{"id":820,"date":"2021-11-01T18:45:21","date_gmt":"2021-11-01T17:45:21","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/?p=820"},"modified":"2021-11-24T11:38:18","modified_gmt":"2021-11-24T10:38:18","slug":"lexil-des-communard-es","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/11\/lexil-des-communard-es\/","title":{"rendered":"L\u2019exil des communards"},"content":{"rendered":"<p style=\"background-color: #eee7e4;text-align: left\"><strong>Pour celles et ceux des vaincus de 1871 un tant soit peu connus qui n\u2019\u00e9taient pas morts ou en prison, la fuite hors de France fut souvent la seule possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 \u00ab l\u2019expiation compl\u00e8te \u00bb promise par M. Thiers. Mais en quoi consista, concr\u00e8tement, cette fuite ?<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>L\u2019exil des communards parisiens et provinciaux reste aujourd\u2019hui encore une question insuffisamment connue. Il est d\u2019ailleurs assez r\u00e9v\u00e9lateur qu\u2019il ait fallu attendre 2003 pour que soit tent\u00e9e une premi\u00e8re synth\u00e8se par Marc Vuilleumier, notre coll\u00e8gue suisse r\u00e9cemment disparu, \u00e0 qui je tiens ici \u00e0 rendre publiquement hommage.<\/p>\n<p>Je me propose donc de proc\u00e9der \u00e0 un rapide tour d\u2019horizon concernant l\u2019\u00e9tat de nos connaissances en pointant quelques questions d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral ou m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p>Pour celles et ceux des vaincus un tant soit peu connus qui n\u2019\u00e9taient pas morts ou en prison, la fuite hors de France fut souvent la seule possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 \u00ab l\u2019expiation compl\u00e8te \u00bb promise par M. Thiers.<\/p>\n<h3>Partir donc, mais o\u00f9\u00a0?<\/h3>\n<p>D\u2019abord il fallait trouver un pays d\u2019accueil dont les portes ne soient pas d\u2019embl\u00e9e ferm\u00e9es aux r\u00e9fugi\u00e9s politiques communeux, ce qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre \u00e9vident. Il fallait de plus que ce pays offre des garanties de s\u00e9curit\u00e9 suffisantes face aux \u00e9ventuelles demandes d\u2019extradition formul\u00e9es par la France.<\/p>\n<p>Sur ces deux points, la situation variait d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Aux \u00c9tats-Unis les r\u00e9fugi\u00e9s politiques \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des immigr\u00e9s ordinaires et admis sans aucune restriction\u00a0; en Grande-Bretagne il existait une solide tradition d\u2019accueil des exil\u00e9s politiques et, depuis l\u2019affaire Simon Bernard en avril 1858, les r\u00e9fugi\u00e9s se savaient prot\u00e9g\u00e9s par les tribunaux anglais. En Belgique, les communards fugitifs \u00e9taient tol\u00e9r\u00e9s \u00e0 la condition de s\u2019engager \u00e0 ne pas avoir d\u2019activit\u00e9 politique. En Suisse la situation \u00e9tait diff\u00e9rente dans chaque canton\u00a0; mais d\u00e8s juillet 1871, le canton de Gen\u00e8ve refusa de donner suite \u00e0 la demande d\u2019extradition qui visait Razoua apr\u00e8s que sections locales de l\u2019AIT eurent agit\u00e9 la question de l\u2019ind\u00e9pendance nationale, et cela semble avoir dissuad\u00e9 les autorit\u00e9s fran\u00e7aises de faire d\u2019autres tentatives dans ce sens. Ailleurs, les probl\u00e8mes se r\u00e9glaient souvent au cas par cas.<\/p>\n<div id=\"attachment_823\" style=\"width: 209px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/1-Razoua-.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-823\" class=\"size-medium wp-image-823\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/1-Razoua--199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/1-Razoua--199x300.jpg 199w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/1-Razoua-.jpg 622w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-823\" class=\"wp-caption-text\">Le refus oppos\u00e9 par les tribunaux du canton de Gen\u00e8ve \u00e0 la demande d\u2019extradition d\u2019Eug\u00e8ne Razoua dissuada la France de renouveler ce genre de proc\u00e9dure (collection particuli\u00e8re).<\/p><\/div>\n<p>Pour les candidats \u00e0 l\u2019exil, deux autres crit\u00e8res avaient \u00e9galement une grande importance\u00a0: la proximit\u00e9 g\u00e9ographique du pays d\u2019accueil avec l\u2019Hexagone, car dans l\u2019attente du retour esp\u00e9r\u00e9, la plupart d\u2019entre eux souhaitaient ne pas trop s\u2019en \u00e9loigner\u00a0; et si possible qu\u2019on y parle fran\u00e7ais. C\u2019est ainsi qu\u2019en Belgique la quasi totalit\u00e9 des communards s\u2019install\u00e8rent \u00e0 Bruxelles et en Wallonie, et il en alla de m\u00eame en Suisse, o\u00f9 les r\u00e9fugi\u00e9s, notamment ceux qui s\u2019\u00e9taient compromis dans les tentatives communalistes de la moiti\u00e9 sud de la France, pl\u00e9biscit\u00e8rent les cantons francophones, et particuli\u00e8rement la ville de Gen\u00e8ve si proche de la fronti\u00e8re, alors m\u00eame que la Suisse al\u00e9manique offrait bien davantage d\u2019opportunit\u00e9s d\u2019emploi.<\/p>\n<p>Reste que les candidats au d\u00e9part saisirent en g\u00e9n\u00e9ral la premi\u00e8re opportunit\u00e9 qui s\u2019offrait \u00e0 eux, sans vraiment choisir. On sait que certains d\u2019entre eux b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent de l\u2019aide de diverses fili\u00e8res organis\u00e9es\u00a0: les militants suisses et belges de l\u2019AIT se montr\u00e8rent les plus actifs dans ce domaine en apportant \u00e0 Paris des passeports en blanc, mais a aussi connaissance d\u2019exfiltrations organis\u00e9es par certains milieux radicaux ou Franc-ma\u00e7ons, et m\u00eame protestants. On ignore combien de fugitifs b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent de ce type d\u2019aide, mais en tout \u00e9tat de cause cela ne concerna qu\u2019une petite minorit\u00e9. Quelques autres purent s\u2019en remettre individuellement \u00e0 des solidarit\u00e9s professionnelles ou amicales pour b\u00e9n\u00e9ficier de documents d\u2019identit\u00e9 pr\u00eat\u00e9s ou d\u2019un voyage clandestin en train, d\u00e9guis\u00e9s en chauffeur de locomotive. On peut m\u00eame citer le cas du sous-gouverneur en charge de la Banque de France durant la Commune, le marquis de Ploeuc, qui accompagna en personne jusqu\u2019en Suisse Charles Beslay, l\u2019ancien d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 communard \u00e0 la Banque. Mais la grande majorit\u00e9 des fugitifs ne purent compter que sur eux-m\u00eames et durent se contenter de partir l\u00e0 o\u00f9 ils pouvaient.<\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons, le choix du premier pays d\u2019accueil fut au mieux un choix contraint, et le plus souvent un non-choix.<\/p>\n<h3>Quel fut le nombre de ces exil\u00e9s\u00a0?<\/h3>\n<p>Il est l\u00e0 encore difficile de r\u00e9pondre avec pr\u00e9cision. On sait que 3\u00a0313 condamnations par contumaces furent prononc\u00e9es. Mais tous ces condamn\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas partis en exil. Certains avaient \u00e9t\u00e9 sommairement ex\u00e9cut\u00e9s, d\u2019autres se terraient en province en s\u2019effor\u00e7ant de dissimuler leur identit\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, beaucoup avaient simplement anticip\u00e9 une condamnation jug\u00e9e in\u00e9vitable, mais qui parfois ne se mat\u00e9rialisa pas \u00e0 cause de l\u2019engorgement des cours martiales. \u00c0 tous ceux-l\u00e0 doivent aussi \u00eatre ajout\u00e9s les quelque 300 pr\u00e9venus condamn\u00e9s \u00e0 des peines de bannissement.<\/p>\n<p>En l\u2019absence d\u2019une liste officielle compil\u00e9e par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, la seule mani\u00e8re de parvenir \u00e0 une estimation plausible du nombre des exil\u00e9s communeux est d\u2019additionner les effectifs connus pour chacun des pays d\u2019accueil. Soit pour la Suisse sans doute moins de 1 000 individus (dont 500 dans la seule ville de Gen\u00e8ve) ; 1 700 pour la Belgique ; et moins de 2 000 pour la Grande-Bretagne. D\u2019autres pays encore en accueillirent au total peut-\u00eatre trois centaines (environ 200 aux \u00c9tats-Unis, une poign\u00e9e en Italie, en Espagne, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Uruguay et en Argentine, etc.). En ajoutant les \u00e9pouses et les enfants qui suivirent parfois le p\u00e8re de famille dans sa fuite ou le rejoignirent au bout de quelques mois, on arrive \u00e0 un total de l\u2019ordre de 5 \u00e0 6 000 personnes.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 ici est double. D\u2019abord la documentation disponible s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne en fonction des dispositions l\u00e9gales et des pratiques propres \u00e0 chaque pays d\u2019accueil, mais aussi suivant la p\u00e9riode. On dispose ainsi d\u2019une liste nominative assez pr\u00e9cise compil\u00e9e par les autorit\u00e9s pour la Belgique ; pour la Grande-Bretagne une liste nominative a \u00e9t\u00e9 reconstruite par l\u2019historien Paul Martinez, qui pense avoir identifi\u00e9 entre 80 et 90 % des exil\u00e9s. Pour les \u00c9tats-Unis, on en conna\u00eet sans doute un peu plus de la moiti\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 leur presse. En revanche, en ce qui concerne la Suisse, il r\u00e8gne un certain flou, car quand ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s, les recensements cantonaux concernant les exil\u00e9s sont d\u2019une fiabilit\u00e9 variable. Reste aussi le probl\u00e8me des femmes, invisibles parmi les invisibles, dont on n\u2019apprend souvent la pr\u00e9sence en exil que de fa\u00e7on incidente.<\/p>\n<div id=\"attachment_824\" style=\"width: 219px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/2-Perrier-Jules-.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-824\" class=\"size-medium wp-image-824\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/2-Perrier-Jules--209x300.jpg\" alt=\"\" width=\"209\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/2-Perrier-Jules--209x300.jpg 209w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/2-Perrier-Jules-.jpg 709w\" sizes=\"auto, (max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-824\" class=\"wp-caption-text\">Capitaine de la Garde nationale sous la Commune, Jules Perrier r\u00e9ussit \u00e0 gagner Gen\u00e8ve o\u00f9 il ouvrit un magasin sp\u00e9cialis\u00e9 dans le tissu de deuil. Il devint ult\u00e9rieurement le premier grand collectionneur de souvenirs de la Commune (collection particuli\u00e8re).<\/p><\/div>\n<p>De plus, au-del\u00e0 des deux premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019exil certaines sources commencent \u00e0 se se tarir et les renseignements deviennent moins pr\u00e9cis. Avec l\u2019usure du temps, la presse des exil\u00e9s s\u2019\u00e9tiole et leur action militante d\u00e9cline du fait de la crise que conna\u00eet l\u2019AIT, \u00e0 laquelle beaucoup ont adh\u00e9r\u00e9\u00a0; par ailleurs la surveillance par les polices locales et\/ou fran\u00e7aises, ainsi que par les consuls tend \u00e0 se rel\u00e2cher. Il en r\u00e9sulte que l\u2019\u00e9tat des nos connaissances est fluctuant suivant les pays.<\/p>\n<p>Ensuite, on sait que les exil\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s nombreux \u00e0 multiplier les d\u00e9placements d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre \u2013 pour des raisons d\u2019ailleurs tr\u00e8s diverses\u00a0: recherche d\u2019un emploi, d\u2019un climat plus cl\u00e9ment, pour \u00e9chapper \u00e0 des tracasseries polici\u00e8res ou aller retrouver des amis, etc. Il faut donc prendre garde \u00e0 ne pas les compter deux fois ou plus et proc\u00e9der \u00e0 des v\u00e9rifications en prenant en compte les itin\u00e9raires individuels, du moins quand ils nous sont connus.<\/p>\n<h3>Qu\u2019\u00e9tait-ce que la vie en exil\u00a0?<\/h3>\n<p>Nous n\u2019avons l\u00e0 aussi qu\u2019une connaissance parcellaire. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la France, les communards en fuite se trouvaient certes en s\u00e9curit\u00e9, mais confront\u00e9s \u00e0 toute une s\u00e9rie de probl\u00e8mes intrins\u00e8quement li\u00e9s \u00e0 leur nouvelle condition d\u2019exil\u00e9.<\/p>\n<p>On sait que le temps de l\u2019exil est born\u00e9 par deux moments, celui de l\u2019arriv\u00e9e et celui du retour, et travers\u00e9 par une interrogation lancinante, celle de la dur\u00e9e. Car l\u2019exil\u00e9 vit dans une attente permanente et ne s\u2019installe pratiquement jamais d\u00e9finitivement. Dans le cas des communards, apr\u00e8s la fin de non-recevoir oppos\u00e9e aux premi\u00e8res demandes d\u2019amnistie de l\u2019automne 1871, il apparut tr\u00e8s vite que l\u2019attente allait \u00eatre longue. Il fallait donc s\u2019organiser pour tenir dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans leur vie de chaque jour, difficile par d\u00e9finition, une des consolations offertes aux communards r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e9tait le fait d\u2019appartenir \u00e0 une communaut\u00e9, et parfois d\u2019y trouver aide mat\u00e9rielle et soutien moral, en se retrouvant notamment dans divers lieux de sociabilit\u00e9 o\u00f9 ils pouvaient \u00e9changer souvenirs et espoirs de revanche prochaine.<\/p>\n<div id=\"attachment_825\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-825\" class=\"size-medium wp-image-825\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve-300x216.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"216\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve-300x216.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve-1024x737.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve-768x553.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve-1536x1105.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/3-Re\u0301fugie\u0301s-de-la-Commune-a\u0300-Gene\u0300ve.jpg 1668w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-825\" class=\"wp-caption-text\">Le Caf\u00e9 du Levant \u00e0 Gen\u00e8ve, un des lieux o\u00f9 les exil\u00e9s communeux aimaient \u00e0 se retrouver. (Le Monde illustr\u00e9, collection particuli\u00e8re).<\/p><\/div>\n<p>Pourtant, en d\u00e9pit d\u2019une fraternit\u00e9 politique r\u00e9\u00e9lle reposant \u00e0 la fois sur un v\u00e9cu commun, sur des d\u00e9testations unanimes (des despotes en g\u00e9n\u00e9ral et de Thiers en particulier, de la bourgeoisie affairiste et des massacreurs du peuple, \u2026), ainsi que sur quelques id\u00e9aux largement partag\u00e9s, tels leur foi en une r\u00e9publique qui serait d\u00e9mocratique et sociale \u2013 encore que des d\u00e9saccords \u00e9taient susceptibles d\u2019appara\u00eetre d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agissait de pr\u00e9ciser le contenu de la formule \u2013, les lignes de fracture politiques \u00e9taient nombreuses et les causes de f\u00e2cherie tout autant. Dans plusieurs cas, celles-ci d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent en conflits ouverts, avec des accusations <em>ad hominem<\/em>, parfois tranch\u00e9es par des jurys d\u2019honneur, voire par des bagarres ou un duel.<\/p>\n<p>Tandis que la France paraissait entrer dans une phase de normalisation et d\u2019apaisement en s\u2019effor\u00e7ant d\u2019oublier le d\u00e9nouement sanglant de la Commune, constat qui semble avoir engendr\u00e9 chez beaucoup d\u2019exil\u00e9s une lente mont\u00e9e de la d\u00e9sesp\u00e9rance, les divisions politiques en leur sein, l\u2019\u00e9clatement de l\u2019Internationale en deux tendances se vouant une haine r\u00e9ciproque avant son rapide d\u00e9clin, les man\u0153uvres en sous-main des blanquistes, qui tent\u00e8rent en 1873-74 une v\u00e9ritable OPA sur une Internationale d\u00e9j\u00e0 moribonde, les difficult\u00e9s \u00e0 trouver des relais de propagande en France et la crainte r\u00e9currente d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat royaliste furent autant de facteurs \u00e0 l\u2019origine d\u2019une fragmentation progressive de la communaut\u00e9 des exil\u00e9s. Sans compter que nombre d\u2019entre eux furent par la force des choses contraints d\u2019opter pour des strat\u00e9gies de survie individuelles \u2013 je vais y revenir \u2013, prenant du m\u00eame coup leurs distances avec la vie collective du groupe.<\/p>\n<p>On peut cependant constater qu\u2019\u00e0 partir des contacts nou\u00e9s au sein de la communaut\u00e9 exil\u00e9e, il se cr\u00e9a toute une s\u00e9rie de r\u00e9seaux, g\u00e9n\u00e9ralement de nature politique, dont la r\u00e9activation p\u00e9riodique, y compris apr\u00e8s le retour d\u2019exil, laisse deviner qu\u2019ils ne cess\u00e8rent sans doute jamais totalement de fonctionner, ne serait-ce qu\u2019au ralenti, ou sur la base d\u2019affinit\u00e9s personnelles.<\/p>\n<h3>Quelle fut l\u2019influence et les r\u00e9percussions de la pr\u00e9sence des exil\u00e9s communards dans la vie politique int\u00e9rieure des pays d\u2019accueil ?<\/h3>\n<p>M\u00eame si on poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 quelques indications par exemple pour la Suisse, gr\u00e2ce l\u00e0 encore \u00e0 Marc Vuilleumier, ou pour les Etats-Unis, c\u2019est un point qui reste encore largement \u00e0 explorer.<\/p>\n<h4>Questions de m\u00e9thode\u00a0: les fruits d\u2019une approche de bas en haut<\/h4>\n<p>Si elle est n\u00e9cessaire, une approche de haut en bas ne saurait \u00e0 elle seule \u00e9puiser la question qui nous pr\u00e9occupe. Il faut donc l\u2019aborder de fa\u00e7on \u00e0 renverser la perspective, en proc\u00e9dant de bas en haut, par une approche plus cibl\u00e9e des exil\u00e9s pris en tant qu\u2019individus. Il est en effet essentiel d\u2019insister sur ce point : si l\u2019exil constitua une exp\u00e9rience collective, ce fut aussi pour chacun des protagonistes concern\u00e9s une exp\u00e9rience singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Car en d\u00e9pit de leur appartenance \u00e0 une communaut\u00e9, et parfois m\u00eame \u00e0 cause de son existence, chaque exil\u00e9 restait individuellement confront\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s sans nombre. On conna\u00eet les plaies de l\u2019exil telles que les a d\u00e9finies \u00c9tienne Arago alors qu\u2019il vivait lui-m\u00eame une exp\u00e9rience douloureuse en Suisse une d\u00e9cennie plus t\u00f4t<a id=\"fnref-1\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-1\">[1]<\/a>\u00a0: tout exil\u00e9 est individuellement victime de l\u2019oisivet\u00e9 forc\u00e9e et de son isolement, d\u2019o\u00f9 un sentiment de d\u00e9couragement croissant et, paradoxalement, une exacerbation de son orgueil national qui tend \u00e0 le couper de la population locale. Il rumine son humiliation qui le pousse \u00e0 se r\u00e9pandre en r\u00e9criminations. Sans compter le fait qu\u2019il doit vivre dans la crainte perp\u00e9tuelle des mouchards et des agents provocateurs \u2013 craintes qui ne relevaient pas du fantasme, car les archives de la police fran\u00e7aise ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un certain nombre de cas de trahison av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 une autre raison qui rend la question de l\u2019exil difficile \u00e0 appr\u00e9hender pour l\u2019historien. Si les exil\u00e9s ont bien partag\u00e9 une exp\u00e9rience collective, il y a aussi dans l\u2019exil une dimension tr\u00e8s personnelle. Et, il faut le dire, les principaux concern\u00e9s se sont d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale montr\u00e9s peu enclins \u00e0 s\u2019\u00e9pancher sur cette p\u00e9riode difficile de leur vie. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ce qu\u2019ils ont partag\u00e9 et qui leur est commun, chacun d\u2019entre eux pouvait vivre une m\u00eame situation de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente. Il importe donc de reprendre la question au niveau du v\u00e9cu de chaque individu, en sachant que l\u2019on va immanquablement se heurter \u00e0 des difficult\u00e9s encore plus importantes concernant la recherche de sources.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re chose qui frappe quand on suit des itin\u00e9raires individuels, c\u2019est que l\u2019arriv\u00e9e en terre d\u2019exil fut un moment particuli\u00e8rement difficile. Alors m\u00eame que sauf exception les vaincus se retrouvaient totalement d\u00e9munis et d\u00e9stabilis\u00e9s, il leur fallait surmonter le choc d\u2019une r\u00e9adaptation dans un environnement profond\u00e9ment \u00e9tranger. Tous les probl\u00e8mes \u00e9taient \u00e0 r\u00e9soudre simultan\u00e9ment\u00a0: assurer le pain quotidien, trouver un logement, un travail, le cas \u00e9ch\u00e9ant se familiariser avec une langue inconnue, affronter les diff\u00e9rences culturelles, se conformer aux lois en vigueur sous peine d\u2019\u00eatre sanctionn\u00e9 ou expuls\u00e9. Ce fut sans doute le moment o\u00f9 la solidarit\u00e9 des nationaux des pays d\u2019accueil fut la plus indispensable. Or, presque partout, la population locale se montra au mieux m\u00e9fiante et le plus souvent hostile face \u00e0 ceux qui lui avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s par la presse comme des monstres sanguinaires. Seule exception notable, la petite frange politis\u00e9e qui gravitait autour des sections de l\u2019Internationale et qui avait eu acc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres sources d\u2019information concernant la r\u00e9alit\u00e9 de la Commune. M\u00eame si elle diminua progressivement, la solidarit\u00e9 de cette poign\u00e9e de coreligionaires politiques fut dans bien des cas un r\u00e9confort pr\u00e9cieux, car c\u2019est de ceux-l\u00e0 que vinrent les premi\u00e8res aides \u00e0 l\u2019installation. Ainsi \u00e0 New York, le Suisse Constant Christenert, qui tenait une pension, nourrit et logea les r\u00e9fugi\u00e9s communards \u00e0 leur arriv\u00e9e le temps qu\u2019ils puissent trouver un travail. En Angleterre, en Suisse, en Belgique et aux \u00c9tats-Unis, les sections de l\u2019AIT organis\u00e8rent plusieurs souscriptions qui vinrent s\u2019ajouter aux maigres subsides arrivant de France. Reste que les r\u00e9fugi\u00e9s connurent le plus souvent une existence d\u2019embl\u00e9e marqu\u00e9e par une pr\u00e9carit\u00e9 \u00e0 peine att\u00e9nu\u00e9e par cette solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Assez rapidement, les exil\u00e9s prirent eux-m\u00eames l\u2019initiative de construire des formes d\u2019entraide : restaurants coop\u00e9ratifs, comme la Marmite sociale \u00e0 Gen\u00e8ve et \u00e0 Bruxelles, \u00e9coles pour les enfants de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Londres, aides financi\u00e8res par le biais de soci\u00e9t\u00e9s comme La Solidarit\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve ou, plus tard, les tombolas organis\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s de Londres (parmi les lots un tableau de Courbet ou des ouvrages d\u00e9dicac\u00e9s de Marx\u2026). L\u2019entraide joua parfois aussi dans la recherche d\u2019un emploi. On peut par exemple citer l\u2019entreprise de construction m\u00e9canique cr\u00e9\u00e9e par Langevin et Avrial en Alsace, qui employa un certain nombre de rescap\u00e9s de la Commune avant d\u2019\u00eatre contrainte de fermer par d\u00e9cision des autorit\u00e9s allemandes, ou encore \u00e0 Lausanne Paul Pia, qui fit embaucher plusieurs exil\u00e9s install\u00e9s en Suisse par la soci\u00e9t\u00e9 de chemin de fer qu\u2019il \u00e9tait charg\u00e9 de liquider<a id=\"fnref-2\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Au final, les communards exil\u00e9s connurent des fortunes vari\u00e9es qu\u2019il faut appr\u00e9cier au cas par cas, en fonction de leurs aptitudes professionnelles et de la situation \u00e9conomique du moment \u2013 et on sait par exemple \u00e0 quel point la crise \u00e9conomique mondiale de 1873-1874 s\u2019av\u00e9ra d\u00e9stabilisante pour le march\u00e9 de l\u2019empoi \u2013, parfois aussi de circonstances fortuites. \u00c0 une extr\u00e9mit\u00e9 de l\u2019\u00e9ventail il y eut quelques r\u00e9ussites notables\u00a0: le fondeur d\u2019art Z\u00e9phirin Cam\u00e9linat, ancien directeur de la Monnaie, r\u00e9ussit son int\u00e9gration en Angleterre, s\u2019y remaria apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de sa compagne, et y cr\u00e9a une entreprise m\u00e9tallurgique ainsi que plusieurs commerces rapidement prosp\u00e8res\u00a0; mais il poss\u00e9dait les rudiments de la langue. Ou en Suisse l\u2019ancien colonel Adolphe Bertheault, qui fonda \u00e0 Gen\u00e8ve une entreprise de construction, laquelle remporta le march\u00e9 de l\u2019\u00e9dification du monument Brunswick. Autres exemples un peu surprenants, le colonel Brunel, entr\u00e9 sur concours \u00e0 l\u2019\u00c9cole navale de Dartmouth en Grande-Bretagne comme professeur et qui eut pour \u00e9l\u00e8ve le futur \u00c9douard VII, ou encore Paul Martine, ancien normalien, qui devint le pr\u00e9cepteur des enfants du commandant de la Garde imp\u00e9riale en Russie. On conna\u00eet aussi quelques cas de reconversion r\u00e9ussie\u00a0: on pense par exemple \u00e0 Jean-Louis Pindy, \u00e9b\u00e9niste de m\u00e9tier, devenu essayeur-poin\u00e7onneur d\u2019or jur\u00e9 dans le Jura suisse, o\u00f9 il s\u2019installa d\u00e9finitivement.<\/p>\n<div id=\"attachment_826\" style=\"width: 239px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/4-Pindy-J-L-.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-826\" class=\"size-medium wp-image-826\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/4-Pindy-J-L--229x300.jpg\" alt=\"\" width=\"229\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/4-Pindy-J-L--229x300.jpg 229w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/11\/4-Pindy-J-L-.jpg 592w\" sizes=\"auto, (max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-826\" class=\"wp-caption-text\">Membre \u00e9lu de la Commune, colonel gouverneur de l\u2019H\u00f4tel de Ville, Jean-Louis Pindy se r\u00e9fugia en Suisse o\u00f9 il milita activement au sein de la F\u00e9d\u00e9ration jurassienne de l\u2019Internationale. Install\u00e9 \u00e0 La Chaux-de-Fonds, il obtint le brevet cantonal d\u2019essayeur-jur\u00e9 en 1876 et fut re\u00e7u premier au concours d\u2019essayeur-poin\u00e7onneur des mati\u00e8res d\u2019or et d\u2019argent soumises au contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat (collection particuli\u00e8re).<\/p><\/div>\n<p>Il faut d\u2019ailleurs noter \u00e0 propos de cette petite minorit\u00e9 que leur r\u00e9ussite n\u2019entra\u00eena pas de renoncements id\u00e9ologiques spectaculaires.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, beaucoup de r\u00e9fugi\u00e9s semblent avoir eu une vie passablement voire extr\u00eamement difficile, \u00e0 l\u2019image du journaliste et chansonnier Jean-Baptiste Cl\u00e9ment, qui fut contraint d\u2019avoir recours \u00e0 divers exp\u00e9dients pour survivre. Quant au g\u00e9n\u00e9ral Okolowicz, qui vivotait \u00e0 Bruxelles de son petit n\u00e9goce en mercerie, il \u00e9vita l\u2019expulsion gr\u00e2ce \u00e0 la protection d\u2019un politicien catholique conservateur personnellement tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par ses talents de racommodeur de porcelaines de Chine. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la vie des communards exil\u00e9s fut plut\u00f4t al\u00e9atoire.<\/p>\n<p>Retracer dans le d\u00e9tail des milliers de parcours d\u2019exil\u00e9s reste pour l\u2019instant un objectif difficilement atteignable. L\u2019exp\u00e9rience nous donne cependant quelques bonnes raisons d\u2019esp\u00e9rer que l\u2019av\u00e8nement de l\u2019informatique et l\u2019engouement pour la g\u00e9n\u00e9alogie d\u00e9bouchera sur des \u00e9changes fructueux d\u2019information avec la cinqui\u00e8me ou sixi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de leurs descendants.<\/p>\n<h3>Retourner au pays\u00a0?<\/h3>\n<p>Pour en finir avec cet inventaire, il reste une question importante \u00e0 \u00e9voquer, celle du retour au pays. Gr\u00e2ce aux travaux de Laure Godineau, c\u2019est sans doute le chapitre le mieux connu de l\u2019histoire de l\u2019exil communard. Je me contenterai donc de quelques remarques g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>Longtemps ardemment esp\u00e9r\u00e9, le retour au pays s\u2019av\u00e9ra souvent difficile. Quasiment une d\u00e9cennie s\u2019\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e, et une page nouvelle \u00e9tait en train de s\u2019\u00e9crire\u00a0: la R\u00e9publique (conservatrice et mod\u00e9r\u00e9e) \u00e9tait d\u00e9sormais solidement install\u00e9e et la situation politique avait chang\u00e9. L\u2019usine rempla\u00e7ait un peu partout l\u2019atelier et, \u00e9prouv\u00e9s par les difficult\u00e9s de la p\u00e9riode qu\u2019ils venaient de vivre et par les efforts consentis pour s\u2019adapter \u00e0 un mode de vie totalement diff\u00e9rent, ceux qui revenaient n\u2019\u00e9taient plus les m\u00eames. Pour beaucoup, le retour d\u2019exil s\u2019apparenta dans les faits \u00e0 un deuxi\u00e8me exil, avec son lot de nouvelles souffrances v\u00e9cues comme la prolongation de celles de l\u2019exil, et avec pour ces hommes et ces femmes le sentiment amer de se sentir \u00e9tranger dans un pays qu\u2019ils pensaient \u00eatre le leur, mais qui ne ressemblait pas vraiment \u00e0 celui qu\u2019ils avaient id\u00e9alis\u00e9 durant leur \u00e9loignement forc\u00e9. En d\u00e9pit de l\u2019accueil triomphal r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 quelques grandes figures comme Rochefort, Vall\u00e8s ou Louise Michel, le retour des exil\u00e9s, mais aussi des d\u00e9port\u00e9s amnisti\u00e9s, se fit dans une relative indiff\u00e9rence et leur r\u00e9installation au sein de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise fut souvent difficile et d\u00e9cevante.<\/p>\n<p>Rien de surprenant donc \u00e0 ce que le retour en politique des anciens exil\u00e9s ait \u00e9t\u00e9 divers. Alors qu\u2019ils se trouvaient d\u00e9sormais devant un mouvement ouvrier nouveau et diff\u00e9rent, qui s\u2019\u00e9tait b\u00e2ti sans eux \u2013 nonobstant l\u2019aide apport\u00e9e en coulisse par Malon \u00e0 l\u2019occasion du congr\u00e8s ouvrier de Marseille qui vota en 1879 un programme collectiviste \u2013, il ne se forma pas le \u00ab\u00a0parti de la Commune\u00a0\u00bb que certains avaient esp\u00e9r\u00e9 depuis l\u2019exil. On peut n\u00e9anmoins rappeler qu\u2019une poign\u00e9e d\u2019anciens exil\u00e9s furent \u00e9lus \u00e0 diff\u00e9rents postes de responsabilit\u00e9, et que l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019exil communard ne fut pas sans influence sur la vie politique \u00e0 la gauche de l\u2019\u00e9chiquier fran\u00e7ais, puisqu\u2019\u00e0 l\u2019exception de Jaur\u00e8s, tous les chefs de file des principaux courants se r\u00e9clamant du socialisme furent d\u2019anciens exil\u00e9s ou d\u00e9port\u00e9s\u00a0: Eudes et Vaillant pour les blanquistes, Malon, Guesde, Lafargue, Brousse, ou encore Allemane, pour sa part ancien d\u00e9port\u00e9 en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Mais d\u2019autres, bien plus nombreux, firent le choix de se cantonner dans une pratique militante locale ou se fondirent dans l\u2019anonymat.<\/p>\n<p>La page de l\u2019\u00e9pisode communaliste se trouva d\u00e8s lors en partie tourn\u00e9e, laissant progressivement aux comm\u00e9morations puis aux historiens le soin d\u2019en perp\u00e9tuer la m\u00e9moire.<\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\"><em>Michel Cordillot est professeur \u00e9m\u00e9rite de civilisation am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris-8. Il a r\u00e9cemment coordonn\u00e9 <\/em>La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, les lieux<em>, Paris, \u00e9ditions de l\u2019Atelier, 2021.<\/em><\/p>\n<h3>Note de bas de page<\/h3>\n<ol>\n<li id=\"fn-1\">\u00c9tienne Arago, <em>Une voix de l\u2019exil<\/em>. Gen\u00e8ve, Blanchard, 1860 ; \u00ab Les sept plaies de l\u2019exil \u00bb, p. 211-213. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-1\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-2\">A ce propos, voir le <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/09\/proscrits-de-la-commune-a-lausanne\/\">billet de Christian Marmy<\/a> sur ce blog. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-2\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><\/a><span id=\"sample-permalink\"><\/span><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\">Pour citer ce billet de blog : Michel Cordillot, \u00ab L\u2019exil des communards \u00bb, <em>Blog du Centre Walras-Pareto<\/em>, 1 novembre 2021, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/11\/lexil-des-communard-es\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/11\/lexil-des-communard-es\/<\/a>.<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour celles et ceux des vaincus de 1871 un tant soit peu connus qui n\u2019\u00e9taient pas morts ou en prison, la fuite hors de France fut souvent la seule possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 \u00ab l\u2019expiation&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":195,"featured_media":825,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"image","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[93],"tags":[31,29,92,74,83],"class_list":{"0":"post-820","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-image","5":"has-post-thumbnail","7":"category-michel-cordillot","8":"tag-19e-siecle","9":"tag-en-francais","10":"tag-exil","11":"tag-la-commune-de-1871-150-ans","12":"tag-suisse","13":"post_format-post-format-image"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/820","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/195"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=820"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/820\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":935,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/820\/revisions\/935"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/825"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=820"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=820"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=820"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}