celui-ci fondait et collait \u00e0 l&rsquo;aiguille, il \u00e9tait compt\u00e9 comme du plastique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-293\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/05\/schem-an-vis-300x143.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-293\" \/><figcaption>Observation des particules sous binoculaire.<br>Source: S. Froidevaux. 2019. Master Unil.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-295\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2019\/05\/Particules-Froidevaux-300x216.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-295\" \/><figcaption>Particules de plastique d\u00e9tect\u00e9es dans les estomacs de poisson. Taille entre 50 et 300 microm\u00e8tres.<br>S.Froidevaux. 2019. Master Unil.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En a-t-elle d\u00e9tect\u00e9s beaucoup au final, de ces bouts de plastiques dans les poissons ? Et bien, beaucoup moins qu\u2019attendus au vu des concentrations dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Des microplastiques ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s dans moins de 6% des \u00e9chantillons. Ceci correspond d\u2019ailleurs \u00e0 d\u2019autres \u00e9tudes men\u00e9es en Suisse et en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat est plut\u00f4t rassurant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment cela s\u2019explique-t-il&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que les microplastiques transitent par le syst\u00e8me digestif des poissons mais ne s\u2019y accumulent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, il semble que tous les poissons ne soient pas \u00e9gaux face \u00e0 cette pollution. Sandrine Froidevaux souligne ainsi que les perches semblent manger plus de plastique que les autres esp\u00e8ces. Elles sont connues pour \u00eatre plus voraces et plus opportunistes que les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les consommateurs des poissons de lacs peuvent \u00eatre rassur\u00e9s (il y a peu de microplastique dans les estomacs de poissons et les filets ne devraient pas en contenir), reste la question de l\u2019effet de cette pollution sur les poissons eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, la recherche est encore en cours\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Froidevaux S. 2019. Microplastiques dans les poissons du Lac L\u00e9man ?<br>Prospection sur le Gardon (<em>Rutilus rutilus<\/em>) et la Perche (<em>Perca fluviatilis<\/em>). Master. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Faure F, Corbaz M, Baecher H, De Alencastro LF. 2012. Pollution due to plastics and microplastics in lake Geneva and in the Mediterranean sea. Archives des Sciences , 65(1-2) :157\u2013164, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>Faure F, Demars C, Wieser O, Kunz M, De Alencastro LF. 2015. Plastic pollution in Swiss surface waters : Nature and concentrations, interaction with pollutants. Environmental Chemistry :12(5) : 582\u2013591.<\/p>\n\n\n\n<p>Faure F, De Alencastro LF. 2016. Microplastiques &#8211; Situation dans les eaux de surface en Suisse. <a href=\"https:\/\/www.aquaetgas.ch\/fr\">Aqua &amp; Gas<\/a> n\u00b04 , pages 72\u201377.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Anti-puces familial<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai toujours eu des chats. Pas que je n&rsquo;aime pas les chiens, mais en ville, c&rsquo;est plus compliqu\u00e9 pour eux qui ont besoin d&rsquo;espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de notre premier rendez-vous chez le v\u00e9t\u00e9rinaire avec notre petite chatte qu\u00e9b\u00e9coise, celui-ci nous a conseill\u00e9 de lui appliquer un anti-puces tous les mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant grandi \u00e0 la campagne, et ayant toujours vu les chats de ferme se d\u00e9brouiller sans cela, je n&rsquo;ai pas donn\u00e9 suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela a chang\u00e9 avec notre deuxi\u00e8me chatte. Tr\u00e8s vite, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait allergique aux piq\u00fbres de puces. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 une dermatite et perdait ses poils sur les pattes. Il fallait alors lui faire des piqures d&rsquo;antibiotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis donc r\u00e9solue \u00e0 lui appliquer les pipettes vendues chez les v\u00e9t\u00e9rinaires, ce qu&rsquo;elle d\u00e9testait pas ailleurs cordialement.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;arriv\u00e9e de notre fils qui m&rsquo;a fait r\u00e9fl\u00e9chir un peu plus loin sur ce que je mettais dans notre appartement. En effet, le produit appliqu\u00e9 est cens\u00e9 \u00eatre entrain\u00e9 depuis l&rsquo;endroit d&rsquo;application sur tout le corps du chat et il y reste 1 mois. Or toute personne qui a d\u00e9j\u00e0 eu un chat sait que celui-ci se frotte constamment aux meubles, coins de portes et autres, pour marquer son territoire. Il semble donc assez logique que le produit en question soit aussi distribu\u00e9 dans tout l&rsquo;appartement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu&rsquo;est-ce donc que ce produit? Il s&rsquo;agit souvent d&rsquo;un insecticide, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fipronil\">fipronil<\/a>. Bien que neurotoxique, il est surtout actif contre les insectes, mais semble moins toxique pour les animaux \u00e0 sang chaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste que c&rsquo;est un pesticide, qui est aussi utilis\u00e9 dans l&rsquo;agriculture, notamment pour la protection des semences. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mis en cause, au c\u00f4t\u00e9 des n\u00e9onicotino\u00efdes, dans la disparition des abeilles.<\/p>\n\n\n\n<p>En cherchant dans la litt\u00e9rature, je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 beaucoup d&rsquo;\u00e9tudes sur la toxicit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 du fipronil. Ce n&rsquo;est malheureusement pas une substance \u00e0 la mode comme le glyphosate.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a cependant fait l&rsquo;objet d&rsquo;un scandale sanitaire en Europe en 2017: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scandale_des_%C5%93ufs_contamin%C3%A9s_au_fipronil\">les oeufs au fipronil<\/a>\u00ab\u00a0. En effet, des poules pondeuses avaient \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es ill\u00e9galement contre le pou rouge aux Pays-Bas et en Belgique avec du fipronil. Des dizaines de millier d&rsquo;oeufs furent contamin\u00e9s et ont d\u00fb \u00eatre \u00e9limin\u00e9. Mais le message des gouvernements, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, furent plut\u00f4t <a href=\"https:\/\/www.afsca.be\/professionnels\/denreesalimentaires\/incidents\/fipronil\/\">rassurants<\/a>. Reste que ce produit a pass\u00e9 des plumes de la poule \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;oeuf&#8230;ce qui n&rsquo;est gu\u00e8re rassurant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fipronil n&rsquo;est pas le seul pesticide utilis\u00e9 dans les anti-puces, on y trouve aussi de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Perm%C3%A9thrine\">perm\u00e9thrine<\/a>, tr\u00e8s toxique pour les insectes et pour les amphibiens.<\/p>\n\n\n\n<p>A part les chiens et les chats, les autres animaux peuvent aussi \u00eatre trait\u00e9s. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N,N-Di%C3%A9thyl-3-m%C3%A9thylbenzamide\">DEET,<\/a> un r\u00e9pulsif d\u00e9velopp\u00e9 pour la guerre du Vietnam, est commun\u00e9ment utilis\u00e9 dans les \u00e9curies et les \u00e9tables. Il repousse les mouches et les taons. On le d\u00e9tecte d&rsquo;ailleurs dans des concentrations assez \u00e9lev\u00e9es dans les cours d&rsquo;eau suisse. De nouveau, il existe tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9tudes sur sa toxicit\u00e9 et son \u00e9cotoxicit\u00e9, ce qui fait que le DEET n&rsquo;est pas un probl\u00e8me pour l&rsquo;instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons \u00e0 notre anti-puces. Ayant regard\u00e9 plus en d\u00e9tail la composition de la pipette en question, je l&rsquo;ai bannie de notre appartement. Pour un b\u00e9b\u00e9, qui passe son temps par terre, le risque li\u00e9 \u00e0 cette exposition continue me semblait d\u00e9raisonnable. Mais je n&rsquo;ai aucune \u00e9tude pour le prouver&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Et notre chatte? Elle se porte tr\u00e8s bien merci. Apr\u00e8s avoir essay\u00e9 des traitements alternatifs aux huiles essentielles (peu efficaces dans son cas), je lui ai donn\u00e9 un rem\u00e8de hom\u00e9opatique que je donne aussi \u00e0 mon fils lors d&rsquo;\u00e9pisodes de poux \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Depuis plus rien. Mais c&rsquo;est peut-\u00eatre psychologique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Reste la question suivante: pourquoi proposer de traiter syst\u00e9matiquement les animaux domestiques avec des anti-puces? Certes aucune \u00e9tude n&rsquo;a montr\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient vraiment probl\u00e9matiques, m\u00eame si des chats et des chiens sont d\u00e9j\u00e0 morts apr\u00e8s l&rsquo;application. D&rsquo;ailleurs en 2016, un<a href=\"https:\/\/www.sciencesetavenir.fr\/animaux\/chats\/les-produits-anti-puces-des-animaux-sont-ils-dangereux-pour-les-enfants-et-les-animaux_102883\"> article dans Science et Avenir<\/a> posait la question de la toxicit\u00e9 de ces produits pour les animaux et les enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne serait-il donc pas judicieux de garder les anti-puces pour des cas probl\u00e9matiques, par exemple les allergies aux piq\u00fbres de puces cit\u00e9es plus haut? Et de laisser nos animaux se d\u00e9brouiller dans les autres cas? Notre exposition aux pesticides en serait certainement all\u00e9g\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les h\u00f4pitaux comme source de pollution par les m\u00e9dicaments ?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des traces de m\u00e9dicaments sont d\u00e9tectables dans la plupart des eaux de surface, et m\u00eame des eaux souterraines. La source principale de pollution est notre consommation de produits pharmaceutiques comme d\u00e9j\u00e0 discut\u00e9 dans le post \u00ab Des m\u00e9dicaments et des hommes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc se demander si les espaces de soins, comme les h\u00f4pitaux, repr\u00e9sentent une source ponctuelle importante, et donc s&rsquo;il serait n\u00e9cessaire d\u2019envisager un traitement sp\u00e9cifique pour ces structures.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre 2010 et 2013, nous nous sommes donc int\u00e9ress\u00e9s au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) afin d\u2019estimer quelle \u00e9tait sa participation, par rapport \u00e0 la ville, dans les rejets en m\u00e9dicaments \u00e0 Lausanne. Cet \u00e9tablissement d&rsquo;environ 700 lits repr\u00e9sente le plus grand h\u00f4pital de la r\u00e9gion lausannoise.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re constatation, dans les grands h\u00f4pitaux, il est difficile de mesurer des concentrations \u00ab \u00e0 la sortie du tuyau \u00bb. En effet, chaque b\u00e2timent a sa propre sortie d\u2019eaux us\u00e9es et elles ne rejoignent pas forc\u00e9ment le m\u00eame collecteur. Difficile donc d\u2019avoir une id\u00e9e de la pollution globale du CHUV.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me constatation, l\u2019estimation des substances pharmaceutiques consomm\u00e9es est extr\u00eamement fastidieuse \u00e0 effectuer. En effet, les donn\u00e9es fournies par la pharmacie de l&rsquo;h\u00f4pital sont les quantit\u00e9s de produits m\u00e9dicamenteux distribu\u00e9s. Il faut donc les transformer en substance active afin d\u2019estimer ce qui va \u00eatre rejet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les m\u00e9dicaments non consomm\u00e9s, et parfois jet\u00e9s, ne sont pas comptabilis\u00e9s. Il y a donc un biais dans les calculs.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces soucis de mesures et de calculs, on constate rapidement que pour la majorit\u00e9 des m\u00e9dicaments, l\u2019h\u00f4pital n\u2019est pas la source principale de pollution. La part d\u2019un centre de soin comme le CHUV repr\u00e9sente moins de 10% de la pollution m\u00e9dicamenteuse \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la station d\u2019\u00e9puration de Vidy \u00e0 Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9sultat nous a surpris. Pourquoi une structure avec autant de patients trait\u00e9s ne repr\u00e9sente-t-elle pas une plus grande part ?<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que les traitements actuels se font de plus en plus souvent en ambulatoire. Le patient prend le m\u00e9dicament au CHUV, mais l\u2019excr\u00e9tion de celui-ci se fait dans ses toilettes, \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci explique aussi pourquoi on d\u00e9tecte des concentrations de m\u00e9dicaments assez importantes&nbsp; dans les effluents de stations d\u2019\u00e9purations de petits villages.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, pour certains m\u00e9dicaments particuliers, l\u2019h\u00f4pital repr\u00e9sente quand m\u00eame 50% de la pollution \u00e0 la station d\u2019\u00e9puration. C\u2019est le cas de certains antibiotiques utilis\u00e9s pour traiter des bact\u00e9ries multir\u00e9sistantes par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que les r\u00e9sultats trouv\u00e9s pour le CHUV sont confirm\u00e9s par d&rsquo;autres \u00e9tudes, comme celle men\u00e9e sur l\u2019h\u00f4pital de Baden par le centre de recherche <a href=\"https:\/\/www.eawag.ch\/en\/department\/ess\/projekte\/how-to-handle-hospital-wastewater\/\">eawag<\/a>, ou encore aux HUG de Gen\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il donc s&rsquo;occuper des effluents hospitaliers?<\/p>\n\n\n\n<p>A mon sens oui, ceci du fait que pour certaines substances, souvent assez actives comme des antibiotiques ou anticanc\u00e9reux, les h\u00f4pitaux repr\u00e9sentent une part non n\u00e9gligeable de la pollution.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, ces effluent v\u00e9hiculent des virus et des bact\u00e9ries multir\u00e9sistantes que nous pr\u00e9f\u00e9rerions ne pas retrouver dans l&rsquo;environnement. Ils contiennent enfin \u00e9galement des d\u00e9sinfectants et des biocides utilis\u00e9s pour le m\u00e9nage, mais aussi pour les bacs de d\u00e9sinfection des instruments. Or on sait que les biocides peuvent engendrer des r\u00e9sistances dans l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais actuellement, l\u00e9galement, rien de contraint les h\u00f4pitaux \u00e0 traiter les eaux us\u00e9es, sauf dans le cas de substances radioactives.<\/p>\n\n\n\n<p>Traiter ne serait d\u2019ailleurs pas \u00e9vident. Comme mentionn\u00e9 plus haut, les b\u00e2timents ont des r\u00e9seaux d\u2019eaux us\u00e9es complexes qui ne se rejoignent pas forc\u00e9ment au m\u00eame endroit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e serait donc plut\u00f4t de proposer un catalogue de solutions qui pourraient \u00eatre appliqu\u00e9es au cas par cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple \u00e0 Lausanne, les effluents hospitaliers vont \u00eatre trait\u00e9s par la nouvelle station d\u2019\u00e9puration qui retiendra les micropolluants. Il n\u2019y aura donc pas vraiment de probl\u00e8mes par temps sec.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, en cas de pluie, une partie des eaux us\u00e9es se d\u00e9verse directement dans le lac. L\u2019id\u00e9e serait donc de construire un bassin qui retiendrait les eaux de l\u2019h\u00f4pital lors des pluies, et les renverrait dans le r\u00e9seau apr\u00e8s, afin d\u2019\u00eatre trait\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du traitement, diff\u00e9rentes solutions pourraient aussi \u00eatre appliqu\u00e9es directement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour \u00e9viter les rejets. Ainsi les restes de perfusions sont le plus souvent jet\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9vier. Certains h\u00f4pitaux r\u00e9fl\u00e9chissent ainsi \u00e0 br\u00fbler tous leurs d\u00e9chets, inclus les liquides.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres \u00e9tudes proposent de r\u00e9cup\u00e9rer les urines apr\u00e8s traitements radiographiques dans des poches que le patient pourraient ramener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces deux cas, une sensibilisation, voire une formation du personnel soignant \u00e0 cette probl\u00e9matique semble indispensable! Malheureusement, les questions li\u00e9es \u00e0 la pollution environnementale par les m\u00e9dicaments sont encore trop peu \u00e9voqu\u00e9es dans les \u00e9tudes en soins infirmiers ou en m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, m\u00eame si les h\u00f4pitaux ne sont pas les sources principales de pollution par les m\u00e9dicaments, des mesures prises \u00e0 la source et\/ou sur le r\u00e9seau, pourraient permettre de r\u00e9duire encore la part qu\u2019ils repr\u00e9sentent. Mais ceci reste pour l\u2019instant d\u00e9pendant de la volont\u00e9 des directions des centres hospitaliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons encore que nous avons parl\u00e9 ici des grandes structures hospitali\u00e8res. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il existe \u00e9galement de multiples petites \u00e0 moyennes unit\u00e9s de soins (centres de radiographies, cabinets m\u00e9dicaux ou dentaires, centre pour personnes \u00e2g\u00e9es, etc\u2026). Ces derniers repr\u00e9sentent \u00e9galement des sources ponctuelles de pollution par les m\u00e9dicaments. Certes petites, ces contributions pourraient \u00e9galement \u00eatre r\u00e9duites avec des solutions ad\u00e9quates.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Daouk S, Ch\u00e8vre N, Vernaz N, Widmer C, Daali Y, Fleury-Souverain S. 2016. Dynamics of active pharmaceutical ingredients loads in a Swiss university hospital wastewaters and prediction of the related environmental risk for the aquatic ecosystems. Science of the Total Environment 547: 244-253.<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8vre N, Coutu S, Margot J, Wynn HK, Bader HP, Scheidegger R, Rossi L. 2013. Substance flow analysis as a tool for mitigating the impact of pharmaceuticals on the aquatic system. Water Research 47: 2995-3005.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des po\u00eales\u2026\u00e0 l&rsquo;Himalaya<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La semaine pass\u00e9e, l&rsquo;\u00e9mission <a href=\"https:\/\/pages.rts.ch\/emissions\/temps-present\/10076576-teflon-enquete-sur-une-contamination-mondiale.html#10146720\">Temps Pr\u00e9sent<\/a> \u00e0 diffus\u00e9 un reportage sur le scandale de la pollution au t\u00e9flon dans la r\u00e9gion de Parkersburg aux Etats-Unis. Dans les ann\u00e9es 80 et 90, l&rsquo;entreprise DuPont a ainsi d\u00e9vers\u00e9 quelques 7000 tonnes de substances toxiques dans les eaux de la r\u00e9gion, impactant de mani\u00e8re durable la sant\u00e9 des habitants.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet exemple dramatique de pollution industrielle concernait un compos\u00e9 utilis\u00e9 dans le t\u00e9flon et portant le doux nom d&rsquo;acide perluorooctano\u00efque, \u00ab\u00a0PFOA\u00a0\u00bb pour les intimes. Ce compos\u00e9 fait partie de la famille des Polluants Organiques Persistants (POPs) dont je vous ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans d&rsquo;autres articles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les POPs sont des substances chimiques, souvent invent\u00e9es entre le d\u00e9but et le milieu du XX\u00e8me si\u00e8cle, et utilis\u00e9es pour leurs propri\u00e9t\u00e9s de stabilit\u00e9. En effet, que ce soit sous l&rsquo;effet de la chaleur ou du temps, elles gardent cette stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est bien l\u00e0 le probl\u00e8me, une fois dans l&rsquo;environnement, ces compos\u00e9s sont aussi tr\u00e8s stables. On estime leur persistance \u00e0 plusieurs dizaines, voir plusieurs centaines d&rsquo;ann\u00e9es. Autant dire qu&rsquo;ils nous survivront.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi sont-ils persistants? Parce que ce sont des mol\u00e9cules complexes, contenant des \u00e9l\u00e9ments toxiques comme le chlore, le brome, ou encore le fluor dans le cas du PFOA. Les bact\u00e9ries ne sont pas b\u00eates, et avant de s&rsquo;attaquer \u00e0 des mol\u00e9cules qui, d&rsquo;une part, leur demanderont beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 d\u00e9grader et qui, d&rsquo;autre part, pourraient \u00eatre toxiques, elles vont chercher d&rsquo;autres sources de nourriture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 mon deuxi\u00e8me point, ces mol\u00e9cules sont toxiques voir tr\u00e8s toxiques. Elles sont souvent canc\u00e9rig\u00e8nes et ont des effets sur la reproduction (malformation du foetus, st\u00e9rilit\u00e9, etc.). Ainsi le reportage de Temps Pr\u00e9sent pr\u00e9sente le cas dramatique d&rsquo;un enfant n\u00e9 avec la moiti\u00e9 du nez et ayant subi de multiples op\u00e9rations dans son enfance. Sa m\u00e8re a travaill\u00e9 dans une usine produisant du t\u00e9flon (et du PFOA) et il a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 cette substance pendant toute la p\u00e9riode <em>in utero<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, de part leurs caract\u00e9ristiques physico-chimiques, les POPs ont tendance \u00e0 s&rsquo;accumuler dans les graisses et leurs effets peuvent \u00eatre amplifi\u00e9s le long de la cha\u00eene alimentaire. C&rsquo;est le cas bien connu du DDT que j&rsquo;ai trait\u00e9 dans l&rsquo;article \u00ab\u00a0Les douze salopards\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une partie de ces compos\u00e9s sont donc r\u00e9glement\u00e9 au niveau mondial par la <a href=\"https:\/\/www.pops.int\/\">Convention de Stockholm<\/a> (<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/produits-chimiques\/info-specialistes\/affaires-internationales--produits-chimiques\/convention-de-stockholm-pop-sur-les-polluants-organiques-persist.html\">pour la Suisse<\/a>). Les pays signataires d&rsquo;engager \u00e0 ne pas produire, vendre, acheter ou utiliser de tels substances.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2009, s&rsquo;est ajout\u00e9 \u00e0 la liste des 12 salopards, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_perfluorooctanesulfonique\">acide perfluorooctanesulfonique ou PFOS<\/a>, un cousin du PFOA.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux substances font partie de la grande famille des perfluor\u00e9s. Ce sont des substances chimiques dont les atomes de carbones sont satur\u00e9s en fluor. Parmi la vingtaine de compos\u00e9s perfluor\u00e9s, le PFOS et le PFOA sont actuellement ceux dont la toxicit\u00e9 est la plus importante. Pour ce qui est connu&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le PFOS est inclu dans la Convention de Stockholm, donc r\u00e9glement\u00e9, mais pas le PFOA. Cependant des pays comme la Norv\u00e8ge appellent \u00e0 sa r\u00e9glementation car sa grande toxicit\u00e9 ne semble plus faire de doutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais n&rsquo;est-ce pas un peu tard? En 2015, Greenpeace a ainsi montr\u00e9 qu&rsquo;on trouvait des compos\u00e9s perfluor\u00e9s <a href=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/2015_Greenpeace_Toxics_Report_FootprintsSnow.pdf\">m\u00eame sur le toit du monde<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors quelles sont les sources et que peut-on faire?<\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 des po\u00eales en t\u00e9flon. On peut en trouver sans PFOA, mais se pose alors la question de la substances utilis\u00e9e \u00e0 sa place et de sa dangerosit\u00e9? Sinon il est possible d&rsquo;utiliser des po\u00eales en fonte par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les po\u00eales ne sont de loin la source principale de compos\u00e9s perfluor\u00e9s. Ils sont en effet utilis\u00e9s largement dans les textiles pour leurs effets \u00ab\u00a0repellents\u00a0\u00bb. Vous savez, quand l&rsquo;eau que vous versez sur votre canap\u00e9 ne p\u00e9n\u00e8tre pas le tissu, mais coule dessus&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, dans une autre campagne, Greenpeace a montr\u00e9 en 2013 que ces compos\u00e9s \u00e9taient pr\u00e9sents dans la <a href=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/2016_Greenpeace_Toxics_Report_LeavingTraces.pdf\">majorit\u00e9 des vestes de montagne<\/a>&#8230;celles dont on veut qu&rsquo;elles r\u00e9sistent \u00e0 la pluie et \u00e0 la neige. Par association, on peut se douter qu&rsquo;on les trouvent aussi dans les vestes et les chaussures r\u00e9sistants \u00e0 la pluie&#8230;que l&rsquo;on utilise tout l&rsquo;hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, ces v\u00eatements et textiles high tech sont int\u00e9ressants. Plus besoin de se pr\u00e9occuper de prendre un parapluie ou de frotter pour d\u00e9tacher des salissures sur le tapis, le liquide coule sur le tissu et ne l&rsquo;impr\u00e8gne pas. Mais ce confort a peut-\u00eatre un prix que nous ne connaissons pas encore au vu de la toxicit\u00e9 des compos\u00e9s perfluor\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A mon sens, les compos\u00e9s perflor\u00e9s devraient \u00eatre r\u00e9serv\u00e9s pour des utilisations sp\u00e9cifiques. Par exemple en m\u00e9decine, il est important d&rsquo;avoir des habits qui n&rsquo;absorbent pas les liquides au contact du sang ou des vomissures des malades.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais nous n&rsquo;en avons pas vraiment besoin dans nos habits de tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Du cuivre \u00e0 revendre!<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, parlons un peu de la pollution par les m\u00e9taux, th\u00e8me que je n&rsquo;ai pas beaucoup abord\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les probl\u00e8mes de pollution m\u00e9talliques et leurs impacts sur l&rsquo;homme et l&rsquo;environnement ne sont pas nouveaux. Au Moyen-\u00c2ge d\u00e9j\u00e0, les tanneries rejetaient leurs effluents dans les rivi\u00e8res, et notamment du chrome, tr\u00e8s toxique pour le vivant. Actuellement, 1.8 millions de personnes dans le monde, et notamment en Inde et au Bangladesh, sont encore impact\u00e9es par les effluents de tanneries (source: <a href=\"https:\/\/www.worstpolluted.org\/projects_reports\/display\/88\">worstpolluted<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arsenic est \u00e9galement un probl\u00e8me pour la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;approvisionnement en eau dans le monde. <a href=\"https:\/\/www.lenouvelliste.ch\/articles\/valais\/martigny-region\/trop-d-arsenic-dans-l-eau-potable-les-communes-de-collonges-finhaut-salvan-et-vernayaz-en-recherche-de-solutions-805142\">Plusieurs communes valaisannes sont d&rsquo;ailleurs concern\u00e9es,<\/a> ceci \u00e0 la suite de la r\u00e9vision de la valeur limite de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/news-room\/fact-sheets\/detail\/arsenic\">OMS<\/a> pour l&rsquo;eau potable. Notons cependant que dans le cas de l&rsquo;arsenic, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une pollution environnementale. L&rsquo;arsenic pr\u00e9sent dans l&rsquo;eau est de source g\u00e9og\u00e8ne, non li\u00e9e \u00e0 des rejets anthropiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais parlons un peu du cuivre. C&rsquo;est un m\u00e9tal qui pollue de mani\u00e8re r\u00e9currente nos cours d&rsquo;eau. On conna\u00eet la source de pollution agricole, le cuivre \u00e9tant utilis\u00e9 dans la vigne pour lutter contre le mildiou. Mais en milieu urbain, on en trouve \u00e9galement beaucoup. Et ceci n&rsquo;est pas d\u00fb au traitement de la vigne.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2011, nous avions \u00e9tabli un bilan du cuivre rejet\u00e9 par la r\u00e9gion lausannoise dans la Baie de Vidy. En tout, 1500kg y sont rejet\u00e9s chaque ann\u00e9e, dont quelques 900kg finissent dans les s\u00e9diments.<\/p>\n\n\n\n<p>La majorit\u00e9 de ces rejets se font lors des pluies, soit environ 10kg par \u00e9v\u00e8nement de pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi le cuivre est-il emmen\u00e9 par la pluie?<\/p>\n\n\n\n<p>Si on regarde en d\u00e9tail les sources de pollution, on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;environ 1000kg\/an sont li\u00e9s au trafic routier. En premier lieu l&rsquo;usure des lignes a\u00e9riennes de bus qui entra\u00eene une pollution de 670kg\/an. L&rsquo;usure des freins des voitures contribue quant \u00e0 elle pour pas moins de 140 kg\/an.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces particules de cuivre se d\u00e9posent sur les routes et sont entrain\u00e9es vers le milieu naturel par les pluies. En effet, en milieu urbain, une grande parties des eaux de route est rejet\u00e9e directement dans les cours d&rsquo;eau lors d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements pluvieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe des solutions pour limiter ces rejets. Le nettoyage des routes en est un. Il permet de r\u00e9cup\u00e9rer les poussi\u00e8res et d&rsquo;\u00e9viter la pollution des eaux. Un autre syst\u00e8me consiste \u00e0 placer des \u00ab\u00a0chaussettes\u00a0\u00bb filtrantes dans les bouches d&rsquo;\u00e9gouts. Assez cher, et demandant un entretien r\u00e9gulier, ce syst\u00e8me n&rsquo;en est pas moins efficace.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bateaux contribuent quant \u00e0 eux pour pr\u00e8s de 43kg par an. En effet, les coques sont maintenant recouvertes de cuivre pour \u00e9viter le d\u00e9veloppement d&rsquo;algues ou de coquillages. Bien moins toxique que les pr\u00e9c\u00e9dents produits \u00ab\u00a0anti-foulings\u00a0\u00bb comme le tributhyl\u00e9tain ou l&rsquo;irgarol, le cuivre n&rsquo;en est cependant pas moins \u00e9galement un polluant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans la r\u00e9gion lausannoise, c&rsquo;est l&rsquo;usage du cuivre pour les toitures et les chenaux qui contribue le plus \u00e0 la pollution de la Baie de Vidy. Pas moins de 840 kg par an sont ainsi entrain\u00e9s par les eaux de pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la construction, le cuivre est utilis\u00e9 pour limiter le d\u00e9veloppement d&rsquo;algues ou de moisissures sur les toitures ou dans les \u00e9vacuations d&rsquo;eau. Comme pour les bateaux, ce m\u00e9tal est utilis\u00e9 pour son action toxique. Il n&rsquo;est donc pas surprenant qu&rsquo;il puisse ensuite \u00eatre \u00e9galement toxique pour l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans le cas des routes, il existe des solutions pour retenir le cuivre au bas des fa\u00e7ades par des mat\u00e9riaux filtrants. Malheureusement, cette pratique n&rsquo;est que rarement mise en place.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les estimations que nous avons faites, nous pouvons \u00e9valuer le pollution des s\u00e9diments de la Baie de Vidy \u00e0 250 mg\/kg en moyenne, ce qui n&rsquo;est pas loin de la r\u00e9alit\u00e9. Or cette valeur se situe en dessus des valeurs d&rsquo;effets pour les organismes aquatiques. Le cuivre a donc certainement un impact non n\u00e9gligeable sur la biologie de la Baie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cuivre, mais \u00e9galement d&rsquo;autres m\u00e9taux comme le zinc, peuvent donc \u00eatre un probl\u00e8me pour nos \u00e9cosyst\u00e8mes en milieu urbain. Comme dans le cas des eaux de routes, des solutions sont cependant possibles pour r\u00e9duire les charges de ce qui est rejet\u00e9 dans les eaux. A nous de les mettre en place!<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rence:<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8vre et al. 2011. Substance flow analysis as a tool for urban water management. Water Science and Technology 63: 1341-1348.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">La proc\u00e9dure d&rsquo;homologation des pesticides a-t-elle du sens?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le journal le Monde titrait aujourd&rsquo;hui sur les <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2018\/11\/16\/le-chlorpyriphos-pesticide-sur-la-sellette-a-ete-autorise-sur-la-foi-d-une-etude-biaisee_5384143_3244.html\">recherches biais\u00e9es<\/a> qui ont permis au pesticide chlorpyriphos d&rsquo;obtenir son autorisation de mise sur le march\u00e9 en 1990, citant une \u00e9tude scientifique parue dans la revue Environmental Health le 16 novembre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;occasion de revenir sur la proc\u00e9dure d&rsquo;homologation des pesticides et ses contradictions.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le scandale du DDT dans les ann\u00e9es 60, les gouvernements occidentaux ont mis en place des l\u00e9gislations contraignantes pour la mise sur le march\u00e9 des pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;insiste sur les mots \u00ab\u00a0<em>gouvernements occidentaux<\/em>\u00ab\u00a0. En effets, de nombreux pays n&rsquo;ont toujours pas de l\u00e9gislations contraignantes et des pesticides interdits depuis longtemps chez nous y sont encore utilis\u00e9s. C&rsquo;est le cas du <a href=\"https:\/\/www.publiceye.ch\/fr\/themes-et-contexte\/agriculture-et-biodiversite\/pesticides\/paraquat\/\">paraquat<\/a> ou du diafenthurion, <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/regions\/valais\/9851824-des-pesticides-fabriques-par-syngenta-empoisonnent-des-agriculteurs-indiens.html\">qui faisait l&rsquo;objet d&rsquo;un reportage de la rts en septembre dernier<\/a>. Certes, me direz-vous, ils sont \u00e9pandus bien loin de chez nous. Peut-\u00eatre, mais ils nous reviennent parfois via la nourriture import\u00e9e que nous mangeons. Ainsi le riz peut en contenir des traces.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc chez nous, la mise sur le march\u00e9 des pesticides est r\u00e9gul\u00e9e par un processus d&rsquo;homologation bien d\u00e9fini. Nous devrions ainsi n&rsquo;avoir dans le commerce que des substances qui, utilis\u00e9es correctement, ne pr\u00e9sentent de risque ni pour l&rsquo;homme, ni pour l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement cette proc\u00e9dure bien rod\u00e9e comporte des biais.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, les donn\u00e9es de toxicit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 des substances candidates sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les industriels. Les gouvernements qui re\u00e7oivent les demandes n&rsquo;ont pas les moyens de refaire les tests par eux-m\u00eames. Il faut savoir que ces tests co\u00fbtent plusieurs dizaines \u00e0 plusieurs centaines de milliers de francs. Et que les r\u00e9sultats repr\u00e9sentent une armoire pleine de classeurs f\u00e9d\u00e9raux. Aucun moyen d&rsquo;aller v\u00e9rifier les donn\u00e9es avec l&rsquo;argent public.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite ces donn\u00e9es sont en Suisse confidentielle. Tout scientifique qui voudrait comparer avec ses propres donn\u00e9es n&rsquo;y a pas acc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le point le plus critique est li\u00e9 aux m\u00e9thodologies utilis\u00e9es pour cr\u00e9er ses donn\u00e9es. En effet, les tests sont effectu\u00e9s dans des conditions r\u00e9glement\u00e9es, suivant des bonnes pratiques de la laboratoire. L&rsquo;id\u00e9e est que ces tests soient reproductibles et puissent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s (ce qui sur le fond est une bonne id\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e8gles sont fix\u00e9es par des organismes comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.oecd.org\/env\/ehs\/testing\/oecdguidelinesforthetestingofchemicals.htm\">OECD,&nbsp;<\/a>ou encore <a href=\"https:\/\/www.afnor.org\/\">AFNOR<\/a> pour la France et <a href=\"https:\/\/www.din.de\/de\">DIN<\/a> pour l&rsquo;Allemagne. Or dans les comit\u00e9s qui fixent les normes si\u00e8gent des scientifiques, des repr\u00e9sentants de l&rsquo;administration, mais \u00e9galement des industriels. Ces normes sont donc des consensus qui peuvent prendre en compte des crit\u00e8res \u00e9conomiques par exemple. Les tests doivent \u00eatre courts pour ne pas co\u00fbter trop chers.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exemple r\u00e9cent des n\u00e9onicotino\u00efdes et de leurs effets sur les abeilles, et maintenant la d\u00e9nonciation des effets neurologiques du chlopyriphos sur les rats montrent bien les limites du syst\u00e8me: les tests actuellement effectu\u00e9s&nbsp; pour l&rsquo;homologation ne sont pas forc\u00e9ment ad\u00e9quats pour prot\u00e9ger notre sant\u00e9 et notre environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors quelles sont les solutions possibles?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, j&rsquo;en vois en tout cas deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, que les donn\u00e9es des dossiers d&rsquo;homologation soient accessibles au public et puissent donc \u00eatre questionn\u00e9es. C&rsquo;est ce qui semble avoir \u00e9t\u00e9 fait dans le cas du chlorpyriphos puisque les scientifiques ont r\u00e9-interpr\u00e9t\u00e9 des donn\u00e9es diff\u00e9remment en utilisant d&rsquo;autres statistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, que les normes de tests puissent \u00eatre adapt\u00e9es en fonction des probl\u00e8mes actuels. De nombreux tests datent des ann\u00e9es 70 et consid\u00e8rent des effets s\u00e9v\u00e8res d&rsquo;une seule substance sur de courtes p\u00e9riodes. Or les probl\u00e8mes actuels sont li\u00e9s \u00e0 une exposition sur le long terme \u00e0 un m\u00e9lange de substances chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La proc\u00e9dure d&rsquo;homologation, avant la mise sur le march\u00e9 d&rsquo;une substance, est un garde fou extr\u00eamement important. Elle doit donc \u00eatre cr\u00e9dible et scientifiquement fond\u00e9e. Nous avons tous \u00e0 y gagner.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Glyphosate ou pas glyphosate? Est-ce vraiment la question?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis maintenant plusieurs ann\u00e9es, le glyphosate d\u00e9cha\u00eene les passions. On ne compte plus le nombre de manifestations pour son interdiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Le journal le Monde publiait d&rsquo;ailleurs le 19 octobre un article sur les d\u00e9put\u00e9s de la R\u00e9publique en Marche, en France, insult\u00e9s par des citoyens pour avoir vot\u00e9 contre l&rsquo;interdiction du glyphosate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le glyphosate est la mol\u00e9cule herbicide la plus utilis\u00e9e en Suisse et en Europe. D\u00e8s que les m\u00e9thodes pour la rechercher dans l&rsquo;environnement ont \u00e9t\u00e9 au point, on l&rsquo;a trouv\u00e9e partout, du <a href=\"https:\/\/www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr\/lessentiel\/ar\/246\/0\/pesticides-plus-rencontres-eaux-continentales.html\">milieu aquatique<\/a> \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.francesoir.fr\/lifestyle-vie-quotidienne\/glyphosate-dans-alimentation-voici-la-liste-des-principales-marques-touchees-concernees-nom-produit-lentille-pate-cereale-petit-dejeuner-cancer\">alimentation<\/a> en passant par <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/pollution\/article\/2018\/07\/19\/des-substances-toxiques-dans-les-tampons-et-les-serviettes-hygieniques_5333356_1652666.html\">les serviettes hygi\u00e9niques<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2015, le d\u00e9bat fait rage autour de ces potentiels effets canc\u00e9rig\u00e8nes. Le <a href=\"https:\/\/www.iarc.fr\/indexfr.php\">Centre International de Recherche sur le cancer<\/a>, organe de l&rsquo;OMS, l&rsquo;a class\u00e9 comme canc\u00e9rig\u00e8ne probable. Mais les \u00e9tudes <a href=\"https:\/\/www.sciencesetavenir.fr\/sante\/cancer\/glyphosate-et-cancer-une-etude-menee-sur-plus-de-20-ans-relance-le-debat_118479\">peinent \u00e0 faire un lien<\/a> entre cette mol\u00e9cule et un risque de d\u00e9veloppement de cancer.<\/p>\n\n\n\n<p>On est tous d&rsquo;accord. Une mol\u00e9cule pr\u00e9sentant un risque pour la sant\u00e9 et\/ou pour l&rsquo;environnement devrait \u00eatre retir\u00e9e du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, est-ce que seul le glyphosate doit \u00eatre mis sur la sellette? Est-ce que son interdiction rendrait notre monde plus sain et plus s\u00fbr? Je suis loin d&rsquo;en \u00eatre convaincue.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire, focaliser le d\u00e9bat sur le glyphosate, c&rsquo;est oublier les quelques 399 autres substances pesticides autoris\u00e9es en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le glyphosate est peut-\u00eatre canc\u00e9rig\u00e8ne? Certes. Mais si ce danger a pu \u00eatre mis en \u00e9vidence, c&rsquo;est que cette substance a \u00e9t\u00e9 beaucoup \u00e9tudi\u00e9e. Alors quand est-il des autres pesticides? Avec le m\u00eame nombre d&rsquo;\u00e9tudes scientifiques \u00e0 la cl\u00e9, ne d\u00e9couvrirait-on pas \u00e9galement des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res graves pour l&rsquo;\u00eatre humain et l&rsquo;environnement?<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi l&rsquo;atrazine, substance longtemps utilis\u00e9e dans les champs de ma\u00efs en Suisse, a \u00e9t\u00e9 mise en cause dans la <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/news\/2002\/021031\/full\/news021028-7.html\">f\u00e9minisation des amphibiens aux Etats-Unis<\/a> au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Comme dans le cas du glyphosate, les potentiels effets endocriniens de l&rsquo;atrazine ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9bat tr\u00e8s muscl\u00e9 au sein de la communaut\u00e9 scientifique et de l&rsquo;industrie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette substance est interdite en Suisse depuis 2010 (souvent remplac\u00e9e par le glyphosate&#8230;). Mais ses cousins de la m\u00eame famille, comme la terbuthylazine, encore utilis\u00e9s, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s pour des effets autres qu&rsquo;herbicides. Aurons-nous alors les m\u00eames d\u00e9bats lorsqu&rsquo;un(e) chercheur(se) se sera pench\u00e9 sur la question?<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9tude parue le 22 octobre dans le journal JAMA International Medicine fait un constat fondamental pour moi. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 pr\u00e8s de 70&rsquo;000 personnes pendant 7 ans, ils concluent que les personnes mangeant tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement des produits bio (qu&rsquo;on suppose contenir peu ou pas de pesticides) avaient moins de risque de d\u00e9velopper un cancer. Ce r\u00e9sultat est particuli\u00e8rement pertinent car les auteurs ont tenu compte d&rsquo;autres facteurs (activit\u00e9 sportive, fum\u00e9e, etc.) qui pourraient jouer un r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement de cancer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble donc que c&rsquo;est notre exposition \u00e0 un m\u00e9lange de pesticides qui pose probl\u00e8me, et non au glyphosate seul!<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 ce stade de mon article, vous pourriez penser que je suis contre l&rsquo;interdiction du glyphosate. Ce n&rsquo;est pas mon propos. Comme d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, si une substance est dangereuse pour la sant\u00e9 ou pour l&rsquo;environnement, elle doit \u00eatre retir\u00e9e du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>MAIS<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faudrait pas r\u00e9duire la question de la toxicit\u00e9 des pesticides au seul glyphosate. Il est n\u00e9cessaire de r\u00e9duire notre exposition \u00e0 l&rsquo;ensemble de ces substances (et m\u00eame \u00e0 l&rsquo;ensemble des substances chimiques!). Les pesticides polluent l&rsquo;environnement et notre corps via leur utilisation agricole, mais \u00e9galement via les autres usages que j&rsquo;ai d\u00e9taill\u00e9 dans d&rsquo;autres posts (peinture, bois, colliers anti-puces et autres anti-insectes, etc&#8230;).<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde agricole a pris conscience de ce probl\u00e8me et s&rsquo;y attaque. Ainsi le canton du Valais vient d&rsquo;annoncer un plan pour <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/regions\/valais\/9936373-le-valais-lance-un-plan-visant-a-reduire-de-moitie-l-utilisation-de-pesticides.html\">r\u00e9duire de moiti\u00e9 l&rsquo;utilisation de pesticides<\/a>. Les autres cantons s&rsquo;y attellent aussi. De nombreux agriculteurs cherchent par eux-m\u00eames des solutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que font les autres secteurs qui emploient des pesticides, tel le secteur de la construction? A ma connaissance pas grand chose.<\/p>\n\n\n\n<p>ET SURTOUT<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire nous montre que l&rsquo;interdiction d&rsquo;une substance entra\u00eene sa substitution imm\u00e9diate (voir post sur les substances ignifuges). Aux Etats-Unis, c&rsquo;est le dicamba qui a remplac\u00e9 le glyphosate sur les plantes devenues r\u00e9sistantes \u00e0 ce dernier. <a href=\"https:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/apres-le-glyphosate-le-dicamba-fait-des-ravages-aux-etats-unis-0\">Or le dicamba fait des ravages sur les cultures avoisinantes des champs trait\u00e9s<\/a>. Et \u00e0 priori il n&rsquo;est pas moins toxique que le glyphosate. Il y a juste moins d&rsquo;\u00e9tudes sur les effets sur la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La pol\u00e9mique sur le glyphosate a le m\u00e9rite d&rsquo;avoir fait prendre conscience au public des effets sur la sant\u00e9 (et sur l&rsquo;environnement) des substances pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces substances ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es pour tuer! Tuer des ravageurs certes, mais elles sont de fait tr\u00e8s toxiques! Et leurs effets ne se limite malheureusement pas aux seuls organismes contre lesquelles elles sont sens\u00e9es lutter (comme le pr\u00e9tendait <a href=\"https:\/\/www.ina.fr\/video\/PUB417943094\">la pub pour le glyphosate des ann\u00e9es 90<\/a>). Nous baignons dans ce que que nous utilisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pol\u00e9mique a \u00e9galement le m\u00e9rite d&rsquo;avoir mis en \u00e9vidence le pouvoir des multinationales de la chimie et l&rsquo;importance des lobbys. Ce n&rsquo;est pas rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 de l&rsquo;interdiction du glyphosate, il est urgent de repenser notre utilisation massive de substances chimiques au quotidien. Certaines applications ont leur utilit\u00e9, beaucoup n&rsquo;en ont pas. <strong>Il temps de faire le tri!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rence:<\/p>\n\n\n\n<p>Baudry et al. 2018. Association of Frequency of Organic Food Consumption<br>With Cancer Risk. Findings From the NutriNet-Sant\u00e9 Prospective Cohort Study. JAMA International Medicine.<\/p>\n\n\n\n<p>Sass and Colangelo, 2006. European Union Bans Atrazine, While the<br>United States Negotiates Continued Use. International Journal of&nbsp; Occupational Environmental Health 12: 260\u2013267.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Traitement du bois et pesticides<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon dernier article, je vous parlais de notre d\u00e9couverte, un peu par hasard, de l&rsquo;usage des pesticides dans les peintures pour b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de ces \u00e9tudes, nous nous sommes pench\u00e9s sur d&rsquo;autres mat\u00e9riaux de construction. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux nous semblait \u00e9vident&#8230;le bois.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne pas pourrir trop vite, le bois doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 contre les champignons et les insectes. La plupart des traitements sont \u00e0 base de pesticides utilis\u00e9s comme biocides (insecticides, fongicides, algicides, etc. voir article pr\u00e9c\u00e9dent). Le bois peut \u00eatre impr\u00e9gn\u00e9 avec ces produits ou il peut \u00eatre peint. L\u2019impr\u00e9gnation se fait en g\u00e9n\u00e9ral en scierie. Il y a deux proc\u00e9d\u00e9s possibles: (1) le proc\u00e9d\u00e9 en autoclave qui permet de prot\u00e9ger le bois jusqu\u2019au centre de la pi\u00e8ce et (2) le proc\u00e9d\u00e9 par trempage qui ne prot\u00e8ge le bois que sur les premi\u00e8res couches. L\u2019application externe, en revanche, se fait g\u00e9n\u00e9ralement avant la pose ou lorsque la pi\u00e8ce est en place.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans le cas des peintures, les substances utilis\u00e9es peuvent \u00eatre lessiv\u00e9es par les pluies et finir dans les lacs et les cours d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2008, nous avions essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer quelles \u00e9taient les pesticides les plus couramment utilis\u00e9s pour prot\u00e9ger le bois, et quel pouvait \u00eatre leur impact sur l&rsquo;environnement. En effet, comme je l&rsquo;avais \u00e9galement d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 dans plusieurs articles, il n&rsquo;existe pas de liste des substances chimiques utilis\u00e9es pour les diff\u00e9rents usages. La d\u00e9marche consiste donc \u00e0 r\u00e9pertorier tout ce qui pourrait \u00eatre potentiellement utilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes bas\u00e9s sur un \u00ab\u00a0r\u00e9pertoire des produits utilis\u00e9s pour le traitement du bois\u00a0\u00bb, r\u00e9pertoire publi\u00e9 par l&rsquo;Office f\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;environnement en 2008. Cette liste contenait 308 produits homologu\u00e9s (qui peuvent \u00eatre mis sur le march\u00e9) et nous avons relev\u00e9 51 substances actives.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi elles, 9 substances organiques de synth\u00e8se ont une toxicit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. Il s&rsquo;agit principalement de fongicides comme le propiconazole ou le carbendazime, ou encore d&rsquo;insecticides neurotoxiques comme la permethrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Des mol\u00e9cules inorganiques comme le chrome ou plus commun\u00e9ment le cuivres sont \u00e9galement inclues dans la liste. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le cuivre qui colore en vert certaines pi\u00e8ces de bois que l&rsquo;on peut acheter dans le commerce.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela reste cependant tr\u00e8s th\u00e9orique. Ce sont des substances que l&rsquo;on retrouve dans des produits pour traiter de le bois, mais nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e lesquelles sont r\u00e9ellement utilis\u00e9es et dans quelle quantit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il faut savoir que les fongicides et les insecticides cit\u00e9s ci-dessus sont r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9tect\u00e9s dans les eaux de surface. Bien s\u00fbr, difficile de d\u00e9terminer quelle est la part due \u00e0 l&rsquo;agriculture et celle due au traitement du bois.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, de mani\u00e8re int\u00e9ressante, les fongicides propiconazole et carbendazime sont r\u00e9guli\u00e8rement mesur\u00e9s dans les eaux des stations d&rsquo;\u00e9puration. Ils ont donc une source urbaine qui pourrait, en partie, \u00eatre li\u00e9e au traitement du bois.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2008, un \u00e9tudiant de l&rsquo;Universit\u00e9 de Franche-Comt\u00e9 s&rsquo;\u00e9tait pench\u00e9 sur les effets des substances utilis\u00e9es pour le traitement du bois (fongicides et insecticides) en aval d&rsquo;une scierie. Il avait montr\u00e9 que non seulement ces substances se retrouvaient dans l&rsquo;eau de la rivi\u00e8re proche de la scierie, mais qu&rsquo;on les d\u00e9tectait aussi dans les s\u00e9diments sur au moins 2km en aval. L&rsquo;entrainement se faisait principalement lors des pluies. Il a \u00e9galement montr\u00e9 que ces substances, en particulier les insecticides, avaient un impact non n\u00e9gligeable sur les communaut\u00e9s d&rsquo;invert\u00e9br\u00e9s vivant dans ce milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Que conclure de tout cela?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces exemples montrent que les sources de pesticides sont beaucoup plus vari\u00e9es que ce que l&rsquo;on peut imaginer au premier abord. Et les sources non agricoles semblent bien contribuer de mani\u00e8re significative \u00e0 la pollution des eaux, ceci au moins localement. Malheureusement, il n&rsquo;existe pas de liste des diff\u00e9rents usages pour ces substances chimiques. Et sans cela, nous continuerons de trouver, un peu par hasard, des sources inattendues.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Kleijer A, Ch\u00e8vre N, Burkhardt M. 2008. Biocides et protection du bois. Liste des substances chimiques \u00e0 surveiller. gwa 12: 965-973.<\/p>\n\n\n\n<p>Adam O. 2008. Impact des produits de traitement du bois sur les amphipodes <em>Gammarus pulex<\/em> (L.) et <em>Gammarus fossarum<\/em> (K.) : approches chimique, hydro-\u00e9cologique et \u00e9cotoxicologique. Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Franche-Comt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des pesticides dans les peintures<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On associe volontiers les pesticides \u00e0 l&rsquo;agriculture. Or ceux-ci ne sont pas uniquement utilis\u00e9s pour prot\u00e9ger les cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une d\u00e9couverte que nous avons fait au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, un peu par hasard.&nbsp; A cette \u00e9poque, je travaillais \u00e0 Z\u00fcrich, \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.eawag.ch\/\">Eawag<\/a>. Les m\u00e9thodes analytiques avaient fait de grandes avanc\u00e9es et nous \u00e9tions capables de d\u00e9tecter plusieurs pesticides en m\u00eame temps \u00e0 des concentrations tr\u00e8s faibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos coll\u00e8gues ing\u00e9nieurs cherchaient \u00e0 \u00e9valuer la pollution due aux eaux de ruissellement. Ces eaux qui \u00ab\u00a0lavent\u00a0\u00bb les routes finissent dans beaucoup d&rsquo;endroits directement dans les cours d&rsquo;eau. Or on savait qu&rsquo;elles contenaient beaucoup de m\u00e9taux (d\u00e9p\u00f4ts li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usure des voitures et des bus) et de ce fait contaminaient les s\u00e9diments des rivi\u00e8res de mani\u00e8re importante.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu par hasard, nos coll\u00e8gues nous ont demand\u00e9 de mesur\u00e9 des pesticides dans ces eaux de ruissellement. On s&rsquo;attendait \u00e0 ne rien trouver puisque ces eaux ne provenaient pas de r\u00e9gions agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Oh surprise, les concentrations en certains pesticides, tel le diuron (un herbicide utilis\u00e9 dans la vigne), \u00e9taient tout aussi \u00e9lev\u00e9es que dans les r\u00e9gions agricoles. Plus \u00e9tonnant, on trouvait des pesticides non autoris\u00e9s en agriculture comme la terbutryne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci m\u00e9ritait quelques investigations.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, on s&rsquo;est rendu compte que la plupart des pesticides d\u00e9tect\u00e9s \u00e9taient des herbicides qui inhibaient la photosynth\u00e8se, soit des substances sens\u00e9es lutter contre le d\u00e9veloppement de plantes ou autres producteurs primaires. Ensuite, ces pesticides \u00e9taient principalement d\u00e9tect\u00e9s dans les eaux de ruissellement, mais peu dans les eaux us\u00e9es. C&rsquo;\u00e9tait donc bien la pluie qui les amenaient avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>De fil en aiguille, on en est venus \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser aux peintures de fa\u00e7ades des b\u00e2timents.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, si vous regarder un mur qui a d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es, vous verrez qu&rsquo;il se couvre d&rsquo;une couche noire\/verte par endroits. Ce sont des algues et des champignons. Aucun danger pour la structure du b\u00e2timent, mais ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s esth\u00e9tique. On ajoute donc \u00e0 la peinture des algicides (appel\u00e9s aussi herbicides dans d&rsquo;autres cas car ils agissent sur les producteurs primaires) pour lutter contre cette mousse verte.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi retrouve-t-on ces substances dans les eaux?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour deux raisons principales:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour que la substance exerce sa toxicit\u00e9 contre les algues, il faut qu&rsquo;elle soit dissoute. Elle se dissout donc dans l&rsquo;eau de pluie, et est entrain\u00e9e par elle. De ce fait, l&rsquo;action toxique diminue avec l&rsquo;\u00e2ge de la peinture car elle perd au fur et \u00e0 mesure le pesticide.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De plus, personne ne s&rsquo;est jamais pos\u00e9 la question de la dose utile. On ajoute donc ce pesticide dans la peinture \u00e0 XX% (je ne sais pas quel est ce pourcentage car il n&rsquo;est pas d\u00e9clar\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tiquette) au petit bonheur la chance.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2009, une \u00e9tude men\u00e9e par un coll\u00e8gue de la HES de Rapperswil montraient que les concentrations dans les eaux ruisselant le long de nouveaux b\u00e2timents \u00e9taient si \u00e9lev\u00e9es qu&rsquo;elles devraient \u00eatre dilu\u00e9es 10&rsquo;000x \u00e0 100&rsquo;000x pour respecter la valeur limite de 0.1 \u03bcg\/l dans les eaux de surface.<\/p>\n\n\n\n<p>A titre d&rsquo;exemple, les eaux de ruissellement \u00e0 la base d&rsquo;un b\u00e2timent de 10 m\u00e8tres de haut, sans toiture, et \u00e2g\u00e9 de 8 mois, contenaient des concentrations en terbutryne (algicide) sur les fa\u00e7ades sud-ouest et nord-ouest entre 100 et 800 \u03bcg\/l. Par \u00e9v\u00e9nement de pluie, les quantit\u00e9s \u00e9mises sont en moyenne de 600 \u03bcg pour la fa\u00e7ade sud-ouest et de 1300 \u03bcg pour la fa\u00e7ade nord-ouest, ceci par m\u00e8tre courant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais est-ce l\u00e9gal d&rsquo;ajouter des pesticides dans les peintures de b\u00e2timents?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui \u00e7a l&rsquo;est. Il faut savoir que le terme \u00ab\u00a0pesticide\u00a0\u00bb n&rsquo;existe plus pour la Loi. On distingue ainsi les substances phytosanitaires (ou phytopharmaceutiques&#8230;) utilis\u00e9es en agriculture, des biocides, soit des substances permettant la conservation du produit. Cependant, cela peut \u00eatre exactement les m\u00eames substances chimiques. Elles suivent juste des chemins diff\u00e9rents pour \u00eatre autoris\u00e9es sur la march\u00e9 Suisse. Les substances phytosanitaires tombent sous le coup de l&rsquo;Ordonnance sur les produits phytosanitaires et sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;Office F\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;Agriculture, alors que les biocides sont sous le coup de l&rsquo;Ordonnance sur les produits biocides et sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;Office F\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;Environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le cas de la terbutryne est int\u00e9ressant. Elle n&rsquo;est pas autoris\u00e9e en agriculture. Je suspecte que c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est particuli\u00e8rement toxique. En effet, appartenant \u00e0 la m\u00eame famille que l&rsquo;atrazine (les triazines), elle est 10x plus toxique que cette derni\u00e8re. La loi sur les produits biocides \u00e9tant inexistante avant 2005 et moins stricte que celle sur les produits phytosanitaires apr\u00e8s 2005, elle peut donc \u00eatre inclue dans les peintures.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas du m\u00e9coprop, un anti-racinaire incorpor\u00e9 dans les rev\u00eatements bituminueux est encore plus embl\u00e9matique du grand flou qui r\u00e9git la mise sur le march\u00e9 des substances chimiques. Il est d\u00e9clar\u00e9 comme additif, et peut donc \u00eatre utilis\u00e9 sans souci et sans passer ni par l&rsquo;Ordonnance sur les produits phytosanitaires, ni par celle sur les produits biocides.<\/p>\n\n\n\n<p>Dix ans apr\u00e8s ces \u00e9tudes, des herbicides sont toujours utilis\u00e9s dans les peintures de fa\u00e7ade et on les d\u00e9tecte toujours dans les eaux de ruissellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant des alternatives existent. Par exemple, des chercheurs ont mis au point des rev\u00eatements poreux qui \u00e9vitent la stagnation de l&rsquo;eau sur les fa\u00e7ades et donc le d\u00e9veloppement d&rsquo;algues.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre solution, revenir \u00e0 des b\u00e2timents avec des avants-toits. Ceci \u00e9vite le ruissellement de la pluie sur les fa\u00e7ades et donc le lessivage des pesticides vers les cours d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9f\u00e9rences:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Burkhardt M, Zuleeg S, Marti T, Boller M, Vonbank R, Brunner S, Simmler H, Carmeliet J, Ch\u00e8vre N. 2009. Biocides dans les eaux de fa\u00e7ades. Solutions \u00e0 trouver. ARPEA 241: 13-16.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Vous reprendrez bien un peu de cet effet cocktail?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, plusieurs articles ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur l&rsquo;effet cocktail. En juin 2018 notamment, <a href=\"https:\/\/presse.inra.fr\/Communiques-de-presse\/Effet-cocktail-de-pesticides-a-faible-dose-par-l-alimentation\">des chercheurs de l&rsquo;INRA et de l&rsquo;INSERM<\/a> en France ont mis en \u00e9vidence les effets d&rsquo;un cocktail de pesticides sur les souris. Ils ont expos\u00e9 des m\u00e2les et des femelles \u00e0 un m\u00e9lange de 6 substances commun\u00e9ment utilis\u00e9es dans l&rsquo;agriculture pendant environ une ann\u00e9e. Pour chaque pesticide, la dose d&rsquo;exposition correspondait \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dose_journali%C3%A8re_admissible\">dose journali\u00e8re admissible<\/a> pour l&rsquo;homme. A la fin de l&rsquo;exp\u00e9rience, ils ont observ\u00e9 que les m\u00e2les prenaient du poids et devenaient diab\u00e9tiques. Les femelles semblaient mieux prot\u00e9g\u00e9es, mais d\u00e9veloppaient d&rsquo;autres sympt\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p>La dose journali\u00e8re admissible pour l&rsquo;homme est calcul\u00e9e sur la base de tests effectu\u00e9s sur les souris et les rats. La concentration sans effets observ\u00e9s lors des tests est divis\u00e9e par un facteur de s\u00e9curit\u00e9 compris entre 10 et 1000. Cette dose devrait donc est s\u00fbre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;oui peut-\u00eatre, mais pour une seule substance et pas pour un m\u00e9lange ou \u00ab\u00a0cocktail\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce donc que l&rsquo;effet cocktail?<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin des ann\u00e9es 90, un groupe d&rsquo;\u00e9cotoxicologues allemands se penche sur les effets combin\u00e9s de substances chimiques. Ils reprennent un classification publi\u00e9e dans les ann\u00e9es 50 par Plackett et Hewlett, des chercheurs qui ont tent\u00e9 de caract\u00e9riser les effets des m\u00e9langes sur l&rsquo;\u00eatre humain. Les propositions sont rest\u00e9es th\u00e9oriques, car co\u00fbteuses \u00e0 valider sur des souris, et impossible bien s\u00fbr \u00e0 valider sur l&rsquo;homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Or en \u00e9cotoxicologie, nous testons des organismes avec des cycles de vie tr\u00e8s courts. C&rsquo;est le cas de la bact\u00e9rie marine luminescente <em>Vibrio fisheri<\/em>, qui donne une r\u00e9ponse en 10mn (on mesure la diminution de la luminescence).<\/p>\n\n\n\n<p>Les chercheurs allemands ont donc eu l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;utiliser ces bact\u00e9ries pour \u00e9valuer les effets des cocktails de substances chimiques. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, ils ont ainsi montr\u00e9 dans le projet europ\u00e9en BEAM que deux mod\u00e8les permettaient de pr\u00e9dire les effets des m\u00e9langes: le mod\u00e8le d&rsquo;addition des concentration et le mod\u00e8le d&rsquo;ind\u00e9pendance des effets.<\/p>\n\n\n\n<p>En bref, le premier consid\u00e8re que toutes les substances agissent de la m\u00eame mani\u00e8re (par exemple toutes les substances inhibent la photosynth\u00e8se). Dans ce cas, l&rsquo;effet du cocktail est d\u00fb \u00e0 toutes les concentrations additionn\u00e9es, pond\u00e9r\u00e9es par la toxicit\u00e9 intrins\u00e8que de chaque substance. Le deuxi\u00e8me mod\u00e8le consid\u00e8re que toutes les substances agissent dans l&rsquo;organisme de mani\u00e8re diff\u00e9rente (inhibition de la photosynth\u00e8se et action sur le syst\u00e8me nerveux par exemple). L&rsquo;effet cocktail correspond alors \u00e0 une addition des effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, les organismes sont expos\u00e9s \u00e0 des substances ayant des mani\u00e8res d&rsquo;agir semblables et dissemblables. Le premier mod\u00e8le sur-estime donc les effets des m\u00e9langes et le deuxi\u00e8me les sous-estime.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un souci de s\u00e9curit\u00e9, les auteurs sugg\u00e8rent donc d&rsquo;introduire dans la Loi des valeurs limites bas\u00e9es sur le premier mod\u00e8le (addition des concentrations).<\/p>\n\n\n\n<p>Or depuis 2003, et malgr\u00e9 les nombreuses publications allant dans le m\u00eame sens, aucune modification de la Loi. Que ce soit pour les denr\u00e9es alimentaires ou pour l&rsquo;environnement, les normes sont toujours fix\u00e9es pour chaque substance individuellement. Aucune prise en compte de l&rsquo;effet cocktail \u00e0 l&rsquo;horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi en 15 ans, n&rsquo;a-t-on donc pas \u00e9t\u00e9 capable de prendre en compte cet effet de m\u00e9lange pour prot\u00e9ger notre sant\u00e9 et les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement?<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas la r\u00e9ponse \u00e0 cette question.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, certainement que le facteur \u00e9conomique joue un r\u00f4le important. Si on prenait en compte les m\u00e9langes, les normes diminueraient drastiquement et un certain nombre de substances dispara\u00eetraient du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en pratique est \u00e9galement d\u00e9licate. Prenons le cas d&rsquo;un cours d&rsquo;eau dans lequel les concentrations des substances prises en m\u00e9lange sont trop \u00e9lev\u00e9es. Lesquelles, dans ce m\u00e9lange, devront \u00eatre diminu\u00e9es, voir supprim\u00e9es? Cela semble faire le lit de discussions \u00e0 rallonge.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 de ces aspects, force est de constater que nous-m\u00eames, scientifiques, sommes bien emprunt\u00e9s pour proposer des valeurs limites concr\u00e8tes pour les m\u00e9langes. Comme je le mentionnais dans un blog r\u00e9cent (un manque criant de donn\u00e9es), nous sommes, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, en mesure d&rsquo;\u00e9valuer les effets des m\u00e9langes pour quelques 50 substances grand maximum (essentiellement des pesticides) et ceci pour quelques esp\u00e8ces seulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Or nous sommes entour\u00e9s par plusieurs centaines de milliers de substances chimiques pr\u00e9sentes dans l&rsquo;air, le sol ou l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Par pr\u00e9caution, il semble donc important et urgent de diminuer au maximum l&rsquo;utilisation des substances chimiques, de m\u00eame que leur rejet dans l&rsquo;environnement!<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense tr\u00e8s sinc\u00e8rement que la chimie \u00e0 amen\u00e9 certains avantages (notamment en m\u00e9decine et en agriculture), mais le d\u00e9veloppement et l&rsquo;utilisation \u00e0 tout va de substances chimiques est tr\u00e8s pr\u00e9occupant et mets s\u00e9rieusement en danger notre futur et celui des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>A titre d&rsquo;exemple, l&rsquo;utilisation de d\u00e9odorants d&rsquo;air int\u00e9rieur me laisse toujours perplexe. Ces produits sont allerg\u00e8nes et irritants, mais on les spray m\u00eame dans la chambre des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre exemple, les bloc-wc servent peut-\u00eatre \u00e0 colorer l&rsquo;eau des toilettes, mais ils envoient dans les eaux de surface des biocides toxiques et des colorants. Est-ce vraiment utile?<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe ainsi des dizaines d&rsquo;exemples de substances qui sont utilis\u00e9es pour rien ou pour un confort tout relatif, mais qui contribuent de mani\u00e8re non n\u00e9gligeable \u00e0 la pollution de l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne pas para\u00eetre trop pessimiste, l&rsquo;Office f\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;environnement est en train de plancher sur la prise en compte de l&rsquo;effet des m\u00e9langes pour les pesticides et les m\u00e9dicaments dans les eaux. C&rsquo;est un premier pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A noter:<\/strong> on confond souvent l&rsquo;effet cocktail avec un effet synergique des substances chimiques. Ce n&rsquo;est pas le cas. L&rsquo;effet synergique signifie qu&rsquo;une substance va aider une autre \u00e0 agir. L&rsquo;effet conjoint sera donc beaucoup plus important que les effets individuels. C&rsquo;est ce qui est recherch\u00e9 dans les formulations de pesticides ou dans certaines th\u00e9rapies m\u00e9dicinales. C&rsquo;est le cas \u00e9galement du <a href=\"https:\/\/www.psychomedia.qc.ca\/medicaments\/2012-11-28\/liste-89-interaction-pamplemousse\">pamplemousse<\/a> par exemple, qui ne doit pas \u00eatre consomm\u00e9 en m\u00eame temps que certains m\u00e9dicaments car il peut en augmenter l&rsquo;effet. A l&rsquo;inverse, l&rsquo;effet antagoniste est la diminution de l&rsquo;effet d&rsquo;une substance par une autre.&nbsp; Dans l&rsquo;environnement cependant, le nombre de substances chimiques et si important que les effets synergiques et antagonistes sont marginaux. Le mod\u00e8le d&rsquo;addition des concentrations suffit pour pr\u00e9dire les effets des m\u00e9langes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9f\u00e9rences:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Backhaus et al. 2003. The BEAM-project: prediction and assessment of mixture toxicities in the aquatic environment. Continental Shelf Research 23. Pages 1757-1769.<\/p>\n\n\n\n<p>Gregorio V, Ch\u00e8vre N. 2014. Assessing the risks posed by mixtures of chemicals in freshwater environments. Case study of lake geneva, Switzerland. Wires Water doi: 10.1002\/wat2.1018.<\/p>\n\n\n\n<p>Lukowicz C et al. 2018. Metabolic effects of a chronic dietary exposure to a low-dose pesticide cocktail in mice: sexual dismorphism and role of the constitutive androstane receptor. Environmental Health Perspectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Plackett and Hewlett. 1952. Quantal responses to mixtures of poisons. Journal of the Royal Statistical Society. Serie B. Volume XIV (2). Pages 143-163.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les cosm\u00e9tiques c&rsquo;est fantastique<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, les pesticides ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 large \u00e9chelle et ils ont largement contribu\u00e9 \u00e0 ce que l&rsquo;on appelle la \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9volution_verte\">r\u00e9volution verte<\/a>\u00ab\u00a0. Or ces substances ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es pour \u00eatre toxiques, et apr\u00e8s la mise en \u00e9vidence des effets d\u00e9sastreux du DDT par Rachel Carson dans les ann\u00e9es 60, les scientifiques et le public ont commenc\u00e9 \u00e0 se m\u00e9fier de l&rsquo;utilisation des pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1980, on a ainsi vu appara\u00eetre des l\u00e9gislations pour r\u00e9glementer la mise sur le march\u00e9 des pesticides. En parall\u00e8le, les scientifiques ont commenc\u00e9 \u00e0 chercher ces polluants dans l&rsquo;environnement et les gouvernements ont mis en place des l\u00e9gislations d\u00e9finissant des valeurs limites, notamment dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail n&rsquo;\u00e9tait pas simple. Les techniques analytiques pour rechercher les substances chimiques dans l&rsquo;environnement en \u00e9taient \u00e0 leurs balbutiements et il n&rsquo;\u00e9tait possible de ne chercher qu&rsquo;une ou deux substances \u00e0 la fois, et encore \u00e0 des concentrations assez \u00e9lev\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 2000, les outils analytiques se sont perfectionn\u00e9s rapidement, et il a ainsi \u00e9t\u00e9 possible \u00e0 la fois de diminuer les limites de d\u00e9tection, mais aussi de chercher des dizaines de substances \u00e0 la fois. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que les scientifiques ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser au m\u00e9dicaments dans l&rsquo;environnement. On s&rsquo;est ainsi aper\u00e7u que l&rsquo;on trouvait de nombreux r\u00e9sidus dans les eaux, m\u00e9dicaments issus de la consommation humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pesticides et m\u00e9dicaments ne sont pas les seuls polluants issus de nos activit\u00e9s quotidiennes. Et depuis tr\u00e8s r\u00e9cemment, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 nous pencher sur le cas des substances cosm\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Or le d\u00e9fi est de taille: si il existe 400 pesticides et 2000 m\u00e9dicaments sur le march\u00e9, il y a plus de 6000 substances cosm\u00e9tiques utilis\u00e9es au quotidien. Il est \u00e0 l&rsquo;heure actuelle impossible de toutes les chercher, et encore moins d&rsquo;\u00e9valuer leurs effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc si l&rsquo;on veut s&rsquo;int\u00e9resser aux cosm\u00e9tiques, il faut d&rsquo;abord faire un tri qui permettra de mettre en \u00e9vidence les substances potentiellement les plus probl\u00e9matiques, ceci afin de les chercher dans l&rsquo;environnement et notamment dans l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un travail que nous effectuons en collaboration avec le <a href=\"https:\/\/www.lausanne.ch\/lausanne-officielle\/administration\/securite-et-economie\/service-de-l-eau.html\">Service de l&rsquo;eau de la Ville Lausanne<\/a>. Dans un premier temps, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous focaliser sur les shampoings pour cheveux normaux et les gels douches.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re \u00e9tape et non la moindre, il a fallu commencer par r\u00e9pertorier toutes les substances contenues dans ces cosm\u00e9tiques. Heureusement, la loi suisse oblige les fabricants \u00e0 mentionner toutes les substances contenues dans le produit. Toutes? Non pas tout-\u00e0-fait car les parfums sont mentionn\u00e9s comme tels et la ou les substance(s) chimique(s) le composant ne sont pas nomm\u00e9e(s).<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re int\u00e9ressante, nous avons remarqu\u00e9 que le march\u00e9 des cosm\u00e9tiques est assez mouvant. En effet, les compositions changent tr\u00e8s rapidement et il arrive que les ingr\u00e9dients trouv\u00e9s \u00e0 une date donn\u00e9e ne soient plus les m\u00eames quelques semaines apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;avons-nous donc appris?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;essentiel des produits sont constitu\u00e9s \u00e0 plus de 70% d&rsquo;eau. L&rsquo;eau est donc toujours en premi\u00e8re position dans la liste des ingr\u00e9dients. En effet, les compos\u00e9s sont donn\u00e9s par ordre d\u00e9croissant en terme de quantit\u00e9, sauf pour les compos\u00e9s en dessous de 1% qui sont m\u00e9lang\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Gel douches et shampoings sont ensuite constitu\u00e9s de tensioactifs et de co-tensioactifs repr\u00e9sentant jusqu\u2019\u00e0 20% du produit. Environ 5% sont des adjuvants, soit des substances ajout\u00e9es \u00e0 un produit pour am\u00e9liorer ses propri\u00e9t\u00e9s, ainsi que des g\u00e9lifiants.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, les ingr\u00e9dients qui servent de support \u00e0 la publicit\u00e9 pour le produit (odeur, par exemple abricot, et principes actifs, par exemple aloe vera), de m\u00eame que les colorants et les conservateurs ne constituent que 0,5 \u00e0 3% du contenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de grandes diff\u00e9rences donc entre les diff\u00e9rents gels douches, ou shampoings pour cheveux normaux. La base est la m\u00eame et seuls quelques pourcents font la diff\u00e9rence. Notons que c&rsquo;est sur cette base (publicitaire) de que nous choisissons nos produits !<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;analyse de 252 gels douches et 52 shampoings, nous avons \u00e9tabli une liste de quelques 250 substances chimiques \u00e0 \u00e9tudier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces substances ont \u00e9t\u00e9 pass\u00e9es au crible des donn\u00e9es connues de toxicit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9cotoxicit\u00e9 et une liste prioritaire de 31 compos\u00e9s a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie. Elle contient quelques tensio-actifs, mais surtout des adjuvants, des parfums et des conservateurs. Certains sont d\u00e9j\u00e0 connus comme le m\u00e9thyl-paraben ou le ph\u00e9noxyethanol.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Service de l&rsquo;eau de la Ville de Lausanne est en train de d\u00e9velopper des m\u00e9thodes d&rsquo;analyse pour chercher ces substances et d&rsquo;ici quelques temps, nous devrions pouvoir savoir si on les trouve dans les eaux. Il faudra alors \u00e9valuer si elles pr\u00e9sentent un risque important pour les \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9f\u00e9rence:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Copin et al. 2018. Etude des gels douches et des shampoings. Que cache la liste des ingr\u00e9dients des produits cosm\u00e9tiques? <a href=\"https:\/\/www.aquaetgas.ch\/fr\">Aqua &amp; Gas<\/a> no 6.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des m\u00e9dicaments et des hommes<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au XX\u00e8me si\u00e8cle, la m\u00e9decine a fait un bon en avant spectaculaire avec l&rsquo;arriv\u00e9e sur le march\u00e9 de m\u00e9dicaments permettant de soigner de petits maux, mais \u00e9galement de sauver des vies. Antibiotiques, agents chimioth\u00e9rapeutiques, substances agissant sur le syst\u00e8me cardio-vasculaire, toutes ces mol\u00e9cules chimiques permettent de prolonger la vie, et leur utilisation ne saurait \u00eatre remise en question.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que se passe-t-il lorsque l&rsquo;on ing\u00e8re un m\u00e9dicament? Celui-ci va bien s\u00fbr avoir une action sur le sympt\u00f4me que l&rsquo;on souhaite traiter. Mais le corps va aussi se d\u00e9fendre contre cette substance \u00e9trang\u00e8re et donc chercher \u00e0 l&rsquo;\u00e9liminer. Elle va ainsi \u00eatre transform\u00e9e, souvent pour la rendre plus soluble, et donc pouvoir \u00eatre \u00e9limin\u00e9e par les urines. Par exemple, un groupement polaire (soluble) peut \u00eatre accol\u00e9 \u00e0 la substance (le parac\u00e9tamol est \u00e9limin\u00e9 par cette voie). Le foie, l&rsquo;organe de d\u00e9toxification de l&rsquo;organisme, de m\u00eame que les reins, sont ainsi en premi\u00e8re ligne dans le mise en place de cette d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9dicaments ing\u00e9r\u00e9s se retrouvent donc dans les urines, puis dans les toilettes, et vont suivre, avec les eaux us\u00e9es, le long trajet jusqu&rsquo;\u00e0 la station d&rsquo;\u00e9puration. Or les stations d&rsquo;\u00e9puration ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues pour \u00e9liminer le phosphore et l&rsquo;azote, ainsi que la mati\u00e8re organique contenus dans nos d\u00e9jections. Mais pas les substances chimiques de synth\u00e8se qui passent ais\u00e9ment les filtres physiques et biologiques. Pire, les bact\u00e9ries des stations d&rsquo;\u00e9puration peuvent casser la liaison avec les groupements polaires construits par le corps. On mesure ainsi une plus haute concentration de m\u00e9dicaments en sortie de station d&rsquo;\u00e9puration qu&rsquo;en entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9dicaments se retrouvent donc dans les milieux aquatiques, et ceci depuis maintenant des dizaines d&rsquo;ann\u00e9es. A l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une ville, cela repr\u00e9sente plusieurs kilos par jour qui sont ainsi rejet\u00e9s dans le milieu naturel. Or m\u00eame si elles se d\u00e9gradent dans l&rsquo;environnement, ces substances sont \u00e9mises continuellement. On les appelle \u00ab\u00a0pseudo-persistantes\u00a0\u00bb car on les d\u00e9tecte de mani\u00e8re permanente dans les eaux. La vie aquatique y est donc continuellement expos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, c&rsquo;est la consommation humaine de m\u00e9dicaments qui repr\u00e9sente la plus importante source de pollution des eaux. Mais pour certaines substances sp\u00e9cifiques, l&rsquo;industrie contribue \u00e9galement, de m\u00eame que l&rsquo;agriculture via l&rsquo;utilisation de m\u00e9dicaments v\u00e9t\u00e9rinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la pollution des eaux par les m\u00e9dicaments est essentiellement li\u00e9e \u00e0 leur consommation, la mauvaise gestion des d\u00e9chets y contribue \u00e9galement. Par exemple lorsque des restes de m\u00e9dicaments sont jet\u00e9s dans les toilettes. Ramener ses m\u00e9dicaments p\u00e9rim\u00e9s \u00e0 la pharmacie ou \u00e0 la d\u00e9chetterie aide \u00e0 diminuer leur entr\u00e9e dans les syst\u00e8mes aquatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut aussi souligner que contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, les h\u00f4pitaux ne sont pas des sources tr\u00e8s importantes de m\u00e9dicaments dans les eaux us\u00e9es. A part pour certaines substances sp\u00e9cifiques, ils ne contribuent qu&rsquo;\u00e0 hauteur de maximum 5% \u00e0 la pollution. Ceci s&rsquo;explique par le fait que la plupart des traitements sont faits en ambulatoires. Les patients prennent donc les m\u00e9dicaments \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, mais les excr\u00e8tent \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;en est-il donc de concentrations dans les eaux et des effets sur la faune et la flore?<\/p>\n\n\n\n<p>Force est de constater que pour l&rsquo;instant, on ne sait pas grand chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les 2000 substances m\u00e9dicamenteuses existant sur le march\u00e9, on est capable d&rsquo;en chercher une cinquantaine. Soit \u00e0 peine 3%. On mesure donc actuellement la pointe de l&rsquo;iceberg. On trouve des concentrations assez \u00e9lev\u00e9es proches des rejets des stations d&rsquo;\u00e9puration, et celles-ci diminuent par dilution, voir par d\u00e9gradation, lorsque l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loigne du point de rejet.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quels en sont les effets sur la vie aquatique me demanderez-vous?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, nous avons tr\u00e8s peu de donn\u00e9es et tr\u00e8s peu de recul. Certainement que les effets se verront sur le long-terme, et qu&rsquo;ils seront plut\u00f4t dus au cocktail de substances pr\u00e9sentes, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;une d&rsquo;entre elles en particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 toutes ces interrogations et ces doutes, la Suisse a d\u00e9cid\u00e9 de miser sur une meilleure \u00e9limination de ces substances en bout de tuyau, dans la station d&rsquo;\u00e9puration, avant leur rejet dans l&rsquo;environnement. Les techniques mises en place, soit une filtration avec du charbon actif, soit un d\u00e9gradation par l&rsquo;ozone, permettront de diminuer les rejets de m\u00e9dicaments dans les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de solutions permettant une \u00e9limination compl\u00e8te des rejets m\u00e9dicamenteux. En effet, par temps de pluie, une partie des eaux us\u00e9es sont rejet\u00e9es directement dans le milieu naturel. De plus, certaines substances ne seront que peu \u00e9limin\u00e9es par les techniques qui seront mises en place dans les stations d&rsquo;\u00e9puration.<\/p>\n\n\n\n<p>A mon sens, il convient donc de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e9galement \u00e0 la source, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur la consommation de m\u00e9dicaments. Et je pense que que le monde m\u00e9dical a un r\u00f4le cl\u00e9 \u00e0 jouer ici. D&rsquo;abord pour rappeler aux patients le bon usage des m\u00e9dicaments (ne pas les jeter dans les toilettes). Mais \u00e9galement pour sensibiliser le patient \u00e0 l&rsquo;impact sur le milieu naturel. Beaucoup de gens ont ainsi \u00e9t\u00e9 effray\u00e9s par les traces de m\u00e9dicaments que l&rsquo;on trouve dans l&rsquo;eau potable en Suisse. Or ces traces proviennent avant tout des m\u00e9dicaments que nous consommons.<\/p>\n\n\n\n<p>Photo de notre soci\u00e9t\u00e9, les eaux us\u00e9es montrent que nous consommons \u00e9norm\u00e9ment de m\u00e9dicaments contre les douleurs (anti-inflammatoires notamment) mais \u00e9galement d&rsquo;anti-d\u00e9presseurs, de somnif\u00e8res, d&rsquo;anti-cholest\u00e9rol, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Une meilleure hygi\u00e8ne de vie et une consommation plus raisonn\u00e9e de m\u00e9dicaments pourraient \u00e0 long-terme pr\u00e9server l&rsquo;environnement, nos ressources en eau potable, mais certainement \u00e9galement notre sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Merci \u00e0 John Steinbeck pour la libre interpr\u00e9tation de son titre \u00ab\u00a0Des souris et des hommes\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les 12 salopards<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 22 mai 2001, 127 pays votent le texte de la <a href=\"https:\/\/chm.pops.int\/\">Convention de Stockholm<\/a>, issu du programme pour l&rsquo;environnement des Nations Unies. Ce texte bannit 12 substances de la surface de la plan\u00e8te&nbsp;: <em>les douze salopards<\/em>. Il s\u2019agit essentiellement de pesticides organochlor\u00e9s, comme le DDT, mais aussi de produits industriels comme les PCBs ou encore d\u2019impuret\u00e9s comme la dioxine. La convention entrera en vigueur en mai 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>40 ans ! il a fallu plus de 40 ans pour que le monde prenne des mesures contre ces substances dont les effets ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s d\u00e8s les ann\u00e9es 60.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, en 1962, \u00ab&nbsp;Silent spring&nbsp;\u00bb, Printemps silencieux, fait grand bruit aux Etats-Unis. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rachel_Carson\">Rachel Carson<\/a>, biologiste de formation, y d\u00e9nonce les effets d\u2019un insecticide le DDT. Cette mol\u00e9cule est utilis\u00e9e \u00e0 tr\u00e8s large \u00e9chelle depuis la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Au Texas pour lutter contre les fourmis de feu qui remontent depuis le Mexique, au Nevada contre les sauterelles, ou encore quotidiennement contre les moustiques dans les maisons. Des <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=v2EtxYxEKww\">images d&rsquo;archives<\/a> montrent m\u00eame des enfants que l\u2019on shampooing avec du DDT contre les poux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences sur la faune ne se font pas attendre. L\u2019exemple du lac Clear en Californie est \u00e9difiant. Ce petit lac situ\u00e9 \u00e0 100km au nord de San Francisco est tr\u00e8s pris\u00e9 des p\u00eacheurs. Malheureusement, il est aussi envahi par des moucherons dont les piq\u00fbres sont particuli\u00e8rement d\u00e9sagr\u00e9ables. Une premi\u00e8re application de DDD (un cousin du DDT) reste sans effet contre le moustique. Il est alors appliqu\u00e9 une deuxi\u00e8me fois avec une dose de 50mg\/l, ce qui est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. L\u2019application est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e une troisi\u00e8me fois. Rapidement, on retrouve une quantit\u00e9 d\u2019oiseaux morts au bord du lac. Les concentrations de DDD dans les chaires de ces oiseaux atteignent 1600 mg\/kg, soit des doses l\u00e9tales.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est le probl\u00e8me&nbsp;? Le DDT appartient \u00e0 la famille des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Compos%C3%A9_organochlor%C3%A9\">organochlor\u00e9s<\/a>. On y trouve le DDD, mais aussi l\u2019hepatchlore, la dieldrin, etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ces substances sont tr\u00e8s toxiques, mais elles ont aussi la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre tr\u00e8s lipophiles. En d\u2019autres mots, elles se stockent dans les graisses. De plus, ce sont des mol\u00e9cules coriaces, tr\u00e8s difficilement d\u00e9gradables dans l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois dans les sols, elles vont \u00eatre absorb\u00e9es par les vers-de-terre et les insectes, eux-m\u00eame consomm\u00e9s par les petits oiseaux, dont les pr\u00e9dateurs sont les oiseaux de proie. Comme ces substances sont accumul\u00e9es dans les organismes, ce sont donc les super-pr\u00e9dateurs qui concentreront les quantit\u00e9s les plus \u00e9lev\u00e9es. Et c\u2019est sur eux que l\u2019on verra les effets les plus importants. C\u2019est ce que l\u2019on appelle la biomagnification.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les effets de ces substances chez les superpr\u00e9dateurs ne sont pas seulement la mortalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son livre, Rachel Carson documente un autre cas, celui des rouge-gorge sur le campus de l\u2019Universit\u00e9 du Michigan. En 1954, du DDT est appliqu\u00e9 contre les col\u00e9opt\u00e8res. D\u00e8s 1955, on retrouve quantit\u00e9 de rouge-gorge morts (la dose l\u00e9thale est atteinte apr\u00e8s que l\u2019oiseau ait consomm\u00e9 11 vers-de-terres contamin\u00e9s seulement\u2026). Mais plus grave, d\u00e8s 1956, la plupart des rouge-gorges du campus ne sont plus capables de se reproduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Rachel Carson a mis en \u00e9vidence le premier \u00ab&nbsp;perturbateur endocrinien&nbsp;\u00bb. Le titre de son livre \u00ab&nbsp;Printemps silencieux&nbsp;\u00bb est en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces printemps sans oisillons qui p\u00e9pient.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre de Rachel Carson fait donc grand bruit et Kennedy, alors pr\u00e9sident, nomme un comit\u00e9 scientifique pour v\u00e9rifier les all\u00e9gations de Rachel Carson.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que l\u2019industrie a mis le paquet pour la faire passer pour une folle. En r\u00e9ponse \u00e0 son livre, Monsanto publie un autre livre \u00ab&nbsp;The desolate year&nbsp;\u00bb, envoy\u00e9 \u00e0 tous les d\u00e9cideurs am\u00e9ricains, et qui traite Rachel Carson de \u00ab&nbsp;femme hyst\u00e9rique&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;vieille fille romantique&nbsp;\u00bb. Erza Taft Benson, secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019Agriculture de 1953 \u00e0 1961 dira m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rachel Carson est probablement communiste, car sinon comment expliquer qu\u2019une c\u00e9libataire s\u2019int\u00e9resse autant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les travaux de la commission rendent justice \u00e0 Rachel Carson. Et en 1953, elle propose \u00e0 Kennedy une \u00e9limination progressive des pesticides persistants. Les travaux conduisent \u00e9galement \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019US-EPA (agence de protection de l\u2019environnement am\u00e9ricaine), agence qui interdira l\u2019usage du DDT en agriculture d\u00e8s 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Europe va suivre. Mais il faudra attendre pr\u00e8s de 40 ans apr\u00e8s la publication du livre de Rachel Carson pour voir \u00e9merger une r\u00e9glementation mondiale, la Convention de Stockholm de 2001. Entre temps, le DDT et ses cousins ont atteints tous les points du Globe, transport\u00e9s par les courants atmosph\u00e9riques et marins.<\/p>\n\n\n\n<p>Se concentrant au niveau des P\u00f4les, ce sont les populations inuits qui sont les plus touch\u00e9es, car elles consomment beaucoup d\u2019animaux gras. Le lait maternel est tr\u00e8s contamin\u00e9 et <a href=\"https:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2004\/05\/19\/le-festin-toxique-des-inuit\">met en danger<\/a> la sant\u00e9&nbsp; des nourrissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, Rachel Carson ne verra pas l\u2019interdiction du DDT, puisqu\u2019elle d\u00e9c\u00e8de en 1964.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2001, la Convention de Stockholm a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendue \u00e0 21 substances, englobant d\u2019autres produits industriels comme les polybrom\u00e9s, des retardateurs de flamme (voir article \u00ab\u00a0substance ignifuges\u00a0\u00bb) ou encore des perfluor\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La prise de compte de chaque nouvelle substance est \u00e2prement discut\u00e9e, car cela peut avoir des cons\u00e9quences tr\u00e8s importantes sur l\u2019\u00e9conomie d\u2019un pays. Ainsi, le cas de l\u2019endosulfan, un insecticide organochlor\u00e9 utilis\u00e9 pour la culture du riz. Propos\u00e9 comme candidat, il n\u2019a finalement pas \u00e9t\u00e9 inclus dans la liste, sous la pression de pays producteurs de riz. Cela peut se comprendre aussi, c\u2019est un pesticide bon march\u00e9 qui peut \u00eatre produit localement car le brevet est tomb\u00e9. L\u2019interdire pourrait contraindre les agriculteurs \u00e0 acheter des produits beaucoup plus chers, sous brevets. Un exemple d&rsquo;application du principe de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je terminerai sur cette note. On me demande souvent pourquoi on n\u2019interdit pas telle ou telle substance&nbsp;? Je r\u00e9pondrais que le cas du DDT est embl\u00e9matique de l&rsquo;inertie du syst\u00e8me: on a mis 40 ans \u00e0 r\u00e9glementer une substance donc les effets toxiques ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t reconnus\u2026Cela montre pour moi qu\u2019attendre des r\u00e9glementations est souvent illusoire. D\u2019autant que les nouvelles substances qui apparaissent sur le march\u00e9 pour remplacer celles qui sont interdites se r\u00e9v\u00e8lent parfois bien pires (voir article \u00ab\u00a0substances ignifuges\u00a0\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, il me semble plus judicieux de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une utilisation parcimonieuse des substances chimiques en g\u00e9n\u00e9ral plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019interdiction de quelques-unes. Il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de penser \u00e0 un cycle de vie des substances plus respectueux de l\u2019environnement, ceci allant de la production \u00e0 la gestion des d\u00e9chets.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Des contraceptifs et des poissons<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La plupart d&rsquo;entre vous ont entendu parl\u00e9 du changement de sexe des poissons d\u00fb \u00e0 la pilule contraceptive.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu&rsquo;en est-il r\u00e9ellement? Est-ce que la pilule peut influencer le d\u00e9veloppement des poissons et par-l\u00e0 m\u00eame leur reproduction?<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des pilules contraceptives contiennent de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89thinylestradiol\">ethynylestradiol<\/a>, un compos\u00e9 similaire \u00e0 l&rsquo;estradiol, une hormone sexuelle f\u00e9minine naturelle, importante pour la fertilit\u00e9 des femmes. Lors de la prise de la pilule, l&rsquo;ethynylestardiol est absorb\u00e9 par l&rsquo;organisme, en partie transform\u00e9, puis \u00e9limin\u00e9, notamment via l&rsquo;urine. La substance rejoint ainsi le r\u00e9seau d&rsquo;eaux us\u00e9es via les toilettes, puis la station d&rsquo;\u00e9puration. Or ces ouvrages, efficaces pour \u00e9liminer la mati\u00e8re organique, l&rsquo;azote et le phosphore, ne sont pas con\u00e7us pour d\u00e9grader les substances chimique de synth\u00e8se. L&rsquo;ethynylestradiol continue ainsi sont chemin vers les rivi\u00e8res et les lacs via les effluents de la station d&rsquo;\u00e9puration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier groupe de recherche a avoir mis en \u00e9vidence les effets induits par l&rsquo;ethylnylestradiol dans l&rsquo;environnement est l&rsquo;\u00e9quipe du <a href=\"https:\/\/www.brunel.ac.uk\/people\/john-sumpter-OBE\">Prof. Sumpter,<\/a> au Brunel University \u00e0 Londres. Ayant expos\u00e9 des poissons \u00e0 ce compos\u00e9, ils se sont rendus compte que des concentrations tr\u00e8s faibles, de l&rsquo;ordre du ng\/l*, emp\u00eachaient le d\u00e9veloppement de caract\u00e9ristiques m\u00e2les chez les poissons de sexe masculin. Ainsi, le ratio m\u00e2les\/femelles apr\u00e8s 56 jours \u00e9tait de 50\/50 chez les individus non expos\u00e9s, alors qu&rsquo;il \u00e9tait de 5\/84 pour les individus expos\u00e9s \u00e0 une concentration de 4 ng\/l, soit 17 fois plus de femelles. A cette m\u00eame concentration, les m\u00e2les n&rsquo;avaient pas d\u00e9velopp\u00e9 de testicules apr\u00e8s 172 jours.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re tr\u00e8s int\u00e9ressante, le Professeur Sumpter nous racontait, lors d&rsquo;une conf\u00e9rence, qu&rsquo;il avait d\u00fb soumettre son premier papier \u00e0 plus de 3 journaux scientifiques avant qu&rsquo;il ne soit accept\u00e9. Lui-m\u00eame \u00e9tait persuad\u00e9 qu&rsquo;il tenait l\u00e0 des r\u00e9sultats majeurs, mais le monde scientifique n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00eat \u00e0 les entendre. L&rsquo;avenir lui a cependant donn\u00e9 raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi l&rsquo;ethynylestradiol est-il si puissant?<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut savoir que ce compos\u00e9 synth\u00e9tique est 10x plus actif que l&rsquo;hormone naturelle f\u00e9minine estradiol. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 dans ce but puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un compos\u00e9 \u00ab\u00a0m\u00e9dicamenteux\u00a0\u00bb dont on veut minimiser la dose \u00e0 absorber. Sur les poissons, il est donc \u00e9galement bien plus toxique que l&rsquo;hormone naturelle. Mais surtout il se d\u00e9grade moins facilement et donc reste actif plus longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2007, des chercheurs am\u00e9ricains se sont lanc\u00e9 dans une exp\u00e9rience grandeur nature, certes discutable, mais qui a eu le m\u00e9rite de montrer clairement les effets de l&rsquo;ethynylestradiol sur les poissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant 3 ans, ils ont ajout\u00e9 3x par semaine de l&rsquo;ethynylestradiol dans un lac pour maintenir une concentration de 5 \u00e0 6 ng\/l. Ils ont observ\u00e9s les populations de poissons pendant ces 3 ans, puis pendant encore 4 ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires. Comme ils le soulignent: cette exposition \u00e0 amener \u00e0 une f\u00e9minisation des poissons m\u00e2les, \u00e0 une baisse drastique de la reproduction et \u00e0 une quasi extinction de la population de poissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces exp\u00e9riences ont un m\u00e9rite. Elles ont fait prendre consciences aux scientifiques, mais \u00e9galement aux gestionnaires de l&rsquo;environnement, que certaines substances chimiques de synth\u00e8se avaient des effets \u00e0 des concentrations extr\u00eamement faibles. L&rsquo;ethynylestradiol en est un exemple, mais il y en a d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre laboratoire, nous avons par exemple test\u00e9 un autre compos\u00e9 m\u00e9dicamenteux ayant des effets hormonaux, le tamoxifen, utilis\u00e9 dans les traitements du cancer du sein chez la femme. Nous avons ainsi montr\u00e9 que des concentrations de l&rsquo;ordre de quelques ng\/l engendraient des effets sur des microcrustac\u00e9s, les daphnies. Ces organismes n&rsquo;\u00e9taient plus capables de produire des b\u00e9b\u00e9s viables.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc que faire pour limiter ces substances dans l&rsquo;environnement, et donc le risque qu&rsquo;elles repr\u00e9sentent?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas pr\u00e9sent, il est clair pour moi que l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas d&rsquo;interdire ces compos\u00e9s. La pilule contraceptive a permis aux femmes de gagner une certaine libert\u00e9 en leur permettant de contr\u00f4ler leur fertilit\u00e9. Et que dire du droit d&rsquo;\u00eatre soign\u00e9 par des m\u00e9dicaments efficaces comme le tamoxifen?<\/p>\n\n\n\n<p>Non, dans ce cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;agir pour limiter l&rsquo;entr\u00e9e de ces substances dans l&rsquo;environnement. Par exemple en am\u00e9liorant les traitements dans les stations d&rsquo;\u00e9puration. C&rsquo;est ce qui va \u00eatre mis en place en Suisse dans les prochaines ann\u00e9es. Et si cela ne r\u00e9sout pas compl\u00e8tement le probl\u00e8me (il y aura encore des rejets d&rsquo;eaux non trait\u00e9es dans le milieu naturel, j&rsquo;y reviendrai), c&rsquo;est une \u00e9tape vers une am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 des eaux et une meilleure protection des \u00e9cosyst\u00e8mes, et donc des populations piscicoles.<\/p>\n\n\n\n<p>A noter encore que je ne connais pas, en Suisse, de cas de changements de sexe observ\u00e9s chez les poissons dus \u00e0 l&rsquo;ethynylestradiol. Les seuls cas r\u00e9pertori\u00e9s de malformations des gonades chez les poissons m\u00e2les l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 sur les Cor\u00e9gones p\u00each\u00e9s dans le lac de Thoune. Les \u00e9tudes men\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Berne \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 montraient que ces malformations n&rsquo;\u00e9taient certainement pas dues aux substances chimique ayant des effets hormonaux, mais plut\u00f4t \u00e0 la nourriture et aux types d&rsquo;algues absorb\u00e9es par les poissons. Expliquer des effets observ\u00e9s dans l&rsquo;environnement sur les esp\u00e8ces est complexe&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>* Un ng\/l repr\u00e9sente 1 grain de sucre dilu\u00e9 dans une piscine olympique<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rences:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e4nge R. 2001. Effects of the synthetic estrogen 17 alpha-ethinylestradiol on the life-cycle of the fathead minnow (Pimephales promelas). Environmental Toxicology and Chemistry 20: 1216-27.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.pnas.org\/content\/104\/21\/8897\">Kidd et al. 2007. Collapse of fish population after exposure to a synthetic estrogen. PNAS 104: 8897-8901.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Borgatta M et al. 2015. The anticancer drug metabolites endoxifen and 4-hydroxy-tamoxifen induce toxic effects on Daphnia pulex in a two-generation study. Science of the Total Environment 520: 323-340.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/biblio.unibe.ch\/download\/eldiss\/08kipfer_s.pdf\">Kipfer S. 2008. Gonadenver\u00e4nderungen bei Thunersee &#8211; Felchen (Coregonus spp.) &#8211; eine Folge von endokrin aktiven Substanzen? Institut f\u00fcr Tierpathologie der Vetsuisse Fakult\u00e4t Universit\u00e4t Bern.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Un manque de donn\u00e9es criant<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre vous demandez-vous pourquoi nous n&rsquo;avons pas plus de connaissances sur les substances chimiques pr\u00e9sentes dans notre environnement. Pourquoi ne savons-nous pas quels compos\u00e9s nous entourent? Dans notre air ou dans notre eau?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des questions r\u00e9currentes lors des conf\u00e9rences publiques que je donne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En effet, id\u00e9alement, nous devrions \u00eatre capables de pr\u00e9dire quelles substances nous pouvons trouver dans les eaux, dans les sols et m\u00eame dans l&rsquo;air. <\/strong>Cela permettrait de focaliser sur les plus probl\u00e9matiques et ainsi permettrait de prendre les mesures ad\u00e9quates en cas de probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour faire de telles pr\u00e9dictions, il faudrait avoir acc\u00e8s \u00e0 des donn\u00e9es concernant le type de substances utilis\u00e9es dans les diff\u00e9rents produits, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des donn\u00e9es sur les quantit\u00e9s consomm\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, m\u00eame en temps que chercheur, nous n&rsquo;avons aucun acc\u00e8s \u00e0 ces informations.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons quelques exemples.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas des pesticides, le probl\u00e8me se pose d\u00e9j\u00e0 au niveau des produits vendus. En effet, si vous lisez consciencieusement l&rsquo;\u00e9tiquette au dos du produit, vous verrez que l&rsquo;ingr\u00e9dient actif est d\u00e9clar\u00e9 (par exemple le glyphosate), mais qu&rsquo;il ne constitue qu&rsquo;un petit pourcentage de la composition (souvent inf\u00e9rieur \u00e0 5%). Le reste, se sont des additifs, et nous n&rsquo;avons aucun moyen de savoir lesquels. Aux Etats-Unis, l&rsquo;Agence de protection de l&rsquo;environnement (US EPA) recense plus de 1000 additifs entrant dans la composition des produits pesticides. Ce chiffre est sup\u00e9rieur aux 400 ingr\u00e9dients actifs sur le march\u00e9 en Suisse!<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame situation dans le cas des m\u00e9dicaments. L&rsquo;ingr\u00e9dient actif est d\u00e9clar\u00e9, mais les autres composants&nbsp; (colorants, bact\u00e9ricides, etc&#8230;) ne le sont pas. En 2011, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2011\/05\/23\/des-parabenes-presents-dans-400-medicaments_1525948_3244.html\">le Monde<\/a> publiait ainsi un article sur la pr\u00e9sence de parab\u00e8nes (une famille de conservateurs dont certains sont des perturbateurs endocriniens) dans les m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8rement, nous avons travaill\u00e9 sur les cosm\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici un cas de produits o\u00f9 toutes les substances sont d\u00e9clar\u00e9es me direz-vous!<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est en tout cas ce que l&rsquo;on peut imaginer en lisant la longue liste de compos\u00e9s figurant sur l&rsquo;\u00e9tiquette au dos du produit. Malheureusement, m\u00eame dans ce cas, la d\u00e9claration n&rsquo;est pas compl\u00e8te, le type de parfum ne devant pas \u00eatre sp\u00e9cifi\u00e9 (le terme \u00ab\u00a0parfum\u00a0\u00bb suffit).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voyons donc qu&rsquo;il nous manque des donn\u00e9es fiables sur le type de substances utilis\u00e9es tous les jours pour d\u00e9velopper un programme de surveillance pertinent.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, pour les substances que nous connaissons (les ingr\u00e9dients actifs des m\u00e9dicaments ou des pesticides), nous n&rsquo;avons aucune donn\u00e9es sur les quantit\u00e9s utilis\u00e9es. A nouveau, cela nous emp\u00eache d&rsquo;\u00e9valuer les compos\u00e9s les plus probl\u00e9matiques \u00e0 surveiller.<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, il y a deux mani\u00e8re d&rsquo;estimer les quantit\u00e9s utilis\u00e9es:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Sur la base des donn\u00e9es de vente<\/li><li>Sur la base des habitudes des consommateurs<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Reprenons les cas des pesticides. Les donn\u00e9es de vente sont confidentielles, aucune firme de souhaitant que ces concurrents ne connaisse son march\u00e9. Nous reste donc les sondages aupr\u00e8s des utilisateurs. Cela signifie demander \u00e0 un certain nombre d&rsquo;agriculteurs de transmettre leurs donn\u00e9es d&rsquo;\u00e9pandage. M\u00eame avec de la bonne volont\u00e9, cela prend du temps, et tous les agriculteurs ne sont pas d&rsquo;accord de participer. Il faut donc esp\u00e9rer que le petit nombre sond\u00e9 soit repr\u00e9sentatif de l&rsquo;ensemble des utilisateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les m\u00e9dicaments, il est possible d&rsquo;obtenir des donn\u00e9es de ventes, mais moyennant finance. Pour les donn\u00e9es d&rsquo;une ann\u00e9e de consommation (en Suisse) pour un seul m\u00e9dicament, cela repr\u00e9sente 15&rsquo;000.- Impossible pour un chercheur d&rsquo;acheter ces donn\u00e9es pour les quelques 2000 m\u00e9dicaments sur le march\u00e9. A nouveau, reste alors les sondages aupr\u00e8s des m\u00e9decins, des pharmaciens ou des patients&#8230;avec un taux de r\u00e9ponse pas vraiment plus \u00e9lev\u00e9 que chez les agriculteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, sur la base des donn\u00e9es accessibles dans les domaine public, impossible de d\u00e9velopper des approches pro-actives pour la surveillances des substances chimiques dans l&rsquo;environnement. Nous devons nous contenter de d\u00e9couvertes au gr\u00e9 des am\u00e9liorations de la chimie analytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bon exemple est celui de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Metformine\">metformine<\/a>, une anti-diab\u00e9tique, largement pr\u00e9sent dans les eaux de surface. Il n&rsquo;y en a pas moins de 20 tonnes dans le lac L\u00e9man.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa pr\u00e9sence a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte par hasard, parce que le laboratoire qui faisait les analyses d&rsquo;eau pour la <a href=\"https:\/\/www.cipel.org\">CIPEL<\/a> l&rsquo;avait ajout\u00e9 \u00e0 sa liste des substances recherch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>De mon point de vue, le risque que repr\u00e9sentent les substances chimiques de synth\u00e8se pour la vie \u00e0 long-terme est r\u00e9el. Il me para\u00eetrait donc urgent que les donn\u00e9es de composition de produits, de m\u00eame que les donn\u00e9es de leur utilisation, puissent \u00eatre connues. Si je peux comprendre les craintes des industries li\u00e9es \u00e0 la concurrence, l&rsquo;enjeu en terme de sant\u00e9 publique et environnemental me semble suffisant pour que, au moins les chercheurs et les organes de surveillance de l&rsquo;environnement puisse avoir acc\u00e8s de mani\u00e8re confidentielle \u00e0 ces donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Non, les agriculteurs ne sont pas forc\u00e9ment des pollueurs<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, j&rsquo;entends souvent dire que les agriculteurs sont des pollueurs. N&rsquo;est-ce pas \u00e0 eux que l&rsquo;on doit la pollution de nos eaux par les pesticides?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais est-ce vraiment le cas?<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;en zone agricole, les pesticides d\u00e9tect\u00e9s dans les rivi\u00e8res sont largement dus \u00e0 l&rsquo;agriculture, ce n&rsquo;est plus le cas d\u00e8s que ces m\u00eames rivi\u00e8res traversent des zones urbanis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos villes, nous sommes nombreux \u00e0 sprayer des pesticides dans nos jardins, contre les pucerons ou les champignons. On consid\u00e8re que 5% des pesticides vendus sont utilis\u00e9s dans les jardins priv\u00e9s. Or, ces pesticides, comme les pesticides agricoles, sont entrain\u00e9s par les pluies vers les cours d&rsquo;eau. Ceci est encore plus rapide en zone urbaine qu&rsquo;en zone agricole car les terrains sont fortement imperm\u00e9abilis\u00e9s et les grilles d\u2019\u00e9gouts conduisent souvent directement dans les cours d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les villes utilisent des pesticides pour entretenir les parcs et jardins. En raison du risque que pr\u00e9sentent ces substances pour l&rsquo;environnement, certaines d&rsquo;entre elles ont d&rsquo;ailleurs renonc\u00e9 \u00e0&nbsp; ces produits chimiques, non sans difficult\u00e9s (<a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/suisse-romande-villes-croisade-contre-pesticides\">voir article du Temps, 9 mars 2017<\/a>). Rajoutons que les terrains de sport ainsi que les golfs sont des gros consommateurs de pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au del\u00e0 de cette utilisation pour prot\u00e9ger les jardins, il existe d&rsquo;autres usages dont on se doute moins. Ainsi, les pesticides sont incorpor\u00e9s dans les peintures de fa\u00e7ades comme biocides, pour les prot\u00e9ger du d\u00e9veloppement d&rsquo;algues et de moisissures. Lorsqu&rsquo;il pleut, ces substances sont \u00e9galement entrain\u00e9es vers les eaux de surface.&nbsp; Tel est le cas du diuron, un herbicide \u00e9galement utilis\u00e9 pour le traitement des vignes. Dans les rivi\u00e8res urbaines, les concentrations issues de cet usage sont du m\u00eame ordre de grandeur que celles li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;agriculture. Il faut noter qu&rsquo;en Suisse, jusqu&rsquo;\u00e0 300 tonnes de pesticides sont utilis\u00e9s dans les peintures chaque ann\u00e9e (<a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/gov\/fr\/accueil\/documentation\/communiques.msg-id-20850.html\">Projet Urbic<\/a>, OFEV).<\/p>\n\n\n\n<p>On peut \u00e9galement citer le mecoprop, un herbicide qui emp\u00eache le d\u00e9veloppement des racines et qui est largement utilis\u00e9 comme additif dans les rev\u00eatements bitumineux. De m\u00eame que le diuron, on le trouve dans les effluents de stations d&rsquo;\u00e9puration d\u00fb \u00e0 son utilisation en milieu urbain. Idem pour les insecticides et les fongicides utilis\u00e9s pour le traitement du bois de construction. Plusieurs \u00e9tudes ont d&rsquo;ailleurs montr\u00e9 que les ruisseaux en aval des scieries \u00e9taient souvent de mauvaise qualit\u00e9 chimique et biologique, d\u00fb \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;insecticides en concentrations \u00e9lev\u00e9es. Or les insecticides sont parmi les pesticides les plus toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>A cela, rajoutons encore que les industries produisant ces m\u00eames pesticides sont elles aussi sources de pollution des eaux. En 2005, la Commission pour la protection des eaux du L\u00e9man (<a href=\"https:\/\/www.cipel.org\">CIPEL<\/a>) a mis en \u00e9vidence des concentrations tr\u00e8s importantes de sulfonylur\u00e9es (une classe d&rsquo;herbicides) dans le L\u00e9man. Les quantit\u00e9s d\u00e9passaient tr\u00e8s largement les quantit\u00e9s issues de l&rsquo;agriculture. Il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que les industries produisant ces substances, lors des changements de processus et notamment lors du lavage des cuves servant \u00e0 la production, rejetaient des quantit\u00e9s importantes de pesticides dans les eaux us\u00e9es. Non trait\u00e9es par les stations d&rsquo;\u00e9purations, ces substances se rejetaient ensuite dans le Rh\u00f4ne, lui-m\u00eame les emmenant jusqu&rsquo;au L\u00e9man. Si la situation s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9e depuis lors, elle n&rsquo;est pas r\u00e9solue pour autant, et les contr\u00f4les de la CIPEL montrent que l&rsquo;on trouve toujours des pesticides issus des industries dans le L\u00e9man.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui, l&rsquo;agriculture est l&rsquo;une des sources de pollution des eaux par les pesticides, mais ce n&rsquo;est pas la seule.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci n&rsquo;est pas une raison pour ne rien faire me direz-vous. C&rsquo;est vrai. Des actions ont d&rsquo;ailleurs lieu \u00e0 diff\u00e9rents niveaux pour r\u00e9duire l&rsquo;utilisation des pesticides en agriculture. Pour la protections des eaux, mais aussi pour la protection de la sant\u00e9 des consommateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, je dirais que beaucoup d&rsquo;agriculteurs ont pris conscience de cette probl\u00e9matique et cherchent eux-m\u00eames des solutions. Pour donner r\u00e9guli\u00e8rement des conf\u00e9rences sur le sujet, je peux dire qu&rsquo;en 20 ans, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat va grandissant. J&rsquo;ai souvent \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des agriculteurs qui me demandent comment substituer un pesticide probl\u00e9matique pour l&rsquo;environnement par un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, il existe des initiatives locales pour r\u00e9duire les rejets de pesticides dans les eaux. C&rsquo;est le cas du projet men\u00e9 par le <a href=\"https:\/\/www.vd.ch\/themes\/environnement\/eaux\/rivieres\/phytosanitaires\/projet-boiron-i\/\">Canton de Vaud sur le Boiron de Morges.&nbsp;<\/a>Comme je l&rsquo;ai entendu derni\u00e8rement dans une conf\u00e9rence, une am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 des eaux de la rivi\u00e8re Boiron a pu \u00eatre observ\u00e9es entre 2005 (d\u00e9but du projet) et 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs mesures ont \u00e9t\u00e9 prises: des mesures pour r\u00e9duire la perte au champ (remplacement des pesticides les plus toxiques, lutte contre le ruissellement, d\u00e9sherbage m\u00e9canique), une formation continue des agriculteurs, et une r\u00e9duction des pertes lors du lavage des cuves. Ce dernier point est tr\u00e8s int\u00e9ressant. En effet, lors de nos \u00e9tudes sur les concentrations en pesticides dans les eaux pendant mon s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.eawag.ch\/\">Eawag<\/a>, nous nous \u00e9tions aper\u00e7us que les concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es \u00e9taient observ\u00e9es juste apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pandage. Il s&rsquo;av\u00e8re que lorsque l&rsquo;agriculteur lave sa cuve dans la cour de la ferme, les eaux de lavage partent directement dans la rivi\u00e8re via les grilles d&rsquo;\u00e9gouts. Dans le cas du Boiron, un place de lavage avec un traitement des eaux a \u00e9t\u00e9 mis en place et est utilis\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement par les agriculteurs. Cette mesure a contribuer \u00e0 diminuer les pics de concentrations de pesticides dans la rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc si il est vrai que l&rsquo;agriculture contribue \u00e0 la pollution des eaux par les pesticides, ce n&rsquo;est pas le seul secteur qui y participe. Le b\u00e2ti et les industries y am\u00e8nent \u00e9galement leur part. Et si des initiatives se mettent en place pour r\u00e9duire la part li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;agriculture,&nbsp; ce n&rsquo;est pas vraiment le cas pour le b\u00e2ti. Quant aux industries, si certaines d&rsquo;entre elles prennent des mesures, ce n&rsquo;est de loin pas le cas de toutes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Milano M, Reynard E, Ch\u00e8vre N, Rubin JF. 2017. Diagnostic des eaux de surface. Application du syst\u00e8me modulaire gradu\u00e9 au Boiron de Morges. Aqua &amp; Gas 2: 58-64. F\u00e9vrier 2017<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8vre N, Niwa N. 2015. Phytosanitaires et fertilisants. Dans: \u00ab Dictionnaire de la pens\u00e9e \u00e9cologique \u00bb. Bourg D et Papaux A. Editeurs. Presses Universitaires de France. pp 769-772.<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8vre N, Klein A. 2013. Suivi de la pollution du L\u00e9man. Des ann\u00e9es 60 \u00e0 nos jours. Aqua &amp; Gas 5: 26-34.<\/p>\n\n\n\n<p>Burkhardt M, Zuleeg S, Marti T, Boller M, Vonbank R, Brunner S, Simmler H, Carmeliet J, Ch\u00e8vre N. 2009. Biocides dans les eaux de fa\u00e7ades. Solutions \u00e0 trouver. ARPEA 241: 13-16.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Un pas en arri\u00e8re pour la protection des eaux<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 22 novembre 2017, le DETEC (D\u00e9partement F\u00e9d\u00e9ral de l&rsquo;Environnement, des transports, de l&rsquo;\u00e9nergie et des communications) a mis en consultation <a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/ch\/f\/gg\/pc\/pendent.html#DETEC\">une r\u00e9vision de l&rsquo;Ordonnance sur la Protection des eaux (OEaux).<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9vision est pour moi un grand pas en arri\u00e8re pour la protection des eaux de surface en Suisse et j&rsquo;y suis fermement oppos\u00e9e. Mais cela m\u00e9rite quelques explications.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, la Suisse s&rsquo;est dot\u00e9e d&rsquo;une Loi sur la Protection des Eaux visant \u00e0 (art.1) \u00ab\u00a0<em>prot\u00e9ger les eaux contre toute atteinte nuisible<\/em>.\u00a0\u00bb Afin de garantir cette protection, l&rsquo;OEaux fixe des exigences (ou crit\u00e8res de qualit\u00e9) pour diff\u00e9rents polluants.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9vision mise en consultation propose de nouveaux crit\u00e8res de qualit\u00e9 pour des pesticides, des m\u00e9dicaments et d\u2019autres substances industrielles. Dans sa version actuelle, l\u2019OEaux fixe une exigence de 0.1 microg\/l pour tous les pesticides. Elle ne formule pas de valeurs limites pour les autres substances chimiques organiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, cela pourrait \u00eatre une r\u00e9vision positive puisqu&rsquo;elle englobe plus de polluants qu&rsquo;actuellement. Sauf que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8230;comme le souligne le rapport qui accompagne la proposition de r\u00e9vision, les valeurs limites propos\u00e9es sont sup\u00e9rieures \u00e0 l\u2019actuel 0.1 microg\/l pour la plupart des pesticides, parfois d\u2019un facteur tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 <\/strong>(200 fois pour le fongicide m\u00e9talaxyl et 1200 fois&nbsp; pour le glyphosate, voir article <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/suisse-veut-permettre-une-concentration-glyphosate-1200-plus-elevee\">T<\/a><a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sciences\/suisse-veut-permettre-une-concentration-glyphosate-1200-plus-elevee\">emps<\/a><strong>, <\/strong>d\u00e9cembre 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Et le rapport ajoute: \u00ab\u00a0<em>en cons\u00e9quence, le nombre des d\u00e9passements effectifs des seuils fix\u00e9s aura plut\u00f4t tendance \u00e0 diminuer dans les eaux superficielles par rapport \u00e0 maintenant<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est effectivement math\u00e9matique. Si on \u00e9l\u00e8ve la valeur limite, il y aura moins de d\u00e9passements&#8230;et donc moins de probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019OEaux (Annexe 1, alin\u00e9a 3c) mentionne que la qualit\u00e9 de l\u2019eau doit \u00eatre telle que les substances pouvant polluer les eaux et y aboutir par suite de l\u2019activit\u00e9 humaine \u00ab&nbsp;<em>n\u2019entravent pas les processus biologiques qui permettent aux v\u00e9g\u00e9taux et aux animaux de couvrir leurs besoins physiologiques fondamentaux, tels que les processus du m\u00e9tabolisme, la reproduction et le sens olfactif de l\u2019orientation<\/em>\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>aient des concentrations pratiquement nulles lorsqu\u2019elles ne sont pas pr\u00e9sentes dans les eaux \u00e0 l\u2019\u00e9tat naturel&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour accepter des crit\u00e8res de qualit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9s qu\u2019actuellement pour les pesticides, il faudrait donc pouvoir prouver scientifiquement que les \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques et les ressources en eau peuvent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s malgr\u00e9 ces concentrations plus \u00e9lev\u00e9es. Or les \u00e9tudes scientifiques sur les effets et les risques des m\u00e9langes de substances sur l\u2019environnement montrent clairement que ce n\u2019est pas le cas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, de nombreux \u00e9cotoxicologues se sont int\u00e9ress\u00e9s aux effets des m\u00e9langes sur les esp\u00e8ces de l&rsquo;environnement. Avec le projet europ\u00e9en BEAM (toutes les r\u00e9f\u00e9rences sont donn\u00e9es ci-dessous) d\u00e9j\u00e0, les auteurs ont montr\u00e9 que les substances ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es ind\u00e9pendamment les unes des autres et qu\u2019elles agissent en m\u00e9lange (le fameux effet cocktail). Ces m\u00eames auteurs ont d\u2019ailleurs propos\u00e9 en 2013 des crit\u00e8res de qualit\u00e9 pour les eaux bas\u00e9s sur les m\u00e9langes pour l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une r\u00e9cente \u00e9tude sur les pesticides pr\u00e9sents dans le L\u00e9man, nous avons montr\u00e9 que le m\u00e9lange d\u2019herbicides d\u00e9tect\u00e9 dans le lac avait une influence aussi importante que les concentrations en phosphore sur les communaut\u00e9s de phytoplancton, ceci alors m\u00eame que les herbicides \u00e9taient pr\u00e9sents \u00e0 des concentrations inf\u00e9rieures \u00e0 0.1 microg\/l. Nous avons \u00e9galement montr\u00e9 que chaque substance pr\u00e9sente dans le lac peut contribuer au m\u00e9lange et donc qu\u2019il est indispensable de maintenir les concentrations des substances organiques les plus basses possibles .<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019autre part, accepter des crit\u00e8res de qualit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9s signifierait que ceux-ci sont bas\u00e9s sur des mod\u00e8les de calcul robustes, ce qui n\u2019est de loin pas le cas. <\/strong>Dans une \u00e9tude faite conjointement avec le Centre d&rsquo;\u00e9cotoxicologie \u00e0 D\u00fcbendorf en 2011, nous avons montr\u00e9 que ces valeurs seuils d\u00e9pendaient fortement du set de donn\u00e9es \u00e9cotoxicologiques \u00e0 disposition, et surtout de celles qui sont accept\u00e9es comme valables. Ainsi, en fonction des donn\u00e9es retenues et des facteurs de s\u00e9curit\u00e9s s\u00e9lectionn\u00e9s, un facteur de 30 peut exister entre le crit\u00e8re de qualit\u00e9 le plus bas et le plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De plus, les donn\u00e9es \u00e9cotoxicologiques existantes \u00e9valuent des effets sur le court terme, et ne consid\u00e8rent pas les effets sur le long terme, c\u2019est-\u00e0-dire les effets multig\u00e9n\u00e9rationnels. <\/strong>Or dans les eaux, les organismes sont expos\u00e9s \u00e0 des faibles concentrations certes, mais pendant tout leur cycle de vie, et celui de leurs descendants. Dans une \u00e9tude avec un m\u00e9dicament, le tamoxifen, nous avons ainsi montr\u00e9 que les effets toxiques (ici des effets t\u00e9ratog\u00e8nes) ne pouvaient \u00eatre observ\u00e9s que sur la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration des organismes expos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un autre probl\u00e8me concerne les antibiotiques. Plusieurs d\u2019entre eux figurent dans la liste des substances m\u00e9dicamenteuses pour lesquelles des crit\u00e8res de qualit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis. Or les seuils propos\u00e9s sont parfois tr\u00e8s hauts (30 microg\/l pour la sulfamethazine&nbsp; soit 300 fois 0.1 microg\/l) . Mais les donn\u00e9es utilis\u00e9es pour d\u00e9finir ces seuils ne tiennent pas compte des risques d\u2019antibior\u00e9sistance!&nbsp;<\/strong>Or le risque de d\u00e9veloppement d&rsquo;antibior\u00e9sistance est r\u00e9el et plusieurs m\u00e9decins n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 parler d&rsquo;une \u00e8re post-antibiotiques d&rsquo;ici une dizaine d&rsquo;ann\u00e9e puisque certaines bact\u00e9ries seront devenues r\u00e9sistantes \u00e0 tous les antibiotiques connus. Une strat\u00e9gie visant \u00e0 limiter le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019antibior\u00e9sistance en Suisse&nbsp; a donc \u00e9t\u00e9 mise en place (<a href=\"https:\/\/www.bag.admin.ch\/bag\/fr\/home\/themen\/mensch-gesundheit\/uebertragbare-krankheiten\/antibiotikaresistenzen.html\">OFSP<\/a>) et le Fonds National Suisse pour la Recherche a cr\u00e9\u00e9 un P\u00f4le de Recherche (PNR 49) sur la r\u00e9sistance aux antibiotiques vu l\u2019urgence de ce probl\u00e8me. Il semblerait donc tout-\u00e0-fait inad\u00e9quat de proposer des exigences sans tenir compte de ce risque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfin, il convient encore de relever l\u2019importance des eaux superficielles comme ressources en eau potable. <\/strong>Or l\u2019Ordonnance sur les Denr\u00e9es Alimentaires fixe une limite de 0.1 microg\/l pour les pesticides individuellement dans l\u2019eau potable, et de 0.5 microg\/l pour la somme de ceux-ci. Accepter une augmentation des seuils pour des substances chimiques dans les eaux superficielles est susceptible de mettre en danger la qualit\u00e9 des eaux de boisson ou demandera des traitements encore plus sophistiqu\u00e9s qu&rsquo;actuellement. Rien qu&rsquo;autour du L\u00e9man, plus de <a href=\"https:\/\/www.cipel.org\/themes\/eau-potable\/\">600&rsquo;000 personnes<\/a> sont aliment\u00e9es par l&rsquo;eau du lac.<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, je consid\u00e8re que la r\u00e9vision propos\u00e9e va \u00e0 l\u2019encontre des buts de la LEaux et de l\u2019OEaux et constitue un pas en arri\u00e8re pour la protection des eaux. Pour ma part, je propose que la valeur de 0.1 microg\/l soit gard\u00e9e pour les pesticides, sauf pour ceux dont les valeurs d\u2019effet sont inf\u00e9rieures \u00e0 ce seuil comme certains insecticides tr\u00e8s toxiques. D\u2019autre part, le cas des antibiotiques devrait \u00eatre examin\u00e9 plus sp\u00e9cifiquement et ne peut faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation classique du risque, c\u2019est-\u00e0-dire sans tenir compte du risque de d\u00e9veloppement d\u2019antibior\u00e9sistance. Pour les antibiotiques, le seuil devrait \u00eatre fix\u00e9 le plus bas possible, soit \u00e0 la limite de d\u00e9tection. Enfin, il est urgent de consid\u00e9rer l&rsquo;effet cocktail dans la d\u00e9finition de crit\u00e8res de qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A \u00e9couter:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/play\/radio\/prise-de-terre\/audio\/bientot-1200-fois-plus-de-glyphosate-dans-les-eaux-de-surface-en-suisse?id=9210466&amp;station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da\">Prise de Terre<\/a>, RTS: 13 janvier 2018. Bient\u00f4t 1200 fois plus de glyphosate dans les eaux de surface en Suisse?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Backhaus M, Altenburger R, Faust M, Frein D, Frische T, Johansson P, et al. 2013. Proposal for environmental mixture risk assessment in the context of biocidal product authorization in the eu. Environmental Sciences Europe 25:4.<\/p>\n\n\n\n<p>Backhaus T, Altenburger R, Arrhenius A, Blanck H, Faust M, Finizio A, et al. 2003. The beam-project: Prediction and assessment of mixture toxicities in the aquatic environment. Cont Shelf Res 23:1757-1769.<\/p>\n\n\n\n<p>Borgatta M, Waridel P, Decosterd L, Buclin T, Ch\u00e8vre N. 2015. The anticancer drug metabolites endoxifen and 4-hydroxy-tamoxifen induce toxic effects on daphnia pulex in a two-generation study. Science of the Total Environment 520:323-340.<\/p>\n\n\n\n<p>Gregorio V, B\u00fcchi L, Anneville O, Rimet F, Bouchez A, Ch\u00e8vre N. 2012. Risk of herbicide mixtures as a key parameter to explain phytoplankton fluctuation in a great lake: The case of lake geneva, switzerland. Ecotoxicology 21:2306-2318.<\/p>\n\n\n\n<p>Gregorio V, Ch\u00e8vre N. 2014. Assessing the risks posed by mixtures of chemicals in freshwater environments. Case study of lake geneva, switzerland. Wires Water doi: 10.1002\/wat2.1018.<\/p>\n\n\n\n<p>Junghans M, Ch\u00e8vre N, Di Paolo C, Eggen RIL, Gregorio V, H\u00e4ner A, et al. 2011. Aquatic risks of plant protection products: A comparison of different hazard assessment strategies for surface waters in switzerland. Study on behalf of the swiss federal office for the environment.Swiss Center for Applied Ecotoxicology.<\/p>\n\n\n\n<p>Klimisch H-J, Andreae M, Tillman U. 1997. A systematic approach for evaluating the quality of experimental toxicological and ecotoxicological data. Regulatory Toxicology and Pharmacology 25:1-5.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Substances ignifuges: on joue avec le feu<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous ne vous en doutez peut-\u00eatre pas, mais nous baignons dans les substances ignifuges, aussi appel\u00e9s retardateurs de flammes. Ces compos\u00e9s chimiques sont en effet pr\u00e9sents dans nos v\u00eatements, nos meubles, notre voiture, nos portables, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la seconde moiti\u00e9 du XX\u00e8me si\u00e8cle, ces substances ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s largement utilis\u00e9es comme additifs dans les polym\u00e8res (plastiques), ces derniers \u00e9tant tr\u00e8s facilement inflammables. En 2012, le march\u00e9 global des retardateurs de flamme \u00e9tait ainsi de 1.8 millions de tonnes. Tr\u00e8s concr\u00e8tement, les retardateurs de flamme sont ajout\u00e9s au plastiques ou textiles synth\u00e9tiques pour inhiber la r\u00e9action en cha\u00eene de la combustion et ainsi emp\u00eacher, par exemple, que notre canap\u00e9 prenne feu, m\u00eame si il se trouve en contact avec une source de chaleur comme une cigarette ou une bougie.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, c&rsquo;est plut\u00f4t une bonne chose me direz-vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, on pourrait arriver \u00e0 cette conclusion si les retardateurs de flamme n&rsquo;\u00e9taient pas des substances particuli\u00e8rement probl\u00e9matiques pour l&rsquo;\u00eatre humain et pour l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, ces additifs ne sont pas li\u00e9s aux polym\u00e8res et donc passent tr\u00e8s facilement du mat\u00e9riel \u00e0 l&rsquo;air ou \u00e0 la peau de la personne qui le touche. On les trouve donc dans des concentrations non n\u00e9gligeables dans les espaces confin\u00e9s comme les appartements ou les habitacles de voiture. De plus, une fois dans l&rsquo;environnement, ils se d\u00e9gradent tr\u00e8s lentement (il faut souvent plusieurs dizaines, voir centaines d&rsquo;ann\u00e9es), ils se d\u00e9placent loin de leur source d&rsquo;\u00e9mission (les concentrations maximums sont observ\u00e9es aux P\u00f4les), ils s&rsquo;accumulent dans la graisses des organismes et le long de la cha\u00eene alimentaire, et ils ont des effets toxiques (effets hormonaux, canc\u00e9rig\u00e8nes) sur les \u00eatre vivants. Les esp\u00e8ces les plus \u00e0 risque sont donc les super-pr\u00e9dateurs, comme nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers retardateurs de flamme apparus sur le march\u00e9 sont les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polychlorobiph%C3%A9nyle\">PCBs<\/a> ou polychlorobiph\u00e9nyles. Produits par Monsanto, cette famille de substance est compos\u00e9e de 209 \u00ab\u00a0cousins\u00a0\u00bb appel\u00e9s cong\u00e9n\u00e8res. En effet, autour d&rsquo;un m\u00eame noyau biph\u00e9nyle vont se greffer des atomes de chlores (il y a 10 places disponibles) qui vont donner ses caract\u00e9ristiques \u00e0 chaque mol\u00e9cule.&nbsp; Il existe des PCBs dit l\u00e9gers, avec peu d&rsquo;atomes de chlore, et des PCBs dit lourds, avec un nombre important d&rsquo;atomes de chlore. Interdits depuis les ann\u00e9es 80 dans la plupart des pays occidentaux , ils sont r\u00e9gul\u00e9s par la <a href=\"https:\/\/chm.pops.int\/\">Convention de Stockholm<\/a> au niveau mondial depuis 2001. Le probl\u00e8me est qu&rsquo;ils sont encore \u00e9mis quotidiennement dans l&rsquo;air et dans l&rsquo;eau m\u00eame en Suisse. Ainsi les joints des anciens b\u00e2timents sont une source non n\u00e9gligeable de PCBs, de m\u00eame que les d\u00e9charges. C&rsquo;est le cas de la <a href=\"https:\/\/www.fr.ch\/pila\/fr\/pub\/index.cfm\">Pila<\/a> dans le canton de Fribourg. N\u00e9anmoins, les concentrations sont en diminutions de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste un probl\u00e8me, les PCBs sont interdits, mais nous avons toujours besoin de retardateurs de flamme pour \u00e9viter que notre canap\u00e9 ne parte en fum\u00e9e. On les a donc remplac\u00e9s par des polybrom\u00e9s ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polybromodiph%C3%A9nyl%C3%A9ther\">PBDEs<\/a>. Comme les PCBs, il s&rsquo;agit d&rsquo;une famille de mol\u00e9cules cousines, avec cette fois des atomes de bromes \u00e0 la place des atomes de chlore. Rapidement, d\u00e8s les 2000, on s&rsquo;est rendus compte qu&rsquo;ils posaient exactement les m\u00eames probl\u00e8mes que les PCBs, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils \u00e9taient persistants, s&rsquo;accumulaient dans la cha\u00eene alimentaire et \u00e9taient toxiques pour les \u00eatres vivants. Ils ont donc \u00e9t\u00e9 inclus dans la Convention de Stockholm \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000. Le cas du d\u00e9ca-BDE (celui qui contient le plus d&rsquo;atomes de brome, soit 10) a fait longtemps d\u00e9bat. En effet, l&rsquo;industrie automobile pensait ne pas pouvoir s&rsquo;en passer. Il est depuis tout r\u00e9cemment r\u00e9glement\u00e9 \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Nouveau probl\u00e8me, les PCBs et les PBDEs&nbsp; sont interdits, mais nous avons toujours encore besoin de retardateurs de flamme (le fameux canap\u00e9). Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, on s&rsquo;est donc rabattus sur les <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Organophosphate\">organophosphates<\/a>, notamment ceux contenant des atomes de chlore (encore lui). Les organophosphates cela vous dit quelque chose? Ils sont aussi utilis\u00e9s comme insecticides dans l&rsquo;agriculture. Ce groupe de&nbsp; mol\u00e9cules est issu de la chimie de la seconde guerre mondiale et inclut le fameux <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sarin\">gaz sarin<\/a>. Ces substances sont certes moins persistantes que les PCBs et les PBDEs, mais elles sont hautement neurotoxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc si nous r\u00e9sumons, nous obtenons le graphique suivant:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.letemps.ch\/nathalie-chevre\/wp-content\/uploads\/sites\/190\/2018\/02\/Retardateurs-300x186.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-40\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Cette figure, adapt\u00e9e de la publication donn\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence ci-dessous donne une id\u00e9e des tonnages utilis\u00e9es pour les PCBs (en rouge), les PBDE (en vert) et les organophosphates (en bleu &#8211; attention l&rsquo;\u00e9chelle a un facteur 10 de diff\u00e9rence avec celle des PCBs\/PBDEs) depuis 1950 \u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, les retardateurs de flamme, une histoire sans fin? Le prix \u00e0 payer pour se prot\u00e9ger des flammes?<\/p>\n\n\n\n<p>A mon sens, l&rsquo;utilisation de ces additifs n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9. D&rsquo;une part, les normes recommandant leur utilisation massive datent souvent des ann\u00e9es 60 et de nombreux progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 fait depuis lors. Par exemple, les sources de chaleur dans les t\u00e9l\u00e9viseurs ou les appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers sont bien moins importantes qu&rsquo;avant. Travailler sur les doses utiles d&rsquo;additifs n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger nos vies para\u00eet donc urgent. Des efforts peuvent \u00e9galement \u00eatre fait en terme de pr\u00e9vention des incendies (g\u00e9n\u00e9ralisation des d\u00e9tecteurs de fum\u00e9e par exemple) en lieu et place de l&rsquo;utilisation syst\u00e9matique de retardateurs de flamme.<\/p>\n\n\n\n<p>A mon sens, avoir une r\u00e9elle r\u00e9flexion sur l&rsquo;utilisation de ces substances \u00e0 risque semble indispensable, sachant que l&rsquo;air et la poussi\u00e8re de nos appartements nous y exposent tout les jours.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9f\u00e9rence<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Gruffel P, Ch\u00e8vre N. 2017. Retardateurs de flamme: une histoire sans fin? Aqua&amp;Gas no 6. Pages 96-107.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Peut-on encore boire de l&rsquo;eau du robinet?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>our mon premier post, j&rsquo;avais envie de commencer par discuter une question qui revient syst\u00e9matiquement lors de mes conf\u00e9rences publiques: \u00ab\u00a0Peut-on continuer \u00e0 boire de l&rsquo;eau au robinet?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vais pas vous faire languir, pour ma part, je bois de l&rsquo;eau issue de la tuyauterie de ma cuisine tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais me direz-vous, depuis 10 ans, on ne compte plus les articles de presse qui montrent que cette eau contient des pesticides et des m\u00e9dicaments!<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est vrai, ces 10 derni\u00e8res ann\u00e9es, les techniques analytiques ont fait de tels progr\u00e8s que les chimistes trouvent tout ce qu&rsquo;ils cherchent, et ceci partout. Partout cela veut dire dans l&rsquo;eau de boisson, mais \u00e9galement dans l&rsquo;air que nous respirons (notamment dans l&rsquo;air int\u00e9rieur des voitures&#8230;or va-t-on du coup arr\u00eater de prendre sa voiture?), dans les aliments que nous mangeons (r\u00e9sidus de pesticides dans les p\u00e2tes, les herbes aromatiques, les pommes et j&rsquo;en passe&#8230;), dans les v\u00eatements, dans la neige sur les montagnes aussi bien que dans les fonds marins.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors cette soupe de substances chimiques dans laquelle nous baignons, est-ce grave? Et surtout, boire de l&rsquo;eau en bouteille am\u00e9liorerait-il les choses par rapport \u00e0 l&rsquo;eau du robinet?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer la situation, on peut dire que: \u00ab\u00a0<strong>Si l&rsquo;on sait que nous sommes entour\u00e9s par des substances chimiques, nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e des effets que cette exposition peut avoir sur le long-terme<\/strong>\u00ab\u00a0. Cependant, les quelques \u00e9tudes sur les autres esp\u00e8ces que l&rsquo;esp\u00e8ce humaine semblent montrer que ce cocktail ne serait pas anodin, et pourrait engendrer st\u00e9rilit\u00e9 ou augmentation des cancers. Se basant sur le principe de pr\u00e9caution, il faudrait donc veiller \u00e0 r\u00e9duire notre exposition aux substances chimiques. Mais est-ce vraiment en buvant de l&rsquo;eau en bouteille que nous r\u00e9duirions cette exposition?<\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9cente \u00e9tude de M. Enault et de ses co-auteurs tente de faire le point sur la situation (les r\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes sont donn\u00e9es plus bas). De mani\u00e8re tr\u00e8s int\u00e9ressante, ils ont compar\u00e9 l&rsquo;exposition d&rsquo;un homme \u00e0 quelques 450 polluants tels que pesticides, m\u00e9taux lourds et m\u00e9tallo\u00efdes, mais aussi polluants organiques persistants (dangereux car tr\u00e8s toxiques et s&rsquo;accumulant dans les organismes et r\u00e9glement\u00e9s par la <a href=\"https:\/\/chm.pops.int\/\">Convention de Stockholm<\/a>) tels que <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polychlorobiph%C3%A9nyle\">PCBs<\/a> et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polybromodiph%C3%A9nyl%C3%A9ther\">PBDEs<\/a>, ou encore <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hydrocarbure_aromatique_polycyclique\">HAPs<\/a> (r\u00e9sidus produits par combution dont plusieurs sont canc\u00e9rig\u00e8nes), et ceci via trois voies d&rsquo;exposition: l&rsquo;air, l&rsquo;alimentation et l&rsquo;eau. <strong>Leur \u00e9tude a notamment montr\u00e9 que l&rsquo;eau repr\u00e9sentait moins de 1.5% de l&rsquo;exposition au pesticides, l&rsquo;alimentation repr\u00e9sentant 98.5% <\/strong>(dans un rapport eau\/alimentation uniquement). Pour les m\u00e9taux et m\u00e9thallo\u00efdes, l&rsquo;eau repr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement moins de 9% (Sauf pour le plomb car il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9tude fran\u00e7aise, et la France, contrairement \u00e0 la Suisse, compte encore beaucoup de conduites d&rsquo;eau en plomb).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, il s&rsquo;agit d&rsquo;une seule \u00e9tude, mais elle confirme ce que je suppose, soit que notre exposition aux substances chimiques via l&rsquo;eau potable est n\u00e9gligeable par rapport \u00e0 notre exposition via l&rsquo;air que nous respirons, les v\u00eatements que nous portons, les cosm\u00e9tiques que nous utilisons chaque jour, etc. Donc avant d&rsquo;arr\u00eater de boire de l&rsquo;eau du robinet, il conviendrait plut\u00f4t de faire le tri dans nos cosm\u00e9tiques et de r\u00e9fl\u00e9chir aux aliments que nous mangeons.<\/p>\n\n\n\n<p>Une derni\u00e8re remarque sur l&rsquo;eau en bouteille. Les quelques rares \u00e9tudes qui ont analys\u00e9s les m\u00eames substances dans les diff\u00e9rentes eaux de boisson montrent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas vraiment de diff\u00e9rence entre l&rsquo;eau prise au robinet ou en bouteille, sauf pour celles qui ont des sources dans des bassins versants prot\u00e9g\u00e9s. Par contre, il y a de plus en plus d&rsquo;\u00e9vidences que les compos\u00e9s du plastique peuvent migrer vers l&rsquo;eau qui y est contenue et que certains de ces compos\u00e9s, tels les phtalates, ne sont pas anodins pour la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9f\u00e9rences<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Enault J et al. 2017. Eau potable, aliments, air int\u00e9rieur: comparaison de la contribution \u00e0 l&rsquo;exposition aux micropolluants de l&rsquo;environnement. TSM num\u00e9ro 3, pages 34-45<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Enault et al. 2015. Drinking water, diet, indoor air: comparison of the contribution to environmental micropollutants exposure. International Journal of Hygiene and Environmental Health 218, pages 723-730.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouveau blog sous: https:\/\/ecotoxicologie.fr\/blog-ecotoxicologues-pollution Textes parus dans un blog sur le journal Le Temps, entre 2018 et 2021. Un petit dernier pour la route&#8230; Je ne vais pas faire durer le suspense\u2026ceci sera mon dernier article apr\u00e8s presque 4 ans de rendez-vous r\u00e9guliers. Une certaine lassitude? Je dois avouer que oui. 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