{"id":656,"date":"2021-03-30T09:59:57","date_gmt":"2021-03-30T07:59:57","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/?p=656"},"modified":"2021-04-12T11:44:11","modified_gmt":"2021-04-12T09:44:11","slug":"la-commune-nest-toujours-pas-morte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/03\/la-commune-nest-toujours-pas-morte\/","title":{"rendered":"La Commune n\u2019est toujours pas morte!"},"content":{"rendered":"<p style=\"background-color: #eee7e4\"><strong>Le 18 mars 1871, la population de Paris se soul\u00e8ve. Durant septante-deux jours, des hommes et femmes \u00ab ordinaires \u00bb vont construire l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire la plus marquante du XIXe si\u00e8cle. Questions \u00e0 l\u2019historienne Ludivine Bantigny.<\/strong><!--more--><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right\">Des femmes et des hommes ordinaires,<br \/>\nsouvent sans exp\u00e9rience politique,<br \/>\nse sont empar\u00e9s des enjeux politiques<br \/>\nles plus importants de leur temps<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre franco-prussienne de 1870 se termine par un si\u00e8ge extr\u00eamement p\u00e9nible pour la ville de Paris, puis un armistice sign\u00e9 le 28 janvier 1871, suivi par l\u2019\u00e9lection d\u2019une Assembl\u00e9e nationale conservatrice et monarchiste le 8 f\u00e9vrier. Craignant Paris, le gouvernement de Thiers d\u00e9cide de r\u00e9cup\u00e9rer les canons de la Garde nationale regroup\u00e9s \u00e0 Montmartre. Le 18 mars au petit matin, l\u2019op\u00e9ration est emp\u00each\u00e9e par la population parisienne qui se soul\u00e8ve spontan\u00e9ment et fait fuir le gouvernement \u00e0 Versailles. S\u2019ouvrent alors les septante-deux jours de la Commune de Paris, exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire et instituante majeure du XIXe si\u00e8cle, qui se terminera par la \u00ab<span style=\"color: #ffffff\">_<\/span>semaine sanglante<span style=\"color: #ffffff\">_<\/span>\u00bb (du 21 au 28 mai), durant laquelle des milliers de Communeux et de Communeuses sont massacr\u00e9-e-s.<\/p>\n<p>Pour saisir cet \u00e9v\u00e9nement et ses multiples facettes, nous nous sommes entretenus avec l\u2019historienne Ludivine Bantigny, qui vient de publier un livre tr\u00e8s original \u00e0 son sujet, <em>La Commune au pr\u00e9sent<\/em>, compos\u00e9 d\u2019une soixantaine de lettres adress\u00e9es \u00e0 quelque-un-e-s des multiples acteurs et actrices de la Commune. Nous poursuivrons cette comm\u00e9moration dans le prochain num\u00e9ro de <em>Services Publics<\/em><a id=\"fnref-1\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<h3>Pourquoi avoir d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9crire des lettres \u00e0 diff\u00e9rent-e-s membres de la Commune?<\/h3>\n<p><strong>Ludivine Bantigny<\/strong> \u2013 Je voulais prendre au mot l\u2019expression \u00ab la Commune n\u2019est pas morte \u00bb, qui est au d\u00e9part le titre d\u2019une chanson d\u2019Eug\u00e8ne Pottier. C\u2019est une phrase qui innerve les mouvements sociaux depuis 150 ans et que l\u2019on voit sans cesse r\u00e9appara\u00eetre, mais je souhaitais lui donner un sens un peu diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Plusieurs acteurs et actrices de la Commune se voyaient, apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement, comme des mort-e-s vivant-e-s. C\u2019est d\u2019ailleurs ainsi que Victorine Brocher intitule son autobiographie, publi\u00e9e en 1909 : <em>Souvenirs d\u2019une morte vivante<\/em>. Quant \u00e0 Louise Michel, autre actrice majeure de la Commune, elle confessait avoir l\u2019impression de \u00ab vivre avec les morts \u00bb.<\/p>\n<p>En \u00e9crivant \u00e0 ces mort-e-s comme s\u2019ils et elles \u00e9taient encore vivant-e-s, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre entour\u00e9e par ces hommes et ces femmes de la Commune. Cette correspondance permettait d\u2019une certaine mani\u00e8re de ramener \u00e0 la vie toutes ces figures, pour la plupart anonymes, et de les relier aux pr\u00e9occupations de notre pr\u00e9sent \u00e0 nous, qui sont \u00e0 la fois diff\u00e9rentes et parfois \u00e9trangement proches.<\/p>\n<h3>La Commune de 1871 n\u2019est-elle pas surtout c\u00e9l\u00e9br\u00e9e aujourd\u2019hui comme une d\u00e9faite h\u00e9ro\u00efque du peuple parisien, et non comme une victoire?<\/h3>\n<p>La mythologie qui entoure la Commune, y compris lorsqu\u2019elle lui est favorable, r\u00e9duit souvent l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la guerre franco-prussienne de 1870 et \u00e0 la \u00ab semaine sanglante \u00bb. On s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qui a d\u00e9clench\u00e9 et \u00e0 la fin de l\u2019exp\u00e9rience communale parisienne, comme s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9 entre les deux ! Or en se concentrant sur la d\u00e9faite finale, on rend celle-ci in\u00e9luctable.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019inverse que j\u2019ai voulu faire : montrer les r\u00e9alisations de la Commune, et l\u2019ouverture historique qu\u2019elle a permis d\u00e8s son premier jour. En parlant de ce qui a \u00e9t\u00e9 essay\u00e9 pendant ces septante-deux jours, ou parfois seulement esquiss\u00e9, on transforme la Commune d\u2019une d\u00e9faite, certes h\u00e9ro\u00efque, en une victoire. Des hommes et des femmes ordinaires, souvent sans exp\u00e9rience politique, ont pris le pouvoir et se sont empar\u00e9-e-s des enjeux politiques les plus importants de leur temps \u2013 l\u2019\u00e9ducation, le travail, la d\u00e9mocratie \u2013 en proposant pour chacun d\u2019eux des solutions r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation par exemple, les exp\u00e9riences de la Commune sont fascinantes : des institutrices et des instituteurs cherchent \u00e0 mettre en place une \u00e9cole \u00e9galitaire, une instruction \u00ab<span style=\"color: #ffffff\">_<\/span>int\u00e9grale<span style=\"color: #ffffff\">_<\/span>\u00bb (intellectuelle et manuelle), gratuite, destin\u00e9e \u00e0 toutes les classes sociales. Ces id\u00e9es permettent de remettre en cause le mythe fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine de Jules Ferry, qui \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019un des plus f\u00e9roces adversaires de la Commune et qui instaurera, lui, une \u00e9cole d\u2019ordre et de classe.S\u2019agissant du travail, la Commune prend plusieurs d\u00e9cisions importantes concernant le droit du travail. Elle s\u2019appuie pour ce faire sur un r\u00e9seau de coop\u00e9ratives et d\u2019associations ouvri\u00e8res, qu\u2019elle renforce.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9alisations ne surgissent pas de nulle part. La longue tradition utopiste et socialiste qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la Commune lui fournit certaines de ses id\u00e9es, tout comme l\u2019exp\u00e9rience de la r\u00e9volution de 1848. On assiste cependant \u00e0 la cristallisation d\u2019une foule d\u2019actions, d\u2019initiatives et d\u2019id\u00e9es rendues soudain possibles par ces quelques semaines d\u2019autogestion de la ville par ses habitant-e-s.<\/p>\n<p>Ces exp\u00e9riences seront recouvertes dans les ann\u00e9es qui suivent l\u2019\u00e9crasement de la Commune. On ne peut pas rep\u00e9rer d\u2019h\u00e9ritage direct, car la IIIe R\u00e9publique, b\u00e2tie sur les cadavres des F\u00e9d\u00e9r\u00e9-e-s, a constamment occult\u00e9 la Commune. Et pourtant, cette ambition de penser des changements radicaux nous interpelle encore aujourd\u2019hui, 150 ans plus tard.<\/p>\n<h3>On a souvent dit que la Commune avait mis en \u0153uvre une d\u00e9mocratie directe. Quels probl\u00e8mes cela a-t-il soulev\u00e9?<\/h3>\n<p>La trahison des notables r\u00e9publicains de 1848 a rendu les acteurs et actrices de 1871 tr\u00e8s vigilant-e-s \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs repr\u00e9sentants. Les quartiers et les arrondissements \u00e9lisent des personnes que les \u00e9lecteurs connaissent souvent directement. En ce sens, on assiste v\u00e9ritablement \u00e0 l\u2019instauration, pour la premi\u00e8re fois \u00e0 un niveau aussi radical, d\u2019une d\u00e9mocratie par en bas.<\/p>\n<p>Et pourtant, la Commune n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans conflits. On a assist\u00e9 \u00e0 des d\u00e9bats sur de nombreux sujets, pour la plupart toujours actuels : la libert\u00e9 de la presse par exemple (la Commune se refuse \u00e0 exercer une censure contre les journaux versaillais) ou les fonds de la Banque de France (que la Commune ne cherche pas \u00e0 confisquer).<\/p>\n<p>La question de l\u2019organisation du pouvoir est vertigineuse, mais les contraintes cr\u00e9\u00e9es par la guerre civile ont sans doute \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9es. Les membres de la Commune veulent \u00eatre tellement d\u00e9mocrates qu\u2019ils n\u2019agissent qu\u2019avec des scrupules extr\u00eames, ce qui a parfois frein\u00e9 une action qui aurait d\u00fb \u00eatre plus rapide et d\u00e9termin\u00e9e. Cependant, comme le dit la journaliste Andr\u00e9 L\u00e9o: \u00ab Si nous agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre eux et nous?<span style=\"color: #ffffff\">.<\/span>\u00bb<\/p>\n<h3>La Commune a-t-elle \u00e9t\u00e9 f\u00e9ministe?<\/h3>\n<p>Les femmes occupent une place tout \u00e0 fait exceptionnelle pour l\u2019\u00e9poque durant cette r\u00e9volution. Les institutrices, notamment, jouent un r\u00f4le particuli\u00e8rement important. On voit des femmes qui prennent la parole dans les r\u00e9unions, adressent des demandes aux autorit\u00e9s, organisent des manifestations, combattent sur les barricades (et ne se contentent pas d\u2019y intervenir comme infirmi\u00e8res).<\/p>\n<p>Une Union des femmes est cr\u00e9\u00e9e. Elle porte des revendications que l\u2019on qualifierait aujourd\u2019hui de f\u00e9ministes, m\u00eame si le mot n\u2019a pas ce sens-l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Celles-ci se concentrent sur le travail, qui est un environnement que les femmes souhaitent organiser diff\u00e9remment et \u00e0 propos duquel elles se sentent l\u00e9gitimes d\u2019intervenir. On voit notamment appara\u00eetre des demandes de d\u00e9sp\u00e9cialisation de t\u00e2ches d\u00e9crites comme abrutissantes.Il y a cependant une question qui n\u2019est jamais pos\u00e9e : celle du suffrage f\u00e9minin. Pourtant, pour importante que soit la question du vote durant la Commune, on voit que l\u2019activit\u00e9 politique ne se limite pas \u00e0 cet acte.<\/p>\n<h3>Quelle a \u00e9t\u00e9 la place de l\u2019internationalisme durant la Commune?<\/h3>\n<p>Le d\u00e9fil\u00e9 des troupes \u00e9trang\u00e8res dans la ville apr\u00e8s la d\u00e9faite fran\u00e7aise est une humiliation pour la population parisienne. Le Second Empire, honni par le peuple parisien, est tenu pour responsable de la d\u00e9faite. Cependant, lorsque le pouvoir de la nouvelle r\u00e9publique, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Versailles, cherche \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les canons de la Garde nationale le 18 mars, allumant la m\u00e8che de l\u2019insurrection, la situation se transforme compl\u00e8tement. La d\u00e9fense patriotique de Paris se mue en combat pour la libert\u00e9. Les sections de l\u2019Association internationale des travailleurs, la Premi\u00e8re Internationale cr\u00e9\u00e9e en 1864, sont particuli\u00e8rement actives pendant la Commune.<\/p>\n<p>Les militant-e-s internationalistes que l\u2019on retrouve dans les diff\u00e9rentes instances communales sont d\u00e9j\u00e0 solidement implant\u00e9-e-s \u00e0 Paris avant 1871, malgr\u00e9 la r\u00e9pression de l\u2019Empire et du patronat. Les r\u00e9seaux internationalistes organisent r\u00e9guli\u00e8rement des gr\u00e8ves et des protestations, et se livrent \u00e0 un intense travail de propagande.<\/p>\n<p>Et puis, il ne faut pas oublier ces figures devenues c\u00e9l\u00e8bres comme Dombrowski, le g\u00e9n\u00e9ral polonais qui mourra sur une barricade durant la semaine sanglante, ou Frankel, un Hongrois membre de l\u2019Internationale et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 au travail de la Commune.<\/p>\n<h3>Dans votre livre, vous donnez \u00e0 voir la violence physique et morale \u00e0 l\u2019\u00e9gard des insurg\u00e9-e-s. Pourquoi est-ce important de mettre en lumi\u00e8re ces stigmates?<\/h3>\n<p>Dans mes livres, je n\u2019adopte jamais le r\u00f4le d\u2019une entomologiste qui diss\u00e8querait des insectes. Comme historienne, il est pour moi essentiel que j\u2019assume une position par rapport aux personnes sur lesquelles j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>En travaillant sur ces parcours extraordinaires des Communeux et des Communeuses, pour reprendre le nom qu\u2019ils et elles utilisaient pour se d\u00e9signer, j\u2019admets sans peine avoir \u00e9prouv\u00e9 beaucoup d\u2019admiration pour leur courage. Je me sens v\u00e9ritablement en dette envers elles et eux, sans que cette dette soit un fardeau. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019exigence d\u2019une transmission, un h\u00e9ritage que l\u2019on peut examiner librement.<\/p>\n<p>Pour en venir aux violences inflig\u00e9es aux acteurs et actrices de la Commune, la comparaison entre le traitement qui leur a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 et celui d\u2019autres mouvements populaires est frappante. On retrouve \u00e0 chaque fois les m\u00eames figures. Les Communeux-euses sont d\u00e9crit-e-s comme des animaux. On pathologise leur lutte, ou on la psychologise, ce qui n\u2019est qu\u2019une autre mani\u00e8re de la d\u00e9politiser. Dans mon livre sur 1968, j\u2019ai vu des choses semblables, et on les a de nouveau observ\u00e9es lors du mouvement des Gilets Jaunes en France.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/Capture-de\u0301cran-2021-03-30-a\u0300-09.20.04.png\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-661 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/Capture-de\u0301cran-2021-03-30-a\u0300-09.20.04-300x226.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"226\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/Capture-de\u0301cran-2021-03-30-a\u0300-09.20.04-300x226.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/Capture-de\u0301cran-2021-03-30-a\u0300-09.20.04-1024x772.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/Capture-de\u0301cran-2021-03-30-a\u0300-09.20.04-768x579.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/Capture-de\u0301cran-2021-03-30-a\u0300-09.20.04.png 1088w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Mon travail d\u2019historienne consiste donc aussi \u00e0 m\u2019assurer que l\u2019on n\u2019assassine pas une nouvelle fois les combattant-e-s de la Commune.<\/p>\n<h3>Est-ce la raison pour laquelle vous insistez sur les exp\u00e9riences positives lors de la Commune?<\/h3>\n<p>Oui, pour moi la Commune n\u2019est pas un \u00e9v\u00e9nement triste. Pendant ces semaines, qui forment un moment r\u00e9volutionnaire partag\u00e9 par une ville enti\u00e8re, il y a beaucoup de joie. C\u2019est la joie, par exemple, d\u2019\u00eatre enfin l\u00e9gitime dans sa parole, dans ses demandes. Cette intelligence collective qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, cette mani\u00e8re d\u2019avoir des id\u00e9es ensemble, repr\u00e9sente une br\u00e8che contre le d\u00e9faitisme.<\/p>\n<p>Il ne faut toutefois pas oublier la mort, qui r\u00f4de en permanence \u00e0 Paris pendant la Commune. Elle fait partie de l\u2019univers sensible de la ville. On entend le canon, des soldats bless\u00e9s ou morts reviennent en permanence des fortifications. Mais, malgr\u00e9 ces \u00e9preuves, les Communeux-euses qui ont surv\u00e9cu ont toutes et tous d\u00e9clar\u00e9, par la suite, que l\u2019aventure avait valu la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue!<\/p>\n<h3>Qu\u2019est-ce que la Commune peut encore nous dire aujourd\u2019hui?<\/h3>\n<p>Ce qui m\u2019a beaucoup frap\u00e9e en \u00e9tudiant les Communeux-euses et en lisant leurs \u00e9crits, c\u2019est combien le pass\u00e9 est pr\u00e9sent et presque incarn\u00e9 pour elles et eux. On assiste \u00e0 une historicit\u00e9 v\u00e9cue, concr\u00e8te, reli\u00e9e aux exp\u00e9riences, g\u00e9n\u00e9ralement tragiques, du pass\u00e9 \u2013 en particulier juin 1848 et la r\u00e9pression terrible qui s\u2019\u00e9tait alors abattue sur le mouvement ouvrier parisien, souvenir encore vif chez de nombreuses personnes.<\/p>\n<p>Cependant, malgr\u00e9 cette pr\u00e9sence du pass\u00e9 et cette tentation de mimer les grands \u00e9v\u00e9nements qui l\u2019ont constitu\u00e9, notamment la R\u00e9volution fran\u00e7aise et la Commune de 1790, la premi\u00e8re, les acteurs et actrices de celle de 1871 prennent soin de ne pas \u00eatre \u00ab les plagiaires de l\u2019histoire \u00bb, pour reprendre la mise en garde de Courbet.<\/p>\n<p>L\u2019histoire est un mod\u00e8le, mais elle ne se r\u00e9p\u00e8te jamais. C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019une des le\u00e7ons de la Commune que nous pouvons aujourd\u2019hui appliquer \u00e0 nous-m\u00eames : reconna\u00eetre \u00e0 son \u00e9gard une dette et la consid\u00e9rer comme une source d\u2019inspiration.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/ludivine-bantigny.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-658 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/ludivine-bantigny-184x300.jpg\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/ludivine-bantigny-184x300.jpg 184w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/ludivine-bantigny-628x1024.jpg 628w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2021\/03\/ludivine-bantigny.jpg 736w\" sizes=\"auto, (max-width: 184px) 100vw, 184px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\"><em><a href=\"https:\/\/twitter.com\/Ludivine_Bantig\">Ludivine Bantigny<\/a> est historienne, ma\u00eetresse de conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Rouen. Elle vient de publier <\/em><a href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/la_commune_au_present-9782348066696\">La Commune au pr\u00e9sent. Une correspondance par-del\u00e0 le temps<\/a> <em>(Paris, La D\u00e9couverte, 2021).<\/em><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\"><em><a href=\"https:\/\/applicationspub.unil.ch\/interpub\/noauth\/php\/Un\/UnPers.php?PerNum=1231768&amp;LanCode=37\">Tatiana Fauconnet<\/a> et <a href=\"https:\/\/applicationspub.unil.ch\/interpub\/noauth\/php\/Un\/UnPers.php?PerNum=42805&amp;LanCode=37\">Antoine Chollet<\/a> sont respectivement doctorante et assistante dipl\u00f4m\u00e9e, et ma\u00eetre d&rsquo;enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, et membres du Centre Walras Pareto d\u2019\u00e9tudes interdisciplinaires de la pens\u00e9e \u00e9conomique et politique.<\/em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<h3>Note de bas de page<\/h3>\n<ol>\n<li id=\"fn-1\">Cette interview a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e originellement dans <em>Services publics<\/em>, le journal du Syndicat suisse des services publics, le 19 mars 2021 (<a href=\"https:\/\/ssp-vpod.ch\/publications\/journal-services-publics\/\">https:\/\/ssp-vpod.ch\/publications\/journal-services-publics\/<\/a>). <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-1\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><\/a><span id=\"sample-permalink\"><\/span><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\">Pour citer ce billet de blog : Tatiana Fauconnet, Antoine Chollet et Ludivine Bantigny, \u00ab La Commune n\u2019est toujours pas morte! \u00bb, <em>Blog du Centre Walras-Pareto<\/em>, 30 mars 2021, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/03\/la-commune-nest-toujours-pas-morte\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2021\/03\/la-commune-nest-toujours-pas-morte\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 18 mars 1871, la population de Paris se soul\u00e8ve. Durant septante-deux jours, des hommes et femmes \u00ab ordinaires \u00bb vont construire l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire la plus marquante du XIXe si\u00e8cle. 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