Images commentées

Catherine Colomb entre son frère et sa sœur, 1896-1897

Nous sommes en 1896 ou 1897 ; les enfants que l’on voit sur cette photographie vivent avec leurs parents au château de Saint-Prex. La petite fille au centre est Marie – en famille, on l’appellera toujours Marion – Colomb, la future romancière Catherine Colomb, née en 1892 ; elle est entourée de sa sœur Alice Marguerite (Lily) et de son frère Armand. « Avant les catastrophes », dit la légende au dos de l’image : le 17 août 1897, la vie des trois enfants Colomb bascule. Ce jour-là, leur mère Jeanne, née Champ-Renaud, meurt, en même temps que Suzanne-Paulette, la petite fille à laquelle elle vient de donner naissance. Cet événement tragique provoque l’éclatement de la famille ; Catherine Colomb, qui aura cinq ans le lendemain de la mort de sa mère, sera élevée à Begnins, puis à Lausanne, par sa grand-mère maternelle. Son œuvre est marquée par le double traumatisme qu’a été la perte de la mère et la séparation d’avec son frère et sa sœur – traumatisme dont la quête de César, le protagoniste des Esprits de la terre (1953), se fait l’écho.

Gustave et Madeleine Roud, vers 1907
Gustave et Madeleine Roud

Gustave et Madeleine Roud, vers 1907, photographie de Georges Nitsche, Lausanne
fonds Gustave Roud, CLSR

Ces deux-là ne se sont jamais quittés. Le poète Gustave Roud et sa sœur Madeleine, de quatre ans son aînée, ont grandi ensemble au Chalet-de-Brie, au-dessus de Vevey, puis ont vécu à Carrouge dans le Jorat, héritant le domaine familial et restant tous deux célibataires. Le frère et la sœur sont ici « en dimanche » pour l’occasion, lui en costume de marin, elle dans une robe blanche. Le passage dans l’atelier du photographe est un marqueur du statut de paysans aisés dont jouit la famille de Samuel Roud, leur père, qui reprend en 1908 le domaine de ses beaux-parents Coigny à Carrouge. Gustave et Madeleine Roud sont cependant habitués à l’œil de la caméra, puisque Samuel Roud exerçait la photographie, laissant de nombreux portraits de ses enfants. C’est lui qui a transmis à Gustave Roud le goût et la maîtrise de cette pratique, que le poète a poursuivie sa vie durant, à côté de l’écriture.

Guy et Raymond de Pourtalès, vers 1896
Guy et Raymond de Pourtalès

Guy et Raymond de Pourtalès, vers 1896
fonds Guy de Pourtalès, CLSR

Voici deux adolescents de bonne famille, élèves dans une école privée de La Tour-de-Peilz. L’un, aux cheveux blonds, porte cravate, tient ses bras le long du corps, fixe l’objectif d’un œil interrogateur. C’est Guy de Pourtalès, le futur romancier et biographe. Son frère cadet Raymond, les cheveux bruns, a un nœud papillon, croise ses bras et porte son regard au loin, d’un air décidé. Faut-il y voir les signes annonciateurs de destins divergents ? Inséparables pendant l’enfance, les deux frères vont choisir des voies radicalement différentes. Tandis que Guy creusera la veine littéraire, à Paris, intégrant le milieu des protestants de la capitale et adoptant la nationalité française, Raymond fera carrière en Allemagne, dans l’armée et la diplomatie, conformément à la tradition de quelques familles neuchâteloises fidèles au service de Prusse. En été 1914, alors que la guerre se prépare en Europe, Raymond de Pourtalès meurt brutalement. S’il avait vécu, il se serait retrouvé dans le camp opposé à celui de son frère Guy, mobilisé en tant que citoyen français. Cette image raconte ainsi, discrètement, l’histoire d’une famille cosmopolite, aux attaches multiples.

Alice Rivaz avec ses parents, Paul et Ida Golay, en 1913
Alice Rivaz avec ses parents

Alice Rivaz avec ses parents, Paul et Ida Golay, en 1913
fonds Alice Rivaz, Archives littéraires suisses, Berne

Sur cette photographie, Alice Rivaz a douze ans. Ancien instituteur, son père Paul Golay se consacre entièrement à la politique depuis 1910, dans les rangs du parti socialiste vaudois, qui lui a confié la rédaction de l’hebdomadaire Le Grutléen. Issue comme lui d’un milieu fortement religieux, Ida Golay partage les préoccupations sociales de son mari, mais n’approuve pas son orientation idéologique ni son engagement politique. Enfant unique, Alice Rivaz entretient une relation de grande proximité avec ce père militant, et vit en symbiose avec sa mère, qui l’initie à la musique et à l’écriture. Elève à l’Ecole supérieure de jeunes filles de Villamont, la jeune fille se passionne pour la lecture et remporte un concours de poésie sur le sujet « La rose ». Cette mise en scène bourgeoise, quelque peu convenue, ne dévoile-t-elle pas cependant la prégnance d’un « trio » familial qui traverse toute l’œuvre de l’écrivain, en particulier L’Alphabet du matin (1968) ?

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