{"id":491,"date":"2022-07-28T11:53:27","date_gmt":"2022-07-28T09:53:27","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/?page_id=491"},"modified":"2023-07-03T10:38:24","modified_gmt":"2023-07-03T08:38:24","slug":"point-de-vue","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/ressources-theoriques\/perspective-narrative\/point-de-vue\/","title":{"rendered":"POINT DE VUE"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"has-accent-color has-border-background-color has-text-color has-background wp-block-list\">\n<li><strong>De quoi s&rsquo;agit-il ?<\/strong>&nbsp;&#8212; L\u2019\u00e9tude du point de vue porte sur la possibilit\u00e9 d&rsquo;un ancrage de la narration dans l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;un personnage, dont les pens\u00e9es ou des perceptions agissent comme un filtrage des informations.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00e9l\u00e8ve ?<\/strong>&nbsp;&#8212; le recours \u00e0 une entit\u00e9 inscrite dans l\u2019\u0153uvre pour traiter l\u2019information implique d\u2019interroger comment, par quelle coloration de sentiment par exemple, cette information nous parvient et comment on peut se positionner. La reconnaissance et la valorisation des effets de subjectivit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre ont comme enjeu direct la valorisation et le d\u00e9veloppement du\u00b7de la lecteur\u00b7trice (plaisir de lecture, comp\u00e9tences d\u2019interpr\u00e9tation, comp\u00e9tences de cr\u00e9ation).<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Int\u00e9r\u00eat pour l\u2019enseignant\u00b7e ?<\/strong> &#8212; Il s&rsquo;agit de montrer que l\u2019\u0153uvre au programme ne se d\u00e9livre pas d\u2019elle-m\u00eame, et ainsi fournir \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve les moyens d\u2019entrer dans le jeu des repr\u00e9sentations inscrites, de s\u2019y inscrire \u00e0 son tour. Rendre \u00e0 la fiction sa complexit\u00e9 et celle des agentivit\u00e9s qui peuvent s\u2019y d\u00e9velopper la rapproche du monde.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 la focalisation, qui d\u00e9pend de la quantit\u00e9 d&rsquo;informations fournies <em>sur<\/em> tel ou tel personnage, le point de vue se rapporte \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes qualitatifs, parce qu&rsquo;il d\u00e9pend de l&rsquo;ancrage de l&rsquo;information d\u00e9termin\u00e9e <em>par<\/em> un personnage, par un narrateur ou par une absence d&rsquo;ancrage. Le point de vue qualifie donc une information dont la principale modalit\u00e9 est la subjectivit\u00e9. Ce qui permet, au passage, de noter que l&rsquo;\u00e9tude du point de vue devrait toujours consid\u00e9rer comme relative la fiabilit\u00e9 des discours qui s&rsquo;y inscrivent.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le point de vue sera consid\u00e9r\u00e9 comme <em>interne<\/em> quand il renvoie \u00e0 un point de vue ancr\u00e9 dans la subjectivit\u00e9 d\u2019un personnage (voir ci-dessous la rubrique \u00ab\u00a0rep\u00e9rage\u00a0\u00bb).<\/li>\n\n\n\n<li>Le point de vue sera d\u00e9fini comme <em>externe<\/em> quand l&rsquo;ancrage dans la subjectivit\u00e9 d&rsquo;un personnage fait d\u00e9faut. Le point de vue externe n&rsquo;est donc pas (n\u00e9cessairement) un r\u00e9cit objectif, mais un r\u00e9cit qui n&rsquo;est pas filtr\u00e9 par le point de vue incarn\u00e9 d&rsquo;un personnage.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-primary-color has-text-color\">S&rsquo;agissant du degr\u00e9 de subjectivit\u00e9 du r\u00e9cit que l\u2019on peut associer aux interventions du narrateur ou de<mark style=\"background-color:#ffffff\" class=\"has-inline-color has-primary-color\"> <\/mark><mark style=\"background-color:#ffffff\" class=\"has-inline-color\">l&rsquo;auteur, cette subjectivit\u00e9 est variable mais toujours pr\u00e9sente, l&rsquo;usage g\u00e9n\u00e9ra<\/mark>lis\u00e9 de la notion de point de vue lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;envisager l&rsquo;information fournie sous l&rsquo;angle de sa qualit\u00e9 permet de penser \u00e0 nouveaux frais de telles interventions, encore trop fr\u00e9quemment assimil\u00e9es \u00e0 une objectivit\u00e9 dans le cas d&rsquo;un d\u00e9faut d&rsquo;ancrage. Le cas le plus courant d&rsquo;une telle confusion concerne la notion genettienne de \u00ab\u00a0focalisation externe\u00a0\u00bb, dont Rabatel (1997) a d\u00e9montr\u00e9 le caract\u00e8re \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb. M\u00eame dans le cas du r\u00e9cit dit \u00ab\u00a0b\u00e9havioriste\u00a0\u00bb, le choix de d\u00e9livrer l&rsquo;information selon de strictes donn\u00e9es de surface ne peut \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 une simple objectivit\u00e9. Il s&rsquo;agit en effet d&rsquo;un choix narratif, fond\u00e9 \u00e0 la fois sur la manifestation indubitable d&rsquo;un savoir de surface (par exemple visuel) et sur la r\u00e9tention d&rsquo;informations concernant une profondeur (par exemple psychologique) qui, pour \u00eatre cach\u00e9e, n&rsquo;en est pourtant jamais contest\u00e9e pour autant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\">REP\u00c9RAGE<\/h2>\n\n\n\n<p>Le rep\u00e9rage du point de vue interne du personnage d\u00e9pend d\u2019indices formels renvoyant \u00e0 la subjectivit\u00e9 des personnages, qui varient fortement suivant le m\u00e9dia envisag\u00e9. Il est possible de distinguer diff\u00e9rentes traces de subjectivit\u00e9 qui rel\u00e8vent de diff\u00e9rents domaines d\u2019exp\u00e9rience (perceptions, \u00e9motions, pens\u00e9es) susceptibles d\u2019\u00eatre cod\u00e9s sp\u00e9cifiquement dans certains m\u00e9dias. Au cin\u00e9ma par exemple, contrairement \u00e0 la litt\u00e9rature, le codage du point de vue audiovisuel est clairement s\u00e9par\u00e9 de la repr\u00e9sentation des pens\u00e9es ou des \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les r\u00e9cits verbaux, l\u2019approche stylistique d\u2019Alain Rabatel constitue l\u2019entreprise la plus ambitieuse visant \u00e0 fournir une th\u00e9orie compl\u00e8te de la construction textuelle du point de vue. Ce dernier, dans ses travaux les plus r\u00e9cents, distingue les points de vue <em>assert\u00e9<\/em>, <em>repr\u00e9sent\u00e9<\/em> et <em>embryonnaire<\/em> (Rabatel 2008). Nous ne d\u00e9velopperons pas la question du point de vue <em>embryonnaire<\/em>, dans la mesure o\u00f9 ce dernier renvoie, selon Rabatel, \u00e0 la mani\u00e8re dont le r\u00e9cit, en se focalisant <em>sur<\/em> un personnage \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire en le mettant \u00ab&nbsp;en focus&nbsp;\u00bb (Rabatel 2008&nbsp;: 47) \u2013 le constitue en protagoniste du r\u00e9cit, favorisant ainsi l\u2019identification ou la construction d\u2019un lien empathique. Dans la r\u00e9articulation de la perspective narrative que nous proposons, cette question renvoie davantage \u00e0 la <em>focalisation<\/em> telle que la concevait Genette plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la question du point de vue comme repr\u00e9sentation de la subjectivit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Le point de vue <em>assert\u00e9<\/em> constitue quant \u00e0 lui le cas le plus simple, puisque le d\u00e9brayage du point de vue du narrateur est rendu explicite par des marqueurs linguistiques. Dans ce cas, les pens\u00e9es sont restitu\u00e9es comme un monologue int\u00e9rieur (ou un fragment de ce monologue), sous une forme similaire \u00e0 un discours rapport\u00e9 sous forme directe ou indirecte introduit, comme dans l\u2019exemple suivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Comme Tobie enfourchait son v\u00e9lo, il lui lan\u00e7a un regard noir, brillant d\u2019une sauvagerie gaie et franche qu\u2019elle jugea \u00ab&nbsp;<em>tout \u00e0 fait yankee<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<cite>(Rivaz 2020 : 114)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans cet extrait, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>tout \u00e0 fait yankee<\/em>&nbsp;\u00bb apparait sans ambigu\u00eft\u00e9 comme renvoyant au point de vue <em>assert\u00e9<\/em> de la protagoniste, mais on constate en m\u00eame temps que cette indication produit un effet r\u00e9trospectif, puisqu\u2019il nous invite \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter le \u00ab&nbsp;regard noir, brillant d\u2019une sauvagerie gaie et franche&nbsp;\u00bb comme renvoyant \u00e0 la mani\u00e8re dont la jeune femme a per\u00e7u et interpr\u00e9t\u00e9 le regard qui lui a \u00e9t\u00e9 <em>lanc\u00e9<\/em>. Ce d\u00e9tail est loin d\u2019\u00eatre anodin, puisque la suite de cette nouvelle d\u2019Alice Rivaz montrera \u00e0 quel point l\u2019apparente franchise et la gaiet\u00e9 de cet homme sur le point de rompre avec sa ma\u00eetresse sont trompeurs. Parmi les indices d\u2019un point de vue <em>repr\u00e9sent\u00e9<\/em>, on peut donc mentionner la pr\u00e9sence de \u00ab&nbsp;verbes de perception et\/ou de proc\u00e8s mental&nbsp;\u00bb (Rabatel 1998&nbsp;: 61) \u2013 \u00e0 l\u2019instar de l\u2019expression \u00ab&nbsp;elle jugea&nbsp;\u00bb \u2013 qui invitent \u00e0 interpr\u00e9ter, prospectivement ou r\u00e9trospectivement, des \u00e9nonc\u00e9s tels que \u00ab&nbsp;un regard noir, brillant d\u2019une sauvagerie gaie et franche&nbsp;\u00bb, comme renvoyant au point de vue interne d\u2019un personnage. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour Rabatel, le point de vue repr\u00e9sent\u00e9 correspond ainsi \u00e0 <em>\u00ab&nbsp;l\u2019expression d\u2019une perception, dont le proc\u00e8s, ainsi que les qualifications et modalisations, cor\u00e9f\u00e8rent au sujet percevant et expriment d\u2019une certaine mani\u00e8re la subjectivit\u00e9 de cette perception&nbsp;\u00bb <\/em>(1998&nbsp;: 13). Parmi les indices les plus courants de ce d\u00e9brayage, outre les verbes de perception ou de pens\u00e9e associ\u00e9s \u00e0 des passages situ\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan du r\u00e9cit qui sont interpr\u00e9tables comme renvoyant au <em>contenu<\/em> de ces perceptions ou pens\u00e9es, on mentionnera \u00e9galement l\u2019expressivit\u00e9 du discours indirect libre, dont le contexte invite \u00e0 identifier un point d\u2019origine situ\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un personnage. Dans l&rsquo;extrait ci-dessous, tir\u00e9 de la m\u00eame nouvelle, on voit ainsi comment le contexte narratif invite \u00e0 associer la phrase exclamative \u00ab&nbsp;Bizarre&nbsp;!&nbsp;\u00bb au point de vue interne de la protagoniste, de sorte que la phrase suivante semble \u00e9galement d\u00e9velopper le fil de ses pens\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u2014 <em>Damn&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bizarre&nbsp;! C\u2019\u00e9tait la deuxi\u00e8me fois aujourd\u2019hui que des mots anglais lui sortaient de la bouche. <\/p>\n<cite>(Rivaz 2020&nbsp;: 117)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-primary-color has-text-color\">L<mark style=\"background-color:#ffffff\" class=\"has-inline-color\">e rep\u00e9rage du point de vue du personnage sera par ailleurs facilit\u00e9 par l\u2019apparition de son <em>nom propre<\/em>, de <em>verbes de perception<\/em> ou de <em>pens\u00e9e<\/em> et de divers \u00e9l\u00e9ments du texte, souvent exprim\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imparfait, pouvant \u00eatre inf\u00e9r\u00e9s comme relatifs au proc\u00e8s de sa perception ou de sa pens\u00e9e. Dans le cadre d\u2019une description, le verbe de perception sera souvent associ\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un <em>hyperonyme<\/em>, terme g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9signant un objet complexe per\u00e7u par le personnage: par exemple \u00ab\u00a0il regarda le <em>tableau<\/em>\u00a0\u00bb,  \u00ab\u00a0la <em>sc\u00e8ne<\/em> qui s&rsquo;offrit \u00e0 ses yeux \u00e9tait stup\u00e9fiante\u00a0\u00bb, etc<\/mark>. La description des \u00e9l\u00e9ments constitutifs du \u00ab\u00a0tableau\u00a0\u00bb ou de la \u00ab\u00a0sc\u00e8ne\u00a0\u00bb seront alors interpr\u00e9t\u00e9e comme renvoyant au contenu des perceptions du personnage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-primary-color has-text-color\">Le rep\u00e9rage du point de vue interne n\u2019est jamais automatis\u00e9 dans le r\u00e9cit verbal, parce qu&rsquo;il n\u2019y a pas de fait de langue dont la fonction indubitable et unique soit l&rsquo;attribution du point de vue. Comme son rep\u00e9rage demande toujours une interpr\u00e9tation, son existence est sujette \u00e0 discussion, et ses fronti\u00e8res peuvent \u00eatre floues. N\u00e9anmoins, il est possible de s&rsquo;entrainer \u00e0 rep\u00e9rer les indices les plus \u00e9vidents qui contribuent \u00e0 construire un effet de point de vue interne, car les diff\u00e9rents marqueurs de subjectivit\u00e9 \u00ab\u00a0fonctionnent le plus souvent en faisceau\u00a0\u00bb (Rabatel, 1998\u00a0: 99), et leur pertinence est fournie par leur convergence.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cin\u00e9ma, en bande dessin\u00e9e ou dans les jeux vid\u00e9o, le point de vue interne est repr\u00e9sent\u00e9 en utilisant des proc\u00e9d\u00e9s distincts suivant qu&rsquo;il s&rsquo;agit de repr\u00e9senter les pens\u00e9es, les \u00e9motions, le sens de la vue, de l&rsquo;ou\u00efe ou d&rsquo;autres perceptions. L&rsquo;usage de la cam\u00e9ra subjective \u2013 ou \u00ab\u00a0ocularisation interne\u00a0\u00bb selon Jost (1987) \u2013 ne reproduit que la subjectivit\u00e9 visuelle. Le sens de l&rsquo;ou\u00efe peut aussi \u00eatre modul\u00e9 par la piste sonore, d\u00e9bouchant sur ce que Jost appelle une \u00ab\u00a0auricularisation interne\u00a0\u00bb. La pens\u00e9e peut quant \u00e0 elle \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e par le proc\u00e9d\u00e9 de la voix <em>over, <\/em>par des sc\u00e8nes int\u00e9rieures  (repr\u00e9sentant par exemple un r\u00eave, un d\u00e9sir ou un souvenir) et les \u00e9motions peuvent \u00eatre rendues, entre autres, par la piste sonore ou l&rsquo;usage de gros-plans. La bande dessin\u00e9e utilise quant \u00e0 elle les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s pour la vision subjective, mais elle dispose d&rsquo;un codage des \u00e9motions et des pens\u00e9es qui lui est sp\u00e9cifique: bulle de pens\u00e9e, personnages soliloquant, emanatas, id\u00e9ogrammes, jeux sur les couleurs de la case, sc\u00e8ne repr\u00e9sentant l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 sous la forme d&rsquo;une m\u00e9taphore graphique, etc. Le th\u00e9\u00e2tre peut aussi user de proc\u00e9d\u00e9s comme le discours en apart\u00e9, la sc\u00e8ne imaginaire et diff\u00e9rents dispositifs sc\u00e9niques (lumi\u00e8re, environnement sonore) pour exprimer les pens\u00e9es ou le ressenti des personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>Un point essentiel \u00e0 retenir dans une approche interm\u00e9diale, c\u2019est que dans un r\u00e9cit verbal, les proc\u00e9d\u00e9s stylistiques visant \u00e0 restituer le spectre entier des perceptions, ainsi que le ressenti ou les pens\u00e9es des personnages restent les m\u00eames quel que soit le type de subjectivit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9. &nbsp;Un second point important, c\u2019est que dans un r\u00e9cit verbal, chaque \u00e9l\u00e9ment du monde racont\u00e9 est d\u00e9coup\u00e9 en \u00e9l\u00e9ments signifiants pour \u00eatre restitu\u00e9 sous la forme d\u2019une cha\u00eene d\u2019informations, de sorte que l\u2019on peut se demander \u00e0 chaque instant si tel mot ou tel \u00e9nonc\u00e9 renvoie \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du personnage ou non. On peut h\u00e9siter dans certaines attributions, mais il est difficile de dire que la m\u00eame unit\u00e9 de discours peut renvoyer <em>en m\u00eame temps <\/em>\u00e0 plusieurs points de vue (sauf \u00e9videmment dans le cas de r\u00e9cits dont l\u2019instance narrative est collective&nbsp;: r\u00e9cits au <em>nous<\/em>, au <em>vous<\/em>, au <em>ils\/elles<\/em>, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas de la bande dessin\u00e9e, par exemple, est diff\u00e9rent, dans la mesure o\u00f9 l\u2019unit\u00e9 signifiante est constitu\u00e9e par la case, et que cette derni\u00e8re est constitu\u00e9e par une combinaison de signes graphiques et textuels qui peuvent \u00eatre saisis dans n\u2019importe quel ordre tout en renvoyant \u00e0 diff\u00e9rents aspects de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages. Il d\u00e9coule de cette propri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il est rare de trouver des repr\u00e9sentations qui ne soient pas, peu ou prou, des combinaisons entre un point de vue externe et un \u00e9ventail d\u2019indices renvoyant en m\u00eame temps \u00e0 tel ou tel \u00e9l\u00e9ment de subjectivit\u00e9. Ainsi, il semble plus facile de dresser un inventaire raisonn\u00e9 des signes permettant de repr\u00e9senter les pens\u00e9es, les \u00e9motions ou les perceptions de tel ou tel personnage (parfois plusieurs en m\u00eame temps) que de classer telle ou telle case dans les cat\u00e9gories discr\u00e8tes d\u2019un point de vue interne ou externe.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la question du \u00ab\u00a0rep\u00e9rage\u00a0\u00bb fait moins sens s&rsquo;agissant du point de vue externe, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit plut\u00f4t de consid\u00e9rer comme marqueur de ce point de vue l&rsquo;absence de signes de subjectivit\u00e9 renvoyant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;un personnage. C&rsquo;est surtout le d\u00e9sancrage qui permet l&rsquo;identification de ce type de point de vue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\">FINALIT\u00c9S DE L&rsquo;ANALYSE<\/h2>\n\n\n\n<p>Le travail sur la subjectivit\u00e9 au niveau micro-textuel vise notamment \u00e0 d\u00e9velopper une connaissance des proc\u00e9d\u00e9s stylistiques par lesquels il est possible d\u2019orienter le r\u00e9cit en l&rsquo;ancrant dans telle ou telle partie prenante de l&rsquo;histoire. Cette orientation n&rsquo;est \u00e9videmment pas sans rapports avec la construction id\u00e9ologique sous-jacente du r\u00e9cit et avec la mani\u00e8re dont l&rsquo;acte de raconter peut orienter nos jugement moraux sur les personnages. Comme certains de ces proc\u00e9d\u00e9s peuvent \u00eatre relativement discrets, prendre conscience des m\u00e9canismes qui pr\u00e9sident \u00e0 cet ancrage joue un r\u00f4le essentiel dans l&rsquo;autonomie critique des lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La question du point de vue dans les r\u00e9cits de fiction para\u00eet indissociable du degr\u00e9 de subjectivit\u00e9 en jeu dans la transmission de l&rsquo;information. M\u00eame dans le cas d&rsquo;un d\u00e9sancrage du point de vue au profit de la narration, il est toujours possible, voire souhaitable, d&rsquo;envisager la relativit\u00e9 ou la graduation de l&rsquo;objectivit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e des contenus transmis. Partant, il n&rsquo;est pas non plus interdit de postuler l&rsquo;existence d&rsquo;un\u00b7e narrateur\u00b7trice non fiable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\">QUESTIONS DE TERMINOLOGIE<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a un risque de confusion terminologique entre le r\u00e9cit \u00e0 points de vue variables, qui indique l&rsquo;usage d&rsquo;une pluralit\u00e9 de points de vue locaux et ponctuels, et le r\u00e9cit \u00e0 focalisation variable, qui indique que le r\u00e9cit est organis\u00e9 autour de diff\u00e9rents foyers narratifs, li\u00e9s \u00e0 des personnages diff\u00e9rents qui ne poss\u00e8dent pas tous la m\u00eame quantit\u00e9 d&rsquo;information. Le cas du r\u00e9cit \u00e0 points de vue variables est en r\u00e9alit\u00e9 une situation par d\u00e9faut pour le r\u00e9cit de fiction men\u00e9 \u00e0 la troisi\u00e8me personne, qui n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement besoin d&rsquo;\u00eatre qualifi\u00e9, si ce n&rsquo;est par l&rsquo;\u00e9tiquette \u00ab\u00a0omniscient\u00a0\u00bb qui indique une absence de contraintes. Pour en savoir plus, consulter la page \u00ab\u00a0r\u00e9gimes de subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain (2008), <em>Homo Narrans<\/em>, Limoges, Editions Lambert-Lucas.<\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain (1998), <em>La construction textuelle du point de vue<\/em>, Lausanne &amp; Paris, Delachaux &amp; Niestl\u00e9, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/la-construction-textuelle-du-point-de-vue--9782603011300.htm\">en ligne<\/a>, <\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain (1997), \u00ab\u00a0L&rsquo;introuvable focalisation externe\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9rature<\/em>, n\u00b0107, p. 88-113, <a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-00356287\/document\">en ligne<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Rivaz, Alice (2020 [1961]), <em>Sans alcool<\/em>, Gen\u00e8ve, Editions Zo\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contrairement \u00e0 la focalisation, qui d\u00e9pend de la quantit\u00e9 d&rsquo;informations fournies sur tel ou tel personnage, le point de vue se rapporte \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes qualitatifs, parce qu&rsquo;il&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1002371,"featured_media":0,"parent":300,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-full-width.php","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"class_list":["post-491","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002371"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=491"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/491\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}