{"id":611,"date":"2020-12-01T11:41:12","date_gmt":"2020-12-01T10:41:12","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/?p=611"},"modified":"2020-12-09T07:54:18","modified_gmt":"2020-12-09T06:54:18","slug":"le-prix-de-la-muscade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2020\/12\/le-prix-de-la-muscade\/","title":{"rendered":"Le prix de la muscade\u2009: monopoles, crimes et botanique"},"content":{"rendered":"<p style=\"background-color: #eee7e4\"><strong>S\u2019assurer un monopole (ou quasi-monopole) durable sur le march\u00e9 mondial est le r\u00eave par excellence des tycoons et magnats du n\u00e9goce en gros. De l\u2019\u00e9viction syst\u00e9matique des concurrents \u00e0 l\u2019accaparement des rares sources de production d\u2019un bien, les m\u00e9thodes pour y parvenir sont rarement bien reluisantes tout comme le sont les moyens employ\u00e9s pour s\u2019y maintenir \u00e0 long terme.<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>Au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, un des cas d\u2019\u00e9cole du monopole \u00e9tait celui de la muscade alors exerc\u00e9 par une compagnie centrale en histoire \u00e9conomique, la Compagnie hollandaise des Indes orientales (<em>Vereenigde Oostindische Compagnie<\/em>, VOC par la suite). Si revenir sur la VOC et son monopole ne pr\u00e9sente qu\u2019un int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique somme toute assez limit\u00e9 (il s\u2019agit d\u2019un cas typique de monopole naturel), c\u2019est justement parce que ce monopole est exerc\u00e9 par une compagnie si importante pour l\u2019\u00e9mergence de la gouvernance d\u2019entreprise moderne qu\u2019il s\u2019\u00e9rige en exemple du genre<a id=\"fnref-1\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>En 1765, le monopole de cette compagnie sur la muscade est une \u00e9vidence selon Louis de Jaucourt dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Personne n\u2019ignore que la compagnie hollandoise des Indes orientales est la ma\u00eetresse de toute la\u00a0<em>muscade<\/em>\u00a0qui se d\u00e9bite dans le monde. Ses directeurs en r\u00e8glent le prix en Europe, suivant qu\u2019ils le jugent \u00e0 propos\u2009; &amp; les diverses chambres en font la vente chacune \u00e0 leur tour, suivant une esp\u00e8ce de tarif, par lequel la chambre d\u2019Amsterdam en doit vendre deux cens quarteaux toute seule, c\u2019est-\u00e0-dire, autant que toutes les autres chambres r\u00e9unies. Le quarteau de\u00a0<em>muscade<\/em> p\u00e8se depuis 550 jusqu\u2019\u00e0 600 livres\u2009; son prix est de 75 sols de gros, la livre\u2009\u00bb.<a id=\"fnref-2\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-2\">[2]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Jaucourt ne fait ici que r\u00e9sumer ce qu\u2019explique le <em>Dictionnaire universel de commerce<\/em> des fr\u00e8res Savary, la grande source de donn\u00e9es commerciales et \u00e9conomiques du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en Europe<a id=\"fnref-3\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-3\">[3]<\/a>. En recoupant avec \u00ab\u2009l\u2019\u00e9tat du commerce dans les Isles \u00e0 \u00e9pices\u2009\u00bb que dressent les fr\u00e8res Savary ailleurs dans l\u2019ouvrage, on s\u2019aper\u00e7oit que la livre de noix de muscade est achet\u00e9e par la VOC dans les Moluques 7\u00a0sols et est vendue plus de 10 fois ce prix en Hollande. Ce commerce fort lucratif d\u2019\u00e9pices repr\u00e9sentait entre 20 \u00e0 24\u00a0% des produits des ventes de la VOC pour seulement 3\u00a0% de la valeur des cargaisons qu\u2019elle importait en Europe pour la seconde moiti\u00e9 du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<a id=\"fnref-4\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-4\">[4]<\/a>. C\u2019est dire l\u2019importance que rev\u00eatait pour cette compagnie et sa jeune r\u00e9publique le contr\u00f4le durable des \u00eeles \u00e0 \u00e9pices dont elles \u00e9taient issues.<\/p>\n<h3>Contr\u00f4ler les \u00eeles \u00e0 \u00e9pices\u2009: \u00ab<em>\u2009grant gaing et prouffit\u2009<\/em>\u00bb<\/h3>\n<p>Jusqu\u2019au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ces \u00e9pices aujourd\u2019hui ordinaires comme la muscade et le girofle ne poussaient que dans quelques \u00eeles de l\u2019archipel indon\u00e9sien, essentiellement dans les Moluques et dans les \u00eeles de la Sonde (au sud-ouest de Born\u00e9o) assurant aux potentats qui les contr\u00f4laient une forme de monopole. C\u2019est essentiellement dans les \u00eeles volcaniques de Banda (coin inf\u00e9rieur droit de la carte ci-dessous) que venaient les noix de muscade jusqu\u2019au d\u00e9but du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u2009noix de Banda\u2009\u00bb (<em>jansiban<\/em>) que lui donne Avicenne<a id=\"fnref-5\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\t\t<style>\n\t\t\t#gallery-1 {\n\t\t\t\tmargin: auto;\n\t\t\t}\n\t\t\t#gallery-1 .gallery-item {\n\t\t\t\tfloat: left;\n\t\t\t\tmargin-top: 10px;\n\t\t\t\ttext-align: center;\n\t\t\t\twidth: 100%;\n\t\t\t}\n\t\t\t#gallery-1 img {\n\t\t\t\tborder: 2px solid #cfcfcf;\n\t\t\t}\n\t\t\t#gallery-1 .gallery-caption {\n\t\t\t\tmargin-left: 0;\n\t\t\t}\n\t\t\t\/* see gallery_shortcode() in wp-includes\/media.php *\/\n\t\t<\/style>\n\t\t<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-611 gallery-columns-1 gallery-size-large'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2020\/12\/le-prix-de-la-muscade\/image1-png\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"945\" height=\"687\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image1-png.png\" class=\"attachment-large size-large\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-1-613\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image1-png.png 945w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image1-png-300x218.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image1-png-768x558.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 945px) 100vw, 945px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-613'>\n\t\t\t\tRigobert Bonne, Carte hydro-g\u00e9ographique des Indes orientales, Paris, 1771\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><br style=\"clear: both\" \/>\n\t\t<\/div>\n\n<p>Les Hollandais ne sont pas les premiers \u00e0 s\u2019\u00e9tablir comme des interm\u00e9diaires uniques du commerce des \u00e9pices. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du 13<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Marco Polo d\u00e9crit dans son <em>Devisement du monde<\/em> une Java plaque-tournante du commerce mondial des \u00e9pices dont le roi tire sa puissance.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Elle est \u00e0 un grant roy du pays, et n\u2019en fait treu \u00e0 nulluy [n\u2019est tributaire de personne]. Ceste isle est de trop grant richesse. Ils ont poivre noir, nois muguelles [noix de muscade], garingal, cubebes, girrofle et toutes autres espices. En celle isle a bien grant quantit\u00e9 de navile [navires] et de marchans qui y achetent et amainent grans marchandises dont ilz rapportent grant gaing et prouffit.\u2009\u00bb<a id=\"fnref-6\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-6\">[6]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Il va sans dire qu\u2019un commerce aussi profitable et concentr\u00e9 en un lieu somme toute assez restreint \u00e9tait un atout majeur pour toute puissance qui s\u2019en assurait le contr\u00f4le. \u00c0 la fin du 13<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la Java d\u00e9peinte par Polo est au c\u0153ur de ce qui devint au cours du 14<sup>e<\/sup> si\u00e8cle un v\u00e9ritable empire de la mer en Asie du Sud-Est<a id=\"fnref-7\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Si Java est une plaque-tournante du commerce, les marchands d\u2019\u00e9pices au long cours en Asie avec qui traitent les Europ\u00e9ens sont principalement arabes<a id=\"fnref-8\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-8\">[8]<\/a>. Les voyages de Polo font figure d\u2019exception, la majeure partie des marchands europ\u00e9ens achetant leurs \u00e9pices le plus souvent dans ce que l\u2019on appellera plus tard les ports des \u00e9chelles du Levant (Constantinople, Alep, Tunis, Sidon ou encore Chypre). \u00c0 la fin du Moyen-\u00c2ge, ce sont des principaut\u00e9s musulmanes comme les Sultanats de Ternate et Tidore qui \u00e9mergent en s\u2019assurant un contr\u00f4le partiel de la production d\u2019\u00e9pices des Moluques<a id=\"fnref-9\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\t\t<style>\n\t\t\t#gallery-2 {\n\t\t\t\tmargin: auto;\n\t\t\t}\n\t\t\t#gallery-2 .gallery-item {\n\t\t\t\tfloat: left;\n\t\t\t\tmargin-top: 10px;\n\t\t\t\ttext-align: center;\n\t\t\t\twidth: 100%;\n\t\t\t}\n\t\t\t#gallery-2 img {\n\t\t\t\tborder: 2px solid #cfcfcf;\n\t\t\t}\n\t\t\t#gallery-2 .gallery-caption {\n\t\t\t\tmargin-left: 0;\n\t\t\t}\n\t\t\t\/* see gallery_shortcode() in wp-includes\/media.php *\/\n\t\t<\/style>\n\t\t<div id='gallery-2' class='gallery galleryid-611 gallery-columns-1 gallery-size-large'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2020\/12\/le-prix-de-la-muscade\/image2-2\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"945\" height=\"543\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image2.png\" class=\"attachment-large size-large\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-2-614\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image2.png 945w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image2-300x172.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/files\/2020\/12\/image2-768x441.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 945px) 100vw, 945px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-2-614'>\n\t\t\t\tJacob van der Schley, Carte des Isles voisines des Moluques, c. 1753\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><br style=\"clear: both\" \/>\n\t\t<\/div>\n\n<p>Mais c\u2019est en 1453 que d\u00e9bute l\u2019histoire des monopoles europ\u00e9ens aux Indes orientales. La chute de Constantinople, un des principaux relais chr\u00e9tiens pour le commerce des \u00e9pices, co\u00efncide avec les \u00e9volutions de la technologie navale. La caravelle vient remplacer la caraque du Moyen-\u00c2ge et \u00e9tend les possibilit\u00e9s de voyages au long cours en permettant de naviguer contre le vent<a id=\"fnref-10\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-10\">[10]<\/a>. Ainsi peut-on esp\u00e9rer ouvrir une nouvelle route, maritime elle, vers les Indes (c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Asie du Sud-Est et particuli\u00e8rement les \u00eeles \u00e0 \u00e9pices de l\u2019actuelle Indon\u00e9sie). C\u2019est en cherchant \u00e0 ouvrir une nouvelle route des Indes par l\u2019ouest que Christophe Colomb tomba accidentellement sur les Cara\u00efbes en 1492, d\u00e9couvrant ce qui deviendra les Indes occidentales et l\u2019Am\u00e9rique. Mais l\u2019ann\u00e9e qui fait date dans l\u2019histoire du commerce mondial d\u2019alors est 1498. En cette ann\u00e9e, Vasco da Gama parvint \u00e0 Calicut (actuelle Kozhikode) en Inde en contournant l\u2019Afrique, ouvrant une route des Indes certes longue, mais s\u00fbre gr\u00e2ce \u00e0 la construction de forts et comptoirs sur le trajet de ce que l\u2019on appela d\u00e8s lors la <em>Carreira da India<\/em>.<\/p>\n<p>Au long du 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, depuis leurs comptoirs de Malacca, Calicut, ou encore Goa, les Portugais s\u2019impos\u00e8rent comme les nouveaux interm\u00e9diaires dans le commerce des \u00e9pices entre les Indes et le reste de l\u2019Europe. Les Portugais s\u2019assur\u00e8rent un quasi monopole du girofle et de la muscade dans les mers d\u2019Asie, s\u2019alliant avec les autorit\u00e9s locales \u00e0 Amboine, Ternate et dans les \u00eeles Banda non sans r\u00e9sistance dans ces derni\u00e8res<a id=\"fnref-11\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-11\">[11]<\/a>. Comme plus gros acheteurs d\u2019\u00e9pices dans l\u2019archipel indon\u00e9sien, ils tent\u00e8rent de tirer profit d\u2019une situation de quasi-monopsone pour dicter des prix relativement bas aux Indes et d\u2019une situation de monopole en Europe en tant que seul pourvoyeur d\u2019\u00e9pices. Cela ne fonctionna qu\u2019un temps \u00e0 cause de l\u2019arriv\u00e9e durant la seconde moiti\u00e9 du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de concurrents de taille sur le march\u00e9 asiatique\u2009: la <em>East India Company<\/em> anglaise, mais surtout la VOC, fruit de l\u2019union de grandes commandites hollandaise disposant de capitaux sans pr\u00e9c\u00e9dent pour l\u2019\u00e9poque<a id=\"fnref-12\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour faire d\u2019une histoire longue une histoire courte, disons simplement qu\u2019avec la R\u00e9forme en Europe, l\u2019approvisionnement en \u00e9pices devint un enjeu politique complexe. C\u2019est avec la Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) qui opposa les Provinces-Unies \u00e0 l\u2019Espagne (unie au Portugal entre 1580 et 1640), que les Hollandais cherch\u00e8rent \u00e0 aller eux-m\u00eames aux Indes pour se fournir directement en \u00e9pices<a id=\"fnref-13\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-13\">[13]<\/a>. Apr\u00e8s bien des machinations et des pots-de-vin, des marchands d\u2019Amsterdam r\u00e9ussirent \u00e0 obtenir de pr\u00e9cieuses informations sur la <em>Carreira da India<\/em> leur ouvrant en grand ce march\u00e9 si pris\u00e9.<\/p>\n<h3>La face (\u00e0 peine) cach\u00e9e d\u2019un monopole<\/h3>\n<p>Audacieux et habiles commer\u00e7ants \u00e0 la pointe des techniques navales, financi\u00e8res et commerciales, les Hollandais surent s\u2019imposer en Asie du Sud-Est et s\u2019assurer progressivement un monopole quasi complet sur la production mondiale de girofle. S\u2019alliant aux potentats locaux et disposant de flottes puissantes, ils \u00e9vinc\u00e8rent peu \u00e0 peu les Portugais des Moluques (Amboine, Ternate, etc.), de Malacca ou encore de Colombo (Ceylan), et s\u2019assur\u00e8rent un contr\u00f4le exclusif sur les \u00eeles Banda o\u00f9 l\u2019on produisait la muscade \u00ab\u2009femelle\u2009\u00bb (la seule vari\u00e9t\u00e9 dont on fait le commerce) et sur Amboine, alors principal lieu de production du girofle mondial<a id=\"fnref-14\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-14\">[14]<\/a>. Aussi les directeurs de la compagnie hollandaise (les Heeren XVII) peuvent affirmer en 1682\u2009: \u00ab\u2009nous avons les \u00e9pices des Moluques, mais ils [les autres Europ\u00e9ens] ne les ont pas\u2009\u00bb<a id=\"fnref-15\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-15\">[15]<\/a>. Derri\u00e8re cette simple phrase se cachent plus de 50 ans de certaines pratiques que d\u2019aucuns jugeraient tout \u00e0 fait r\u00e9pr\u00e9hensibles aujourd\u2019hui, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire.<\/p>\n<p>Dans un style assez bref, en 1765, l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> nous explique l\u2019une des raisons du maintien du monopole des \u00e9pices par la VOC\u2009:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Ces trois \u00eeles [les trois principales de l\u2019archipel de Banda] sont les plus fertiles de\u00a0celles que poss\u00e8de la compagnie hollandoise, &amp; celles qui lui procurent le plus de profit\u2009; car c\u2019est-l\u00e0 qu\u2019on recueille toutes les noix muscades &amp; le macis, que les habitans apportent aux magasins de la compagnie, &amp; dont elle fait le trafic dans tout le monde. Si les autres \u00eeles qui d\u00e9pendent de Banda &amp; qui sont un peu \u00e9loign\u00e9es, se trouvent avoir quelques\u00a0<em>muscadiers<\/em>, on les coupe, on les br\u00fble, on les d\u00e9racine soigneusement, afin qu\u2019aucune nation ne puisse en avoir du fruit. Ainsi, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, les Hollandois y ont si bien pourvu, qu\u2019ils sont dans l\u2019univers les seuls ma\u00eetres de ce commerce.\u2009\u00bb<a id=\"fnref-16\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-16\">[16]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Aussi, s\u00e9curise-t-on ce monopole sur une grande entreprise de terre br\u00fbl\u00e9e et de saccage de ressources naturelles. Enfin, pour d\u00e9courager les contrebandiers, tout individu pris par les Hollandais avec des plants de giroflier et des noix de muscade pouvant germer \u00e9tait passible de la peine de mort. Aussi, au d\u00e9but du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la VOC est bien la seule ma\u00eetresse de ce commerce dans l\u2019univers.<\/p>\n<p>Ce que Jaucourt ne nous dit pas, c\u2019est la \u00ab\u2009grande cruaut\u00e9 et sauvagerie\u2009\u00bb de la colonisation hollandaise dans les Moluques et particuli\u00e8rement \u00e0 Banda que rel\u00e8vent certains historiens contemporains<a id=\"fnref-17\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-17\">[17]<\/a>. Si dans un premier temps les Bandanais accueillirent les Hollandais comme des alli\u00e9s contre les Portugais qu\u2019ils ne pouvaient plus souffrir, d\u00e8s 1621, la VOC d\u00e9cida de s\u00e9curiser son monopole par la conqu\u00eate directe des \u00eeles Banda, conqu\u00eate qui s\u2019accompagna par le massacre et la r\u00e9duction en esclavage de la plupart de ses habitants<a id=\"fnref-18\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-18\">[18]<\/a>. Vincent Loth estime que seuls environ 1 000 Bandanais sur 15 000 surv\u00e9curent \u00e0 cette conqu\u00eate<a id=\"fnref-19\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 ces quelques centaines de survivants r\u00e9duits en esclavage, la VOC ajouta des esclaves malais, indiens, makassars ou encore javanais qu\u2019ils faisaient travailler aux c\u00f4t\u00e9s de quelques prisonniers de guerre notamment espagnols<a id=\"fnref-20\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-20\">[20]<\/a>. D\u00e9tail parlant, la taille des plantations (<em>perken<\/em>) \u00e9tait calcul\u00e9e au nombre d\u2019\u00e2mes (<em>zielen<\/em>) qu\u2019il fallait pour les exploiter, et l\u2019on ne parle \u00e9videmment pas ici des colons (<em>perkeniers<\/em>)<a id=\"fnref-21\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-21\">[21]<\/a>. C\u2019est ainsi tout un syst\u00e8me de colonisation reposant sur l\u2019esclavage qui se met en place dans ces \u00eeles \u00e0 muscade. Entre 1620 et 1670, on dut faire venir \u00e0 flux tendu des esclaves tant les conditions \u00e9taient atroces\u2009: aux mauvais traitements et \u00e0 la mis\u00e8re s\u2019ajoutaient des maladies comme le <em>b\u00e9rib\u00e9ri, une <\/em>maladie grave provoquant une insuffisance cardiaque et des troubles neurologiques<a id=\"fnref-22\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-22\">[22]<\/a>. C\u2019est \u00e0 ce prix que l\u2019on mange des \u00e9pices en Europe, aurait pu \u00e9crire Voltaire.<\/p>\n<p>Il n\u2019est gu\u00e8re surprenant que l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> ou celui du <em>Dictionnaire<\/em> des fr\u00e8res Savary ne mentionnent gu\u00e8re ce fait. En effet, la grande question qui occupe les botanistes et savants au sujet des \u00e9pices est de trouver un moyen d\u2019acqu\u00e9rir des plants et de les acclimater \u00e0 d\u2019autres r\u00e9gions du monde. L\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale n\u2019est pas uniquement de briser le monopole des Provinces-Unies, mais aussi de compl\u00e9ter l\u2019atout \u00e9conomique que repr\u00e9sentent les \u00ab\u2009\u00eeles \u00e0 sucre\u2009\u00bb fran\u00e7aises (c-\u00e0-d. la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Domingue) avec des \u00eeles \u00e0 \u00e9pices fran\u00e7aises. Aussi, toute une partie de l\u2019article muscadier du <em>Dictionnaire universel de commerce<\/em> des fr\u00e8res Savary porte notamment sur la facilit\u00e9 qu\u2019il y aurait selon certains botanistes d\u2019acclimater les muscadiers aux Mascareignes, voire en Guadeloupe<a id=\"fnref-23\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 ces r\u00e9flexions et observations botaniques et g\u00e9ographiques, s\u2019ajoutent des d\u00e9tails techniques quant aux modes de conservation des noix de muscade. Produit complexe \u00e0 s\u00e9cher et \u00e0 transporter sans qu\u2019il ne se corrompe, on pr\u00e9f\u00e9rait les exporter en saumure, confites, ou encore trait\u00e9es \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sorte de lait de chaux. On notera que ces m\u00e9thodes de conservation avaient l\u2019avantage consid\u00e9rable pour qui voulait maintenir un monopole de rendre st\u00e9riles les noix vendues au d\u00e9tail.<\/p>\n<h3>Des feux d\u2019<em>overgroot<\/em> \u00e0 la veste de Pierre Poivre<\/h3>\n<p>Seul fournisseur pour le reste de l\u2019Europe, la VOC avait tout loisir de se d\u00e9barrasser des surplus de production pour maintenir les cours \u00e9lev\u00e9s des \u00e9pices. Aussi les ann\u00e9es o\u00f9 la r\u00e9colte \u00e9tait bien trop abondante (o\u00f9 l\u2019on faisait \u00ab\u2009<em>overgroot<\/em><em>\u2009<\/em>\u00bb), on organisait dans les comptoirs hollandais un grand bal dont le point d\u2019orgue \u00e9tait la destruction publique des surplus d\u2019\u00e9pices. Dans son <em>Manuel du commerce des Indes orientales<\/em> de 1806, Pierre Blancard rapporte l\u2019\u00e9trange feu de joie auquel il a pu assister en 1772 \u00e0 Batavia (actuelle Jakarta).<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Le girofle, le macis, et la muscade sont arrang\u00e9s, dans le milieu de la place, dans la forme d\u2019un carr\u00e9 long, ce qui fut br\u00fbl\u00e9 en 1772 formait une masse d\u2019environ cent pieds de long sur vingt-cinq de large et quinze de hauteur [\u2026] La compression de cette masse d\u2019\u00e9piceries ne laissant que de vide, l\u2019incendie ne produit pas une grande flamme\u2009; elles se consument lentement, ce qui fait durer le feu pendant pr\u00e8s de deux jours\u2009; leur combustion r\u00e9pand dans l\u2019atmosph\u00e8re une odeur tr\u00e8s suave qui est port\u00e9e fort loin par le vent de terre qui r\u00e8gne pendant la nuit.\u2009\u00bb<a id=\"fnref-24\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-24\">[24]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>En mesures contemporaines, c\u2019est plus de 1\u2009228 m\u00e8tres cube d\u2019\u00e9pices les plus co\u00fbteuses de l\u2019\u00e9poque qui partent ainsi en fum\u00e9e \u2013 ce que peuvent contenir environ 14 semi-remorques. C\u2019est une quantit\u00e9 \u00e9norme d\u2019\u00e9pices pour une \u00e9poque o\u00f9 elles ne sont produites que sur quelques rares \u00eeles. Et Blancard de se fendre au passage de commentaires sur \u00ab\u2009l\u2019avarice sordide des monopoleurs hollandais\u2009\u00bb et leur manque de pudeur quant \u00e0 la destruction \u00ab\u2009non naturelle\u2009\u00bb de ces surplus de production.<\/p>\n<p>Le 4 juin 1772, quelques jours apr\u00e8s la f\u00eate d\u2019<em>overgroot<\/em> \u00e0 laquelle Blancard a pu assister, le Royaume de France parvint \u00e0 se procurer des centaines de plants et graines de muscade et de girofle, par l\u2019action de l\u2019intendant de l\u2019\u00cele de France et de l\u2019\u00cele Bourbon (actuelles \u00eeles Maurice et La R\u00e9union), Pierre Poivre<a id=\"fnref-25\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>Poivre n\u2019en \u00e9tait pas \u00e0 son premier essai en 1772. On raconte, par exemple, que le 7 avril 1753 le botaniste rapporta \u00e0 Pondich\u00e9ry, t\u00eate de pont fran\u00e7aise en Inde, des noix de muscade pr\u00eates \u00e0 germer au nez et \u00e0 la barbe des Hollandais en les cousant dans la doublure de son manteau. Cette anecdote rocambolesque semble toutefois peu plausible. On imagine mal un manteau adapt\u00e9 au climat des tropiques suffisamment large pour cacher les \u00ab\u2009<em>cinq plants enracin\u00e9s et un grand nombre de graines propres \u00e0 la germination<\/em><em>\u2009<\/em>\u00bb dont parle son biographe et ami Dupont de Nemours<a id=\"fnref-26\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-26\">[26]<\/a>. Dans tous les cas, ces premi\u00e8res acclimatations se sold\u00e8rent par un \u00e9chec. C\u2019est une fois au fait de sa carri\u00e8re aux Indes et tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 que Poivre eut les moyens d\u2019envoyer deux navires en exp\u00e9dition aux Moluques pour lui fournir les centaines de plants de girofliers et de muscadiers dont il avait besoin pour r\u00e9ussir l\u2019acclimatation de ces \u00e9pices dans les Mascareignes.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Quelques tems apr\u00e8s, on fit passer des muscadiers et des g\u00e9rofliers, tant \u00e0 l\u2019Isle Bourbon qu\u2019\u00e0 la Guiane Fran\u00e7oise. Ils y ont tr\u00e8s bien r\u00e9ussi dans l\u2019une et l\u2019autre colonie. Ils commencent \u00e0 pouvoir y devenir un objet de commerce\u2009; et leurs fruits acclimat\u00e9s sont aussi beaux et aussi parfum\u00e9s aujourd\u2019hui que dans les Moluques m\u00eames.\u2009\u00bb<a id=\"fnref-27\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-27\">[27]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Aussi, pour l\u2019auteur de cette notice, ce n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une question de temps pour que le monopole de la muscade et du girofle soit d\u00e9finitivement bris\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action de cet intendant qui, heureux hasard, portait le nom d\u2019une autre \u00e9pice du bout du monde.<\/p>\n<p>Toutefois, ce n\u2019est pas la fin de ce monopole qui causa la dissolution de la VOC en 1799. La compagnie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 moribonde au milieu du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En proie \u00e0 une gouvernance d\u2019entreprise et un management d\u00e9faillants et souffrant de pr\u00e9varications \u00e0 tous les niveaux, la compagnie s\u2019endette et peine face \u00e0 la concurrence des autres compagnies des Indes orientales europ\u00e9ennes. Aussi, \u00e0 la fin du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on voyait une \u00e9pitaphe toute trouv\u00e9e dans ses initiales VOC\u00a0: <em>Vergaan onder Corruptie<\/em>, \u00ab\u2009d\u00e9c\u00e9d\u00e9e sous la corruption\u2009\u00bb<a id=\"fnref-28\" class=\"footnote\" title=\"\" href=\"#fn-28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\"><em><a href=\"https:\/\/applicationspub.unil.ch\/interpub\/noauth\/php\/Un\/UnPers.php?PerNum=1176782&amp;LanCode=37&amp;menu=coord\">Henri-Pierre Mottironi<\/a> <a href=\"https:\/\/twitter.com\/HP_Mottironi\">(@HP_Mottironi<\/a>) est membre associ\u00e9 du Centre Walras Pareto. Il a r\u00e9cemment obtenu son doctorat en Science politique en cotutelle entre l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne et Sciences po. Paris pour sa th\u00e8se <a href=\"https:\/\/serval.unil.ch\/fr\/notice\/serval:BIB_BD13EE0ADC3B\">La Bourse et la Ville<\/a>. Ses recherches portent sur l\u2019influence de la gouvernance d\u2019entreprise et du droit des affaires sur la pens\u00e9e politique et constitutionnelle occidentale. Entre autres publications, il a publi\u00e9 dans la <\/em>Revue fran\u00e7aise d\u2019Histoire des id\u00e9es politiques<em>un article sur <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Henri-Pierre-Mottironi--675795.htm\">Thomas Paine et la \u00ab\u00a0Property-owning Democracy<\/a> \u00bb en 2017, et un autre article sur l\u2019id\u00e9e de pouvoir en trust dans la pens\u00e9e politique britannique est \u00e0 para\u00eetre dans la m\u00eame revue en 2021.<\/em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h3>Notes de bas de page<\/h3>\n<ol>\n<li id=\"fn-1\">La VOC et son homologue anglaise la <em>East India Company<\/em> (EIC) marqu\u00e8rent durablement l\u2019histoire \u00e9conomique et l\u00e9gale, au point o\u00f9 leur organisation est per\u00e7ue comme une des pierres angulaires de la gouvernance d\u2019entreprise moderne. Harris Ron, <em>Going the Distance: Eurasian Trade and the Rise of the Business Corporation, 1400-1700<\/em>, Princeton, Princeton University Press, Princeton Economic History of the Western World, 2019, pp. 251-329. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-1\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-2\">Diderot Denis et Le Rond D\u2019Alembert Jean\u00a0(dir.), <em>Encyclop\u00e9die, ou Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/em>, Neuch\u00e2tel, Chez Samuel Faulche &amp; compagnie, libraires &amp; imprimeurs, 1765, tome 10, p. 881-883. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-2\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-3\">Savary Des Bruslons Jacques et Savary Philemon Louis, <em>Dictionnaire universel de commerce<\/em>, Paris, Chez la Veuve Estienne, 1741, tome 3. pp. 523-525. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-3\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-4\">Estienne Ren\u00e9\u00a0(dir.), <em>Les Compagnies des Indes<\/em>, Paris, Gallimard, 2017, p. 30. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-4\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-5\">Aulagnier A. F., <em>Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les diff\u00e9rents peuples<\/em>, Cousin, \u00c9diteur, Paris, 1839, p. 468. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-5\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-6\">Polo Marco, <em>Le livre de Marco Polo, citoyen de Venise<\/em>, Paris, Librairie de Firmin Didot fr\u00e8res, fils et cie, 1865, liv. 2, chap. 162, pp. 560-561. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-6\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-7\">Ellen, Roy F., \u00ab\u00a0The Trade in Spices, Indonesia Circle\u00a0\u00bb. School of Oriental &amp; African Studies. Newsletter, 1977, 5, 12, pp. 22-23. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-7\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-8\">Voir notamment\u00a0: Chaudhuri K. N., <em>Trade and Civilisation in the Indian Ocean: an Economic History from the Rise of Islam to 1750<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1985, pp. 34-62. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-8\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-9\"><em>Idem<\/em>. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-9\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-10\">Hobson John M., <em>The Eastern Origins of Western civilization<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, pp. 140-42. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-10\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-11\">Villiers John, \u00ab\u00a0Trade and Society in the Banda Islands in the Sixteenth Century\u00a0\u00bb, <em>Modern Asian Studies<\/em>, 1981, vol.\u00a015, n<sup>o<\/sup>\u00a04, pp. 723\u2011750. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-11\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-12\">O\u2019Rourke, K. H., &amp; Williamson, J. G.\u00a0\u00ab\u00a0<em>Did Vasco da Gama matter for European markets?\u00a0\u00bb. <\/em><em>The Economic History Review, 2009, 62, n\u00b03, 655-684\u00a0; <\/em>Harris Ron, <em>Going the Distance: Eurasian Trade and the Rise of the Business Corporation, 1400-1700<\/em>, Princeton, Princeton University Press, Princeton Economic History of the Western World, 2019, pp. 275-290. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-12\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-13\">Robins Nick, <em>The Corporation that Changed the World: how the East India Company Shaped the Modern Multinational<\/em>, 2nd ed., London, Pluto Press, 2012, pp. 41-49\u00a0; Estienne (dir.), <em>Les Compagnies des Indes<\/em>\u2026, pp. 28-32. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-13\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-14\">Veen Van, Ernst, \u00ab\u00a0VOC Strategies in the Far East (1605-1640)\u00a0\u00bb, <em>Bulletin of Portuguese &#8211; Japanese Studies,<\/em> 2001 (3)\u00a0: 85-105. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-14\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-15\">Tel que traduit et cit\u00e9 in Estienne(dir.), <em>Les Compagnies des Indes\u2026, <\/em>p. 30. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-15\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-16\">Diderot Denis et Le Rond D\u2019Alembert Jean\u00a0(dir.), <em>Encyclop\u00e9die, ou Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/em>, Neuch\u00e2tel, Chez Samuel Faulche &amp; compagnie, libraires &amp; imprimeurs, 1765, tome 10, p. 884. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-16\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-17\">Villiers John, \u00ab\u00a0Trade and Society in the Banda Islands in the Sixteenth Century\u00a0\u2026, pp. 749-750\u00a0; Ward Kerry, <em>Networks of Empire: Forced Migration in the Dutch East India Company<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, Studies in Comparative World History, 2009, pp. 138-139. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-17\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-18\"><em>Idem<\/em>. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-18\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-19\">Loth Vincent G., \u00ab\u00a0Pioneers and Perkeniers: The Banda Islands in the 17th century\u00a0\u00bb. <em>Cakalele<\/em>, 1995, 6, p. 19. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-19\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-20\"><em>Ibid<\/em>., pp. 23-25. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-20\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-21\"><em>Ibid<\/em>., p. 24, note 27. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-21\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-22\"><em>Ibid<\/em>. p. 24. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-22\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-23\">Savary, <em>Dictionnaire universel de commerce<\/em>, \u2026, tome 3, p. 524. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-23\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-24\">Blancard Pierre, <em>Manuel du commerce des Indes orientales et de la Chine<\/em>, Paris, chez Bernard, Libraire, 1806, p. 337. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-24\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-25\">Poivre Pierre, <em>Voyages d\u2019un philosophe ou Observations sur les Moeurs &amp; les Arts des Peuples de l\u2019Afrique, de l\u2019Asie &amp; de l\u2019Am\u00e9rique<\/em>, Maestricht, Jean-Edme Dufour &amp; Philippe Rouy, 1779, p. 180. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-25\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-26\">Cette anecdote est plaisamment relat\u00e9e par\u00a0: Vaxelaire Daniel, <em>Les chasseurs d\u2019\u00e9pices<\/em>, Paris, Payot, 2003, pp. 158-160. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-26\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-27\">Poivre, <em>Voyages d\u2019un philosophe\u2026 <\/em>p. xxxi. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-27\"> \u21a9<\/a><\/li>\n<li id=\"fn-28\">Ward, <em>Networks of Empire\u2026<\/em>, p. 88\u00a0; Dari-Mattiacci Giuseppe, Gelderblom Oscar, Jonker Joost et Perotti Enrico C., \u00ab\u00a0The Emergence of the Corporate Form\u00a0\u00bb, <em>The Journal of Law, Economics, and Organization<\/em>, 2017, vol.\u00a033, n<sup>o<\/sup>\u00a02, p. 215. <a class=\"reversefootnote\" title=\"Retourner \u00e0 l'article\" href=\"#fnref-28\"> \u21a9<\/a><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\"><\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><\/a><span id=\"sample-permalink\"><\/span><\/p>\n<p style=\"background-color: #eee7e4\">Pour citer ce billet de blog : Henri-Pierre Mottironi, \u00ab Le prix de la muscade\u2009: monopoles, crimes et botanique \u00bb, <em>Blog du Centre Walras-Pareto<\/em>, 1er d\u00e9cembre 2020, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2020\/12\/le-prix-de-la-muscade\/\">https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/2020\/12\/le-prix-de-la-muscade\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019assurer un monopole (ou quasi-monopole) durable sur le march\u00e9 mondial est le r\u00eave par excellence des tycoons et magnats du n\u00e9goce en gros. De l\u2019\u00e9viction syst\u00e9matique des concurrents \u00e0 l\u2019accaparement des rares sources de&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":195,"featured_media":615,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"image","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[44],"tags":[12,29,70,69,22,23,68],"class_list":{"0":"post-611","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-image","5":"has-post-thumbnail","7":"category-henri-pierre-mottironi","8":"tag-18e-siecle","9":"tag-en-francais","10":"tag-entreprise","11":"tag-epices","12":"tag-histoire-de-la-pensee-economique","13":"tag-histoire-de-la-pensee-politique","14":"tag-monopole","15":"post_format-post-format-image"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/195"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=611"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/615"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=611"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=611"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/cwp-blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=611"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}