{"id":733,"date":"2021-09-05T16:51:43","date_gmt":"2021-09-05T14:51:43","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/?p=733"},"modified":"2021-10-01T18:52:04","modified_gmt":"2021-10-01T16:52:04","slug":"auguste-blanqui-et-la-commune-1-sur-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/09\/auguste-blanqui-et-la-commune-1-sur-2\/","title":{"rendered":"Auguste Blanqui et la Commune (1\/2) : Blanqui, penseur de la r\u00e9volution"},"content":{"rendered":"<p style=\"background-color: #eee7e4;text-align: left\"><strong>S\u2019il n\u2019a pas directement particip\u00e9 \u00e0 la Commune de Paris, le r\u00e9volutionnaire Auguste Blanqui est cependant li\u00e9 \u00e0 elle de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Les 150 ans de la Commune nous offrent donc une belle occasion de revenir un peu sur la vie et la pens\u00e9e d\u2019un homme finalement assez m\u00e9connu.<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>Alors que le soul\u00e8vement fondateur de la Commune \u00e9clate le 18 mars 1871, Auguste Blanqui est enferm\u00e9 depuis la veille sur ordre du gouvernement de Thiers en repr\u00e9sailles \u00e0 sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat du 31 octobre 1870. Blanqui, qui ne sera lib\u00e9r\u00e9 que neuf ans plus tard, est donc absent durant tout l\u2019\u00e9pisode de la Commune. Pourtant, malgr\u00e9 cette absence, et parfois m\u00eame sous l\u2019angle de celle-ci, le nom de Blanqui revient souvent lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019aborder la Commune. Si l\u2019\u00e9ternel r\u00e9volutionnaire manque la derni\u00e8re r\u00e9volution du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il exerce encore une influence politique non n\u00e9gligeable dans la p\u00e9riode qui la pr\u00e9c\u00e8de. En t\u00e9moigne notamment la place occup\u00e9e par les blanquistes \u2013 quel que soit le sens accord\u00e9 \u00e0 ce mot \u2013 dans les institutions de la Commune.<\/p>\n<p>Saisissons donc l\u2019occasion pour revenir dans ce premier billet sur la vie, la pens\u00e9e et les actions d\u2019un homme, qui, pour incarner peut-\u00eatre le mieux l\u2019id\u00e9e r\u00e9volutionnaire qui traverse le si\u00e8cle, s\u2019en trouve parfois caricatur\u00e9. Ce premier aper\u00e7u nous conduira \u00e0 l\u2019aube de la Commune, p\u00e9riode durant laquelle Blanqui oscille entre l\u2019imp\u00e9ratif r\u00e9volutionnaire et celui de d\u00e9fendre la patrie dans la guerre contre la Prusse.<\/p>\n<p>Dans un second billet \u00ab\u00a0Auguste Blanqui et la Commune : pr\u00e9sence d\u2019une absence\u00a0\u00bb, nous interrogerons plus sp\u00e9cifiquement les liens entre Blanqui et la Commune, notamment au travers de l\u2019importance qui a pu \u00eatre accord\u00e9e \u00e0 son absence et du r\u00f4le des blanquistes dans la p\u00e9riode. Nous verrons ensuite comment Blanqui semble apr\u00e8s la Commune se d\u00e9tourner un temps des contingences de la politique par l\u2019\u00e9criture d\u2019un texte en apparence \u00e9tonnant\u00a0: <em>L<\/em>\u2019<em>\u00c9ternit\u00e9 par les Astres.<\/em><\/p>\n<h3>Un bref portrait politique d\u2019Auguste Blanqui\u00a0<\/h3>\n<h4>L\u2019option r\u00e9volutionnaire<\/h4>\n<p>On r\u00e9sume difficilement en quelques lignes une vie presque enti\u00e8rement vou\u00e9e \u00e0 l\u2019action politique sous sa forme la plus radicale, qui d\u00e9bute d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1820 au sein des cercles estudiantins et dans la fr\u00e9quentation des groupes carbonaristes et saint-simoniens, pour s\u2019achever le 1<sup>er<\/sup> janvier 1881, quelques jours apr\u00e8s une ultime r\u00e9union politique consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019anticl\u00e9ricalisme et la d\u00e9fense du drapeau rouge contre le drapeau tricolore.<\/p>\n<p>Disons, bien trop rapidement, que la vie d\u2019Auguste Blanqui est centr\u00e9e autour de l\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution, r\u00e9volution \u00e0 laquelle il n\u2019a de cesse d\u2019appeler et de se pr\u00e9parer. Derri\u00e8re cette d\u00e9termination r\u00e9volutionnaire, un constat simple\u00a0: la r\u00e9volution, le renversement par la force du pouvoir en place pour son remplacement par quelque chose de tout \u00e0 fait autre, est la seule option politique susceptible d\u2019apporter une v\u00e9ritable solution \u00e0 la domination politique, sociale, \u00e9conomique d\u2019une classe sur l\u2019autre qui structure la soci\u00e9t\u00e9. Si Blanqui se plonge dans le bouillonnement politique d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es 1820, cette conviction r\u00e9volutionnaire se fixe au tournant des ann\u00e9es 1830, suite notamment \u00e0 la r\u00e9volution de 1830 et plus encore \u00e0 l\u2019am\u00e8re constat qu\u2019il tire rapidement de l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du duc d\u2019Orl\u00e9ans et du sort que fait celui-ci \u00e0 une r\u00e9volution qui se voulait r\u00e9publicaine.<\/p>\n<div id=\"attachment_740\" style=\"width: 253px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/Blanqui_Auguste.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-740\" class=\"size-medium wp-image-740\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/Blanqui_Auguste-243x300.jpg\" alt=\"\" width=\"243\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/Blanqui_Auguste-243x300.jpg 243w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/Blanqui_Auguste-768x948.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/Blanqui_Auguste.jpg 808w\" sizes=\"auto, (max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-740\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab Portrait de Louis-Auguste Blanqui \u00bb par Am\u00e9lie-Suzanne Serre (son \u00e9pouse), vers 1835,<br \/>Peinture, Mus\u00e9e Carnavalet, Paris<\/p><\/div>\n<p>La r\u00e9volution puise donc pour Blanqui sa n\u00e9cessit\u00e9 dans les structures de classe de la soci\u00e9t\u00e9. Sur ce point, celui qui fr\u00e9quente au tournant des ann\u00e9es 1830 les milieux saint-simoniens notamment comme journaliste au <em>Globe<\/em> et membre de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis du Peuple, s\u2019inspire autant de la pens\u00e9e du comte Saint-Simon qu\u2019il ne la d\u00e9tourne. Saint-Simon, dans plusieurs textes c\u00e9l\u00e8bres, met en avant le fait que la soci\u00e9t\u00e9 est compos\u00e9e de diff\u00e9rentes classes, aux positions et r\u00f4les sociaux distincts. Pour comprendre les dynamiques sociales et apporter des r\u00e9ponses politiques, il est donc n\u00e9cessaire selon lui d\u2019analyser les relations qui d\u00e9finissent ces classes et de d\u00e9limiter pr\u00e9cis\u00e9ment la place que chacune doit occuper, dans l\u2019optique de limiter les conflits les opposant et d\u2019assurer <em>in fine<\/em> le progr\u00e8s social auquel elles ont toutes int\u00e9r\u00eat. Pour Blanqui, \u00e0 l\u2019inverse, la soci\u00e9t\u00e9 est avant tout compos\u00e9e de deux classes absolument antagonistes et aux int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s, les dominants et les domin\u00e9s. Toutes les prises de positions et analyses des diff\u00e9rents enjeux sociaux qu\u2019il propose dans ses articles ou discours sont ainsi structur\u00e9es par cet antagonisme premier et le conflit de classe qu\u2019il manifeste. L\u2019ordre social est l\u2019expression d\u2019une \u00ab\u00a0guerre entre les riches et les pauvres\u00a0\u00bb<a id=\"fnref-1\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-1\">[1]<\/a> qui se traduit par l\u2019accaparement par quelques-uns de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et des outils de production au d\u00e9triment du peuple des \u00ab\u00a0prol\u00e9taires\u00a0\u00bb, victime d\u2019une \u00ab\u00a0spoliation permanente\u00a0\u00bb<a id=\"fnref-2\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-2\">[2]<\/a>. Cette domination se d\u00e9cline sur le terrain politique, les d\u00e9tenteurs du pouvoir s\u2019opposant aux exclus du champ politique et le parti des dominants monopolisant la production du savoir et de l\u2019information sous forme de propagande conservatrice et religieuse pour manipuler une population maintenue volontairement dans l\u2019ignorance. Sur le plan moral, enfin, les dominants \u00ab\u00a0oisifs\u00a0\u00bb et immoraux sont l\u2019exact oppos\u00e9 du peuple travailleur et honn\u00eate<a id=\"fnref-3\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Entre ces deux groupes, il n\u2019y a selon lui pas de convergences ni de r\u00e9conciliation possibles, le renversement de l\u2019un par l\u2019autre par la r\u00e9volution appara\u00eet comme la seule option. Blanqui ne d\u00e9vie jamais de cette ligne, refusant de transiger avec les diff\u00e9rents r\u00e9gimes qu\u2019il voit se succ\u00e9der, cherchant toujours \u00e0 affirmer la n\u00e9cessit\u00e9 du soul\u00e8vement populaire, \u00e0 l\u2019appeler de ses v\u0153ux dans ses discours et \u00e0 en penser secr\u00e8tement l\u2019organisation et le plan d\u2019action strat\u00e9gique. \u00c0 ce titre \u00e9galement, il en vient \u00e0 s\u2019opposer frontalement \u00e0 tous les discours politiques porteurs d\u2019une pr\u00e9tention \u00e0 d\u00e9passer l\u2019antagonisme de classe par une autre voie. Cette n\u00e9gation de la n\u00e9cessit\u00e9 r\u00e9volutionnaire n\u2019a en effet pour lui comme seule cons\u00e9quence que de permettre le maintien du statu quo\u00a0: \u00ab\u00a0Saint-simoniens, fouri\u00e9ristes, positivistes, ont tous d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la r\u00e9volution\u00a0\u00bb<a id=\"fnref-4\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-4\">[4]<\/a>, \u00e9crit-il ainsi encore en 1872 \u00e0 propos de ses trois adversaires favoris.<\/p>\n<p>Les \u00e9crits de Blanqui sont \u00e9pars. \u00c0 l\u2019exception notable de <em>Critique Sociale <\/em>(1885), d\u2019<em>Instruction pour une prise d\u2019armes <\/em>(1868) et de <em>l\u2019\u00c9ternit\u00e9 par les astres <\/em>(1872), ils nous sont parvenus principalement sous la forme d\u2019articles de journaux ou d\u2019extraits de discours. Sa pens\u00e9e se pr\u00e9sente donc de fa\u00e7on assez peu structur\u00e9e ou synth\u00e9tis\u00e9e et, pour cette raison notamment, il est souvent apparu comme un penseur assez insignifiant, bien moins capable ou soucieux de th\u00e9orie qu\u2019obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019action r\u00e9volutionnaire. C\u2019est notamment ainsi que le pr\u00e9sente l\u2019historiographie marxiste qui, tout en lui redonnant une certaine visibilit\u00e9 et en rendant hommage au r\u00e9volutionnaire intransigeant, se pla\u00eet \u00e0 voir en lui une forme de Marx inabouti, \u00ab\u00a0pas en mesure de s\u2019\u00e9lever \u00e0 la compr\u00e9hension mat\u00e9rialiste dialectique du d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb<a id=\"fnref-5\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-5\">[5]<\/a>. Maurice Dommanget, dont il faut rappeler toujours l\u2019importance de l\u2019\u0153uvre consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019Enferm\u00e9<a id=\"fnref-6\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-6\">[6]<\/a>, souligne pourtant malicieusement et \u00e0 raison l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 de la conception de la lutte des classes chez Blanqui, se risquant m\u00eame \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une influence de Blanqui sur Karl Marx<a id=\"fnref-7\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-7\">[7]<\/a>. Sans aller jusque-l\u00e0, notons simplement des influences saint-simoniennes communes et un m\u00eame mouvement de transformation du r\u00f4le accord\u00e9 \u00e0 la structuration en classes chez Saint-Simon. Au reste, on serait tent\u00e9 de dire que ce n\u2019est pas dans ses proximit\u00e9s avec l\u2019\u0153uvre de Marx que r\u00e9side le plus grand int\u00e9r\u00eat de la pens\u00e9e de Blanqui, mais au contraire dans ce qui l\u2019en distingue, et le distingue \u00e9galement de la plupart des courants de pens\u00e9e socialistes du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<h4>Un penseur antidogmatique dans le si\u00e8cle des philosophies de l\u2019histoire\u00a0<\/h4>\n<p>Ainsi, bien qu\u2019elle ne se laisse lire le plus souvent qu\u2019en creux, l\u2019originalit\u00e9 de la pens\u00e9e de Blanqui est sans doute \u00e0 chercher dans sa critique des conceptions progressistes et d\u00e9terministes de l\u2019histoire, et dans son rejet d\u2019une conceptualisation dogmatique de la politique qui irait puiser ses fondements dans la science, la religion, ou dans la rencontre entre les deux. En effet, derri\u00e8re le souci singulier qu\u2019a Blanqui de s\u2019opposer aux discours niant le caract\u00e8re n\u00e9cessaire de la r\u00e9volution, on d\u00e9couvre en filigrane une critique aussi lucide qu\u2019originale de la fa\u00e7on dont ces discours sont structur\u00e9s par une philosophie de l\u2019histoire et une id\u00e9e de progr\u00e8s. On comprend alors comment pour Blanqui, ces conceptions progressistes ou scientistes tendent \u00e0 substituer \u00e0 la valeur performative de l\u2019action des individus un sens de l\u2019histoire, enfermant ainsi le peuple dans une passivit\u00e9 qui lui interdit d\u2019\u00eatre au principe de sa propre \u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Sa critique de l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s comme n\u00e9cessit\u00e9, et de son caract\u00e8re anti-r\u00e9volutionnaire, trouve un \u00e9cho tout \u00e0 fait pertinent dans la fa\u00e7on dont il d\u00e9construit la dimension dogmatique ou scientiste des discours \u00ab\u00a0progressistes\u00a0\u00bb, dans leur pr\u00e9tention \u00e0 d\u00e9duire par la science des principes d\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 et\/ou des certitudes historiques pour le pr\u00e9sent et l\u2019avenir. Certitudes qui, l\u00e0 encore, neutralisent la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019action r\u00e9volutionnaire. En coh\u00e9rence avec cette critique, la pens\u00e9e de Blanqui, aussi tourn\u00e9e vers la r\u00e9volution soit-elle, se veut totalement antidogmatique. Blanqui se montre en effet prolixe dans ses d\u00e9monstrations sur les m\u00e9canismes des formes de la domination et sur les raisons qui font de la r\u00e9volution le seul horizon possible de rupture politique. Il insiste sur la n\u00e9cessaire instauration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur des principes qu\u2019il caract\u00e9rise de \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb qui viendrait \u00e0 bout de la domination \u00e9conomique par le r\u00e9gime d\u2019association, la domination intellectuelle par l\u2019\u00e9ducation gratuite, la\u00efque et obligatoire pour tous et toutes, etc. Il se refuse cependant explicitement \u00e0 d\u00e9velopper un programme ou syst\u00e8me politique d\u00e9taill\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-r\u00e9volution. Puisque les principes d\u2019une organisation sociale et politique ne peuvent se d\u00e9terminer scientifiquement, qu\u2019il est de m\u00eame impossible d\u2019anticiper sur l\u2019avenir par des d\u00e9ductions scientifiques \u00e0 caract\u00e8re messianique, la r\u00e9volution est ainsi pour lui une v\u00e9ritable rupture cognitive, dont on ne peut d\u00e9terminer <em>a priori<\/em> l\u2019organisation \u00e0 laquelle elle aboutira. En somme, pr\u00e9tendre anticiper ou d\u00e9terminer ce que sera l\u2019apr\u00e8s-r\u00e9volutionnaire, est en soi pour Blanqui une n\u00e9gation de la r\u00e9volution dans sa potentialit\u00e9 cr\u00e9atrice d\u2019une organisation autre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab<em>\u00a0Une r\u00e9volution improvise en un jour plus d\u2019id\u00e9es que trente ans de veilles n\u2019en peuvent arracher aux cerveaux de mille penseurs<\/em>\u00a0\u00bb<a id=\"fnref-8\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La meilleure illustration de la fa\u00e7on dont Blanqui parvient \u00e0 penser \u00e0 la fois la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019action politique et le refus de pr\u00e9sumer ce qu\u2019il sera fait de cette action se trouve sans doute dans la fa\u00e7on dont il d\u00e9veloppe le r\u00f4le de l\u2019\u00e9ducation, notamment dans sa <em>Critique Sociale. <\/em>Puisque la science, le savoir ne doivent ni ne peuvent pas transmettre ou imposer les principes d\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 (au contraire par exemple, de ce que th\u00e9orisent Fourier ou Comte), l\u2019\u00e9ducation doit surtout chez Blanqui d\u00e9velopper l\u2019esprit critique des individus, les prot\u00e9ger de la manipulation intellectuelle et de la propagande en tant qu\u2019ils constituent des ressorts de la domination. La fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9ducation permet aux individus de se pr\u00e9munir de la manipulation et de l\u2019utilisation des uns par les autres est alors pour lui l\u2019un des moteurs de l\u2019instauration du communisme apr\u00e8s la r\u00e9volution. Celui-ci n\u2019est pas dict\u00e9 scientifiquement, ou r\u00e9sultant d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 historique, mais devrait pouvoir s\u2019imposer <em>de facto<\/em> une fois d\u00e9truites les institutions, lois, forces arm\u00e9es sur lesquelles reposent le pouvoir en place, et que par un acc\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, les individus peuvent se pr\u00e9munir en quelque sorte les uns des autres.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h4>L\u2019activiste r\u00e9volutionnaire\u00a0: La r\u00e9volution pour le peuple mais sans le peuple\u00a0?<\/h4>\n<p>Ce n\u2019est alors pas sans paradoxe que Blanqui, inspir\u00e9 sur ce point par les th\u00e8ses babouvistes et sa rencontre avec le r\u00e9volutionnaire Buonarroti dans les cercles de la Charbonnerie au d\u00e9but des ann\u00e9es 1830, n\u2019en con\u00e7oit pas moins l\u2019action politique comme du ressort d\u2019une minorit\u00e9 \u00e9clair\u00e9e. Le peuple des domin\u00e9s est ainsi selon lui dans sa grande majorit\u00e9 sous l\u2019emprise d\u2019une d\u00e9pendance \u00e9conomique, d\u2019une exclusion du jeu politique et d\u2019une ignorance maintenue par la propagande politique et religieuse qui l\u2019emp\u00eachent de concevoir son propre int\u00e9r\u00eat, d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019initiative de la r\u00e9solution du conflit de classe. Ainsi, s\u2019il ne d\u00e9laisse jamais d\u00e8s qu\u2019il en a l\u2019opportunit\u00e9 un r\u00f4le d\u2019informateur public, l\u2019organisation de l\u2019action politique prend toujours chez lui la forme de soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes \u00e0 la structure militaire et r\u00e9solument verticale d\u2019inspiration carbonariste. Avec Barb\u00e8s, ils sont notamment \u00e0 l\u2019initiative de la Soci\u00e9t\u00e9 des Saisons, \u00e0 la t\u00eate de laquelle ils tentent sans succ\u00e8s de mener en 1839 un renversement par les armes de la monarchie de Juillet.<\/p>\n<div id=\"attachment_760\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-760\" class=\"size-medium wp-image-760\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960-300x300.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960-1019x1024.jpg 1019w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960-80x80.jpg 80w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/image_anonyme_republique_rouge_auguste_blanqui_fevrier_1848_nd12378_784960-320x320.jpg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-760\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab R\u00e9publique rouge, Auguste Blanqui \u00bb , m\u00e9daille cuivre et dorure, f\u00e9vrier 1848<\/p><\/div>\n<p>La situation d\u2019emprise dans laquelle la population est selon lui plac\u00e9e le conduit \u00e9galement \u00e0 th\u00e9oriser la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une p\u00e9riode de dictature post-r\u00e9volutionnaire ayant vocation \u00e0 s\u00e9curiser la r\u00e9volution, en annihilant compl\u00e8tement les institutions du r\u00e9gime renvers\u00e9, et en s\u2019assurant que le peuple soit suffisamment inform\u00e9 de ses int\u00e9r\u00eats pour ne pas \u00eatre tent\u00e9 de redonner le pouvoir \u00e0 ceux \u00e0 qui il vient d\u2019\u00eatre \u00f4t\u00e9. Dans cette logique, Blanqui s\u2019oppose farouchement en avril 1848 aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales qui doivent suivre la r\u00e9volution, r\u00e9clamant un ajournement d\u2019un an au moins\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le peuple ne sait pas, il faut qu\u2019il sache. Ce n\u2019est pas l\u2019\u0153uvre d\u2019un jour, ni d\u2019un mois\u00a0<\/em>\u00bb<a id=\"fnref-9\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-9\">[9]<\/a>. La victoire aux \u00e9lections des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s puis la suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements menant au coup d\u2019\u00c9tat de 1851 confirment pour Blanqui l\u2019id\u00e9e que des \u00e9lections trop h\u00e2tives conduisent \u00e0 redonner le pouvoir \u00e0 ceux qui le d\u00e9tenaient la veille. Il revient ensuite r\u00e9guli\u00e8rement sur cet \u00e9pisode, reprochant notamment \u00e0 tous les membres du Gouvernement Provisoire de 1848 d\u2019avoir trahi la r\u00e9volution dans leur empressement \u00e0 organiser ses \u00e9lections au scenario selon lui \u00e9crit d\u2019avance.\u00a0<\/p>\n<p>Toujours r\u00e9solument actif, Blanqui se retrouve dans les mois qui suivent les \u00e9lections de 1848 \u2013 presque malgr\u00e9 lui si on en croit le r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements que propose Gustave Geoffroy<a id=\"fnref-10\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-10\">[10]<\/a> \u2013 \u00e0 la t\u00eate de la manifestation du 15 mai en soutien \u00e0 la Pologne, dont la tournure insurrectionnelle le conduit \u00e0 prendre part \u00e0 la proclamation d\u2019un gouvernement insurrectionnel \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville. L\u2019insurrection \u00e9tant d\u00e9jou\u00e9e, il est condamn\u00e9 lors du proc\u00e8s qui s\u2019en suit \u00e0 la prison \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Il n\u2019est lib\u00e9r\u00e9 qu\u2019en 1859, pour \u00eatre de nouveau enferm\u00e9 deux ans plus tard apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 accus\u00e9, vraisemblablement \u00e0 tort cette fois-ci, de comploter contre l\u2019Empire. Emprisonn\u00e9 \u00e0 Saint-P\u00e9lagie il est d\u00e9plac\u00e9, souffrant, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Necker dont il parvient \u00e0 s\u2019\u00e9chapper en 1865 pour gagner clandestinement la Belgique. Blanqui \u00ab\u00a0l\u2019Enferm\u00e9\u00a0\u00bb paie ainsi son engagement r\u00e9volutionnaire par de longues et nombreuses p\u00e9riodes d\u2019enfermement dans des conditions souvent terribles.<\/p>\n<h3>Blanqui, \u00e0 l\u2019aube de la Commune\u00a0: le rendez-vous manqu\u00e9<\/h3>\n<h4>Un Blanqui toujours r\u00e9volutionnaire rejoint par les blanquistes<\/h4>\n<p>\u00c2g\u00e9 de soixante ans, Blanqui est en 1865 un prisonnier en fuite. Exil\u00e9 \u00e0 Bruxelles, il effectue cependant \u00e0 partir de 1867 des s\u00e9jours discrets \u00e0 Paris. \u00c0 partir de 1868 sa pr\u00e9sence parisienne semble s\u2019intensifier, alors que s\u2019accentue la contestation du r\u00e9gime imp\u00e9rial. Dans un climat de tension grandissante, Blanqui, contraint \u00e0 la clandestinit\u00e9, entreprend depuis 1867 de remettre en place avec quelques fid\u00e8les gravitant autour de lui comme Eudes, Granger ou Tridon, une organisation susceptible d\u2019entreprendre une insurrection arm\u00e9e. La forme reste sensiblement identique \u00e0 celle des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Avec le m\u00eame groupe de fid\u00e8les, il entame en parall\u00e8le une activit\u00e9 de publication semi-clandestine, dont est issu par exemple le journal <em>Candide <\/em>au destin \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. C\u2019est ce groupe, qui s\u2019organise autour de Blanqui en vue d\u2019une insurrection arm\u00e9e tout en continuant \u00e0 attaquer par la presse le r\u00e9gime de Napol\u00e9on III, que l\u2019on appelle commun\u00e9ment le mouvement blanquiste.<\/p>\n<p>Lors des derni\u00e8res ann\u00e9es du Second Empire, Blanqui, qui b\u00e9n\u00e9ficie finalement d\u2019une amnistie en 1869, dispose gr\u00e2ce \u00e0 son capital insurrectionnel et sa figure de martyre\u00a0d\u2019une aura r\u00e9volutionnaire certaine. Il faut pr\u00e9ciser cependant que Blanqui est loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 m\u00eame au sein du camp r\u00e9publicain. Son image reste en effet ternie par l\u2019affaire dite du \u00ab\u00a0document Taschereau\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir la publication en 1848 d\u2019un document suppos\u00e9 prouver la d\u00e9nonciation par Blanqui en 1839 d\u2019une partie des membres de la Soci\u00e9t\u00e9 des Saisons. S\u2019il est raisonnable de penser l\u2019affaire mont\u00e9e de toutes pi\u00e8ces, elle ne lui vaut pas moins une inimiti\u00e9 aussi forte que durable de la part de Barb\u00e8s (avec lequel il semble brouill\u00e9 depuis l\u2019\u00e9chec de 1839) et de ses proches, dont un certain Delescluze, c\u2019est \u00e0 dire d\u2019une partie importante du camp r\u00e9volutionnaire. Toujours en 1848, en finissant par s\u2019opposer au Gouvernement Provisoire puis \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e issue des \u00e9lections d\u2019avril, Blanqui s\u2019est \u00e9galement comport\u00e9 en adversaire de beaucoup de r\u00e9publicains plus ou moins mod\u00e9r\u00e9s comme Ledru-Rollin, Raspail, Arago ou Louis Blanc.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, il semblerait que Blanqui incarne pour les jeunes militants de la cause r\u00e9publicaine que sont Gustave Tridon, \u00c9douard Vaillant ou George Clemenceau une sorte de figure tut\u00e9laire, porteuse de l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1830 et 1848, ce qui lui conf\u00e8re un pouvoir d\u2019entra\u00eenement non n\u00e9gligeable. Au plus haut, l\u2019organisation militaire qu\u2019il dirige alors aurait compt\u00e9 pr\u00e8s de 2500 hommes, si on en croit G. Geoffroy. Il fournit \u00e9galement en publiant en 1868 <em>Instruction pour une prise d\u2019armes <\/em>un v\u00e9ritable manuel d\u2019insurrection, qui d\u00e9taille d\u00e9p\u00f4t d\u2019armes par d\u00e9p\u00f4t d\u2019armes et rue par rue la fa\u00e7on dont doit s\u2019effectuer la prise d\u2019arme. C\u2019est la m\u00eame ann\u00e9e qu\u2019il entame \u00e9galement la r\u00e9daction de <em>Critique Sociale<\/em>, o\u00f9 il reprend voire intensifie les conceptions politiques d\u00e9velopp\u00e9es plus haut\u00a0: la p\u00e9riode de dictature provisoire, qu\u2019il estimait devoir durer une ann\u00e9e en 1848, devrait d\u00e9sormais \u00eatre d\u2019au moins dix ans. Pourtant, si Blanqui pr\u00e9pare et met en mots la prise d\u2019armes, il semble en 1868-69 \u00eatre peu d\u00e9sireux de lancer l\u2019offensive, malgr\u00e9 l\u2019impatience de certains de ses proches. Tout en \u00e9tant un promoteur de l\u2019insurrection, il est en effet attach\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne la lancer qu\u2019au moment opportun, c\u2019est-\u00e0-dire lorsqu\u2019une une partie significative du peuple parisien sera dispos\u00e9e \u00e0 rejoindre la cause des premiers insurg\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand finalement, toujours sous la pression d\u2019une partie des blanquistes, Blanqui d\u00e9cide enfin d\u2019une premi\u00e8re sortie\u00a0en armes le 12 janvier 1870 dans le cadre de l\u2019enterrement du journaliste Victor Noir, tu\u00e9 par un membre de la famille imp\u00e9riale, l\u2019explosion esp\u00e9r\u00e9e n\u2019a en effet pas lieu. Une deuxi\u00e8me tentative le 14 ao\u00fbt, dans le contexte de la d\u00e9route de la guerre en cours contre la Prusse et avec pour objectif la proclamation d\u2019une R\u00e9publique qui permettrait d\u2019assurer le succ\u00e8s militaire, ne conna\u00eet pas un meilleur sort. Blanqui ne parvient \u00e0 r\u00e9unir qu\u2019une centaine d\u2019hommes l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9taient encore plus de 2000 en janvier. L\u2019objectif \u00e9tait la prise d\u2019une caserne \u00e0 la Villette mais en l\u2019absence de la r\u00e9action populaire attendue, Blanqui ordonne la dispersion apr\u00e8s un bref \u00e9change de tirs et une discussion infructueuse avec les soldats pr\u00e9sents.<\/p>\n<h4>Blanqui et <em>La Patrie en Danger<\/em><\/h4>\n<div id=\"attachment_739\" style=\"width: 218px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/La-Patrie-en-danger.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-739\" class=\"wp-image-739 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/La-Patrie-en-danger-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"208\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/La-Patrie-en-danger-208x300.jpg 208w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/La-Patrie-en-danger-708x1024.jpg 708w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/La-Patrie-en-danger-768x1110.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/09\/La-Patrie-en-danger.jpg 830w\" sizes=\"auto, (max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-739\" class=\"wp-caption-text\">La Patrie en Danger<\/p><\/div>\n<p>Le 4 septembre 1870, quand la d\u00e9faite militaire provoque la chute du Second Empire quelques semaines seulement apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des blanquistes, Blanqui affirme imm\u00e9diatement son soutien au nouveau r\u00e9gime r\u00e9publicain. L\u2019urgence qui d\u00e9coule de la d\u00e9faite face \u00e0 la Prusse et ses alli\u00e9es le pousse ainsi \u00e0 relayer au second plan les divergences politiques et, par cons\u00e9quent, la question sociale. D\u00e8s le 7 septembre, Blanqui lance ainsi le journal <em>La Patrie en Danger<\/em>, o\u00f9 il publie quasi quotidiennement des articles dans lesquels il insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de reprendre et de gagner la guerre, distille des conseils sur l\u2019organisation militaire et la d\u00e9fense de Paris et multiplie les appels \u00e0 la mobilisation de toute la nation dans l\u2019effort de guerre. Il s\u2019engage \u00e9galement lui-m\u00eame concr\u00e8tement, en parvenant \u00e0 se faire nommer \u00e0 la mi-septembre commandant d\u2019un bataillon de d\u00e9fense de Paris.<\/p>\n<p>L\u2019ardeur patriotique que manifeste Blanqui a de quoi surprendre\u00a0: le patriotisme ou le nationalisme n\u2019occupent aucune place dans ses discours avant le d\u00e9but de la guerre contre la Prusse. Ce patriotisme, de circonstance, n\u2019en demeure pas moins ind\u00e9niable tout au long du conflit. On peut supposer que cette volont\u00e9 de d\u00e9fense de la nation et le refus radical de la d\u00e9faite qui l\u2019accompagne sont autant la d\u00e9fense d\u2019un espace politique dont Blanqui affirme le potentiel r\u00e9publicain et r\u00e9volutionnaire (la d\u00e9fense de la France comme \u00e9chelle de la r\u00e9volution possible) que l\u2019expression d\u2019un attachement national. Force est de constater cependant la teneur r\u00e9solument patriotique des propos qu\u2019il tient dans <em>La Patrie en danger<\/em> ou dans les discours qu\u2019il prononce presque chaque jour au Caf\u00e9 des Halles :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0<em>N\u2019oubliez pas que demain on va combattre, non pour un gouvernement pour des int\u00e9r\u00eats de caste ou de parti, non pas m\u00eame pour l\u2019honneur, les principes, les id\u00e9es, mais pour ce qui est la vie, la respiration de tous, pour ce qui constitue l\u2019\u00eatre humain dans sa plus noble manifestation, pour la patrie.\u00a0<\/em>\u00bb<a id=\"fnref-11\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-11\">[11]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la menace sur Paris se renforce, le 10 septembre, il d\u00e9veloppe m\u00eame une vision proprement raciale de la guerre, \u00e9voquant la \u00ab\u00a0<em>f\u00e9rocit\u00e9 d\u2019Odin\u00a0<\/em>\u00bb et la volont\u00e9 des prussiens de voir p\u00e9rir la \u00ab<em>\u00a0race latine<\/em>\u00a0\u00bb. Il semblerait que la dimension eschatologique que Blanqui conf\u00e8re \u00e0 la guerre justifie alors de laisser de c\u00f4t\u00e9 toutes les questions d\u2019ordre politique et social. Pourtant, Blanqui en revient \u00e0 la politique face \u00e0 la succession des \u00e9checs militaires. Au fil des d\u00e9faites et de l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e prussienne, ses textes et discours se chargent de critiques de plus en plus virulentes des choix strat\u00e9giques des gouvernements successifs et la conduite de la guerre par le g\u00e9n\u00e9ral Trochu. Accus\u00e9 de division, Blanqui se voit vite retirer le commandement de son bataillon. Ses critiques ne se font que plus acerbes, et la conviction que le gouvernement n\u2019est pas capable de mener \u00e0 bien la guerre, voire cherche, avec le retour annonc\u00e9 de Thiers, \u00e0 conclure un armistice, finit par l\u2019emporter chez lui comme chez beaucoup d\u2019autres. En r\u00e9sulte la tentative de renversement du 31 octobre 1870 et l\u2019envahissement de l\u2019H\u00f4tel de Ville. Blanqui, fid\u00e8le \u00e0 sa doctrine, pousse lors des discussions men\u00e9es au soir du 31 octobre \u00e0 l\u2019ajournement des \u00e9lections envisag\u00e9es et \u00e0 la proclamation d\u2019un gouvernement de guerre. Il n\u2019est pas entendu, et l\u2019occupation de l\u2019H\u00f4tel de Ville prend fin dans la nuit.<\/p>\n<p>Blanqui n\u2019est pas imm\u00e9diatement inqui\u00e9t\u00e9 pour sa participation aux \u00e9v\u00e9nements du 31 octobre, mais l\u2019\u00e9chec de la tentative peut \u00eatre vu comme une manifestation de son poids politique finalement assez faible dans la capitale et il se retrouve alors marginalis\u00e9. Dans le m\u00eame sens, <em>La Patrie en Danger<\/em> cesse d\u2019\u00eatre publi\u00e9 d\u00e9but d\u00e9cembre, les ventes ne parvenant pas \u00e0 couvrir les frais de sa publication. Le 17 mars, alors qu\u2019il a quitt\u00e9 Paris pour se r\u00e9fugier dans le d\u00e9partement du Lot, tant pour sa sant\u00e9 devenue fragile que pour se mettre \u00e0 distance d\u2019un gouvernement qu\u2019il sait lui \u00eatre hostile, Blanqui est finalement rattrap\u00e9 par ses actes du 31 octobre et arr\u00eat\u00e9 sur ordre de Thiers.<\/p>\n<p>Blanqui est donc incarc\u00e9r\u00e9 loin de Paris un jour avant que se produise le soul\u00e8vement qu\u2019il a tent\u00e9 de provoquer en vain par trois fois depuis le 12 janvier 1870. Comme en 1848, Blanqui manque la r\u00e9volution pour avoir tent\u00e9 de la faire en amont, et il est difficile de ne pas voir la cruelle ironie de ce double rendez-vous manqu\u00e9. Si le r\u00e9volutionnaire par excellence ne joue donc aucun r\u00f4le dans la r\u00e9volution du 18 mars, retenons \u00e0 ce stade son positionnement dans la p\u00e9riode qui pr\u00e9c\u00e8de la Commune. Un patriotisme radical qui s\u2019exprime dans le refus d\u2019un armistice avec la Prusse. Une hostilit\u00e9 \u00e0 un gouvernement responsable de la d\u00e9faite et tra\u00eetre au peuple parisien qu\u2019il n\u2019a pas su ou voulu d\u00e9fendre. Enfin une volont\u00e9 \u2013 certes tue momentan\u00e9ment \u2013 de r\u00e9soudre par la r\u00e9volution la question sociale. En somme, une attitude qui semble trouver bien des \u00e9chos dans les motivations \u00e0 l\u2019origine de l\u2019explosion r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em>(<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/10\/auguste-blanqui-et-la-commune-2-sur-2\/\">lire le deuxi\u00e8me billet<\/a>)<\/em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\"><em>L\u00e9onard Bartier est biblioth\u00e9caire \u00e0 Paris. Il est dipl\u00f4m\u00e9 en Histoire de la pens\u00e9e politique de L\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de Lyon o\u00f9 il a soutenu en 2016 un m\u00e9moire de recherche intitul\u00e9 \u00abCritique sociale, cosmogonie et r\u00e9volution chez Auguste Blanqui : un socialiste atypique ?\u00bb.<br \/><\/em><\/p>\n<h3>Notes de bas de page<\/h3>\n<ol>\n<li id=\"fn-1\">Blanqui, \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s des Quinze\u00a0\u00bb in <em>Blanqui, Oeuvres T.1 des origines \u00e0 R\u00e9volution de 1848, <\/em>textes rassembl\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s par D. Le Nuz, pr\u00e9face de P. Vigier, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993, p. 60. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-1\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-2\">Blanqui, \u00ab\u00a0La richesse sociale doit appartenir \u00e0 ceux qui l\u2019ont cr\u00e9\u00e9\u00a0\u00bb, <em>in<\/em> <em>Blanqui<\/em>,<em> Oeuvres T1, op. cit.<\/em> p. 284. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-2\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-3\">Blanqui, \u00ab\u00a0notre drapeau c\u2019est l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb o<em>p. cit.<\/em> p. 263. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-3\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-4\">Blanqui, <em>Critique Sociale<\/em>, Felix Alcan, Paris, 1885, p. 199. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-4\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-5\"><em>Blanqui, Textes choisis<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 par V.P Volguine, Paris, Les \u00e9ditions sociales, 1971, p. 18. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-5\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-6\">Surnom que donne notamment \u00e0 Blanqui Gustave Geoffroy, auteur de sa premi\u00e8re biographie \u00ab\u00a0Blanqui, L\u2019Enferm\u00e9\u00a0\u00bb en 1886. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-6\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-7\">Dommanget, Maurice, <em>Les id\u00e9es politiques et sociales d\u2019Auguste Blanqui<\/em>, Paris, Librairie Marcel Rivi\u00e8re et Cie, 1959, p. 375-404. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-7\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-8\">Blanqui \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Fauvety, 5 juillet 1852\u00a0\u00bb cit\u00e9 in Dommanget\u00a0: <em>Les id\u00e9es politiques et sociales d\u2019Auguste Blanqui<\/em>, Librairie Marcel Rivi\u00e8re et Cie, Paris, 1959, p.139. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-8\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-9\">Blanqui, <em>Textes Choisis<\/em>, Les \u00c9ditions sociales, Paris, 1971, p. 114. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-9\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-10\">Geoffroy, Gustave,<em> Blanqui, L\u2019Enferm\u00e9<\/em>, L\u2019Amourier \u00c9dition, Coaraze, 2015[1886] p. 240. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-10\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-11\">Blanqui, article \u00ab\u00a0<em>Fraternit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> du 8 septembre 1870 dans <em>La Patrie en Danger<\/em>. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-11\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><\/a><span id=\"sample-permalink\"><\/span><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\">Pour citer ce billet de blog : L\u00e9onard Bartier, \u00ab Auguste Blanqui et la Commune (1\/2) : Blanqui, penseur de la r\u00e9volution \u00bb, <em>Blog du Centre Walras-Pareto<\/em>, 5 septembre 2021, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/09\/auguste-blanqui-et-la-commune-1-sur-2\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/09\/auguste-blanqui-et-la-commune-1-sur-2\/<\/a>.<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019il n\u2019a pas directement particip\u00e9 \u00e0 la Commune de Paris, le r\u00e9volutionnaire Auguste Blanqui est cependant li\u00e9 \u00e0 elle de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Les 150 ans de la Commune nous offrent donc une belle occasion&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":195,"featured_media":737,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"image","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[80],"tags":[31,29,23,74],"class_list":{"0":"post-733","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-image","5":"has-post-thumbnail","7":"category-leonard-bartier","8":"tag-19e-siecle","9":"tag-en-francais","10":"tag-histoire-de-la-pensee-politique","11":"tag-la-commune-de-1871-150-ans","12":"post_format-post-format-image"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/733","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/195"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=733"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/733\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/737"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=733"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=733"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=733"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}