{"id":1298,"date":"2023-09-28T17:16:07","date_gmt":"2023-09-28T15:16:07","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/?page_id=1298"},"modified":"2025-01-08T08:51:24","modified_gmt":"2025-01-08T07:51:24","slug":"sequences-textuelles","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/ressources-theoriques\/sequences-textuelles\/","title":{"rendered":"S\u00c9QUENCES TEXTUELLES"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list has-accent-color has-border-background-color has-text-color has-background\">\n<li><strong>De quoi s&rsquo;agit-il ? &#8212;<\/strong> Le r\u00e9cit verbal n&rsquo;est pas compos\u00e9 uniquement de passages racontant des actions, mais aussi de descriptions, qui permettent de construire la sc\u00e8ne sur laquelle se d\u00e9roule l&rsquo;action, et de dialogues, qui dramatisent les \u00e9v\u00e9nements en donnant directement la parole au personnages, comme s&rsquo;ils s&rsquo;exprimaient sur cette sc\u00e8ne imaginaire. Enfin, on rencontre parfois des sortes de digressions par lesquelles le narrateur ou l&rsquo;auteur commente les \u00e9v\u00e9nements et, parfois, en \u00e9largit la port\u00e9e en soulignant le caract\u00e8re exemplaire de ce qui est racont\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve &#8212;<\/strong> Il est important d&rsquo;arriver \u00e0 combiner description, narration et dialogue pour arriver \u00e0 se repr\u00e9senter la sc\u00e8ne imaginaire que raconte de r\u00e9cit, mais il faut aussi pr\u00eater attention aux commentaires int\u00e9gr\u00e9s dans ce r\u00e9cit, qui orientent notre jugement sur ce qui est racont\u00e9. Si on veut soi-m\u00eame \u00eatre capable de construire des histoires, il faut aussi maitriser les sp\u00e9cificit\u00e9s langagi\u00e8res et les combinaisons efficaces de ces quatre s\u00e9quences textuelles fondamentales.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;enseignant\u00b7e<\/strong> &#8212; La distinction des diff\u00e9rents types de s\u00e9quences textuelles qui composent la mati\u00e8re narrative permet de mettre l&rsquo;accent sur la sp\u00e9cificit\u00e9 linguistique du r\u00e9cit verbal et sur la fonction respective des diff\u00e9rents passages qui le composent (narrations, descriptions, dialogues, digressions ou commentaires). Outre ces quatre s\u00e9quences, qui mettent en \u00e9vidence l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 compositionnelle du r\u00e9cit verbal, une attention port\u00e9e sur les digressions auctoriales, o\u00f9 domine souvent le pr\u00e9sent de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, permet d&rsquo;attirer l&rsquo;attention sur l&rsquo;exemplarit\u00e9 de l&rsquo;histoire. Ainsi, le r\u00e9cit d\u00e9borde du cadre de la fiction pour impliquer auteurs et lecteurs.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>On peut d\u00e9composer les r\u00e9cits litt\u00e9raires en quatre types de s\u00e9quences:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Les passages narratifs, ou <strong>narrations<\/strong>, racontent les actions accomplies par les personnages&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Les passages descriptifs, ou <strong>descriptions<\/strong>, donnent des informations sur les lieux, les personnages et le monde dans lequel ils \u00e9voluent&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Les passages dialogu\u00e9s, ou <strong>dialogues<\/strong>, pr\u00e9sentent, en style direct, les paroles \u00e9chang\u00e9es entre les personnages&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Les passages digressifs, <strong>digressions <\/strong>ou <strong>commentaires<\/strong>, consistent en des r\u00e9flexions \u00e9nonc\u00e9es par le narrateur, qui peuvent prendre la forme de jugements, d\u2019explications, de remarques. Parfois, le narrateur peut compl\u00e8tement d\u00e9vier de son histoire pour parler de quelque chose qui n\u2019a rien \u00e0 voir.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Pour faciliter le rep\u00e9rage de ces diff\u00e9rentes s\u00e9quences, il faut distinguer clairement le r\u00e9cit, au sens g\u00e9n\u00e9ral du terme, des passages proprement narratifs au sein de ce r\u00e9cit. En effet, la plupart des r\u00e9cits se composent \u00e9galement de descriptions, de dialogues et de digressions. Le rep\u00e9rage des diff\u00e9rents prototypes textuels est fond\u00e9 sur des indices plus ou moins faciles \u00e0 rep\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, ces quatre types de s\u00e9quence sont clairement distincts, et m\u00eame souvent s\u00e9par\u00e9s graphiquement par le d\u00e9coupage du texte en paragraphes. Parfois au contraire, ils sont plus m\u00e9lang\u00e9s ou ils alternent rapidement dans le m\u00eame paragraphe, de phrase en phrase, voire au sein de la m\u00eame phrase.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi que l&rsquo;explique Jean-Michel Adam (1984) les s\u00e9quences peuvent aussi, occasionnellement, s&rsquo;ench\u00e2sser les unes dans les autres. C&rsquo;est surtout le cas pour le dialogue, qui peut servir de cadre ench\u00e2ssant pour un r\u00e9cit, avec ses propres passages narratifs, descriptifs, dialogu\u00e9s ou comment\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les r\u00e9cits o\u00f9 une <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/subjectivite-de-la-narration\/\">perspective interne<\/a> domine, les diff\u00e9rentes s\u00e9quences ont tendance \u00e0 se fondre dans la conscience du personnage, ce qui tend \u00e0 les rendre moins facilement discernables. La narration peut simplement suivre le fil des pens\u00e9es, comme une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements mentaux, et les descriptions filtr\u00e9e par les sens du personnages peuvent se m\u00ealer \u00e0 des pens\u00e9es et des commentaires. La description est souvent motiv\u00e9e (par exemple chez Zola) par son inscription dans l&rsquo;acte de perception d&rsquo;un personnage, ce qui produit un effet de l\u00e9g\u00e8re narrativisation, puisque le temps continue \u00e0 s&rsquo;\u00e9couler, mais la fonction descriptive reste g\u00e9n\u00e9ralement clairement dominante.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Narration<\/h3>\n\n\n\n<p>Les passages narratifs se remarquent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la pr\u00e9sence de verbes d\u2019action plac\u00e9s au premier plan du r\u00e9cit (c\u2019est-\u00e0-dire exprim\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement au pass\u00e9 simple ou au pass\u00e9 compos\u00e9, \u00e9ventuellement au pr\u00e9sent narratif ou \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb), souvent accompagn\u00e9s d\u2019adverbes temporels marquant la saillance (soudain, soudainement, tout \u00e0 coup, etc.) ou l\u2019encha\u00eenement chronologique et causal (ensuite, alors, etc.). Sur un plan th\u00e9matique, la narration renvoie \u00e0 une succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements inscrits dans une temporalit\u00e9 lin\u00e9aire et rattach\u00e9s au d\u00e9veloppement de l\u2019histoire principale.<\/p>\n\n\n\n<p>Exemples:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Alors la petite marquise se leva, tira les verrous, tourna la serrure, souleva la porti\u00e8re et montra sa t\u00eate. <\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Signe<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Et il me pousse; il referme la porte, et comme je demeurais, \u00e9pouvant\u00e9e, en face de lui, il m&#8217;embrasse.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Signe<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Description<\/h3>\n\n\n\n<p>Les passages descriptifs, g\u00e9n\u00e9ralement domin\u00e9s par l\u2019imparfait (parfois le pr\u00e9sent), permettent de construire une repr\u00e9sentation des \u00e9l\u00e9ments statiques du monde racont\u00e9 (lieux, espaces) et des personnages. Il faut ajouter que la description peut aussi renvoyer \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments dynamiques, mais r\u00e9p\u00e9titifs ou routiniers, qui fonctionnent comme un cadre pour les \u00e9v\u00e9nements singuliers racont\u00e9s par les passages narratifs. Ainsi que l&rsquo;explique Jean-Michel Adam:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les r\u00e9cits ne peuvent se passer d\u2019un minimum de description des acteurs, des objets, du monde, du cadre de l\u2019action. Les donn\u00e9es descriptives, qu\u2019il s\u2019agisse de simples indices ou fragments descriptifs plus longs, semblent avoir pour fonction essentielle d\u2019assurer le fonctionnement r\u00e9f\u00e9rentiel du r\u00e9cit et de lui donner le poids d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Paradoxalement, le r\u00e9cit ne peut se passer de la description qui ralentit toujours le cours des actions (m\u00eame si, au cours de ces pauses, le r\u00e9cit est souvent en train de s\u2019organiser). <\/p>\n<cite><strong>Adam, 1984&nbsp;: 46-47<\/strong><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Exemples:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une vieille couturi\u00e8re qui venait une fois par semaine, tous les mardis, raccommoder le linge chez mes parents. Mes parents habitaient une de ces demeures de campagne appel\u00e9es ch\u00e2teaux, et qui sont simplement d&rsquo;antiques maisons \u00e0 toit aigu, dont d\u00e9pendent quatre ou cinq fermes group\u00e9es autour.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Clochette<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Tu connais bien mon appartement, Tu sais que mon petit salon, celui o\u00f9 je me tiens toujours, donne sur la rue Saint-Lazare, au premier: et que j&rsquo;ai la manie de me mettre \u00e0 la fen\u00eatre pour regarder passer les gens.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Signe<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dialogues<\/h3>\n\n\n\n<p>Les dialogues dans un r\u00e9cit reproduisent les paroles \u00e9chang\u00e9es entre les personnages. Dans certains cas, le m\u00eame dispositif formel permet de reproduire les paroles int\u00e9rieures, c&rsquo;est-\u00e0-dire les pens\u00e9es des personnages. Dans un roman classique, la pr\u00e9sence de dialogues est souvent marqu\u00e9e visuellement par un changement de paragraphe et\/ou par des indications typographiques explicites&nbsp;: en fran\u00e7ais, ce sont souvent les guillemets (\u00ab&nbsp;\u2026&nbsp;\u00bb) ou les tirets cadratins (\u2014). Sur un plan linguistique, on peut aussi remarquer la pr\u00e9sence de l\u2019appareil formel de l\u2019\u00e9nonciation, dont l\u2019ancrage d\u00e9ictique est situ\u00e9 dans le plan du monde racont\u00e9. Les dialogues incluent parfois l\u2019imitation d\u2019effets d\u2019oralit\u00e9, en jouant notamment sur l\u2019expressivit\u00e9 du discours (interjections, phrases nominales, dislocations, cliv\u00e9es, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Exemples:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que vous faites l\u00e0-haut, Sigisbert?&nbsp;\u00bb<br>Sentant qu&rsquo;il serait pris, le jeune instituteur, affol\u00e9, r\u00e9pondit stupidement:<br>\u00ab&nbsp;J&rsquo;\u00e9tais mont\u00e9 me reposer un peu sur les bottes, monsieur Grabu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Clochette<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Elle grogna: \u00ab Qu&rsquo;est-ce que vous demandez? \u00bb<br>\u2014 Vous \u00eates madame M\u00e9lanie?<br>\u2014 Oui.<br>\u2014 Je suis le Comte de Tourneville.<br>\u2014 Ah bon! Entrez.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Marquis de Fumerol<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>On peut enfin rattacher \u00e0 ce prototype diff\u00e9rentes indications, pr\u00e9c\u00e9dant ou suivant les \u00e9nonc\u00e9s des personnages, qui permettent de d\u00e9finir l\u2019identit\u00e9 des locuteurs, l\u2019alternance des tours de parole ou la forme des discours, avec certains traits syntaxiques sp\u00e9cifiques, comme l\u2019inversion du sujet quand l\u2019indication est incluse dans le dialogue (p.ex. \u00ab&nbsp;s\u2019exclama-t-elle&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;murmura-t-il&nbsp;\u00bb). Bien que se fondant partiellement dans la narration, on peut aussi rattacher \u00e0 cette cat\u00e9gorie les discours indirects et indirects libre, ce dernier exprimant souvent les pens\u00e9es des personnages en conservant certains traits de l&rsquo;oralit\u00e9 (les tournures expressives en particulier). Le discours narrativis\u00e9 est, quant \u00e0 lui, comme son nom l&rsquo;indique, compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9 dans les s\u00e9quences narratives.<\/p>\n\n\n\n<p>Exemple:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Nous ne nous \u00e9tions vraiment rencontr\u00e9s que plus tard, \u00e0 la fermeture de la boutique. Je l&rsquo;avais abord\u00e9e. Je m&rsquo;\u00e9tais dit que je n&rsquo;avais pas le choix. Je me permets de vous adresser la parole, lui avais-je dit en la rattrapant sur le trottoir, car je n&rsquo;ai pas le choix.<\/p>\n<cite>Christian Oster, <em>Mon grand appartement<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Digression \/ Commentaire<\/h3>\n\n\n\n<p>La digression (ou commentaire) est li\u00e9e \u00e0 la parole du narrateur, souvent identifiable comme portant les opinions de l&rsquo;auteur. Ele peut prendre les formes les plus diverses. Elle peut servir de commentaire \u00e0 ce qui est racont\u00e9, de mani\u00e8re \u00e0 en expliciter les enjeux ou \u00e0 en g\u00e9n\u00e9raliser la port\u00e9e, comme elle peut se d\u00e9gager de mani\u00e8re plus forte des enjeux de la repr\u00e9sentation narrative, manifestant la libert\u00e9 du narrateur ou de l\u2019auteur de s\u2019\u00e9loigner de son r\u00e9cit. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle se distingue surtout, de mani\u00e8re n\u00e9gative, par sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des contenus qui sortent du cadre de la fiction, m\u00eame s\u2019ils s\u2019y rattachent la plupart du temps par des liens explicatifs, analogiques ou fond\u00e9s sur une g\u00e9n\u00e9ralisation du cas particulier que constitue l\u2019histoire racont\u00e9e. Lorsque nous lisons, dans <em>Anna Kar\u00e9nine<\/em>, \u00ab&nbsp;toutes les familles heureuses le sont de la m\u00eame mani\u00e8re, les familles malheureuses le sont chacune \u00e0 leur fa\u00e7on&nbsp;\u00bb, Tolsto\u00ef introduit un commentaire qui nous permet de g\u00e9n\u00e9raliser la port\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements auxquels se r\u00e9f\u00e8rent les passages narratifs, descriptifs et dialogiques de son roman. La forme est souvent proche de l&rsquo;aphorisme, avec un usage fr\u00e9quent du pr\u00e9sent \u00e0 valeur intemporelle (pr\u00e9sent gnomique) et des articles d\u00e9finis \u00e0 valeur g\u00e9n\u00e9rique, comme dans \u00ab&nbsp;L\u2019homme est un loup pour l\u2019homme \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est fr\u00e9quent, comme dans les exemples ci-dessous, de voir les digressions directement associ\u00e9es \u00e0 des passages narratifs, qu&rsquo;elles commentent.<\/p>\n\n\n\n<p>Exemples:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Mme de Grangerie se mit \u00e0 pleurer, versant ces jolies larmes claires qui rendent plus charmantes les femmes&#8230;<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Signe<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Et, prenant la main de son amie, elle la posa sur sa poitrine, sur cette ronde et ferme enveloppe du c\u0153ur des femmes, qui suffit souvent aux hommes et les emp\u00eache de rien chercher dessous.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Signe<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le marais, c&rsquo;est un monde entier sur la terre, monde diff\u00e9rent, qui a sa vie propre, ses habitants s\u00e9dentaires, et ses voyageurs de passage, ses voix, ses bruits et son myst\u00e8re surtout. Rien n&rsquo;est plus troublant, plus inqui\u00e9tant, plus effrayant, parfois, qu&rsquo;un mar\u00e9cage.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Amour<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Effets de l&rsquo;introspection dans les s\u00e9quences textuelles<\/h3>\n\n\n\n<p>Les passages dans lesquels la repr\u00e9sentation de la subjectivit\u00e9 des personnages domine (cf. <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/ressources-theoriques\/perspective-narrative\/point-de-vue\/\">point de vue<\/a>) peuvent s&rsquo;inscrire dans diff\u00e9rents types de s\u00e9quences, tout en rendant leur rep\u00e9rage plus difficile. La repr\u00e9sentation subjective peut prendre la forme d&rsquo;une <em>narration<\/em> d\u2019\u00e9v\u00e9nements mentaux (un encha\u00eenement de pens\u00e9es), de <em>commentaires<\/em> ou de <em>digressions<\/em> \u00e9manant d&rsquo;un personnage (et pas du narrateur, ni de l&rsquo;auteur) ou c&rsquo;est la <em>description<\/em> qui passe souvent par le filtre des perceptions d&rsquo;un personnage. Dans les cas les plus saillants, la repr\u00e9sentation de la pens\u00e9e du personnage peut se mat\u00e9rialiser de mani\u00e8re tr\u00e8s semblable \u00e0 une parole qui serait \u00e9chang\u00e9e dans un dialogue. En cas de repr\u00e9sentation directe d&rsquo;un monologue int\u00e9rieur, on retrouve toutes les traces formelles utilis\u00e9s pour reproduire les dialogues: tournure orales, usage de guillemets. Cependant les verbes introducteur passent du registre de la parole (dit-il, affirma-t-elle) \u00e0 celui de la pens\u00e9e (pensa-t-elle, se dit-il). On trouve aussi des pens\u00e9es reproduites sous forme indirecte  (il se dit qu&rsquo;il \u00e9tait heureux) ou indirect libre (comme elle \u00e9tait heureuse).<\/p>\n\n\n\n<p>Exemple de pens\u00e9es sous forme de s\u00e9quence <em>narrative<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Un instant il mesura ce qu\u2019il aurait voulu faire et \u00eatre \u2013 il avait recommenc\u00e9 \u00e0 manger sans rien dire \u2013 et il le compara \u00e0 cet homme qu\u2019il avait vu la nuit pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<cite>Alice Rivaz, <em>L\u2019homme et son enfant<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Exemple de perception subjective dans une s\u00e9quence <em>descriptive<\/em> suivie d&rsquo;une <em>digression<\/em>: <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Tout \u00e0 coup, je remarque que, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, il y a aussi une femme \u00e0 la fen\u00eatre, une femme en rouge; moi j&rsquo;\u00e9tais en mauve, tu sais, ma jolie toilette mauve.<\/p>\n<cite>Maupassant, <em>Le Signe<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Exemple de pens\u00e9e reproduite d&rsquo;abord comme un <em>commentaire<\/em>, puis comme un <em>monologue int\u00e9rieur<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>D\u2019ailleurs, cette fois-l\u00e0, cette peur qu\u2019il avait de rencontrer sa cr\u00e9anci\u00e8re le frappa lui-m\u00eame une fois dans la rue.<br>\u00ab&nbsp;\u00c0 quelle grande chose je vise, et de quelle b\u00eatise j\u2019ai peur&nbsp;!&nbsp;\u00bb pensa-t-il avec un sourire \u00e9trange.<\/p>\n<cite>Dosto\u00efevski, <em>Crime et ch\u00e2timent<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pour entrer dans les d\u00e9bats<\/h2>\n\n\n\n<p>Le mod\u00e8le le plus connu d\u00e9finissant les s\u00e9quences textuelles \u00e0 un niveau interm\u00e9diaire entre la phrase et le texte pris dans sa globalit\u00e9 est l\u2019approche d\u00e9velopp\u00e9e par Jean-Michel Adam dans le domaine de la linguistique textuelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La <em>s\u00e9quence<\/em> est une structure relationnelle pr\u00e9format\u00e9e qui se surajoute aux unit\u00e9s syntaxiques \u00e9troites (phrases) et larges (p\u00e9riodes), c\u2019est un \u00ab&nbsp;sch\u00e9ma de texte&nbsp;\u00bb situ\u00e9e entre la structuration phrastique et p\u00e9riodique microtextuelle des propositions et celle, macrotextuelle, des <em>plans de texte<\/em>. Les s\u00e9quences sont des structures pr\u00e9format\u00e9es de regroupement typ\u00e9s et ordonn\u00e9s de paquets de propositions. Le r\u00f4le de la linguistique textuelle est d\u2019explorer et de th\u00e9oriser ce niveau interm\u00e9diaire (m\u00e9sotextuel) de structuration, sans n\u00e9gliger le jeu complexe des contraintes intraphrastiques, interphrastiques et transphrastiques, discursives et g\u00e9n\u00e9riques. <\/p>\n<cite>(Adam 2017&nbsp;: 25)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Par rapport \u00e0 ce mod\u00e8le, la typologie propos\u00e9e se distingue sur trois points, explicit\u00e9s dans Baroni (2020). Le premier point consiste dans la d\u00e9finition \u00e9troite de la s\u00e9quence dite \u00ab&nbsp;narrative&nbsp;\u00bb.&nbsp; Cette derni\u00e8re, quand elle est une s\u00e9quence de niveau \u00ab&nbsp;m\u00e9sotextuel&nbsp;\u00bb au sein d\u2019un r\u00e9cit, ne se r\u00e9alise pas sous la forme d\u2019un sch\u00e9ma quinaire, lequel ne peut se r\u00e9aliser qu&rsquo;\u00e0 l\u2019\u00e9chelle sup\u00e9rieure de la planification discursive. On l&rsquo;identifie plut\u00f4t par l\u2019usage de certains tiroirs verbaux (notamment le pass\u00e9 simple dans un roman \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb), d\u2019organisateur temporels et logiques (marquage de la cons\u00e9cution et de la causalit\u00e9) et de proc\u00e8s renvoyant \u00e0 une suite d\u2019actions singularis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre point consiste \u00e0 associer les <em>intrusions<\/em> auctoriales ou narratoriales au paradigme de la <em>digression<\/em>, suivant en cela une tradition critique bien implant\u00e9e dans le champ des \u00e9tudes litt\u00e9raires (cf. Sabry 1992&nbsp;; Montalbetti &amp; Pi\u00e9gay-Gros 1994&nbsp;; Bayard 1996&nbsp;; Dawson 2016). L\u2019existence de ces travaux justifie, dans ce contexte, l\u2019usage de ce terme \u00e0 la place des prototypes de l\u2019<em>explication<\/em> et de l\u2019<em>argumentation<\/em>, dont la diff\u00e9renciation n\u2019est pas toujours ais\u00e9e ou pertinente dans le contexte du r\u00e9cit litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me point consiste \u00e0 montrer que les possibilit\u00e9s d&rsquo;ench\u00e2ssement d&rsquo;une s\u00e9quence dans une autre ne sont pas semblables suivant les s\u00e9quences envisag\u00e9es. Une narration, une description ou un dialogue peuvent \u00e9videmment se fondre dans la prise de parole d&rsquo;un personnage (ce qui correspond fondamentalement au proc\u00e9d\u00e9 de l&rsquo;ench\u00e2ssement narratif), mais l&rsquo;int\u00e9gration dans les autres types de s\u00e9quence ne sont pas sans effet sur la forme des \u00e9l\u00e9ments ench\u00e2ss\u00e9s. Par exemple un passage narratif peut \u00e9ventuellement int\u00e9grer un \u00e9change de paroles entre des personnages, sans jouer sur une alternance avec une s\u00e9quence de dialogue, mais alors, cette r\u00e9f\u00e9rence se transforme en discours <em>narrativis\u00e9<\/em>. Quant \u00e0 la description, elle peut \u00eatre plus ou moins dynamique, notamment quand elle est ench\u00e2ss\u00e9e dans l&rsquo;acte perceptif d&rsquo;un personnage, mais elle ne peut pas, en elle-m\u00eame, int\u00e9grer un dialogue ou une action, sauf \u00e0 les transformer \u00e9galement en \u00e9l\u00e9ments d\u00e9coratifs int\u00e9gr\u00e9s au cadre de l&rsquo;action. Autrement dit, chaque prototype s\u00e9quentiel induit une certaine forme linguistique, \u00e0 l&rsquo;exception du dialogue, qui se remarque d&rsquo;abord par des marques d&rsquo;entr\u00e9e et de sortie dans le discours direct d&rsquo;un personnage, lequel peut ensuite utiliser la langue \u00e0 sa guise en effa\u00e7ant plus ou moins le contexte \u00e9nonciatif dans lequel il s&rsquo;exprime.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<p>Adam, Jean-Michel (2017). <em>La Linguistique textuelle. Introduction \u00e0 l\u2019analyse textuelle des discours<\/em>, Paris, Armand Colin.<\/p>\n\n\n\n<p>Baroni, Rapha\u00ebl (2023) \u00ab&nbsp;Des virtualit\u00e9s du monde de l\u2019histoire \u00e0 la mise en intrigue&nbsp;: une alternative au sch\u00e9ma narratif&nbsp;\u00bb, <em>Pratiques<\/em>, n\u00b0 197-198.<\/p>\n\n\n\n<p>Baroni, Rapha\u00ebl (2020) \u00ab&nbsp;La s\u00e9quence&nbsp;? Quelle s\u00e9quence&nbsp;? Retour sur les usages litt\u00e9raires de la linguistique textuelle&nbsp;\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n\u00b0 188, p. 259-278. DOI&nbsp;: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/poeti.188.0259\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/poeti.188.0259<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bayard, Pierre (1996), <em>Le Hors-Sujet. Proust et la digression<\/em>, Paris, Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Dawson, Paul (2016), \u00ab&nbsp;From Digressions to Intrusions: Authorial Commentary in the Novel&nbsp;\u00bb, <em>Studies in the Novel<\/em>, n\u00b0 48 (2), p. 145-167.<\/p>\n\n\n\n<p>Montalbetti Christine &amp; Nathalie Pi\u00e9gay-Gros (1994), <em>La Digression dans le r\u00e9cit<\/em>, Paris, Bertrand-Lacoste.<\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain (2008), <em>Homo Narrans<\/em>, Limoges, Editions Lambert-Lucas.<\/p>\n\n\n\n<p>Sabry, Randa (1992), <em>Strat\u00e9gies discursives&nbsp;: digression, transition, suspens<\/em>, Paris, EHESS.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fiche de synth\u00e8se<\/h2>\n\n\n\n<p>T\u00e9l\u00e9chargez ici la fiche de synth\u00e8se (secondaire 2, lyc\u00e9e, gymnase).<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/files\/2025\/01\/Fiche-synthese-Sequences-textuelles.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Fiche synthe\u0300se Se\u0301quences textuelles.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-8d2d9757-5783-447b-ab7a-7255bd266fa5\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/files\/2025\/01\/Fiche-synthese-Sequences-textuelles.pdf\">Fiche synthe\u0300se Se\u0301quences textuelles<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/files\/2025\/01\/Fiche-synthese-Sequences-textuelles.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-8d2d9757-5783-447b-ab7a-7255bd266fa5\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut d\u00e9composer les r\u00e9cits litt\u00e9raires en quatre types de s\u00e9quences: Pour faciliter le rep\u00e9rage de ces diff\u00e9rentes s\u00e9quences, il faut distinguer clairement le r\u00e9cit, au sens g\u00e9n\u00e9ral&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1002371,"featured_media":1636,"parent":239,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-full-width-cover.php","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"class_list":["post-1298","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002371"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1298"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1298\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1836,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1298\/revisions\/1836"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/239"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1636"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}