{"id":1074,"date":"2023-02-24T10:34:10","date_gmt":"2023-02-24T09:34:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/?page_id=1074"},"modified":"2025-09-16T13:20:48","modified_gmt":"2025-09-16T11:20:48","slug":"subjectivite-de-la-narration","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/subjectivite-de-la-narration\/","title":{"rendered":"R\u00c9GIMES DE SUBJECTIVIT\u00c9"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list has-accent-color has-border-background-color has-text-color has-background\">\n<li><strong>De quoi s&rsquo;agit-il?<\/strong> &#8212; De l&rsquo;analyse du degr\u00e9 de subjectivit\u00e9 (ou d&rsquo;objectivit\u00e9) de la narration, prise \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du r\u00e9cit ou d&rsquo;une portion importante du r\u00e9cit. L&rsquo;analyse de la construction textuelle du point de vue c\u00e8de la place \u00e0 une approche plus globale, relevant de la stylistique historique, pour d\u00e9finir diff\u00e9rents r\u00e9gimes de subjectivit\u00e9 (pluriponctualit\u00e9, uniponctualit\u00e9, externalit\u00e9).<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve?<\/strong> &#8212; Il s&rsquo;agit de d\u00e9couvrir que chaque r\u00e9cit proc\u00e8de d&rsquo;un certain nombre de choix ou de contraintes historiques, qui transforment la mani\u00e8re dont le monde de l&rsquo;histoire est repr\u00e9sent\u00e9. Il n&rsquo;y a pas une seule fa\u00e7on conventionnelle d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 ce qui est racont\u00e9, mais une pluralit\u00e9 de mani\u00e8res possibles qui reposent sur des choix stylistiques et qui se justifient par des conceptions de notre rapport au monde.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;enseignant\u00b7e? <\/strong>&#8212; Il s&rsquo;agit d&rsquo;inscrire l&rsquo;analyse du dispositif narratif dans son contexte historique et culturel en liant l&rsquo;omniscience apparente de la narration pluriponctuelle ou ses restrictions (r\u00e9cit \u00e0 point de vue unique, r\u00e9cit sans point de vue interne) avec des enjeux esth\u00e9tiques ou \u00e9thiques concernant le rapport que le r\u00e9cit entretien avec le monde qu&rsquo;il raconte.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Quand le degr\u00e9 de subjectivit\u00e9 de la narration est saisi \u00e0 un niveau plus large que l&rsquo;\u00e9chelle des d\u00e9brayages locaux du point de vue du narrateur, il peut engager des ph\u00e9nom\u00e8nes qui d\u00e9finissent diff\u00e9rentes mani\u00e8res de raconter: narration dite \u00ab\u00a0omnisciente\u00a0\u00bb, narration dite \u00ab\u00a0en flux de conscience\u00a0\u00bb, narration dite \u00ab\u00a0b\u00e9havioriste\u00a0\u00bb. Il ne s&rsquo;agit plus de consid\u00e9rer l&rsquo;expression de la subjectivit\u00e9 selon l&rsquo;\u00e9chelle des personnages, mais selon celle de l&rsquo;auteur\u00b7e. Le r\u00e9gime ordinaire de la narration tend \u00e0 escamoter la subjectivit\u00e9 auctoriale, au profit d&rsquo;une narration \u00e0 point de vue variable, ou <strong>pluriponctualit\u00e9<\/strong>. fondamentale du r\u00e9cit de fiction, le but \u00e9tant de s&rsquo;inscrire dans telle ou telle esth\u00e9tique. Mais le choix ressortit \u00e0 l&rsquo;instance auctoriale d&rsquo;engager ou de restreindre cette pluriponctualit\u00e9 fondamentale du r\u00e9cit de fiction, dans le but de s&rsquo;inscrire dans telle ou telle esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Saisir le r\u00e9cit \u00e0 cette \u00e9chelle large implique donc, au-del\u00e0 des enjeux locaux de subjectivit\u00e9, de l&rsquo;aborder sous l&rsquo;angle stylistique. Dans le cadre d&rsquo;une histoire stylistique du point de vue, il existe un r\u00e9gime non marqu\u00e9 o\u00f9 cette pluriponctualit\u00e9 n&rsquo;est pas restreinte, que l&rsquo;on associe au r\u00e9cit omniscient. Les deux autres r\u00e9gimes, marqu\u00e9s, concernent ainsi les restrictions de cette pluriponctualit\u00e9. Le premier survient quand l&rsquo;auteur d\u00e9cide de ne jamais s&rsquo;\u00e9carter du point de vue interne d&rsquo;un seul personnage. Ce r\u00e9gime peut prendre la forme d&rsquo;un r\u00e9cit \u00ab\u00a0en flux de conscience\u00a0\u00bb \u00e0 la premi\u00e8re personne, ou celle d&rsquo;un \u00ab\u00a0psycho-r\u00e9cit\u00a0\u00bb (Cohn 1981) qui se pr\u00e9sente comme une narration int\u00e9rieure \u00e0 la troisi\u00e8me personne. Dans les deux cas, la narration se caract\u00e9rise par une restriction de la mobilit\u00e9 du point de vue, que ce soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du texte complet, ou \u00e0 celle d&rsquo;une grande partie de ce texte (dans <em>Le Bruit et la fureur <\/em>de Faulkner, on trouve plusieurs narrations de ce type dans un r\u00e9cit en focalisation multiple). L&rsquo;autre r\u00e9gime, encore plus restrictif, consiste \u00e0 raconter int\u00e9gralement l&rsquo;histoire sans jamais permettre d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 des personnages. Cette narration a souvent \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0b\u00e9havioriste\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Narration dite \u00ab\u00a0omnisciente\u00a0\u00bb<\/strong>,<strong> <\/strong>r\u00e9cit pluriponctuel ou \u00e0 point de vue variable: r\u00e9gime ordinaire de la fiction, dans lequel la narration n&rsquo;est pas contrainte par une source d\u00e9termin\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Narration subjective<\/strong>, r\u00e9cit \u00e0 point de vue unique,<strong> <\/strong>qui renvoie \u00e0 la technique narrative du \u00ab\u00a0flux de conscience\u00a0\u00bb: narration enti\u00e8rement filtr\u00e9e par la conscience d&rsquo;un seul personnage. On peut distinguer deux sous-cat\u00e9gories:\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le \u00ab\u00a0monologue int\u00e9rieur\u00a0\u00bb pour une narration \u00e0 la 1\u00e8re personne;<\/li>\n\n\n\n<li>le \u00ab\u00a0psycho-r\u00e9cit\u00a0\u00bb pour une narration \u00e0 la 3e personne.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Narration objective, <\/strong>ou r\u00e9cit sans point de vue interne, dit <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>b\u00e9havioriste\u00a0\u00bb: narration qui ne permet pas l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 des personnages.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rep\u00e9rage<\/h2>\n\n\n\n<p>Le rep\u00e9rage de ces trois modes de narration repose sur une analyse stylistique du <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/ressources-theoriques\/perspective-narrative\/point-de-vue\/\">point de vue<\/a> saisi \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du texte complet (ou au moins d&rsquo;une partie importante de ce texte, dans le cas de r\u00e9cits articulant plusieurs narrations en flux de conscience). <\/p>\n\n\n\n<p>Quand il s&rsquo;agit d&rsquo;une fiction, le cas par d\u00e9faut est le r\u00e9cit pluriponctuel, souvent appel\u00e9e \u00ab\u00a0narration omnisciente\u00a0\u00bb, dans lequel le point de vue est mobile. En revanche, dans le cas o\u00f9 l&rsquo;on observe l&rsquo;omnipr\u00e9sence d&rsquo;<em>un seul point de vue interne<\/em>, on parlera de r\u00e9cit uniponctuel ou \u00ab\u00a0narration subjective\u00a0\u00bb. Notons que ce type de r\u00e9cit recourt souvent, mais pas n\u00e9cessairement, au pr\u00e9sent narratif, qui synchronise le discours avec l&rsquo;actualit\u00e9 des pens\u00e9es du personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le psycho-r\u00e9cit correspond au cas du r\u00e9cit en flux de conscience r\u00e9alis\u00e9 dans une narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne. Le fait qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un r\u00e9cit uniponctuel n&#8217;emp\u00eache pas que l&rsquo;on puisse y trouver un m\u00e9lange de voix, li\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation du discours indirect libre. De tels cas induisent parfois une instabilit\u00e9 des temps verbaux, qui peuvent osciller entre le pr\u00e9sent de la pens\u00e9e et le pass\u00e9 de la narration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monologue int\u00e9rieur implique au contraire la pr\u00e9sence d&rsquo;une narration \u00e0 la premi\u00e8re personne, c&rsquo;est-\u00e0-dire un r\u00e9cit dans lequel les pronoms \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0me\u00a0\u00bb renvoient au personnage focalis\u00e9 par le r\u00e9cit, dont l&rsquo;exp\u00e9rience subjective est repr\u00e9sent\u00e9e <em>in extenso<\/em> par le discours. Cette forme est souvent li\u00e9e \u00e0 une narration au pr\u00e9sent, comme dans <em>L&rsquo;Innommable<\/em> de Samuel Beckett. Certains cas limites peuvent se rencontrer ; par exemple dans <em>La Modification<\/em> de Michel Butor, le monologue int\u00e9rieur est associ\u00e9 \u00e0 un r\u00e9cit au pr\u00e9sent \u00e0 la deuxi\u00e8me personne, ou peut donc h\u00e9siter \u00e0 le qualifier de \u00ab\u00a0psycho-r\u00e9cit\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit sans point de vue, \u00ab\u00a0narration objective\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0b\u00e9havioriste\u00a0\u00bb, est un r\u00e9cit \u00e0 la troisi\u00e8me personne dans lequel on n&rsquo;acc\u00e8de jamais \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages. Surtout repr\u00e9sent\u00e9 par des oeuvres d&rsquo;auteurs am\u00e9ricains (Chandler, Hammett, Dos Passos, Hemingway), on en trouve des exemples en fran\u00e7ais sous la plume de Manchette (<em>La position du tireur couch\u00e9<\/em>). Th\u00e9oriquement, on pourrait aussi avoir un r\u00e9cit b\u00e9havioriste \u00e0 la premi\u00e8re personne si le narrateur n&rsquo;informait jamais le lecteur sur ce qu&rsquo;il a pu penser ou \u00e9prouver au moment o\u00f9 il a v\u00e9cu les \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Finalit\u00e9s de l&rsquo;analyse<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque le point de vue est saisi \u00e0 cette \u00e9chelle macroscopique, on peut rattacher le rep\u00e9rage des diff\u00e9rents modes (pluriponctualit\u00e9, uniponctualit\u00e9, externalit\u00e9) au contexte historique et culturel dans lequel l\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 produite. En effet, telle ou telle option est g\u00e9n\u00e9ralement privil\u00e9gi\u00e9e pour des raisons esth\u00e9tiques ou \u00e9thiques qui se comprennent dans un contexte singulier. Par exemple la narration en flux de conscience se d\u00e9veloppe au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle en relation avec une transformation de notre rapport au monde et une perte de l\u00e9gitimit\u00e9 du r\u00e9alisme sociologique au profit d&rsquo;une conception plus perspectiviste, et donc relativiste, de la r\u00e9alit\u00e9. Le r\u00e9cit b\u00e9havioriste est quant \u00e0 lui \u00e9troitement li\u00e9 au genre du polar am\u00e9ricain de l&rsquo;entre-deux guerre (Dashiell Hammett, Raymond Chandler). Ce genre&nbsp;\u00ab&nbsp;hard-boiled&nbsp;\u00bb conjugue en effet un besoin propre au r\u00e9cit policier de maintenir le secret sur les motivations psychologiques des personnages, ainsi qu\u2019une m\u00e9fiance nouvelle envers les dispositifs de d\u00e9voilement de la v\u00e9rit\u00e9 tels qu\u2019ils apparaissent chez les pionniers du genre au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent (Conan Doyle, Poe).  <\/p>\n\n\n\n<p>Un travail sur le point de vue qui s&rsquo;attacherait \u00e0 un corpus litt\u00e9raire moderne (en particulier la p\u00e9riode 1850-1950) devrait partir du principe selon lequel, historiquement, les textes \u00e0 la narration identifi\u00e9e comme omnisciente s&rsquo;indexent de plus en plus, au fil du temps, \u00e0 un choix narratif non marqu\u00e9 (voire \u00e0 un non-choix). Cela reste vrai dans le cadre contemporain de la production romanesque, surtout si, depuis les divers \u00ab\u00a0retours\u00a0\u00bb (de la transitivit\u00e9, du sujet, du moi, de l&rsquo;histoire, etc.), on consid\u00e8re la p\u00e9riode formaliste des ann\u00e9es 50-80 (Nouveau Roman, Oulipo, Tel Quel, etc.) comme une parenth\u00e8se plus ou moins referm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette fermeture (\u00e9videmment discutable) correspond, dans les discours th\u00e9oriques contemporains inform\u00e9s par la sociologie, l&rsquo;anthropologie, la psychanalyse, la didactique ou la philosophie, entre autres, un retour \u00e0 l&rsquo;auteur comme valeur significative pour l&rsquo;analyse. Renouvel\u00e9e \u00e9galement par un int\u00e9r\u00eat historiquement r\u00e9cent de la critique acad\u00e9mique pour la production contemporaine, cette pr\u00e9sence auctoriale concurrence sans l&rsquo;abolir celle du narrateur. \u00c0 ce dernier, on doit les questionnements relatifs au <em>savoir<\/em>, interne au d\u00e9veloppement de la di\u00e9g\u00e8se. Au premier, s&rsquo;attachent des probl\u00e9matiques li\u00e9es au <em>pouvoir<\/em> de l&rsquo;\u00e9criture. Dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;enseignement de la litt\u00e9rature semble de plus en plus associ\u00e9 \u00e0 un savoir-faire scriptural et cr\u00e9atif, ce n&rsquo;est pas le moindre des enjeux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Questions de terminologie<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;explique Genette, le terme <em>omniscience<\/em> est trompeur, dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019auteur n\u2019a rien \u00e0 &lsquo;savoir&rsquo;, puisqu\u2019il invente tout\u00a0\u00bb (2007: 348). Genette, en lien avec sa th\u00e9orie de la focalisation, sugg\u00e8re plut\u00f4t de parler d'\u00a0\u00bb<em>information compl\u00e8te<\/em>\u00a0\u00bb (2007&nbsp;: 349) lorsqu&rsquo;il semble qu&rsquo;aucun obstacle ne s&rsquo;oppose \u00e0 la libert\u00e9 apparente de l&rsquo;instance narrative, qui peut entrer \u00e0 sa guise dans n&rsquo;importe quelle conscience. La notion de \u00ab\u00a0compl\u00e9tude\u00a0\u00bb doit cependant \u00eatre elle-m\u00eame nuanc\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 il est toujours possible d&rsquo;ajouter des informations sur le monde racont\u00e9. Le caract\u00e8re prolif\u00e9rant des franchises de divertissement illustre clairement le caract\u00e8re in\u00e9puisable des univers narratifs, dont l&rsquo;expansion est \u00e0 priori sans limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la notion de narration dite \u00ab\u00a0omnisciente\u00a0\u00bb renvoie en r\u00e9alit\u00e9 non seulement \u00e0 un savoir qui semble souvent exc\u00e9der les connaissances que les personnages peuvent avoir des \u00e9v\u00e9nements dans lesquels ils sont engag\u00e9s, mais elle caract\u00e9rise surtout la libert\u00e9 de l&rsquo;auteur de faire varier les points de vue, d&rsquo;entrer (ou non) dans telle ou telle conscience pour nous informer (ou non) de ce que pensent ou per\u00e7oivent diff\u00e9rents personnages, tout en jouant sur des interventions du narrateur qui peut commenter les \u00e9v\u00e9nements \u00e0 sa guise. C&rsquo;est la raison pour laquelle nous rattachons la notion de \u00ab\u00a0narration omnisciente\u00a0\u00bb \u00e0 la th\u00e9orie du point de vue et non \u00e0 celle de la focalisation. Autrement dit, l&rsquo;omniscience est plus <em>qualitative<\/em> que <em>quantitative<\/em>: elle est li\u00e9e \u00e0 une libert\u00e9 de choix sans contraintes li\u00e9es \u00e0 la perspective narrative, et elle est associ\u00e9e \u00e0 des commentaires du narrateur indiquant une connaissance sans limite des enjeux narratifs, et non \u00e0 la possibilit\u00e9 th\u00e9orique de repr\u00e9senter l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du monde de l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, comme l&rsquo;expliquent les tenants d&rsquo;une th\u00e9orie \u00ab\u00a0po\u00e9tique\u00a0\u00bb de la narration (Patron 2009), cette libert\u00e9 manifest\u00e9e par la narration en r\u00e9gime de pluriponctualit\u00e9 semble distinguer le r\u00e9cit de fiction du r\u00e9cit factuel, dans la mesure o\u00f9 il n&rsquo;est pas possible, pour un narrateur qui raconte des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els, de naviguer aussi ais\u00e9ment dans les consciences des diff\u00e9rentes parties prenantes de l&rsquo;intrigue. L&rsquo;omniscience est donc surtout une omnipotence: elle caract\u00e9rise un r\u00e9gime de narration qui exploite une potentialit\u00e9 pragmatique du r\u00e9cit en r\u00e9gime fictionnel, dont les entit\u00e9s sont issues de l&rsquo;imagination de l&rsquo;auteur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<p>Baroni, Rapha\u00ebl (2021) \u00abPerspective narrative, focalisation et point de vue&nbsp;: pour une synth\u00e8se\u00bb, <em>Fabula Lht<\/em>, n\u00b0 25, <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.fabula.org\/lht\/25\/baroni.html\" target=\"_blank\">en ligne<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cohn, Dorrit (1981), <em>La Transparence int\u00e9rieure<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u00a0Po\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Genette, G\u00e9rard (2007), <em>Discours du r\u00e9cit<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u00a0Points\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Martin-Achard, Fr\u00e9d\u00e9ric (2017), <em>Voix intimes, voix sociales: usages du monologue romanesque aujourd&rsquo;hui<\/em>, Paris, Classiques Garnier.<\/p>\n\n\n\n<p>Niederhoff, Burkhard (2011), \u00abFocalization\u00bb, <em>The Living Handbook of Narratology<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.lhn.uni-hamburg.de\/article\/focalization\">en ligne<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2019), \u00ab\u00a0Th\u00e9ories po\u00e9tiques de la narration\u00a0\u00bb, <em>Glossaire du R\u00e9NaF<\/em>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/narratologie\/2019\/09\/theories-poetiques-de-la-narration-poetic-theories-of-narration\/\">en ligne<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>Patron, Sylvie (2009), <em>Le Narrateur<\/em>, Paris, Armand Colin.<\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain (2008), <em>Homo Narrans<\/em>, Limoges, Editions Lambert-Lucas, deux volumes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand le degr\u00e9 de subjectivit\u00e9 de la narration est saisi \u00e0 un niveau plus large que l&rsquo;\u00e9chelle des d\u00e9brayages locaux du point de vue du narrateur, il peut&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1001512,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-full-width.php","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"class_list":["post-1074","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1074","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001512"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1074"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1074\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2109,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1074\/revisions\/2109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/dinarr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1074"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}